• Et maintenant ?


    Et depuis les premières fouilles ?

    Sous le soleil radieux de ce début d'août, l'équipe de chercheurs franco-allemande coordonnée par Bruno Chaume, archéologue au CNRS, travaille à dégager les fondements d'un bâtiment à l'architecture et aux dimensions exceptionnelles de 500 m2 sur le plateau du mont Lassois en Côte-d'Or.

    C'est la première fois qu'une habitation celte de la civilisation Hallstatt (époque du premier âge de fer allant de 820 à 450 ans avant J.-C.) est mise au jour près de la sépulture de la personne qui a pu l'habiter, la célèbre Dame de Vix, du nom du village où elle a été découverte. À l'époque, les Celtes anciens occupaient une zone allant de Bourges jusqu'à l'Autriche.

    Sur le plateau, la demeure aurait appartenu à cette fameuse Dame de Vix. Sa sépulture, l'une des plus riches et des plus célèbres du monde celte, a été mise au jour en 1953 par René Joffroy aidé de Maurice Moisson, dans un tumulus situé au pied du mont Lassois. Elle se trouvait un peu plus bas que le palais récemment découvert, dans la plaine verdoyante proche d'un méandre de la Seine.

    La Dame de Vix a été enterrée vers 500 avant notre ère selon un rite normalement réservé aux hommes. Les défunts étaient allongés sur la caisse d'un char avec des objets importants pour eux durant leur vie ou offerts en hommage à leur rang. Ici, en l'occurrence, des bijoux en bronze, en perles et en or, des objets méditerranéens, grecs et étrusques dont le fameux cratère de Vix, le plus grand vase de bronze que l'Antiquité nous ait légué. Magnifiquement sculpté, il pèse 208 kg, mesure 1,64 m de haut et servait sans doute à stocker l'hydromel, une boisson alcoolisée prisée à l'époque chez les personnes aisées.

    La taille d'une église

    Avec ses 35 m de long sur 21,5 m et sa quinzaine de mètres de hauteur, le bâtiment qui n'avait probablement pas d'étage, avait presque la taille d'une église actuelle.
    Il a été reconstruit plusieurs fois, notamment après un incendie, comme le prouvent des pierres calcinées et de la céramique encore présentes sur le site.
    Il comprenait deux grandes pièces et une abside. Le toit en bardeau de chêne, arbre de bonne qualité dans la région, devait être construit à 45° pour supporter la neige et la pluie des hivers à - 30 °C. Les murs en clayonnage étaient recouverts d'un torchis peint d'un badigeon de couleur rouge. Le sol devait être en terre battue ou en plancher. La porte à deux battants, qui mesurait 6 m de large sur 4 de haut, s'ouvrait au soleil levant (à l'est). « Les antes, des avancées qui supportaient le porche, sont spécifiques des édifices grecs (mégaron) qui servaient de demeures à des personnages importants », indique Bruno Chaume. Il témoigne de l'influence des civilisations méditerranéennes sur le monde celtique.

    Le palais de la Dame s'insère dans une véritable petite ville fortifiée de 60 hectares, repérée par un chercheur allemand entre 2004 et 2006, dans le cadre du programme « Vix et son environnement », grâce à des appareils utilisés par les sismologues. Jusqu'à présent, on pensait que l'urbanisation de l'Europe occidentale n'avait commencé qu'avec « la civilisation des oppida » au IIe et Ier siècle avant notre ère. La proto-urbanisation du site donne pourtant l'image d'un habitat déjà très structuré, hiérarchisé et aéré. Il se compose d'une rue principale qui mène au palais et dessert des enclos palissadés à l'intérieur desquels se trouvent quelques dizaines de maisons qui devaient abriter des centaines de personnes. « Seul un pouvoir politique fort a pu faire naître une telle organisation », confirme Bruno Chaume.

    Avec au sud du plateau de vastes greniers sur pilotis destinés au stockage de céréales et une citerne utilisée pour les réserves en eau, nous sommes devant une véritable gestion collective des ressources.
    Des traces de banquets ont été trouvées dans les fouilles sous forme notamment de fragments de huit vases en céramique imitant les cruches de bronze d'origine méditerranéenne. Elles indiquent que le bâtiment recevait la caste supérieure de la société.

    La montée en puissance du site vers 530 avant J.-C. ne s'explique pas uniquement par le fait que le lieu se trouve sur la route de l'étain, comme on l'a cru longtemps.

    « Ce sont les échanges commerciaux avec les cultures méditerranéennes et la position géostratégique du site de Vix qui ont certainement fait son succès », indique Bruno Chaume.
    Et si le site périclite en 450 av. J.-C., c'est parce que l'économie et les voies commerciales, notamment les relations avec les cultures méditerranéennes, ont subi des bouleversements. Cela, peut-être combiné à des problèmes internes à la société de Vix, l'aurait conduit au déclin.

    http://www.academia.edu/1067578/La_Dame_de_Vix_une_defunte_a_personnalite_multiple


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