• 1919-1939 : vingt ans de trêve en Europe . L’Europe démocratique : de l’affrontement à l’apaisement 1919-1929

    SIXIÈME PARTIE

     La Roumanie : la gestion des minorités

    Le royaume de Roumanie trouve son origine en 1859 dans la réunion de la Moldavie et de la Valachie sous l’autorité du même prince. 

    D’abord un prince indigène puis un cadet de la famille Hohenzollern, Carol Ier. 

    1919-1939 : vingt ans de trêve en Europe . L’Europe démocratique : de l’affrontement à l’apaisement 1919-1929  (sixième partie)

    La guerre Russo -Turque de 1877-78 lui permet de s’agrandir au sud en gagnant la partie est de la Dobroudja (embouchure du Danube), à la suite du congrès de Berlin (1878). 

    Carol signe en 1883 un traité d’alliance secret avec l’Allemagne.  Lors de la Deuxième guerre Balkanique, la Roumanie acquiert la totalité de la Dobroudja aux dépens de la Bulgarie.

    Pendant la guerre de 14, la Roumanie est d’abord neutre.  En 1916, le nouveau roi, Ferdinand[1], neveu de Carol Ier...

    1919-1939 : vingt ans de trêve en Europe . L’Europe démocratique : de l’affrontement à l’apaisement 1919-1929  (sixième partie)

    ... se range du côté de l’Entente dans l’espoir de gagner la Transylvanie et la Bucovine aux dépens de la Hongrie.

      En trois mois les armées roumaines sont écrasées.  La Roumanie signe un traité avec l’Allemagne. 

    Elle perd une partie de Dobroudja au profit de la Bulgarie (traité de Bucarest du 7 mai 1917). 

    En avril 1918, la Roumanie se réunit à l’éphémère République de Moldavie (ancien territoire russe de Bessarabie devenue une République soviétique) et reprend le combat contre l’Axe, avec l’aide de la mission française du général Berthelot. 

    La Roumanie fait alors, partie des vainqueurs.

    Par les traités du Trianon et de Saint-Germain, la Roumanie sort agrandie de la guerre avec la Transylvanie (population magyare), de la Bessarabie, de la Bucovine, de la partie est du Banat. 

    Ces territoires ont souhaité se joindre spontanément à la Roumanie.

      De 8 millions d’habitants, la Roumanie passe à 18M d’habitants dont 14,5 sont Roumains.  Les minorités de Transylvanie et du Banat sont en général des populations allemande, hongroise ou juive résidant en ville et instruites à la différence des populations rurales roumaines, pauvres et sous développées.

    Le pays se donne une constitution de démocratie parlementaire. 

    Les femmes ont le droit de vote (1922).  Une réforme agraire réduit les inégalités.  La citoyenneté n’est plus dépendante de la religion ou de la langue parlée.

      La découverte de pétrole donne au pays une certaine aisance.  La politique consiste à gérer les minorités [2] et à vivre avec les dangereuses frustrations des grands pays voisins, la Russie et le Hongrie. 

    Pour se protéger la Roumanie rejoint la Petite Entente qui comprend la Tchécoslovaquie et les royaumes qui constitueront la Yougoslavie[3]

    Cette Petite Entente, créée en 1920, est une alliance défensive contre des agressions possibles de la Hongrie qui consolide les dispositions du traité de Trianon ; elle est garantie par la France, par des traités militaires bilatéraux passés avec les trois pays en 1925 et 1926. 

    1919-1939 : vingt ans de trêve en Europe . L’Europe démocratique : de l’affrontement à l’apaisement 1919-1929  (sixième partie)

    Cette entente ne garantit pas la Yougoslavie contre les menées de l’Italie, la Roumanie contre celles de la Russie, la Tchécoslovaquie contre celles de l’Allemagne ou de la Pologne. 

    Cette entente ne survivra pas au démantèlement de la Tchécoslovaquie à la suite de l’accord de Munich en mars 1938.

    La Roumanie est une monarchie parlementaire.

    Elle connait une grave crise quand le prince héritier Carol renonce à ses droits en raison de sa vie dissipée. [4].  L’héritier est alors un enfant de 6 ans Michel.

    En raison notamment de son côté inégalitaire, la société roumaine est traversée de soubresauts dus à l’opposition entre les extrêmes : le tout nouveau Parti communiste de Roumanie (créé en 1922 et déclaré illégal en 1924) et la « Garde de Fer », fondée en 1924, mouvement nationaliste et populiste qui mobilise les frustrés des milieux ruraux et petit-bourgeois. 

    Le pouvoir est exercé par le parti libéral qui, grâce à une loi électorale sur mesure [5], réussit à gouverner avec une minorité d’électeurs. 

    Face au parti libéral, un parti paysan plus nationaliste et conservateur.  A partir de 1930, le nouveau souverain Charles II...

    1919-1939 : vingt ans de trêve en Europe . L’Europe démocratique : de l’affrontement à l’apaisement 1919-1929  (sixième partie)

    ..revenu d’exil et qui s’est fait « pardonner » (abrogation de l’acte d’abdication mis en place par son père à la suite de son mariage avec une roturière) grâce au soutien du parti paysan, transforme petit à petit le régime en dictature royale sur le modèle yougoslave. 

    La Roumanie, théoriquement neutre, favorisera l’évacuation des troupes polonaises vers Alexandrie (Egypte) et sera la victime de l’éphémère alliance germano-russe.

     Vers le Royaume de Yougoslavie : les grenouilles demandent un roi.

    En 1914, la Serbie est entre les mains du roi Pierre Ier de Serbie (1844-1921).

    1919-1939 : vingt ans de trêve en Europe . L’Europe démocratique : de l’affrontement à l’apaisement 1919-1929  (sixième partie)

      Ce prince francophile, ancien de Saint-Cyr, libéral et partisan de la démocratie parlementaire, cède les rênes du gouvernement à son fils cadet Alexandre[6] qui devient prince régent. 

    La Serbie fait partie des Alliés.  Elle est envahie en 1915.  Le roi et le régent quittent la Serbie et poursuivent le combat aux côtés des troupes françaises du général Sarrail [7].

    1919-1939 : vingt ans de trêve en Europe . L’Europe démocratique : de l’affrontement à l’apaisement 1919-1929  (sixième partie)

    Belgrade est libéré en novembre 1918.

    En octobre 1918, des représentants des populations slaves du sud relevant de la Double Monarchie Austro-Hongroise, c'est-à-dire les provinces de Bosnie-Herzégovine, Croatie, Slovénie, décident de rompre les liens de subordination avec la Double Monarchie et de fonder un Etat indépendant. 

    Compte tenu de l’avancée des troupes franco-serbes et italiennes et du chaos ambiant, cet Etat n’eut qu’une durée éphémère. 

    Fin novembre, ses représentants demandent au Régent Alexandre la fusion avec la Serbie.  Le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes est créé le 1er décembre 1918.

    Le 13 novembre 1918, l’assemblée du Monténégro décide d’unir le pays à la Serbie.

      Le 28 novembre le Monténégro devenait un territoire de la Serbie, puis le 1er décembre, du Royaume Serbe, Croate, Slovène. 

    Cette réunion ne fut pas reconnue par tous.  D’où une guérilla menée par une fraction nationaliste qui dura jusqu’en 1924.

    Le royaume est caractérisé par une grande diversité de langues, religions, traditions.  Le roi Alexandre II ...

    1919-1939 : vingt ans de trêve en Europe . L’Europe démocratique : de l’affrontement à l’apaisement 1919-1929  (sixième partie)

    ...inspiré par le jacobinisme français souhaite unifier son royaume par le haut, de façon autoritaire.

      Le nouveau royaume est une monarchie constitutionnelle avec un régime parlementaire (constitution de 1921).

      Les tensions se manifestent rapidement. 

    En 1921, le Régent décide d’interdire le parti communiste. 

    En 1928, le chef du parti paysan croate, Stefan Radic, est assassiné par un collègue député monténégrin.  L’année suivante le roi Alexandre II décide de suspendre la constitution et d’instaurer une dictature royale. 

    Le royaume prend alors le nom de Yougoslavie (6 janvier 1929).

    En 1934, à Marseille, le roi Alexandre est assassiné par un nationaliste macédonien.

     [1]Ferdinand Ier (1865-1927), appartient à la famille Hohenzollern-Sigmaringen.  Il succède à son oncle Carol Ier en 1914.  Bien que de culture allemande, il accepte l’entrée en guerre du côté de l’Entente.  Le rôle de son épouse, Marie de Saxe-Cobourg-Gotha, petite fille de la reine Victoria – son père est Alfred, duc d’Edimbourg, second fils de Victoria – n’a pas été négligeable.  En 1930, son fils Carol II lui succède.  

    [2]Ces minorités, plus instruites, ont un accès plus facile à l’université et occupent le haut du pavé dans l’administration et les affaires.  D’où une frustration de la part des Roumains « de souche ».

    [3]Royaumes des serbes, des Slovènes et Croates qui constituent en 1929 la Yougoslavie.

    [4]Carol (1893-1953 ; roi de Roumanie 1930-1940)a une viesentimentale mouvementée. Pendant la guerre, il tombe amoureux de Ioana Lambrino (1898-1953), fille d’un officier roumain.  Le prince l’épouse le 31 août 1918 à Odessa alors administrée par l’armée allemande. Il a déserté l’armée roumaine qui combat les puissances de l’Axe.  A son retour, le prince est astreint à résidence mais refuse de renoncer à son mariage.  En août 1919, il renonce même à ses droits à la succession.  La famille et le parlement ont le dernier mot :  après plusieurs semaines, le prince accepte de se séparer de Zizi qui part vivre en France. On lui a promis une pension qui ne sera jamais payée. Elle y mourra dans la misère après avoir un temps exercé le métier de danseuse.  Des jeunes femmes dépêchées par la famille auraient facilité la décision du prince.  Il épouse ensuite en 1921 Hélène de Grèce (1896-1982), nièce de Guillaume II et petite fille de la reine Victoria.  Le mariage est raté.  Carol mène une vie de play-boy à Monaco notamment.  En 1925, il rencontre Magda Lupescu (1902-1977) qui devient sa maitresse officielle.  Il doit renoncer à ses droits à la couronne et s’exile en France. En 1930, à la faveur d’un changement de majorité, il rentre en Roumanie, se fait pardonner et accède au pouvoir.

    [5]Le parti qui a plus de 40% des voix dispose de la majorité absolue au parlement.

    [6]Alexandre II de Serbie et Ier de Yougoslavie est né en 1888, fils de Pierre Ier Karageorgévitch. D’abord prince héritier à Partir de 1909, il devient roi en 1921 à la mort de son père Pierre Ier.  Il meurt assassiné à Marseille en 1934. 

    [7]Maurice Sarrail (1856-1925), général commandant la IIIème armée française en 1914.  Fait partie des généraux limogés en juillet 1915.  En raison de ses connections avec les socialistes (Sarrail est franc-maçon), dès octobre 1915 il est chargé du commandement du Corps expéditionnaire d’Orient, puis l’année suivante de l’ensemble des armées alliées en Orient (Français, Britanniques, Serbes, Roumains, Russes, Grecs). En 1917, il cède le commandement au général Guillaumat. En juin 1918, le général Franchet d’Esperey  prend le commandement du corps expéditionnaire.


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :