• "La bataille de Baigneux-les-Juifs, le 11 janvier 1871", un notule d'histoire de Dominique Masson

     Dominique Masson continue ses recherches sur la guerre de 1870 dans notre région.

    Après la "surprise de Châtillon" :

    http://www.christaldesaintmarc.com/la-surprise-de-chatillon-garibaldi-un-notule-d-histoire-de-dominique-m-a204217938

    L'exécution de Léon Vigneron" :

    http://www.christaldesaintmarc.com/l-execution-de-leon-vigneron-le-19-decembre-1870-un-notule-d-histoire--a204964668

    Voici "la bataille de Baigneux-les Juifs", où nous apprenons, avec étonnement, des pans de notre histoire régionale, complètement oubliés par la plupart d'entre nous...

    Merci mille fois à Dominique Masson de nous rappeler, si bien, le passé du Châtillonnais !

    Notule d’histoire :

     

    La bataille de Baigneux-les-Juifs, le 11 janvier 1871

     

    Le 20 décembre 1870, la quatrième brigade, commandée par Ricciotti Garibaldi, qui s’était déjà illustrée lors de la « surprise » de Châtillon, le 19 novembre 1870,  reçut l’ordre de se tenir prêt et de tout préparer pour une longue expédition.

    La météorologie était terrible, la température tombant souvent à 18° au-dessous de zéro et il y avait alternative de neige et de tempêtes ; les hommes avaient de la neige jusqu’à la ceinture et on ne voyait pas à dix mètres.

    Aussi il devenait presque impossible de prendre les mesures de sécurité les plus élémentaires et il était impossible de se servir des armes, l’huile gelant dans le mécanisme délicat des fusils à culasse et le métal, à une si basse température, devenait si fragile qu’il y avait toujours danger d’éclatement.

    Le temps ne permettait aucun mouvement tactique et contrariait sérieusement le service d’informations.

    Aussi le quartier-général de Garibaldi était préoccupé des mouvements des troupes ennemies qui se faisaient sur sa gauche, dans la direction de Tonnerre, Auxerre et Orléans.

    Il fut donc décidé de faire une pointe dans cette direction et ce fut la quatrième brigade qui fut choisie pour ce service.         

    "La bataille de Baigneux-les-Juifs, le 11 janvier 1871", un notule d'histoire de Dominique Masson

     Partie le 23 décembre, dans des conditions climatiques difficiles, la brigade arriva à Château-Chinon.

    Repartie le 26 décembre, elle est à Clamecy, puis à Courson, se replie ensuite à Coulanges, puis arrive à Vermenton, le 30 décembre.

    Ces mouvements inquiètent les prussiens qui ordonnent au général von Zastrow, commandant le VIIe corps allemand, lequel avait ses positions entre Flavigny, Semur et Montbard, de marcher sur Auxerre.  

    Ayant appris que de fortes masses prussiennes se mouvaient sur les routes conduisant à Montbard et à Châtillon, c’est-à-dire vers le sud-est, Ricciotti Garibaldi décida de retourner à Avallon, où il resta du premier au 3 janvier 1871, puis repartit vers Précy-sur-Thil.

    Selon les informations reçues, il y avait une forte concentration de troupes prussiennes entre Châtillon et Montbard, cette ville étant occupée par 5 000 prussiens avec de la cavalerie et de l’artillerie.

    Les uhlans couraient la campagne pour fourrager et prélever des vivres dans tous les villages environnants.

    Ricciotti Garibaldi fit avancer sa brigade jusqu’à Semur, dans l’idée de leur donner la chasse.

    Les commandants Michard  et Bailly, bien qu’inférieurs en nombre, les attaquèrent et les mirent en fuite.   

    Le 8 janvier, Ricciotti Garibaldi, apprenant qu’une colonne prussienne était sortie de Montbard et se dirigeait vers Semur, résolut d’attaquer Montbard, dont la garnison devait être affaiblie.

    Les bagages furent expédiés sur la route de Flavigny et la brigade prit la route de Montbard.

    Ayant passé Montfort, la brigade trouva les prussiens qui avaient pris leurs positions à travers de la route et sur la pente de droite.

    La brigade utilisa alors un petit chemin  sur la pente gauche.

    L’ennemi se retira rapidement et les garibaldiens voulurent couper ce corps de celui qui occupait Crépand.

    Après un combat, les garibaldiens se retirèrent, menacés d’être encerclés et, par la vallée de la Brenne, gagnèrent Flavigny, où ils arrivèrent à 4 heures du matin.

    Le capitaine Tarelli-Cox réussit même à sauver toutes les voitures de munitions, ce qui permit à la brigade de recharger ses armes [i].     

     [i] Dans cette affaire, Ricciotti eut trois hommes tués et une vingtaine de blessés

     

    "La bataille de Baigneux-les-Juifs, le 11 janvier 1871", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 2 : monument élevé à Crépand en mémoire des francs-tireurs tués lors du combat du 8 janvier 1871

    Ricciotti donna un jour de repos à ses troupes et il fut rejoint à Flavigny par la deuxième brigade de Lobbia.

    La situation de Ricciotti n’était pas formidable, se trouvant au milieu des avant-gardes des IIe et VIIe corps prussiens de l’armée de Manteuffel, qui occupaient Villaines, Saint-Marc, Baigneux, Aignay-le-Duc, Montmoyen et Recey

    .On crut même que la quatrième brigade était perdue, le sous-préfet de Semur ayant télégraphié, le 9 janvier :

    « Ricciotti, après s’être battu toute la journée, est entouré de forces considérables. Ses bagages et ses munitions sont déjà entre les mains de l’ennemi ».

    Giuseppe Garibaldi lui-même craignit un temps que son fils ne soit perdu ; il avait dit alors à son chef d’état-major :

    « … Nous sommes exposés, vous comme moi, à apprendre d’un moment à l’autre la mort d’un fils, mais nous avions, n’est-ce pas, en venant ici, fait le sacrifice de notre vie et de celle de nos enfants. Dites-moi la vérité, Ricciotti est-il mort ou prisonnier ? [i] » . 

    Ricciotti demanda des instructions à son père mais, celui-ci lui laissant toute liberté pour la poursuite de la guerre, ce dernier estima que le plus utile était de continuer à observer les corps prussiens de la région.

    La IIe brigade de Cristiano Lobbia et la IVe de Ricciotti allaient chercher à freiner la marche des troupes prussiennes envahissant la Bourgogne depuis le nord-ouest.                                                                                                                                                           Nous avons plusieurs récits sur la bataille de Baigneux : celui de Ricciotti Garibaldi, celui du général Bordone, chef d’état-major de l’armée des Vosges, celui d’Edmond Thiébault, officier d’ordonnance de Ricciotti et enfin, celui, récent, d’un historien, Robert Molis.                             

    Voici d’abord ce que dit Ricciotti [ii]                                                            

    « Dans ce but, je décidai l’exécution d’un mouvement vers le Nord, c’est-à-dire sur le front des avant-gardes ennemies.

    Le 11 janvier, la quatrième brigade prend la route de Darcey.

    Dans cette localité nous recevons la nouvelle qu’une colonne fourragère est en train de prélever des vivres à Baigneux-les-Juifs.

    Tout de suite, je fais accélérer la marche et, en arrivant près de Villeneuve, deux compagnies, sous les ordres de Michard, sont poussées jusqu’à Villaines, avec l’ordre de prendre la route qui, de cet endroit, conduisait à Baigneux et de tailler ainsi la retraite aux Prussiens.

    En attendant, la brigade continuait sa route vers Baigneux.

    Arrivés à moins d’un kilomètre de cette localité, nous rencontrons une patrouille de cavalerie qui, attaquée par nos guides, est aussitôt obligée de tourner bride.

    La route, passant au milieu d’une bande de terrain ouvert, avec des bois à droite et à gauche, coupait à angle droit la crête de la colline et descendait ensuite de l’autre côté sur le  village.

    Cette crête était fortement occupée par les Prussiens qui reçurent nos tirailleurs par une très vive fusillade.

    Je fis avancer deux compagnies par l’extrémité du bois à droite, de manière à tourner la position de l’ennemi et pour l’obliger à se retirer par la route de Villaines.

    La manœuvre réussit parfaitement.

    L’ennemi, chassé de l’arête de la colline, se retira sur le village.

    Mais après un bref combat, il fut obligé d’abandonner aussi celui-ci et il recula dans la direction de Villaines en grand désordre, laissant entre nos mains douze prisonniers et trois voitures de subsistances.

    Le malheur voulut que Michard, retardé dans sa marche, ne fût pas encore arrivé à ce village, sinon les Prussiens, pris entre deux feux, seraient  probablement tous restés prisonniers.

    Ayant suspendu toute poursuite, nous sommes retournés à Baigneux, où nous avons trouvé un hôtel plutôt convenable.

    A notre demande s’il y avait quelque chose à manger, l’hôte répondit en souriant que le repas était prêt.

    Tant de chance nous surprenait.

    Nous étions si peu accoutumés à trouver les repas tout prêts !

    Mais l’hôte nous avoua que celui-ci avait été commandé par les officiers prussiens que nous avions chassés de là.

    Nous nous arrêtâmes dans ce village pour le restant de la journée, mais en prenant la précaution de bien nous couvrir par des postes avancés.

    Cependant, l’arrivée de quelque gros corps ennemi était probable et, dès le lendemain matin, à une heure après minuit, nous nous mettions en marche pour Aignay-le-Duc.

    Nos prévisions étaient justes : à six heures du matin, dans le village que nous venions d’abandonner, arrivaient deux mille Prussiens avec de la cavalerie et de l’artillerie, et selon leur habitude, ils mirent le pays sens dessus-dessous »[iii].

    Voici ensuite le récit d’Edmond Thiébault, franc-tireur de la quatrième brigade [iv] :                      

    « La journée du 10 janvier est consacrée à des reconnaissances, on observe l’ennemi.

    A Châtillon-sur-Seine, les forces prussiennes augmentent chaque jour dans d’inquiétantes proportions.

    Deux colonnes, fortes de plusieurs milliers d’hommes, occupent : l’une Villaines, l’autre Saint-Marc.

    Elles s’étendent jusqu’à Baigneux, Aignay-le-Duc, Montmoyen, Recey ; partout de fortes réquisitions.

    La nuit dernière, un fort détachement a fait une démonstration vers Sainte-Reine, où nos éclaireurs l’ont rencontré.

    Dans l’après-midi, le colonel Lobbia vient se mettre en communication avec nous, il nous apporte enfin quelques renseignements ; une marche est décidée pour le lendemain.

    Le 11 dans la matinée, la brigade, abandonnant la grande route, s’engage par des chemins impossibles dans la direction de Darcey.

    Le froid est devenu excessif, nous éprouvons les plus grandes difficultés à faire avancer nos voitures, les cavaliers eux-mêmes marchent avec peine sur les voies glacées.

    Quand nous arrivons à Darcey, nous rencontrons les éclaireurs de la 2e brigade qui nous signalent la présence de l’ennemi à Baigneux-les-Juifs.

    Un peu plus loin, les francs-tireurs Basques nous confirment ces renseignements ; les Prussiens viennent prendre possession des réquisitions qu’ils ont exigées la veille par un ordre de la municipalité.

    La colonne a repris sa marche dans la direction signalée.

    Quand elle arrive près du bois, au-dessus de Villeneuve, le colonel Ricciotti détache les deux compagnies de Savoie et les lance sur la gauche.

    Elles ont l’ordre de s’avancer jusqu’à la route qui conduit à Villaines et marcher ensuite sur Baigneux.

    Pendant ce temps, le reste de la brigade continue son mouvement.

     A peine arrivés en vue du village, nous distinguons les éclaireurs prussiens qui, faisant volte-face à notre vue, s’élancent au galop donner l’alarme ; on peut voir bientôt l’infanterie ennemie rangée en bataille sur la droite de Baigneux.

    Les compagnies sont immédiatement déployées dans la plaine couverte de neige.

    Les tirailleurs s’avancent sur deux lignes ; leur vaste développement permet d’envelopper tout le village.

    La fusillade commence par la droite dont le rapide mouvement doit rejeter les Prussiens sur les deux compagnies envoyées du côté de Villaines, leur arrivée est imminente.

    Cette manœuvre tournante devait pleinement réussir sans la promptitude obligée de l’attaque de la gauche qui, venant malheureusement couper la route à l’ennemi, le force à abandonner la position.

    Il se rejette alors derrière le village, se ménageant ainsi une retraite vers le bois qu’on aperçoit au bas de la route.

    Nos francs-tireurs avancent rapidement sous une vive fusillade, ils occupent successivement les maisons et les jardins que les Allemands sont impuissants à défendre ; ils sont bientôt maîtres du coteau qui domine le pays, dernière position que l’ennemi abandonne pour se retirer dans le plus grand désordre dans la direction d’Ampilly-le-Haut [v].

     La lutte avait duré une heure à peine.

    Les Prussiens laissaient entre nos mains 12 prisonniers et 3 voitures de vivres ; leurs pertes sont restées inconnues, elles devaient être sérieuses.

    De notre côté, nous avions 1 mort et 4 blessés.

    La brigade passe à Baigneux le reste de la journée sous la protection de grand’gardes sérieuses [vi].

    Les prisonniers sont immédiatement conduits au colonel Lobbia qui doit occuper Billy-les-Chanceaux et Poiseul-la-Grande ; il devra les faire accompagner au quartier-général [vii].

    Le 12 janvier à 3 heures du matin, nous reprenons notre marche vers Aignay-le-Duc ».

    Enfin, selon Robert Molis [viii] :                                                                                       « Selon le capitaine des Francs-Tireurs de l’Aveyron, c’est vers 2 heures après-midi que la Brigade trouva 200 ou 300 Prussiens au village de Baigneux.

    On commence à investir le village ; les Francs-Tireurs de « La Croix » (de Nice) appuient, à gauche, les Compagnies réunies de l’Aveyron et de l’Allier, tandis que la « Compagnie des Vosges » s’avance par la droite.

    Malheureusement, trois Uhlans, « faisant preuve d’une audace extraordinaire », se dirigent, au petit pas, vers le Colonel, lequel, croyant qu’ils venaient dire que la troupe se rendait, donne ordre de cesser la progression et de ne pas tirer.

    Quand Ricciotti revint de son erreur, il en commit une seconde en faisant courir sus aux Prussiens en formation de tirailleurs et non pas en colonne, « ce qui aurait permis d’arriver beaucoup plus vite »[ix].

    Bilan de la prise de Baigneux-les-Juifs : « quelques pertes », une voiture de réquisition prise, ainsi que, capturés par les Francs-Tireurs de l’Aveyron, 12 prisonniers dont un chirurgien. La plupart de ces Prussiens furent capturés par le Franc-Tireur Fabre et par le caporal Labro.

    Selon les Béarnais, ils n’étaient que 40 Francs-Tireurs, partis pour intercepter 80 cavaliers, qui virent déboucher 20 cavaliers et 200 fantassins.

    Ils firent le coup de feu eux-aussi, la colonne des Francs-Tireurs les ayant « débloqués ». Selon eux, les Prussiens eurent 2 tués, 9 blessés et 11 prisonniers ». 

    Mais, toujours selon Robert Molis, il y eut un désaccord entre les Francs-Tireurs :

    « le 11 janvier, ayant appris qu’une colonne réquisitionnaire venant de Jours et de Baigneux doit passer par là, les francs-tireurs du Béarn vont se poster sur la route entre La-Villeneuve-les-Convers et Baigneux-les-Juifs.

    Le renseignement était bon : 120 ou 150 Allemands se présentent en effet… aux yeux des Francs-Tireurs en même temps que débouche Ricciotti Garibaldi avec un millier d’hommes, venant de Flavigny et Darcey.

    Qui aura l’honneur d’ouvrir le feu ?

    Les Francs-Tireurs du Béarn, dit leur capitaine, prièrent Ricciotti de suspendre sa marche pour laisser les Prussiens arriver sur leur embuscade.

    Ricciotti refuse et le capitaine Grison note qu’il « juge plus utile de marcher sur Baigneux qu’il enlève, mais l’ennemi a le temps de fuir ».

     

    [i] Bordone (général) : « Garibaldi et l’armée des Vosges ; récit officiel de la campagne » ; Paris, 1871

    [ii] Ricciotti Garibaldi : « souvenirs de la campagne de 1870-71 », traduction de Philippe Casimir ; Nice, 1899

    [iii] Selon l’instituteur Pierre Genevoix ; il écrivit, en 1888, que « le 11 janvier1871, un petit détachement prussien escortant une voiture de réquisition fut attaqué à Baigneux par les francs-tireurs garibaldiens. Ce détachement put prendre la fuite… ;  « Cahiers du Châtillonnais ; monographie de la commune de Baigneux-les-Juifs », n° 2

    [iv] Thiébault Edmond : « Ricciotti Garibaldi et la 4eme brigade, récits de la campagne de 1870-71 » ; Paris, 1872

    [v] « Les tirailleurs, sous un feu de mousqueterie très vif, continuèrent à avancer ; ils occupèrent d’abord le village, puis un petit château qui est sur la lisière du bois » ; Bordone, op. cit.

    [vi] Même signification qu’avant-poste

    [vii] Le 12, les prisonniers arrivèrent à Dijon et entrèrent dans la cour de la préfecture ; Thiébault, op. cit.

    [viii] Molis Robert : « les Francs-Tireurs et les Garibaldi » ; Editions Tirésias, 1995

    [ix] Selon Léon Rodat, capitaine des francs-tireurs de l’Aveyron, cité par Robert Molis, op. cit.

     

    "La bataille de Baigneux-les-Juifs, le 11 janvier 1871", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 3 : acte de décès de Claude Carteau état-civil de Baigneux

    Deux francs-tireurs furent blessés et soignés par les sœurs pendant plusieurs semaines ;  le caporal Lacan, franc-tireur de l’Aveyron, « eut les deux cuisses traversées par une balle », mais il put par la suite repartir chez lui [i] ; par contre, Claude Carteau, franc-tireur du Doubs, lui aussi blessé, s’éteindra le 30 janvier 1871et sera inhumé au cimetière de Baigneux.

    Le lendemain, 12 janvier, les prussiens revenaient en force à Baigneux et ce fut le pillage.

    Pendant deux heures, les soldats allemands, pénétrant dans les maisons, se faisaient ouvrir les armoires et les caves et emportaient tout ce qui était à leur convenance.

    Aucune résistance ne se produisit de la part des habitants ; les objets pillés furent surtout des denrées de consommation et du linge.

    Le maire, M. Lombard, assez malmené, fut un certain temps gardé àvue à cent mètres du village et menacé de mort.

    Des canons, braqués sur les hauteurs, lancèrent quelques boulets dans la direction de Poiseul-la-Ville, afin d’attirer les francs-tireurs qui occupaient cette localité, pendant que des masses prussiennes importantes étaient cachées dans les bois voisins ; heureusement les francs-tireurs ne donnèrent pas dans le piège et Baigneux fut sauvé [ii].

    Pendant ce temps, Les Francs-Tireurs de la IIe brigade de Lobbia se sont mis en marche pour arrêter l’ennemi ; les Francs-Tireurs Républicains de Bigorre sont envoyés se poster, avec les Éclaireurs, à Courceaux, tandis que les Chasseurs d’Orient et les Francs-Tireurs Marins vont occuper Poiseul-la-Ville, et, en arrière, à Chanceaux, sont postés le Bataillon de l’Égalité et la Compagnie du Génie.

    Quant à Ricciotti, il arrivait à Aignay :                                                            

    « La route conduisant à Aignay était tout simplement infâme ; cette marche pénible sur une route impraticable, coupée encore de fréquents arrêts occasionnés par des alarmes, firent que notre arrivée à Aignay n’eut lieu que le soir à 9 heures ».   

     C’est le maire d’Aignay, M. Misset, qui les accueillit [iii]:

    « Les Francs-Tireurs sont arrivés à Aignay le 12 janvier 1871 à 6 h du matin.

    Ils étaient au nombre de 1 200, commandés par Ricciotti ; ils avaient 104 chevaux et venaient du canton de Baigneux.

    Leurs bagages étaient conduits par quelques cultivateurs des environs de Tonnerre, absents de leur pays depuis une douzaine de jours.

    Ils furent remplacés par 6 voitures et 18 chevaux d’Aignay chargés de conduire à Dijon les munitions de la Brigade.

    Nos hommes ont été absents six jours, sans toucher de rétribution.

    Ce corps a été bien accueilli par les habitants chez lesquels les soldats se logèrent à leur fantaisie.

    La plupart des compagnies étaient composées d’hommes assez convenables, mais il y en avait parmi eux un certain nombre, 30 ou 40 , mauvais sujets, indisciplinés, insolents même pour leurs chefs, et dont le Chef d’état-major désirait vivement être débarrassé.

    Nous n’avons remarqué dans cette troupe que 50 ou 60 Italiens portant la chemise rouge ; la plupart étaient des ivrognes.

    J’avais chez moi, avec Ricciotti, ses Officiers intimes ; son secrétaire, faisant fonction de Chef d’état-major, était un M. Thiébault, connu à Dijon, homme de bonnes façons, maintenant le plus possible l’ordre et la discipline… »                     

       Ricciotti poursuit :

    « Ce village est situé au fond d‘un trou, c’est donc une très mauvaise position à tenir, et qui nécessite des lignes très étendues d’avant-postes et de nombreuses patrouilles.

    Pendant la nuit j’organisai, au moyen d’habitants qui m’avaient offert leurs services, un bon service d’informations avec les localités voisines

    (voici ce qu’en dit Edmond Thiébault :

    « Dans la nuit, nos éclaireurs se sont mis en communication avec les maires des villages qui nous entourent au loin.

    Ces fonctionnaires ont eux-mêmes envoyé d’autres éclaireurs plus en avant, et nous transmettent des notes qui nous confirment les différentes positions de l’ennemi et ses mouvements »).

    Ainsi j’appris qu’une forte colonne prussienne occupait Villaines ; une autre, Saint-Marc et une troisième, Saint-Broing-les-Roches.

    Un détachement fort de 5 000 hommes occupait Grancey ; un autre, plus fort, marchait sur Auberive.

    De sorte que notre position était des plus précaires…                                             

    Arrivés à Aignay… au soir, je voulus moi-même placer nos avant-postes, ce qui n’était point facile en pleine obscurité.

    Puis, retourné au quartier-général, je reçus les rapports ; je donnai des instructions aux commandants de compagnies ; j’organisai avec lesautorités locales le service d’informations civiles, enfin je pris un peu de nourriture ; tout cela nous mena jusqu’à minuit…

    Je m’endormis et, à 3 heures, l’officier de service me réveilla pour faire la ronde habituelle aux avant-postes-opération nécessaire, parce que c’est généralement à l’aube que se produisent les surprises, et à ce moment surtout il faut être bien sûr que tout est en ordre.

    A ma très grande surprise, je constatai que tout mon système d’avant-postes, que j’avais organisé avec tant de soins dans la soirée, était radicalement changé.

    Avec la rigide discipline qu’il fallait, surtout en service, cela me préoccupait.

    Aussi, dès le retour au quartier-général, fis-je appeler quelques commandants de compagnie pour leur demander la raison deces changements.

    Ils se montrèrent, eux, plus surpris encore que moi.

    L’un d’eux, Rostaing, me dit que, pendant la nuit, des patrouilles ennemies s’étaient approchées, ils vinrent pour me demander ce qu’il fallait faire, et que j’avais alors consulté ma carte, puis donné des ordres précis à ce propos.

    Je restai stupéfait à cette nouvelle complication, lorsque Arnaud, des savoyards, me dit, en riant :

    « Je m’en doutais déjà, commandant, mais maintenant j’en suis certain ; nous sommes venus effectivement vous faire nos rapports et vous nous avez donné les ordres nécessaires, mais, tout cela, vous l’avez fait en dormant ».

    Par cette pointe jusqu’à Aignay, nous avions traversé tout le front de l’armée de Manteuffel.

    Maintenant, il s’agissait de se retirer en maintenant toujours le contact avec cette armée.

    Dans ce but, le lendemain, nous nous repliâmes vers le Sud et, le soir, nous arrivions à Avot-le-Grand [iv].

    Une autre étape nous amenait à Is-sur-Tille ».

     

    [i] Selon Robert Molis, il fut laissé dans une maison de Baigneux

    [ii] Genevoix Pierre ; op. cit.

    [iii] Lettre de M. Misset, du 15 juin 1872, à la « Commission d’Enquête » ; cité par Robert Molis, op. cit.

    [iv] En passant par Etalante, Salives et Barjon ; Bordone, op. cit.

     

    "La bataille de Baigneux-les-Juifs, le 11 janvier 1871", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 4 :première ligne d'avancée des garibaldiens, du 10 au 16 janvier, au nord-ouest de Château-Chinon à Langres; deuxième ligne autour de Dijon, le 20 janvier (Bordone, opus cité)

    Le 16,  Ricciotti et la quatrième brigade se repliaient à Dijon, où Giuseppe Garibaldi se trouvait depuis le 7 janvier, ayant quitté Autun par chemin de fer [i].

    Pendant cette même période, à Châtillon, le 12 janvier au soir, arrivait le général Manteuffel, qui avait pris le 11, à Versailles, ses instructions auprès du grand état-major.

    Là, il opéra sa jonction avec les généraux von Zastrow et Fransecki [ii], pour se porter au secours du général von Werder, qui était autour de Dijon et essayait de couper la retraite au général Bourbaki [iii].

    Si le point de concentration choisi par von Moltke fut Châtillon, c’est parce qu’il en connaissait l’importance stratégique ; Châtillon avait en effet le double avantage de se relier par des voies ferrées à Chaumont, à Troyes, à Nuits-sous-Ravières, sur la ligne de Paris à Lyon, et d’être comme une position centrale en avant des défilés de la Côte d’Or.

    C’est là que les forces de l’armée du sud se réunirent, à l’entrée des vallées profondes de l’Aujon, de l’Aube, de l’Ource et de la Seine, dans les sinuosités desquelles s’enfoncent, à des intervalles de 10 à 15 kilomètres, quatre routes montueuses qui, par des rampes escarpées, conduisent aux hauts plateaux entre Langres et Dijon [iv]. Ces généraux repartirent le 14.                                                                                                                                                Le 21 janvier commençait la troisième bataille de Dijon.

    [i] Le général von Moltke, conscient du danger que représente l’armée de l’Est, avait fait évacuer Dijon le 27 décembre pour organiser une ligne de défense à l’ouest de Belfort

    [ii]Selon Léon Legey (« Châtillon-sur-Seine pendant la guerre de 1870-71 ; souvenirs d’un enfant de Châtillon » ; Châtillon, 1899), Manteuffel trouva à Châtillon von Zastrow et von Hosten-Iaken  ; selon P.A Dormoy, Manteuffel trouva à Châtillon le 7e corps d’armée de Zastrow et le 2e corps d’armée, de Fransecki ; celui-ci passa par Nuits, Montbard, Chanceaux et Is-sur-Tille, tandis que Zastrow partit en direction de Langres, par Recey, Auberive et Prauthoy (« Guerre de 1870-71 ; les trois batailles de Dijon, 30 octobre, 26 novembre, 21 janvier » ; Paris, 1894)

    [iii] Les Prussiens s’attendaient à être attaqués le lendemain et avaient averti le maire de Châtillon de prendre ses précautions ; dans les jours suivants, des barricades furent élevées ; le général von Moltke avait créé une armée du sud, confiée au général von Manteuffel, pour contrer l’armée du général Bourbaki

    [iv] Revue des Deux Mondes ; 1872, tome 102, p. 786

     

    "La bataille de Baigneux-les-Juifs, le 11 janvier 1871", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 5 : les mouvements des troupes françaises et prussiennes autour de Dijon; "La guerre de  70" François Roth, Paris

    (Dominique Masson)

     

     


  • Commentaires

    2
    JuJu
    Lundi 11 Janvier à 20:59

    Monsieur , votre article est passionnant car il nous fait connaître des faits dont nous ne savions rien, donc merci infiniment.

    1
    Jenry
    Lundi 11 Janvier à 11:00

    Pendant la guerre de 1870-1871, la commune d'Essarois dut payer aux troupes prussiennes une contribution de 48 francs en argent, une réquisition de bottes d'une valeur de 400 fr, livrer 2 moutons, 5 têtes de bétail, 1725 kilos de foin et paille 'estimés à 1346,45 fr. Le 9 mars 1871, elle a logé et nourri 296 hommes et 3 chevaux qui ont dépensé 247,60 fr. Le village a été occupé du 1er avril au 10 mai 1871 par la 3ème compagnie du régiment d'Oldenbourg composée de 4 officiers et 156 hommes.

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