• "L''existentialisme est-il un humanisme ?", une conférence de Jean-François Gallice pour l'ACC

     Jean-François Gallice a évoqué l'existentialisme, dans une conférence de  l'Association Culturelle Châtillonnaise.

    Il a eu l'extrême gentillesse de me donner son texte que je reproduirai ci-dessous en bleu. Merci à lui.

    "Jean-Paul Sartre et l'existentialisme", une conférence de Jean-François Gallice pour l'ACC

    L’existentialisme est-il un humanisme ?

    Avant d’y répondre, remontons au début de la philosophie, avec les présocratiques.

    Au départ, se situe Thalès de Millet, célèbre mathématicien qui prédit, à l’époque, une éclipse qui arriva à la fin du VIème siècle avant JC.

    "Jean-Paul Sartre et l'existentialisme", une conférence de Jean-François Gallice pour l'ACC

    Pour lui, l’eau était le principe de toute chose « L’eau est la cause matérielle de toutes choses », les autres philosophes se rapportaient à la terre. L’air qu’ils envisageaient déjà de comprimer, avant l’air liquide, et le feu qui avait un rôle important pour se protéger des animaux, pour la cuisson, pour le chauffage et pour le traitement des métaux. Mais c’est Empédocle qui le premier regroupa ces quatre éléments.

    "Jean-Paul Sartre et l'existentialisme", une conférence de Jean-François Gallice pour l'ACC

     On est obligé d’y joindre deux importants domaines : le ventre et le bas-ventre. Molière disait déjà « il faut manger pour vivre » et le bas-ventre, avec la sexualité, est aussi un domaine important de la survie de l’espèce. Le plus bel exemple est le brame du cerf.

    On arrive à Socrate:

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    Aristote a dit de Socrate : « il fut le premier à ramener la philosophie sur la terre » éloignant le rôle des dieux, s’appuyant sur la doctrine de la Pythie de Delphes où était inscrit « Gnoti seauton » , connais toi toi-même. Le rôle du philosophe étant de conduire l’ignorant à la sagesse en pratiquant la maïeutique, l’accouchement des idées. L’ironie étant son arme préférée avec la dialectique.

    Puis arriva Platon :

    "Jean-Paul Sartre et l'existentialisme", une conférence de Jean-François Gallice pour l'ACC

    Platon, riche des enseignements de Socrate et des présocratiques,  fut considéré comme le père de la philosophie moderne, il développera ces thèmes jusqu’à Saint Augustin, mais il avait aussi une autre casquette, celle de la théorie des idées. Idée du beau, idée de bon, idée du grand etc… qui était abstraite et qui fut reprise et amplifiée par Aristote.

    Aristote fut élève de Platon de l’Académie, il la quitta pour créer le Lycée.

    "Jean-Paul Sartre et l'existentialisme", une conférence de Jean-François Gallice pour l'ACC

    Avec cette affirmation célèbre « Amicus Socrates, Amicus Plato, sed magis Amicus Veritas » A chacun sa vérité, notion floue, Aristote fonda la logique et les syllogismes. Précepteur d’Alexandre le Grand, il fut à sa mort condamné par les athéniens.

    "Jean-Paul Sartre et l'existentialisme", une conférence de Jean-François Gallice pour l'ACCOublié pendant des siècles, c’est le romain Sylla, en 87 avant JC, qui découvrit les œuvres d'Aristote, elles furent reprises ensuite par les Arabes, en Espagne par Averroes, à Hamadan par Avicenne, vers 1200. Il inspira Saint Thomas d’Aquin qui essaya de lier la Foi et la Raison.

    Des siècles passèrent sous la domination de l’Eglise, avec au grand siècle, Bossuet, Fénelon et Pascal avec son « roseau pensant » et son « tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé ».

    C’est la littérature qui va nous intéresser avec deux grands noms, Corneille et Racine. L’un, Corneille, dessinant l’Homme Héros fort de lui et dominateur « Je suis maître de moi, comme de l’Univers » « Mes pareils à deux fois ne se font pas connaître et pour leurs coups d’essai veulent des coups de maître ».

    "Jean-Paul Sartre et l'existentialisme", une conférence de Jean-François Gallice pour l'ACC

     Racine décrit l’homme, mais plutôt la femme, tels qu’ils sont avec délicatesse et sensibilité, Phèdre, Bérénice, Andromaque « Parle lui tous les jours des vertus de son père et quelquefois aussi parle lui de sa mère »

    "Jean-Paul Sartre et l'existentialisme", une conférence de Jean-François Gallice pour l'ACC

     Péguy, connu pour ses cahiers de la quinzaine et sa mort tragique en 1914, disait, car normalien, « Racine raconte toujours la même histoire »

    Il faut le début du XIXème siècle avec Kierkegaard (1813-1855) pour connaître le fondateur de l’existentialisme.

    "Jean-Paul Sartre et l'existentialisme", une conférence de Jean-François Gallice pour l'ACC

    Kirkegaard est le fondateur de l’existentialisme moderne. Dès sa naissance, il éprouve le complexe du malheur, un père qui se croit maudit de Dieu, un déboire amoureux, une déficience physique, tout fait de lui un pécheur. Il voit en l’homme : l’esthétique, l’éthique et le religieux, seule source pour sortir de l’angoisse. Personne ne l’écoutait.

    En face de lui Heidegger (1889-1976), disciple du phénoménologiste Husserl, affirme que l’existence humaine est un état d’absolue déréliction.

    "Jean-Paul Sartre et l'existentialisme", une conférence de Jean-François Gallice pour l'ACC

    Selon Heidegger, l’homme n’a pas choisi d’exister, il est jeté dans le monde-être pour mourir, ce qui engendre une angoisse existentielle. Pour sortir de cet état, certains se forgent des idoles : Dieu, l’Humanité, la Science, pour faire illusion.

    Ajoutons à cela qu’il a été pro-nazi, trouvant dans le régime la protection entre le matérialisme anglo-saxon et le marxisme. Il eut comme élève, puis maîtresse Anna Arendt, partie aux USA, revenue le voir, et témoin au procès d’Eichmann en Israël.

    Pourquoi la France est-elle tombée dans l’angoisse le désespoir, la peur de la vie, l’absurde ?

    Les allemands souffraient de la défaite de la guerre 14-18, puis des crises économiques qui altérèrent la richesse du pays, et surtout la monnaie. Hitler fut un remède à leur angoisse.

    En France, ce fut la belle époque : le Front Populaire, la semaine de 40 heures, les congés payés, les lois sociales, la France était heureuse. Puis brusquement la débâcle, l’occupation, les prisonniers, les résistants, la chasse aux juifs, la Peur. Devant cet état, nait l’angoisse que la philosophie de certains traite d’existentialisme.

    Sartre, influencé par son passage à Berlin et sa découverte d’Heidegger, importe cette doctrine.

    "Jean-Paul Sartre et l'existentialisme", une conférence de Jean-François Gallice pour l'ACC

    Il la mit en valeur à Saint Germain des Prés, au « Deux Magots », pendant que les jeunes zazous à l’époque, grosses cravates et bas de pantalons élargis, dansaient dans les caves comme le «Tabou », mais il n'y avait pas de fréquentation entre les deux groupes.

    Sartre (1905-1980), orphelin de père à 15 mois, mère remariée comme Baudelaire « La mort de Dieu a placé notre époque sous le signe du père incertain ». Au lycée Henri IV, il retrouva Nizan, puis ce fut Normale Sup , Simone de Beauvoir et Raymond Aron, des années heureuses. Sartre obtint une bourse à Berlin où il découvrit Husserl et Heidegger, il devint ensuite professeur à Laon,à Neuilly, au lycée Pasteur. Il fut prisonnier en 1940, libéré, il enseigna de nouveau à Neuilly et à Condorcet.

    En 1943, il fonda lettres françaises et Combat, fit la connaissance d’Albert Camus. Il voyagea beaucoup : USA, Rome, URSS, la Chine avec Simone de Beauvoir. En 1955 il était anti-gaulliste.Il se rendit à  Cuba et rencontra Castro et Che Guevara.

    "Jean-Paul Sartre et l'existentialisme", une conférence de Jean-François Gallice pour l'ACC

    Il rencontra Tito, et se rendit au Brésil

    Il fut victime de deux plasticages à son domicile.

    Il visita enfin la Pologne, l'URSS. Il refusa le prix Nobel, fit des conférences au Japon, en Egypte,en Israël.

    En 1968, il participa aux manifestations étudiantes avec Daniel Cohn-Bendit, prit la direction de la Cause du Peuple, fonda avec Maurice Clavel "Libération" , partit au Portugal. En 1979 avec Raymond Aron il créa « un bateau pour le Vietnam ».

    En 1980, à sa mort, 50 000 personnes suivirent son enterrement

    Publications :1938 la Nausée, le Mur, l’Âge de Raison, l’Être et le Néant.

    1943 les Mouches et Huis-Clos

    1946 l’Existentialisme est un humanisme, la Putain respectueuse .

    1948 les Mains sales.

    1951 le Diable et le Bon Dieu, les sorcières de Salem, les séquestrés d’Altona.

    1963 les Mots.

    Sartre s’est intéressé presqu’exclusivement à l’aspect sordide de l’existence humaine.

    Simone de Beauvoir (1908-1986)

    "Jean-Paul Sartre et l'existentialisme", une conférence de Jean-François Gallice pour l'ACC

     Simone de Beauvoir eut une enfance choyée, elle fit de très bonnes études puis Normale Sup.  Elle enseigna à Marseille, Rouen, Paris. Elle rayonna au Café de Flore et au Deux Magots avec Sartre, puis vint la Libération, elle voyagea aux USA où elle découvrit le grand amour.

    En 1948 elle publia le deuxième sexe, en 1954 les Mandarins, prix Goncourt.

    Elle fit de nombreux voyages en Chine avec Sartre, et écrivit La longue marche en 1957. Les mémoires d’une jeune fille rangée parurent en 1958.

    L’apport de Simone de Beauvoir à la pensée existentialiste fut nette et sans aucun doute : les grands problèmes, la liberté, le Salut qui remplace l’idée de Dieu, Personne ne détient la Vérité.

    Mais pour elle, l’important fut la défense de la femme et du féminisme. Sa phrase célèbre : « on ne naît pas femme, on le devient »

    Albert Camus (1913-1960)

    "Jean-Paul Sartre et l'existentialisme", une conférence de Jean-François Gallice pour l'ACC

    Albert Camus, naquit en 1913 à Mondovi en Algérie, son père qui était ouvrier caviste, mourut des suites de la guerre. Sa mère ne savait pas écrire. Il fréquenta Le lycée Bugeaud, obtint des bourses, étudia la philosophie à la faculté d’Alger.

    En 1935 il adhéra au Parti Communiste, en fut exclu en 1937. La tuberculose le rongeant, il se rendit à Paris en 1940, entra dans la Résistance, groupe Combat, puis devint rédacteur en chef du journal Combat

     Il retourna en Algérie, alla en Amérique du Sud, puis revint à Paris, rue Madame.

    En 1952, ce fut sa rupture avec Sartre. En 1957 il obtint le prix Nobel de littérature. Il habitait Lourmarin, mais en 1960 il fut victime d'un accident mortel près de Montereau.

    Il existe deux cycles chez Camus :

    -Le cycle de l’absurde : l’étranger, le mythe de Sisyphe, Caligula

    -Le cycle de la Révolte : la Peste, l’homme révolté, les Justes.

    Contrairement à Sartre, Camus est toujours resté celui qui consent à l’émerveillement du monde, pour qui l’Absurde contient son envers d’enchantement. La violence est à la fois inéluctable et injustifiable, d’où son idée de désengagement. Approuvant puis condamnant l’épuration, ne prenant pas position sur la question algérienne.

    Camus fait de Jésus l’homme parfait, comme lui, parmi nous, tout peut être crucifié et dupé. Ne voulant être ni complice ni victime, il prend la position de témoin « tout révolutionnaire finit en oppresseur ou en hérétique ». Ainsi avec lui il faut faire « comme si », fermer les yeux et tourner la tête, attitude que même actuellement on lui reproche vis-à-vis du problème algérien.

    Pour être complet on doit citer les existentialistes chrétiens : en France Gabriel Marcel, la revue Esprit avec Emmanuel Mounier. En Allemagne Karl Jaspers et en Russie Berdiaeff.

    On peut répondre à la question « l’existentialisme est-il un humanisme ? » OUI puisque c’est de l’Humain qu’il s’agit

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