• Jean-Philippe Rameau, un grand musicien dijonnais

     Longtemps oubliée, la magnifique musique du dijonnais Jean-Philippe Rameau ( 1683-1764) a été, depuis quelques années, de nouveau interprétée, pour notre plus grand plaisir.

    Les "Indes Galantes" ont, par exemple, été présentées par le Concert de l'Hostel Dieu, lors de la Semaine de Saint Vorles en août 2009.

    http://www.christaldesaintmarc.com/les-indes-galantes-de-rameau-par-le-concert-de-l-hostel-dieu-a655614

    Voici quelques éléments de la biographie de ce musicien d'exception.

    (source Wikipédia)

    Jean-Philippe Rameau

    (portrait de Rameau par Jacques Aved, Musée des Beaux Arts de Dijon)

    Septième enfant d'une famille qui en compte onze (il a cinq sœurs et cinq frères), Jean-Philippe Rameau est baptisé le 25 septembre 1683, jour même de sa naissance . Sa mère, Claudine de Martinécourt est issue de la petite noblesse. Son père, Jean Rameau, est organiste à l'église Saint-Etienne de Dijon  et, de 1690 à 1709, à l'église paroissiale Notre-Dame de Dijon.

    L'église Saint-Etienne de Dijon :

    Jean-Philippe Rameau

    Élève au collège jésuite des Godrans, il n'y reste pas longtemps car rien ne l'intéresse en dehors de la musique. Son père voudrait qu'il devienne magistrat mais il décide lui-même d'être musicien

    À dix-huit ans, son père l'envoie en Italie pour y parfaire son éducation musicale, mais quelques mois plus tard, il est de retour en France.

    Après son retour en France on pense qu'il aurait fait partie d'une troupe de musiciens ambulants, puis il devient organiste à Avignon, et ensuite signe un contrat de six ans pour le poste d'organiste à Clermont-Ferrand.

    En 1709, Rameau retourne à Dijon pour y prendre, le 27 mars, la succession de son père, à l'orgue de l'église paroissiale Notre-Dame.

    L'église Notre-Dame de Dijon :

    Jean-Philippe Rameau

    Là aussi, le contrat est de six ans mais ne va pas à son terme. En juillet 1713  Rameau est à Lyon, comme organiste de l'église des Jacobins, puis il retourne à Clermont-Ferrand.

    Jean-Philippe Rameau

    (buste de Rameau par Jean-Jacques Caffieri, Musée des Beaux Arts de Dijon)

    Rameau va ensuite à Paris, cette fois de manière définitive, à partir de 1722 . Il publie en 1724 son second livre de pièces de clavecin qui ne porte pas l'adresse du compositeur.

    La poule :

     Il va collaborer avec Alexis Piron, poète dijonnais établi depuis quelque temps à Paris, qui écrit des comédies ou opéras comiques pour les foires de Saint-Germain (de février au dimanche des Rameaux) et de Saint-Laurent (de fin juillet à l'Assomption).

     Il écrit ainsi de la musique pour "l'Endriague" (1723), "l'Enlèvement d'Arlequin" (1726), "la Robe de dissension" (1726). Lorsqu'il devient un compositeur établi et célèbre, Rameau compose encore de la musique pour ces spectacles populaires : "les Courses de Tempé" (1734), "les Jardins de l'Hymen" (1744) et "le Procureur dupé sans le savoir" (vers 1758). C'est pour la Comédie Italienne qu'il écrit une pièce qui devient célèbre, "Les Sauvages", à l'occasion de l'exhibition d'authentiques « sauvages » Indiens d'Amérique du Nord. Ecrite pour le clavecin et publiée dans son troisième livre en 1728, cette danse rythmée sera ensuite reprise dans le dernier acte des "Indes Galantes", dont l'action se déroule dans une forêt de Louisiane.

    Le 25 février 1726, il épouse la jeune Marie-Louise Mangot qui a dix-neuf ans ,alors qu'il en a quarante-deux. L'épouse est d'une famille de musiciens lyonnais ; elle est une bonne musicienne et chanteuse, participe à l'interprétation de certaines œuvres de son mari. Ils auront ensemble deux fils et deux filles. Malgré la différence d'âge et le caractère difficile du musicien, il semble que le ménage ait mené une vie heureuse.  Son premier fils se nomme Claude-François dont le parrain est son frère, Claude Rameau, avec qui il conservera tout au long de sa vie de très bonnes relations.

    Pendant ces premières années parisiennes, il compose sa dernière cantate: "le berger fidèle" (1727 ou 1728), et publie son troisième et dernier livre de clavecin (1728).

    C'est selon toute vraisemblance par l'entremise de Piron que Rameau entre en relation avec le fermier général Alexandre Le Riche de la Pouplinière, l'un des hommes les plus riches de France, amateur d'art qui entretient autour de lui un cénacle d'artistes dont il fera bientôt partie.

    Jean-Philippe Rameau

    (portrait d'Alexis Le Riche de la Pouplinière par Quentin la Tour)

    Cette rencontre détermine la vie de Rameau pour plus de vingt ans et va lui permettre d'entrer en contact avec plusieurs de ses futurs librettistes, y compris Voltaire et Jean-Jacques Rousseau..

    En ce qui concerne Voltaire, il a de prime abord une opinion assez négative de Rameau, qu'il juge pédant, méticuleux à l'extrême et, pour tout dire, ennuyeux. Cependant, il ne tarde pas à être subjugué par sa musique et, pour saluer son double talent de savant théoricien et de compositeur de haut vol, lui invente le surnom d'Euclide Orphée.

    Quant à Rousseau, il ne s'entendra guère avec Rameau.

    On suppose que, dès 1731, Rameau dirige l'orchestre privé, de très grande qualité, financé par La Pouplinière. Il conserve ce poste pendant 22 ans. Il est également professeur de clavecin de Madame de la Pouplinière.

    Jean-Philippe Rameau

    (Nouvelle statue en pierre représentant Jean-Philippe Rameau, vue depuis une fenêtre du Musée des Beaux Arts de Dijon. Elle est l'œuvre du sculpteur dijonnais Lefebvre, elle remplace, à l'identique, celle, en bronze, d'Eugène Guillaume, fondue par les Allemands en 1942, que l'on voit sur la carte postale ci-dessous)

    Jean-Philippe Rameau, un grand musicien dijonnais

    La pièce "Hyppolite et Aricie" est montée en privé chez La Pouplinière dès le printemps 1733, la première représentation a lieu le 1er octobre. La pièce déconcerte tout d'abord mais finalement fait un triomphe. Conforme à la tradition de Lully quant à la structure, un prologue et cinq actes, elle dépasse musicalement tout ce qui s'était fait auparavant dans ce domaine.

    Rameau est en même temps encensé par ceux que ravissent la beauté, la science et l'originalité de sa musique et critiqué par les nostalgiques du style de Lully, qui proclament que l'on dévoie la véritable musique française au profit d'un italianisme de mauvais aloi. L'opposition des deux camps est d'autant plus étonnante que, toute sa vie, Rameau professe à l'égard de Lully un grand respect.  Avec 32 représentations en 1733, cette œuvre installe définitivement Rameau à la première place de la musique française ; elle sera reprise trois fois à l'Académie royale du vivant du compositeur.

    Hippolyte et Aricie :

    Pendant sept ans, de 1733 à 1739, Rameau donne toute la mesure de son génie et semble vouloir rattraper le temps perdu en composant ses œuvres les plus emblématiques : trois tragédies lyriques après "Hippolyte et Aricie", "Castor et Pollux" en 1737 puis "Dardanus"en 1739 et deux opéras-ballets "les Indes Galantes" en 1735 et "Les Fêtes d'Hébé" en 1739.

    "Les Indes galantes" symbolisent l'époque insouciante, raffinée, vouée aux plaisirs et à la galanterie de  Louis XV et de sa cour. L'œuvre est créée à l'Académie royale de musique le 23 août 1735 et connaît un succès croissant. Elle comprend un prologue et deux entrées.  Une quatrième entrée "Les Sauvages" est finalement ajoutée le 10 mars 1736 : Rameau y réutilise la danse des Indiens d'Amérique qu'il a composée plusieurs années auparavant puis transcrite en pièce de clavecin dans son troisième livre. "Les Indes Galantes" sont reprises, en totalité ou partiellement, de nombreuses fois du vivant du compositeur.

    Extrait des "Indes Galantes", les sauvages :

    Maintenant célèbre, Rameau peut ouvrir, à son domicile, une classe de composition.

    Le 24 octobre 1737 est créée la deuxième tragédie lyrique, "Castor et Pollux", puis en 1739, c'est la création des "Fêtes d'Hébé".

    "Les Fêtes d'Hébé" connaissent un succès immédiat mais l'abbé Pellegrin est appelé pour améliorer le livret (particulièrement la deuxième entrée) après quelques représentations. La troisième entrée (la Danse) est particulièrement appréciée avec son caractère pastoral envoûtant - Rameau y réutilise, en l'orchestrant, le fameux "Tambourin" du second livre de clavecin qui contraste avec une des plus admirables musettes qu'il ait composées, tour à tour jouée, chantée et en chœur.

    Le tambourin :

    Quant à "Dardanus", peut-être musicalement la plus riche des œuvres de Rameau, la pièce est initialement mal reçue par le public, du fait de l'invraisemblance du livret et de la naïveté de certaines scènes : modifié après quelques représentations, l'opéra est quasiment réécrit, dans ses trois derniers actes, pour une reprise en 1744 : il s'agit presque d'une œuvre différente.

    Après ces quelques années où il produit chef-d'œuvre après chef-d'œuvre, Rameau disparaît mystérieusement pour six ans de la scène lyrique et même presque de la scène musicale. On ne connaît pas la raison de ce soudain silence.

    Sans doute a-t-il déjà abandonné toute fonction d'organiste (certainement au plus tard en 1738 pour l'église Sainte-Croix de la Bretonnerie). Aucun écrit théorique non plus ; seules restent de ces quelques années les Pièces de clavecin en concerts, unique production de Rameau dans le domaine de la musique de chambre, issues probablement des concerts organisés chez le fermier-général.

    Seconde carrière lyrique

    Rameau réapparaît sur la scène lyrique en 1745 et va, cette année-là, quasiment la monopoliser avec cinq nouvelles œuvres.

    "La Princesse de Navarre", comédie-ballet dont le livret est dû à Voltaire, est représentée à Versailles le 23 février à l'occasion du mariage du Dauphin. "Platée", comédie lyrique d'un style inédit, est créée à Versailles le 31 mars ; dans le registre comique, c'est le chef-d'œuvre de Rameau qui a même acheté les droits du livret pour pouvoir au mieux l'adapter à ses besoins.

    "Les fêtes de Polymnie", opéra-ballet, est créé à Paris le 12 octobre. "Le Temple de la Gloire", opéra-ballet dont le livret est à nouveau de Voltaire, est représenté à Versailles le 27 novembre. Enfin, "les Fêtes de Ramire", acte de ballet, est représenté à Versailles le 22 décembre.

    Rameau devient le musicien officiel de la cour : il est nommé Compositeur du Cabinet du Roi au mois de mai, et reçoit une pension de 2000 livres

    En 1745, le rythme de production du compositeur va ensuite se ralentir, mais Rameau va produire pour la scène, de façon plus ou moins régulière, jusqu’à la fin de sa vie, et sans abandonner ses recherches théoriques ni, bientôt, ses activités polémiques et pamphlétaires : ainsi, il compose en 1747 "Les Fêtes de l'Hymen et de l'Amour" et, cette même année, sa dernière œuvre pour le clavecin, une pièce isolée, "La Dauphine", en 1748, la pastorale "Zaïs" l'acte de ballet "Pygmalion" l'opéra-ballet "Les surprises de l'Amour" en 1749, la pastorale "Naïs" et la tragédie lyrique "Zoroastre" où il innove en supprimant le prologue qui est remplacé par une simple ouverture, enfin en 1751, l'acte de ballet "La Guirlande" et  la pastorale "Acanthe et Céphise".

    Jean-Philippe Rameau

    (Le piédestal de la statue de Rameau est dû à Félix Vionnois et Louis Belin)

    Entre partisans de la tragédie lyrique, royale représentante du style français, et sympathisants de l'opéra-bouffe, truculent défenseur de la musique italienne, naît une véritable querelle pamphlétaire qui animera les cercles musicaux, littéraires, philosophiques de la capitale française jusqu'en 1754.On l'appellera "la querelle des bouffons"

    La querelle finit par s'éteindre, un édit de mai 1754 ayant d'ailleurs chassé les Bouffons Italiens hors de France, mais la tragédie lyrique et les formes apparentées ont reçu de tels coups que leur temps est révolu.

    Seul Rameau, qui gardera jusqu’à la fin tout son prestige de compositeur officiel de la cour, osera encore écrire durablement dans ce style désormais dépassé.

    Le 11 mai 1761, il est reçu à l'Académie de Dijon,  sa ville natale ; cet honneur lui est particulièrement sensible.

    Rameau, qui est anobli au printemps 1764 garde toute sa tête et compose, à plus de quatre-vingts ans, sa dernière tragédie en musique, "Les Boréades" œuvre d'une grande nouveauté, mais d'une nouveauté qui n'est plus dans la direction que prend alors la musique. Les répétitions commencent au début de l'été 1764, mais la pièce ne sera pas représentée : Rameau meurt d'une "fièvre putride" le 12 septembre 1764. "Les Boréades" attendront plus de deux siècles leur création triomphale à Aix en Provence en 1982.

    Les Boréades :

    Le grand musicien est inhumé dès le lendemain, 13 septembre 1764 en l'église Saint-Eustache à Paris. Plusieurs cérémonies d'hommage ont lieu, dans les jours qui suivent, à Paris, Orléans, Marseille, Dijon, Rouen. Sa musique de scène continue, comme celle de Lully d'être exécutée jusqu’à la fin de l'Ancien Régime, puis disparaît du répertoire pendant plus d'un siècle.

    Jean-Philippe Rameau

     Toute sa vie il ne s'est intéressé qu'à la musique, avec passion et, parfois, emportement, voire agressivité, celle-ci occupait toutes ses pensées . Piron explique que "Toute son âme et son esprit étaient dans son clavecin,  quand il l'avait fermé, il n'y avait plus personne au logis"

    Au physique, Rameau était grand et très maigre : les croquis qu'on en a, notamment un de Carmontelle qui le montre devant son clavecin, nous dépeignent une sorte d'échalas aux jambes interminables.

    L'homme était à la fois secret, solitaire, bougon, imbu de lui-même plus fier d'ailleurs en tant que théoricien que musicien et cassant avec ses contradicteurs, s'emportant facilement. On peine à l'imaginer évoluant au milieu des beaux esprits, dont Voltaire, avec lequel il avait une certaine ressemblance physique, qui fréquentaient la demeure de la Pouplinière : sa musique était sa meilleure ambassadrice à défaut de qualités plus mondaines.

    Jean-Philippe Rameau

    (Portrait de Rameau par Carmontelle)


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