• "Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Notule d’histoire :

    Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais

     

    « La sainte des tranchées », ainsi est appelée Jeanne d’Arc. Celle-ci, née vers 1412 à Domrémy, est passée par le Châtillonnais lors de sa « chevauchée sacrée », qui la conduisit de Vaucouleurs à Chinon, en 1429, afin de rencontrer le dauphin de France.                                                                           

    La situation en France était assez confuse.

    L’intervention de Jeanne intervient dans la seconde phase de la guerre de Cent ans.

    Après l’entrevue sur le pont de Montereau, le 10 septembre 1419, où le duc de Bourgogne, Jean sans Peur, est assassiné par le dauphin Charles, un traité est scellé, le premier décembre 1420, à Troyes (il y a 600 ans, autre commémoration), entre Henri V d’Angleterre et Isabeau de Bavière, reine de France et mère de Charles ; celui-ci est déshérité et, à la « paix finale », la couronne et le royaume de France reviendront à Henri V d’Angleterre.

    En 1422, le dauphin Charles, ne contrôlant qu’une petite partie du royaume de France, se proclame roi de France sous le nom de Charles VII, tandis qu’en Angleterre, Henri VI revendique la couronne.

    C’est alors qu’intervient Jeanne.    

    Ayant réussi à convaincre Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs, forteresse voisine de Domrémy, elle partira, avec six compagnons, vers Chinon.

    Son départ se fit entre le 11 et le 23 février 1429, selon les historiens. Dans le « dictionnaire encyclopédique de Jeanne d’Arc », paru en 2017, c’est le 22 février qui est retenu[i].  

    "Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais", un notule d'histoire de Dominique Masson

      (Plaque apposée à Pothières sur l'ancienne maison abbatiale, cliché D.Masson)

     

    Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais, un notule d'histoire de Dominique Masson

    (Statue de Jeanne d'Arc, sur un socle, à l'entrée de l'ancienne abbaye de Pothières, cliché D.Masson)

    On connaît avec certitude quelques étapes à partir de Vaucouleurs : l’abbaye de Saint-Urbain (Haute Marne) et la cathédrale d’Auxerre (Yonne) ; mais, entre ces étapes, c’est un itinéraire probable.

    Une plaque commémorative apposée sur le presbytère à Auxerre indique : « Jeanne, venant de Pothières, et allant à Gien, est passée par Auxerre, le 27 février 1429 … ».

    A Pothières, une autre plaque, apposée sur l’ancien logis abbatial, marque seulement: « Jeanne d’Arc est passée par Pothières , venant de Clairvaux , allant à Auxerre, février 1429 … » ; l’inscription sur le socle de la statue de Jeanne, à côté de la porte d’entrée de l’ancienne abbaye, se veut plus explicite :

    « l’an 1429, le samedi 26 février , sainte Jeanne d’Arc , venant de l’abbaye de Clairvaux et se rendant à Auxerre, fut hébergée en cette abbaye bénédictine de Pothières, avec ses compagnons… »

    Le « dictionnaire encyclopédique » a ainsi reconstitué la route de Jeanne et de ses compagnons :                                                       

    - première journée : de Vaucouleurs à Saint-Urbain ;                                                                                                                    -deuxième journée : de saint-Urbain à Clairvaux ; 

    - troisième journée : de Clairvaux à Pothières, en passant par Juvancourt, La ferté, Villars-en-Azois, Cunfin, Autricourt, Villers-Patras et Pothières ;

                                                                          - -quatrième jour : Etrochey, Laignes, Gigny, Gland, Saint-Vinnemer, Tonnerre, Fleys, Chablis et Auxerre. Elle serait arrivée le 4 mars à Chinon, et elle fera sacrer roi Charles à Reims, assurant sa légitimité, le 17 juillet 1429.   

                                                                                        

    Si Jeanne d’Arc est réhabilitée dès 1456 et chantée par François Villon (…et Jeanne la bonne Lorraine, qu’Anglais brûlèrent à Rouen…), les siècles suivants ne lui portèrent que peu d’intérêt.

    C’est au XIXe siècle qu’il y a un regain pour Jeanne d’Arc, car elle devient un symbole républicain et une figure unificatrice utile dans le cadre de la construction de la nation après la guerre franco-allemande de 1870-1871 ; elle sera aussi récupérée par différents partis politiques de tous bords.

    Elle est béatifiée en 1909.

    Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais, un notule d'histoire de Dominique Masson

    ("Histoire de France des écoles primaires, cours moyen" par C S Viator, E.Robert, Paris vers 1900)

    La première guerre mondiale va conduire à une union sacrée autour de Jeanne.

    Civils et militaires peuvent s'identifier à celle qui a connu les pillages et les combats.

    La propagande s'empare d'elle : les statues détruites montrent la « barbarie » des Allemands, celles qui échappent aux bombardements témoignent des « miracles » de Jeanne, « soldat de Dieu », qui mènera à la victoire sur une nation majoritairement protestante.

    En 1917, Jeanne d'Arc est partout : au cinéma, au théâtre et à l'opéra.

    Pour beaucoup, la victoire de 1918 est imputable à Jeanne d'Arc.

    Les japonais la considéreront même comme la digne héritière des samouraïs, appréciant son image de femme guerrière.

     

    Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais, un notule d'histoire de Dominique Masson

    (Carte postale datant de 1915, dessinée par L.Chapuis dessinateur-éditeur à Dijon, vendue au profit de "L'œuvre populaire des messes pour nos soldats morts", fondée à Dijon, autorisée et bénie par Nosseigneurs Monestès et Landrieux, évêques de Dijon)

    Après la première guerre mondiale, le Saint-Siège, souhaitant se réconcilier avec la République française, canonise Jeanne d’Arc le 16 mai 1920 (il y a donc 100 ans) puis, en 1922, le pape proclamera Jeanne d’Arc sainte patronne secondaire de la France, tout en réaffirmant la Vierge comme patronne principale.                                                                                                      Il y a aussi une récupération laïque de Jeanne, qui figure sur des monuments aux morts.

    Jeanne d'Arc (et non Sainte Jeanne d’Arc) sera donc fêtée par la République le deuxième dimanche de mai, anniversaire de la délivrance d'Orléans, ne choisissant pas par hasard cette date, car elle précède de quelques jours la date de la Sainte Jeanne d'Arc fixée par l'Église catholique au 30 mai, jour anniversaire de sa mort.

    Elle est la femme qui a, depuis 1864, le plus grand nombre de rues à son nom (rue Jeanne d’Arc à Châtillon, par exemple). 

     

    Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais, un notule d'histoire de Dominique Masson

    (Affiche américaine, éditée pendant la 1ere guerre mondiale)

    Des passionnés ont voulu créer un sentier Jeanne d’Arc, le GR 703, reliant Domrémy à Chinon.

    Il passe à Clairvaux, à Cunfin, mais écorne simplement le Châtillonnais en passant par Grancey-sur-Ource pour aboutir à Mussy ; de là il va aux Riceys et à Bagneux-la-Fosse.

    Dans son trajet, il passe par Colombey-les-Deux-Eglises.

    Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais, un notule d'histoire de Dominique Masson

    (Statue de Jeanne d'Arc, musée Métallurgique Park Donmartin-le-Franc, Haute-Marne , cliché D. Masson) 

    [i]« Dictionnaire encyclopédique de Jeanne d’Arc », par Pascal-Raphaël Ambrogi et Dominique Le Tourneau ; éditions Desclée de Brower, Paris ; 2017

     

    Car le deuxième personnage célébré en 2020, c’est le général de Gaulle.

    Charles de Gaulle est né à Lille, le 22 novembre 1890.

    Le 9 juin 1934, il achète sur la commune de Colombey-les-Deux-Eglises, en Haute-Marne, le domaine de la Boisserie, vaste maison de quatorze pièces, en viager ; il en devient propriétaire deux ans plus tard.

    Séduit par l’isolement et le calme des lieux, il l’achète aussi pour sa famille et pour être près de Metz, où le colonel de Gaulle est affecté.

    A partir de 1946, elle devient sa résidence définitive.

    Même lorsqu’il devint président de la République, en 1959, le général continuera d’y passer beaucoup de temps et un week-end sur deux en famille.

    C’est là qu’il décède, le 9 novembre 1970, il y a 50 ans.

    Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais, un notule d'histoire de Dominique Masson

    (Pièce de deux Euros, émise par la France en 2010)

    C’est probablement lors de l’un de ses week-ends à Colombey, dans les années soixante, un dimanche après-midi, que le général voulut aller voir la montagne de Vix et son église.

    Venant de la route de Chaumont, le cortège présidentiel, accompagné de motards,  dut tourner, par la D 118 C, vers Massingy.

    Dans le village, à l’embranchement de deux rues, au lieu de prendre la rue qui s’appelle Caron aujourd’hui (mais il n’y avait pas de nom à l’époque), puis la rue des Bordes, le cortège prit la rue du Four et la rue de la Margelle, allant vers la fontaine du même nom, mais, au bout de quelques dizaines de mètres, c’était un chemin de terre.

    C’est alors que les propriétaires de la ferme située au bout de cette rue, madame et monsieur Jean Dufour, eurent la surprise de voir arriver dans leur cour de ferme une DS noire, accompagnée d’une escorte, et y faire demi-tour ; la famille reconnut le général dans la voiture.

    Quelques mois plus tard, des panneaux furent installés dans le village, et notamment la signalisation de la voie sans issue menant à la ferme.

     

    (Dominique Masson)

     (Remerciements à madame et monsieur Jean-Pascal Dufour)

     

    Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais, un notule d'histoire de Dominique Masson

     

    (Rue de la Margelle à Massingy aujourd'hui, cliché D.Masson)

    Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais, un notule d'histoire de Dominique Masson

     

    (Pièce de deux Euros, émise par la France en 2020)

     

     

     


  • Commentaires

    3
    G. Guillaudin
    Mercredi 9 Décembre 2020 à 18:18

    Un jour de juin 1966, le général et madame de Gaulle sont venus en voisins visiter Vix. A cette époque, la toiture en laves fut loupée et donc refaite en 1983. La nouvelle église était inaugurée le 3 juin 1984. (voir Pays de Bourgogne n°126 2° T. 1984). Cet été, je l'ai rappelé aux auditeurs de la visite "1 jour 1 église". Profitons en pour saluer l'excellence du guide, très très qualifié.

    2
    CB
    Mardi 8 Décembre 2020 à 12:02

    Article fort intéressant et remarque de Jenry pertinente. En effet quel crédit apporter aux travaux de Maurice Vachon (non historien) et de sa méthode chrono-géographique : "La chevauchée de Jehanne la pucelle : de Vaucouleurs à Chinon" publié en 1994 chez Armine Ediculture ? Quant au passage à Clairvaux et à Pothières quelles documents archivistiques  l'attestent ? 

     

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    1
    Jenry
    Dimanche 6 Décembre 2020 à 11:54

    Le seul passage véritable de Jeanne d'Arc dans le Châtillonnais s'est déroulé à Pothières dans la nuit du 15 au 16 février 1429. Des études historiques récentes ont officialisé que Jeanne et ses compagnons (Jean de Metz, Bertrand de Poulangy, Julien et Jean de Honnecourt, l'archer Richard et le messager rotal Collet de Vienne) ont quitté Vaucouleurs le 13 février et, après un voyage de 11 jours, sont arrivés à Chinon pour rencontrer le Dauphin. Un voyage d'une cinquantaine de kilomètres par jour ou plutôt de nuit pour éviter toute rencontre malencontreuse dans un pays sous domination anglo-bourguignonne. De nombreux villages veulent s'honorer d'un passage de Jeanne mais aucun itinéraire n'est officiellement reconnu. si ce n'est Saint-Urbain, Clairvaux, Pothières et Auxerre.

    A Pothières, la statue , érigée par le curé L. Bochot, a été fabriquée par André-Frédéric Vermare dans ses ateliers d'Arts Religieux de Lyon.

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