• L'Europe  : 1929-1939, de la crise financière à la guerre

    L'Europe  : 1929-1939, de la crise financière à la guerre

     L’Europe: 1929-1939  
    De la crise financière à la guerre
    La grande dépression, les dictatures, les démocraties conciliantes

     Robert Fries qui a présenté cette conférence sous les auspices de  l'Association Culturelle Châtillonnaise , a donné gracieusement son texte aux auditeurs qui le désiraient.

    Je le publie en plusieurs épisodes sur le blog, merci  à Robert Fries pour sa générosité.

    Ces épisodes font suite à sa conférence de 2020, que j'avais publiée ici :

    http://www.christaldesaintmarc.com/de-1919-a-1929-c33164692


    La fin des années 20 : l’esprit de Locarno et la prospérité retrouvée.


    Les années d’après-guerre sont difficiles. 

    L’Allemagne se sent injustement humiliée.

    La France veut des réparations : « l’Allemagne paiera » dit-on ; mais l’Allemagne fait tout pour ne pas payer.

    La Grande -Bretagne recherche un équilibre entre les puissances continentales.

    L’Italie n’a pas pu satisfaire ses ambitions territoriales et connait de sérieux troubles sociaux.

    Les Etats-Unis portent moins d’intérêt aux questions européennes. 

    A l’exception des Etats-Unis, tous les pays se débattent dans des difficultés financières héritées de l’endettement dû à la guerre. 

    Les crises se succèdent : économiques, sociales, politiques. 

    A la violence des mouvements revendicatifs voire révolutionnaires s’oppose la violence des forces de l’ordre. 

    La diplomatie européenne est dans une impasse.


    A partir de 1924, le ciel s’éclaircit : En Allemagne le chancelier Gustav Stresemann dirige un gouvernement de coalition.

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      Il est prêt à payer les réparations moyennant des accommodements. 

    En France le Cartel des gauches arrive au pouvoir : Herriot et Briand sont fondamentalement pacifistes et prêts à discuter. 

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    En Grande-Bretagne, le travailliste Ramsay  MacDonald,

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    puis le conservateur Austen Chamberlain

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    dirigent les affaires étrangères dans un esprit d’ouverture. 

    S’ouvre alors une période de détente.

    L’esprit de Locarno et ses conséquences.

     Le 16 octobre 1925, la France, la Grande-Bretagne, la Belgique, l’Allemagne et l’Italie signent à Locarno un traité, le Pacte rhénan, qui entérine l’accord de l’Allemagne quant à ses frontières occidentales telles que définies par le traité de Versailles, c'est-à-dire avec la France et avec la Belgique ainsi que la démilitarisation de la Rhénanie.

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    Les frontières occidentales de l’Allemagne sont garanties par la Grande-Bretagne et l’Italie .

    Les contractants s’engagent à ne pas utiliser la force pour régler d’éventuels différends mais de faire appel aux procédures d’arbitrages de la SDN. 

    L’atmosphère est à la conciliation et à la solidarité internationale pour œuvrer au maintien de la paix sur le continent. 

    Les signataires en France et en Grande-Bretagne sont accueillis en héros. 

    Stresemann, Chamberlain et Briand recevront le prix Nobel de la paix.

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    L’Allemagne est de nouveau à son rang dans le concert des nations.


    Dans cet « esprit de Locarno », qui prévaudra jusqu’en 1929, des mesures importantes sont adoptées :


    •    1926 : entrée de l’Allemagne à la SDN


    •    Accord franco-allemand sur l’acier, préfiguration de la CECA, conclu en septembre 1926.  C’est un cartel qui fixe des prix et des quotas de production.


    •    Août 1929 : évacuation anticipée de la Rhénanie qui est effective en 1930 avec 5 années d’avance sur les dispositions du traité de Versailles.  L’occupation de la Ruhr, débutée en janvier 1923 est terminée en août 1925.


    •    1924 puis 1929, successivement plan Dawes puis plan Young qui apportent des adoucissements aux paiement des réparations.  Les montants dus sont diminués : ils passent de 132Md Marks à 38Md Marks et la période de paiement étendue jusqu’à 1988.


    La prospérité revenue.

    Le passage d’une économie de guerre à une économie de paix a été difficile. 

    Les destructions sont massives (France), les emprunts sont à rembourser, les pensions des veuves et des invalides sont à honorer, en plus pour l’Allemagne il y a les réparations. 

    Toute l’Europe connait des mouvements sociaux violents.

      Les pays vainqueurs estiment que leur prestige international ainsi que la confiance que leur ont accordée leurs prêteurs – d’abord leurs citoyens - est liée au taux de change de leur monnaie.

    Mais la guerre a entrainé une inflation.

    La même quantité de monnaie ne permet plus d’acheter la même quantité de marchandise qu’avant la guerre.

     Des réajustements monétaires sont nécessaires, même s’ils sont cuisants pour certaines classes sociales (retraités, rentiers vivant sur des revenus fixes).

     
    Des réformes sont adoptées avec plus ou moins de bonheur presque partout en Europe.


    •    En France c’est le franc Poincaré adopté en 1928 : il vaut désormais 65,5 mg d’or alors qu’il en valait 322,58 en 1914, sans changement depuis son introduction le 7 germinal an XI (27 mars 1803). 

    La confiance revient et avec la confiance l’argent des possédants.

    La livre qui valait 235Fen 1926 vaut désormais 125F.  L’année 1929 se présente sous les meilleurs auspices.


    •    En Allemagne c’est la création du Reichsmark en 1924 gagé sur l’économie du pays qui met fin à l’hyperinflation et ramène la confiance.


    •    La Grande-Bretagne suit un chemin différent.  A l’initiative de Churchill, en juin 1925, la livre retrouve sa convertibilité en or au taux d’avant-guerre.

      Les financiers sont satisfaits, mais les exportations s’effondrent.

      Les salaires des mineurs sont diminués pour améliorer la compétitivité du charbon anglais.

    D’où une grève générale – en solidarité avec les mineurs dont les salaires avaient été diminués - mémorable en mai 1926. Le front des grévistes se disloque face à une opinion hostile et la grève se termine par un échec pour l’ensemble des syndicats.  Cet échec affaiblira la crédibilité de l’action syndicale pendant des décennies.


    •    L’Italie fasciste, par souci de prestige, cherche à maintenir le cours élevé de la lire. 

    Pour éviter la perte de devises, une politique déflationniste est mise en place : les salaires sont baissés, les importations sont entravées par des droits de douane et remplacées par des productions locales souvent onéreuses, la consommation intérieure est bridée par l’Etat (limitation autoritaire de la consommation de pain, de viande, etc.).


    Dans les démocraties – et l’Allemagne en fait encore partie - la prospérité se manifeste par


    •    Une reprise des échanges internationaux


    •    Des investissements importants venant des Etats-Unis, notamment en Allemagne


    •    De nouvelles technologies amenées par le moteur à explosion et le moteur électrique.  Le pétrole et l’électricité remplacent le charbon comme source d’énergie


    •    De nouvelles méthodes d’organisation et de vente (travail à la chaine, standardisation, Taylorisme, publicité) tendant à la production de masse


    •    La création de grands groupes – holdings ou « konzern » - par fusion et acquisition (Acier avec Stinnes et Krupp, BASF, Imperial Chemical Industries, Unilever, Comptoir de l’Azote).


    L’Europe centrale et orientale est pratiquement exclue de ce mouvement de prospérité : ces pays vivent principalement de l’exportation de produits agricoles – notamment du blé - vers leurs voisins de l’ouest ; or désormais le blé américain est moins cher.

      A l’exception de la Tchécoslovaquie, dans tous ces pays un régime autoritaire s’est installé, contrairement aux espoirs entretenus parle Président Wilson lors des négociations du traité de Versailles.


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  •  Robert Fries nous explique les origines du krach de 1929, et les tentatives des Etats pour surmonter cette crise.

    La crise de 1929 et les réponses qui lui ont été apportées.


    La crise de 1929 s’est d’abord manifestée aux Etats-Unis, puis s’est répandue en Europe.

    La crise aux USA.

    Le jeudi 24 octobre 1929, le DOW Jones – l’équivalent de notre CAC 40 – baisse de 22%. 

    La situation se rétablit la semaine suivante car les banques interviennent, mais pour un temps seulement.

      Le 28 octobre, nouvel effondrement.

      Entre le 24 octobre et le 13 novembre le Dow Jones passe de 326 à 198. 

    Les actions ont perdu en moyenne 30% de leur valeur. 

    La descente aux enfers se poursuit : le 8 juillet 1932, le Dow Jones est à 41, soit 12% de sa valeur avant la crise.

    L'Europe de 1929 à 1939 , deuxième partie

    La crise boursière entraine une crise financière – les banques – qui entraine une crise économique générale.

    Très schématiquement, le mécanisme de tout cela :

    •    Aux Etats-Unis comme en Europe l’économie est florissante à la fin des années 1920. 

    La valeur réelle des entreprises augmente.

      La valeur en bourse de leurs actions également, mais plus vite.

      Alors qu’entre 1920 et 1929 la production industrielle augmente de 50%, le cours des actions augmente de 300%. 

    On achète des actions à crédit pour les revendre peu après avec une bonne plus-value.

    En d’autres termes, les spéculateurs empruntent pour acheter des actions .

    Entre le 18 et le 23 octobre, de gros opérateurs enchainent les « prises de bénéfice  ».

      C’est le début du mouvement de baisse.

      Les spéculateurs qui avaient emprunté doivent revendre à perte leur capital pour rembourser leurs emprunts.


    •    Les banques qui avaient prêté aux spéculateurs ne sont pas remboursées.  Elles ne peuvent pas rembourser les déposants. 

    Elles font faillite entrainant leurs clients, entreprises ou particuliers.

    L'Europe de 1929 à 1939 , deuxième partie

      Celles qui ne disparaissent pas ne prêtent plus et n’investissent plus.

     
    •    L’économie ralentit.  Les entreprises licencient et baissent les salaires, ce qui réduit la demande. 

    En 1929, il y avait 1,5 million de chômeurs ; en 1933, 12,5 millions.


    Les premières mesures prises par l’administration républicaine du président Hoover consistent à augmenter les droits de douane pour protéger les entreprises locales. 

    Pour 3200 articles ils passent de 38% à 59%. 

    Ces mesures ont pour effet de réduire considérablement (66% environ) les échanges avec l’Europe, donc de propager la crise.

    La crise en Europe.

    La crise est née aux Etats-Unis mais se propage en Europe.

    Les particuliers américains comme les banques rapatrient leurs avoirs et mettent fin à leurs investissements ou à leurs prêts. 

    Les banques européennes sont mises en difficulté. 

    Dès juillet 1931 deux banques de Vienne font faillite entrainant dans leur chute une partie du système bancaire autrichien puis allemand ainsi que toute une série d’entreprises.

      Les pays les plus touchés sont ceux dont l’économie dépend soit de leurs exportations vers les Etats-Unis – c’est le cas de la Grande-Bretagne – soit de prêts accordés par les banques américaines – c’est le cas de l’Allemagne qui a besoin des prêts américains pour payer les Réparations.

     
    Pour juguler la crise financière tous les pays industrialisés ont commencé par utiliser l’arsenal de l’économie libérale classique, notamment :


    •    L’Etat
    o    Réduit les dépenses publiques en diminuant le traitement des fonctionnaires


    o    Protège les productions nationales par des droits de douane


    o    Cherche à attirer des capitaux en veillant au maintien d’un taux de change élevé de la monnaie nationale et en relevant le taux d’escompte.


    •    Les entreprises cherchent à améliorer leur compétitivité en réduisant le coût de la main d’œuvre.

     
    En règle générale ces mesures ont un effet contreproductif.


    •    Le commerce international baisse de deux tiers de sa valeur entre 1929 et 1932.


    •    En Allemagne, la production charbon tombe de 160 à 100 millions de tonnes et celle du fer de 16 à 5,7 millions de tonnes entre 1929 et 1932. 

    Le chômage explose :de 600.000 en 1928, les chômeurs passent à 6.000.000 en 1932 sans compter les 8 millions de chômeurs partiels.

      1 actif sur deux est au chômage en 1933. 

    A Berlin en hiver des milliers de SDF trouvent refuge dans de grandes salles improvisées.  « Les gens vivent dans un enfer de dénuement, de maladie et d’oppression ».


    •    En Grande-Bretagne la production baisse de 30% entre 1929 et 1932.

    La population ouvrière est durement touchée.  En 1935, on a estimé que 20% de la population britannique ne mangeait pas à sa faim.

      Les hunger-marches d’octobre 1932 et février 1934 en sont le reflet. 

    L'Europe de 1929 à 1939 , deuxième partie

    Le chômage touche 2,7 millions de personnes en 1931.


    •    La France est touchée plus tard et de façon moins intense dans la mesure où son économie est moins tournée vers le grand-large.

    L'Europe de 1929 à 1939 , deuxième partie

      La dévaluation de la livre en 1931 qui rend les produits français moins compétitifs est en fait la cause principale d’une baisse de 20% de la production industrielle entre 1929 et 1933.

    En 1933 le nombre de chômeurs n’est que de 350.000 et 500.000 en 1935.  

    En revanche, l’économie française mettra plus de temps à se relever.

      Plutôt qu’une crise, la France est plongée des années durant dans un marasme économique .

    La sortie de crise

    Aux Etats-Unis comme en Europe, le dogme de la main invisible du marché qui, sans intervention de l’Etat, régule avec bienveillance les échanges économiques est sérieusement remis en cause. 

       A la suite de Keynes, on accepte que l’Etat ne doit pas se contenter d’un rôle d’arbitre ; il doit devenir acteur de la vie économique. 

    Par ailleurs le principe de lier la valeur d’une monnaie à l’or est contesté, ce qui justifie la dévaluation. 

    Ces nouveaux principes de dirigisme vont inspirer les politiques économiques tout au long de la décennie. 

    Ce dirigisme varie en fonction des régimes politiques.


    •    Aux Etats-Unis, la solution viendra en 1933 sous Roosevelt et son New Deal avec ses trois volets : assistance (relief) aux agriculteurs notamment ; remise à flot des entreprises (recovery) par des crédits bon marché et des investissements d’intérêt général ; réformes (reform) dans le secteur bancaire notamment.


    •    En Allemagne aux mains des nazis, et en Italie aux mains des fascistes, le dirigisme est intense. 

    L’économie de marché perdure, mais est dirigée par l’Etat qui impose ses choix aux acteurs économiques. 

    C’est la période de grands travaux d’intérêt général (réseaux d’autoroutes, assèchement de marais) ;ensuite l’industrie d’armement mobilisera tous les efforts. Les productions locales de substitution sont aussi développées (ersatz) ainsi que le troc entre pays.

     
    •    En Grande-Bretagne et, à un moindre niveau, en France avec Laval et Flandrin, les politiques économiques s’inspirent de Keynes : stimulation de la consommation par des investissements publics (routes, électrification, logements), meilleure distribution des revenus par une politique fiscale adaptée, inflation modérée et contrôlée (régulation de la masse monétaire et du taux d’escompte). 

    Les monnaies doivent alors être dévaluées.

      C’est ce qui arrive à la livre en 1931, au $ en 1933 et au franc en …. 1936 (franc Auriol, Front populaire), 1937 (franc Bonnet), mai 1938 (franc Marchandeau), novembre 1938 (franc Reynaud).

    Les conséquences sociales et politiques de la crise.

     La crise permet aux syndicats de se renforcer, à tout le moins dans les pays démocratiques.

      Les syndicats sont autorisés à négocier des accords de branche avec le patronat sur les conditions et les règles de travail. 

    De plus des dispositions sociales sont adoptées en vue de réduire la précarité de la vie des ouvriers : assurance chômage, allocations familiales , congés payés.


    Au plan politique, la crise dite de 1929 adeux conséquences importantes:


    •    Le corps électoral évolue vers la droite.

      Ce phénomène parait paradoxal à un moment où le capitalisme libéral semble avoir échoué.

    La lutte des classes qui sépare attire moins que le nationalisme qui unit ; la peur de perdre son emploi incite plus le travailleur à rester chez lui que la promesse de lendemains qui chantent à descendre dans la rue.


    •    La radicalisation des extrêmes, qu’il s’agisse de la droite ou de la gauche.


    Partout la droite a le dernier mot, la crainte du bolchévisme réunissant souvent droite et extrême droite. 

    Seuls le Royaume-Uni, la France, la Belgique, les Pays-Bas, la Suisse, les pays-scandinaves  et la Tchécoslovaquie parviennent à éviter l’arrivée de régimes autoritaires inspirés par une idéologie nationaliste et d’extrême droite.


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  • Voici la troisième partie de la conférence de Robert Fries sur la crise européenne de 1929 à 1939.

    Régimes autoritaires et dictatures ; la montée du nazisme.

     En Europe centrale, l’échec de la démocratie.

    Dans l’esprit du président Wilson et de ses pairs, le traité de Versailles devait conduire au triomphe de la démocratie en Europe : un ensemble de républiques ou de monarchies constitutionnelles sur le modèle des Etats-Unis, de la France ou du Royaume-Uni. 

    De nouveaux Etats virent le jour (Pologne, Tchécoslovaquie, Yougoslavie,Etats Baltes) ; d’autres, à l’intérieur de frontières nouvelles se réformèrent (Autriche, Hongrie, Bulgarie, Roumanie).

    Très vite on déchanta : Dans des circonstances difficiles les mentalités n’étaient pas prêtes à accepter les contraintes de la démocratie et à renoncer à l’usage de la violence dans le combat politique. 

    En Pologne, le maréchal Pilsudski, après avoir été chef de l’Etat de 1919 à 1922, revient au pouvoir en 1926 à l’occasion d’un coup d’Etat organisé par l’armée.

    La crise européenne de 1929 à 1969, une conférence de Robert Fries,  troisième partie

    C’est un régime paternaliste et autoritaire (gouvernement par décret et censure) qui se met en place ; les oppositions sont muselées.

    En Hongrie, l’éphémère République des Conseils (mars-août 1919) dirigée par le communiste Bela Kun disparait devant l’offensive franco-roumaine sous le commandement du général Berthelot.

    La crise européenne de 1929 à 1969, une conférence de Robert Fries,  troisième partie

    L’amiral Horthy est nommé régent du royaume.

    La crise européenne de 1929 à 1969, une conférence de Robert Fries,  troisième partie

    Il instaure un régime autoritaire où l’aristocratie conservatrice, l’église catholique et l’armée jouent un rôle prépondérant. 

    Les partis politiques peuvent s’exprimer à l’exception du parti communiste qui est interdit, mais le système électoral empêche toute alternance.

    En République d’Autriche deux partis se partagent le pouvoir : un parti socio-démocrate (socialiste) et un parti socio-chrétien (conservateur). 

    Ces deux partis disposent chacun de milices paramilitaires : le Heimwehrpour la droite, le RepublikanischerSchutzbund pour la gauche.

    Ces milices se heurtent violemment notamment en 1927 au cours de combats aux abords du Palais de Justice qui fit près de 100 tués. 

    En mai 1932Engelbert Dollfuss [1] (Socio-chrétien) devient chancelier.

    La crise européenne de 1929 à 1969, une conférence de Robert Fries,  troisième partie

    Il instaure une dictature à partir du 4 mars 1933 : dissolution de l’assemblée nationale et gouvernement par décrets, suppression du droit de grève, contrôle de la presse.

    Le parti communiste est interdit.

    Idem pour le parti nazi. 

    Dollfuss se heurte alors aux socialistes. 

    Le 12 février 1934, l’opposition socialiste est liquidée après des combats de rues contre les milices socialistes qui firent 1500 à 2000 morts. 

    En mai 1934,Dollfuss instaure un Etat corporatif autoritaire s’inspirant du modèle fasciste italien.

    Le 25 juillet, des SS autrichiens pénètrent dans la chancellerie et l’abattent. 

    Hitler n’aide pas les insurgés de peur d’une intervention de Mussolini dont des troupes ont pris position à la frontière.

      Kurt Schuschnigg succède à Dollfuss.

    La crise européenne de 1929 à 1969, une conférence de Robert Fries,  troisième partie

    En juillet 1936, il est forcé par Hitler d’accepter deux ministres nazis dans son gouvernement en échange de la levée de l’embargo qui ruinait le pays. 

    L’Anschluss se prépare.

    La Bulgarie s’était rangée du côté de la Triplice.  Le traité de Neuilly ne lui est pas favorable. 

    Dans la violence, deux partis s’opposent : un parti social paysan, parfois allié des communistes et un parti conservateur. 

    Ce dernier, sous la direction d’Alexandre Tsankov, installe une dictature de type fasciste après le coup d’Etat du 9 juin 1923. 

    La crise européenne de 1929 à 1969, une conférence de Robert Fries,  troisième partie

    Le régime poursuit sans merci les socio-paysans et les communistes.

    A partir 1935 le tsar Boris exerce une dictature royale.

    La crise européenne de 1929 à 1969, une conférence de Robert Fries,  troisième partie

      Le pays se rapproche de l’Allemagne nazie.

    La Roumanie qui bénéficie entre les deux guerres d’une certaine prospérité du fait de l’exploitation de gisements pétroliers, est confrontée à l’existence de minorités (Allemands, Hongrois, Juifs) qui compliquent le jeu politique.

      La vie politique est violente avec l’opposition des « Gardes de fer » d’inspiration fasciste et des milices paysannes ou communistes. 

    A partir de 1930 le roi Carol II instaure une dictature royale avec le soutien du parti paysan.

    La crise européenne de 1929 à 1969, une conférence de Robert Fries,  troisième partie

    Au sein du Royaume Serbe, Croate et Slovène les tensions entre les différentes composantes sont nombreuses. 

    En janvier 1929, le roi Alexandre décide de suspendre la constitution et d’instaurer une dictature royale.

    Le royaume s’appelle Yougoslavie.Les opposants communistes ou nationalistes (Croates Macédoniens par exemple) sont emprisonnés ou assignés à résidence.

      En 1934, le roi est assassiné à Marseille sur ordre du mouvement terroriste croate des Oustachis et de l’Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne.

    La crise européenne de 1929 à 1969, une conférence de Robert Fries,  troisième partie

    Les luttes entre les composantes de l’Etat sont attisées par l’Allemagne et l’Italie qui souhaitent réviser les frontières du pays. 

    En 1939, la Croatie est pratiquement indépendante.

    Les Etats baltes (Lituanie, Estonie, Lettonie) sont à l’origine des républiques démocratiques. 

    Elles se transforment rapidement en dictatures (Lituanie 1926, Estonie et Lettonie 1934).

    Seule la Tchécoslovaquie parvient à conserver un fonctionnement démocratique de ses institutions.

     [1]Engelbert Dollfuss (1892-1934) dit Millimetternich en raison de sa petite taille.  Il est fermement opposé à l’Anschluss.


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  • Voici la quatrième partie de la conférence de Robert Fries sur l'Europe de 1929 à 1939.

    LE FASCISME EN ITALIE

     Le fascisme est un mouvement de circonstances.

    Il est né en Italie dans la période troublée de l’après-guerre. 

    Il est le fruit à la fois :

    • d’échecs répétés – guerre sanglante, incapacité d’assurer l’ordre, crise économique – attribués au régime démocratique
    • de la crainte du bolchévisme qui prend la forme d’un syndicalisme révolutionnaire violent(collectivisation des terres, occupation des usines)
    • d’ambitions territoriales non satisfaites (la « victoire mutilée »), conduisant à un nationalisme exacerbé.

    A l’origine, ses premiers partisans, entre autres Benito Mussolini, viennent du socialisme.

    L'Europe de 1929 à 1939 quatrième partie

    Parmi les théoriciens qui les ont influencés, le Français Georges Sorel (syndicalisme révolutionnaire, gestion des entreprises par les syndicats, rejet de la démocratie, justification de la violence pour arriver au pouvoir)

    L'Europe de 1929 à 1939 quatrième partie

    et de Vilfredo Pareto (distinction entre élites et masse, remplacement des élites anciennes par de nouvelles, ce remplacement pouvant se faire par la violence).

    L'Europe de 1929 à 1939 quatrième partie

    Le fascisme italien se manifeste d’abord par des refus.

    • Le refus de la démocratie représentative jugée incapable
    • Le refus de l’économie libérale jugée injuste et inéquitable
    • Le refus de la lutte des classes qui s’oppose à la mobilisation de tous au service de la nation incarnée par l’Etat

    Pratiquement le régime est autoritaire, dirigiste, social.

    • Le gouvernement est placé entre les mains d’un chef charismatique incarnant l’Etat,le Duce, qui est également le chef du parti unique.
    • Tous les pouvoirs sont concentrés en sa personne.  Un culte de la personnalité est mis en place autour du chef[1].   Le parti sert l’Etat
    • Au plan économique la propriété privée est conservée. Des politiques interventionnistes orientent la production, limitent le libre-échange et vont dans le sens de l’autosuffisance voire de l’autarcie.
    • Les activités économiques sont organisées en corporations.  La concurrence est limitée.  Les employés sont représentés par un seul syndicat qui peut négocier avec les employeurs.  La grève est interdite.
    • Une politique sociale apporte une certaine sécurité aux travailleurs (assurances sociales, accidents du travail, retraite) ainsi que de meilleures conditions de vie (semaine de 40 heures).
    • Les individus sont encadrés, souvent enrégimentés dans des organisations dépendant du parti (enseignement, sports, loisirs). 
    • Tout concourt à la formation d’un homme nouveau qui sera fidèle au parti et à son chef, discipliné, travailleur, patriote c'est-à-dire prêt à faire passer les intérêts de l’Etat, tels que définis par le Duce, avant les siens. 

     Les années 1919-1920 appelées « Bienniorosso » sont marquées par des mouvements sociaux violents (occupation d’usines, pillage de magasins, partages des terres). 

    Le Mouvement Fasciste des Combattants est créé en 1919 avec ses unités paramilitaires (squadre) qui s’opposent aux milices des syndicats : les fascistes (Squadristi) contre les communistes et anarchistes (Arditi). 

    Le Mouvement Fasciste compte 300.000 membres en 1921.

     Il est soutenu par le patronat italien (Confindustria).

     Les élections de mai 1921 ne sont pas favorables au Mouvement.  Il est représenté au sein de la majorité de droite par le Bloc National qui compte 32 membres,alors que les socialistes ont 122 élus et les « populaires » 107 (l’assemblée compte 535 députés).

    Les violences des groupes fascistes redoublent. 

      Le parti National Fasciste Italien est créé en novembre 1921.  A l’issue du congrès du parti à Naples, Mussolini décide d’organiser une marche sur Rome (27-29 octobre 1922).

    L'Europe de 1929 à 1939 quatrième partie

      Le Roi Victor-Emmanuel III refuse de déclarer l’état de siège ce qui aurait permis d’arrêter la marche sur Rome. 

    L'Europe de 1929 à 1939 quatrième partie

    Au contraire il nomme Mussolini chef du gouvernement. 

    L'Europe de 1929 à 1939 quatrième partie

    Habilement ce dernier met en place un cabinet de coalition, où les fascistes ne sont pas majoritaires.

      En même temps, il se fait donner les pleins pouvoirs (25 novembre 1922) et surtout modifie la loi électorale (la liste recueillant la majorité relative des voix obtient les 2/3 des sièges).

      Les élections d’avril 1924 donnent 423 sièges aux fascistes et à leurs alliés. 

    A la suite du meurtre par un groupe de « chemises noires » du député socialiste Matteotti (10 juin), les députés socialistes quittent le parlement.

    L'Europe de 1929 à 1939 quatrième partie

      Mussolini n’a plus d’adversaires.

    Après un coup de force relativement peu violent, avec la complicité des classes dirigeantes, puis, par des voies légales, Mussolini va instaurer un nouveau régime, relevant uniquement de lui et de son parti.

    L’opposition est éliminée, la presse étroitement contrôlée, les syndicats remplacés par une organisation corporative (par métier), l’Université et la jeunesse sont enrégimentées, le parti pénètre dans l’intimité des familles en organisant des services de protection de la mère et de l’enfant. 

    Mais les mesures autoritaires du fascisme italien n’ont jamais eu la violence des dictatures nazie et communiste. 

    De plus le fascisme italien n’est pas raciste (supériorité d’une race) ni antisémite.

    Jouant le jeu des démocraties, Mussolini adopte un comportement « genevois » fondé sur le principe de sécurité collective. 

    En 1924, la question de Fiume est réglée à l’amiable avec la Yougoslavie.

    L’Italie en 1925 participe au congrès de Locarno et garantit les frontières occidentales de l’Allemagne. 

    Mussolini apparait comme un chef d’Etat fréquentable. 

    En 1926, le contexte change.  Mussolini veut jouer un rôle sur la scène internationale et se mêler des affaires des Balkans et des puissances d’Europe centrale.

      En 1926 et 1927, deux traités de Tirana font de l’Albanie un protectorat italien. 

    Dans la région du Danube, il s’agit de soutenir les aspirations révisionnistes des pays d’Europe centrale mécontents du traité de Saint Germain (Autriche, Hongrie, Bulgarie, Macédoine yougoslave).

      La politique de Mussolini s’oppose alors à celle de la France qui soutient la Petite Entente[2] (Roumanie, Tchécoslovaquie, Yougoslavie). 

    Cette compétition d’influence dans la Balkans et la région danubienne est un ferment de conflits. 

    Jusqu’en 1935, l’Italie reste l’allié de la France et de l’Angleterre. 

    La situation changera quand Mussolini envahira l’Ethiopie.

    [1]Mussolini a fait l’objet d’une quasi-déification, préparée et bien orchestrée.  En 1936, le Corriere de la Sera écrivait « Quand vous regardez autour de vous et que vous ne savez plus vers qui vous tourner, souvenez-vous qu’Il est là. Qui, sauf Lui peut vous aider ?   … Le Duce est le confident de chacun et, autant que possible, il aidera tout le monde ».  Mussolini recevait 1500 lettres par jour du style « Je me tourne vers Vous, qui faites tout et pouvez tout faire ».  « Duce, je vous vénère comme on doit vénérer les saints ».« Pour nous Italiens, vous êtes notre Dieu sur terre ». 

    [2]Cette Entente signée en le 14 août 1920 est une alliance tripartite destinée à se protéger mutuellement contre les visées de reconquête de la Hongrie.  En 1925 et 1926, des accords militaires sont signés entre chacun des trois pays et la France qui garantit leurs frontières contre une agression hongroise.  En fait ces pays ont d’autres adversaires aux quels la France ne se frottera pas : La Russie, L’Allemagne, l’Italie.


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  •  Voici la fin de la première partie de la conférence de Robert Fries sur l'Europe de 1929 à 1939, qu'il nous a offerte avec tant de générosité.

    Robert Fries vous présentera la suite lors d'une conférence de l'Association Culturelle Châtillonnaise qui aura lieu salle des conférences  le 14 mars prochain.

    Hitler prend le pouvoir et installe la dictature nazie.

     Le putsch raté de Munich (9 novembre 1923).

    Depuis juillet 1921, Hitler est le chef incontesté du parti national socialiste (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei [1])

    Ce parti d’inspiration fasciste repose sur les mêmes bases théoriques que le parti fasciste italien, avec en plus une dimension raciste (supériorité de la race aryenne et antisémitisme poussé à l’extrême).

       Il dispose d’une force paramilitaire bien organisée les SA (Sturmabteilung). 

    Hitler est impressionné par le succès de la marche sur Rome de Mussolini (27-28 et 29 octobre 1922) et se propose de marcher sur Berlin à partir de Munich.

      L’Etat est entre les mains des « criminels de novembre ».  Il faut s’en débarrasser et instituer un ordre nouveau. 

    Le gouvernement de Bavière et les chefs de l’armée bavaroise ne sont pas favorables à une insurrection partant de Bavière.  Le mouvement devrait partir de Berlin.

    Le complot est préparé avec la complicité de Ludendorff, héros de la guerre, ancien chef d’état-major de l’armée impériale.

     

    L'Europe de 1929 à 1939  cinquième partie

      Il est prévu pour le 9 novembre date anniversaire de l’instauration de la République de Weimar. 

    Les putschistes, environ 4000 hommes doivent occuper les centres névralgiques de la ville à l’heure où le gouvernement bavarois tient à la Brasserie Burgerbraükeller une réunion publique.

    L'Europe de 1929 à 1939  cinquième partie

     C’est un gouvernement [2] animé par des nationalistes désirant faire sécession, donc des rivaux du parti NSDAP.  

    A 20h45, Hitler fait irruption un pistolet à la main, entouré d’hommes en armes.

    Une mitrailleuse est mise en batterie.

      Il annonce le renversement du gouvernement et la création d’un gouvernement provisoire. 

    Les ministres bavarois présents sont obligés de faire allégeance.

    Ludendorff fait une apparition et affirme son soutien au mouvement.

       Mais des fautes sont commises : les centraux téléphoniques ne sont pas immédiatement occupés.

      Autre erreur, les ministres que l’on avait forcé d’adhérer à l’insurrection – notamment le chef de l’armée bavaroise (général Lossow) -  sont autorisés à rentrer chez eux. 

    Enfin, Hitler a oublié le légalisme de l’armée.

      Les ministres rentrés chez eux en profitent pour renier leur allégeance et pour appeler des renforts.

      Les troupes régulières et la police restent loyales.  Le lendemain, Hitler organise un défilé dans la ville.  C’est une démonstration de puissance.

    L'Europe de 1929 à 1939  cinquième partie

    Il est persuadé que l’armée ne tirera pas sur ses hommes. 

    Au cours du défilé, un incident éclate.  Des manifestants sont tués [3] et blessés.

      Les autres se débandent.  Les chefs sont arrêtés, dont Hitler et Goering.

    Hitler passera 13 mois en prison [4].  Ludendorff sera acquitté.

    L'Europe de 1929 à 1939  cinquième partie

    Le régime démocratique montre des signes de faiblesse.

    La crise financière a durement frappé l’Allemagne.  En 1932 l’Allemagne compte 6.000.000 de chômeurs. 

    En 1933 un Allemand sur deux n’a pas de travail.

    Après le putsch manqué de Hitler en 1922, l’extrême droite est fragmentée. 

     Le parti nazi est reconstitué dès Hitler sorti de prison.  Il ne constitue pas un danger, pense-t-on. 

    Le régime fonctionne comme une démocratie avec des élections régulières et une alternance entre partis du centre gauche (SPD) et du centre droit (Zentrum, catholique) qui s’allie parfois à droite (DVP, protestant, représentant les intérêts du capital et des grands propriétaires fonciers) ou le centre gauche. 

    Au demeurant, cette alternance est favorable à la droite (8 ans au pouvoir contre un peu plus de 3 ans pour le SPD)

    En février 1925, le président de la République de Weimar, le socialiste Wilfred Ebert, meurt.

      Des élections sont organisées en mars pour désigner un successeur.

      Les résultats du premier tour donnent gagnant le candidat d’une coalition Centre (Zentrum) – socialiste (SDP) en la personne du centriste catholique Wilhelm Marx. 

    L'Europe de 1929 à 1939  cinquième partie

    Les partis de droite se regroupent autour de la candidature du maréchal Paul von Hindenburg.

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    qui accepte de se substituer à Karl James candidat du Parti Populaire Allemand (DVP), au dernier moment. 

    A la surprise générale Hindenburg l’emporte, en raison de considérations confessionnelles : il semble alors impossible à nombre de protestants allemands   qu’un catholique soit chancelier. 

    A la tête de la République se trouve alors un homme qui devrait être garant des institutions mais qui ne croit pas à la démocratie et qui rêve de revenir à l’ordre ancien avec un pouvoir fort, n’ayant pas de comptes à rendre à un parlement élu et reposant entre les mains des élites conservatrices et de l’armée.

    Cette élection n’est pas de bon augure pour l’évolution démocratique de l’Allemagne.

    Autre signe inquiétant pour la démocratie : l’opposition violente et constante des milices nationalistes relevant principalement du NSDAP et des milices relevant du parti communiste.

      Les combats de rue incessants et les intimidations des hommes politiques génèrent un climat d’insécurité qui mine l’autorité des responsables démocratiquement élus.

    Les élections de mai 1928 marquent une victoire pour les sociaux-démocrates.

    Sous la houlette de Hermann Müller [5] un gouvernement de « Grande Coalition » est constitué regroupant les deux partis catholiques et les deux partis libéraux.

    L'Europe de 1929 à 1939  cinquième partie

    Cette coalition trébuche rapidement sur deux dossiers : la construction d’un grand navire de guerre désirée par les industries métallurgiques mais refusée par les sociaux-démocrates[6], et l’augmentation de la contribution patronale à l’assurance chômage proposée par les socio-démocrates. 

    En mars 1930, après 1 an et 8 mois d’existence [7],  ce gouvernement tombe. 

    La crise économique pousse les ouvriers vers le parti communiste et, dans les campagnes, contribue au désintérêt du monde paysan pour la politique.

    Le parti nazi voit ses adhérents augmenter et atteindre 100.000 membres.  Les élections locales lui sont favorables.

    Hitler accède au pouvoir.

    Succédant à Hermann Müller en mars 1930, Heinrich Brüning [8]

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    s’efforce de lutter contre la crise financière.

      Il propose de réduire les dépenses publiques, ce que le Reichstag refuse. 

    Alors il décide de gouverner avec des « décrets présidentiels [9] », ce qui correspond bien aux souhaits de l’élite conservatrice et à ceux du maréchal Hindenburg, chef de l’Etat.

     En septembre 1930, le Reichstag est dissous.

      Les élections sont favorables au parti nazi qui avec 18,3% des voix dispose de 107 sièges au Reichstag et devient le second parti du Parlement. 

    Brüning demeure chancelier jusqu’au 30 mai 1932.

      A son actif, la conférence de Lausanne qui met pratiquement fin au paiement des réparations. 

    En revanche les dispositions déflationnistes (baisse des traitements des fonctionnaires, réduction des indemnités de chômage, baisse des salaires, baisse des loyers) qui devaient améliorer la compétitivité des entreprises et faire démarrer l’économie ne firent qu’aggraver la situation de l’emploi. 

    Sur le plan des affaires intérieures, Brüning fait interdire les milices nazies, les SA [10] et SS [11]. 

    En avril 1932 Brüning réussit à faire réélire Hindenburg à la tête de l’Etat, mais avec le concours des socialistes du SPD que le vieux maréchal déteste. 

       Hitler est également candidat.

      Au 1er tour il a 30% des voix et Hindenburg 49% ; au second 36% et Hindenburg 53%. 

    Pour Hindenburg, Brüning a rempli sa mission : le faire réélire et mettre en place une procédure expéditive, les ordonnances, permettant de ne pas passer par la voie parlementaire.  Brüning peut disparaitre.

    L’interdiction des SA et SS signe la fin du gouvernement Brüning.

      Un gouvernement von Papen [12] (juin-novembre 193) est formé

    L'Europe de 1929 à 1939  cinquième partie

    C’est le « Gouvernement des barons » - donc une politique de droite - qui se montre incapable de faire régner l’ordre.

    L’interdiction des SA et SS est abrogée. 

    Le Reichstag est à nouveau dissous (31 juillet 1932). 

    Les élections donnent au NSDAP 37% des voix et 230 sièges au Reichstag.

    Le parti d’Hitler est le premier parti, mais ne dispose pas d’une majorité

      Hindenburg refuse de nommer Hitler Chancelier. 

    Dès sa deuxième séance, le 12 septembre, le parlement est dissous, faute de majorité

      Aux élections de novembre les nazis perdent quelques électeurs (33% des suffrages et 196 sièges) mais demeurent le premier parti. 

    Von Papen démissionne (décembre 1932) et le général Schleicher le remplace

    L'Europe de 1929 à 1939  cinquième partie

      Il cherche à provoquer une scission au sein du parti nazi en proposant à Strasser le poste de vice chancelier. 

    Il est abandonné par l’armée. 

    Le 30 janvier c’est enfin Hitler qui est nommé Chancelier, le maréchal Hindenburg ayant cédé aux pressions de von Papen et de son entourage immédiat, notamment son fils, le futur général Oskar von Hindenburg.

     

    [1] Parti fondé à Munich en 1920.  Hitler se distingua par ses talents d’orateur de de tacticien sachant utiliser la propagande et la force.  Munich est devenu le point de ralliement d’anciens militaires écœurés par le diktat de Versailles et terrifiés par la brève révolution marxiste.

    [2] La Bavière est entre les mains d’un triumvirat composé de Gustav von Kahr (chef du gouvernement), Otto von Lossow (chef de la région militaire), Hans Ritter von Seisser (chef de la police).  Von Kahrsera une des victimes de la Nuit des Longs couteaux en juin 1934. 

    [3] 16 tués du côté des manifestants ; 4 du côté des forces de l’ordre.

    [4] Il avait été condamné à 5 ans de prison.  Il n’est pas renvoyé en Autriche comme le prévoit la loi.  Il est interdit de séjour en Prusse jusqu’en 1928.

    [5] Hermann Muller (1876-1931), journaliste membre du SPD.  Signe le traité de Versailles.

    [6] « Pas de cuirassé, mais à manger pour nos enfants » est le slogan des socio-démocrates

    [7] En dépit de sa relative brièveté, ce serait le plus long gouvernement (sans modification de sa composition) de la République de Weimar (?). 

    [8] Heinrich Brüning (1885-1970), président du groupe centriste (Zentrum) est chancelier du 30 mars 1930 au 30 mai 1932.  Face à la crise économique, il mène une politique déflationniste qui aggrave la situation des travailleurs et les pousse dans les bras du NSDAP.  En 1934, il s’exile aux Etats-Unis où il enseigne l’économie (Harvard).

    [9] Ces décrets présidentiels, ou ordonnances, sont prévus par la constitution de Weimar.  Le maréchal Hindenburg est porté à la présidence de l’Etat en 1925.  C’est un républicain de façade.  Son souhait est d’instaurer un gouvernement autoritaire, reposant sur l’élite conservatrice et qui n’aurait pas de comptes à rendre au Parlement et notamment aux socio-démocrates.

    [10] Les SA (Sturmabteilungou section d’assaut) est une milice paramilitaire du parti NSDAP créé par Hitler dès 1921.  Commandée par Hermann Göring la SA compte 6.000 membres en 1922, principalement en Bavière.  Après le putsch raté de Munich (9 novembre 1922), la SA est dissoute, mais rapidement reconstituée dès la libération de Hitler.  La SA a pour mission de perturber les réunions politiques des adversaires de Hitler, principalement les communistes, et de terroriser ses opposants.  En 1930, le capitaine Röhm, compagnon de Hitler des premiers temps mais exilé en Bolivie après le putsch de Munich, prend la direction de la SA.  Il en fait une organisation couvrant tout le territoire allemand, disciplinée, et comptant 400.000 hommes en 1932 et près de 3 millions au début de 1934.  C’est « l’armée brune », un Etat dans l’Etat.  En toutes occasions la SA parade dans les rues des grandes villes pour montrer la puissance du parti.  Après la nuit des longs couteaux (29 juin 1934), la SA décapitée ne joue plus de rôle politique.  C’est une institution qui encadre les activités sociales du parti.  Nombre de ses membres sont incorporés dans la Wehrmacht.  Au Procès de Nuremberg, la SA n’est pas considérée comme une institution criminelle comme la SS.  

    [11] La SS Schutzstafel (escadron de protection) est créée par Hitler en 1925 pour assurer sa protection.  C’est une très petite organisation.  En 1928, la SS ne compte que 280 hommes. Elle est strictement subordonnée à la SA.  En janvier 1929 Himmler est nommé à la tête de la SS.  Devant les tentatives de rébellion de la SA, Hitler accorde de plus en plus sa confiance à la SS.  Fin 1931, la SS compte 15.000 membres. L’aryanité des membres est vérifiée.  En août 1931 Heydrich crée le SD (service de renseignement) qui joue le rôle de police parallèle du parti au service de ses dirigeants.  Il s’agit notamment de contrôler les chefs locaux du parti.  A partir de 1932, les SS portent un uniforme noir dessiné par Hugo Boss.  En 1933, Himmler crée le camp de concentration de Dachau où sont détenus les opposants au régime.  En 1934, la SS est l’organisateur de la Nuit des Longs Couteaux(voir note n° 10) qui marque la disparition de la SA comme force politique et centre d’opposition à Hitler.

    [12] Franz von Papen (1879-1969) est officier diplomate.  Membre de droite du parti catholique Zentrum, il dirige en 1932 ungouvernement conservateur.  Après la nuit des longs couteaux où il faillit être liquidé, Papen poursuit une carrière d’ambassadeur à Vienne puis à Ankara. Il est acquitté au tribunal de Nuremberg.

     L’idéologie nazie.

    C’est une idéologie raciste et hégémoniste.

    La race aryenne est supérieure.  Elle doit dominer le monde.  LesAllemands (Germains) en sont les représentants, en Europe à tout le moins.

    Il leur appartient de dominer l’Europe.

    Mais la race aryenne est menacée par des « contaminations » ; en premier lieu par les Juifs.  Ils doivent disparaitre.

    L’«agenda » - ce qui est à faire en latin – est clair :

    • Prendre le pouvoir.
    • Exercer le pouvoir sans entraves domestiques. Donc éradiquer toutes les oppositions réelles ou supposées.
    • Mettre en place un Etat souverain – débarrassé des chaines imposées par le Traité de Versailles – et fort, c'est-à-dire en mesure de se défendre voire d’imposer son point de vue ou ses aspirations par la force.
    • La force de l’Etat repose sur l’unité des individus qui le compose. Tout sera mis en œuvre pour créer un homme nouveau, le parfait nazi, vigoureux, discipliné, loyal au Führer, entrainé à faire prévaloir l’intérêt du groupe avant l’intérêt personnel, préparé à son inévitable métier de soldat, mais aussi reconnaissant pour ce que la collectivité fait pour son épanouissement (sports, loisirs, conditions de travail).
    • L’économie sera dirigée en fonction des priorités de l’Etat. Un des objectifs est d’assurer une autonomie par rapport à l’étranger (autarcie)
    • Les résidents susceptibles de nuire à la qualité de la population d’origine aryenne seront éliminés.
    • Dès que les conditions de succès seront réunies, la conquête d’un espace vital (Lebensraum) adapté à 65 millions d’allemands sera engagée

     

     


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