• "Bourreaux et Victimes à l'époque du National-Socialisme", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Le Lycée Désiré Nisard de Châtillon sur Seine  a des échanges avec le Hölderlin Gymnasium de Stuttgart depuis des années : les lycéens Châtillonnais se rendent à Stuttgart au premier trimestre, ceux de Stuttgart viennent à Châtillon sur Seine en fin d'année scolaire.

    Dominique Masson accompagne les Châtillonnais lors de leur voyage en  Allemagne. Il en rapporte chaque fois des éléments très intéressants sur l'histoire du national-solialisme.

    Aujourd'hui il nous raconte l'enfer qu'ont vécu, à Stuttgart, les opposants au régime nazi, il nous dévoile aussi  que des français firent partie des victimes.

    Merci à lui pour ce témoignage passionnant sur un sujet méconnu.

     BOURREAUX ET VICTIMES A L’EPOQUE DU NATIONAL-SOCIALISME A STUTTGART

    Stuttgart, au sud de l’Allemagne, est aujourd’hui la capitale du Land de Bade-Wurtemberg et la ville, agréable et aérée, forte de ses usines automobiles,  compte  plus de 600 000 habitants et la région métropolitaine plus de 5 millions.

    Bourreaux et Victimes

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    "Bourreaux et Victimes à l'époque du National-Socialisme", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Mais, de 1933 à 1944, elle a subi, tout comme le reste de l’Allemagne, le joug nazi.

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    "Bourreaux et Victimes à l'époque du National-Socialisme", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Le 30 janvier 1933, Adolph Hitler devenait chancelier du Reich et commençait aussitôt les persécutions. Le 15 février, il prononça un discours à Stuttgart, mais le président du Wurtemberg, Eugène Bolz refusa que le discours soit prononcé sur la place principale et quelques opposants décidèrent de couper le câble de retransmission. Ils furent recherchés et exécutés. Quant à Eugen Bolz, membre du Zentrum et opposant au national-socialisme, il fut arrêté et passa quelque temps en camp de concentration. Le parti du Zentrum n’était pas le seul parti s’opposant à la montée d’Hitler ; il y avait aussi le parti communiste. Les communistes allemands sont massivement internés dès 1933 dans les camps de concentration par les nazis, pour les « protéger » de la population allemande.

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    Liselotte (« Lilo ») Hermann, dès son adolescence, avait rejoint la Jeunesse communiste. Etudiante, elle fut chassée de l’Université de Berlin pour cette appartenance. Après la naissance de son fils en 1934, elle travailla à Stuttgart dans le bureau d’études de son père, sous un faux nom, et participa aux activités clandestines des communistes. Avec des amis, elle parvient à faire passer à l'étranger des informations sur le réarmement national-socialiste ;en décembre 1935, elle est arrêtée par la Gestapo, qui trouve chez elle les plans d'une entreprise d'armement, destinés à être transmis à l'étranger. En 1937, elle est condamnée à mort et exécutée le 20 juin 1938 à la prison de Plötzensee, à Berlin, malgré des protestations du monde extérieur. Elle est la première mère exécutée sous le IIIe Reich et fut ultérieurement une héroïne en R.D.A, où des écoles portèrent son nom.

    La prison de Plötzensee, à Berlin, était l’une des prisons où le verdict suprême était la peine de mort. Initialement, les sentences étaient exécutées à la hache. Hitler décida, en octobre 1936, que la peine de mort soit exécutée par la guillotine (puis aussi, ultérieurement, par pendaison). Au total, de 1933 à 1945, 2891 personnes périrent là.          

    C’est dans cette prison que furent exécutés, entre autres,  les membres de l’Orchestre rouge, des résistants tchèques, ou certaines personnes impliquées dans l’attentat contre Hitler le 20 juillet1944 commis par Claus von Stauffenberg (comme Eugen Bolz, qui aurait été le ministre de la culture dans le nouveau gouvernement).

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    La prison de Plötzensee, à Berlin, était l’une des prisons où le verdict suprême était la peine de mort. Initialement, les sentences étaient exécutées à la hache. Hitler décida, en octobre 1936, que la peine de mort soit exécutée par la guillotine (puis aussi, ultérieurement, par pendaison). Au total, de 1933 à 1945, 2891 personnes périrent là.        

    C’est dans cette prison que furent exécutés, entre autres,  les membres de l’Orchestre rouge, des résistants tchèques, ou certaines personnes impliquées dans l’attentat contre Hitler le 20 juillet1944 commis par Claus von Stauffenberg (comme Eugen Bolz, qui aurait été le ministre de la culture dans le nouveau gouvernement).

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    C’est là aussi que, outre Liselotte Hermann, y fut exécuté Helmut « Helle » Hirsch. C’était un étudiant juif allemand qui, après son baccalauréat, partit en république tchèque. Là, il rencontra des tchèques désireux d’effectuer des actions contre le nazisme, sans intention cependant de tuer. Ils décidèrent ainsi de détruire une colonne devant la maison du parti, à Nuremberg. Mais Hirsch fut arrêté dans le train, trahi par certains de ses « amis » tchèques, espions nazis. Il sera exécuté à Plötzensee en 1937.

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    D’autres lieux en Allemagne pouvaient prononcer la peine de mort. Sophie Sholl, avec son frère et un ami, avaient créé « la Rose blanche » (« die Weisse Rose »). Arrêtés pour avoir lancés des tracts antinazis, ils seront conduits devant le « tribunal du peuple » (« Volksgerichtshof »), jugés pour « haute trahison, propagande subversive, complicité avec l’ennemi et démoralisation des forces militaires », et exécutés.                                                                                                                                Un grand nombre de résistants ou d’opposants fut aussi exécuté dans la cour du tribunal régional supérieur de Stuttgart ; au total, 432 personnes périrent ici. Parmi ceux-ci se trouvait un groupe de cheminots de Dijon.

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     D’autres jeunes communistes disparaîtront dans les camps. Walter Häbich fut arrêté et conduit à la prison du Hohenasperg, mais il parvint à cacher des documents dans une cuisinière miniature. Transféré au camp de concentration de Dachau, c’est là qu’il y mourut en 1934.

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    Depuis le XVIe siècle, la colline du Hohenasperg, à 15 km de Stuttgart, a été couronnée par une citadelle où vivait une garnison, mais devint également, assez rapidement, une prison d’Etat et fut pour cela baptisée « la Bastille allemande ».

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     Sous le national-socialisme, celle-ci servit de camp d’internement pour les opposants et les juifs et de camp de transiten 1940 pour500 tsiganes, avant leur déportation à l’est. Sur eux, le médecin Robert Ritter, en tant que directeur du service de recherche d’hygiène raciale,put faire des « recherches ».

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    Le camp servit également de lieu de détention pour les malades atteints de tuberculose. Un médecin alsacien, Emile Hincker, ayant refusé d’aller à la guerre, y fut interné et se dévoua pour les soigner.

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    Communistes, résistants ou opposants n’étaient pas les seules personnes à être pourchassées par les nazis.

    L’Aktion 4(T4) est le nom qui fut donné, après la Seconde Guerre mondiale, à la campagne d'extermination d'adultes handicapés physiques et mentaux par le régime nazi, de 1939 à août 1941, et qui fit de 70 000 à 80 000 victimes. Dans l'esprit de Hitler, le darwinisme apportait la justification morale de l'infanticide,  de l'euthanasie, et par la suite du génocide. Il lui permettait d'atteindre son objectif : la perfection biologique de la race nordique.

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    A Esslingen, sur un Stolpersteine se trouve le nom d’Eugen Friedrich Laible. Il était apprenti dans une maison d’édition, savait bien dessiner, mais eut un accident et ne fut plus le même. Ayant perdu son travail, il fut placé dans un institut spécialisé, puis des bus emmenèrent les malades vers un autre hôpital. Peu de temps après, la famille recevait une lettre  annonçant son décès ; la famille voulut récupérer le corps, mais on leur dit qu’il avait été incinéré. En fait, les nazis faisaient sur eux différents tests médicaux, avant de mourir (par exemple le zyklon B).

    Toujours dans ce but d’éliminer les « inférieurs » et les « faibles », Hitler voulut mettre en œuvre une politique antisémite radicale. Il lance la mise au pas de la société allemande (« Gleichschaltung ») dès mars 1933. Son but était de faire disparaître les juifs, allemands d’abord, européens ensuite.Les lois raciales de Nuremberg établies en 1935 vont mettre en place un système discriminatoire où les juifs sont exclus de la société ; les trois lois adoptées sont la loi sur le drapeau du Reich, la loi sur la citoyenneté du Reich et la loi sur la protection du sang allemand et de l’honneur allemand. Ainsi la « Rassenschande » était une  discrimination raciale interdisant toute union entre un Juif – selon la définition des lois de Nuremberg – et un citoyen « allemand ou de sang allemand ». Les mariages entre personnes juives et non juives étaient alors considérés comme un acte de « traîtrise envers la race ». Les mariages furent interdits à partir de 1935, et tout contact sexuel puni de peines de prison.  Gustav Esslinger ne respecta pas cette loi, en ayant une relation avec une allemande, qu’il aimait profondément, et au vu de tous. Interné une première fois, il reprit sa relation avec elle. Celle-ci fut licenciée, mais il put lui léguer ses biens afin de lui assurer des subsides, avant d’être déporté à Dachau où il mourut.

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    Les juifs allemands subirent de nombreuses vexations. Un seul magasin juif fut installé à Stuttgart, où devaient se rendre tous les juifs de la ville et des environs, alors qu’ils n’avaient plus de vélos et ne pouvaient prendre les transports en commun.

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    La famille Kahn fut obligée de vendre usine et maison à des allemands, puis quitter l’Allemagne pour se réfugier aux Pays Bas. Mais, capturés en 1942 et 1943, ils terminèrent leur vie à Auschwitz.

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    Pour traquer les juifs et tous les opposants à son régime, Hitler va créer la Gestapo (sigle pour Geheime Staatspolizei signifiant « Police secrète d'État »). C’était la police politique du Troisième Reich. Fondée en Prusse  par Hermann Göring, son pouvoir s'étendit ensuite, sous l'impulsion de Heinrich Himmler, à l'ensemble du Reich et des territoires envahis par ce dernier au cours de la  Seconde Guerre mondiale.

    Immédiatement après la proclamation des lois d'urgence du 28 février 1933 pour la défense du peuple et de l'État, officiellement justifiés par l'incendie du Reichstag, la police prussienne prend part, aux côtés de la SA et de la SS à la première grande rafle d'opposants organisée à Berlin dans la nuit du 28 février au 1er mars 1933. Dès ce moment, la Gestapo « pouvait agir sans restriction et sans responsabilité, pratiquer l'arrestation secrète et la détention à perpétuité sans accusation, sans preuve, sans audience. Aucune juridiction ne pouvait s'y opposer, ni ordonner la mise en liberté et réclamer un nouvel examen du dossier ».La Gestapo est organisée en six départements qui comportent plusieurs sections. La plus connue d'entre elles, la section B4, dirigée par Adolf Eichmann, sera le principal organisateur de l'extermination des Juifs d'Europe. Le 17 juin 1936, Himmler est nommé chef de toutes les polices allemandes.

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    A Stuttgart, la Gestapo établit son quartier général à l’Hôtel Silber

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    De 1874 à 1919, l’immeuble, sur la Dorotheenstrasse, fut un hôtel, puis la direction générale des postes et télégraphes. En 1928, ce fut le siège de la police secrète, sous la république de Weimar et enfin, à partir de 1933, le siège de la police secrète et de la Gestapo, où travaillaient 200 personnes.

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    C’est là que seront interrogées Lina Haag et  Liselotte Hermann

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    A la fin de la guerre, 30 SS seulement contrôlaient 250 000 travailleurs forcés du Bade-Wurtemberg car, par la terreur ou par les dénonciations, il était facile de tout surveiller (70% des arrestations étaient faites à la suite de dénonciations).

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    Il existait en Allemagne 1800 camps de concentration : on y trouvait des asociaux, des homosexuels, des tsiganes, des communistes, des résistants ou des opposants au régime nazi, etc.

    Le camp de Vaihingen sur l’Enz était l’un d’eux ; c’était un camp annexe de celui du Struthof/Natzweiler(Alsace). Il fut construit fin 1943/début 1944, dans le cadre d’un programme secret (« opération Stoffel »), visant à relocaliser la fabrication d’avions Messerschmitt (faisant partie de l’organisation Todt), dans des usines souterraines, à l’abri des bombardements alliés. Le site choisi fut une ancienne carrière, la profondeur équivalant à six étages, qui avait auparavant servi, en 1942, pour faire des essais de catapulte des « V 1 ». Déportés de Pologne, 2189 juifs y travaillèrent, puis le camp servit d’infirmerie pour 2442 prisonniers de 20 nationalités différentes, gravement malades, entre novembre 1944 et mars 1945. Aggravé par une épidémie de typhus, le taux de mortalité put atteindre 33 décès par jour.Les morts étaient enterrés dans une fosse commune. A l’approche des alliés, les prisonniers les plus valides furent envoyés, par marche forcée, à Dachau. Le camp fut libéré le 7 avril 1945 par la Première armée française, qui y trouva 650 survivants. Pour éviter une épidémie, les baraques furent brûlées après leur évacuation, le 16 avril. Seul reste le lieu de désinfection.

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    Les corps furent enterrés une première fois dans des fosses communes, puis, sur les 1488 cadavres, 223 morts purent être ensuite identifiés et transférés dans leur pays d’origine. Pour les autres, ils sont enterrés, par deux sous la même pierre tombale, dans un cimetière inauguré en 1958.

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    Après le 11 mai 1945, l’Allemagne fut occupée par les troupes alliées. Les anciens prisonniers, comme les français au Hohenasperg, réussirent à confectionner, avec quelques tissus, un drapeau français.

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     La tâche, pour les alliés, était de juger les nazis et opérer une dénazification, car presque toute la population avait suivi Hitler.

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    Au procès de Nuremberg, du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946, les principaux responsables du troisième Reich, accusés de complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, furent jugés. Il aboutit à la condamnation à mort de douze d’entre eux, des peines de prison allant jusqu’à la perpétuité pour sept autres, et trois acquittements.D’autres procès eurent lieu, à tous les échelons.Pour Vaihingen, un tribunal français condamna à mort huit responsables du camp et en condamna huit autres à des travaux forcés.                                                                                                        La prison du Hohenasperg devint, avec les américains, le camp 76 pour dénazifier ; Konstantin Hierl, ministre du Reich en 1943, y fut enfermé, condamné pour « crimes majeurs », mais ne passa que 5 ans dans un camp de travail.

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    Karl Jäger, officier SS et chef d’un Einsatzkommando, responsable du massacre de milliers de juifs, parvint à échapper aux alliés mais, rentré en Allemagne, il sera arrêté, inculpé de crimes de guerre et enfermé au Hohenasperg. Il se suicidera au début de son procès, en juin 1959.   

    A l’Hôtel Silber travaillera le sergent Herbert Kappler. Il sera ensuite chargé de la « solution finale » et, à Rome, organisera en particulier le massacre des « Fosses ardéatines ».Arrêté après-guerre, il sera remis aux autorités italiennes et condamné à la prison à vie, mais réussira à s’évader en 1977 vers l’Allemagne, laquelle refusera de l’extrader ; il mourra à Stuttgart.

    Car le problème posé après-guerre était la façon de rendre la justice. Il était difficile de faire le procès de quelqu’un à l’endroit où s’étaient passé les faits, il était difficile d’avoir des preuves, les personnes tuées l’avaient été en général hors d’Allemagne, et l’Allemagne ne voulait pas extrader quelqu’un qui pouvait être condamné à mort dans un autre pays, alors que cette peine avait été abolie chez elle. Egalement, les anciens nazis ne se sentaient souvent pas coupables (le premier ministre du Bade-Wurtemberg, Hans Filbinger, aurait dit : « ce qui était légal autrefois ne peut pas être illégal aujourd’hui »). Beaucoup se disaient qu’ils n’avaient fait qu’obéir aux ordres (Konstantin Hierl, par exemple, avait l’ « obsession du travail bien fait »).

     Pour pouvoir centraliser toutes les informations concernant les nazis, fut créé, en 1958, à Ludwigsburg, au nord de Stuttgart, dans une ancienne prison pour femmes, un dépôt central des archives des services juridiques des Länder pour la poursuite des crimes nationaux-socialistes. Là sont recensés les dossiers d'instruction contre des personnes soupçonnées d'être impliquées dans des crimes de guerres ou des crimes contre l'humanité. Ces documents conservés proviennent de différents parquets allemands et concernent, notamment, les Commandos du SD, la déportation politique et raciale ainsi que des représailles contre la Résistance. Il y a ainsi 1, 4 million de fiches.

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     Mais pas un seul membre de la Justice de Stuttgart ayant participé aux condamnations à mort n’a été condamné par un tribunal pénal et la plupart furent, en outre, à nouveau en fonction dans la justice à partir de 1950. Même le « juge sanguinaire », Hermann Cuhorst, président du Tribunal d’exception de 1937 à 1944, condamné par la Chambre arbitrale de Stuttgart en 1948, qualifié de «  coupable principal » et condamné à six ans de camp de travail, fut libéré dès 1950.                                                 Le médecin Eugen Fischer, né à Karlsruhe, qui avait développé ses théories sur les spécificités raciales et fait pratiquer une stérilisation forcée à des nombreux déficients mentaux, fut recteur de l’université de Berlin et donna des cours aux médecins SS ; le docteur Mengele devint même son assistant.Il mourut en 1967, sans avoir été inquiété. Il en sera presque de même pour un médecin nazi, ayant participé à l’Action T4 et qui aurait tué 2300 personnes ; il revint s’installer vers 1950 à Stuttgart dans la Hölderlinstrasse et exercera pendant 23 ans ; finalement poursuivi, il sera condamné à 20 mois de prison.

    Depuis les années 90, s’est cependant imposé un travail de mémoire. Des habitants se sont opposés à la destruction de l’Hôtel Silber, qui est devenu un musée. Aujourd’hui, grâce à l’initiative de l’artiste berlinois Gunter Demnig, 1000 Stolpersteine (« pierres à trébucher ») ont été installées à Stuttgart(et dans de nombreux autres villes dans toute l’Allemagne et en Europe) afin de ne pas oublier les victimes du nazisme.

    Car, sans ceci, le souvenir de certaines personnes aurait disparu à jamais.

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    Ella Heimberger était professeur et vivait seule. Elle voulut partir en Suisse mais, très surveillée, fut dénoncée et convoquée à l’Hôtel Silber. Elle ne revint jamais et ce Stolperstein est le seul endroit pour se rappeler son nom.                                                                                                                Il en est de même pour Elsbeth Süsskind, une femme juive d’Esslingen. En 1941, les 141 juifs de la ville furent réunis sur la place et emmenés au Killesberg, à Stuttgart, puis prirent le train à la gare du Nord vers les camps, où l’on perd sa trace.

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    Il reste encore un travail de mémoire à faire car, sur les 141 déportés, seuls 50 Stolpersteine ont été installés à Esslingen.

    C’est aussi pour participer au devoir de mémoire que 19 élèves du lycée Désiré Nisard, avec leurs camarades du lycée Hölderlin, ont symboliquement nettoyé quelques-uns de ces Stolpersteine.

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    Ils ont pu effacer aussi une marque nazie faite au tampon sur la plaque du magasin juif. Car cette période attire toujours des néo-nazis et c’est « un passé qui ne passe pas » pour certains. Le cimetière du camp de concentration de Vaihingen, par exemple, a été profané en 2003 et 2005.

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  • Commentaires

    2
    jean
    Vendredi 22 Novembre à 09:47

    émouvant et effrayant à la fois ! un grand merci monsieur Masson 

    1
    SEROT-GUILLEMAN M.
    Jeudi 21 Novembre à 10:09

    Merci et félicitations pour la restitution de la mémoire de toutes ces personnes. Ce travail d'Histoire est indispensable et doit nous appeler à rester vigilants.

     

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