• Une conférence de Michel Lagrange sur Francis Carco...

    Lorsque l'on évoque le nom de l'écrivain Francis Carco, on se rappelle de ses romans qui nous montrent un Paris mal famé, le royaume de la pègre, l'univers de la nuit où évolue tout un monde interlope.

    C'est en effet ce que l'auteur nous présente dans plusieurs de  ses livres comme Jésus la Caille ou l'Homme traqué.

    Mais Francis Carco c'est aussi un poète, un homme fasciné par le malheur , mais qui le rejette..un homme dominé par son humeur "saturnienne"

    Michel Lagrange, qui fut longtemps professeur de Français et de Latin au Lycée Désiré Nisard, et qui publie de très beaux poèmes, a voulu nous présenter, dans une conférence passionnante, toutes les facettes de la personnalité de celui qui vécut, pendant cinq années, dans notre petite ville de province, Châtillon sur Seine.

     "Francis Carco", un marginal au coeur des hommes, une conférence de Michel Lagrange...

    François Carcopino (il abrégera plus tard son nom en  Francis Carco) naquit à Nouméa le 3 juillet 1886. Son père, Jean-Dominique, était représentant de l'Etat dans la colonie pénitentiaire, autrement dit le "bagne" de Nouvelle-Calédonie, ce bagne qui accueillera Louise Michel, la Vierge Rouge, après son séjour à la prison d'Auberive.

    Très tôt l'enfant écoutera les histoires horribles que son père racontait à sa famille, en particulier les exécutions de forçats. Il en fut traumatisé jusqu'à la fin de ses jours.

    Lors du retour de la famille en France, il nous raconte sa rencontre avec son grand-père :

    Maman, que grand-père est vieux ! quand est-ce qu'on le jette à l'eau ? Ce cri m'avait jailli du coeur, car les Canaques, à Nouméa, n'ont, à l'égard de leurs parents trop âgés, aucune de ces marques de respect qui sont chez nous d'usage, et ils aiment mieux les noyer qu'assister à leur décrépitude..[...] Comment aurais-je  soupçonné l'énormité de ma question ? Grand-père me reposa par terre puis, m'appliquant un coup de canne sur les mollets, il s'écria , sans se fâcher : "Sauvage ! "

     Francis , en grandissant, aura un tempérament impétueux et imprévisible . Son père se croira obligé de le corriger sans retenue.

    Ne pouvait-il pas deviner qu'à rouer de coups un enfant, on lui communique le goût de la souffrance ? C'est en effet ce qui s'est produit.

    En 1896,  Jean-Dominique Carcopino est nommé Conservateur des Hypothèques à Châtillon sur Seine.

    La famille Carcopino  demeurera cinq années dans notre ville, cinq années décisives pour  Francis, jeune garçon rebelle attiré par la nature...et l'école buissonnière.

    C'est en effet à Châtillon sur Seine qu'il découvrira la beauté de notre nature bourguignonne et son attirance magique..

    "Je n'ai jamais mieux aimé la nature qu'à ce moment de ma vie. Un pêcher,un abricotier sauvages, qui émergeaient des vignes que le sulfate rendait vert-de-gris, me retenaient de longues minutes dans une muette adoration"

    Durant sa vie entière, Carco gardera le goût de la pluie..

    Oh ! ce bruit de l'eau, ce ruissellement léger,cette note musicale et charmante des gouttes sur la toiture en zinc d'un appentis !Le lendemain, l'air avait une fraîcheur délicieuse et la vie reprenait plus intime, plus savoureuse encore...

    Cette pluie, Francis Carco la mit en poème, ce poème devint une chanson que Michel Lagrange nous fit écouter..

    Il pleut.

    Il pleut — c’est merveilleux. Je t’aime.
    Nous resterons à la maison :
    Rien ne nous plaît plus que nous-mêmes
    Par ce temps d’arrière-saison.

    Il pleut. Les taxis vont et viennent.
    On voit rouler les autobus
    Et les remorqueurs sur la Seine
    Font un bruit... qu’on ne s’entend plus !

    C’est merveilleux : il pleut. J’écoute
    La pluie dont le crépitement
    Heurte la vitre goutte à goutte...
    Et tu me souris tendrement.

    Je t’aime. Oh ! ce bruit d’eau qui pleure,
    Qui sanglote comme un adieu.
    Tu vas me quitter tout à l’heure :
    On dirait qu’il pleut dans tes yeux.

    (Pour écouter les chansons, cliquer sur la flèche  qui se trouve en bas à gauche)

     Après Châtillon sur Seine, le père de Francis Carco est nommé  à Villefranche de Rouergue. Il ne décolère pas contre son fils qui ne réussit pas dans ses études. Francis se représente comme  paresseux, il ressent douloureusement sa médiocrité et ne pense qu'à venir dans ce  Paris qu'a si bien décrit le poète qu'il admire : Verlaine.

    En 1910 il arrive à Paris qu'il découvre sous la neige..

    Il neigeait. Le ciel roux, les lumières, les lourds flocons fondant à mesure qu'ils arrivaient au sol, composaient un décor étrange où les taxis paraissaient évoluer comme, au fond d'un bocal, des monstres aux yeux sanguinolents. Ceux qui ne roulaient point, figés contre un trottoir, étaient encore plus hallucinants. Ils donnaient l'impression de cadavres échoués dans les algues, ou de crustacés immobiles, guettant de leur lanterne une proie.

     A Paris, Francis Carco rencontre Pierre Mac Orlan, Roland Dorgelès, Picasso dont il n'aime pas le surréalisme, il préfère les choses simples.

    Il écrit un poème, "le doux caboulot",  qui sera  mis en musique en 1931 par Jacques Larmanjat, Michel Lagrange nous  fit écouter cette délicieuse chanson ...

     "Francis Carco", un marginal au coeur des hommes, une conférence de Michel Lagrange...

    Le doux caboulot
    Fleuri sous les branches
    Est tous les dimanches
    Plein de populo.

    La servante est brune,
    Que de gens heureux
    Chacun sa chacune,
    L'une et l'un font deux.

    Amoureux épris du culte d'eux-mêmes.
    Ah sûr que l'on s'aime,
    Et que l'on est gris.

    Ça durera bien le temps nécessaire
    Pour que Jeanne et Pierre
    Ne regrettent rien.

    C'est à Paris que naîtra sa fascination pour le milieu interlope, les bas-fonds sans joie. Il fréquentera des prostituées qu'il mettra en scène dans ses romans : Mina, Nénette, la Rouque, Fernande, Valentine...et bien d'autres.

    Une autre chanson  que nous fit écouter Michel Lagrange :"l'orgue des amoureux", interprétée par Edith Piaf..

     Un vieil orgue de Barbarie
    Est venu jouer l'autre jour
    Sous ma fenêtre, dans la cour
    Une ancienne chanson d'amour
    Et pour que rien, rien ne varie,
    Amour rimait avec toujours.
    En écoutant cette romance
    Qui me rappelait le passé,
    Je crus que j'en avais assez
    Mais comme hélas, tout recommence,
    Tout hélas a recommencé,
    Tout hélas a recommencé.

    Je t'ai donné mon cœur.
    Je t'ai donné ma vie
    Et mon âme ravie,
    Malgré ton air moqueur,
    Reprenons tous en chœur,
    Est à toi pour la vie.

    C'est pourtant vrai, lorsque j'y pense,
    Que je l'aimais éperduement
    Et que jamais aucun amant
    Ne m'a causé plus de tourments,
    Mais voilà bien ma récompense
    D'avoir pu croire en ses serments.
    Il a suffi d'une aventure
    Plus que banale en vérité
    Pour qu'un beau soir, sans hésiter,
    Il obéit à sa nature.
    Je ne l'avais pas mérité.
    Je ne l'avais pas mérité.

    Je t'ai donné mon cœur.
    Je t'ai donné ma vie
    Et mon âme ravie,
    Malgré ton air moqueur,
    Reprenons tous en chœur,
    Est à toi pour la vie.

    Que pouvons-nous contre nous-mêmes ?
    Chacun de nous suit son chemin.
    C'est le sort de tous les humains
    Mais ceux qui vont main dans la main
    En se disant tout bas "je t'aime"
    Devraient songer aux lendemains
    Sur une triste ritournelle
    Dont l'écho s'est vite envolé.
    L'orgue à la fin s'en est allé
    Et, pardonnant à l'infidèle,
    J'ai chanté pour me consoler,
    J'ai chanté pour me consoler.

    Je t'ai donné mon cœur.
    Je t'ai donné ma vie
    Et mon âme ravie,
    Malgré ton air moqueur,
    Reprenons tous en chœur,
    Est à toi pour la vie.
    Je t'ai donné mon cœur, je t'ai donné ma vie...
          

     Ses livres, nombreux, nous montrent des voyous, des "apaches", victimes des aléas de la vie , des marginaux qui font souffrir et qui souffrent : Jésus la Caille, Lampieur, le héros tragique de "l'Homme traqué" (1922).

    Son livre "L'Homme traqué" lui permit d'ailleurs de recevoir le grand prix de l'Académie Française.

    Katherine Mansfield fut son grand amour, ce fut entre eux une passion désespérante, mais qui ne dura pas.

    Son amie très chère, ce fut l'écrivaine Colette....

    On la voit ici chez Francis Carco, photo illustrant une autre chanson que nous a fait connaître Michel Lagrange, interprétée par Fréhel :

    Chanson tendre

    Comme aux beaux jours de nos vingt ans
    Par ce clair matin de printemps
    J'ai voulu revoir tout là-bas
    L'auberge au milieu des lilas
    On entendait sous les branches
    Les oiseaux chanter dimanche
    Et ta chaste robe blanche
    Paraissait guider mes pas

    Tout avait l'air à sa place
    Même ton nom dans la glace
    Juste à la place où s'efface
    Quoi qu'on fasse
    Toute trace
    Et je croyais presque entendre
    Ta voix tendre murmurer
    "Viens plus près"

    J'étais ému comme autrefois
    Dans cette auberge au fond des bois
    J'avais des larmes dans les yeux
    Et je trouvais ça merveilleux
    Durant toute la journée
    Après tant et tant d'années
    Dans ta chambre abandonnée
    Je nous suis revus tous deux

    Mais rien n'était à sa place
    Je suis resté, tête basse,
    À me faire dans la glace
    Face à face
    La grimace
    Enfin, j'ai poussé la porte
    Que m'importe
    N i ni
    C'est fini !

    Pourtant, quand descendit le soir
    Je suis allé tout seul m'asseoir
    Sur le banc de bois vermoulu
    Où tu ne revins jamais plus
    Tu me paraissais plus belle
    Plus charmante, plus cruelle
    Qu'aucune de toutes celles
    Pour qui mon cœur a battu

    Et je rentrai, l'âme lasse,
    Chercher ton nom dans la glace
    Juste à la place où s'efface
    Quoi qu'on fasse
    Toute trace
    Mais avec un pauvre rire
    J'ai cru lire :
    Après tout,
    On s'en fout !

    Monsieur Carco est devenu un homme grave, triste, fasciné par le malheur, mais qui le rejette...tandis que M'sieur Francis est toujours le noctambule des quartiers chauds

    Francis Carco sera élu à l'Académie Goncourt.

    Dix films seront tirés de ses ouvrages.

    Son style, pour nous,  est toujours admirable, mais ses romans ont vieilli car Paris a bien changé : plus d'apaches, plus de milieux interlopes, il est bien mort le vrai Montmartre qu'il a tant aimé !.

    Carco fut un promeneur des berges , un amoureux de la Seine, fleuve qui de Châtillon à Paris fut toujours son univers poétique...

    Et la lumière au loin déferle

    Plus haut, du côté de Bercy.

    La Seine a des reflets de perle:

    Comme il ferait bon vivre ici !

    Merci à Michel Lagrange pour sa vision lumineuse de l'homme, du poète que fut Francis Carco..

    Et merci également à Gilles Freyssinet, auteur d'un livre sur Francis Carco (auquel le lient des circonstances familiales): "le Paris de M'sieur Francis" qui m'a fait don des quatre photos inédites de l'écrivain, photos qui m'ont permis d'illustrer ses chansons .


    3 commentaires

  • (L’Académie vue par Bernard Buffet :Francis Carco est en bas,à droite)

    Francis Carco a été membre de l'Académie Goncourt le 13 octobre 1937 élu au fauteuil de Gaston Chéreau.

    Surnommé Le romancier des Apaches, il réalisa les plus forts tirages d'édition de l'entre-deux-guerres.

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  • Il définit son œuvre lui même comme « un romantisme plaintif où l’exotisme se mêle au merveilleux avec une nuance d’humour et désenchantement ». Dans ses livres transparaît l'aspiration à un ailleurs : « Des rues obscures, des bars, des ports retentissant des appels des sirènes, des navires en partance et des feux dans la nuit ». L'enfant battu par son père corse consacra sa vie aux minorités et en fit souvent le sujet de ses romans : Canaques, témoins de ses premières années à Nouméa, prostitués, mauvais garçons.


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  • (caricature de Jacques Dyssord)


    En rupture de ban très jeune avec la société et sa famille bourgeoise, attiré dès l’adolescence par les mauvais garçons, les lieux mal famés et les jeux de la nuit, Francis Carco, M’sieur Francis plus tard pour la pègre, se fixe dès seize ans le programme de son existence : il sera poète.

    Poète de la nuit, poète de la rue, des marlous, des Apaches, des filles du bitume, des éphèbes racoleurs, écrivain de Paname, des bordels, des caboulots et des fumeries d’opium.
    Il arpente Paris la nuit, de Barbès aux Fortifs, de la Chapelle à la Bastoche, de la Place du Tertre au Quartier Latin. Avec Apollinaire, Max Jacob, Pierre Mac Orlan, Utrillo, Modigliani…, toute la bande du Lapin Agile, il vit l’épopée grandiose et misérable de la bohème dont Montmartre est le cœur. Jésus la Caille, le môme maquillé qui fait craquer les macs et les filles sera son premier roman. Car ce fils de bourgeois encanaillé s’est promis de foutre, en pleine gueule des bourgeois, des romans musclés et pourris dont ils se lécheront les babines.
    Après des années de galère, Francis Carco est lauréat de l’Académie Française et décoré de la Légion d’Honneur. Explorateur fasciné et ambigu de la misère et du crime, des êtres voués au malheur, à la déchéance et à la solitude, Francis Carco fait revivre dans ses romans tout un monde et une époque. Mais au-delà de ces témoignages de voyeur, la force de son œuvre est de nous entrainer à sa suite dans les tréfonds de l’humanité en souffrance.


    (Françoise Estèbe)

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  • Francis Carco a écrit des chansons, dont Le doux caboulot, mis en musique par Jacques Larmanjat, chanté par Marie Dubas (1931)


    Le doux caboulot

    Paroles: Francis Carco. Musique: Jacques Larmanjat 1931, créé par Renée Lebas

    autres interprètes: Lina Margy, Lucienne Boyer (1951), Renée Lebas (1953), Yves Montand (1953), Juliette Gréco (1959), Colette Renard (1961), Frida Boccara (1961), Tino Rossi (1971), Francis Lemarque (1989)


    Le doux caboulot
    Fleuri sous les branches
    Est tous les dimanches
    Plein de populo.

    La servante est brune,
    Que de gens heureux
    Chacun sa chacune,
    L'une et l'un font deux.

    Amoureux épris du culte d'eux-mêmes.
    Ah sûr que l'on s'aime,
    Et que l'on est gris.

    Ça durera bien le temps nécessaire
    Pour que Jeanne et Pierre
    Ne regrettent rien.

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  • L'orgue des amoureux, musique de Varel & Bailly, chanté par Édith Piaf (1949)


    L'orgue des amoureux

    Paroles: Francis Carco. Musique: Varel & Bailly 1949 créé par .Edith Piaf
    autres interprètes: Mouloudji (1959)




    Un vieil orgue de Barbarie
    Est venu jouer l'autre jour
    Sous ma fenêtre, dans la cour
    Une ancienne chanson d'amour
    Et pour que rien, rien ne varie,
    Amour rimait avec toujours.
    En écoutant cette romance
    Qui me rappelait le passé,
    Je crus que j'en avais assez
    Mais comme hélas, tout recommence,
    Tout hélas a recommencé,
    Tout hélas a recommencé.

    Je t'ai donné mon cœur.
    Je t'ai donné ma vie
    Et mon âme ravie,
    Malgré ton air moqueur,
    Reprenons tous en chœur,
    Est à toi pour la vie.

    C'est pourtant vrai, lorsque j'y pense,
    Que je l'aimais éperduement
    Et que jamais aucun amant
    Ne m'a causé plus de tourments,
    Mais voilà bien ma récompense
    D'avoir pu croire en ses serments.
    Il a suffi d'une aventure
    Plus banale en vérité
    Pour qu'un beau soir, sans hésiter,
    Il obéit à sa nature.
    Je ne l'avais pas mérité.
    Je ne l'avais pas mérité.

    Je t'ai donné mon cœur.
    Je t'ai donné ma vie
    Et mon âme ravie,
    Malgré ton air moqueur,
    Reprenons tous en chœur,
    Est à toi pour la vie.

    Que pouvons-nous contre nous-mêmes ?
    Chacun de nous suit son chemin.
    C'est le sort de tous les humains
    Mais ceux qui vont main dans la main
    En se disant tout bas "je t'aime"
    Devraient songer aux lendemains
    Sur une triste ritournelle
    Dont l'écho s'est vite envolé.
    L'orgue à la fin s'en est allé
    Et, pardonnant à l'infidèle,
    J'ai chanté pour me consoler,
    J'ai chanté pour me consoler.

    Je t'ai donné mon cœur.
    Je t'ai donné ma vie
    Et mon âme ravie,
    Malgré ton air moqueur,
    Reprenons tous en chœur,
    Est à toi pour la vie.
    Je t'ai donné mon cœur, je t'ai donné ma vie...

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  • Chanson tendre, musique de J. Larmanjat, chantée par Fréhel, en 1935. Carco chanta lui-même cette dernière chanson au Lapin Agile, en 1952.



    Chanson tendre

    Paroles: Francis Carco. Musique: Jacques Larmanjat 1935
    autres interprètes: Fréhel (1935), Francis Carco (1952), Cora Vaucaire (1952), Monique Morelli (1957), Lucienne Vernay (1959), Patachou, Colette Renard (1961), Luc Barney (1966), Tino Rossi (1971), Francis Lemarque (1989)



    Comme aux beaux jours de nos vingt ans, (En souvenir de nos vingt ans)
    Par ce clair matin de printemps, (Par ce beau matin de ..)
    J'ai voulu revoir tout là-bas,
    L'auberge au milieu des lilas.
    On entendait sous les branches, (On entendait dans ..)
    Les oiseaux chanter dimanche
    Et ta chaste robe blanche,
    Paraissait guider mes pas.

    Tout avait l'air à sa place,
    Même ton nom dans la glace,
    Juste à la place où s'efface,
    Quoi qu'on fasse,
    Toute trace..
    Et je croyais presqu'entendre
    Ta voix tendre murmurer
    "Viens plus près"

    J'étais ému comme autrefois
    Dans cette auberge au fond des bois,
    J'avais des larmes dans les yeux (J'avais des larmes pleins ..)
    Et je trouvais ça merveilleux.
    Durant toute la journée,
    Après tant et tant d'années, (Dans la chambre abandonnée)
    Dans ta chambre abandonnée, (Depuis tant et tant d'années)
    Je nous suis revus tous deux.

    Mais rien n'était à sa place;
    Je suis resté, tête basse,
    À me faire dans la glace
    Face à face
    La grimace...
    Enfin j'ai poussé la porte,
    Que m'importe
    N. I. NI
    C'est fini

    Pourtant quand descendit le soir
    Je suis allé tout seul m'asseoir (Je suis venu tout seul m'asseoir)
    Sur le banc de bois vermoulu
    Où tu ne revins jamais plus.
    Tu me paraissais plus belle,
    Plus charmante, plus cruelle
    Qu'aucune de toutes celles
    Pour qui mon cœur a battu.

    Et je rentrai, l'âme lasse,
    Chercher ton nom dans la glace (Tout avait l'air à sa place)
    Juste à la place où s'efface (Même ton nom sur la glace)
    Quoi qu'on fasse
    Toute trace..
    Mais avec un pauvre rire (Puis avec un pauvre rire)
    J'ai cru lire:
    "Après tout,
    On' s'en fout."

    2 commentaires


  • Francis Carco (de son vrai nom Carcopino-Tusoli) naît en 1886 à Nouméa, en Nouvelle Calédonie.

    Il y passe ses dix premières années de sa vie, son père,d’origine Corse, travaille comme Inspecteur des Domaines de l'Etat au bagne de Nouméa.

    Chaque jour, il voit passer, sous les fenêtres de la maison familiale de la rue de la République, les bagnards enchainés en partance pour l'île de Nou. Il restera marqué toute sa vie par ces images qui lui donneront le Goût du Malheur.

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  • (Photo de la maison où il vécut pendant son séjour à Châtillon sur Seine)

    Le père de Francis Carco est nommé ensuite en Métropole,dans notre ville.

    Francis réside alors avec sa famille à Châtillon-sur-Seine

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  • Le père de Francis Carco est Directeur de la prison,ancien auditoire Royal (devenue maintenant notre bibliothèque)

    Confronté à l'autoritarisme et à la violence paternelle, il se réfugie dans la poésie, où s'exprime sa révolte intérieure.

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  • Il fréquente le lycée de Châtillon,peut-être est-il un de ces lycéens s’ébattant dans la cour de récréation ?

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  • Il a un ami,lycéen lui aussi,appelé Rodot,dont le père est boucher,installé dans la maison Philandrier (actuellement musée)…

    Beaucoup plus tard,Rodot,adulte, agonisera au premier étage,empoisonné par de la mort aux rats….

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  • Carco raconte son enfance à Châtillon ,et l’aventure de Rodot,dans un joli livre,malheureusement méconnu,même des Châtillonnais : « Mémoires d’une autre vie ».

    Un jour je me suis amusée,livre en main ,à parcourir les rues sur les pas de Francis Carco,tout est si vivant,si bien écrit,on retrouve tout ce qui l’a enchanté….un vrai bonheur !

    Carco partira de Châtillon sur Seine en 1901,son père étant nommé à Villefranche sur Rouergue.

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  • (Le lapin Agile)

    En 1901, la famille s’installe au 31 avenue de la République à puis, au gré des mutations du père, à Rodez de 1905 à 1907.

    Il fait de fréquents séjours chez sa grand-mère au 4 rue du Lycée à Nice.

    Il fait quelques séjours à Agen, où il est pion durant 4 mois avant de se faire « virer » par le proviseur, surpris laissant sans surveilance les élèves dont il a la charge, puis à Lyon et Grenoble, des villes dont il parcourt et observe les bas-fonds.

    Au cours de ces séjours, il rencontre les jeunes poètes qui fonderont avec lui, dès 1911, l'Ecole Fantaisiste, groupe de poètes férus de poésie naturaliste : Jean Pellerin, Léon Véranne, Tristan Derème,....

    Francis Carco monte à Paris en janvier 1910. Il à 23 ans. Carco commence à fréquenter Montmartre.

    Un bon de consommation en poche, qu'il a découpé dans une revue, il se rend au « Lapin Agile », où il croise notamment Pierre Mac Orlan et Roland Dorgelès. Après avoir poussé avec succès la goualante (chantant des chansons des Bats d'Af) à l'invitation du père Frédé, maître des lieux, il est immédiatement accueilli à la grande table où se réunissent les bohèmes de ce temps.


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  • Il est aussi l'ami d'Apollinaire, Max Jacob, Maurice Utrillo, Modigliani, Pascin. Il assure également la critique artistique dans les revues L'Homme libre et de Gil Blas. Sentant qu'il risque sa perte dans ce Montmartre des plaisirs et du crime, il rejoint Nice où sa grand-mère lui « donne la croûte et fournit un ameublement soigné ».

    Il publie son premier recueil, La Bohême et mon cœur, en 1912.
    Début 1913, Francis Carco retourne à Paris. Il s'installe au 13 quai aux Fleurs. Il rencontre Katherine Mansfield, compagne de John Middelton Murry, journaliste londonien. « Rebelle et pure jeune fille » originaire de Nouvelle-Zélande.

    Katherine quitte quelques mois le domicile conjugal. Il entame avec elle une relation troublante, inaboutie, un « amour voué au désastre », comme il le disait lui-même, qui le marquera jusqu’à la fin de ses jours.

    Il prête son appartement à Katherine pendant qu'il effectue son service militaire à Gray, près de Besançon. Il dira que cette dernière, dans les lettres qu'elle lui adressera alors de Paris, lui a donné toute l'inspiration et les descriptions de Paris qu'il utilisera lorsqu'il publiera Les Innocents en 1916.


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