•  Günter Wiesendahl, Historien allemand, nous a révélé, il y a quelque temps,  que des soldats français, emmenés en Allemagne en tant  que prisonniers pendant la guerre de 1870- 1871, étaient décédés dans sa ville de Hamm, en Westphalie, et enterrés dans le cimetière de la ville.

    Les tombes étant dégradées, Günter Wiesendahl  s'est battu pour que ces tombes retrouvent leur dignité.

    Et il a réussi à convaincre les dirigeants des églises de sa ville. de procéder à leur restauration.

    http://www.christaldesaintmarc.com/les-tombes-de-soldats-francais-morts-en-allemagne-a-hamm-durant-la-gue-a210925666

    Günter Wiesendahl nous fait savoir que le Souvenir Français a été informé de cette belle rénovation et que l'un de ses membres, le colonel Bouche est venu à Hamm admirer le résultat de ce travail de restauration.

    Ecoutons-le :

    Nos sépultures de guerre récemment rénovées à Hamm en 1870/71 ont maintenant été inspectées par un représentant du "Souvenir français", le colonel Lucien Bouche.

    Les détails peuvent être lus dans le rapport de la Westphalian Gazette du 11 décembre 1871.

    Les tombes de sodats français décédés pendant la guerre de 1870 à Hamm, en Westphalie, ont été visitées par le Souvenir Français

    Günter Wiesendahl a traduit pour nous l'article du journal "Westphalian Gazette", relatant cet événement, qu'il en soit vivement remercié !

    Le voici :

    Les tombes des soldats protestants de 1870-1871 dans le cimetière de l'Est doivent être remises en état – comme cela a déjà été fait pour les tombes catholiques cet été.

    C'est ce qu'a annoncé la paroisse protestante.

    La France a fait l'éloge de la rénovation des tombes.

    Au cimetière de l'Est reposent 44 soldats qui ont succombé à leurs blessures en 1870/71 à l'hôpital militaire de Hamm

    . Le fait que les tombes aient été conservées pendant plus de 150 ans sans l'aide de l'État est déjà considéré comme inhabituel.

    Ce qui rend ces tombes de guerre si particulières, c'est le fait que les morts n'ont pas été séparés par nations, mais seulement par confessions : dans la partie catholique du cimetière, il y a 19 Français et trois Allemands, dans la partie protestante, un Français et 21 Allemands

    Ils ont été enterrés côte à côte dans l'ordre de leur décès.

    Le colonel Lucien Bouche, officier de liaison de l'armée française au ministère fédéral de la Défense, a trouvé cela aussi surprenant que réjouissant.

    Il s'est rendu au cimetière de l'Est en tant que représentant du « Souvenir français", l'équivalent français du « Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge » (« l’Association allemande pour l'entretien des sépultures de guerre »).

    Mechtild Brand, qui s'investit depuis des années dans la recherche sur l'histoire récente de la ville, avait lancé l'invitation ; Wolfang Komo, conservateur local, et Günter Wiesendahl, membre de la commission des antiquités de Westphalie-Lippe (LWL), s'étaient joints à lui.

    La paroisse catholique de Sainte-Agnès a fait rénover à grands frais le cimetière catholique cet été.

    Les pierres tombales, à peine reconnaissables, ont été nettoyées, remises en état et replacées.

    Le colonel Bouche a également exprimé sa reconnaissance pour cela.

    Actuellement, le cimetière protestant est encore bien triste.

    Mais cela devrait changer.

    La paroisse protestante souhaite faire remettre en état le site, a déclaré Tilman Walther Sollich, porte-parole du district ecclésiastique.

    Les coûts prévisionnels des travaux de taille de pierre et de jardinage sont en train d'être calculés, sur la base desquels une demande de subvention pourrait être déposée.

    Il n'est toutefois pas encore possible d'estimer quand le projet pourrait être prêt à être mis en œuvre ; on s'attend à un délai plus long.

    Tombe d'un simple soldat

    Le monument funéraire du soldat français Constant Joseph Diou, mort à Hamm le 12 novembre 1870, a particulièrement attiré l'attention.

    De tels monuments ne sont pas inhabituels pour les officiers, a déclaré le colonel Lucien Bouche.

    Mais pour un simple soldat comme Diou, oui.

    La commande du monument a probablement été transmise par la famille à une entreprise de Hammer.

    Et à Châtillon sur Seine que fait le Souvenir Français ?

    Eh bien Dominique Masson me signale que 

    "le Souvenir français" a fait nettoyer, à l'automne, les monuments pour les Garibaldiens morts lors de l'attaque du 19 novembre 1870 et les Prussiens morts à Châtillon pendant la guerre de 1870/1871, au cimetière Saint-Jean. 

    Les tombes de sodats français décédés pendant la guerre de 1870 à Hamm, en Westphalie, ont été visitées par le Souvenir Français

    Les tombes de sodats français décédés pendant la guerre de 1870 à Hamm, en Westphalie, ont été visitées par le Souvenir Français

    Les tombes de sodats français décédés pendant la guerre de 1870 à Hamm, en Westphalie, ont été visitées par le Souvenir Français


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  • L'historien Patrick Serre a donné une passionnante conférence sur la bataille de Châtillon du 19 novembre 1870, sous l'égide des Amis du Châtillonnais

    Les Amis du Châtillonnais ont demandé à l'historien Patrick Serre de présenter, le 20 novembre 2021,  une conférence sur la "Bataille de Châtillon du 19 novembre 1870" que nous appelons aussi "la surprise de Châtillon".

    Jenry Camus a présenté Patrick Serre aux auditeurs venus très nombreux écouter cette passionnante conférence, couplée à la superbe exposition sur la guerre de 1870, une guerre oubliée...

    Patrick Serre a donné une passionnante conférence sur la bataille de Châtillon du 19 novembre 1870, sous l'égide des Amis du Châtillonnais

    Patrick Serre a tout d'abord évoqué le contexte qui a permis cette funeste "bataille de Châtillon"

    Patrick Serre a donné une passionnante conférence sur la bataille de Châtillon du 19 novembre 1870, sous l'égide des Amis du Châtillonnais

    Le Contexte :

    Le général Prussien Auguste Von Werder assiège Strasbourg du 12 août 1870 au 28 septembre 1870, la ville est dévastée.

    Patrick Serre a donné une passionnante conférence sur la bataille de Châtillon du 19 novembre 1870, sous l'égide des Amis du Châtillonnais

    Le général français Uhrich capitule le 28 septembre.

    En octobre 1870 a lieu la honteuse capitulation de Bazaine à Metz, où il livre aux Prussiens  cent vingt mille combattants, vingt mille blessés, ses fusils, ses canons, et ses drapeaux, trahison suprême...

    En effet, on ne rend pas les drapeaux à l'ennemi, nous dit Patrick Serre, au besoin on les détruit, mais ils ne sont jamais livrés à l'adversaire.

    Les Prussiens descendent ensuite vers le sud avec 60 000 hommes dans l’intention de mettre le siège devant Lyon.

    En octobre 1870 ils rentrent en Côte d’Or.

    A ce moment là les troupes françaises sont démunies : pas d’artillerie, pas de cavalerie, des soldats mal vêtus pour les mobiles, parfois avec un fusil….pour dix et au surplus sans les munitions qui vont avec !

    L’armée de Von Werder arrive à Dijon où normalement elle ne doit pas s’arrêter , leur route pour aller à Lyon devant passer entre Dijon et Besançon.

    Le Colonel Fauconnet, voyant l’état désastreux de ses troupes déclare Dijon « Ville ouverte » au grand désespoir des habitants, car ceux-ci veulent défendre leur ville.

    Patrick Serre a donné une passionnante conférence sur la bataille de Châtillon du 19 novembre 1870, sous l'égide des Amis du Châtillonnais

    Fauconnet revient sur sa décision, le combat a lieu, mais la ville tombe le 31 octobre et Fauconnet perd la vie... juste après avoir été nommé Général.

    Von Werder envoie des patrouilles de reconnaissance depuis Dijon (dans le Val de Saône, la côte viticole, l'arrière-côte, la vallée de l'Ouche etc...) et partout s’aperçoit que ses troupes sont prises à partie par des mobiles ou des franc-tireurs en embuscade, avec le concours des populations locales.

    Pour bien faire comprendre aux auditeurs  l'origine de la bataille de Châtillon, Patrick Serre a présenté ensuite Giuseppe Garibaldi  et sa famille.

    Patrick Serre a donné une passionnante conférence sur la bataille de Châtillon du 19 novembre 1870, sous l'égide des Amis du Châtillonnais

    Garibaldi est l’unificateur de l’Italie, il était l'adversaire de Napoléon III lors des guerres du "Risorgimento", mais il aime la République Française qui a remplacé l'Empire.

    En arrivant à Marseille il déclare : « J’offre ce qui reste de moi à la jeune République Française ».

    Gambetta le reçoit et accepte son concours pour lutter contre les prussiens.

    C’est le début de l’Armée des Vosges, composée de 2 500 à 3 000 italiens, sans artillerie, ni cavalerie avec peu d’infanterie.

    Patrick Serre a donné une passionnante conférence sur la bataille de Châtillon du 19 novembre 1870, sous l'égide des Amis du Châtillonnais

    Garibaldi met en place quatre brigades avec à leurs têtes  ses fils   Menotti (3ème) et Ricciotti (4ème) ainsi que le comte Bossak (1ere) et le colonel Delpech (2ème).

    Son gendre Canzio est sous-chef d'Etat-Major et Bordone son chef d'Etat-Major.

    Patrick Serre a donné une passionnante conférence sur la bataille de Châtillon du 19 novembre 1870, sous l'égide des Amis du Châtillonnais

    Un portrait de  Ricciotti Garibaldi :

    Patrick Serre a donné une passionnante conférence sur la bataille de Châtillon du 19 novembre 1870, sous l'égide des Amis du Châtillonnais

    Une sentinelle de la 4ème brigade :

    L'historien Patrick Serre a donné une passionnante conférence sur la bataille de Châtillon du 19 novembre 1870, sous l'égide des Amis du Châtillonnais

    Les francs-tireurs de cette époque agissent comme le font de nos jours les « Forces Spéciales », il s’agit pour eux de désorganiser l’ennemi.

    Ces francs-tireurs s’équipent à leurs frais et n’obéissent qu’à eux-mêmes. Pour beaucoup d'entre eux ils seront habillés à la façon de « Tartarin de Tarascon ».

    Certains d'entre eux, venant des Alpes ou des Pyrénées, porteront le vaste béret basque qui deviendra emblématique des unités alpines.

    Ce n'est d'ailleurs que beaucoup plus tard, que seront créés les Chasseurs Alpins (en 1888) qui s'inspireront des Chasseurs des Alpes de la 4ème brigade sous le commandement du CBA (chef de Bataillon) Michard.

    Patrick Serre a donné une passionnante conférence sur la bataille de Châtillon du 19 novembre 1870, sous l'égide des Amis du Châtillonnais

    Ricciotti Garibaldi a sous ses ordres une brigade de choc : 1200 à 1 400 hommes, et avec lui le commandant Michard.

    Patrick Serre a donné une passionnante conférence sur la bataille de Châtillon du 19 novembre 1870, sous l'égide des Amis du Châtillonnais

    Début novembre les Prussiens prennent Chaumont et se dirigent vers Orléans.

    Patrick Serre a donné une passionnante conférence sur la bataille de Châtillon du 19 novembre 1870, sous l'égide des Amis du Châtillonnais

    Patrick Serre a donné une passionnante conférence sur la bataille de Châtillon du 19 novembre 1870, sous l'égide des Amis du Châtillonnais

    Sur leur passage se trouve la petite ville de Châtillon sur Seine, bien placée car au croisement de plusieurs routes et desservie par le chemin de fer.

    Les Prussiens s’y installent, non en « bivouaquant » comme le font les français, mais en « cantonnant », c'est-à-dire qu’ils réquisitionnent les maisons et s’installent chez les habitants.

    Patrick Serre a donné une passionnante conférence sur la bataille de Châtillon du 19 novembre 1870, sous l'égide des Amis du Châtillonnais

    Mais les envahisseurs ont oublié une chose , celle de « garder » leurs troupes ….erreur fatale que va, le moment venu, exploiter à fond la brigade de  francs-tireurs de Ricciotti.

    Le décor est planté, mais revenons  un instant à ce qui se passait  à Dijon  que les Prussiens avaient conquise le 30 octobre 1870.

    Dans la perspective de son attaque en vue de reprendre Dijon le 30 novembre 1870, Giuseppe Garibaldi a l’idée d’une « diversion » qui obligerait les prussiens qui occupent la ville de Dijon à se déplacer vers le nord…c'est-à-dire vers Châtillon.

    Garibaldi envoie donc la brigade de Ricciotti attaquer les Prussiens installés confortablement à Châtillon (mais non gardés !)

    Le 15 novembre le plan est arrêté, mais il faut se méfier des « oreilles  indiscrètes »….il faudra donc que la brigade de Ricciotti soit extrêmement prudente.

    Et pourtant le chemin sera long : 130 kms en partant d’Autun , puis Saulieu, Semur, Montbard, Coulmier, puis Ampilly le Sec, avec une météo épouvantable.

    Au passage des francs-tireurs, les villages sont « verrouillés » pour qu’aucune information ne filtre.

    Pour avoir tout de même des informations, un certain Loguiot se déguise en femme, il entre dans Châtillon accompagné de son vieux père.

    Il séduit un prussien qui, naïvement, lui indique où logent les officiers, où sont leurs chevaux etc….une aubaine pour Ricciotti  (qui cherchera aussi d’autres sources d’informations…)

    Le 19 novembre 1870, Ricciotti avec ses 300 à 400 francs-tireurs attaque  Châtillon par l’ouest, Michard avec 100 hommes  attaque par l’est de la ville.

    Patrick Serre a donné une passionnante conférence sur la bataille de Châtillon du 19 novembre 1870, sous l'égide des Amis du Châtillonnais

    (Document transmis par l'Historien allemand Rainer Bendick:  en rouge le trajet de Ricciotti, en vert celui de Michard))

    Il faut faire vite, on ne doit pas utiliser d’armes à feu, seulement des armes blanches, l'attaque doit être faite par surprise, sans aucun bruit.

    Une première sentinelle prussienne voyant ce qui se passe s’enfuit après avoir tiré sur Michard qui n’est pas blessé (Ce Michard aura la  "baraka", car il essuiera deux autres coups de feu lors de l’attaque de Châtillon, son rôle étant de sécuriser les hauteurs de la ville, mais n’aura aucune blessure !)

    L’ennemi prussien est littéralement sidéré, le major Von Alvensleben commandant des hussards, qui s’enfuyait à cheval, sera tué.

    Patrick Serre a donné une passionnante conférence sur la bataille de Châtillon du 19 novembre 1870, sous l'égide des Amis du Châtillonnais

    Les soldats prussiens sont attaqués par les francs-tireurs dans les maisons particulières où ils cantonnaient, les officiers le sont dans l’hôtel de la Côte d’Or où ils logeaient bien confortablement.

    Patrick Serre a donné une passionnante conférence sur la bataille de Châtillon du 19 novembre 1870, sous l'égide des Amis du Châtillonnais

    Patrick Serre a donné une passionnante conférence sur la bataille de Châtillon du 19 novembre 1870, sous l'égide des Amis du Châtillonnais

    Les soldats et les officiers prussiens qui ont pu échapper aux francs-tireurs  se réfugient dans l’Hôtel de Ville .

    L'officier prussien Lettgau envoie les hussards à cheval contre les francs-tireurs, mais ils sont encerclés, les chevaux sont volés, des otages sont capturés.

    Lettgau demande alors de l’aide au régiment prussien basé à Châteauvillain, tout en restant bien à l’abri à la mairie, quel courage !

    Mais le raid terminé, Ricciotti  renonce à attaquer l’Hôtel de Ville, il part avec ses 120 prisonniers vers Ampilly, mais aussi avec les chevaux des prussiens …et la caisse de l’Etat-Major !

    Les renforts prussiens sous les ordres du général Major Von Kraartz-Koschlau, arrivent de Châteauvillain, s’assurent que les francs tireurs sont bien partis…alors de terribles représailles commencent pour le malheur de notre ville.

    L'historien Patrick Serre a donné une passionnante conférence sur la bataille de Châtillon du 19 novembre 1870, sous l'égide des Amis du Châtillonnais

    Le Maire de la ville, Monsieur Achille Maître est emmené avec 40 à 50 otages

    L'historien Patrick Serre a donné une passionnante conférence sur la bataille de Châtillon du 19 novembre 1870, sous l'égide des Amis du Châtillonnais

    Châtillon devient  « ville ouverte », livrée aux pillages, aux incendies, aux assassinats dans la nuit du 22 au 23 novembre 1870.

    L'historien Patrick Serre a donné une passionnante conférence sur la bataille de Châtillon du 19 novembre 1870, sous l'égide des Amis du Châtillonnais

    Une deuxième série d’otages châtillonnais (130) doit être fusillée par les Prussiens….mais ils ne le seront pas, car Ricciotti menacera de fusiller en contrepartie  les 120 otages prussiens qu’il détient.

    En conclusion de sa belle conférence, Patrick Serre résume les résultats de ces  opérations tant  du côté Prussien, Français que Châtillonnais  :

    -Côté Prussien : Les soldats prussiens ont récupéré leur station, ils ont nettoyé en règle la ville à la recherche de francs-tireurs, et du 5 au 10 décembre tout le secteur de Châtillon à Montbard est bouclé

    -Côté Français : les français se glorifient, à juste titre, du succès de leur raid, mais la tentative de diversion de Giuseppe Garibaldi n’a pas fonctionné lors de l'opération principale de reprise de Dijon quelques jours plus tard.

    En effet les prussiens ne sont pas montés à Châtillon pour défendre leurs troupes, ce sont ceux de Châteauvillain qui s’en sont chargés.

    La bataille de Dijon a lieu les 25, 26, 27 novembre 1870,  et c’est un échec pour Garibaldi.

    -Côté Châtillonnais : les habitants de Châtillon sur Seine ont souffert des représailles prussiennes, mais pas tant que cela finalement , en comparaison de la destruction massive de villes comme Bazeilles ou Châteaudun ...Châtillon a eu finalement de la chance dans son malheur !

    Les Châtillonnais  auront une rançon à payer à la Prusse, 1 million de francs….mais elle ne sera jamais acquittée…

    Notes complémentaires :

    -Le Roi de Prusse refusera le rapatriement du corps du Major Richard Von Alvensleben en Allemagne, considéré comme traître à sa Nation, il sera enterré au cimetière Saint-Jean à Châtillon sur Seine où l'on peut toujours voir sa tombe.

    -Le bruit a couru que les prussiens avaient incendié volontairement le château Marmont, c’est faux, il s’agirait en fait  d’un malheureux accident dû à une chaudière trop chargée.

    Patrick Serre a donné une passionnante conférence sur la bataille de Châtillon du 19 novembre 1870, sous l'égide des Amis du Châtillonnais

     Les nombreux visiteurs ont applaudi à Patrick Serre pour son très bel exposé, extrêmement documenté.

    J'ai enfin compris, grâce à lui,  le pourquoi de la bataille de Châtillon : Celle-ci a eu lieu grâce à une idée d'opération de diversion conçue par Giuseppe Garibladi, tactique qui aurait pu réussir mais qui aura finalement échoué, pour le plus grand malheur de notre ville.

    Ne nous étonnons donc pas qu'aucune rue de notre ville ne porte le nom de Garibaldi, alors qu'à Dijon il a hérité d'un boulevard !!

    ( Et un grand merci à Patrick Serre d'avoir relu et corrigé mon texte  et d'y avoir apporté des éléments complémentaires indispensables)

    A noter que Patrick Serre reviendra à Châtillon sur Seine, le samedi 18 juin 2022, pour présenter une nouvelle conférence sur :

    "Les femmes dans la guerre de 1870-1871".


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  • Une superbe exposition mémorielle sur la guerre de 1870 dans notre région, a eu un grand succès !

    Une superbe exposition mémorielle sur la guerre de 1870 dans notre région, a eu un grand succès !

    Voici les trois concepteurs de cette magnifique exposition sur une guerre de 1870-1871, que nous avons tous oubliée...et qui pourtant fut terrible pour la France...et pour notre ville :

    de gauche à droite : Dominique Masson, Jacques Paingat et Gilles Surirey.

    Une superbe exposition mémorielle sur la guerre de 1870 dans notre région, a eu un grand succès !

    L'exposition  nous a fait admirer des matériels de toute beauté, des documents nous racontant les origines de la guerre de 1870, beaucoup d'explications sur l'épisode de la "surprise de Châtillon" et sur la fin de la guerre, sans oublier la Commune de Paris.

    Une superbe exposition mémorielle sur la guerre de 1870 dans notre région, a eu un grand succès !

    Dominique Masson a commenté aux visiteurs les documents présentés.

    Une superbe exposition mémorielle sur la guerre de 1870 dans notre région, a eu un grand succès !

    Un mannequin portait la tenue du général Riu, éminent Châtillonnais, arrière-grand-père de Jean Ponsignon.

    Une superbe exposition mémorielle sur la guerre de 1870 dans notre région, a eu un grand succès !

    Toutes ses décorations et son costume vont être offerts prochainement, en donation , au Musée de Châtillon sur Seine .

    Photo cliquable pour mieux admirer toutes les décorations de ce général châtillonnais !

    Une superbe exposition mémorielle sur la guerre de 1870 dans notre région, a eu un grand succès !

    Un article détaillé sur ce général extraordinaire :

    http://www.christaldesaintmarc.com/le-general-eugene-riu-une-personnalite-etonnante-et-hors-normes-a1161853

    Au centre de la salle des conférences nous avons pu admirer des tenues prussiennes , des casques à pointe de toute beauté, des armes blanches ...tirés de la magnifique collection de Jacques Paingat.

    Une superbe exposition mémorielle sur la guerre de 1870 dans notre région, a eu un grand succès !

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    Beaucoup de livres ont été écrits sur la guerre de 1870-1871....

    Une superbe exposition mémorielle sur la guerre de 1870 dans notre région, a eu un grand succès !

    Ce tout petit ouvrage par la taille, mais pas par son contenu, est un grand témoignage sur les francs-tireurs qui combattirent durant le conflit de 70-71.

    Une superbe exposition mémorielle sur la guerre de 1870 dans notre région, a eu un grand succès !

    On créa de la vaisselle décorée de scènes de la guerre  de 1870-1871 !

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    Une tenue de sous-officier des Gardes du Korps de l'Empereur.

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    Beaucoup de cartes postales ont été éditées après la guerre.

    Une superbe exposition mémorielle sur la guerre de 1870 dans notre région, a eu un grand succès !

    Les documents réunis par Dominique Masson et Gilles Surirey étaient exposés sur des grilles.

    Certaines photos sont cliquables pour tenter de mieux lire leur contenu.

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    Cette belle gravure commémorative appartenait  à l'arrière grand-père de Gilles Surirey :

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    Les autres panneaux ont été consacrés à la "surprise de Châtillon" du 19 novembre 1870.

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    Et pour finir, je n'oublie pas les belles figures de soldats qui décoraient la salle des conférences et son entrée.

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    Pour continuer sur sa lancée, Dominique Masson a écrit un livre sur la "Guerre franco prussienne de 1870-1871 à Châtillon sur Seine et dans le Châtillonnais",  qui sera édité par l'association "Images en Châtillonnais", en voici la maquette :

    Une superbe exposition mémorielle sur la guerre de 1870 dans notre région, a eu un grand succès !

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    Cet ouvrage , richement illustré, édité par Images en Châtillonnais, sera en vente par souscription pour la somme de 16 euros à cette adresse :

    Images en Châtillonnais, chez

    Jean Millot : jean-millot@orange.fr.

    Châtillon, 11, rue du Recept.

     


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  •  Dominique Masson nous révèle que des souvenirs de la guerre de 1870 sont encore visibles dans notre ville !

    Les souvenirs de la guerre de 1870-1871 à Châtillon sur Seine

     Pour  un promeneur un peu attentif, il reste encore beaucoup de souvenirs de la guerre de 1870-1871 à Châtillon, que ce soit ceux concernant la « surprise » de Châtillon, mais aussi sur la présence des Prussiens à Châtillon ou les conséquences de la guerre.  En voici les principaux endroits avec, pour certains, leurs petites histoires :

    ■rue Saint Vorles:  

                                                                                                       - Cimetière Saint-Vorles: différentes tombes: Culmet, de la Charmois, Guerre, de Chargère (section J 001; H 021/022; H 014/015; F 015/016)                        

    - contre le mur extérieur: monument à Léon Vigneron

    - église Saint-Vorles:

    Les souvenirs de la guerre de 1870 encore présents à Châtillon sur Seine

    Dans les personnages de la mise au tombeau, existent deux gardes, dont l’un, chauve, brandit une arme blanche.

    En 1870, cette mise au tombeau était exposée dans la chapelle sud de l’église saint-Vorles, à droite tout de suite en entrant, derrière des barreaux en bois.

    Aussi, lorsqu’un prussien entra dans l’église, crut-il être attaqué et envoya une balle dans le corps de son «assaillant».

    Quoique rebouché, on devine encore l’emplacement du trou fait par cette balle dans la pierre.

    Cette statue était connue à Châtillon sous le nom de Loridon, devant signifier «l’homme horrible», et on menaçait les enfants peu sages de les emmener près de ce Loridon pour les punir.

    -2 rue Charles Ronot                                                                                             Hôtel de la Côte d’Or: lieu où logeaient plusieurs officiers prussiens et vers lequel se dirigèrent les francs-tireurs, le 19 novembre 1870.

    ■ place de la Résistance:

    - c’était là que se trouvaient la mairie et la sous-préfecture ; les Prussiens, lors de l’attaque, se retranchèrent derrière le parapet en pierre qui séparait le jardin de la sous-préfecture avec la place.

    Les souvenirs de la guerre de 1870 encore présents à Châtillon sur Seine

    ■ église Saint-Nicolas:  

    Plaque à la mémoire des soldats morts lors de la guerre, sur le premier pilier gauche en entrant

    ■ rue Docteur Robert:

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    - A cet angle entre les rues du Docteur Robert (autrefois de Chaumont) et de la rue de l’Abbaye, trois maisons furent incendiées, le 23 novembre 1870, en représailles, car des soldats et un officier prussiens y avaient été tués (n° 72 à 76 aujourd’hui; autrefois, n° 78 à 82).                                                   

    Au n°82, habitaient les grands-parents de M. Charles, qui avaient un café.

    Au petit matin, ils entendirent un grand bruit et le grand-père descendit voir ce qui se passait.

    C’était un Prussien, blessé, qui s’était réfugié là.

    Mais survinrent des francs-tireurs qui abattirent l’homme, puis repartirent.

    Le grand-père jugea utile de le sortir dans la rue, puis de laver soigneusement le plancher.

    Mais, le lendemain, ses voisins lui firent remarquer qu’il y avait eu trop de bruit chez lui et qu’il risquait fort d’être inquiété.

    Aussi partit-il sur le champ, avec sa femme et ses fils, n’emportant qu’une valise, vers Larrey, où il possédait une petite maison.

    Bien lui en prit, car les Prussiens mirent le feu à sa maison châtillonnaise, mais il ne fut pas inquiété et put revenir chez lui à la fin de la guerre.

    - Église Saint-Jean:

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    le puits des prussiens; au chevet de l’église, du côté Est, existait avant 1900 une margelle de puits ou de citerne; il fut appelé ainsi car on raconte que les Prussiens tués par les francs-tireurs furent jetés dans ce puits.

    - Château Marmont:                                                                                                                ce château fut construit en grande partie par le maréchal Marmont, duc de Raguse.

    Il fut ultérieurement acheté par la famille Maître et, en 1870, était la propriété du maire de Châtillon, Achille Maître.

    C’est dans la nuit du 24 au 25 novembre 1870 que le feu prit au château, lequel fut en grande partie détruit.

    Les souvenirs de la guerre de 1870 encore présents à Châtillon sur Seine

    ■ Rue Saint-Jean:

    - Cimetière Saint-Jean: monuments aux Francs-Tireurs tués lors de la «surprise» de Châtillon et aux Prussiens décédés lors de la guerre (plus la tombe du major Alvensleben)

    ■ rue du Bourg-à-Mont:

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    - au n° 39,traces de balles, tirées lors de l’attaque garibaldienne; c’est dans cette propriété (n° 39 et 41; autrefois, propriété Barrachin) que couchait le major von Alvensleben et c’est par une porte dérobée du parc qu’il chercha à s’enfuir.

     


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  • NOTULE D’HISTOIRE

    Deux châtillonnais sous les ordres de Garibaldi, en 1870 :                                

      Eugène Riu et Louis Blairet

    L’un est militaire, l’autre journaliste, l’un est devenu Châtillonnais par mariage, l’autre est né à Laignes, mais tous deux ont combattu aux côtés de Garibaldi, en Côte d’Or,lors de la guerre franco-prussienne de 1870-1871.

    Le premier est Eugène Marie Joseph Daniel Clélia Riu, né à Montpellier le 15 juillet 1832.

    Apprenti-sculpteur, il s’engage à 19 ans, en 1851, comme soldat au 10erégiment d’infanterie.

    Le 6 février 1866, il se marie avec Anne Léonille Beau, à Chamesson.

    Le 15 octobre 1869, il est promu capitaine.

    Il quitte Paris avec son régiment, le17 juillet 1870, pour gagner Metz, avant même la déclaration de guerre avec la Prusse, le 19.

    Mais la ville capitule le 27 octobre.              

    Le capitaine Riu n’a pas l’intention de se laisser emmener en Allemagne et, avec quelques autres officiers et revêtus d’habits civils, il arrive finalement à Chaumont, le 5 novembre, non sans avoir été arrêté dans son périple par les prussiens et les français, mais il pût à chaque fois se libérer.

    Le 6, le préfet de Haute Marne l’envoie, avec des francs-tireurs à peine organisés, pour s’opposer à la marche des prussiens à Provenchères (Haute Marne) ; il y recevra une blessure à l’arcade sourcilière et c’est sa femme, en parcourant le champ de bataille avec une religieuse, qui le retrouvera parmi les blessés.

    Le 8 novembre, la retraite de Chaumont sur Langres est décidée et Riu est chargé, avec les francs-tireurs du Tarn, de la couvrir contre les attaques de la cavalerie prussienne.

    Le même jour, il est nommé chef de bataillon (commandant).

    On veut le retenir à Langres, mais il préfère rejoindre Ricciotti Garibaldi et les francs-tireurs du Tarn qui s’étaient déjà réunis à lui.

    Par Recey (où il laissa son cheval), Aignay et Semur, il arrive à Avallon le 14 novembre, avec son ordonnance Guizard et 4 autres évadés de Metz.Là, il se mit au service de Ricciotti Garibaldi, tout en étant officier de l’armée française.  

       Il fut nommé chef d’état-major et se fit appeler d’Houdetot[i].

    Deux Châtillonnais

    figure 1 :Photographie du colonel Riu en mars 1871 (Militaria)

    [i] Grenest : l’armée de l’Est ; « Ricciotti, nous dit l’historien Mignard, avait pour chef d’état-major un capitaine d’infanterie évadé de Metz, nommé Rieusse (Riu) de Chamesson, qui se faisait appeler d’Houdetot, et qui était un excellent militaire ».

     

    Un de nos vaillants soldats, sorti du rang, un échappé de Metz, toujours actif malgré sa blessure, le capitaine Riu, de Chamesson, offrit ses services. Il était du pays ; il fut écouté. De Saint-Dizier, Joinville, Chaumont, Châteauvillain, Châtillon, Nuits, Tonnerre, stations importantes de cette ligne, il montra au général(Ricciotti) que Châtillon, avec son nœud de cinq routes et son embranchement de voies ferrées, était le point le plus solidement occupé et aussi le plus important. Châtillon fut choisi comme objectif[i].                                                                                                     L’attaque eut lieu le matin du 19 novembre, par la rue de Chaumont (l’actuelle rue Docteur Robert), et la route de Montbard (l’actuelle avenue Maréchal Joffre) : Les Vosgiens du capitaine Welcker avaient couru droit à l’ancienne poste aux chevaux. Loguiot, notre guide, ancien chasseur d’Afrique, savait qu’il y avait là presque toute la cavalerie de l’escadron[ii]. La cavalerie, composée de hussards, était répandue dans la rue de Chaumont., principalement à l’ancien hôtel de la Poste aux chevaux, à cause des écuries [iii]. Les hussards se cachent sous les auges, ou dans les coffres d’avoine, ou dans la paille. Vite, on empoigne tout et, en sortant, on se casse le nez sur les camarades qui revenaient. Eclat de rire formidable. Jésus, mein Gott ! Ils n’eurent qu’à emboîter le pas, menant eux-mêmes leurs chevaux par la bride [iv].                                                                                                                           Ricciotti Garibaldi confirme cette prise [v]:

     Et Welker, commandant les Francs-Tireurs des Vosges, ancien négociant en chevaux, qui disparut à mes yeux au début de l’assaut de Châtillon, et lorsque je le vis reparaître, il menait les quatre -vingt-deux chevaux d’un escadron prussien. Cette prise avait été son unique préoccupation, et comme il n’avait pas assez de francs-tireurs pour conduire tous ces chevaux, il les fit amener à la main par les hussards prussiens eux-mêmes, qu’on avait fait prisonniers.

     

    [i] Dormoy P.A : Souvenirs d’avant-garde ; volume II ; Paris, 1887

    [ii] Dormoy, op.cit.

    [iii] Siebecker Edouard : le marchand d’œufs ; le Châtillonnais et l’Auxois, 5 juillet 1886

    [iv] Dormoy, op.cit.

    [v] Garibaldi Ricciotti : Souvenirs de la campagne de France 1870-71 ; traduction de Philippe Casimir ; Nice, 1899

    Deux Châtillonnais sous les ordres de Garibaldi, un notule de Dominique Masson

    Figure 2 : Au retour de la "surprise de Châtillon' vers Ampilly le Sec (Grenest, l'armée de l'Est, relation anecdotique de la campagne de 1870-1871 Paris 1895)

    Quand l’armée des Vosges se créa, on ne trouvait que 43 hommes du 7e chasseurs à cheval, avec le commandant de Batsalle[i] ; à la création de la 4e brigade de Ricciotti Garibaldi, il n’y avait seulement que quelques cavaliers éclaireurs, commandés par le lieutenant Radowitz[ii].

    La « surprise de Châtillon » permit, non seulement de faire des prisonniers et de prendre la caisse du régiment, mais aussi de prendre 82 chevaux dressés avec leur harnachement.

    Dans un premier temps, en revenant à Coulmiers, la cavalerie fermait la marche…

    On avait hissé sur les chevaux les hommes blessés ou fatigués qui ne pouvaient suivre la colonne[iii].

    Après une nuit réparatrice à Coulmiers, la 4e brigade quitta le village pour Montbard : La matinée du 21 fut consacrée à l’essai de cavaliers volontaires, destinés à monter les chevaux pris à l’ennemi.

    On commençait la formation d’un escadron d’éclaireurs pour la brigade[iv]

    Cet escadron, appelé escadron de Châtillon ou escadron des guides de Châtillon ou cavaliers volontaires de Châtillon, compta 70 hommes au Ier janvier 1871 et fut définitivement attaché à la quatrième brigade (celle commandée par Ricciotti), par l’ordre du jour n° 134, du 27 janvier 1871[v].

     

    [i] Blairet Louis : L’armée des Vosges et les Garibaldiens ; Fécamp, 1891

    [ii] Thiébault Edmond : Ricciotti Garibaldi et la 4e brigade ; Paris, 1872

    [iii]Thiébault:op.cit.

    [iv]Thiébault: op.cit.

    [v] Bordone (général) : Garibaldi et l’armée des Vosges ; Paris, 1871

    Deux Châtillonnais sous les ordres de Garibaldi, un notule de Dominique Masson

    Figure 3 : Les forces de Garibaldi dont les cavaliers volontaires de Châtillon "La guerre franco-allemande de 1870-1871, rédigée par la section historique du grand Etat-Major prussien"tome IV

    Le commandant des Uhlans, le major von Alvensleben, logé en haut de la rue du Bourg-à-Mont, dans la propriété Barrachin, refusant de se rendre, avait cherché à s’enfuir par une porte de jardin, comptant sur la vitesse de son cheval.

    Mais il fut tué par un jeune franc-tireur de la Savoie, le sergent Guillet.

    Le casque argenté du major fut emmené comme un trophée, mais Riu conserva le cheval du major[i].

    Ce cheval, né à Auch chez le comte des Cars, avait fait ensuite partie des écuries de Napoléon III ; il avait été vendu aux Allemands après la bataille de Sedan.

    Riu le renomma Châtillon le Uhlan, le garda pendant toute la guerre et le fit courir ensuite sur le champ de courses du sud-est.           

    Après la « surprise de Châtillon », le colonel Riu se rendit à Tours, où il est nommé chef de bataillon ; là, il va être engagé au service de renseignements.

    Le colonel Riu retrouvera Ricciotti Garibaldi à Avallon, en janvier 1871[ii].

    Nommé lieutenant-colonel hors cadre, attaché au ministère de la Guerre, il prend le commandement d’un corps de tirailleurs, le 18 janvier 1871[iii].                                           

    Il deviendra, après-guerre, général, puis sera élu député du Loir et Cher, de 1893 à 1895.

    [i] « Au cours du corps à corps, Riu transperce l’officier allemand d’un coup de sabre, mais celui-ci, en tombant sur un tas de fumier, l’entraîne dans sa chute et le mourant le saisit à la gorge et serre pour l’étrangler. Il y serait sans doute arrivé, si des soldats français venant à la rescousse ne l’avaient achevé en lui brisant le crâne à coups de crosse. Riu conservera au cou la trace bien visible des cinq doigts d’une main de l’officier allemand » (le général Eugène Riu ; Ponsignon Jean, Cahiers du Châtillonnais, n° 225 ; réédition : Général Riu, un général hors normes ; Feuillage, Illustrated édition, 2020).                                                                                                                  

    Si Riu n’a pas tué le major, il peut s’agir d’une ordonnance qui l’accompagnait. Riu, en tant qu’officier, avait laissé son cheval à Recey et donc n’en avait plus. Plus tard, en 1881, en marge d’un procès, le colonel Riu déclara qu’ils avaient faits prisonnier un officier allemand, qui lui remit son cheval et son épée, lui demandant de la garder jusqu’à la fin des hostilités ; mais Riu le fit fusiller.

    En 1874, La Chronique Béarnaise écrivit que « c’est à Châtillon que le colonel Van-der-Hop fut tué par un officier français » et que le cheval fut surnommé ainsi.

    [ii] Selon ses états de service, il fut blessé d’un coup de pistolet à la jambe gauche, le 27 janvier 1871, à l’affaire de Bricon, en Haute Marne (armée de l’Est)

    [iii] Le 28 janvier 1871, il sera nommé colonel ; la veille, à l’affaire de Bricon (Haute Marne), il avait été blessé par un coup de pistolet à la jambe gauche

    Deux Châtillonnais sous les ordres de Garibaldi, un notule de Dominique Masson

    Figure4 : caricature du colonel Riu parue dans la revue "les hommes d'aujourd'hui"

    Décédé à Paris le 24 janvier 1895, ses cendres seront ramenées à Chamesson.                            

    A Montpellier, sa ville natale, une rue porte son nom.   

    Deux Châtillonnais sous les ordres de Garibaldi, un notule de Dominique Masson

    Figure 5 : La chapelle de la famille Riu-Ponsignon, cimetière de Chamesson. cliché D.Masson

    Le deuxième personnage est Louis Blairet, né à Laignes le 10 janvier 1843.

    Deux Châtillonnais sous les ordres de Garibaldi, un notule de Dominique Masson

    Figure 6 : Acte de naissance de Louis Blairet, état-civil de Laignes

    La famille, après quelques hésitations, lui permit d’aller à Paris ; après quelques années passées comme employé de banque, intéressé par la politique, il va devenir publiciste.

    Il travailla, en 1866, au Figaro[i], et se spécialisa dans les affaires espagnoles.

    En 1869, il publie « Espagne et Cuba, situation politique, financière, industrielle et commerciale ».

    A cette occasion, il devint homme de confiance de Juan Prim, général espagnol qui fut l'un des leaders de la révolution de 1868, qui renversa la reine d'Espagne Isabelle II et qui sera nommé régent en 1869.

    Il publiera aussi un livre sur lui[ii].

    En 1869, il fonde à Paris « La convention américaine » et « La correspondance générale d’Espagne ».

    En 1870, il part pour Montévidéo, en Uruguay.                                                                                                    Depuis le début du XIXe siècle, l’Uruguay avait connu une grande émigration ; les 2/3 de ses habitants étaient d’origine étrangère et la moitié d’entre eux, soit une personne sur trois, était un français, le plus souvent né dans le bassin de l’Adour ou dans une vallée pyrénéenne.

    Lors de la « Guerra Grande », qui opposa, de 1838 à 1852, le parti « rouge » au parti « blanc » (le dictateur argentin Rosas, soutenu par les anglais), les français et les italiens de Montévidéo furent les premiers à vouloir s’organiser pour défendre leurs familles et lutter par leurs propres moyens contre la menace des assiégeants.

    Une légion française fut créée, comprenant 2500 légionnaires français, mais aussi 500 émigrés argentins, 800 gardes nationaux uruguayens, 1800 noirs émancipés pour l’occasion et 500 légionnaires italiens commandés par Giuseppe Garibaldi, qui avait réorganisé ces troupes et les avait habillées d’une tunique rouge.

    C’est aussi à Montévidéo que se marièrent Guiseppe et Anita et que naquirent Rosita, Teresita et, en 1847, Ricciotti.

    Mais, en juin 1848, apprenant les bouleversements qui ont lieu en Italie, le couple y revint et Garibaldi se mit au service du roi de Piémont-Sardaigne afin d’aider à la réalisation de l’unité italienne.   

     En octobre 1870, Garibaldi offrit ses services à la France et c’est tout naturellement que, lorsque la nouvelle de la guerre franco-prussienne parvint à Montévidéo, nombre de français voulurent aller secourir leur ancienne patrie.

    Louis Blairet était à Montévidéo lorsque arriva la nouvelle des désastres en France et il décida de partir combattre en France.

    Le 31 octobre 1870, Louis Blairet partait de Montévidéo :

      La légion franco-montevidéenne, qui m’avait élu capitaine-commandant à l’unanimité, prit passage à bord de l’Amazone, se rendant à Bordeaux…

    Il y avait avec nous des volontaires de Buenos-Aires, de Santa-Fé, de Rio-de-Janeiro et de Pernambuco, parmi lesquels notre consul de cette dernière ville.                       

    Ce départ de volontaires avait été précédé par celui des Francs-Tireurs de Montévidéo, sur le paquebot La Gironde, commandés par le capitaine de Fries[iii].

     

    [i] Il est aussi correspondant spécial du journal « le Châtillonnais et l’Auxois » ; il publie également, dans « le Panthéon biographique », en 1866, une « notice biographique du général Adrian Woll, premier aide de camp de l’empereur Maximilien Ier »

    [ii] « Documents pour servir à l’histoire contemporaine. Juan Prim, peint par lui-même, lettres inédites du général Prim, révélations sur les hommes de la Révolution de septembre 1868 » ; Paris, 1869.

    [iii] Selon J.B Dumas, « la guerre sur les communications allemandes en 1870 » (Paris, 1891), l’effectif, formé le 26 octobre 1870, comptait 5 officiers et 87 francs-tireurs

    Deux Châtillonnais sous les ordres de Garibaldi, un notule de Dominique Masson

    Figures 7et 8 : Poignard offert par de Fries à Riu "au brave colonel Riu souvenir du commandant de Fries, des Francs-Tireurs de Montévidéo"  collection Jean Ponsignon

    Deux Châtillonnais sous les ordres de Garibaldi, un notule de Dominique Masson

    Depuis le début du XIXe siècle, l’Uruguay avait connu une grande émigration ; les 2/3 de ses habitants étaient d’origine étrangère et la moitié d’entre eux, soit une personne sur trois, était un français, le plus souvent né dans le bassin de l’Adour ou dans une vallée pyrénéenne.

    Lors de la « Guerra Grande », qui opposa, de 1838 à 1852, le parti « rouge » au parti « blanc » (le dictateur argentin Rosas, soutenu par les anglais), les français et les italiens de Montévidéo furent les premiers à vouloir s’organiser pour défendre leurs familles et lutter par leurs propres moyens contre la menace des assiégeants.

    Une légion française fut créée, comprenant 2500 légionnaires français, mais aussi 500 émigrés argentins, 800 gardes nationaux uruguayens, 1800 noirs émancipés pour l’occasion et 500 légionnaires italiens commandés par Giuseppe Garibaldi, qui avait réorganisé ces troupes et les avait habillées d’une tunique rouge.

    C’est aussi à Montévidéo que se marièrent Guiseppe et Anita et que naquirent Rosita, Teresita et, en 1847, Ricciotti.

    Mais, en juin 1848, apprenant les bouleversements qui ont lieu en Italie, le couple y revint et Garibaldi se mit au service du roi de Piémont-Sardaigne afin d’aider à la réalisation de l’unité italienne.                                                                                

    En octobre 1870, Garibaldi offrit ses services à la France et c’est tout naturellement que, lorsque la nouvelle de la guerre franco-prussienne parvint à Montévidéo, nombre de français voulurent aller secourir leur ancienne patrie.

    Louis Blairet était à Montévidéo lorsque arriva la nouvelle des désastres en France :                                                                                                                             Je n’hésitai pas à sacrifier tout ce que je possédais, et je fis appel au patriotisme de mes compatriotes, dans des conférences tenues au théâtre Solis.

    De nombreux volontaires se firent inscrire chez moi ; on organisa des souscriptions destinées à payer le passage…

    Les dames de Montévidéo nous avaient confectionné un drapeau sur lequel étaient inscrits ces mots : « RÉPUBLIQUE FRANÇAISE, LÉGION FRANCO-MONTÉVIDÉENNE » …

    Les volontaires français de l’Amérique du Sud, avant leur embarquement opéré par les soins de la Commission d’organisation, d’accord avec le consul français, avaient chacun reçu leur certificat d’admission, identique à celui qui m’était particulier, conçu ainsi au recto :

    RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

    LÉGION FRANCO-MONTÉVIDÉENNE

    Certificat d’admission

    La commission organisatrice dudit corps, après présentation des pièces justifiant la nationalité et l’identité du citoyen James-Louis Blairet, natif de Laignes (Côte d’Or), âgé de vingt-huit ans, a accepté son engagement comme volontaire dans le corps de la Légion franco-montévidéenne.

    Ledit volontaire s’engage à servir avec honneur et fidélité, à se soumettre à la direction de ses chefs avec l’obéissance et le respect les plus complets pendant toute la durée de la guerre contre la Prusse ; il renonce, en outre, à toute idée de jamais se séparer volontairement de ses compagnons d’armes pendant toute la durée de ladite guerre, et à se conformer strictement aux règlements inscrits au verso du présent certificat d’admission.

    Fait à Montévidéo (République orientale), le 26 octobre 1870.

    Le trésorier,                                         le Président                                  Le secrétaire                                  D. Gouynouilhou fils, ainé                       V. Sabé                                  Raoul Legout

    Enregistré sous le n° matricule n° 1

    (au verso : chaque engagé volontaire ne sera admis que sur la présentation de pièces prouvant son identité et sa MORALITÉ.

    Pour la discipline et l’ordre : les fautes seront punies comme l’indique le Code de justice militaire de l’armée française)

    Au débarquement, nous eûmes beaucoup à souffrir du froid auquel nous n’étions plus habitués, et plusieurs de nos compagnons moururent des suites d’une bronchite aiguë… 

    Deux Châtillonnais sous les ordres de Garibaldi, un notule de Dominique Masson

    Figure 9 : "L'armée des Vosges et les Garibaldiens" publié par Louis Blairet. Fécamp, réédition de 1891

    Mais Blairet avait trouvé que la Légion franco-montévidéenne était un peu trop indisciplinée et il se fit nommer, à la date du 14 décembre, chef d’un corps franc espagnol réuni à Lyon à destination d’Autun, destiné à l’armée des Vosges, sous le général Garibaldi, et la Légion fut confiée au lieutenant Jacques Collin[i].

    Blairet se retrouve alors, avec un Espagnol du nom d’Artigala, à la tête d’une compagnie composée de 4 sous-officiers et de 44 volontaires espagnols[ii].

    A la bataille de Dijon, le 21 janvier 1871, le bataillon franco-espagnol perdit le quart de son effectif. 

    Cependant, le 23 février, ce fut la signature d’un armistice entre la France et la Prusse, mais les départements du Doubs, du Jura et de la Côte d’Or en étaient exclus.

    Ordre fut alors donné à Garibaldi d’évacuer Dijon.

    Elu député en février 1871, le général partit à Bordeaux et confie le commandement de ses troupes au général Menotti.

    Mais, après une cabale contre lui, Guiseppe démissionna de son poste, ainsi que du commandement de l’armée des Vosges et s’embarqua à Marseille pour retourner en Italie.

    A l’armistice, je fus, par ordre de Garibaldi, envoyé à Bayonne, pour veiller au rapatriement des Espagnols volontaires de l’armée des Vosges…

    Ce n’est qu’au mois de février 1872, plus d’un an après l’armistice, que je reçus la solde qui m’était due… 

    Cependant, Blairet avait essayé de se faire élire en Côte d’Or, en remplacement de Garibaldi, mais c’est Henri Frédéric Lévêque qui fut élu.

    Et il redevint journaliste et écrivain[iii].

    Il fut directeur politique de "La dépêche de Toulouse" de 1879 à 1882, puis, le 5 août 1889, il devint le directeur gérant du« Mémorial cauchois », journal républicain de Fécamp, en Seine-Maritime, journal qu’il dirigea jusqu’à son décès, le 28 avril 1897.

    Il était officier d’Académie et chevalier du Mérite agricole[iv].

    [i]Cette compagnie, formée le 16 décembre 1870, comptait 1 officier et 37 francs-tireurs (Dumas, op.cit.)

    [ii]Parmi les très nombreux corps étrangers qui finissent par former l’armée des Vosges, on trouve quatre corps désignés comme espagnols : la Légion espagnole, la Légion garibaldienne espagnole, la Guérilla franco-espagnole et la Compagnie espagnole.

    On laisse à penser qu’un même contingent d’Espagnols a été divisé en deux corps.

    On n’en sait guère plus sur ce corps, si ce n’est le récit qu’en fait Blairet dans son livre ; « Ayudemosa Francia : les volontaires espagnols dans la guerre franco-allemande de 1870-1871 », Alexandre Dupont, Mélanges de la Casa de Velázquez.

    [iii]Il publia, entre autres, « Contes et nouvelles », « Fausse route », « Hommes et choses », De Paris au Cap Horn », « Péchés de jeunesse », « Pour encourager les petits-enfants qui seront plus tard des grands agriculteurs », « Les questions agricoles devant la Chambre », « Le Salvador », Vive la République », « Silhouettes Fécampoises », « Pensées et maximes au jour le jour », etc.

    Deux Châtillonnais sous les ordres de Garibaldi, un notule de Dominique Masson

    Figure 10 : Lettre adressée par Blairet aux habitants de la Côte d'Or, pour se faire élire député (AMC,4H11)

    Deux Châtillonnais sous les ordres de Garibaldi, un notule de Dominique Masson

    Figure 11 : Portrait de Louis Blairet

    (Dominique Masson)


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  • Rainer Bendick,  Docteur en Histoire Allemand, a fait des recherches sur le périple qu'effectua le soldat Heinrich Oppermann durant la guerre de 1870.

    Un périple qui le fit passer, entre autres villes, par Châtillon sur Seine, où il participa, hélas, aux exactions terribles que firent les Prussiens lors de la fameuse "surprise de Châtillon".

    http://www.christaldesaintmarc.com/rainer-bendick-historien-allemand-a-fait-des-recherches-sur-la-campagn-a209630478

    Plusieurs lettres d'Heinrich Oppermann  à sa femme, ont été publiées par Dominique Masson dans cet article passionnant :

     http://www.christaldesaintmarc.com/les-consequences-de-l-attaque-du-19-novembre-1870-a-chatillon-un-notul-a210617100

     Les élèves d’un lycée à Salzgitter, ville allemande de la région métropolitaine de Hanovre-Brunswick-Göttingen-Wolfsbourg, ont créé récemment un panneau qui explique l'érection du monument aux morts « privé » érigé par la famille d’Heinrich Oppermann dans leur ville.

    C'est ce monument qui avait tant intrigué Rainer Bendick et avait suscité ses recherches, le voici :

    Les lycéens  de Salzgitter ont réalisé un panneau près du monument dédié à Henrich Oppermann

    Sur ce panneau on peut voir le portrait d'Heinrich Oppermann ...

    Les lycéens  de Salzgitter ont réalisé un panneau près du monument dédié à Heinrich Oppermann

    ainsi que son itinéraire depuis Braunschweig jusqu'à Montval sur Loir où il mourut.

    Vous verrez qu'il est passé à Hamm (ville de Günter Wiesendahl qui nous a donné beaucoup de renseignements sur la guerre de 1870, sur les tombes de soldats ...), et à Châtillon sur Seine bien sûr .

    Cliquer pour mieux voir cet itinéraire :

    Les lycéens  de Salzgitter ont réalisé un panneau près du monument dédié à Henrich Oppermann

    Et pour ceux qui lisent l'allemand, vous pourrez retrouver toute l'histoire de ce monument et de ce soldat, dans ce PDF :

    « Druckdaten NEU 2 Erinnerungstafel Salzgitter-22-9-2021.pdf »

     Le Docteur Bendick m'a confié qu'il pensait pouvoir publier, dans deux ou trois ans, une édition critique des lettres d'Heinrich Oppermann.

    Voici un article sur la suite de la quête de Rainer Bendick,  en Pays de Loire où est décédé Heinrich Oppermann :

    https://lemans.maville.com/actu/actudet_-montval-sur-loir.-sur-les-traces-d-un-soldat-prussien-_14-4792408_actu.Htm


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  • Günter Wiesendahl, historien allemand de Hamm en Westphalie, m'avait révélé que, dans le cimetière de sa ville de Hamm, des soldats français morts durant la guerre de 1870 entre la France et l'Allemagne, étaient enterrés.

    http://www.christaldesaintmarc.com/des-soldats-francais-tombes-pendant-la-guerre-de-1870-sont-enterres-en-a204227362

    Voici ce que Günter Wiesendahl m'écrit à présent :

    Je vous avais déjà parlé ces derniers mois des cimetières de guerre de la guerre franco-allemande à Hamm en 1870/71.

     

    Ils sont particulièrement intéressants parce que des soldats des deux nations ont été enterrés ici côte à côte dans l'ordre dans lequel ils sont morts à l'hôpital de Hamm.

     

    Les deux champs de sépulture avaient souffert en apparence pendant 150 ans et faisaient maintenant une impression indigne.

     

    J'avais réussi à les faire répertorier en 2009, mais personne ne voulait s'occuper de la restauration.

     

    Cependant, la communauté catholique a pris maintenant le départ et a mandaté des entreprises spécialisées avec les travaux à l'automne 2021.

     

    Le résultat est impressionnant.

     

    Avant :

    Les tombes de soldats français morts en Allemagne, à Hamm, durant la guerre de 1870, sont actuellement magnifiquement rénovées...

    Après :

    Les tombes de soldats français morts en Allemagne, à Hamm, durant la guerre de 1870, sont actuellement magnifiquement rénovées...

    Une tombe avant :

    Les tombes de soldats français morts en Allemagne, à Hamm, durant la guerre de 1870, sont actuellement magnifiquement rénovées...

    Après :

    Les tombes de soldats français morts en Allemagne, à Hamm, durant la guerre de 1870, sont actuellement magnifiquement rénovées...

     

    J'ai déjà reçu un signal de la congrégation évangélique qui veut maintenant suivre l'exemple du côté catholique.

     

    Que l'Eglise Catholique de Hamm, qui a désiré rénover ces tombes, soit remerciée et félicitée ! et bravo à l'Eglise Protestante de vouloir en faire autant dans les jours prochains !

    Günter Wiesendahl qui s'intéresse de très près à ces tombes françaises a écrit un article sur ces rénovations et m'a envoyé quelques photos.

    Voici l'article qu'il a publié le 23 octobre 2021 dans le journal local le "Westfälischer Anzeiger"

    « 2021 10 23 WA, Einstige Gegner.pdf »

     Vous y verrez les photos de ceux qui ont réalisé cette splendide rénovation.


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  • Il y a quelque temps, deux éminents professeurs allemands m'ont écrit pour me demander des renseignements au sujet de la fameuse "surprise de Châtillon" qui vit  les francs-tireurs de Garibaldi attaquer les soldats prussiens à Châtillon sur Seine.

    Il s'agissait de monsieur Günter Wiesendahl, historien à Hamm, et  de monsieur Rainer Bendick, docteur en histoire de Brunswick.

    J'ai transmis aussitôt ces demandes à Dominique Masson.

    Ce dernier s'est mis en relation épistolaire avec ces historiens, et ces derniers lui ont transmis des textes allemands rédigés à cette époque  par l' Etat-Major Prussien de Hamm et de Brunswick, mais aussi des articles, des livres, et des lettres que les soldats prussiens écrivaient à leur famille.

    Rainer Bendick est même venu à Châtillon sur Seine nous rencontrer et voir tous les souvenirs qui restent de cette fameuse surprise (monuments , tombes etc...)

    http://www.christaldesaintmarc.com/rainer-bendick-historien-allemand-a-fait-des-recherches-sur-la-campagn-a209630478

    Dominique Masson a pu rédiger l'article qui suit en compilant les récits de l'Etat-Major prussien, de ceux des soldats de Hamm, de ceux des soldats de Brunswick, et de ceux des habitants de Châtillon.

    Un article superbe qui nous montre  cette "surprise de Châtillon", vue de façon, oh combien différente,  par les  allemands et les français.

    Merci à Dominique Masson pour ce travail magnifique !

     

     LES CONSÉQUENCES DE L’ATTAQUE DU 19 NOVEMBRE 1870 A CHÂTILLON :

    LES JOURNÉES DES 22, 23 ET 24 NOVEMBRE

     La IIe armée allemande, le 15 novembre 1870, a, pour commandant en chef, S.A.R le Feld-maréchal-général, le prince Frédéric Charles de Prusse.                                                            

    Ses effectifs sont constitués par :

    Les conséquences de l'attaque du 19 novembre 1870 à Châtillon

    Le IIIe corps d’armée a, pour commandant en chef, le lieutenant-général von Alvensleben II ; le IXe corps d’armée a, pour commandant en chef, le général d’infanterie von Manstein ; le Xe corps d’armée a, pour commandant en chef, le général d’infanterie von Voigts-Rhetz.

    Ce corps comprend la 1ere division de cavalerie, la 19e division d’infanterie et la 20e division d’infanterie.

    Pour celle-ci, le commandant est le général-major von Kraatz-Koschlau.

    Cette division comprend, outre de l’artillerie, la 39e brigade d’infanterie, avec le général-major von Woyna, et la 40e brigade d’infanterie, dirigée par le général-major von Diringshofen. 

                                             Cette dernière comprend :

    Les conséquences de l'attaque du 19 novembre 1870 à Châtillon

    Le 10 novembre, le commandant en chef est à Troyes, ainsi que le IXe corps d’armée ; le IIIe corps est à Vendeuvre et le Xe corps à Chaumont.

    Le général von Kraatz-Koschlau effectua la sécurité dans la direction de Langres, au nord et à l’ouest de cette place forte, tandis que le XIVe corps d’armée était établi à Dijon.                                                                                                             L’inspecteur général d’étapes de la IIe armée, suivant la marche de cette armée vers la Loire, n’avait pu détacher que vers le milieu de novembre une partie de ses troupes de la ligne d’étapes et les pousser vers Châtillon.

    C’est ainsi que, le 18 novembre, l’inspection générale d’étapes était à Troyes ; la 3ecompagnie de Unna à Bar-sur-Seine ; les 1ere, 2e et 4e à Châtillon, avec le 2eescadron du 5e de hussards de réserve, arrivés le 17 novembre, sous le commandement du colonel Lettgau  ; à Châteauvillain, la 6ecompagnie de Unna et la 5e à Chaumont ; sur les routes de Bologne-Saint-Dizier et Bologne-Colombey, le bataillon de Soest et le 1er escadron du 5e hussard de réserve ; et, vers Pont-à-Mousson, les bataillons de Detmold et de Paderborn.

    La « surprise » de Châtillon, opposant garibaldiens et prussiens, eut lieu le 19 novembre 1870.

    Selon le récit officiel du grand état-major prussien :

    En apprenant que l’ennemi préparait une nouvelle attaque avec des forces supérieures, le colonel Lettgau se retira le lendemain sur Châteauvillain.

    Dans sa marche vers la Loire, le général de Kraatz (il avait laissé devant Langres 2 bataillons, 1 escadron et 1 batterie), arriva dans cette localité le 21 novembre et ramena le détachement à Châtillon (la 6e Unna restait à Châteauvillain). 

    Le 23, quatre compagnies du bataillon de landwehr de Soest et un demi-escadron (1ere, 2e, 5e et 6e de Soest- qui s’était portée le 21 sur Bar-sur-Seine- et la moitié du 1er escadron du 5e de hussards de réserve), vinrent l’y rejoindre.

    La première de ces troupes avait eu près de Plaines une légère rencontre avec une bande de francs-tireurs.

    Le 24, le général von Kraatz continua sa marche sur Joigny.   

    Dans ce récit, il n’est nullement mention de représailles exercées à Châtillon, mais simplement de la marche des troupes prussiennes et de l’occupation progressive de la France.     

    Cependant, plusieurs témoignages existent, soit du côté allemand, soit du côté français, sur les événements qui se passèrent à Châtillon, lors de ces journées du 22 au 24 novembre 1870.

     Côté allemand, existent d’abord les lettres qu’un soldat allemand, servant dans le 92e régiment d’infanterie du Brunswick, Albert Böhme, écrivit à sa femme, et qui ont été publiées [i].

    Böhme était charpentier, âgé de 23 ans et écrivait un allemand assez basique.

    Sa lettre du 23 novembre 1870 est datée de « Chattilon » :

    Chère Friedericke, cela me fait très mal de savoir comment tu dois vivre maintenant, alors que tu pourrais avoir une meilleure vie si j'étais près de toi.

    Je travaillerais pour toi autant que je le pourrais, jour et nuit.

    Cela ne m'aigrirait certainement pas autant que maintenant, toutes ces marches fatigantes chaque jour.

    Nous devons toujours marcher 7 à 8 heures. Cela fait maintenant plus de 14 jours que nous marchons, et nous en aurons probablement encore 14 avant d'arriver à Paris.  

    Chère Gretchen [ii], ici, dans cette ville de Châttoillon [iii], il y a eu des meurtres.

    Il y a quelques jours, 2 compagnies d'infanterie de la Landwehr et 2 escadrons de cavalerie de la Landwehr se trouvaient ici en cantonnement d'étape.

    Ils ont presque tous été assassinés, blessés et tués par les Francs-tireurs dirigés par Garibaldi.

    Nous avons dû entrer avec des mesures de sécurité, en avant les dragons, les sabres tirés, et nous les fusils chargés.

    La ville a dû payer pour ça.

    Toutes les boutiques ont été pillées et démolies.

    Plusieurs maisons ont été incendiées là où la plupart des meurtres avaient eu lieu.

    Elles brûlaient encore l'autre matin quand nous sommes repartis… 

    Ce soldat n’indique pas spécialement quelles troupes ont perpétué les pillages et les incendies.

    Le deuxième témoignage est celui d’Heinrich Oppermann, un jeune paysan, ayant aussi servi comme sous-officier dans le 92e régiment d’infanterie de Brunswick [iv].

    Le 22 novembre 1870, il a participé au pillage de Châtillon et il en a fait le récit à ses parents :       

    De Langres, nous avons fait route vers Châtillon, où nous avons fait de terribles ravages pendant une journée ; car ici, deux jours auparavant, pendant la nuit, les Français avaient attaqué 300 de nos soldats de la Landwehr et en avaient aussi tué quelques-uns.

    En retour, nous, nous avons pris notre revanche, nous avons pillé, nous avons un peu brûlé, ici ou là, et cela brûlait encore lorsque nous quittâmes ce lieu.                                                                                                                                               Le 24 novembre, au matin, le régiment de Brunswick quittait Châtillon et continuait sa marche vers la Loire..                                                                                                                     Pour Oppermann, ce sont les troupes venues à Châtillon, en particulier celles de Brunswick,qui ont pillé et mis le feu à certains endroits.

    [i]Albert Böhme venait de se marier le 24 juillet 1870 ; ses lettres ont été publiées par Isa Schikorsky :« Wenn doch dies Elendein Ende hätte”(« Si seulement cette misère avait une fin »)- Ein Briefwechsel aus dem Deutsch-Französichen Krieg 1870/71 » ; Cologne, Weimar, Vienne, 1999.

    [ii] Petit nom de sa femme, pour Friedericke

    iii] Albert Böhme écrit le nom de Châtillon de façon fantaisiste

    [iv] Heinrich Opperman est mort de dysenterie, le 5 mars 1871, à Château-du-Loir (Sarthe). Ses parents ont publié des lettres qu’il a écrites de France, selon les sources du docteur Bendick.

    Les conséquences de l'attaque du 19 novembre 1870 à Châtillon

     

    Renning Ribbentrop, officier dans le régiment de Brunswick, a publié en 1901 ses mémoires, « Mit den Schwarzen nach Frankreich hinein. Erinnerungen eines Braunschweigischen Offiziers aus dem Krieg 1870/71 » (« En France avec les Noirs. Mémoires d’un officier de Brunswick pendant la guerre de 1870/71 »[i]) ; il a, en particulier, raconté son passage à Châtillon : 

    Lorsque le détachement est rassemblé sous le commandement du général von Kraatz-Koschlau, l'avance sur Châtillon sur Seine est ordonnée

    Notre tâche était d'obtenir l'expiation de cette horrible atrocité.

    Les hommes avaient été avertis au préalable de ne pas exercer de représailles.

    Le Maire a reçu l'ordre de fournir des rations pour 10.000 hommes, et 10.000 autres devaient arriver le jour suivant.

    Ces nombres excessifs ont été donnés afin d’impressionner les Garibaldiens, sur lesquels la Landwehr avait donné des indications de force très importantes, et pour assurer notre très longue colonne qui était en train de venir, car il était certain pour nous que Garibaldi recevrait des nouvelles de tout ce qui se passait dans la ville.

    En outre, la ville devait payer une pénalité d'un million de francs [ii].

    Afin de garantir toutes ces demandes et de décourager la population de participer à nouveau à un raid, des ordres ont été donnés pour que chaque compagnie prenne 40 otages masculins et les amène en détention.

    Afin d'accomplir cette tâche pas tout à fait facile de la manière la plus simple, puisqu'une grande partie de la population masculine avait quitté la ville, notre capitaine von Vernewitz a pris les chefs de patrouille de sa compagnie et leur a dit, avec sa manière courte et lapidaire :

    « Messieurs, nous devons saisir 40 otages ; maintenant chacun de vous prend quelques hommes et vous patrouillez dans les tavernes, où la bande se trouve et bavarde. Vous en prenez autant que vous pouvez. »

    En à peine 10 minutes, la 3ème compagnie avait ses 40 otages, et pouvait même donner un surplus à d'autres.  

    À Châtillon, nous avons eu une journée de repos.

    On m'a donné un cantonnement dans une maison de maître.

    J'ai forcé les domestiques, qui étaient seuls, à m'ouvrir l'élégante chambre de Madame, où je me suis installé confortablement malgré les protestations véhémentes des domestiques.

    La nourriture était bonne, mais le vin était mauvais.

    Après quelques mots intelligibles, nous nous sommes mis en possession des clés de la cave.

    La cave semblait complètement vide et a été une grande déception !

    Mais voilà, il y a eu un éclair de lumière argentée et soudain, dans un tas de sable d'apparence innocente, on a découvert une magnifique réserve de champagne et de vin rouge.                                

     Comme je l'ai dit, le pillage était interdit à Châtillon.

    Néanmoins, les biens de l'ennemi, notamment dans les maisons où les troupes allemandes ont été victimes d'assassinats, n’étaient pas exactement traités avec douceur.

    Dans une cave à vin, deux hommes de la Landwehr ont été retrouvés égorgés.

    Une partie des tonneaux avait déjà été percée et vidée par les Français.

    Les tonneaux restants furent vidés par un tonnelier et leur contenu distribué aux soldats, qui emportaient la noble boisson dans des marmites de campagne.                                                                                                                                

    Dans un autre bâtiment, il y avait une grande papeterie.

    Lorsque je suis entré dans la boutique pour acheter des feuilles de papier, j'ai vu un de nos mousquetaires derrière le comptoir avec une grosse paire de lunettes bleues sur le nez.

    La conversation suivante s'est alors engagée entre lui et un soldat [iii] qui était entré devant moi :                                                                                           

    « Que voulez vous ? »                                                                                                       « Vendez-moi quelques feuilles de papier et quelques plumes »                                                       

    Le vendeur disparaît à la vitesse de l'éclair et revient immédiatement avec une rame de papier à lettres, un paquet d'enveloppes, une boîte de plumes d'acier, de porte-plumes, de cire à cacheter, de crayons et autres ; il jeta le tout sur la table et se tourna à nouveau vers l'acheteur avec l'expression d'un garçon de boutique complètement voué à sa tâche :  

                                                                         « Tenez, monsieur, vous avez ce que vous voulez. »                                                           « Je n'en veux pas tant. Après tout, je ne peux pas payer du tout. » 

    « Ça n'a pas d'importance, ça ne coûte pas grand-chose du tout »   

    « Oui, combien ça coûte ? »                                                                           « Je m’en fais un plaisir pour une fois, ça ne coûte rien », fut la réponse du vendeur, s'inclinant poliment avec des salutations amicales.   

                                                                    Lorsque j'ai demandé ce qui se passait ici, on m'a également répondu, en s'inclinant adroitement:« Nous faisons une vente ici, mon Lieutenant »  

    J'étais sur le point de commencer à tonner quand un sergent est entré et a signalé qu'un assassinat de troupes allemandes avait été commis ici et que tout était donc vendu gratuitement.          

    Tard dans la soirée, je m’allongeai confortablement dans mon lit, béat.

    Mais il n'a pas fallu longtemps avant que l'appel ne retentisse : « Il y a un incendie ! »

    Je devais sortir du lit, même si je n'avais pas envie de me lever.

    Il y a eu un incendie dans le centre de la ville - mais sur ordre - et c'est dans ces quartiers que les hommes de la Landwehr avaient été assassinés.

    La compagnie de sapeurs a occupé le lieu de l'incendie ; des extincteurs étaient disponibles, mais on n’a pas éteint le feu.

    Le capitaine qui était présent a expliqué : « nous allons boucler la zone et nous assurer que le nid brûle proprement ».

    Rassuré, je suis rentré chez moi et, après avoir fait mon rapport, je me suis glissé dans le « rabat » [iv], comme dit le soldat.    

                                                                                             Tôt le matin du 24 novembre, le détachement quitta Châtillon au son de la musique et marcha jusqu'à Laignes et Nicey, où il prit ses quartiers.

    Ainsi, si Ribbentrop indique que le pillage était interdit, il y avait beaucoup d’exceptions.

    Selon le maire de Châtillon, c’est surtout le quartier de la rue de Chaumont qui fut particulièrement touché, car habité surtout par les pauvres.

    L’ennemi avait supposé, bien à tort, que cette partie de la population était sympathique aux Garibaldiens et avait favorisé l’attaque du 19 novembre.

    Une autre source est celle que l’on trouve dans l’histoire du 92erégiment royal d’infanterie du Brunswick, rédigée par Werner Otto, chef de compagnie, qui donne un autre point de vue des événements [v] :  

    [i] « Les Noirs », car les soldats du 92èmerégiment d’infanterie s’appelaient « die Schwarzen – les Noirs » en raison des uniformes noirs

    [ii] En fait, il fut impossible de fournir 1 00 000 F et les prussiens durent se contenter de 61 503 F en numéraire et des billets souscrits pour 92 000 F ; selon le maire, on prétendait que cette somme de 61 503 F « représentait celle trouvée par les francs-tireurs dans la caisse du régiment ». Par suite du traité de Francfort, les traites ne furent pas payées et annulées.

    [iii] Les propos des soldats allemands sont écrits dans le patois parlé à Brunswick. M. le docteur Bendick en a fait la transcription en allemand courant, puis en français

    [iv] Mot qui signifie « lit » dans l’argot des soldats

    [v] Werner Otto: “Geschichte des Herzoglich Braunschweigischen Infanterie-Regiments Nr 92” ; Braunschweig, 1878 ; c’est l’histoire officielle, la façon dont le régiment veut que l’histoire soit présentée.

    Les conséquences de l'attaque du 19 novembre 1870 à Châtillon

    Figure 2 : Geschichte des Braunschweig Infanterie-Regiments n°92 Brunswick 1903

    Le 21 novembre au matin, le détachement du général von Diringshofen se réunit à une demi-heure à l’ouest d’Arc-en-Barrois et continua sa marche jusqu’à Boudreville ; l’état-major du régiment et le premier bataillon étaient cantonnés à Dancevoir, les 6e et 7e compagnies à Boudreville et le bataillon de fusiliers à Veuxhaulles.

    Le soir même, eut lieu la réunification entre les deux compagnies du régiment, qui avaient été précédemment détachées à Chaumont, avec la batterie de Brunswick et plusieurs colonnes qui s’étaient mises en marche le matin, depuis Chaumont, et dirigées directement vers Boudreville.

    Ce détachement, qui comprenait le commandant de division, a rencontré à Châteauvillain quatre compagnies du bataillon de la Landwehr Unna, un escadron du 5e régiment de hussards de réserve et une division de convalescents du XeCorps, qui avaient été mis en garnison à Châtillon, mais qui avaient été attaqués le matin du 19 novembre par des francs-tireurs et, comme les habitants apportaient une aide active aux colonnes d’invasion, ils furent contraints d’évacuer avec de grandes pertes.

    La garnison avait repris possession de la ville l’après-midi même, après l’arrivée du détachement de convalescents et elle avait également reçu des renforts bienvenus d’une nouvelle compagnie de secours, mais la nouvelle qu’il y avait des forces ennemies importantes en marche sur Châtillon a décidé le commandant du bataillon à déménager à Châteauvillain, le 20 novembre.

    Les récits de capture et d’assassinat d’un grand nombre d’officiers dans leurs quartiers ne laissait aucun doute sur le fait que les francs-tireurs avaient agi en plein accord avec les habitants [i]

    Le but de la marche du 22 novembre était, pour toutes ces divisions, Châtillon.                                           

    Le commandant de la division a réuni à 10 heures du matin à Courban les troupes de la Landwehr et l'ensemble du détachement, qui devait suivre le Xe corps d'armée.

    Il s'agissait d'un escadron du 16e régiment de Dragons, d'une compagnie du génie, du 2e bataillon du 17e Régiment du Brunswick (4 batteries) et d'un détachement médical.

    Y sont attachées une colonne de munitions d'infanterie et d'artillerie, une colonne de provisions et une colonne d'avoine (plusieurs centaines de chariots).

    De Courban, la marche s’est poursuivie vers Châtillon, avec des mesures de sécurité pour tout le détachement, sans que l'ennemi ait été aperçu, et cette ville fut atteinte à 3 heures de l'après-midi.

    De fortes sentinelles ont été immédiatement postées de tous les côtés, et les détachements se sont regroupés étroitement.

    La ville était désertée par un grand nombre de ses habitants, de nombreuses maisons étaient complètement vides, et les propriétaires avaient dû fuir en toute hâte peu avant l'arrivée du détachement.

    Si la conscience de culpabilité parlait déjà, les traces des atrocités commises dans les quartiers contre les citoyens, qui n'avaient pas encore été effacées, parlaient encore plus clairement.

    On a trouvé des flaques de sang dans les lits, des cadavres cachés sous la paille dans les écuries, partout dans les logements des officiers, où les francs-tireurs avaient pénétré ou s’étaient mis en embuscade dans la ville, signes des combats les plus acharnés.

    Le commandant de la division, ayant constaté les faits, a immédiatement décrété les punitions les plus vigoureuses.

    Un tribut d'un million de francs fut imposé à la ville, le maire et un grand nombre de citoyens respectables de Châtillon furent pris et gardés comme otages par les troupes.

                                                           Malheureusement, cependant, à la suite des impressions qu'ils avaient reçues à Châtillon, le moral des soldats de la Landwehr s'était tellement échauffé, de sorte que des excès n'ont pu être entièrement évités et que des châtiments ont été infligés à la ville, ce qui n’était pas intentionnel.

    Des incendies se sont déclarés en plusieurs endroits, brûlant les maisons des habitants soupçonnés de collaboration ; les volets, les portes et les fenêtres ont été brisés, et ce n'est que grâce à l'intervention énergique du commandant de la division que les excès n'ont pas pris des dimensions encore plus grandes.

    Le 23 novembre, le détachement reste à Châtillon, car le général von Kraatz doit prendre les dispositions nécessaires pour protéger à l'avenir la garnison, qui doit être réinstallée, contre des incidents similaires à ceux du 19 novembre.

    Le châtiment subi, les représailles, l'avertissement catégorique adressé à la ville ont vraisemblablement été suffisants pour dissuader les habitants de participer à nouveau.  

    Cependant, le hasard qui a conduit les troupes de la Landwehr, destinées à occuper Ravières, à Châtillon dans l'après-midi du 23 novembre a été la bienvenue.

    Le commandant de la division lui a ordonné qu'elle renforce d'abord la garnison de Châtillon et ne se rende pas à sa destination initiale, mesure qui semblait d'autant plus nécessaire que cette troupe avait, elle aussi, rencontré des francs-tireurs ennemis lors de la marche de Bar sur Seine à Châtillon, près de Plaines ; ceux-ci, cependant, furent très vite obligés de dégager la route, mais apportèrent néanmoins une nouvelle fois la preuve de la proximité de nombreuses patrouilles ennemies.

    La nouvelle de la bataille a entraîné la mise en alerte de l'ensemble du détachement à Châtillon vers 2 heures de l'après-midi, mais peu de temps après, le commandant de la division a ordonné aux troupes de rentrer dans leurs quartiers et n'a autorisé que deux compagnies de fusiliers de Brunswick à se joindre aux troupes de la Landwehr.

    Grâce à ces renforts, lorsque le détachement du général von Kraatz se dirige vers la Loire le 24 novembre, 7 compagnies de Landwehr et 1 ½ escadron de réserve de Hussards restèrent en garnison à Châtillon.

    Le détachement de convalescence était attaché au 1er bataillon du régiment de Brunswick et devait être transféré au Xe Corps.    

    Dans ce récit, selon Otto, ce sont les troupes de la Landwehr, de Unna en particulier, qui, revenues à Châtillon, veulent venger leurs camarades morts le 19, alors que le général von Kraatz a cherché à discipliner la Landwehr de Hamm.

     Enfin, le sous-officier Haslind, du 16e régiment de Landwehr, bataillon Unna, 1ere compagnie (et donc qui se trouvait à Châtillon le 19), fit parvenir au journal, le « Westfälischer Anzeiger », une lettre datée du 25 novembre, publiée dans l’édition du 3 décembre 1870 [ii] :

    Comme il était clair à l'évidence que beaucoup de citoyens de Châtillon, ou du moins une partie d'entre eux, avaient fait cause commune avec les Francs-tireurs, une contribution de guerre d'un million de francs fut imposée à la ville par notre commandant de régiment, somme énorme pour une ville de 5 à 6 000 habitants.

    Jusqu'à ce que cette somme soit payée, 6 des citoyens les plus distingués ont été arrêtés comme otages, et la ville a été menacée d'être incendiée si des scènes telles que celles du 19 novembre se répétaient.

    Jusqu'à présent, nous n'avons pas été inquiétés, car Menotti Garibaldi a été informé que nous avions reçu des renforts [iii]

    Le pauvre Châtillon a entre-temps terriblement payé pour avoir été le théâtre des tristes scènes du 19 novembre.

    Le 21 novembre, les bataillons de Brunswick, qui s'appellent fièrement "la brigade noire" (probablement à cause des jupes noires avec des ficelles foncées), sont passés par ici ; ils étaient cantonnés dans la ville tandis que les nôtres étaient sur des postes de campagne.

    Ces gens auraient eu une réputation redoutable parmi les habitants de Châtillon par suite d’actes de vengeance…

    Parmi les maisons incendiées, on trouve une charmante villa appartenant au maire de la ville, qui, avec sa collection de tableaux et autres meubles, valait certainement 1 million de francs.

    Le pauvre Maire était notre prisonnier pendant l'incendie et il est en libéré depuis hier, après qu'aucun fait suspect n'a pu être retenu contre lui, malgré toutes les enquêtes.  

    Cette dévastation est d'autant plus regrettable qu'au moins la quatrième partie de notre équipage a été sauvée le 19 novembre par des citoyens locaux qui ont sacrifié leur propre vie ; Schlottmann (de la fabrique de crayons de Hobrecker) fait partie de ces derniers.

    Il est touchant d'entendre la peur que les citoyens locaux ont endurée pour nos soldats cachés.

    On a le cœur qui se retourne quand on se promène dans les rues du quartier.

    La plupart des habitants ont fui et la ville, par ailleurs belle et certainement riche, présente maintenant un tableau terrible.           

     Ici, c’est un soldat de la Landwehr qui n’a pas participé aux incendies et aux pillages et semble accuser les hussards noirs de Brunswick, alors que la Landwehr n’était pas cantonnée en ville.

     Il existe également des témoignages de Châtillonnais sur ces journées.

    En 1885, l’inspecteur primaire Lucien Gaudelette, à partir des témoignages envoyés par les instituteurs du département de Côte d’Or, édita un petit livre intitulé : « histoire de la guerre de 1870-1871 dans la Côte d’Or » [iv] :   

     Le 22 novembre, Châtillon fut de nouveau envahi par un régiment de soudards de Brunswick  qui pillèrent la ville pendant plusieurs heures, forçant les habitants à illuminer leurs maisons, s’emparant à titre d’otages des principaux citoyens pour répondre de la vie de leurs officiers faits prisonniers, enfin menaçant la ville d’un bombardement si une somme considérable ne leur était pas versée et si leurs officiers ne leur étaient pas rendus.

    Le Maire, M. Achille Maître, fut durement maltraité, puis emmené sous escorte dans la direction de Chaumont, enfin ramené à Châtillon, non sans avoir reçu force coups de plat de sabre et de crosse de fusil ; son château, construit par le maréchal Marmont, fut en partie incendié ; ses troupeaux devinrent la proie du vainqueur qui, néanmoins se décida à les lui payer ultérieurement quand il fut établi que ce magistrat n’avait point préparé l’attaque des francs-tireurs.

    Le premier témoignage direct est celui d’un adolescent, Léon Légey (âgé de 16 ans en 1870), qui a tenu son journal et l’a publié longtemps après [v].

     

    [i] Pour Otto Werner, selon le récit fait par les soldats de la Landwehr, il n’y a pas de doute que les habitants de Châtillon ont aidé les garibaldiens

    [ii] Le « Westfälischer Anzeiger » est un journal créé en 1850, à Hamm, en Westphalie (en Allemagne) ; en 1866, paraissaient trois numéros par semaine

    [iii] En fait, il s’agit de Ricciotti Garibaldi

    [iv] « Histoire de la guerre de 1870-1871 dans la Côte d’Or », par Gaudelette ; Ropiteau, Dijon ; il sera fait une autre édition, augmentée et avec gravures (Lecène et Oudin, Paris)

    [v] Légey Léon : « Châtillon-sur-Seine pendant la guerre de 1870-71 ; souvenirs d’un enfant de Châtillon » ; Châtillon, 1899. Il a peut-être eu l’idée de publier son livre après le passage de Dormoy qui, pour écrire ses « Souvenirs d’avant-garde », publiés en 1887, avait réuni les châtillonnais au théâtre et formé un « comité d’études », afin de recueillir un « dossier de l’invasion », aidé par le maire de l’époque, le docteur Boutequoy. Louis Latzarus en fera un compte-rendu dans « le Figaro »

    Les conséquences de l'attaque du 19 novembre 1870 à Châtillon

    Figure 3 : Léon Légey : souvenirs d'un enfant de Châtillon 1898

    Voici l’extrait concernant les 22, 23 et 24 novembre :

    22novembre :                                                                                                            Arrivée de l’armée de Brunschvick [i] (Chasseurs et Hussards de la Mort) -Pillage de la ville-prise de 125 citoyens de Châtillon comme otages.  

    L’armée de Brunschvik fut annoncée par 100 dragons envoyés en éclaireurs ; ceux-ci entrèrent à Châtillon la carabine au poing, firent le tour de la ville, l’inspectèrent et retournèrent ensuite rendre compte de leur mission.    

                                                                             Une heure après, une nuée de sauvages, sous le commandement du général de Kraatz, arrivaient en foule sur la place de l’Hôtel-de-Ville en poussant des hurlements semblables à ceux de bêtes féroces et menaçant de leurs sabres tous les citoyens qui les regardaient circuler ; ils étaient suivis de deux batteries d’artillerie et d’une nombreuse cavalerie.

    Les officiers placèrent d’abord leurs soldats dans les habitations selon leur apparence et leur donnèrent ensuite la liberté de faire ce qu’ils voudraient, ce dont ils usèrent avec beaucoup de rigueur.  

                                                                                 Alors commença le pillage qui dura jusqu’au lendemain, à midi, heure fixée par le chef de ces bandits ; enfin, pour remercier les habitants de la bonne réception qu’ils leur faisaient (non par affection, mais par crainte), ils les emmenèrent le soir dans les casernements, leur disant que le capitaine de leur compagnie les demandait et qu’ils reviendraient aussitôt après ; mais, arrivés là, ils ne virent que des soldats qui étaient ivres et irrités.

    Jeunes et vieux, riches et pauvres, passèrent ainsi entre les mains de ces brutes et furent obligés de coucher sur des planches qui se ressentaient encore de leurs orgies ; ils usèrent du même stratagème pendant la plus grande partie de la nuit et firent même lever de leur lit des vieillards à qui ils ne donnèrent seulement pas le temps de se vêtir convenablement.                     

    Ce même jour, retour de M. A. Maître.  

    23 novembre :                                                                                                                        Les Prussiens amènent leurs prisonniers à la sous-préfecture et, sur l’ordre du colonel, les conduisent dans les maisons situées près de la gare, où ils mettent des sentinelles à chaque porte, avec la consigne de ne laisser sortir personne et donnent seulement aux femmes de la ville la faculté d’apporter la nourriture des prisonniers ; ceux parmi eux qui obtiennent la permission de sortir pour satisfaire leurs besoins sont même gardés par des soldats qui les empêchent de s’éloigner à plus de dix mètres.                                                                                                                 

    Dans cette journée, les Prussiens mettent le feu à trois maisons situées à l’angle de la rue de Chaumont et de la rue de l’Abbaye, dans lesquelles trois de leurs soldats et un officier avaient été tués en essayant de se défendre.  

    Le pillage qui a duré jusqu’à midi et qui a causé de grandes pertes à la ville, a été encore suivi de la capture d’une partie des habitants…

    24 novembre : 

                                                                                                                                     Prise de vingt-cinq autres habitants que les Prussiens conduisent vers les autres otages…

    Les femmes allèrent trouver le colonel, les unes pour réclamer leur mari et les autres leur père ou leur frère, mais ce véritable soudard fut inébranlable, il les renvoya toutes avec brutalité et alla trouver ensuite les prisonniers qu’il accusa d’avoir assassiné ses soldats et qu’il traita de la façon la plus infame.                                                                                                        Le même soir, incendie du château Marmont…

    25 novembre :                                                                                                           Journée triste et cruelle pour les otages qu’on menace de fusiller, les rues de la ville sont désertes, on ne voit que quelques femmes affolées qui portent des vivres aux leurs, et des pleurs en fait de consolation ; on n’aperçoit aucun homme, car ceux qui restent, et ils sont peu nombreux, se cachent le mieux possible et évitent de se montrer.  

    Le tantôt, départ de l’armée de Brunschvik et installation d’une nouvelle garnison…

    Si intéressante soit-il, ce récit semble comporter quelques inexactitudes ; les troupes de Brunswick sont reparties le 24 au matin, et les incendies n’ont pas été allumés le même jour.

     

    Le deuxième récit est celui d’Achille Maître, le maire de Châtillon (âgé de 52 ans en 1870) [ii] :

    Vers trois heures de l’après-midi (le 20 novembre), l’ennemi, se croyant probablement trop faible pour résister à une nouvelle attaque, quitta Châtillon pour se rendre à Châteauvillain.

    Tous les otages avaient été rendus à la liberté, sauf le maire, Maupin et quatre autres habitants.

    Ces six prisonniers furent emmenés par les Prussiens.     

                                     Pendant deux jours, je m’attendis à être fusillé ; mais, ne voulant rien laisser aux ennemis, j’avais donné ma bourse, mon portefeuille et mes clefs à M. Terrillon, l’un des otages.

    Arrivés à Châteauvillain, les officiers me firent manger avec eux et coucher à l’hôtel, dans une chambre à côté de la leur.                                                                                                          Le 21 novembre, il y eut à Châteauvillain une grande concentration de troupes de toutes armes, avec une nombreuse artillerie.

    On partit dans l’après-midi pour aller coucher à Latrecey.

    Le maire, monté dans une charrette, traversait les rangs des soldats.

    Ceux-ci, qui avaient été excités par leurs officiers, criaient : Capout Châtillon! et, se montrant le maire, lui disaient : Canaille ! Chassepot! etc.

    Je croyais, en effet, à la fin de la bonne ville de Châtillon.

    Elle ne pensait guère à se défendre pourtant, et n’était certes pas de force à résister à l’avalanche humaine qui allait fondre sur elle.

    Quant aux officiers, ils étaient polis vis-à-vis de moi et me faisaient dîner avec eux à Latrecey.

    Inquiet sur le sort dont Châtillon était menacé, je mangeais peu.

    Les officiers me demandèrent pourquoi : C’est, leur dis-je, parce que vos soldats veulent détruire Châtillon !

    L’un d’eux, me prenant à part, me dit : Rassurez-vous, notre intention n’est pas de détruire Châtillon ; seulement, si les Garibaldiens occupent la ville, nous ne ferons pas tuer nos soldats dans une guerre de rues.

    Nous bombarderons la ville, et nous la brûlerons, si c’est nécessaire, pour chasser l’ennemi.

    Cette perspective m’effrayait peu, attendu qu’il était certain que Ricciotti Garibaldi n’oserait pas se mesurer avec des troupes trente fois plus nombreuses que les siennes.

     

    [i] Dans le texte ; Léon Légey écrit toujours Brunsvick, en non Brunswick

    [ii]  Maître Achille : « Châtillon pendant la guerre, souvenirs de M. Achille Maître » ; Châtillon, 1888

    Les conséquences de l'attaque du 19 novembre 1870 à Châtillon

    Figure 4 : Achille Maître : Châtillon-sur-Seine pendant la guerre ; Tours, 1902 (2e édition)


    Le 22 novembre, les colonnes prussiennes reprirent leur marche ; les soldats, de plus en plus animés à la haine et à la vengeance, se montraient menaçants.  

    De nouvelles troupes, arrivant par la route de Bar-sur-Aube, rejoignirent la colonne principale avant d’entrer à Courban.  

    Toute cette multitude arriva à Châtillon dans l’après-midi.

    L’entrée en ville fut sinistre et effrayante.

    Tous les magasins et beaucoup d’habitations privées furent livrées au pillage, principalement dans la rue Saint-Jean et le quartier haut de Chaumont, habité surtout par des pauvres.

    L’ennemi avait supposé, bien à tort, que cette partie de la population était sympathique aux Garibaldiens et avait favorisé l’attaque du 19 novembre.

    Or personne, en ville, n’avait eu connaissance des projets des francs-tireurs.               

    Les Prussiens mirent le feu à deux maisons situées à l’angle des rues de Chaumont et de l’Abbaye, et dans lesquelles avaient été tués des soldats et un officier, qui avaient voulu se défendre.

    Le feu se communiqua à une maison voisine et la détruisit également, mais contre le gré de nos ennemis, qui travaillèrent eux-mêmes à éteindre l’incendie…          

     Le 24 novembre, je passai devant un conseil de guerre.

    Il me fut facile de prouver que l’attaque des francs-tireurs, qui ne pouvait manquer d’avoir pour la ville les conséquences les plus funestes, n’était pas de mon fait, et je fus renvoyé absout…


    Le maire rapporte aussi la déclaration de M. Barrachin, propriétaire d’une importante maison en haut de la rue du Bourg-à-Mont :  

     Un des faits qui avait particulièrement irrité les Prussiens dans le combat de Châtillon, avait été la mort du major d’Alvensleben (installé chez moi depuis le 16).

    Vers onze heures (le 19), six cavaliers prussiens s’introduisent dans ma cour.

    Le sous-officier qui les dirige s’avance vers moi et, me menaçant de son sabre, s’écrie : Monsieur, mon officier vient d’être tué à votre porte.

    Nous ne l’oublierons pas !

    Il y a des maisons à Châtillon qui seront en cendre demain.

    Dans la nuit, deux soldats prussiens viennent faire une perquisition chez moi.

    Le 22, cinquante soldats des chasseurs de la mort enfoncent la porte par laquelle le major était sorti et envahissent mon jardin, exigeant qu’on les loge, et déclarant qu’ils étaient envoyés à Châtillon exprès pour brûler la ville et ma maison en particulier.

    Tout s’est borné chez moi au pillage de ma cave et au vol de quelques objets.     

    Il n’en fut pas de même pour les maisons à l’angle de la rue de Chaumont (rue Docteur Robert) et de la rue de l’Abbaye.

    Le sous-préfet Arthur Leroy a pris des notes, rédigées en style télégraphique, pour en faire probablement un rapport plus tard, mais sans date précise   :

    …La ville est consternée ; des menaces d’incendie ont été faites à plusieurs reprises par les officiers et les soldats ; de nombreuses scènes de violence ont eu lieu contre les particuliers ; une partie des habitants émigrent, malgré les efforts des autorités pour les retenir ; le mobilier et les bureaux de la sous-préfecture ont été saccagés, les archives dispersées, les serrures forcées, les portes, les meubles, brisés.

    Tels sont les actes de vandalisme qu’il importe de faire connaître à la honte des armées prussiennes…

                    Incendie : maison Massua .

    Un chef, sur le balcon Chapuis, interpelle quelques citoyens se rendant au feu ; l’un, qui criait « au feu », est arrêté par la patrouille.

    Les autres (M. Leroy, M. Bognier, M. Munier), obligés de rebrousser chemin. « Rentrez chez vous, rebroussez chemin, criait le chef au balcon, vous troublez la tranquillité publique ».

    Seconde nuit d’incendie : la maison Millot-Gradot était brûlée ; il s’agissait de protéger maison Dusseuil ; les soldats allemands faisaient manœuvre pompe.

    Un de leurs chefs paraissait mettre bonne volonté à éteindre, mais les soldats se sont débandés, l’incendie incomplètement éteint…

    Cinq citoyens châtillonnais étaient seuls présents.

    Terreur des arrestations empêchait les citoyens de porter aide, on ne pouvait d’ailleurs ni crier au feu, ni battre la caisse, ni sonner tocsin.

    Maison Dusseuil, qui pouvait être parfaitement garantie, a brûlé.

    Ce n’est que le 24 dans la matinée, que l’incendie a été complétement éteint .


        Si les troupes du général von Kraatz-Koschlau partirent le matin du 24 novembre, un nouvel incendie eut lieu le soir, celui du château Marmont, habité par le maire, M. Achille Maître.

    Léon Légey écrivit à ce sujet:                          

     Le même soir (le 24), les Prussiens, non encore satisfaits de leurs exploits, mirent soi-disant par accident le feu au château de M. A. Maître et firent même prisonniers une partie de ceux qui vinrent pour l’éteindre.

    Les conséquences de l'attaque du 19 novembre 1870 à Châtillon, un notule historique passionnant de Dominique Masson.

    Figure 5 : les prussiens posant devant le "château Marmont" incendié (collection Dominique Masson)

     Le maire en fit un récit différent :                                                                                     

    Lors du retour de Châteauvillain,250 soldats et 12 officiers s’étaient installés pendant 40 heures au château.

    Ils pillèrent toutes les réserves et provisions de bouche et brisèrent plusieurs glaces.

    Ils détériorèrent aussi les tentures et les boiseries derrière lesquelles ils pensaient trouver des cachettes.

    On fut constamment obligé de pourvoir à leurs besoins.

    Nuit et jour, on faisait la cuisine.

    C’est ainsi qu’une cheminée, surchauffée, communiqua le feu à des solives et arrière-couvertes non apparentes de l’étage supérieur.

    Tous les officiers et soldats évacuèrent le château le 24 à sept heures du matin.

    Il ne resta qu’une ambulance de dix hommes …

    Aussitôt après le départ des ennemis, on avait balayé toutes les pièces et enlevé les ordures qu’ils y avaient laissées.

    Plusieurs inspections minutieuses furent encore passées par les habitants du château.

    Rien ne faisait soupçonner la présence du feu qui, cependant, couvait sous le plancher.

    On alla se coucher.

    Vers une heure du matin, nous fûmes réveillés par la fumée.

    Le château était en feu.

    Je me précipitai dans l’escalier conduisant aux mansardes pour aller éveiller deux servantes qui se sauvèrent à demi vêtues.

    Il fallait se hâter pour ne pas être asphyxié.

    Je descendis ensuite pour prévenir les soldats de l’ambulance.

    L’incendie avait heureusement éclaté dans l’aile nord du château et le vent soufflait du midi.

    Cette circonstance nous permit de sauver la partie sud.

    On se mit à l’œuvre.

    Quelques hommes accoururent avec une des pompes de la ville, ainsi que beaucoup de femmes qui firent la chaine.

    Les hommes qui voulaient venir étaient arrêtés par les Prussiens.

    On abattit une partie de la toiture de la façade pour faire la part du feu.

    Le jet de la pompe fut dirigé avec adresse et intelligence et, le 25, au petit jour, on était maître du feu.

    Mais les deux-tiers du château et la presque totalité du mobilier furent brûlés…

    Le sous-préfet de Châtillon, Arthur Leroy, ajoute :  

                                                                         Au château, cinq commencements d’incendie éteints.

    On suppose feu exagéré dans cheminée, a gagné poutre.

    On s’étonne que l’incendie ait pris de suite si grandes proportions.

    Citoyens ne pouvaient être prévenus.

    Secours insuffisants.

    Une seule pompe.

    Pas de pompiers.

    Ménard, chef d’équipe, fort dévoué et intelligent, dirige.

    Tuyaux avaient été mis hors de service par coups de sabre prussiens…

    Pendant incendie château, hurlement de joie des malades et blessés de l’hospice [i].

    Une lettre de M. Bourceret, écrite 57 ans plus tard et adressée à M. Lagorgette, relate des événements concernant la bibliothèque publique et le musée :                                         

    Après le passage des Garibaldiens à Châtillon, par une froide nuit de décembre [ii], j’ai conservé le triste souvenir d’avoir été réveillé par de forts coups frappés à notre porte.

    Un détachement des terribles « Hussards de la Mort », venant prendre gîte dans la salle de l’école communale, venaient réquisitionner chez nous des seaux et autres objets divers pour améliorer leur campement.

    Je n’ai pas besoin de vous dire qu’au lever du jour, je suis sorti bien vite dans la rue pour voir ce qui se passait.

    De grands feux étaient allumés, alimentés du bois provenant de l’école et du voisinage ; une grande vitrine, qui contenait des livres, avait été brisée, les livres étaient ou brûlés ou souillés.

    Et, chose plus grave, des soldats s’acharnaient à enfoncer les portes du musée.

    Mon père, sans perde de temps, alla prévenir notre cousin Charles Ronot, conservateur du musée [iii].

    Heureusement, chez ce dernier, se trouvait un officier allemand qui, mis au courant de ce qui se passait rue Docteur Bourée, accompagna Charles Ronot et mon père puis, ayant vu, donna l’ordre de faire réparer les deux portes éventrées (celle du haut de l’escalier conduisant à la bibliothèque n’avait pas encore été ouverte).

    Ce même jour, le commandant de la Place rédigea une lettre en allemand qui fut collée sur la petite porte et un peintre de la ville, le soir même, traçait en grosses lettres, au-dessus de la porte cochère, le mot « Bibliotèque », n’ayant, d’après ce qu’il a toujours dit, trouvé assez de place pour mettre l’h.

    Pendant toute l’occupation allemande, grâce à la pancarte, le musée et la bibliothèque ont été respectés.

    L’école communale a servi de caserne, le collège, pendant quelques semaines, en servit lui aussi.

    Par la suite, il fut converti en ambulance.

    Tous ces témoignages, surtout du côté allemand, révèlent la difficulté de savoir à qui attribuer les pillages et les incendies à Châtillon et montrent que la vérité historique est parfois difficile à établir.

     [i] Ces soldats prussiens étaient soignés par les sœurs, dont l’une mourra à la tâche

    [ii] Il se trompe de quelques jours

    [iii] Charles Ronot (1820-1895), né à Belan-sur-Ource, licencié en droit et artiste peintre, fut conservateur du musée et bibliothécaire, de 1867 à 1873. Il fut nommé inspecteur de l’enseignement des beaux-arts en 1878, puis directeur de l’Ecole nationale des beaux-arts de Dijon en 1880.

    Les conséquences de l'attaque du 19 novembre 1870 à Châtillon

    Figure 6 : proclamation du Maire de Châtillon après le départ des troupes de Brunswick AMC4H11

     (Dominique Masson)

     Remerciements à monsieur Günter Wiesendahl, historien, à Hamm ; à monsieur Rainer Bendick, docteur en histoire, conseiller pédagogique du Service pour l’Entretien des Sépultures Militaires Allemandes, à Brunswick ; et à madame Antoinette Bongard, professeur d’allemand, qui a assuré les traductions.

     


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  • Dominique Masson, avec ce nouveau notule, nous conte la fin tragique de Fructueux Terrillon, prêtre de Sainte-Colombe sur Seine...

    UN ÉPISODE DE LA GUERRE DE 1870-1871 : LE CRIME DE SAINTE-COLOMBE

     Fructueux Terrillon était né à Sainte Colombe le 9 janvier 1841.

    Son père, Simon Claude, était décédé en 1864, il ne restait plus que sa mère, Marguerite Justine, qui mourra en 1895.

    Il avait 5 frères.

    De santé fragile, il avait failli mourir, étant jeune.

    Jeune homme, il se consacra à Dieu et fit des études ecclésiastiques.

    En 1870, il était diacre, dernière étape avant d’être ordonné prêtre[i].

    Lors de l’invasion de 1870, il mit souvent sa maison à disposition de la municipalité pour décharger les malheureux qu’il voyait autour de lui[ii].

    « Le 29 mars 1871, Sainte-Colombe fut occupé par des artilleurs et des uhlans ; les premiers, arrivés le matin, se montrèrent d’une exigence outrée pour obtenir des réquisitions : il fallait nourrir hommes et chevaux, et déjà on en était venu, dans certaines maisons, aux moyens violents.              

    Les uhlans ne furent pas moins exigeants, et ce qui exaspérait cette population épuisée par des réquisitions sans nombre, c’est qu’on gaspillait les denrées qui allaient faire défaut.

     M. L’abbé Terrillon, qui se trouvait cejour-là chez sa mère, voulut s’opposer au pillage du peu de foin qui restait à la ferme.

    Aidé de deux domestiques de la maison, il résista courageusement aux exigences des Allemands ; mal lui en prit, car dès cet instant sa mort fut résolue.                                   

     Le poste fut prévenu, et le soir même, entre onze heures et minuit, les soldats désignés pour exécuter ce guet-apens odieux et sans nom se rendent chez Madame Terrillon, pénètrent dans ses appartements et, n’y trouvant pas l’abbé, ils fouillent la grange et aperçoivent M. Terrillon et les deux domestiques qui faisaient le guet.                                                                                                         Une lutte s’engage, lutte sans trêve ni merci. C’est l’abbé qui est le point de mire des barbares ; ils tirent sur lui à bout portant, ils le blessent à l’épaule et au bras, puis ils fendent la tête à coups de sabre ; l’infortuné tombe pour ne plus se relever.

    Son cadavre est jeté dans la rue, traîné dans un fossé où les Allemands le laissent, le gardant à vue, pour que personne ne puisse le transporter à la maison et lui rendre les derniers devoirs.  

    Les deux domestiques sont blessés également, mais sans gravité ; ils parviennent à s’échapper par des passages donnant sur la campagne.                                                                                   

    Pendant que ce meurtre sans nom s’accomplissait, un frère de la victime était allé prévenir l’autorité ; mais, à son retour, le crime était consommé, et il fut lui-même arrêté, garroté, maltraité et conduit au poste, pour n’être remis en liberté que le lendemain. 

     Les Allemands ajoutèrent à leur crime en retenant le cadavre de l’infortuné Terrillon ; il ne fut remis à la famille qu’après le départ des dernières troupes, le Ier avril.   

     Dans la nuit du meurtre, le presbytère était envahi, mis à sac, pillé de fond en comble, et cela sans motif apparent, sans raison,et sans qu’aucune autre maison du village ait eu à subir le même sort.   

    Toutes ces violences, toutes ces brutalités, tous ces crimes inutiles indiquent que les Allemands nous ont fait une guerre de brigands, et donnent une idée peu avantageuse de la fameuse discipline allemande. Des soldats qui rôdent toute la nuit et dégainent à tout propos sur des gens inoffensifs, sont-ils disciplinés ?

    Sous l’œil et la main de l’état-major, ils ont peur, ils se tiennent bien ; mais, dans les faubourgs, ils volent ; à la campagne, ils pillent et ils assassinent.      

    Ils ont quitté Dijon le 28 octobre 1871, après avoir enseigné la haine à ceux qui ont dû souffrir leur contact.

    On ne l’oublie pas.

    Ils sont du moins partis assez à temps pour que, le jour anniversaire de la bataille de Dijon, la patriotique population pût pleurer ses morts sans que le cimetière fût souillé par la présence de ceux qui nous ont dépouillés après nous avoir vaincus ».

     (Lucien Gaudelette : histoire de la guerre de 1870 en Bourgogne ; Paris (vers 1888)

     C’est ainsi que mourut Fructueux Terrillon, qui avait trente ans.

    Un épisode de la guerre de 1870-1871 : le crime de Sainte-Colombe

    [i] Ce doit être pour cette raison que, sur l’acte de décès, il est déclaré « sans profession ».

    [ii] Discours du maire, M. Claude Mortet, à la fin de son mandat, en 1871


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  • Notule d’histoire :

    La bataille de Reichshoffen, le 6 août 1870

    En mai 1870, Emile Ollivier, chef du gouvernement de Napoléon III, déclara, en parlant de l’empereur: "Nous lui ferons une vieillesse heureuse".                               

    Malheureusement, l’année 1870 allait devenir, pour la France, l’année terrible.

    Le 19 juillet, suite à des tensions à propos de la succession d’Espagne et à la dépêche d’Ems, la guerre fut déclarée par la France à la Prusse.

    Bien que pacifique de nature, Napoléon III fut entrainé par l’opinion publique et le Parlement, en dépit des efforts désespérés de Thiers et Gambetta, vota l’entrée en guerre.

    Le ministre de la guerre, Edmond Le Bœuf, déclarait : "Nous sommes prêts et archi-prêts, la guerre dût-elle durer deux ans, il ne manquerait pas un bouton de guêtre à nos soldats".

    REICHSHOFFEN

    Mais peu de personnes se rendait compte que l’armée française était mal préparée à cette guerre.

    Les troupes françaises étaient moins nombreuses,300 000 contre 500 000, car la Prusse s’était alliée avec d’autres états allemands ; d’autre part, la France n’avait pas de stratégie militaire concertée ; et enfin, la Prusse avait un matériel militaire ayant bénéficié des innovations techniques concernant le feu, permettant un tir plus rapide, face au déclin des charges de cavalerie française ; sans compter que la France n’avait aucun allié en Europe.

    Ainsi, la Prusse avec ses alliés dominait numériquement, techniquement et stratégiquement.

    Les armées allemandes franchirent la frontière française entre le Rhin et le Luxembourg et les armées françaises vont être défaites à plusieurs reprises, début août, sur le front de l’Est.

    C’est Patrice de Mac-Mahon, nommé maréchal par Napoléon III, gouverneur de l’Algérie, qui a pris, le premier juillet, le commandement du premier corps de l’armée du Rhin, mais c’était l’empereur qui en était le commandant en chef.

    Celui-ci, ne sachant rien des mouvements de l'armée prussienne, décida de tenter une reconnaissance offensive et chargea le maréchal Bazaine de l'exécuter.                                

    Le combat de Sarrebruck permit aux deux partis en présence de publier des communiqués triomphants : défense opiniâtre d'une quinzaine de jours pour les journaux allemands et offensive victorieuse pour le ministère Ollivier.

    REICHSHOFFEN

    A Wissembourg, le 4 août, les français sont engagés par surprise par les allemands ; la cavalerie française ne remplit pas sa mission d’éclairage et de recherche de l’ennemi et tout le poids de la bataille reposa sur l’infanterie.                                                                                                            

    A l’issue de la bataille, Mac Mahon prend alors la décision de ramener les 1re et 2e divisions vers la position de Wœrth-Frœschwiller qui coupe les directions de Saverne et de Bitche, mais il ne dispose plus que de trois divisions et de 12 canons à opposer aux cinq corps d’armée (dix divisions d’infanterie) et aux 144 canons allemands du prince royal de Prusse, le Kronprinz.                                                        

    Le 6 août, à la bataille de Forbach, les français firent retraite, bien qu’il y eût environ 5000 morts, blessés ou disparus du côté allemand, contre environ 3000 du côté français.

    Mais cette bataille est assez méconnue, principalement parce que, le même jour, se déroule la bataille de Frœschwiller-Wœrth.                                                                                                              Cette bataille est plus connue sous le nom de bataille de Reichshoffen, célèbre pour une série de charges de cavalerie. 

    Après la défaite de Wissembourg, le maréchal Patrice de Mac Mahon fut mis à la tête d'un groupement rassemblant les 1er5e et 7e corps d'armée de l'armée du Rhin.

    Il décida de se battre sur la position de Frœschwiller, bien que ses forces fussent dispersées.

    REICHSHOFFEN

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     À l'aube du 6 août 1870, l'avant-garde du Ve corps prussien, la 20èmebrigade de Walter, en reconnaissance à Wœrth, tombe sur les avant-gardes françaises à l'ouest de Wœrth et engage le combat. Les bruits du combat amènent le IIe corps bavarois au nord et le XIe corps prussien au sud à lui porter assistance.                                                                                                               

    Jusqu'à midi, les combats restent indécis, mais le Kronprinz Frédéric Guillaume décida d’engager le combat et de porter l’ensemble de sa force contre celles de Mac Mahon.

    La première charge française eut lieu vers 13h30.

    Au sud, autour de Morsbronn-les-Bains, la 4e division du général de Lartigue était en danger d’être tournée par des unités d’infanterie prussiennes.

    Les 8e9e régiments de cuirassiers et deux escadrons du 6e régiment de lanciers de la brigade du général Michel furent désignés pour la dégager et se dirigèrent à vive allure vers Morsbronn.

    Le général Michel tenta une action de secours, haranguant ses troupes :

    Camarades, on a besoin de nous, nous allons charger l’ennemi ; montrons qui nous sommes et ce que nous savons faire, vive la France !  

    Le feu allemand repoussa les cuirassiers du 8e régiment de cuirassiers qui pénétraient dans Morsbronn par le nord, essuyant un feu nourri venant des maisons où les Prussiens s'étaient retranchés.

    Continuant leur charge, ils arrivèrent à la bifurcation de la rue principale du village.

    Les uns se dirigèrent à gauche vers la route de Wœrth-Haguenau, la majorité des autres, trompés par la largeur de la rue, s’y engagèrent au grand galop.

    Se rétrécissant progressivement jusqu’à l’église, cette rue devint une souricière où les cavaliers s’entassèrent pêle-mêle et devinrent la cible facile des tireurs prussiens.

    Seuls 17 cavaliers s'échappèrent en direction du sud.                                        

    Le 9e régiment de cuirassiers subit un sort analogue.

     Les cuirassiers parvinrent à pénétrer Morsbronn et à se dégager malgré une forte résistance.

    Après s'être regroupés au sud du village, la cinquantaine de cavaliers survivants dut s'enfuir et parvint à rejoindre les troupes françaises à Saverne.

    REICHSHOFFEN

    La deuxième charge eut lieu vers 15h30.

    Dans le secteur d'Elsasshausen, la brigade de cavalerie du général de Bonnemains, constituée des quatre premiers régiments de cuirassiers, chargea des éléments de près de 11 régiments d'infanterie allemande, sur un terrain défavorable à une action de cavalerie.

    L'infanterie allemande qui resta en ligne de tirailleurs et l'artillerie allemande ouvrirent le feu sur les cavaliers.

    Les cuirassiers furent décimés et repoussés sans avoir pu atteindre les forces allemandes.

    REICHSHOFFEN

    Le sacrifice de ces hommes ne changea pas le cours de la bataille mais permit de couvrir le retrait des troupes françaises.                                                                                                  

    Cependant, peu à peu, dans la mémoire collective française, l’ineptie de ces charges va disparaître pour céder la place à l’illustration du courage et de l’esprit de sacrifice et cet épisode sera copieusement utilisé par la propagande, notamment pour édifier les jeunes générations dans l’esprit de la Revanche et de la reprise de l'Alsace.

    REICHSHOFFEN

    Des tableaux peints par les peintres officiels et une abondante littérature se développe dès 1875 pour rappeler les événements, parlant des "vaillants de la première heure qui, vaincus, couchèrent tant d’ennemis dans la sanglante poussière, qu’ils arrachèrent au prince Frédéric un cri d’admiration " dont la presse anglaise se fit l’écho…

    Et une chanson va commémorer la bataille dite de Reichshoffen. Ses paroles sont les suivantes :

    "La bataille de Reichshoffen", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Les batailles suivantes furent aussi désastreuses pour la France.

    Le maréchal Bazaine fut nommé généralissime et, bien que vainqueur à Mars-la-Tour, préféra se replier avec 180 000 hommes sur Metz, où il va être encerclé par l’armée ennemie.

      Mac Mahon, chargé de reconstituer une autre armée, dite armée du camp de Châlons, sera chargé d’aller à son secours mais celle-ci, avec à sa tête Napoléon III, après plusieurs défaites, sera encerclée et battue à Sedan, le Ier septembre.

    L’empereur Napoléon III n’aura plus d’autre issue que de se rendre, le 2 septembre, au roi de Prusse, Guillaume Ier.

    Trois rescapés de ces cuirassiers de Reichshoffen habitèrent dans le Châtillonnais.

    Dominique Santereau, né à Chaumard (Nièvre) le Ier juillet 1844, était cavalier au 2e régiment de cuirassiers de la division Bonnemains, qui chargea sur Frœschwiller. 

    Il épousa Julie Marie Virey, de Bâlot, et c’est là qu’il fut cultivateur et y mourut le 13 août 1929.                                                                   

    Le deuxième cuirassier était Alfred Lançon, né le 28 décembre 1845 à Coisia (Jura).

      Il fut soldat au 8e cuirassiers et fit partie de la charge sur Morsbronn.

    Il fut ensuite gendarme et enfin concierge au tribunal de Châtillon ; il mourut dans cette ville le 25 février 1907.                                                       

    Le dernier est Emile Guerre, né à Poissons (Haute Marne) le Ier juillet 1846.

    Il fut soldat au 4e cuirassiers.

    Captif ensuite en Allemagne, à la suite de Sedan, il fut réintégré dans son ancien régiment, puis devint cordonnier à Châtillon, où il décède le 8 septembre 1929 ; il est enterré au cimetière Saint-Vorles.

    REICHSHOFFEN

    (Dominique Masson)

     

    Sources :                                                                                                                                                                

    -images Pellerin,Epinal                                                                                                                          -internet                                                                                                                                                                  - Léger Charles-Paul : les derniers cuirassiers de Reichshoffen ; Le Châtillonnais et l’Auxois ; 1925


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  • J'ai reçu, en mai 2021, le mail d'un correspondant allemand,  monsieur Rainer Bendick, me demandant si je pouvais lui faire parvenir des témoignages d'habitants de Châtillon sur Seine, recueillis après la fameuse "surprise de Châtillon" qui opposa en novembre 1870, l'armée prussienne aux Francs-Tireurs de Ricciotti Garibaldi, par exemple des lettres, des journaux intimes, des documents d'archives etc...

    Petit rappel de ce que fut la "surprise de Châtillon" :

    http://www.christaldesaintmarc.com/la-surprise-de-chatillon-garibaldi-un-notule-d-histoire-de-dominique-m-a204217938

     Pourquoi ces demandes ?

    Eh bien parce que Rainer Bendick qui est Docteur en Histoire, et    conseiller pédagogique du Service pour l’Entretien des Sépultures Militaires Allemandes (SESMA), s'intéresse tout particulièrement à la guerre de 1870-1871 qui opposa l'Allemagne à la France.

    Un jour, à Lebenstedt ( Basse-Saxe ) il découvrit un étrange monument privé, composé d'une colonne entourée de quatre canons, monument élevé à la mémoire d'un certain Heinrich Oppermann, sous-officier dans le 92e régiment de Brunswick , durant la guerre de  1870-1871.

    Intrigué par ce monument, il consulta les Archives de la Ville et découvrit un nombre important de lettres (40) , écrites par Heinrich Oppermann à sa famille durant le conflit auquel il participa.

    Heinrich Oppermann qui était avant la guerre un jeune paysan,  né en 1846, décrit dans ses lettres sa surprise en découvrant la France , il donne son avis sur ce qu'il pense des habitants, il décrit les réquisitions brutales, les exactions commises par son régiment...

    Et fait particulièrement intéressant, pour nous,  Heinrich Oppermann séjourna à Châtillon du 22 au 24 novembre 1870, lorsque son régiment revint occuper la ville, après la « surprise » de Ricciotti Garibaldi, et y commit diverses exactions

    Voici, par exemple, un extrait d'une de ses lettres traduite pour moi par Rainer Bendick :

    « De Langres nous avons fait route par Châtillon, où nous avons
    terriblement fait rage pendant une journée ; car ici deux jours
    auparavant, pendant la nuit, les Français avaient attaqué 300 de nos
    soldats [Landwehrmänner] et en avaient aussi tué quelques-uns ; en retour nous avons pillé et mis le feu, il a brûlé bientôt ici, bientôt là, même lorsque nous quittions la place il y avait encore des incendies. »

    Et Rainer Bendick ajoute :

    L’histoire officielle du 92ème régiment d’infanterie est encore plus
    explicite sur la violence.

    Seules les mesures prises par le général Kraatz avaient mis fin à la fureur des soldats.

    En même temps cette histoire de régiment rend les soldats [Landwehrmänner] de Westphalie responsables de la violence (ce qui est contraire aux propos d’Heinrich Opermann, qui dit bien :

    « dafür uns revanchierend, plünderten und sengten wir » - « en retour nous avons pillé et mis le feu »).
    Le 24 novembre au matin le régiment de Brunswick quitta Châtillon et
    continua sa marche vers la région de la Loire.

    Après la lecture de ces lettres passionnantes, Rainer Bendick a eu l'idée géniale de  refaire le chemin que parcourut Heinrich Oppermann, durant les années 1870-1871, depuis son arrivée en France jusqu'à sa mort en 1871, de la dysenterie à Château -du-Loir, et ainsi de collecter les souvenirs de cette guerre., tant architecturales (tombes) qu'écrites (témoignages retrouvés aux Archives, ou chez des particuliers).

    L'itinéraire que prit le 92ème régiment d’infanterie du Brunswick (et donc d'Heinrich Oppermann) fut le suivant:

    .Il fut conduit en train de Brunswick à Bingen, au bord du Rhin. Puis il continua à pied (Oppermann était fantassin dans un régiment d’infanterie), il traversa le Palatinat, il passa la frontière française le 8 août 1870 à Frauenberg près de Sarreguemines. Ensuite il marcha vers Metz où il participa au siège de la ville. Après la capitulation de Metz, Oppermann passa par Nancy, Neufchâteau, Langres, Châtillon-sur-Seine, Joigny, Orléans, Blois, Vendôme, Le Mans jusqu’à Laval.

    Vous pensez bien que je n'ai pu répondre aux demandes de monsieur Bendick, n'étant pas du tout historienne....aussi je les ai faites suivre à notre historien local Dominique Masson ainsi qu'à Jean-Paul Blanchard, historien Icaunais.

    Ces deux derniers ont recherché et trouvé beaucoup de témoignages qu'ils ont transmis à Monsieur Bendick, et ce dernier a ensuite décidé de venir à Châtillon rencontrer Dominique Masson.

    Dominique Masson l'a conduit au cimetière Saint-Jean où se trouvent de nombreuses tombes de soldats allemands tombés lors de la "surprise de Châtillon"...

    http://www.christaldesaintmarc.com/les-monuments-eleves-aux-morts-de-la-surprise-de-chatillon-a207632646

    puis il a organisé une rencontre avec la Municipalité de Châtillon sur Seine représentée par François Gaillard, avec Gilles Surirey historien, membre du du Souvenir Français et ancien Archiviste de la Ville, avec les correspondants de presse du Bien Public et du Châtillon Presse et ...avec moi même, qui suis finalement le premier maillon de cette histoire !

    Voici les trois historiens réunis pour une photo souvenir, Gilles Surirey, Rainer Bendick et Dominique Masson, très heureux de cette rencontre enrichissante, tant du côté français que du côté allemand :

    Rainer Bendick, historien allemand, a fait des recherches sur la campagne militaire en France, d'un jeune soldat  durant la guerre de 1870

     François Gaillard a invité Rainer Bendick a revenir à Châtillon sur Seine, pour, s'il le voulait bien, donner une conférence sur ses recherches lorsqu'elles seront finies.

    Ce retour pourrait aussi être l'occasion de lui présenter les richesses du Châtillonnais !

    Monsieur Bendick a été très heureux de cette invitation et l'a acceptée avec joie.

    Rainer Bendick, historien allemand, a fait des recherches sur la campagne militaire en France, d'un jeune soldat  durant la guerre de 1870

    Nous aussi, nous serons très honorés d'écouter le récit de ses recherches et nous sommes impatients de connaître toutes ses découvertes sur l'histoire de notre pays.

    A noter que la Ville de Châtillon sur Seine prépare, du 13 au 21  novembre 2021, une exposition sur la guerre de 1870, cette "guerre oubliée" dont peu de personnes se souviennent (car ce fut une défaite pour la France et l'épisode de la Commune l'occulta un peu)  et pourtant elle fut bien sanglante....

    Notre ville en paya le prix fort : en effet le Maire de l'époque Achille Maître fut fait prisonnier et l’Etat Major Allemand exigea de la ville une amende énorme d' UN MILLION de francs-or  !

     Un autre livre, écrit par un autre soldat qui participa à la guerre de 1870, a été publié en 1901, il comporte de belles illustrations, et le texte est imprimé en écriture gothique (que je trouve très belle !)

    Rainer Bendick, historien allemand, a fait des recherches sur la campagne militaire en France, d'un jeune soldat  durant la guerre de 1870

    Rainer Bendick, historien allemand, a fait des recherches sur la campagne militaire en France, d'un jeune soldat  durant la guerre de 1870

    Rainer Bendick, historien allemand, a fait des recherches sur la campagne militaire en France, d'un jeune soldat  durant la guerre de 1870

    Rainer Bendick, historien allemand, a fait des recherches sur la campagne militaire en France, d'un jeune soldat  durant la guerre de 1870

    Rainer Bendick, historien allemand, a fait des recherches sur la campagne militaire en France, d'un jeune soldat  durant la guerre de 1870

    Rainer Bendick, historien allemand, a fait des recherches sur la campagne militaire en France, d'un jeune soldat  durant la guerre de 1870


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  • Dominique Masson nous offre aujourd'hui un superbe conte écrit par un écrivain, un peu oublié aujourd'hui, écrivain qui ravit ma jeunesse, André Theuriet.

    Ce conte qui se passe à Recey sur Ource, s'inscrit admirablement dans la série de notules que Dominique Masson a consacré à la guerre de 1870 dans notre région. Merci à lui pour cette découverte .

    Notule d’histoire :

    « Sœur Odile », un conte d’André Theuriet sur la guerre de 1870-1871

     André Theuriet, poète, romancier et auteur dramatique, académicien français, est né d’un père bourguignon et d’une mère lorraine.

    Bien que né à Marly-le-Roi(Yvelines) en 1833, il fera ses études à Bar-le-Duc et, bachelier en droit, il sera employé quelques temps comme receveur de canton, à Auberive (Haute-Marne), de 1856 à 1858.

    Maire de Bourg-la-Reine en 1894, c’est là qu’il décédera en 1907.

    Dans ses romans, André Theuriet est un maître écrivain chanteur des bois, des fleurs et des doux sentiments (selon Nestor Urechia, auteur roumain), mais en laissant une grande part à l’autobiographie.          

    Dans son livre Contes forestiers-Tentation, paru en 1894, André Theuriet narre, dans la nouvelle intitulée « Sœur Odile », une aventure survenue à Recey-sur-Ource, qui paraît avoir un grand fond de vérité.

    "Sœur Odile", un conte d'André Theuriet sur la guerre de 1870-1871, un notule de Dominique Masson

    « Un soir, à la mi-octobre, nous nous en revenions, le garde-général Martelot et moi, par la forêt de Charbonnière.

    Martelot, grand, et svelte comme un baliveau, moustaches et barbiche rousses, le nez au vent, le képi sur l’oreille, fumait taciturnement sa pipe en suivant une sente étroite en plein taillis.

    Je lui emboîtais le pas en prêtant l’oreille aux confuses rumeurs qui égaient les bois, à cette saison où la population des villages voisins vient ramasser la faîne.

    Tantôt c’étaient de longs appels de voix féminines, tantôt un fracas de branches gaulées, puis le crépitement des faînes pleuvant dru comme grêle sur les draps étendus au pied des hêtres.

    Ce bruit léger, ailé, incessant, s’harmonisait doucement avec la tombée du jour, avec la brume d’automne qui voilait d’une fumée bleuâtre la fuite des tranchées à demi effeuillées.

    Au moment où nous débouchions au carrefour de la Belle-Etoile, nous eûmes en rencontre deux sœurs de la Doctrine qui, elles aussi, avaient été récolter la faîne et qui s’en revenaient portant alternativement un bissac gonflé de ces brunes graines triangulaires dont on fait une huile excellente.

    À ma grande surprise, Martelot, qui est peu communicatif, s’arrêta pour saluer les deux religieuses et pour échanger quelques mots avec elles.

    Quand il me rejoignit, les deux cornettes blanches et noires se noyaient déjà dans la brumeuse obscurité d’une allée.

    Martelot ralluma sa pipe éteinte, puis me dit avec des pauses entre chaque bouffée :

    Je ne suis pas un mangeur de messes, mais j’ai une sérieuse estime pour ces bonnes sœurs et je ne manque jamais de les saluer, en souvenir d’une de leurs compagnes qui m’a donné le plus bel exemple de dévouement et de force de caractère ! …

    Une singulière aventure… quand j’y repense, j’en ai encore comme une chair de poule intérieure.

    C’est arrivé non loin d’ici, pendant la guerre avec la Prusse.

    Je demeurais alors à Fontaine-Française, chez mes parents, et je faisais partie des mobilisés de la Côte-d’Or.

    Le 21 janvier 1871, Manteuffel, préparant sa jonction avec de Werder, avait lancé sur Dijon les troupes du général Kessler.

    Pendant le combat qui eut lieu à un kilomètre de l’octroi, je fus enveloppé dans un coup de filet et fait prisonnier avec une cinquantaine de mobiles de l’Yonne.

    On nous dirigea d’abord sur Messigny où l’un des régiments de Kessler était cantonné et où nous passâmes la nuit à grelotter dans une prairie piétinée par les chevaux.

    Ceux qui avaient conservé peu ou prou de leur boule de son cassaient une croûte pour tuer le temps ; les autres se serraient le ventre.

    Au petit jour, vint l’ordre de filer sur Châtillon, sous l’escorte d’une trentaine de soldats de la landwehr et de deux sous-officiers.

    Ces Westphaliens à barbe blonde, fusils chargés, baïonnette au canon, marchaient en serre-file de chaque côté de la route boueuse, au milieu de laquelle nous pataugions, ahuris, transis, lamentables, pareils à un troupeau qu’on mène à l’abattoir.

    Quand un traînard faisait mine de rester en arrière, un coup de crosse dans les reins le forçait de rentrer dans le rang.

    Les Westphaliens s’amusaient de nos figures épeurées et, de temps en temps, avec un rire épais, nous criaient : « capout, Franzosen, capout ! ... » ce qui ne contribuait pas à nous remettre d’aplomb.

    Quelques-uns affectaient une hypocrite compassion, et quand on apercevait dans les champs une ferme incendiée, ils secouaient patelinement la tête en murmurant : « La guerre…ah ! malheur ! ».

    Parfois, la route s’encaissait dans les lisières de bois où les chênes avaient encore conservé leurs feuilles séchées.

    Alors les deux files de l’escorte nous serraient de plus près ; les hommes, craignant quelque embuscade de francs-tireurs, jetaient à droite et à gauche des regards farouchement inquiets et, avec des jurons allemands, nous ordonnaient de presser le pas.

    Un vent du nord-ouest poussait au-dessus de nous des échevèlements de nuages gris et, de temps à autre, des flocons de neige nous frôlaient la joue.

    Du milieu des champs nus, des corbeaux s’envolaient avec un bref croassement, tournoyaient lentement dans l’air, puis allaient s’abattre cent mètres plus loin.

    Ces lugubres vols d’oiseaux, ce ciel plein de neige contribuaient à accroître notre anxieux malaise.

    Les villages que nous traversions semblaient déserts ; à peine, derrière un rideau timidement soulevé, entrevoyions-nous, çà et là, un visage qui se collait aux vitres, puis disparaissait à la vue des uniformes allemands.

    Après trois heures de marche, on fit halte à Recey et on nous parqua sur la place du bourg, en face de la mairie et de la maison d’école.

    Quelques paysans, des femmes surtout, s’attroupaient derrière le cordon des sentinelles et nous envoyaient silencieusement des regards mouillés de pitié ; les plus hardies essayaient de nous parler, mais les Westphaliens les repoussaient rudement.

    Toute communication avec les gens du pays était sévèrement défendue ; bien que nous fussions quasi morts de faim, on interdisait à l’habitant de nous offrir un verre de vin ou un morceau de pain.

    Une exception, cependant, était faite en faveur des religieuses.

    Celles-ci pouvaient seules transmettre aux prisonniers de guerre les secours envoyés par quelques âmes charitables.

    Les sœurs de l’école de Recey ne manquèrent pas de profiter de la permission ; sitôt qu’elles furent averties de notre passage, elles arrivèrent sur la place, pliant sous le poids de lourds paniers de provisions.

    Elles étaient deux et portaient le costume des sœurs de la Doctrine chrétienne : la cornette pointue, blanche sous la coiffe noire ; la large guimpe empesée couvrant carrément la poitrine ; la robe noire aux manches et à la jupe très ample.

    La plus jeune, qui paraissait la supérieure et que sa compagne appelait respectueusement « ma sœur Odile », avait le teint blanc comme sa cornette, les traits fins, les yeux bruns voilés de longs cils et modestement baissés.

    Sa figure énergique et douce, intelligente avec je ne sais quoi de chastement ingénu, donnait l’impression d’une délicate fleur sauvage. 

    Une fois au milieu de nous, les deux religieuses menèrent lestement leur distribution, ménageant leurs paroles, mais nullement leur bon vouloir.

    Bientôt notre misérable troupe eut de quoi apaiser sa faim : pain frais et viande froide, et les quarts se tendirent à la ronde vers les bouteilles de vin clairet que débouchait la plus âgée des sœurs.

    A l’exception des sentinelles préposées à notre garde, le reste de la troupe s’était égaillé sur la place et la surveillance se relâchait.

    Les sous-officiers étaient entrés à l’auberge ; quelques soldats baguenaudaient devant la vitrine de l’horloger et guignaient avec convoitise les montres de l’étalage ; d’autres, se bousculant autour d’un barillet d’eau-de-vie de marc, s’administraient de copieuses lampées de schnapps.

    De notre côté, nous mastiquions ferme et nous jouions tous des mâchoires.

    Un seul semblait manquer d’appétit : un petit moblot[i] maigre et pâle qui flottait dans sa capote grise.

    Il n’avait pas touché à son pain et paraissait vanné de fatigue ; les traits tirés, l’œil fiévreux et comme égaré, il regardait alternativement les sentinelles aux baïonnettes luisantes et sœur Odile vidant son panier de provisions.

    Tout à coup, tandis que les sentinelles tournaient le dos, invinciblement hypnotisés par le robinet du barillet d’eau-de-vie, je vis le petit moblot, preste comme un verderet (un lézard), ramper vers la sœur Odile, soulever l’ample jupe noire et y disparaître.

    Ça ne dura pas le temps de dire : « Ouf ! » et personne ne s’en aperçut, sauf quelques camarades que l’ébahissement tint cois et bouche bée.

    J’étais moi-même abasourdi. Je pensais avec un violent battement de cœur : « Le malheureux !... La sœur va crier et les Prussiens le fusilleront…

    Ils ne plaisantent pas sur la discipline et la décence et ils ne pardonneront pas à ce gamin d’avoir cherché à leur échapper en prenant pour cachette les jupes d’une religieuse… ».

    Je m’attendais à quelque terrible esclandre et involontairement je fermai les yeux.

    N’entendant rien, je les ouvris presque aussitôt et je regardai sœur Odile.

    Elle n’avait pas bougé, seulement une légère rougeur rosait ses joues pâles.

    Ses yeux baissés ne laissaient rien transparaître de ce qui se passait dans son âme.

    Mais l’immobilité de son visage contrastait avec la nerveuse précipitation avec laquelle elle fouillait le fond de son panier vide et je vis que sa guimpe était agitée par un tremblement intérieur.

    Avec un mélange de stupeur et d’admiration, je contemplai la pauvre fille.

    Je songeais, à part moi, que si maigre que fût le petit moblot, et si ample que fut la jupe de la religieuse, il n’y avait pas beaucoup de place sous cette robe à plis droits, et que, pour se maintenir dans sa cachette, le jeune homme avait dû entourer de ses bras les jambes de sœur Odile.

    Je me représentais le cruel trouble que cet étroit contact masculin devait jeter dans le cœur de cette vierge ; les affres et les pieuses révoltes de la femme et de la nonne pendant cette violation de ce qu’il y avait en elle d’intime pudeur.

    Une femme du monde aurait poussé les hauts cris ou aurait cru devoir se trouver mal.

    La sœur restait impassible, se disant sans doute qu’il s’agissait de sauver une vie humaine et imposant héroïquement silence aux effrois de son sexe, aux scrupules de sa foi religieuse.

    Il me semble la voir encore au milieu de la place boueuse-pâle, les paupières voilées, profilant sa chaste silhouette noire sur la devanture verte de la boutique d’horlogerie.

    Ma parole ! les camarades et moi, nous étions confondus de saisissement et de respect devant cette merveilleuse force d’âme.

    « Vorwaerts ! »(en avant) cria le Feldwebel qui sortait de l’auberge.

    Il y eut un cliquetis d’armes, les files se reformèrent et vivement on se remit en marche, car on était en retard.

    Au bout de la rue, je me retournai du côté de la place.

    La sœur Odile n’avait pas osé bouger, abritant encore sous sa robe le petit moblot qui lui dut la liberté et la vie.

    Quand le dernier prussien eut disparu au tournant de la rue, elle conduisit en rougissant son protégé chez un paysan qui lui prêta des vêtements civils, et il put regagner Dijon par les bois…

    Depuis ce temps-là, j’ai ces braves cornettes blanches en vénération, et je suis d’avis qu’au point de vue du dévouement et de l’énergie morale, ces béguines-là nous sont fichtrement supérieures… »

    [i] Le moblot, mot dérivé de mobile, était le surnom que la population française, en 1870, donna spontanément aux gardes mobiles, incorporés dans la Garde nationale

    "Sœur Odile", un conte d'André Theuriet sur la guerre de 1870-1871, un notule de Dominique Masson

    Lors d'une visite dans le village d'Auberive, pour visiter sa superbe abbaye, j'ai remarqué cette stèle et quelle ne fut pas ma surprise de voir qu'elle honorait un écrivain que j'avais beaucoup lu autrefois, André Theuriet.

    André Theuriet , que je préfère de loin à George Sand et sa "petite fadette", est un écrivain qui chante les terroirs, les forêts, les petites villes bourgeoises  avec énormément de sensibilité.

    Comme le rappelle Dominique Masson, en préface du conte "Sœur Odile", André Theuriet fut Receveur du Canton à Auberive.

    J'avais photographié cette stèle sans penser qu'elle me servirait un jour, eh bien ce temps est arrivé  et je suis bien heureuse que cet écrivain,  au style admirable, sorte d'un oubli qu'il ne méritait pas....

    "Sœur Odile", un conte d'André Theuriet sur la guerre de 1870-1871, un notule de Dominique Masson


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  • Dominique Masson nous éclaire aujourd'hui sur une guerre d'Algérie...qui eut lieu en 1870.

    Déjà à cette époque, alors que le second Empire venait de s'effondrer, des mutineries d'indigènes eurent lieu...un prélude à n'en pas douter à ce qui allait se passer au XXème siècle...

    Merci à Dominique Masson pour ce passionnant notule d'histoire.

     Notule d’histoire :

    une autre guerre en 1871 : la guerre d’Algérie

     

    Le 4 août 1870, devant Wissembourg, le général Douay, sous les ordres de Mac Mahon, surpris par l’armée du prince impérial de Prusse, dut livrer combat.

    Les régiments algériens montèrent à l’assaut et les Turcos firent des prodiges, couvrant la ville pendant la défaite et sauvant du désastre le gros de l’armée française.

    Le 6, pour couvrir la retraite de Mac Mahon, 1700 tirailleurs algériens attaquèrent à la baïonnette et reprirent des zones perdues.

    Quand ils se retirèrent sous la mitraille ennemie, ils laissèrent sur le terrain 800 hommes.

    Leur résistance acharnée permit la retraite sur Reichshoffen.

    Mais, lorsque fin décembre, Gambetta, ministre de la Guerre, donne l’ordre de mobiliser les spahis d’Algérie et de les embarquer aussitôt à destination de Marseille, ceux d’Aïn Guétar, près de la frontière tunisienne, se mutinèrent.

    Ils refusaient d’aller combattre en Europe, où nombre d’entre eux avait laissé leur vie.

    Ces mutineries sont le prélude à la révolte qui éclata en janvier 1871 en Algérie.

    La conquête de l’Algérie par la France a commencé à partir du 14 juin 1830, date à laquelle les Français débarquent en Algérie, suite à un incident diplomatique, le coup d’éventail.

    En 1848, après la reddition d’Abd El Kader, l’Algérie est officiellement proclamée territoire français.

    Du Ier septembre 1864 au 4 septembre 1870, le maréchal Mac Mahon y est gouverneur général.

    La guerre d'Algérie

    (figure 1 : Voyage de Napoléon III à Mostaganem le 20 mai 1865)

     Napoléon III, assez idéaliste, voulait préparer l’égalité pour les indigènes et endiguer les ambitions des colons ; il permettra aux indigènes d’acquérir des terres et le sénatus-consulte du 14 juillet 1865 fixe les conditions d’accession des musulmans et des juifs à la citoyenneté française.

    L’empereur lui-même fait deux séjours en Algérie, en septembre 1860 et du 3 mai au 7 juin 1865.

    En 1866, on dénombre 22 600 immigrés contre 265 070 indigènes.     

     Dès 1830, des unités d’infanterie de zouaves sont créées au sein de l’armée d’Afrique.

    En 1841, se crée en Algérie des bataillons de tirailleurs indigènes, surnommés Turcos après la guerre de Crimée, et qui intégreront la Garde impériale en 1863.

    Dans le même temps, un corps de cavaliers indigènes est créé sous la dénomination de spahis.

    Au début de la guerre contre la Prusse, trois régiments de tirailleurs algériens sont envoyés en France où ils combattent vaillamment, tandis que d’autres bataillons, présents au sein de la Garde impériale, rejoignent directement le front.

    La guerre d'Algérie

     (Figure 2 : Exemple de dépêche envoyée aux Préfets et au Gouverneur d'Algérie AMC 4H11)

    Avec la proclamation de la République en France, la situation va être confuse en Algérie.

    L’annonce de la chute de l’Empire, le 4 septembre, va provoquer des manifestations révolutionnaires contre le second Empire, à Oran, Orléansville ou Alger, et les colons vont chercher à en profiter.

    Ceux-ci sont, en partie, des déportés en Algérie après la répression de la Révolution de 1848, ou à la suite du coup d’Etat napoléonien du 2 décembre 1851 ou de l’attentat d’Orsini de 1858.

    Une association républicaine fut créée à Alger, comprenant, entre autres, des proudhoniens, des fouriéristes et des néojacobins ; une section de la Première Internationale y fonctionnait également.

    Mais le rôle dirigeant parmi les colons est assuré par des démocrates petit-bourgeois.

    Des comités révolutionnaires, des clubs démocratiques firent leur apparition dans plusieurs villes d’Algérie.

    Mais ces colons communards réclamaient une administration civile, dont ils seraient les seuls maîtres, rejetant le gouverneur militaire et risquant de faire peser sur les Algériens une domination encore plus dure que celle de l’armée coloniale.

    Pour cette gauche blanche, la République sociale et démocratique devait se faire par les Européens et pour les Européens, en renforçant la domination coloniale qui déshumanisait les colonisés algériens, invisibles à leurs yeux.

    Pour diriger l’Algérie, le Gouvernement de la Défense nationale nomme Jean-Louis Marie Ladislas Esterhazy, à la place de François Louis Alfred Durrieu, gouverneur intérimaire d’Algérie du 27 juillet au 24 octobre 1870.

    Arrivé à Alger le 23 octobre, il subit une insurrection populaire, appuyé par le conseil municipal d’Alger, qui l’empêcha de prendre ses fonctions en envahissant le palais du gouverneur ; il fut obligé de démissionner le 28 octobre.

    Le comité républicain d’Alger avait, en octobre, organisé des élections municipales et c’est Romuald Vuillermoz qui s’était autoproclamé maire ; c’était un avocat, déporté à la suite du coup d’état de 1851.

    Il s’appuie sur une Garde nationale, en fait une milice, composée essentiellement d’Européens.

    Gambetta, depuis Bordeaux, l’accuse de faire le « dictateur » et refuse de reconnaître Vuillermoz comme commissaire civil extraordinaire par intérim.

    La République préfère nommer elle-même des commissaires extraordinaires (Charles du Bouzet d’abord, du 16 novembre 1870 au 8 février 1871, puis Alexis Lambert, du 8 février au 10 avril 1871).

    Alger proclame la Commune le 8 février mais, bien qu’ayant plus tard un représentant à la Commune de Paris, celle-ci n’a pas les mêmes aspirations que les communards de la métropole, et le pouvoir des colons ne dépassait pas le littoral.

    C’est aussi le 8 février que l’Algérie va élire le général Garibaldi comme député (il fut aussi élu à Paris, dans les Alpes Maritimes et en Côte d’Or).

    Victor Hugo intervint à l’Assemblée, Nationale, débattant de la décision d’invalider l’élection de Garibaldi à l’Assemblée d’Alger, le 8 mars 1871, sous prétexte qu’il n’était pas français, bien que né à Nice ; chahuté, il donna sa démission.

    Face à ces européens qui ne regardent que leurs intérêts, existent les invisibles algériens, mais qui recevaient les journaux de la métropole évoquant les défaites françaises et, en outre, des soldats rentraient en Algérie et décrivaient ce qui se passait en France.

    Les musulmans ont connu une sévère crise alimentaire entre 1866 et 1868, qui a laissé des traces, et les insurrections dans les Aurès et en Kabylie ont été réprimées dans le sang.

    La guerre franco-prussienne de 1870 fit souffler un nouveau vent de révolte dans toute l’Algérie et on acheta des armes, des munitions, des chevaux, agissant comme si l’autorité française avait cessé d’exister en Algérie, à une époque où la France avait dégarni de troupes le territoire algérien pour faire face à l’invasion prussienne.   

    Déjà, en 1869, le maréchal Mac Mahon avait alerté le gouvernement : Les Kabyles resteront tranquilles aussi longtemps qu’ils ne verront pas la possibilité de nous chasser de leur pays.

    Dès le 15 septembre 1870, le général Durrieu signalait quun mouvement insurrectionnel, impossible à prévenir et susceptible de devenir général, me paraît imminent et, avec le peu de troupes dont je dispose, je ne saurais prévoir la gravité de ses conséquences.

    Après des mouvements d’abord à Moudjebeur, le 20 janvier 1871, puis la mutinerie d’Aïn Guettar, le 23, la révolte des Spahis s’amplifia à partir du 16 mars, quand le Bachaga Mohammed El Mokrani sonna l’heure de la révolte dans la région des Bibans, le 14 mars 1871 : la guerre du Français va commencer.

    Mokrani a été déçu par la France et a subi, de 1853 à 1870, un certain nombre de vexations et d’humiliations.

    Le 15 avril, il écrit : Si j’ai continué à servir la France, c’est parce qu’elle était en guerre avec la Prusse et que je n’ai pas voulu augmenter les difficultés de la situation.

    Aujourd’hui, la paix est faite, et j’entends jouir de ma liberté… Mes serviteurs sont arrêtés… et partout on affirme que je suis insurgé… Je m’apprête à combattre.

    Aussitôt, plus de 250 tribus se soulèvent, soit 1/3 de la population de l’Algérie.

    Afin de donner une assise populaire et religieuse à sa révolte, il envoya une délégation auprès du cheikh El Haddad, qui était à la tête de la grande confrérie soufie de la Rahmaniyya.

    Le 8 avril 1871, ce dernier au marché de Seddouk, proclame le jihad.

    Le 14 avril, les révoltés sont à 60 km d’Alger.

    Une autre guerre en 1870, la guerre d'Algérie

     Figure 3 :Attaque de Bordj Bou Arreridj par les hommes du Cheikh El Mokrani  (L'Illustration 1871)

    La République réagit en envoyant, le 29 mars, un gouverneur militaire, l’amiral Louis Henri de Gueydon, premier gouverneur militaire en Algérie de la IIIe République et la commune d’Alger va s’effacer face au danger.

    Une autre guerre en 1870, la guerre d'Algérie

     Figure 4 :Territoires touchés par la révolte de Mokrani

    (Djilali Sari : l'insurrection de 1871 SNED Alger 1972)

     Le ministère de la Guerre décide, suite au désengagement sur le front en Europe, de l’envoi de 17 500 hommes pour réprimer l’insurrection, suivi de 4 000 hommes début avril, portant ainsi le total des soldats français en Algérie à 86 000.

    Le 25 avril, le gouverneur déclare l’état de siège.

    L’insurrection ne prendra fin qu’avec la mort de Mokrani, le 5 mai 1871 et la capture de Bou-Mezrag, frère de Mokrani, le 20 janvier 1872. 

    La répression fut sévère.

    Il y aura des condamnations à mort, des déportations en Nouvelle-Calédonie, le versement d’une contribution de guerre et450 000 ha de terres sont confisquées.

    Au regard de l’histoire, la révolte de Mokrani est la première grande insurrection contre la colonisation française.

    Une autre guerre en 1870, la guerre d'Algérie

     Figure 5 : extrait du journal "Le petit moniteur universel" 25 juillet 1871 AMC 4H40

    La France, en Algérie, a porté ses effectifs à 86 000 hommes et a livré 340 combats.

    Si les pertes du côté algérien sont inconnues, elles s’élèvent du côté des soldats français à 2686 morts, dont la moitié de maladie.

    Nous avons relevé deux Châtillonnais décédés lors de cette guerre.

    Une autre guerre en 1870, la guerre d'Algérie

    Figure 6 : Inscription sur le monument de Sainte Colombe sur Seine (Cliché Dominique Masson)

    Le premier est Pierre Victor Misset, né à Sainte Colombe le 12 février 1850, mort à 21 ans à l’hôpital militaire de Nemours (Ghazouet aujourd’hui).

    Il était soldat au quatrième régiment d’infanterie de marine et mourut le 10 avril 1871 ;la transcription à l’état-civil de Sainte Colombe fut faite le 12 juin 1873 (son nom est orthographié « Missey »).

    Son nom est inscrit, à gauche, sur le monument érigé au cimetière de Sainte Colombe, en 1902, par souscription publique, sous l’initiative de la 1023e section des Vétérans et de la Société de tir de l’Espérance de Sainte Colombe.

    Une autre guerre en 1870, la guerre d'Algérie

    Figure 7 : Transcription de l'acte de décès de "Missey" à l'état-civil de Sainte-Colombe sur Seine

    Une autre guerre en 1870, la guerre d'Algérie

     

    Figure 8 : Monument élevé en l'honneur des soldats morts au cimetière de Sainte-Colombe sur Seine (cliché Dominique Masson)

    Le second est Alexandre Chrétien, né à Verpillières (Aube), soldat de deuxième classe au 27e bataillon de chasseurs à pied, âgé de 21 ans, mais habitant à Riel-les-Eaux.

    Entré à l’hôpital de militaire de Fort-National (aujourd’hui Larbaâ Nath Irathen), il y décéda le 29 juin, par suite de plaie par arme à feu du foie et de l’abdomen.

    Son décès sera retranscrit sur l’état-civil de Riel le 29 juillet 1873.

    Une autre guerre en 1870, la guerre d'Algérie

    Figure 9 : Transcription du décès d'Alexandre Chrétien à l'état-civil de Riel les Eaux

    Une autre guerre en 1870, la guerre d'Algérie

     Figure 10 : Réponse du Maire de Riel les Eaux à la demande du maire de Châtillon sur Seine pour établir une plaque à l'église Saint-Nicolas AMC 4H42

    (Dominique Masson)

    Remerciements à Michel Massé


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  •  

    Notule d’histoire :

    A propos du livre de Léon Légey :

     « Châtillon-sur-Seine pendant la guerre de 1870-71 ; souvenirs d’un enfant de Châtillon » (Leclerc, 1899)

    A propos du livre de Léon Légey

    Dans le journal Le Figaro, du 30 août 1918, n° 242, on pouvait lire un article de Louis Latzarus :

    Deux historiens 

    Le 23 juillet 1870, un petit garçon de Châtillon-sur-Seine, dans la Côte d’Or, revenant du collège et passant devant la mairie, vit affichée sur la porte une proclamation de l’Empereur.

    Il la lut, la trouva belle et la copia sur son cahier de brouillons.

    Rentré à la maison, il la reporta, d’une écriture appliquée, sur un cahier neuf.

    « Français, il y a dans la vie des peuples des moments solennels… Je vais me mettre à la tête de cette vaillante armée qu’anime l’amour de la patrie… J’emmène mon fils avec moi, malgré son âge… Dieu bénisse nos efforts ! Un grand peuple qui défend une cause juste est invincible. »

    Quel élève de quatrième n’eût pas frémi à de tels mots. !

    En ce temps-là, les élèves de quatrième n’avaient pas de bicyclette, ne jouaient pas au foot-ball, n’allaient pas au cinéma, et quelques-uns d’entre eux seulement avaient une collection de timbres.

    Si c’était mieux ainsi, je n’en déciderai pas.

    Le fait est que celui-là, qui s’appelait Léon Légey, se mit en tête de copier désormais, aussi longtemps du moins que durerait la guerre, tout ce qu’il trouverait affiché sur la porte de la mairie.

    Les enfants, aujourd’hui encore, ont des idées singulières.

    Tout d’abord, Léon Légey ne trouva pas grand-chose.

    Et même rien du tout.

    Au bout de dix jours, son cahier ne s’était enrichi que d’une toute petite dépêche de Sarrebrück.

    Le 7 août, enfin, une autre dépêche, datée de Metz, celle-là :«...L’épreuve qui nous est imposée est dure… ».

    Mais ensuite, il ne se passa guère de jour où l’élève Légey n’eût un grand travail.

    Le ministre de l’Intérieur s’était mis à télégraphier sans relâche au sous-préfet des appels, des encouragements, des conseils et des ordres.

    Et le collégien copiait tout, sans rien mépriser, ni l’adresse, ni le « pour copie conforme ».

    C’est ainsi qu’il ne trouva pas indigne d’être conservée intégralement la dépêche suivante :

    Paris, le 9 août 1870, 3h15 du soir

    Le Ministre de l’Intérieur à MM les Préfets, Sous-Préfets et et à M le Gouverneur Général de l’Algérie

    Je reçois du Quartier Général la dépêche suivante :

    « Metz, 9 août 1h45 soir
    Rien de nouveau à signaler »

    Pour copie conforme :

    CHEVALIER de VALDRÔME

    Pour copie conforme :

    Le Sous-Préfet
    A GÉRARD

    Je ne vous cite cette vaine nouvelle que pour vous montrer par un exemple la méthode dont usait le jeune garçon.

    Rien de ce qui était affiché ne lui semblait négligeable.

    Il eût copié le Coran, si M. Chevalier de Valdrôme avait jugé opportun d’en télégraphier les versets.

    Mais déjà M. Chevalier de Valdrôme s’évanouissait.

    Avec indifférence, l’écolier copia la signature de son successeur.

    Et bientôt les odes de Gambetta remplacèrent la prose de M. Henri Chevreau.

    Vers le 13 novembre, le style changea plus encore.

    Trente dragons badois venaient d’entrer dans la petite ville, au grand galop et pistolet au poing.

    Léon Légey, qui les vit passer, écrivit aussitôt cette nouvelle sur son cahier, et puis courut à la mairie copier les barbarismes de la Commandantur :    

     « Renouvelé à la mairie de laisser réguler toute en suite tous les horloges de la ville sur celui de la gare… L’employé qui sera chargé avec cette commission est responsable à nous et sera puni qui ne fait pas son devoir.

    Ils sont déjà arrivé très souvent inconvénients ».

    Les évènements qui se bousculent viennent tous s’inscrire au jour le jour sur le mur de la mairie.

    Petits ou grands, qu’ils ne puisent émouvoir personne hors des limites de la petite ville, ou bien qu’ils fassent frémir la France entière, ils viennent s’aligner dans le cahier de l’élève Légey.

    Bazaine s’est rendu et on a arrêté la père Maupin, un septuagénaire infirme.

    Blois et Dieppe sont pris, et le major allemand a coupé d’un coup de sabre la main d’un habitant qui tendait une bouteille de vin à un prisonnier.

    Garibaldi se retire sur Autun et la commune de Châtillon doit fournir cent cinquante paires de bottes.

    Le collégien inscrit tout jusqu’au 26 février, où il copie des fautes de français qui ne donnent à rire à personne :

    "A l’impératrice-Reine, à Berlin,

    D’un cœur très mouvé, avec reconnaissance pour la grâce de Dieu, je t’annonce que sont signés au moment les préliminaires de la paix.

    A présent est encore d’attendre le consentement de l’Assemblée nationale de Bordeaux.  

    GUILLAUME"

    Le cahier était à peu près rempli. Léon Légey le ferma et retourna au collège.

                                                                 +++

    A quelque trente ans de là, comme il était devenu un honorable bonnetier, pourvu de fortes moustaches déjà grisonnantes et d’un petit ventre, on ne sait quelle idée le prit.

    Il tira de l’armoire son vieux cahier d’écolier et le porta chez l’imprimeur.

    Je crois bien qu’à cette occasion ses compatriotes firent grande dépense de cette malice narquoise qui est la marque de leur terroir, établi entre deux vignobles glorieux, et alliant la finesse champenoise à la saveur forte et drue de la Bourgogne maternelle.

    Ils ne pouvaient imaginer que des affiches mises bout à bout par un enfant puissent former un livre.

    Et c’était un livre pourtant, un vrai livre, que M. Taine eût manié avec respect.

    Il y eût sans effort, derrière l’histoire précise de la petite ville, enregistrée avec un soin vétilleux, aperçu l’histoire entière de la France, dessinée en traits espacés, mais larges et nets.

    Dieu nous donne, pour faire le récit de la guerre présente, Dieu nous donne, en quelque coin, un collégien sans présomption, copiant les affiches d’un crayon ingénu.

    Car il faut des Dangeau pour que les Saint-Simon n’oublient rien.

    Je suis d’ailleurs persuadé que beaucoup de gens dépourvus de littérature et d’esprit critique, c’est-à-dire qualifiés pour rédiger une histoire documentaire, se sont mis à l’ouvrage au premier jour de la guerre.

    Mais j’ai grand ’peur aussi que leur travail ne demeure éternellement caché et ne s’en aille finalement aux vieux papiers.

    Aucun éditeur ne l’accueillerait aujourd’hui, les événements étant trop neufs encore et trop présents à l’esprit de chacun pour que leur récit pût allécher des lecteurs.

    C’est dans quelques lustres seulement que leurs mémoires pourront briller parmi les cendres de l’oubli.

    Ainsi, on m’a conté que dans l’avenue d’Orléans vit un vieil employé retraité qui, chaque jour, après son déjeuner, prend sa canne et s’en va baguenauder par les rues.

    Il s’appelle M. L’Esprit, ce qui est un fort beau nom.

    Il s’arrête ici et là, parlant avec les petites gens, recueillant les bruits de la ville et récoltant cent petits faits qu’il épingle, le soir, sur un cahier.

    J’ai pu lire quelques pages de ce curieux ouvrage.

    Vous ne sauriez croire ce que M. L’Esprit a pu noter, à propos seulement de la crise du tabac.

    Il a copié les avis narquois ou mécontents, ou autoritaires, que les marchands placardent sur leur porte.

    Il  aregardé les fumeurs attroupés devant la boutique et entendu l’agent leur dire : « Préparez d’avance vos sous ! ».

    Enfin, il a tâché de tout voir et de tout noter, pensant que tout serait intéressant plus tard, comme Léon Légey, copiant sans ennui : « Il n’y a rien de nouveau à signaler ».

    Hélas ! que deviendront toutes les notes que nos petits-neveux consulteraient avec tant de joie ?

    Un bon conseil aux mémorialistes obscurs : qu’ils aient soin de léguer leur manuscrit, par un bon testament, aux Archives ou à la Bibliothèque Nationale.

    Plus tard viendront des historiens patentés, qui tireront de ces documents leur moelle, dessineront des portraits, brosseront des tableaux ingénieux, construiront des thèses, commenteront et philosopheront.

    Jusque-là, ce qui importe, c’est de tout garder, le plus petit fait, la plus mince réflexion, le moindre débris d’affiche.

    Le temps fera son choix, non sans récompenser d’une couronne l’observateur modeste, garçon de bureau de l’Histoire.

    Marie Louis Joseph, dit Louis Latzarus, né à Vitry-le-François le 7 août 1878, a fréquenté le collège de Châtillon et s’y est marié en 1904.

    Journaliste et romancier, il est décédé à Paris le Ier janvier 1942.Il était commandeur de la Légion d’honneur.

    Eugène Charles Léon Légey est né à Châtillon le 4 mars 1854, et décédé dans cette même ville le 8 décembre 1932.

    Il était officier de l’instruction publique.


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  • Dominique Masson nous offre aujourd'hui un superbe notule  recensant  les monuments élevés dans notre ville, en souvenir de la bataille entre Garibaldiens et Allemands en 1870, bataille devenue célèbre sous l'appellation de "Surprise de Châtillon.

     http://www.christaldesaintmarc.com/la-surprise-de-chatillon-garibaldi-un-notule-d-histoire-de-dominique-m-a204217938

    Notule d’histoire :

    Les monuments élevés aux morts de la « surprise » de Châtillon

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 1 : le monument élevé pour les garibaldiens et le monument élevé pour les allemands, cimetière Saint-Jean)

    Le 18 novembre 1889, M. Steenackers, un parisien, envoyait une lettre à la mairie de Châtillon :    

     Mon excellent ami,

    M. Fernand Xau, me demande de jeter sur le papier, pour les lecteurs de l’Echo de Paris, mes souvenirs sur le rapide et sanglant épisode de Châtillon.

    J’ai le plus grand désir de le faire ; il me semble que je m’acquitterais d’’un devoir sacré et je serais heureux de rendre hommage à votre cité si patriotique et si éprouvée en ces temps funestes.

    Mais, si le souvenir est vif de ces choses vécues, je revois tout cela un peu confusément, comme à travers la lueur crépusculaire d’un mauvais rêve.

    Surtout, ce qui s’est passé après la marche de nuit, après que nous nous fûmes séparés, près d’Ampilly, des francs-tireurs de Nice et Savoie, qui devaient attaquer d’un autre côté.

     Dès mon entrée en ville, tout se mêle un peu et je ne sais ni le nom d’une route, d’une rue, d’une place.

    Ainsi, au moment où nous pénétrions dans la ville, je me retrouvais à la dernière escouade des chasseurs du Havre (chemises rouges), et je touchais la tête de colonne des éclaireurs du Doubs en capotes grises de lignards.

    C’est en ce moment qu’une trombe de feu et de plomb passa devant nous, ricochant contre les murailles et jetant le désordre dans nos rangs surpris.

    La fusillade partit du sommet d’un haut mur à gauche et je me trouvais à cette minute précise devant une maison-à droite- qu’on me dit être celle du receveur d’octroi.

    Tandis que les éclaireurs du Doubs essayaient d’enfoncer la porte de la propriété d’où étaient partie la fusillade (je vois encore le capitaine de Gladyez, un blond à lunettes, frappant la porte à coups furieux de la hampe de son drapeau), nous entrions au pas de course, échangeant des coups de fusil avec les allemands surpris, qui se sauvaient pour rallier le quartier général à l’Hôtel de ville ou à la sous-préfecture.

    Les balles pleuvaient dru ; mon pauvre Charles était tombé et son sang m’avait éclaboussé la figure.

    Sur le trottoir, gisait, mort, un éclaireur, tombé les jambes un peu repliées, la tunique légèrement retroussée.

    On allait de l’avant.

    Dans une rue, à notre droite, on se battait dans les maisons !

    C’est là que mon ami le caporal Parnin, eût le poignet fracassé par une balle.

    Mon colonel, M. le comte de Houdetot, m’appela près de lui et nous rejoignîmes le général Ricciotti, très pâle, très calme, la moustache nerveusement tortillée, criant de toutes ses forces : Avanti !

    A un moment, sur une place ou à un carrefour, où il y avait, autant que je puis me le rappeler, une pompe ou une fontaine, une décharge nous arriva, le cheval de Ricciotti se cabra et faillit manquer des quatre pieds ; mais le général le ramassa et partit au galop avec mon commandant M. de Amone, plusieurs officiers italiens et M. de Houdetot.

    J’avais reçu dans mon képi et dans ma couverture deux projectiles-mais, plus heureux que mon malheureux jeune frère, je n’avais aucune blessure.      

    Le bruit de la fusillade avait cessé, on sonnait la retraite et de partout débouchaient des soldats amenant des prisonniers et des chevaux.

    Nous reprenions vivement la route de Coulmiers le Sec.

    On disait qu’une forte colonne du corps du général Werder, allant de Langres à Chaumont, allait arriver : nous nous attendions à être rattrapés.

    A partir de ce moment, mes souvenirs sont très précis.

    J’ai même gardé mémoire du texte de la lettre adressée au nom de Ricciotti par M. de Houdetot au chef de la colonne allemande, qui menaçait Châtillon de représailles.

    Les choses vues, vécues, m’ont beaucoup frappé au milieu du tohu bohu effrayant de cette surprise rapide comme un coup de foudre…[i]

    Après cette « surprise », le commandant allemand Lettgau s’était retiré sur Châteauvillain, tandis que les garibaldiens se dépêchaient de partir vers Dijon.

    Lorsqu’il revint, il fallut relever et enterrer les morts.

    Le 20 novembre, le colonel Lettgau, commandant de place, donnait comme ordre :

    1°, enlèvement des corps des francs-tireurs en présence d’une commission composée partie d’officiers allemands, partie de membres du conseil municipal, à l’effet de reconnaître l’identité des morts…9°, les habitants qui ont des francs-tireurs blessés chez eux devront les porter à l’hospice[ii].

     Le commissaire de police, Adolphe Edme Fauchon, et le receveur de l’hospice, Jean-Baptiste Joseph Mariotte, parcoururent les rues pour recueillir les corps et établir la fiche d’état-civil.

    [i] Archives Municipales de Châtillon sur Seine (AMC), 4 H 16

    [ii] AMC, 4 H 16

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 2 : Garibaldiens tués lors de la "surprise" de Châtillon)

    Il est difficile de connaître les noms des garibaldiens tués lors de cette bataille et on ne peut qu’avoir quelques indices.

    Le premier concerne Barral, des francs-tireurs de l’Isère, né à Chirens, en Isère [i].

     [i]Pour M. Molis, il est originaire de Saint-Geoire en Valdaine, mais peut-être que c’était son lieu de résidence.

    Il cite également parmi les morts, Raphaël, de Tullins (38210), mais le franc-tireur Barnoud indique qu’il n’a été que blessé.

    Outre les Dauphinois, il indique deux francs-tireurs des Vosges, un du Havre et un de Dôle parmi les tués.

    M. Blanchard parle de trois francs-tireurs du Havre tués, selon des sources des archives militaires françaises.

    Dormoy avait indiqué : 2 Dauphinois, 2 Vosgiens, 1 Dolois, 1 Havrais (« Souvenirs d’avant-garde », Paris, 1887)

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 3 : le journal "l'Impartial" dauphinois décembre 1870)

    La lettre de M. Steenackers donne aussi des renseignements :

     il y a juste aujourd’hui dix neuf ans que mon pauvre jeune frère Charles Pierre Steenackers tombait à côté de moi, frappé par une balle allemande, en même temps que mon brave camarade François Favré et un de nos compagnons d’armes de la compagnie des éclaireurs du Doubs, commandés par Nicolaï.

    Le médecin major Ellendorf, dans une lettre datée du 21 novembre et publiée dans le Westfälicher Anzeiger le 29, déclarait qu’il y avait eu 4 francs-tireurs tués et 12 blessés, la plupart se trouvent dans les maisons.

    En fait, il y eut en tout 8 garibaldiens tués le 19 novembre.

    Pour les prussiens, c’est ce médecin major qui s’occupa de les faire enterrer dans les jours suivants.

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (figure 4 :billet du médecin-major Ellendorf   AMC 4H42)

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 5 :tableau des morts allemands lors de l'attaque du 19 novembre 1870 , établi par Günter Wiesendahl)

    Le lieu choisi pour enterrer garibaldiens et allemands fut le cimetière Saint-Jean de Châtillon.

    Il avait été agrandi, au nord, par la vente, en 1866, d’un terrain de 133 ares 70 centiares appartenant à M. Achille Maître ; aussi, y avait-il de l’espace pour de nouvelles tombes.

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 6 :Le cimetière Saint-Jean en 1810, cadastre napoléonien)

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 7 :Le cimetière Saint-Jean aujourd'hui, cadastre de Châtillon sur Seine)

     Le 22 novembre 1870, il fut dû, par la commune, à MM. Coquet et Laurain, la somme de 10,50f.  pour avoir enlevé 7 cadavres, et à Coquet pour deux journées au cimetière.

    Il fallut aussi enlever les chevaux morts : il y en eut un devant la grille de M. Maître ; à l’hôtel de la Couronne ; devant chez madame Faillot ; à la Charme ; chez Lebois, marchand de faïence ; chez Malgras ; à Courcelotte ; route de Massingy ; à Massingy ; au château de M. Maître (soit 10 chevaux, à raison de trois francs par cheval, sans s’occuper de la fosse) [i].

    On trouve également dans les comptes la somme de 107, 25 f. à M. Maillé, sabotier, pour le creusement de 51 fosses pour enterrer les prussiens, les francs-tireurs et quelques pauvres, ainsi que 6 journées pour mettre de la chaux sur les tombes, ainsi que 60,75 f. à M. Barrachin, pour le creusement de 27 fosses au cimetière Saint-Jean [ii].

    [i] AMC, 4 H 18

    [ii] Etat des quittances empruntées pendant l’invasion ; AMC, 4 H 18

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 8 : plan du cimetière Saint-Jean, établi le 20 octobre 1873, indiquant en bleu les tombes françaises et en rouge les tombes allemandes ; AMC 2M11)

    Pendant cette guerre, d’autres soldats allemands décédèrent à Châtillon et furent enterrés au cimetière Saint Jean.

    A la fin de la guerre, il y avait les tombes de 84 militaires allemands disséminées dans le cimetière : 6 tombes se trouvaient dans la partie sud, mais, au nord, à côté de 3 tombes individuelles (B, D, E), un espace d’environ 15 m sur 13, 75 m (soit une surface de 198, 59 m2) était occupé par des sépultures allemandes (A).

    L’armistice entre la France et l’Allemagne avait été signé le 15 février 1871, un traité de paix préliminaire le 26 février, confirmé au traité de Francfort le 10 mai 1871 ; la Côte d’Or est alors libérée de l’occupation allemande.

    L’article 16 du traité de Francfort stipulait que

    les deux Gouvernements, Français et allemand, s’engagent réciproquement à faire respecter et entretenir les tombeaux des soldats ensevelis sur leurs territoires respectifs.

    Une concession de 25 ans fut donnée pour les tombes des soldats prussiens, le 22 juin 1871 (emplacements n° 99-100, Nord).                                                                     

    Deux tombes cependant se démarquent.

    La première est celle du major Richard von Alvensleben, tué lors de la « surprise » de Châtillon.

    Ayant reçu une blessure mortelle alors qu’il cherchait à s’enfuir, l’empereur refusa son transfert en Allemagne.

    Le 14 avril 1871, fut prise une concession de 50 ans ; sa tombe était en pierre, couverte en lierre(emplacement n° 352, dans la partie sud).

    La deuxième est celle du lieutenant Erick Griepenkert, décédé le 6 mars 1871 ; une concession pour 25 ans fut prise le 21 mars 1871 (tombe droite à entourage de pierre, emplacement n°351, partie sud) [i], sur la demande de son père, par l’intermédiaire du major de place et adjudant de la commandantur de Châtillon.

    Pour deux tombes, marquées F et G sur le plan de 1873, il est indiqué qu’elles portent des inscriptions en allemand ; ce sont peut-être les tombes d’Alvensleben et de Griepenkert [ii].

    [i] AMC, 1 M 36

    [ii] Il y aurait eu écrit sur la tombe du major Alvensleben : « Hier richt Richard von Alvensleben major in Regiment garde du corbsgeb. 10 novembre 1828, gefallen für Koënig und Vaterland am 19 novembre 1870 bei Châtillon », selon Ponsignon Jean, « le général Riu ou la vie étonnante d’un militaire hors normes » ; Cahiers du Châtillonnais, n° 225

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (figure 9 :Billet du major de la commandantur de Châtillon  AMC 2M11)

    Le plan de 1873 indique également, à la lettre C, une colonne en pierre, en forme d’obélisque, surmontée d’un aigle.

    Ce monument est installé sur deux gradins en pierre (l’ensemble a 2,10 mètres de côté).  

    Dès le 23 mai 1871, la commandantur d’étape de Châtillon, selon le journal allemand Westfälicher Anzeiger, avait eu l’intention d’ériger un mémorial aux soldats prussiens reposant au cimetière

    constitué d’un socle carré avec les noms des disparus, sur lequel est posé un obélisque, avec des inscriptions correspondantes. Le coût serait d’environ 250 thalers, pour lesquels la 19e division d’infanterie a déjà réuni 108 thalers...

    Le commandement du district demande aux officiers, sous-officiers et soldats du bataillon d’occupation Unna de lui envoyer le plus vite possible la somme manquante pour compléter la somme requise.

    Mais, à Unna, des voix discordantes se firent entendre, certaines étant contre l’érection d’un monument en territoire ennemi, d’autres au contraire souhaitant un monument à Châtillon et un autre à Unna.

    Le 19 juillet 1871, le journal Helleweger Anzeiger und Bote déplorait que l’érection du monument ne pourrait sans doute pas se faire, à cause du départ de la commandantur.

    Une loterie fut aussi organisée à Unna, mais, à la fin de l’année, rien, semble-t-il, n’avait vu le jour [i].

    Cependant, le monument fut réalisé avant 1873, date du plan confectionné par la mairie de Châtillon.

    Pour les francs-tireurs garibaldiens, il y avait une tombe dans la partie sud, et deux autres dans la partie nord, aux emplacements 139 et 140, avec une tombe droite et un entourage de pierre et de fer (l’ensemble occupant 17, 17 m2).

    Parmi celles-ci, il doit y avoir la tombe de Victor Melnotte, franc-tireur décédé le 9 décembre 1870, dont une concession fut accordée le 25 mai 1875, pour 15 ans (croix de fer dessus ; n° 157, nord).

     Le Ier novembre 1871, une commission de citoyens s’adressa au Conseil municipal :« se croyant, avec juste titre, les interprètes de la majorité de leurs concitoyens, considérant que le Conseil municipal, par une omission involontaire sans doute, n’a rien proposé qui ait pour but de rappeler aux habitants le souvenir du fait de guerre du 19 novembre 1870 », se proposaient d’élever, par souscription publique, un monument funéraire à la mémoire de ces patriotes.

    Ils demandaient à la mairie de leur accorder une concession gratuite et définitive de 3 mètres de côté au cimetière Saint Jean, ce qui leur fut accordé.

    Mais le Conseil demanda que les pétitionnaires leur soumettent le projet du plan du monument qu’ils se proposaient d’ériger sur le terrain concédé [ii].

    Dans la séance du 13 janvier 1872, le Conseil examina le plan du monument et rappela qu’il avait concédé un terrain de 3 mètres de côté, mais il pensa qu’il serait plus convenable de modifier l’inscription et les emblèmes du projet.

    Il voulait soumettre le projet au préfet et lui soumettre l’autorisation de la concession.  Le projet dut alors traîner un peu.

    [i] Extraits des journaux communiqués par M. Wiesendahl

    [ii] AMC, 1 M 36 ; délibération du 16/11 /1871 et 12/01/1872

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 10 :Premier projet du monument aux garibaldiens  AMC 1M36)

    Mais, le 4 avril 1873, fut votée la loi sur les tombes militaires et c’est l’Etat qui prit les choses en main.

    En exécution de cette loi, un plan fut dressé par la mairie de Châtillon, le 20 octobre 1873, afin de connaître exactement l’emplacement de toutes les tombes militaires du cimetière Saint Jean et la superficie occupée, et envoyé à Paris.

    Les gouvernements des deux pays avaient aussi convenu que l’exhumation des soldats morts dans toute la France ne pouvait avoir lieu qu’après une période de décomposition d’au moins six ans [i].              

    C’est pourquoi le ministre de l’Intérieur, par une lettre du 18 mars 1876, adressée au préfet de Côte d’Or et transmise au maire de Châtillon, décida que « les restes mortels des français seraient réunis dans une tombe de 4 mètres et ceux des allemands dans une autre de 15 mètres », et on demandait au maire d’indiquer sur le plan « les emplacements qui vous paraissent devoir être choisis, ainsi que le nombre de militaires de chaque nation et le prix du m2 des concessions perpétuelles ».

    Le préfet autorisa, le 16 août 1876, de traiter à forfait la réinhumation des restes de 8 français et de 84 allemands pour la somme de 1332 francs, y compris les entourages et la mise en place des monuments commémoratifs.

    [i] Renseignement fourni par M. Wiesendahl

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 11 : emplacement des monuments allemand et français à la place des tombes militaires françaises et allemandes , Archives Nationales)

    Le même jour, l’Etat décide d’acquérir 19 mètres de terrain pour les sépultures perpétuelles des français et allemands, soit, pour les allemands, un rectangle de 5,55 m X 2,70 m ; et un carré de 4 m X 4 m, pour les français.

    Ces espaces sont en partie pris sur des tombes françaises et allemandes déjà existantes.

    Le 18 novembre 1876, le commissaire de police, Alexandre Laville, qui avait été chargé, sur instruction du maire, de procéder à l’exhumation et à la réinhumation des militaires prussiens au cimetière Saint Jean, près du monument élevé par les soins de l’armée allemande, fit son rapport.

    Du 3 au 11 novembre, les fossoyeurs exhumèrent, des trois carrés dans la zone sud [i], 9 corps et, des fosses communes, 45 autres corps ; l’ensemble fut porté dans une fosse, du côté nord du monument prussien, où fut trouvé un militaire de cette nation … dans une bière que nous avons laissée intacte (qui correspond à la tombe C du plan) [ii].

    Du 13 au 17 novembre, dans une fosse creusée cette fois au sud du monument, furent réinhumés 21corps qui se trouvaient dans des fosses communes [iii].

     [i] Il y a 6 tombes indiquées sur le plan ; si l’on enlève les tombes d’Alvensleben et de Grienpenkert, il reste encore une tombe.

    [ii] Selon Emile Dehayes de Marcère, « les tombes de 84 militaires allemands disséminées dans le cimetière ont été réunies dans une concession de 15 mètres, sur laquelle l’Etat a fait transporter les pierres tombales et une colonne surmontée d’un aigle, élevée par l’armée d’occupation » (« Tombes des militaires morts pendant la guerre de 70 », ministère de l’Intérieur, Paris, 1878).

    Au total, pendant toute la guerre, ce sont environ 120 allemands qui décédèrent à Châtillon, pour diverses causes, à l’hôpital de campagne installé à Châtillon ; selon M. Blanchard, une quarantaine de corps (souvent des officiers supérieurs) furent exhumés à la fin de la guerre et rapatriés en Allemagne.

    [iii] Archives nationales ; document communiqué par M. Blanchard.

    Si l’on fait le calcul total, le commissaire affirme que « quatre vingt quatre corps ayant appartenu à l’armée allemande et décédés à Châtillon pendant la guerre 1870-1871 ont été exhumés des fosses communes et réinhumés près du monument ».

    Mais le total ne donne que 76 corps. Est-ce que le commissaire ne comprend-t-il pas les 8 garibaldiens tués ?

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 12 : face ouest de l'obélisque dédié aux morts allemands)

    Sur les faces nord et sud, sont inscrits 54 noms ; sur la face est, se trouve une phrase de l’Apocalypse :

    Soit fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de la vie éternelle, et, sur la face ouest, une dédicace :aux guerriers prussiens qui reposent ici, de la part de leurs camarades [i]                        

    Aujourd’hui, l’entourage de plots et de chaînes a disparu (il n’en reste qu’un) et l’ensemble n’occupe plus qu’un espace de 2 m2(les extensions au nord et au sud ont disparu).

    Sur deux marches en pierre, est érigé un obélisque, de 0,88 mètres de côté (n° 85 du plan actuel du cimetière, section B ; l’aigle a disparu).

     Les tombes du major Richard von Alvensleben et d’Erick Griepenkert ont été réunies en un seul espace, entouré par un rebord en pierre, rempli de gravier à l’intérieur ; elles furent restaurées en 1991, les croix en bois ayant été remplacées par des croix en grès rose, à l’initiative du Souvenir Français (2,10 m X 2,90 m ; n° 57 et 58 du plan, section E)

    [i] Si 54 noms sont inscrits sur l’obélisque, ce sont 84 corps qui ont été déplacés en 1876.

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 13 :le monument élevé aux morts allemands lors de la guerre de 1870-1871)

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 14 :Le remplacement des croix en bois sur les tombes de Griepenkert et Von Alvensleben par des croix en grès rose (journal les Dépêches 16-03-1991)

    En ce qui concerne le monument à élever pour les garibaldiens, le monument était déjà fait, mais la mairie n’avait pas approuvé les sculptures et les inscriptions.

    La Commission châtillonnaise de souscription, dans sa séance du 26 août 1876, approuva les modifications à effectuer et lui présenta un nouveau croquis.

    Il fut alors convenu, avec M. Hubert Copin, entrepreneur, que le bonnet phrygien surmontant le faisceau serait supprimé et remplacé par une lance, que le niveau au-dessous serait effacé et que l’inscription actuelle serait effacée et une autre refaite ; enfin que le monument serait entièrement regréé.

    M. Copin s’engageait à ce que le monument soit entièrement terminé et mis en place, moyennant 120 francs.

     Il n’existe aucun rapport sur l’exhumation et la réinhumation des restes des francs-tireurs.

    La seule mention est celle de Léon Vigneron, faite en même temps que celle des allemands :

    en novembre 1876, le commissaire de police ordonna

    d’avoir, sans retard aucun, à se rendre au cimetière St Vorles, avec un cercueil propre à recevoir les restes mortels du garde national Vigneron, que les Allemands fusillèrent durant la guerre 1870-1871 près du cimetière de ce nom, et qu’ils déposèrent dans l’intérieur au pied d’un pin à gauche de la porte d’entrée, que nous exhumerions ce corps et que nous l’apporterions au cimetière St Jean pour être déposé avec les francs-tireurs au pied du monument qui est destiné à perpétuer leur mémoire [i].

    Aujourd’hui, le monument se présente sous forme d’un parallélépipède de 0,72 X 1,50 m, et de 2,20 m de hauteur, lequel se trouve à l’intérieur d’une bordure en pierre d’environ 2 m2, avec des plots en pierre surmontés de boules en fer, le tout relié par des chaînes.

    [i] Archives nationales ; communiqué par M. Blanchard.

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 15 :croquis du deuxième projet du monument aux garibaldiens  AMC 1M36)

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 16 :Le monument aux garibaldiens aujourd'hui)

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 17 :Plan actuel du cimetière Saint-Jean (mairie de Châtillon)

    Lors de sa séance du 25 janvier 1877, la Commission, estimant que son rôle était achevé, se déclare dissoute ; avant de se séparer, une collecte est faite parmi les membres pour l’achat de couronnes funéraires qui seront placées sur le monument par les soins de M. Pelletier.

    (Dominique Masson)

    Remerciements à M. Günter Wiesendahl, historien allemand de Hamm, et à M. Jean-Paul Blanchard, historien icaunais, pour la communication de leurs recherches.

     


    1 commentaire
  • Après  "La surprise de Châtillon", voici "l'escarmouche d'Autricourt", un passionnant notule de Dominique Masson, sur une guerre totalement oubliée, celle de 1870...

     

    Notule d’histoire :

    L’ « escarmouche » d’Autricourt, le 29 novembre 1870, et ses conséquences

    L’ « escarmouche », c’est le terme qui fut employé par les allemands [i].

    Après l’attaque de Ricciotti Garibaldi sur Châtillon, le 19 novembre 1870, le colonel Lettgau, pensant que les garibaldiens allaient revenir en nombre, se retira le lendemain sur Châteauvillain.

    Dans sa marche sur la Loire, le général von Kraatz arriva dans cette localité le 21 novembre et ramena le détachement à Châtillon.

    Le 18 novembre, quatre compagnies de Landwehr de Soest (1er, 5e et 6e) et  un demi-escadron du 5e hussard de réserve se trouvaient sur les routes de Bologne-Saint Dizier et Bologne-Colombey.

    Le 23, ces troupes vinrent rejoindre le général von Kraatz.

    La première de ces troupes avait eu une légère rencontre avec une bande de francs-tireurs, près de Plaines (Aube) ; en fait, il semble qu’il y eut deux hommes tués.

    "L'escarmouche d'Autricourt" le 29 novembre 1870 et ses conséquences, un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 1 : Décès du 23 novembre 1870 "la guerre franco-allemande de 1870-1871" rédigée par la section historique du Grand Etat-Major prussien en 1882

     Mais la troisième compagnie de Soest eut plus de problèmes.

                Voici ce qu’écrivit l’instituteur Onésime Gallimard, en 1888 [ii] :             

    Pendant la guerre de 1870, une compagnie de francs-tireurs du Var, commandée par Verdanet eut connaissance qu'une colonne d'Allemands avait quitté Bar sur Seine et remontait le cours de l'Ource [iii].

    Dans la matinée du 29 novembre de ladite année le chef de la troupe fit placer ses hommes dans les vignes des Frasses, près du bois de ce nom dominant la route départementale n° 16 et à 400 mètres du village d'Autricourt.

    Lorsque la tête de la colonne ennemie arriva au pont établi sur l'Ource proche des habitations, une vive fusillade s'ouvrit sur eux (au lieu-dit « la folie », petit bois surplombant le petit bois le virage et l’ancien pont sur l’Ource, selon madame Pluyaut [iv]).

    Les Allemands ripostèrent et le combat dura une demi-heure.

    Pendant l'action les balles sifflaient dru sur le village.

    La compagnie franche se retira dans les bois emportant un blessé.

    Les Prussiens ramassèrent leurs morts et leurs blessés qui étaient relativement nombreux, 50 à 60 ; ils les placèrent dans des fourgons et rétrogradèrent.                                                                          

    Côté garibaldien, c’étaient les  tirailleurs garibaldiens du Var sous les ordres du commandant Danilo, faisant partie de la première brigade, sous le commandement du général Jozef  Bossak-Hauké.

    Côté allemand, ils faisaient partie des troupes d’étapes de la IIe armée ; c’était la troisième compagnie du bataillon de Soest du troisième régiment de Lanwher de Westphalie.

    En fait, il n’y eut que deux soldats morts et trois blessés.                                                

    On ne sait si les deux soldats morts, Anton Schürmann, de Waltringen, et Johann Kleine, d’Essen ont été tués le 23 novembre ou le 29.

    "L'escarmouche d'Autricourt" le 29 novembre 1870 et ses conséquences, un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 2 : décès du 29 novembre 1870 "la guerre franco-allemande" opus cité

    Puis les ennemis continuèrent leur chemin, mais l’un d’eux devait être trop sérieusement atteint.

    En passant à Grancey-sur-Ource, le régiment le laissa  au château et le commandant déclara que, s’il mourait, le village serait brûlé en représailles. Puis le régiment continua sa route et fut de nouveau attaqué à la Grosse Borne.

    A la suite de ce combat, le général prussien von Werder qui commandait à Troyes, fit amener à Bar sur Seine M. Simon, maire d'Autricourt, et voulut lui imposer pour la commune une contribution de 50.000 frs.

    M. Simon, par sa fermeté parvint à faite abaisser ce chiffre à 10.000 frs, qui furent payés peu de temps après pour éviter une occupation militaire et soustraire les habitants à la brutalité des soldats ennemis.

    Quant à Grancey, le soldat blessé, François Hölter, fut accueilli humainement et reçut les soins de la sage-femme du pays, Marie Elisabeth Eicher, mariée dans le village à Nicolas Garnier.

    Cette personne était d’origine suisse et parlait allemand, ce qui lui permit de converser avec le blessé.

    Tout en s’occupant de son état, elle lui parla de la grande angoisse des habitants qui s’attendaient à l’incendie annoncé, bien qu’ils ne soient pour rien dans les embuscades des Garibaldiens qui se déplaçaient continuellement dans la région.

    Le jeune soldat, qui avait trente ans, se sentait faiblir et parla de son épouse et de ses jeunes  enfants restés dans son village de Prusse.

    Il était originaire de Uelde, près de Lippstadt ; c’est une ville de l’arrondissement de Soest, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie [v].

    Sa fin approchait, mais madame Eicher fut assez éloquente ; il s’émut et décida de faire grâce au village de Grancey.

    Il mourut le 2 décembre 1870. 

    "L'escarmouche d'Autricourt" le 29 novembre 1870 et ses conséquences, un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 3 : Décès de François Hölter. Etat-Civil de Grancey sur Ource

    "L'escarmouche d'Autricourt" le 29 novembre 1870 et ses conséquences, un notule d'histoire de Dominique Masson

                                                                                                  Selon la loi du 4 avril 1873 relative aux tombes des militaires morts pendant cette guerre, aussi bien français qu’allemands, sur la demande du préfet, les terrains où se trouvaient des tombes militaires devaient être cédés à l’Etat au prix du tarif en vigueur pour les concessions perpétuelles ; les terrains et les tombes  concédés à l’Etat  devaient être conservés par la commune en bon état d’entretien.

    A Grancey, selon le rapport d’Emile de Marcère, en 1878, une concession de 2 mètres fut accordée, le, 30 juillet 1876 [vi].

    D’abord enterrés derrière l’église, les restes de François Hölter furent déplacés dans un carré militaire au cimetière (même si un doute peut persister sur cette tombe) [vii].

    "L'escarmouche d'Autricourt" le 29 novembre 1870 et ses conséquences, un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 4 : tombe de François Hölter, cimetière de Grancey sur Ource, Cliché Dominique Masson

    "L'escarmouche d'Autricourt" le 29 novembre 1870 et ses conséquences, un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 5 : tombe de François Hölter au cimetière de Grancey sur Ource, cliché Dominique Masson

    Les Grancéens virent là une intervention du ciel et de la sainte Vierge, à qui ils avaient dédié leur nouvelle église en 1833.

    Ils décidèrent d’élever sur le coteau de Beauregard, au cœur du vignoble, une chapelle d’action de grâce au moyen d’une souscription  et de placer le village à jamais sous la protection de la Vierge. 

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    Figure 6 : La chapelle de Beauregard et l'église Notre Dame de l'Assomption de Grancey sur Ource, cliché Dominique Masson

    La chapelle fut rehaussée d’une statue de la Vierge, œuvre du sculpteur châtillonnais Lefort.

    Elle tient le blé et le raisin, emblèmes des paysans vignerons grancéens.

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    Figure 7 : la Vierge dominant la chapelle de Beauregard, cliché Dominique Masson

    Elle surmonte une inscription : « A la Vierge Immaculée-Ils m’ont établie gardienne-les habitants de Grancey-1870 ».

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    Figure 8 : inscription de remerciement , chapelle de Beauregard, cliché Dominique Masson

    Chaque année, le 15 août, date de l’Assomption de la Vierge, une procession se rendait de l’église à la chapelle en chantant les cantiques de Lourdes.

    Puis le prêtre faisait un court office et l’on redescendait à l’église où était encore célébré un salut, suivi de la bénédiction des enfants du village.

    Cette procession cessa vers les années 1955 environ.

    Le curé Roch Delamaison, décédé en 1874, se fit enterrer au chevet de la chapelle.

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    Figure 9 : la chapelle de Beauregard à Grancey sur Ource, cliché Dominique Masson

    Bâtie sur un terrain privé, la chapelle devint la propriété de madame et monsieur Le Charpentier, qui eurent à cœur de l’entretenir et de la protéger.

    Finalement, en 1978, madame Le Charpentier en fit don à la commune.

     (Dominique Masson)

     Remerciements à monsieur Günter Wiesendahl, historien à Hamm, en Allemagne, et à monsieur Michel Massé.

     [i] « La guerre franco-allemande de 1870-71, rédigée par la section historique du grand état-major prussien », traduction par E.Costa de Serda ; tome V, 1882

    [ii]Gallimard Onésime : « Monographie de la commune d’Autricourt », Cahiers du Châtillonnais, n° 64

    [iii] Selon l’ouvrage « la guerre franco-allemande » (op. cit.)…, « une bande se composant de plusieurs centaines d’hommes, réussit à barrer le chemin, près d’Autricourt, à la 3e compagnie de Soest, qui se dirigeait de Bar-sur-Aube vers Châtillon ».

    [iv] Goyard-Pluyaut Christiane : « C’est un village de France ; il a nom : Grancey-sur-Ource » ; Cahiers du Châtillonnais, n° 40

    [v] Uelde fait aujourd’hui partie de la ville d’Anröchte ; dans le « Westfälischer Anzeiger » du 6 décembre 1870, il est indiqué que le bataillon de Soest avait perdu deux hommes dans une bataille près de Plaines, le 28 novembre. Le militaire Anton Schürmann était porté disparu et le militaire Johann Kleine d’Essen  avait été tué. Renseignements fournis par monsieur Günter Wiesendahl

    [vi] « Exécution de la loi du 4 avril 1873, rapport d’Emile de Marcère », 1878. Il est écrit (p. 68 et p. 351) : «  concession de 2 mètres pour un Français », mais aucun français n’a été signalé mort à Grancey.

    [vii]« Dossier : 150e anniversaire de la guerre de 1870 », Ministère des Armées ; 2020

     


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  •  Dominique Masson continue de nous conter ce qui se passa dans le Châtillonnais  durant la guerre de 1870.

    Après la fameuse "surprise de Châtillon", les villages voisins ne furent pas épargnés...

    Merci à lui pour ses passionnantes recherches historiques.

    Notule d’histoire

    Prussiens et francs-tireurs à Ampilly-le-Sec en 1870-1871

     

    Le 14 octobre 1870, Giuseppe Garibaldi installait son état-major à Dôle et organisait l’armée des Vosges en quatre brigades.

    Du 4 au 7 novembre, s’organisait la quatrième brigade, sous le commandement de Ricciotti Garibaldi.

    Mais, selon l’instituteurd’Ampilly, L. Goutey,[1]le 5 novembre, une trentaine de « garibaldiens » passa à Ampilly, se dirigeant vers Semur ; peut-être était-ce un groupe qui voulait se joindre à Garibaldi (Ricciotti sera à Semur le 17).

     Le 19 novembre, de 6 heures à 10 heures du matin, la quatrième brigade de l’armée des Vosges, commandée par Ricciotti Garibaldi effectuait une « surprise » sur Châtillon.

                                                                              Le général prussien Eugène Antoine Théophile von Podbielski, quartier-maître à l’état-major prussien, dans la 96e dépêche (Berlin, 22 novembre) datée du 21 novembre, de Versailles, relatait le fait :

    Les gardes mobiles battus à Dreux et Châteauneuf ont pris la fuite vers l’ouest et le nord-ouest.                                                                        

    Le 19, le bataillon de la Landwehr Unna et deux escadrons  du 5e régiment des hussards de réserve ont été attaqués à Châtillon ; ils se sont retirés avec une perte de 120 hommes et de 70 chevaux, sur Châteauvillain.                            

    Des autres armées, il n’y a pas de communications marquantes.

    A Châtillon, stationnaient les 1re, 2e et 4e compagnies d’Unna (soit 460 hommes) .

    Unna est une ville dans le land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie), et la 2e compagnie du 5e hussard de réserve (avec 94 chevaux), sous le commandement du colonel Lettgau.

    C’étaient des troupes reléguées en deuxième ligne.  

     Les pertes subies par l’armée prussienne furent largement surestimées.

    Encore après-guerre, dans le rapport de la section historique du grand état-major prussien, celui-ci comptabilise, pour le bataillon Unna, 2 officiers ou sous-officiers blessés et 5 disparus et, pour les hommes, 12 tués et 8 blessés.

    Pour le régiment de hussards, il y avait un officier tué, ainsi qu’un homme et un autre blessé, mais 44 disparus (plus 74 chevaux disparus).

    Il faut y ajouter un payeur, Schmidt (Ricciotti s’était emparé de la caisse du régiment), et un médecin aide-major, le docteur Hensgen[2].

     "Prussiens et Francs-Tireurs à Ampilly-le-Sec en 1870-1871", un notule d'hisoire de Dominique Masson

     

    figure 1 :Grenest "l'armée de l'Est-Relation anecdotique de la campagne de 1870-1871. paris 1895

     

    "Prussiens et Francs-Tireurs à Ampilly-le-Sec en 1870-1871", un notule d'hisoire de Dominique Masson

    Figure 2 : 96ème dépêche allemande annonçant la "surprise de Châtillon"

    "Prussiens et Francs-Tireurs à Ampilly-le-Sec en 1870-1871", un notule d'hisoire de Dominique Masson

    figure 3 :tableau des pertes subies selon l'armée prussienne "à la guerre franco-allemande" op cité

    Selon Garibaldi, il y eut 164 soldats et 13 officiers prisonniers, 72 chevaux et 6 voitures de matériel, notamment celle de la poste (plus deux cantinières « très laides »).

    A Tours, on annonça que :

    l’ennemi a été surpris à Châtillon (département de la Côte d’Or) par les troupes garibaldiennes sous le commandement de Ricciotti. Tout a été tué ou fait prisonnier : 7 à 800 hommes environ[3].                                                                                             

    En fait, il semble qu’il n’y ait eu que 14 soldats tués du côté prussien et 6 pour les garibaldiens.

    Après son attaque, Garibaldi et ses hommes repartirent vers Coulmier:        

    il est superflu de dire combien nos hommes étaient joyeux de se voir réunis après une telle expédition.

    Il en résulta une fête improvisée d’un bel élan et qui avait ses côtés comiques.

    Les casques à paratonnerre coiffaient maintenant nos francs-tireurs qui paraissaient transformés en autant de prussiens.

    Et, en effet, la seule manière de porter un peu commodément ce très incommode couvre-chef était de s’en coiffer.

    Une société musicale fut improvisée, où manquait une seule chose : la connaissance de la musique.

    On chercha à suppléer à l’absence de mélodie par l’emploi de tambours, et vous pouvez imaginer le concert qui en résulta.

    Ils semblaient tous devenus des écoliers auxquels une fête imprévue est accordée.

    Le commandement ferma un œil sur le relâchement de la discipline et il arriva que les prisonniers eux-mêmes furent gagnés par la joyeuse humeur de nos hommes[4].

    "Prussiens et Francs-Tireurs à Ampilly-le-Sec en 1870-1871", un notule d'hisoire de Dominique Masson

    Figure 4 : Grenest "l'armée de l'Est-relation anecdotique de la campagne de 1870-1871. Paris 1895

    Edmond Thiébaut raconte aussi [5]:

    Les prisonniers marchaient au centre de la colonne entre les deux files des compagnies.

    La garde des officiers était confiée aux chasseurs des alpes ; l’attitude de ces Allemands était fière et résignée.

    Ils semblaient considérer avec étonnement la franche gaîté de nos francs-tireurs.

    Parmi les soldats, on remarquait un mélange singulier de toutes les armes.

    On y trouvait les costumes de la landwehr, des chasseurs, à pied, de divers régiments d’infanterie de ligne, des hussards, des chasseurs à cheval, des soldats de l’intendance, de l’ambulance, des postes ; des musiciens, des tambours, des fifres et un splendide canne-major.

    La plupart d’entre eux étaient tremblants et désolés, protestant dans une langue impossible de leur amitié pour les francs-tireurs, et proférant contre Guillaume et Bismarck les plus dures imprécations …

    Sur toute notre route, nous recevions les ovations des habitants des villages que nous traversions…

    La cavalerie fermait la marche ; ce n’était pas le côté le moins curieux du cortège.

    On avait hissé sur les chevaux les hommes blessés ou fatigués qui ne pouvaient suivre la colonne.

    Ces cavaliers de circonstance étaient comme leurs camarades coiffés du paratonnerre ou du colback des hussards ; cet ensemble formait un escadron de l’effet le plus grotesque.

    Sur leur route, ils passèrent par Ampilly.

    Pendant leur arrêt, un coup de feu frappa dans la région du cœur un franc-tireur suisse, né à Neuchâtel, nommé Louis Perrey.

    "Prussiens et Francs-Tireurs à Ampilly-le-Sec en 1870-1871", un notule d'hisoire de Dominique Masson

    Figur 5 : Décès de Louis Perrey, état-civil d'Ampilly-le-Sec

    Ce n’est que deux mois plus tard qu’il succombait à ses blessures, le 12 janvier 1871, âgé de 43 ans,au domicile de Marie Collin, sœur institutrice.(depuis 1854, un don avait été fait pour la venue des sœurs congréganistes, mais il n’y eut qu’une institutrice en poste, madame Collin, en religion sœur Juliette).

    Selon l’instituteur L. Goutey, le soir du même jour (19 novembre), un autre passage de francs-tireurs eut lieu ; un soldat a été, dit-on, tué par vengeance, par un de ses camarades florentins,  Egiste Cortepassé[6].

    "Prussiens et Francs-Tireurs à Ampilly-le-Sec en 1870-1871", un notule d'hisoire de Dominique Masson

    Figure 6 : décès d'Egiste Cortepassé, état-civil d'Ampilly-le-Sec

    Agé de 22 ans,né à Florence, il décéda à l’auberge de Basile Cazet.

     Ces tombes n’existent plus au cimetière d’Ampilly, alors qu’elles auraient dû bénéficier de la loi du 4 avril 1873, relative aux tombes de militaires morts pendant cette guerre, et garantissant leur protection.

                                                                                                  Les garibaldiens partirent vers Coulmier

      Là, on savait déjà notre succès et notre retour était attendu avec impatience…

    Aussitôt notre arrivée au centre du village, les prisonniers furent conduits dans la mairie qui avait été disposée pour les recevoir.

    On s’occupa de les ravitailler et on les laissa sous la garde d’un poste solide.

    Les officiers, libres sur parole, purent entrer à l’auberge où un repas leur avait été préparé.

    Dans la même journée, ils partaient pour Autun, accompagnés seulement de deux officiers choisis pour ce service…

    Dès le jour, les prisonniers confiés à la garde nationale de Montbard se mettaient en route.

    La garde nationale de Semur devait les venir chercher et les remettre entre les mains du détachement envoyé à cet effet à Saulieu[7].                           

     Selon le Progrès de Lyon, du 26 novembre :                                                    

    Avant-hier, 200 ( ?) Prussiens faits prisonniers à Châtillon par les Garibaldiens sont arrivés sous l’escorte de francs-tireurs.

    Parmi eux se trouvent neuf officiers qui sont descendus à l’hôtel d’Angleterre et à l’hôtel des Deux-Mondes.

    Les soldats ont été internés au fort des Charpennes[8]

    (parmi les manquants, la Gazette de Westphalie avait recensé, le premier décembre, les premiers lieutenants de Werthern et Kemper ; le lieutenant Brinkmann ; les vice-feldwebels Mellin et Thiene ; le payeur Schmidt et le docteur Hensgen).                                      

    Quelques francs-tireurs avaient été blessés lors de l’attaque sur Châtillon et faits prisonniers.

    Le 13 janvier 1871, trois francs-tireurs soignés à l’hôpital à la suite de leurs blessures sont conduits en Allemagne (avec Boucquart, meunier à Vix, accusé d’avoir tiré sur une patrouille allemande, le 30 novembre)[9].

    Les prussiens avaient déjà paru à Ampilly le 11 novembre, au nombre de 25.

    Après l’attaque sur Châtillon, ils revinrent le 5 décembre ; les Allées furent occupées par des soldats tandis que d’autres faisaient des perquisitions à la recherche d’armes.

    Jusqu’au 14, il y eut passage d’éclaireurs ennemis.

    Mais il y eut deux grands séjours de l’armée prussienne à Ampilly.

    Le premier fut du 14 au 17 décembre 1870.

    Parmi les officiers, se trouvait  un jeune homme de 18 ans, le prince Hermann de Schambourg-Lippe.

    Le père de ce jeune prince, Adolphe Ier, qui était chef de cohorte et accompagnait le général von Zastrow, stationna à Châtillon, du 14 au 18 décembre.

    Profitant de son séjour à Châtillon, il vint dans la soirée du 16 décembre, visiter Ampilly et voir son fils.

    Le second eut lieu du 11 au 14 janvier 1871.

    Déjà, le 8, arrivèrent pour la nuit, 500 soldats prussiens.

    Le 11, ce fut 1200 chasseurs puis, les trois autres jours, 1500 chasseurs et artilleurs.

    Car c’est à Châtillon que le général de cavalerie, baron von Manteuffel, réunit la nouvelle armée, dite armée du sud, composée des IIeet VIIe corps d’armée (plus le XIVe corps d’armée, totalisant ensemble 118 bataillons, 54 escadrons et 51 batteries), pour attaquer Dijon défendu par Garibaldi et repousser l’armée de Bourbaki. 

    Selon l’instituteur Goutey

    Les habitants eurent à se plaindre des chefs et des soldats ; l’on n’avait pas encore vu chefs plus orgueilleux et plus exigeants, domestiques plus impérieux et grossiers, soldats plus dédaigneux.

    Le pays a eu à souffrir des exigences, des rapines et des excès de vin de cette armée indisciplinée.  

     Et il ajoute une aventure arrivée au maire d’Ampilly :    

     Le 14 janvier, l’heure du départ sonnée, le commandant s’informe si tous les hommes et les ch evaux requis sont partis pour Châtillon. Les notes prises par la poste, n’en constatant que la moitié, le commandant fait emmener aussitôt, comme prisonnier de guerre, M. Montenot, maire, qui, en sabots, est obligé de suivre l’armée par une neige toute verglacée. Ce n’est qu’à Darbois, commune de Buncey, que M. Montenot a pu se procurer des souliers, l’armée ennemie ayant quitté la route 71, pour prendre une voie rurale passant par Darbois, la Grange-Emery, et gagner la route n° 13. Bientôt M. Montenot voit arriver ses voituriers réquisitionnés, ceux-ci ayant passé par des voies détournées pour se rendre à Châtillon ; il en avertit aussitôt le commandant qui, pour toute réponse, lui présenta un cigare.                                                                              Le lendemain, M. Montenot, arrivé à Maisey, pouvait regagner son domicile, fort heureux d’être débarrassé de ses impérieux compagnons de voyage. Quant aux voituriers, la majeure partie n’a été qu’à Leuglay, deux seulement, MM. Mongin et Gillot, sont allés jusqu’à Champlitte

    (le quartier général allemand, parti de Châtillon le 14, s’était établi le soir à Voulaines)

     Dominique Masson  (remerciements à M. Massé)

     

    [1]Goutey L. : monographie de la commune d’Ampilly-le-Sec ; cahiers du Châtillonnais, n° 85

     

    [2] « La guerre franco-allemande de 1870-71, rédigée par la section historique du grand état-major prussien » ; traduction par E. Costa de Serda ; 1882

    [3] La Bourgogne pendant la guerre et l’occupation allemande (1870-1871), d’après la gazette de Carlsruhe ; traduction du Dr Louis Marchant ; Dijon, 1875

    [4] Garibaldi Ricciotti :« Souvenirs de la campagne de France 1870-71, commandant la 4me brigade de l’Armée des Vosges » ; traduction de Philippe Casimir ; Nice, 1899

    [5] Thiébault Edmond : « Ricciotti Garibaldi et la 4me brigade ; récits de la campagne de 1870-71 » ; Paris, 1872

    [6]Goutey L: op. cit.

    [7] Thiebault ; op. cit.

    [8] Gazette de Carlsruhe, op. cit.

    [9] Légey Léon : Châtillon-sur-Seine pendant la guerre de 1870-71 ; souvenirs d’un enfant de Châtillon ; Châtillon-sur-Seine, Leclerc, 1899


    1 commentaire
  • Dominique Masson nous raconte aujourd'hui la vie d'une femme extraordinaire, qui séjourna dans le Châtillonnais durant le fameux épisode de "La surprise de Châtillon". On la vit en action à Châtillon, mais aussi à Aignay le Duc et à Baigneux.

    Une vie passionnante que Dominique Masson nous restitue si bien, merci à lui  de nous la faire connaître !

    Notule  d’histoire :

    Jessie White Mario

    Cette femme fut surnommée « Miss Ouragan », et, pour Mazzini, ce fut la Jeanned’Arc du Risorgimento. 

                                                                          Jessie White est en effet une femme hors du commun, moderne et rebelle. Le poète Giosué Carducci, qui sera prix Nobel de littérature, dira d’elle : C'est une femme formidable, à qui nous, Italiens, devons beaucoup.

     

    "Jessie White Mario", la "Jeanne d'Arc du Risorgimento", un notule d'histoire de Dominique Masson

    (Figure 1 :Jessie White Mario)

    Elle est née le 9 mai 1832,dans un petit village près de Portsmouth, en Angleterre, d’une famille de riches armateurs.

    Après avoir étudié la théologie en Angleterre, elle vint prendre des cours de philosophie à la Sorbonne, de 1852 à 1854.

    C’est là qu’elle fit la connaissance d’Emma Roberts, très proche de Giuseppe Garibaldi et, l’ayant rencontré et frappée par son charme, décida de consacrer le reste de sa vie à la cause de la liberté de l’Italie.                        

    Car, à cette époque, l’Italie est morcelée entre de nombreux territoires, certains sous domination étrangère.

    En 1855, elle retourne en Angleterre, fréquente la faculté de médecine, mais on lui interdit de devenir la première femme médecin d’Angleterre.

    Elle écrira alors:

    "Je suis convaincue que la meilleure façon de faire travailler d’autres femmes est de commencer à décrocher un travail pratique nous-mêmes…

    Mais pour diverses raisons, je suis contente d’avoir vécu cette expérience."

    Elle va également rencontrer Giuseppe Mazzini, révolutionnaire et patriote italien, alors en exil à Londres ; c’est l’un des leaders du Risorgimento (« Résurgence », « Renaissance »),qui prône l'unification italienne.

                                                                                                Jessie va s’engager dans une intense campagne de conférences, rédige des articles de journaux, collecte de fonds, visant à soutenir les patriotes italiens.

    En 1857, elle suit Mazzini en Italie qui veut préparer une expédition dans le sud de l’Italie.

    Arrêtée, elle passera quatre mois en prison ; c’est là qu’elle fera la connaissance d’Alberto Mario, qu’elle épousera cinq mois plus tard, en Angleterre.

    Ils feront un voyage à New-York, défendant la cause del’unité italienne, où ils écriront pour le New-York Times,le Herald et le Post.  

    Revenus en Italie en 1860, ils suivront Garibaldi dans son expédition des mille, en 1861, qui verra l’unification presque complète de l’Italie  [i].

    Elle sera infirmière du corps de santé militaire dans quatre campagnes de Garibaldi, se dévouant à lui ; par exemple, lors de la bataille du Volturno, en 1860, elle sortira sous le feu pour sauver Garibaldi et, à la bataille de l’Aspromonte, en 1862, elle assiste le médecin qui soigne sa blessure. 

    Son activité d’infirmière n’a pas interrompu son activité journalistique ; elle est correspondante, en Italie, pour le Morning Star, le Scotsman et aussi le Nacion de Buenos Aires.

    Ainsi, elle va attirer l’attention du public britannique sur les chemises rouges ; elle fut alors la première femme journaliste britannique, envoyée sur le front de la guerre en Italie.

    A l’occasion, elle est aussi espionne pour le compte de Garibaldi. Elle recevra, à la fin de la guerre en Italie, deux médailles d’or des Napolitains, en signe de gratitude.

    L’unité italienne étant réalisée en 1870, Jessie White Mario suivra Garibaldi, qui a offert ses services à la République française,proclamée le 4 septembre 1870,en lutte contre l’envahisseur prussien  [ii].

    Il débarque à Marseille le 7 octobre 1870 et place son état-major à Dole le14 octobre. Le 11 novembre, il organise l’armée des Vosges en quatre brigades sous le commandement, entre autre, de ses deux fils, Ricciotti et Menotti.                      

    Jessie White Mario sera affectée à la quatrième brigade, commandée par Ricciotti Garibaldi, en tant que responsable des ambulances : Hardie comme un soldat et dévouée à nos malades, elle dépensait à leur service beaucoup de son temps et aussi de son argent, dira d’elle Grenest  [iii].

    Un lieutenant de l’état-major de la quatrième brigade rajoute : Mme Mario était douée d’un courage rare. Là où sifflaient les balles, on la voyait toujours paraître pour soigner les blessés.

    Dans cette campagne, elle suppléa à l’insuffisance des ambulances.

    C’est grâce à elle que des jeunes soldats sont encore de ce monde. Grâce à elle aussi, les Anglais envoyèrent pour plus de 25 000 fr. d’instruments de chirurgie et de médicaments.

    Agée d’une quarantaine d’années, elle en paraissait à peine trente. Vivant toujours au milieu des soldats et respectée de tous [iv].

    Lors de la « surprise » de Ricciotti Garibaldi à Châtillon, le 19 novembre 1870, ce dernier avait restitué le personnel d’une ambulance et l’expédia par le plus court chemin ; seulement, lorsque Ricciotti chargea Jessie Mario de réclamer nos médecins, quelques semaines après, les allemands ne les renvoyèrent que par la Suisse, et ce long détour nous en priva pour tout le reste de la campagne.

    C’est à Châtillon que Madame Mario avait conduit cette petite négociation.

    Dame d’origine anglaise, et femme d’un député Italien, madame Mario écrivait des correspondances aux journaux anglais et commandait l’ambulance de la quatrième brigade…

    A Châtillon, elle fit une découverte grave.

    Les Allemands, maîtres de l’hôpital, avaient relégué les francs-tireurs blessés dans une salle basse et humide.

    Jessie Mario ne cachait pas ses sympathies pour les Allemands.

    Mais, ce jour-là, elle leur cingla la figure de quelques bonnes vérités.

    « Vous soignerez nos francs-tireurs comme vos soldats, leur dit-elle, et nous en aurons la preuve. Sinon vos blessés paieront pour les nôtres, tête pour tête ».

    Ce ne fut pas l’incident le moins surprenant de cette surprise que cette rencontre de l’Anglaise, qui montrait les dents, et de l’Allemand qui, rouge de colère, bégayait je ne sais quelle explication banale [v] 

    Cette « visite » avait été suivie par des habitants de Châtillon qui furent fort intrigués par cette dame.

    Nous retrouvons ensuite Jessie Mario à Aignay-le-Duc.

    Après la bataille de Baigneux, le 11 janvier, Ricciotti s’était installé dans ce village.

    Le maire, M. Misset, a fourni une description du passage de Ricciotti :

    "Sur les deux heures du matin arriva tout à coup dans ma cour une voiture de deux chevaux amenant une dame anglaise, Mme White-Marion.

    Elle venait de Châtillon traiter, disait-elle, de l’échange de médecins pris par les allemands, mais plutôt pour savoir ce qui se passait à Châtillon et le rapporter à Ricciotti.

    Cette dame faisait partie de la Brigade en qualité de Directrice des ambulances.

    Elle raconta aux chefs les mouvements des troupes prussiennes qui se dessinaient du côté de l’est, annonçant qu’il y avait à Châtillon et dans les environs une véritable armée de 50 ou 60 000 hommes ; elle donna d’autres renseignements que je n’ai pas entendus  [vi].                                               

    Voici enfin le témoignage de Ricciotti :

    "Vers minuit, je m’étais jeté sur un lit, si fatigué que je n’avais même pas débouclé le ceinturon de mon sabre, et aussitôt je m’étais endormi, lorsque l’officier de service vint m’éveiller en me disant que Madame Mario venait d’arriver et qu’elle voulait me voir tout de suite.

    J’allai à elle. La bonne dame s’était rendue à Langres  [vii] pour l’échange de quelques ambulances et, pendant sa route, les ennemis l’avaient faite prisonnière.

    Maintenant, elle retournait à Dijon avec un sauf-conduit prussien.

    Elle doutait que nous puissions sortir de notre situation dont elle connaissait bien le danger, car elle venait de traverser les lignes prussiennes jusqu’à Aignay.

    Elle m’informa à quel point était occupée la campagne autour de nous, et elle me donna des renseignements :

    « Chaque hameau et chaque village, dit-elle, regorgeaient de troupes. On voyait des lumières dans toutes les maisons et on rencontrait des sentinelles à chaque deux milles  [viii]".

    Repliée sur Dijon, Jessie Mario va participer à la troisième bataille autour de cette ville, du 21 au 23 janvier 1871.

    Là, elle assistera à une scène horrible ;au château de Pouilly, que les Prussiens occupaient, ils prirent un prisonnier légèrement blessé, l’attachèrent et y mirent le feu.

    Lorsque les garibaldiens reprirent le château, ils découvrirent l’horreur.

    L’Anglaise Mario elle-même, qui, jusqu’alors avait tenu pour les Prussiens, et qui l’avoue, écrivit ce soir-là que

    « désormais son âme entière se révoltait contre eux  [ix] ».

    Au combat de Lantenay, Jessie assiste le médecin de la quatrième brigade dans ses soins aux blessés.

    Le 10 mars 1871, le corps des volontaires garibaldiens est dissous et Garibaldi rentre en Italie.

    C’est aussi ce que fera Jessie Mario et elle prendra la nationalité italienne.

    Abandonnant le combat politique elle se tournera vers d’autres formes de combats.

    Elle va se consacrer aux œuvres sociales, en particulier la misère à  Naples ou la condition de travail des mineurs de Sicile.

    En 1879, le président du conseil des ministres italien écrit :

    "La démocratie n’a qu’un seul écrivain social et c’est un Anglais et une femme, madame Jessie Mario, qui ne manque jamais, où il y a de souffrir, d’oser pour une noble cause."        

    Elle écrit aussi sur la condition des femmes en Italie, ce qui ne contribua pas à le rendre populaire dans les milieux conservateurs.

    Un historien réactionnaire s’acharna sur elle en l’accusant de faire tourner la tête de Garibaldi et de ses camarades et en la décrivant comme ayant une conduite sexuelle redoutable pendant qu’elle s’occupait des blessés ; il l’accusait aussi de fréquenter les hôpitaux plutôt pour chercher de beaux jeunes hommes que pour soigner les malades dont ses caresses retardaient la guérison  [x].                               

    Elle se consacrera aussi, à la fin de sa vie, à écrire l’histoire du mouvement national, publiant les écrits de son mari, décédé en 1883, et rédigeant des biographies, en particulier celles de Garibaldi et de Mazzini.   

    Décédée à Florence en 1906, où elle avait obtenu une chaire de littérature anglaise à l’université de cette ville, elle sera enterrée à Lendirana, près de Rovigo, auprès de son mari.Plusieurs rues en Italie portent son nom et celui de son mari.

    "Jessie White Mario", la "Jeanne d'Arc du Risorgimento", un notule d'histoire de Dominique Masson

    (Figure 2 : Alberto Mario, député italien de 1861 à 1865)

     (Dominique Masson)

    "Jessie White Mario", la "Jeanne d'Arc du Risorgimento", un notule d'histoire de Dominique Masson

    (Figure 3 : médecins prussiens à Châtillon en 1870, collection Dominique Masson)

     

     [i]l'unification du royaume d'Italie qui est proclamé le 17 mars 1861

    [ii] La guerre elle-même avait commencé le 19 juillet 1870, entre Napoléon III et le roi Guillaume de Prusse

    [iii] Grenest : «  l’armée de l’Est-relations anecdotiques de la campagne de 1870-1871 » ; Paris, 1895

    [iv] Garibaldi Ricciotti : « souvenirs de la campagne de 1870 », Nice, 1899 ; déjà, lors de «  l’expédition des mille », elle avait réussi à faire organiser une souscription en Angleterre et Victor Hugo fut sollicitépar les habitants de Jersey pour aussi recueillir des fonds

    [v] Dormoy P.A : « souvenirs d’avant-garde » ; Paris, 1887 ; p. 92, 186, 198

    [vi] Molis Robert : «  les Francs-Tireurs et les Garibaldi » ; Editions Tyrésias, 1995

    [vii] Il semble que ce soit Châtillon, comme le dit le maire, M. Misset

    [viii] Garibaldi Ricciotti : op. cit.

    [ix] Article paru dans le Daily-News : « Notes from Dijon », Tuesday, February 7, 1871 ; in “Dormoy”,

    [x] Porciani Ilaria : « les historiennes et le Risorgimento » ; Mélanges de l’école française de Rome, tome 112-1, 2000

     


    2 commentaires
  •  Dominique Masson continue ses recherches sur la guerre de 1870 dans notre région.

    Après la "surprise de Châtillon" :

    http://www.christaldesaintmarc.com/la-surprise-de-chatillon-garibaldi-un-notule-d-histoire-de-dominique-m-a204217938

    L'exécution de Léon Vigneron" :

    http://www.christaldesaintmarc.com/l-execution-de-leon-vigneron-le-19-decembre-1870-un-notule-d-histoire--a204964668

    Voici "la bataille de Baigneux-les Juifs", où nous apprenons, avec étonnement, des pans de notre histoire régionale, complètement oubliés par la plupart d'entre nous...

    Merci mille fois à Dominique Masson de nous rappeler, si bien, le passé du Châtillonnais !

    Notule d’histoire :

     

    La bataille de Baigneux-les-Juifs, le 11 janvier 1871

     

    Le 20 décembre 1870, la quatrième brigade, commandée par Ricciotti Garibaldi, qui s’était déjà illustrée lors de la « surprise » de Châtillon, le 19 novembre 1870,  reçut l’ordre de se tenir prêt et de tout préparer pour une longue expédition.

    La météorologie était terrible, la température tombant souvent à 18° au-dessous de zéro et il y avait alternative de neige et de tempêtes ; les hommes avaient de la neige jusqu’à la ceinture et on ne voyait pas à dix mètres.

    Aussi il devenait presque impossible de prendre les mesures de sécurité les plus élémentaires et il était impossible de se servir des armes, l’huile gelant dans le mécanisme délicat des fusils à culasse et le métal, à une si basse température, devenait si fragile qu’il y avait toujours danger d’éclatement.

    Le temps ne permettait aucun mouvement tactique et contrariait sérieusement le service d’informations.

    Aussi le quartier-général de Garibaldi était préoccupé des mouvements des troupes ennemies qui se faisaient sur sa gauche, dans la direction de Tonnerre, Auxerre et Orléans.

    Il fut donc décidé de faire une pointe dans cette direction et ce fut la quatrième brigade qui fut choisie pour ce service.         

    "La bataille de Baigneux-les-Juifs, le 11 janvier 1871", un notule d'histoire de Dominique Masson

     Partie le 23 décembre, dans des conditions climatiques difficiles, la brigade arriva à Château-Chinon.

    Repartie le 26 décembre, elle est à Clamecy, puis à Courson, se replie ensuite à Coulanges, puis arrive à Vermenton, le 30 décembre.

    Ces mouvements inquiètent les prussiens qui ordonnent au général von Zastrow, commandant le VIIe corps allemand, lequel avait ses positions entre Flavigny, Semur et Montbard, de marcher sur Auxerre.  

    Ayant appris que de fortes masses prussiennes se mouvaient sur les routes conduisant à Montbard et à Châtillon, c’est-à-dire vers le sud-est, Ricciotti Garibaldi décida de retourner à Avallon, où il resta du premier au 3 janvier 1871, puis repartit vers Précy-sur-Thil.

    Selon les informations reçues, il y avait une forte concentration de troupes prussiennes entre Châtillon et Montbard, cette ville étant occupée par 5 000 prussiens avec de la cavalerie et de l’artillerie.

    Les uhlans couraient la campagne pour fourrager et prélever des vivres dans tous les villages environnants.

    Ricciotti Garibaldi fit avancer sa brigade jusqu’à Semur, dans l’idée de leur donner la chasse.

    Les commandants Michard  et Bailly, bien qu’inférieurs en nombre, les attaquèrent et les mirent en fuite.   

    Le 8 janvier, Ricciotti Garibaldi, apprenant qu’une colonne prussienne était sortie de Montbard et se dirigeait vers Semur, résolut d’attaquer Montbard, dont la garnison devait être affaiblie.

    Les bagages furent expédiés sur la route de Flavigny et la brigade prit la route de Montbard.

    Ayant passé Montfort, la brigade trouva les prussiens qui avaient pris leurs positions à travers de la route et sur la pente de droite.

    La brigade utilisa alors un petit chemin  sur la pente gauche.

    L’ennemi se retira rapidement et les garibaldiens voulurent couper ce corps de celui qui occupait Crépand.

    Après un combat, les garibaldiens se retirèrent, menacés d’être encerclés et, par la vallée de la Brenne, gagnèrent Flavigny, où ils arrivèrent à 4 heures du matin.

    Le capitaine Tarelli-Cox réussit même à sauver toutes les voitures de munitions, ce qui permit à la brigade de recharger ses armes [i].     

     [i] Dans cette affaire, Ricciotti eut trois hommes tués et une vingtaine de blessés

     

    "La bataille de Baigneux-les-Juifs, le 11 janvier 1871", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 2 : monument élevé à Crépand en mémoire des francs-tireurs tués lors du combat du 8 janvier 1871

    Ricciotti donna un jour de repos à ses troupes et il fut rejoint à Flavigny par la deuxième brigade de Lobbia.

    La situation de Ricciotti n’était pas formidable, se trouvant au milieu des avant-gardes des IIe et VIIe corps prussiens de l’armée de Manteuffel, qui occupaient Villaines, Saint-Marc, Baigneux, Aignay-le-Duc, Montmoyen et Recey

    .On crut même que la quatrième brigade était perdue, le sous-préfet de Semur ayant télégraphié, le 9 janvier :

    « Ricciotti, après s’être battu toute la journée, est entouré de forces considérables. Ses bagages et ses munitions sont déjà entre les mains de l’ennemi ».

    Giuseppe Garibaldi lui-même craignit un temps que son fils ne soit perdu ; il avait dit alors à son chef d’état-major :

    « … Nous sommes exposés, vous comme moi, à apprendre d’un moment à l’autre la mort d’un fils, mais nous avions, n’est-ce pas, en venant ici, fait le sacrifice de notre vie et de celle de nos enfants. Dites-moi la vérité, Ricciotti est-il mort ou prisonnier ? [i] » . 

    Ricciotti demanda des instructions à son père mais, celui-ci lui laissant toute liberté pour la poursuite de la guerre, ce dernier estima que le plus utile était de continuer à observer les corps prussiens de la région.

    La IIe brigade de Cristiano Lobbia et la IVe de Ricciotti allaient chercher à freiner la marche des troupes prussiennes envahissant la Bourgogne depuis le nord-ouest.                                                                                                                                                           Nous avons plusieurs récits sur la bataille de Baigneux : celui de Ricciotti Garibaldi, celui du général Bordone, chef d’état-major de l’armée des Vosges, celui d’Edmond Thiébault, officier d’ordonnance de Ricciotti et enfin, celui, récent, d’un historien, Robert Molis.                             

    Voici d’abord ce que dit Ricciotti [ii]                                                            

    « Dans ce but, je décidai l’exécution d’un mouvement vers le Nord, c’est-à-dire sur le front des avant-gardes ennemies.

    Le 11 janvier, la quatrième brigade prend la route de Darcey.

    Dans cette localité nous recevons la nouvelle qu’une colonne fourragère est en train de prélever des vivres à Baigneux-les-Juifs.

    Tout de suite, je fais accélérer la marche et, en arrivant près de Villeneuve, deux compagnies, sous les ordres de Michard, sont poussées jusqu’à Villaines, avec l’ordre de prendre la route qui, de cet endroit, conduisait à Baigneux et de tailler ainsi la retraite aux Prussiens.

    En attendant, la brigade continuait sa route vers Baigneux.

    Arrivés à moins d’un kilomètre de cette localité, nous rencontrons une patrouille de cavalerie qui, attaquée par nos guides, est aussitôt obligée de tourner bride.

    La route, passant au milieu d’une bande de terrain ouvert, avec des bois à droite et à gauche, coupait à angle droit la crête de la colline et descendait ensuite de l’autre côté sur le  village.

    Cette crête était fortement occupée par les Prussiens qui reçurent nos tirailleurs par une très vive fusillade.

    Je fis avancer deux compagnies par l’extrémité du bois à droite, de manière à tourner la position de l’ennemi et pour l’obliger à se retirer par la route de Villaines.

    La manœuvre réussit parfaitement.

    L’ennemi, chassé de l’arête de la colline, se retira sur le village.

    Mais après un bref combat, il fut obligé d’abandonner aussi celui-ci et il recula dans la direction de Villaines en grand désordre, laissant entre nos mains douze prisonniers et trois voitures de subsistances.

    Le malheur voulut que Michard, retardé dans sa marche, ne fût pas encore arrivé à ce village, sinon les Prussiens, pris entre deux feux, seraient  probablement tous restés prisonniers.

    Ayant suspendu toute poursuite, nous sommes retournés à Baigneux, où nous avons trouvé un hôtel plutôt convenable.

    A notre demande s’il y avait quelque chose à manger, l’hôte répondit en souriant que le repas était prêt.

    Tant de chance nous surprenait.

    Nous étions si peu accoutumés à trouver les repas tout prêts !

    Mais l’hôte nous avoua que celui-ci avait été commandé par les officiers prussiens que nous avions chassés de là.

    Nous nous arrêtâmes dans ce village pour le restant de la journée, mais en prenant la précaution de bien nous couvrir par des postes avancés.

    Cependant, l’arrivée de quelque gros corps ennemi était probable et, dès le lendemain matin, à une heure après minuit, nous nous mettions en marche pour Aignay-le-Duc.

    Nos prévisions étaient justes : à six heures du matin, dans le village que nous venions d’abandonner, arrivaient deux mille Prussiens avec de la cavalerie et de l’artillerie, et selon leur habitude, ils mirent le pays sens dessus-dessous »[iii].

    Voici ensuite le récit d’Edmond Thiébault, franc-tireur de la quatrième brigade [iv] :                      

    « La journée du 10 janvier est consacrée à des reconnaissances, on observe l’ennemi.

    A Châtillon-sur-Seine, les forces prussiennes augmentent chaque jour dans d’inquiétantes proportions.

    Deux colonnes, fortes de plusieurs milliers d’hommes, occupent : l’une Villaines, l’autre Saint-Marc.

    Elles s’étendent jusqu’à Baigneux, Aignay-le-Duc, Montmoyen, Recey ; partout de fortes réquisitions.

    La nuit dernière, un fort détachement a fait une démonstration vers Sainte-Reine, où nos éclaireurs l’ont rencontré.

    Dans l’après-midi, le colonel Lobbia vient se mettre en communication avec nous, il nous apporte enfin quelques renseignements ; une marche est décidée pour le lendemain.

    Le 11 dans la matinée, la brigade, abandonnant la grande route, s’engage par des chemins impossibles dans la direction de Darcey.

    Le froid est devenu excessif, nous éprouvons les plus grandes difficultés à faire avancer nos voitures, les cavaliers eux-mêmes marchent avec peine sur les voies glacées.

    Quand nous arrivons à Darcey, nous rencontrons les éclaireurs de la 2e brigade qui nous signalent la présence de l’ennemi à Baigneux-les-Juifs.

    Un peu plus loin, les francs-tireurs Basques nous confirment ces renseignements ; les Prussiens viennent prendre possession des réquisitions qu’ils ont exigées la veille par un ordre de la municipalité.

    La colonne a repris sa marche dans la direction signalée.

    Quand elle arrive près du bois, au-dessus de Villeneuve, le colonel Ricciotti détache les deux compagnies de Savoie et les lance sur la gauche.

    Elles ont l’ordre de s’avancer jusqu’à la route qui conduit à Villaines et marcher ensuite sur Baigneux.

    Pendant ce temps, le reste de la brigade continue son mouvement.

     A peine arrivés en vue du village, nous distinguons les éclaireurs prussiens qui, faisant volte-face à notre vue, s’élancent au galop donner l’alarme ; on peut voir bientôt l’infanterie ennemie rangée en bataille sur la droite de Baigneux.

    Les compagnies sont immédiatement déployées dans la plaine couverte de neige.

    Les tirailleurs s’avancent sur deux lignes ; leur vaste développement permet d’envelopper tout le village.

    La fusillade commence par la droite dont le rapide mouvement doit rejeter les Prussiens sur les deux compagnies envoyées du côté de Villaines, leur arrivée est imminente.

    Cette manœuvre tournante devait pleinement réussir sans la promptitude obligée de l’attaque de la gauche qui, venant malheureusement couper la route à l’ennemi, le force à abandonner la position.

    Il se rejette alors derrière le village, se ménageant ainsi une retraite vers le bois qu’on aperçoit au bas de la route.

    Nos francs-tireurs avancent rapidement sous une vive fusillade, ils occupent successivement les maisons et les jardins que les Allemands sont impuissants à défendre ; ils sont bientôt maîtres du coteau qui domine le pays, dernière position que l’ennemi abandonne pour se retirer dans le plus grand désordre dans la direction d’Ampilly-le-Haut [v].

     La lutte avait duré une heure à peine.

    Les Prussiens laissaient entre nos mains 12 prisonniers et 3 voitures de vivres ; leurs pertes sont restées inconnues, elles devaient être sérieuses.

    De notre côté, nous avions 1 mort et 4 blessés.

    La brigade passe à Baigneux le reste de la journée sous la protection de grand’gardes sérieuses [vi].

    Les prisonniers sont immédiatement conduits au colonel Lobbia qui doit occuper Billy-les-Chanceaux et Poiseul-la-Grande ; il devra les faire accompagner au quartier-général [vii].

    Le 12 janvier à 3 heures du matin, nous reprenons notre marche vers Aignay-le-Duc ».

    Enfin, selon Robert Molis [viii] :                                                                                       « Selon le capitaine des Francs-Tireurs de l’Aveyron, c’est vers 2 heures après-midi que la Brigade trouva 200 ou 300 Prussiens au village de Baigneux.

    On commence à investir le village ; les Francs-Tireurs de « La Croix » (de Nice) appuient, à gauche, les Compagnies réunies de l’Aveyron et de l’Allier, tandis que la « Compagnie des Vosges » s’avance par la droite.

    Malheureusement, trois Uhlans, « faisant preuve d’une audace extraordinaire », se dirigent, au petit pas, vers le Colonel, lequel, croyant qu’ils venaient dire que la troupe se rendait, donne ordre de cesser la progression et de ne pas tirer.

    Quand Ricciotti revint de son erreur, il en commit une seconde en faisant courir sus aux Prussiens en formation de tirailleurs et non pas en colonne, « ce qui aurait permis d’arriver beaucoup plus vite »[ix].

    Bilan de la prise de Baigneux-les-Juifs : « quelques pertes », une voiture de réquisition prise, ainsi que, capturés par les Francs-Tireurs de l’Aveyron, 12 prisonniers dont un chirurgien. La plupart de ces Prussiens furent capturés par le Franc-Tireur Fabre et par le caporal Labro.

    Selon les Béarnais, ils n’étaient que 40 Francs-Tireurs, partis pour intercepter 80 cavaliers, qui virent déboucher 20 cavaliers et 200 fantassins.

    Ils firent le coup de feu eux-aussi, la colonne des Francs-Tireurs les ayant « débloqués ». Selon eux, les Prussiens eurent 2 tués, 9 blessés et 11 prisonniers ». 

    Mais, toujours selon Robert Molis, il y eut un désaccord entre les Francs-Tireurs :

    « le 11 janvier, ayant appris qu’une colonne réquisitionnaire venant de Jours et de Baigneux doit passer par là, les francs-tireurs du Béarn vont se poster sur la route entre La-Villeneuve-les-Convers et Baigneux-les-Juifs.

    Le renseignement était bon : 120 ou 150 Allemands se présentent en effet… aux yeux des Francs-Tireurs en même temps que débouche Ricciotti Garibaldi avec un millier d’hommes, venant de Flavigny et Darcey.

    Qui aura l’honneur d’ouvrir le feu ?

    Les Francs-Tireurs du Béarn, dit leur capitaine, prièrent Ricciotti de suspendre sa marche pour laisser les Prussiens arriver sur leur embuscade.

    Ricciotti refuse et le capitaine Grison note qu’il « juge plus utile de marcher sur Baigneux qu’il enlève, mais l’ennemi a le temps de fuir ».

     

    [i] Bordone (général) : « Garibaldi et l’armée des Vosges ; récit officiel de la campagne » ; Paris, 1871

    [ii] Ricciotti Garibaldi : « souvenirs de la campagne de 1870-71 », traduction de Philippe Casimir ; Nice, 1899

    [iii] Selon l’instituteur Pierre Genevoix ; il écrivit, en 1888, que « le 11 janvier1871, un petit détachement prussien escortant une voiture de réquisition fut attaqué à Baigneux par les francs-tireurs garibaldiens. Ce détachement put prendre la fuite… ;  « Cahiers du Châtillonnais ; monographie de la commune de Baigneux-les-Juifs », n° 2

    [iv] Thiébault Edmond : « Ricciotti Garibaldi et la 4eme brigade, récits de la campagne de 1870-71 » ; Paris, 1872

    [v] « Les tirailleurs, sous un feu de mousqueterie très vif, continuèrent à avancer ; ils occupèrent d’abord le village, puis un petit château qui est sur la lisière du bois » ; Bordone, op. cit.

    [vi] Même signification qu’avant-poste

    [vii] Le 12, les prisonniers arrivèrent à Dijon et entrèrent dans la cour de la préfecture ; Thiébault, op. cit.

    [viii] Molis Robert : « les Francs-Tireurs et les Garibaldi » ; Editions Tirésias, 1995

    [ix] Selon Léon Rodat, capitaine des francs-tireurs de l’Aveyron, cité par Robert Molis, op. cit.

     

    "La bataille de Baigneux-les-Juifs, le 11 janvier 1871", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 3 : acte de décès de Claude Carteau état-civil de Baigneux

    Deux francs-tireurs furent blessés et soignés par les sœurs pendant plusieurs semaines ;  le caporal Lacan, franc-tireur de l’Aveyron, « eut les deux cuisses traversées par une balle », mais il put par la suite repartir chez lui [i] ; par contre, Claude Carteau, franc-tireur du Doubs, lui aussi blessé, s’éteindra le 30 janvier 1871et sera inhumé au cimetière de Baigneux.

    Le lendemain, 12 janvier, les prussiens revenaient en force à Baigneux et ce fut le pillage.

    Pendant deux heures, les soldats allemands, pénétrant dans les maisons, se faisaient ouvrir les armoires et les caves et emportaient tout ce qui était à leur convenance.

    Aucune résistance ne se produisit de la part des habitants ; les objets pillés furent surtout des denrées de consommation et du linge.

    Le maire, M. Lombard, assez malmené, fut un certain temps gardé àvue à cent mètres du village et menacé de mort.

    Des canons, braqués sur les hauteurs, lancèrent quelques boulets dans la direction de Poiseul-la-Ville, afin d’attirer les francs-tireurs qui occupaient cette localité, pendant que des masses prussiennes importantes étaient cachées dans les bois voisins ; heureusement les francs-tireurs ne donnèrent pas dans le piège et Baigneux fut sauvé [ii].

    Pendant ce temps, Les Francs-Tireurs de la IIe brigade de Lobbia se sont mis en marche pour arrêter l’ennemi ; les Francs-Tireurs Républicains de Bigorre sont envoyés se poster, avec les Éclaireurs, à Courceaux, tandis que les Chasseurs d’Orient et les Francs-Tireurs Marins vont occuper Poiseul-la-Ville, et, en arrière, à Chanceaux, sont postés le Bataillon de l’Égalité et la Compagnie du Génie.

    Quant à Ricciotti, il arrivait à Aignay :                                                            

    « La route conduisant à Aignay était tout simplement infâme ; cette marche pénible sur une route impraticable, coupée encore de fréquents arrêts occasionnés par des alarmes, firent que notre arrivée à Aignay n’eut lieu que le soir à 9 heures ».   

     C’est le maire d’Aignay, M. Misset, qui les accueillit [iii]:

    « Les Francs-Tireurs sont arrivés à Aignay le 12 janvier 1871 à 6 h du matin.

    Ils étaient au nombre de 1 200, commandés par Ricciotti ; ils avaient 104 chevaux et venaient du canton de Baigneux.

    Leurs bagages étaient conduits par quelques cultivateurs des environs de Tonnerre, absents de leur pays depuis une douzaine de jours.

    Ils furent remplacés par 6 voitures et 18 chevaux d’Aignay chargés de conduire à Dijon les munitions de la Brigade.

    Nos hommes ont été absents six jours, sans toucher de rétribution.

    Ce corps a été bien accueilli par les habitants chez lesquels les soldats se logèrent à leur fantaisie.

    La plupart des compagnies étaient composées d’hommes assez convenables, mais il y en avait parmi eux un certain nombre, 30 ou 40 , mauvais sujets, indisciplinés, insolents même pour leurs chefs, et dont le Chef d’état-major désirait vivement être débarrassé.

    Nous n’avons remarqué dans cette troupe que 50 ou 60 Italiens portant la chemise rouge ; la plupart étaient des ivrognes.

    J’avais chez moi, avec Ricciotti, ses Officiers intimes ; son secrétaire, faisant fonction de Chef d’état-major, était un M. Thiébault, connu à Dijon, homme de bonnes façons, maintenant le plus possible l’ordre et la discipline… »                     

       Ricciotti poursuit :

    « Ce village est situé au fond d‘un trou, c’est donc une très mauvaise position à tenir, et qui nécessite des lignes très étendues d’avant-postes et de nombreuses patrouilles.

    Pendant la nuit j’organisai, au moyen d’habitants qui m’avaient offert leurs services, un bon service d’informations avec les localités voisines

    (voici ce qu’en dit Edmond Thiébault :

    « Dans la nuit, nos éclaireurs se sont mis en communication avec les maires des villages qui nous entourent au loin.

    Ces fonctionnaires ont eux-mêmes envoyé d’autres éclaireurs plus en avant, et nous transmettent des notes qui nous confirment les différentes positions de l’ennemi et ses mouvements »).

    Ainsi j’appris qu’une forte colonne prussienne occupait Villaines ; une autre, Saint-Marc et une troisième, Saint-Broing-les-Roches.

    Un détachement fort de 5 000 hommes occupait Grancey ; un autre, plus fort, marchait sur Auberive.

    De sorte que notre position était des plus précaires…                                             

    Arrivés à Aignay… au soir, je voulus moi-même placer nos avant-postes, ce qui n’était point facile en pleine obscurité.

    Puis, retourné au quartier-général, je reçus les rapports ; je donnai des instructions aux commandants de compagnies ; j’organisai avec lesautorités locales le service d’informations civiles, enfin je pris un peu de nourriture ; tout cela nous mena jusqu’à minuit…

    Je m’endormis et, à 3 heures, l’officier de service me réveilla pour faire la ronde habituelle aux avant-postes-opération nécessaire, parce que c’est généralement à l’aube que se produisent les surprises, et à ce moment surtout il faut être bien sûr que tout est en ordre.

    A ma très grande surprise, je constatai que tout mon système d’avant-postes, que j’avais organisé avec tant de soins dans la soirée, était radicalement changé.

    Avec la rigide discipline qu’il fallait, surtout en service, cela me préoccupait.

    Aussi, dès le retour au quartier-général, fis-je appeler quelques commandants de compagnie pour leur demander la raison deces changements.

    Ils se montrèrent, eux, plus surpris encore que moi.

    L’un d’eux, Rostaing, me dit que, pendant la nuit, des patrouilles ennemies s’étaient approchées, ils vinrent pour me demander ce qu’il fallait faire, et que j’avais alors consulté ma carte, puis donné des ordres précis à ce propos.

    Je restai stupéfait à cette nouvelle complication, lorsque Arnaud, des savoyards, me dit, en riant :

    « Je m’en doutais déjà, commandant, mais maintenant j’en suis certain ; nous sommes venus effectivement vous faire nos rapports et vous nous avez donné les ordres nécessaires, mais, tout cela, vous l’avez fait en dormant ».

    Par cette pointe jusqu’à Aignay, nous avions traversé tout le front de l’armée de Manteuffel.

    Maintenant, il s’agissait de se retirer en maintenant toujours le contact avec cette armée.

    Dans ce but, le lendemain, nous nous repliâmes vers le Sud et, le soir, nous arrivions à Avot-le-Grand [iv].

    Une autre étape nous amenait à Is-sur-Tille ».

     

    [i] Selon Robert Molis, il fut laissé dans une maison de Baigneux

    [ii] Genevoix Pierre ; op. cit.

    [iii] Lettre de M. Misset, du 15 juin 1872, à la « Commission d’Enquête » ; cité par Robert Molis, op. cit.

    [iv] En passant par Etalante, Salives et Barjon ; Bordone, op. cit.

     

    "La bataille de Baigneux-les-Juifs, le 11 janvier 1871", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 4 :première ligne d'avancée des garibaldiens, du 10 au 16 janvier, au nord-ouest de Château-Chinon à Langres; deuxième ligne autour de Dijon, le 20 janvier (Bordone, opus cité)

    Le 16,  Ricciotti et la quatrième brigade se repliaient à Dijon, où Giuseppe Garibaldi se trouvait depuis le 7 janvier, ayant quitté Autun par chemin de fer [i].

    Pendant cette même période, à Châtillon, le 12 janvier au soir, arrivait le général Manteuffel, qui avait pris le 11, à Versailles, ses instructions auprès du grand état-major.

    Là, il opéra sa jonction avec les généraux von Zastrow et Fransecki [ii], pour se porter au secours du général von Werder, qui était autour de Dijon et essayait de couper la retraite au général Bourbaki [iii].

    Si le point de concentration choisi par von Moltke fut Châtillon, c’est parce qu’il en connaissait l’importance stratégique ; Châtillon avait en effet le double avantage de se relier par des voies ferrées à Chaumont, à Troyes, à Nuits-sous-Ravières, sur la ligne de Paris à Lyon, et d’être comme une position centrale en avant des défilés de la Côte d’Or.

    C’est là que les forces de l’armée du sud se réunirent, à l’entrée des vallées profondes de l’Aujon, de l’Aube, de l’Ource et de la Seine, dans les sinuosités desquelles s’enfoncent, à des intervalles de 10 à 15 kilomètres, quatre routes montueuses qui, par des rampes escarpées, conduisent aux hauts plateaux entre Langres et Dijon [iv]. Ces généraux repartirent le 14.                                                                                                                                                Le 21 janvier commençait la troisième bataille de Dijon.

    [i] Le général von Moltke, conscient du danger que représente l’armée de l’Est, avait fait évacuer Dijon le 27 décembre pour organiser une ligne de défense à l’ouest de Belfort

    [ii]Selon Léon Legey (« Châtillon-sur-Seine pendant la guerre de 1870-71 ; souvenirs d’un enfant de Châtillon » ; Châtillon, 1899), Manteuffel trouva à Châtillon von Zastrow et von Hosten-Iaken  ; selon P.A Dormoy, Manteuffel trouva à Châtillon le 7e corps d’armée de Zastrow et le 2e corps d’armée, de Fransecki ; celui-ci passa par Nuits, Montbard, Chanceaux et Is-sur-Tille, tandis que Zastrow partit en direction de Langres, par Recey, Auberive et Prauthoy (« Guerre de 1870-71 ; les trois batailles de Dijon, 30 octobre, 26 novembre, 21 janvier » ; Paris, 1894)

    [iii] Les Prussiens s’attendaient à être attaqués le lendemain et avaient averti le maire de Châtillon de prendre ses précautions ; dans les jours suivants, des barricades furent élevées ; le général von Moltke avait créé une armée du sud, confiée au général von Manteuffel, pour contrer l’armée du général Bourbaki

    [iv] Revue des Deux Mondes ; 1872, tome 102, p. 786

     

    "La bataille de Baigneux-les-Juifs, le 11 janvier 1871", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 5 : les mouvements des troupes françaises et prussiennes autour de Dijon; "La guerre de  70" François Roth, Paris

    (Dominique Masson)

     

     


    2 commentaires
  • Voici un notule d’histoire de Dominique Masson, historien du Châtillonnais , sur un épisode peu connu qui s'est passé à Châtillon sur Seine en décembre 1870.

    Merci à lui de nous éclairer avec tant de précision sur cette exécution de Léon Vigneron par les Prussiens, exaspérés par l'attaque contre eux, des francs-tireurs de Riciotti Garibaldi.


    L’exécution de Léon Vigneron, le 19 décembre 1870

    Le 19 juillet 1870, l’empire français, dirigé par Napoléon III, entrait en guerre contre la Prusse de Guillaume Ier et ses alliés allemands.

    Après la défaite française à Sedan et l’abdication de l’empereur français, la troisième République fut proclamée deux jours après, le 4 septembre, mais la guerre va continuer.

    Giuseppe Garibaldi, avec ses fils, vint se mettre au service de la jeune République et rejoignit Tours, siège de la délégation gouvernementale hors de Paris assiégé.

    Gambetta lui confie alors le commandement de tous les corps francs de la zone des Vosges, de Strasbourg à Paris. Ces francs-tireurs sont des corps de volontaires, plus ou moins organisés et plus ou moins importants, qui se lèvent contre les troupes prussiennes et qui combattent parallèlement à l’armée régulière.

    Le 31 juillet 1870, une circulaire ministérielle française admit le principe de compagnies de francs-tireurs, engagées pour la durée de la guerre.

    Mais, du côté prussien, on juge qu’ils font une guerre déloyale, organisant des embuscades, des surprises ou des coups de main, et ces attaques inquiètent l’état-major.

    Aussi le commandement prussien leur refusera toujours la qualité de belligérant : Tout franc-tireur sera assimilé à un malfaiteur ; il sera passible du conseil de guerre immédiat qui peut prononcer la peine de mort.

    S’il est établi que dans un village un tireur non identifié a attaqué des soldats, celui-ci sera déclaré responsable et subira des représailles

    .
    Le 19 novembre 1870, Ricciotti Garibaldi, avec les francs-tireurs de Dôle, des Vosges et du Dauphiné, ainsi que les chasseurs du Havre et de Savoie et le bataillon Nicolaï, opéraient une surprise à Châtillon, tuant neuf prussiens, et surtout récupéraient des armes, la caisse du régiment et des chevaux .

    Mais les francs-tireurs n’étaient pas assez nombreux pour occuper la ville et l’évacuèrent le soir.

    Les prussiens prirent une quarantaine d’otages et les emmenèrent sur la route de Langres, où ils passèrent la nuit, avant d’être peu à peu libérés.

    Mais six otages, dont le maire, furent emmenés à Châteauvillain.

    Le 22, les prussiens revinrent en force à Châtillon, pillèrent la ville et imposèrent une contribution financière.

    C’est dans ce contexte qu’arriva l’exécution de Léon Vigneron.

    On a beaucoup dit sur lui, mais certains points sont à corriger.


    Edme Vigneron est né le 13 avril 1834, à Marac, en Haute-Marne, fils de Pierre Vigneron, pâtre, et de  Nicole Garnier ; son acte de naissance ne porte qu’un seul prénom, celui d’Edme, et on ne sait pourquoi il fut appelé par la suite Léon.

    Il se maria le 22 février 1857 avec Eugénie Gachet, à Neuilly-sur-Suize ; il est à ce moment déclaré habiter à Neuilly et est déclaré «  domestique » et il signe : Léon Vigneron.

    Achille Maitre écrira, en 1870, qu’il « n’était marié que depuis quelques jours » .    

    Il revint habiter à Marac ensuite, mais on ne sait quand, et il ne semble pas avoir eu de descendance.

     

    "L'execution de Leon Vigneron

    Figure 1 : signature de "Léon"Vigneron sur son acte de mariage en 1857 et de sa femme

    "L'execution de Leon Vigneron

    Figure 2 :Acte de naissance d'"Edme" Vigneron, état-civil de Marac (52)

    Suivons maintenant le récit fait par Gaudelette [i] 

    Le jeudi 11 décembre 1870, des troupes de la garnison de Langres étaient sorties pour essayer de surprendre un fort détachement de Prussiens qui se trouvait à Châteauvillain, mais l’ennemi ayant été averti, la tentative échoua, et les troupes rentraient deux jours après à Langres, laissant deux compagnies à Marac et deux autres compagnies dans un village voisin.

    Le dimanche 14, on signala les Prussiens, au nombre de 3 à 4 000, à peu de distance du village.

    Aussitôt les deux compagnies, auxquelles s’étaient joints quelques gardes nationaux de la localité, se déploient en tirailleurs dans les jardins, font une vigoureuse résistance ; mais, n’étant pas en nombre, ils durent se replier sur Langres.                                                             

    Louis Vigneron ne se trouvait pas en ce moment au village ; il était dans un moulin situé à un kilomètre de là, où il s’occupait tranquillement des soins du moulin où il était simple domestique.

    Il apprend tout à coup que l’ennemi est à Marac, qu’on lui oppose de la résistance ; alors, n’écoutant que son ardent patriotisme, faisant taire ses sentiments de père et d’époux, il n’hésite pas un instant ; il prend un fusil de chasse chez son maître, court à Marac, se met en embuscade derrière un mur de jardin et, sans s’occuper de ce qui peut advenir, décharge ses deux coups de fusil sur des Prussiens qui passaient à distance.

    Aussitôt il est poursuivi par les uhlans qui, après quelques minutes, s’en emparent.

    Dans sa fureur, l’ennemi pille les premières maisons du village et s’empare des notables qui sont emmenés à Arc-en-Barrois.                                                                                         

    Quant à Louis Vigneron, il fut emmené à Châtillon avec d’autres prisonniers.

    Accusé d’avoir protégé les francs-tireurs et d’avoir agi de complot avec eux, quoique cela n’ait pas été prouvé, il fut condamné sommairement à être fusillé.

                                                                        Gaudelette l’appelle Louis, alors que son prénom est Edme, et, plus tard, il sera gravé qu’il se prénommait Léon.

    Par contre, Gaudelette dit bien qu’il n’était que domestique au moulin de Marac.

    Mais, comme il fut pris au moulin, le commandant en chef prussien le qualifia de « meunier », et c’est aussi ce qui sera gravé par la suite.        

     

    [i] Gaudelette Michel : histoire de la guerre de 1870 en Bourgogne ; Paris, 1895

    "L'execution de Leon Vigneron

    Figure 3 : condamnation de Vigneron par Von Delitz (archives Municipales Châtillon sur Seine)

    Léon Vigneron fut emmené à Châtillon et enfermé dans la même prison que les dix habitants de Thoires arrêtés le 14 décembre ; ce sont eux qui eurent la douleur de lui donner la dernière accolade[i].

     On possède deux récits concernant ses derniers moments, à la maison d’arrêt.

    Voici celui relaté par son directeur, M. Jamet :

    J’avais arboré le drapeau de la convention de Genève pour protéger et faire respecter la maison ; cela fut inutile.

    Les prussiens au nombre de 180 envahirent et prirent possession de l’établissement sans autre préoccupation…..

    Quelques jours après cette prise de possession les allemands amenèrent maire et notables des environ pris en otages et m’enjoignirent de les nourrir … j’ai répondu au chef que n’avais pas assez de provision.

    Il me répondit par un effroyable coup de poing qui me renversa et au même moment ma femme qui faisait la même réflexion fut frappée violemment d’un coup de la crosse de fusil sur la poitrine…

    Le 21 décembre[ii]à 7 heures du matin on m’intima l’ordre d’aller chercher un nommé Léon Vigneron qui avait été arrêté le 30 novembre[iii]

    Le malheureux avait été accusé d’avoir tiré sur eux.

    J’allai le chercher dans la salle des passagers ou il couchait et l’emmenai chez moi où on lui lut sa sentence de mort et un quart d’heure plus tard il n’était plus…[iv] .

    En 1872, Emile Montégut [v] recueillit le témoignage de la femme du directeur :

    Les Prussiens l’accusaient d’avoir protégé les francs-tireurs et d’avoir agi de complot avec eux, quoique cela n’ait pas été prouvé.

    C’est celui-là qu’ils choisirent pour se venger.

    J’entends encore, j’entendrai toujours, je crois, le cri que poussa ce malheureux lorsqu’on lui annonça qu’il allait être fusillé.

    Il demanda qu’on lui laissa le temps d’écrire au moins à sa femme, ce qui lui fut accordé avec beaucoup de difficulté.

    Il écrivait tout en tremblant, comme vous pouvez le croire, en sorte que cela ne marchait pas bien vite ; alors un officier s’avança et lui dit brusquement :

    « Un mot, rien qu’un mot, vous m’entendez bien, et dépêchons-nous, nous avons autre chose à faire qu’à vous expédier ».

    Puis ils l’ont amené contre le mur du cimetière et ils l’ont fusillé.

    Gaudelette ajoute :

    Puis il écouta les exhortations de l’abbé Lecœur, aumônier de l’hospice, fut aussitôt amené contre le mur du cimetière et fusillé.

    Il se trouva dans le peloton d’exécution des soldats qui ne voulurent pas prêter les mains à cet acte odieux ; leurs balles furent ramassées le lendemain au pied du mur, contre lequel elles s’étaient aplaties, dans un rayon assez éloigné. 

    Et madame Jamet poursuit :

    Il a été enterré à cette place même où il est tombé, avec les habits qu’il portait, sans qu’on ait pu le mettre dans une bière.

    En fait, selon Gaudelette :

    le corps de Vigneron fut ensuite littéralement traîné dans la neige jusqu’à l’entrée du cimetière.

    Comme aucune fosse n’avait été préparée, on le recouvrit seulement de quelques pelletées de terre, avec défense expresse de toucher au corps.

    Quelques jours après, en raison de la mauvaise odeur répandue par le cadavre, la municipalité obtint l’autorisation de le faire disparaître sous un monticule de terre

     Il dut être enterré au cimetière Saint-Vorles mais, le 23 novembre 1876, il fut exhumé et ses restes transférés au cimetière Saint-Jean pour y être enterrés avec ceux des francs-tireurs tués lors de l’attaque garibaldienne [vi].                                                                                                                       A l’endroit où Léon Vigneron fut fusillé, M. des Etangs, membre du conseil municipal et président du tribunal civil de première instance, fit ériger une croix en pierre, sur laquelle on peut lire une inscription qu’il rédigea lui-même :

                A Léon Vigneron/sa/veuve                                                                                                                                                                                                                   Garde Nata lpris à Marac le 11 /  X bre 1870 fusillé ici / le 19 par les prussiens il est /mort en chrétien et pour la /patrie                                                                                                                                                      

     Que Dieu / préserve / à jamais / la France / de frapper /le vaincu / désarmé et / de punir le / patriotisme comme un / crime[vii]

     En 1915, lors d’une manifestation patriotique organisée par le Souvenir Français et les blessés valides des hôpitaux, des palmes furent posées sur cette croix. Ce n’est que par la suite qu’une balustrade fut ajoutée, lui donnant l’apparence d’une tombe.

     [i] Lors de l’attaque de Châtillon par les Garibaldiens, plusieurs prussiens affolés s’enfuirent au hasard dans la campagne ; trois se laissèrent capturer par les habitants de Thoires ; le 14 décembre, le village fut cerné par un détachement prussien qui les récupéra et emmena en retour dix habitants de Thoires comme prisonniers, à Châtillon ; Diey Michel : 1870-1871, la guerre oubliée dans le Châtillonnais, Cahiers du Châtillonnais, n° 151

    [ii] Erreur de date ; de même pour l’horaire

    [iii] Von Delitz, dans sa pancarte, indique 6h 1/2 ; Achille Maitre écrit : « Le 19 décembre, à 6 heures ½ du matin, on entendait un feu de peloton du côté du cimetière de Saint-Vorles ».

    [iv] M le préfet, 1er Août : « M. le gardien chef de la maison d’arrêt de Châtillon sur Seine vient de m’adresser, que j’ai l’honneur de vous transmettre, son rapport au sujet des faits qui se sont passés dans son établissement sous l’occupation prussienne, des dégâts de toute nature qui y ont été commis et des exactions….dont il a été témoin personnellement ainsi que sa famille. M. l’architecte du département a visité l’établissement depuis son évacuation…. J’ai eu l’honneur de vous adresser ainsi qu’à M. le ministre de l’intérieur des propositions pour qu’il fût alloué au directeur de la maison d’arrêt une indemnité de 200 francs en raison des pertes et mauvais traitements qu’il a subis…. Je vous prie d’agréer monsieur le préfet l’assurance de mon respect » ; signé le directeur.

    [v] Montégut Emile : Impressions de voyage et d’art, souvenirs de Bourgogne ; in « Revue des deux mondes », premier mars 1872

    [vi] Diey Michel : chronique : à propos de la tombe de Léon Vigneron, Cahiers du Châtillonnais, 2004, n°189 

    [vii] «… sa veuve… » : ces mots sont souvent oubliés dans les livres rapportant cette inscription

    "L'execution de Leon Vigneron

    Figure 4 : le "monument" de Léon Vigneron, carte postale Parisot

    "L'execution de Leon Vigneron

    Figure 5 : le "monument" de Léon Vigneron, cliché Dominique Masson

    Le peintre Victor Didier, en 1882, raviva le souvenir de cette exécution en faisant une peinture représentant l’exécution de Vigneron [i].

    Sur ce tableau, les soldats prussiens attendent un peu plus loin que la sentence soit lue et on distingue au loin un mur.

     [i] Victor Didier (1837-1889), est un peintre châtillonnais ; il fut professeur de dessin au lycée de Châtillon

    "L'execution de Leon Vigneron

    Figure 6 : Reproduction du tableau de Victor Didier, photo-carte

    Mais il semble que, la même année,  ce même peintre fit un deuxième tableau, avec des variantes par rapport au premier ; il rajouta l’abbé Lecœur, à genoux, et disposa différemment le peloton d’exécution ; celui-ci est face à Vigneron et un officier se tient devant, prêt à sortir son sabre pour commander le feu [i].

    C’est cette version que reprit, en carte postale, l’éditeur châtillonnais H.Bogureau.

     [i] Ces deux tableaux semblent avoir disparu

    "L'execution de Leon Vigneron

    Figure 7 : Dessin de L.Breuil dans l'ouvrage de Gaudelette

    Ceci permit également, par l’intermédiaire des cartes postales, d’entretenir un certain patriotisme.

    "L'execution de Leon Vigneron

    Ce tableau de l’exécution de Vigneron fut repris dans le livre de Gaudelette, paru en 1895 ; L.Breuil en fit un dessin,à partir du tableau de Victor Didier, en modifiant un peu l’arbre derrière Vigneron et en ajoutant au fond un hangar.

    "L'execution de Leon Vigneron

    Figure 8 : L'exécution de Léon Vigneron, carte postale , H.Bogureau

    Si Vigneron avait été fusillé à Châtillon, son décès ne fut pas porté sur les registres de l’état-civil.

    Le maire de la commune de Marac, au nom de la veuve de Vigneron, intervint, tendant à obtenir un jugement auprès du tribunal de Châtillon, pour suppléer à l’acte de décès de son mari qui n’a pas été rédigé.

    Après audition des témoins, le tribunal, le 25 avril 1871, constata qu’il fallait réparer cette omission ; le jugement rendu indiqua qu’il tenait lieu de l’acte de décès qui n’a pu être dressé en raison des circonstances, et qu’il serait transcrit dans les registres de l’état-civil de l’année courante ; le maire s’exécuta le 4 mai 1871 ; l’acte porte le numéro 93.

    "L'execution de Leon Vigneron

    Figure 10 : jugement inséré dans les actes de l'état-civil de la Commune de Châtillon sur Seine (1871)

    Dominique Masson

    (remerciements à MM. Massé et Millot)

     


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