• Lors d'une réunion de famille, notre cousin Jean Verniquet, dont la famille possédait autrefois le Moulin de Gomméville, m'a confié avoir écrit l'histoire de son moulin familial, agrémentée de photos.

    La consultant, j'ai trouvé cette étude très intéressante car les moulins font partie du patrimoine du Châtillonnais et bien que ne fonctionnant plus, il est bon de s'en souvenir.

    A ma demande, il a accepté de me donner son étude pour que je la publie, merci à lui.

    L'histoire du moulin de Gomméville paraîtra en cinq épisodes, les lundis.

    En voici la première partie :

    "C’était un moulin ! Quand j’ai cessé de faire de la farine, j’ai fait de l’électricité pour mes besoins, ma lumière mon chauffage… tout ça, quoi !Je produis une force motrice, je prends de l’eau mais je redonne tout. On est quitte ! "

    L'histoire du moulin de Gomméville, par Jean Verniquet...

    (Le déversoir, le moulin en 1999)

     C’est en ces termes que mon père Marius Verniquet (1905-1997) présentait son « royaume » dans l’émission "Carré Vert de France 3 (l’enfance d’un fleuve-1992)".

    Sa dernière phrase, un peu malicieuse, faisait allusion au droit d’usage attaché au site depuis des siècles.

    Au Moyen-Âge, l’abbaye de Clairvaux possédait un établissement religieux à Gomméville. Un pré, situé en aval du moulin porte toujours  ce nom. (A cet endroit, en 1960, à la suite des travaux de curage de la Seine, j’ai moi-même extirpé un élément de colonne romane des  graviers rejetés par la pelleteuse)

    Avant la Révolution, ce bien appartenait aux bénédictins de Pothières.

    Selon un procès verbal du 5mars 1791, le moulin avait été adjugé comme Bien National, « avec ses biefs, sous-bief et toutes ses dépendances » au profit d’un certain Louis Gradot.

    En 1801, Edme Verniquet (1772-1851) le grand-père de mon arrière-grand père*, était meunier à Gomméville. Il acheta le moulin en 1816.
    Dans cette vaste famille, un « Edme » peut en cacher un autre… on en compte au moins sept depuis 1595, tous originaires de Châtillon ou de ses environs, maîtres charpentiers ou arpenteurs du roi.

    Celui-ci était né à Thoires où ses parents (Nicolas Verniquet et Marguerite Arbelot) étaient meuniers.Un autre s’était marié à Belan sur Ource en 1763. C’était son arrière petit cousin, architecte et auteur d’un Grand Plan de Paris magistral, détaillant l’ensemble des rues et des bâtiments du Paris de l’Ancien Régime. Ce dernier n’eut qu’une fille qui resta sans enfant.

    *4 enfants sont nés à Gomméville, de son mariage avec Anne Garnier. Leur fils aîné Denis (1801-1882) devint prêtre, le second Jean-Baptiste (1807-1844) fut meunier à Gomméville. La troisième Anne, épousa le meunier de Molesme, Jacques Bourdot. La cadette, Victorine, épouse de Edme Ronot à Pothières était la grand-mère de Paul Terrillon (1887-1967) fondateur de la Société des Emballages (bois et contreplaqués) de Mussy.

    Le Règlement d’eau de 1832

    Edme Verniquet contemple le nouveau pont de pierre dont la construction s’achève, très élégant avec ses cinq arches et son parapet gracieusement galbé, sur lequel sont gravés les 4 chiffres 1.8.2.3. au droit de chacune des piles. Il se propose de rénover ses installations.

    Deux vieilles roues à aube, décalées l’une par rapport à l’autre, actionnent les meules d’une huilerie et d’un moulin à blé installés dans de vieux bâtiments, sur la rive droite de la Seine.

    (La vieille roue à aubes en 1933)

    L’autorisation de transférer son moulin à huile de la rive droite à la rive gauche lui est accordée par l’ordonnance royale du 4 février 1832 qui établit aussi le Règlement de l’Eau.

    Des prescriptions sont imposées concernant les niveaux d’eau, la hauteur et la largeur des vannes motrices et des vannes de décharge, leur manœuvre en cas de crue, ainsi que l’entretien du site.

    " Louis-Philippe, Roi des Français à tous presens et à venir, Salut !

    Nous ordonnons ce qui suit (notamment)

     (Art 3) Le Sieur  Verniquet arasera exactement au même niveau toutes les parties deson déversoir… et l’entretiendra toujours dans le même état sans y laisser former d’atterrissements…

    « (Art5)Il pourra conserver les anguillères qui existent au point F, mais il devra détruire toutes celles du vannage de ses usines.

    « (Art 13) Les plantations et anguillères qui obstruent les déversoirs seront enlevées dans les délais qui seront fixés par le Préfet

    « (Art 16) Faute par le Sieur Verniquet de se conformer aux conditions qui lui sont imposées, la présente ordonnance sera considérée comme non avenue et les lieux seront remis, à ses frais, dans leur premier état."

    Gomméville est un village inondable. Ces prescriptions tendent plus à garantir l’écoulement des eaux en cas de crue qu’à favoriser la migration des poissons. A l’époque, la rivière est si poissonneuse, des brochets, des anguilles, des truites. Cette question ne se pose pas.

    En 1838, Edme a 66 ans, il remet son affaire à son fils Jean-Baptiste, mais celui-ci décède en 1844 à l’âge de 37 ans.

    Arsène(1840-1915) son petit gars est bien trop jeune pour prendre la relève, sa maman se remarie.

    Le moulin est vendu à monsieur Maître de Châtillon en 1850.

    Arsène va grandir et faire l’apprentissage du métier dans diverses localités de l’Aube. Fort de son expérience, il revient à Gomméville en 1870 pour exploiter le moulin natal en qualité de fermier.

    Il entre alors dans un moulin tout neuf. Quinze ans plus tard, il sera le régisseur des biens d’Achille Maître et ira habiter Châtillon .

    (Le rouet de fosse en 2008)

    Une rénovation totale

    Un immeuble de quatre étages, très fonctionnel, vient d’être érigé au bord de la route, sur les fondations des anciennes constructions ; des bâtiments annexes sont aménagés de chaque côté du bief. La roue de l’huilerie a été remontée sur la rive gauche, ainsi que l’atteste le Procès-Verbal de recolement de 1859.

    Cependant la puissance hydraulique installée reste faible. En 1869, l’Ingénieur des Ponts et Chaussées accorde l’autorisation d’élargir les vannes motrices de 2m (soit 50%) ce qui réduit d’autant la largeur du vannage de décharge pour le passage de l’eau en cas de crue.

    Les habitants du bas du village craignent d’être inondés, la contestation s’installe.
    Achille Maître concède à la Commune une prise d’eau dans le bief, pour l’alimentation du nouveau lavoir, ce qui calme les esprits.

    Sur la rive droite, une turbine horizontale Fontaine toute récente remplace la roue à aubes. Le rendement énergétique est bien meilleur mais c’est dangereux pour les anguilles qui peuvent se faire tronçonner par le rotor*

    *Pour autant, je ne crois pas que les moulins et leurs barrages soient la cause majeure de la disparition des anguilles. Dans les années trente on pouvait acheter des anguilles vivantes au moulin. Mes grands-parents les conservaient dans un bassin alimenté par l’eau de la Seine dans la cave du moulin.

    A côté du moulin à blé, cette turbine peut actionner un battoir que la maison Dhotel-Montarlot a monté dans l’annexe au bord de la route, ainsi qu’un banc de sciage à lame circulaire qui peut débiter en solives et en chevrons des arbres longs de six mètres.

    L'histoire du moulin de Gomméville...

    (Transmission au sous-sol)

    L'histoire du moulin de Gomméville...

    (La pause au battage en 1935)

    Quelques années plus tard, sur la rive gauche, l’huilerie sera arrêtée et sa meule utilisée pour le broyage de granulats  provenant des fours à chaux qui fonctionnent sur les coteaux (D’où l’appellation "cimenterie" longtemps donnée à ce local)

    De nouvelles machines de meuneries sont installées :

    Décortiqueur, trieur, tarare pour le nettoyage et la préparation des grains à moudre.

    Appareils de broyage à cylindres cannelés ou lisses

    Bluteries rotatives pour le tamisage des moutures, elles sont équipées de toiles dont les mailles sont de plus en plus fines, d’abord mécaniques puis en soie.

     Le rebouchage des trous de mites dans les soies de blutage avec de la colle à farine était un travail pour les enfants du meunier.

    Des élévateurs à godets, des vis d’Archimède, ainsi qu’un monte-sac mécanique permettent le transfert des différents produits d’une machine et d’un étage à l’autre.

    Les conditions de travail sont dures dans ce grand bâtiment glacial en hiver, avec cette poussière impalpable qui emplit les poumons : les meuniers sont asthmatiques, c’est bien connu.

    L'histoire du moulin de Gomméville...

    (la commande de la scierie en 2008)

    Deux paires de meules en pierre cerclées de fer grondent dans leur caisson cylindrique en bois.L’une est dédiée à la fabrication de pouture (mouture d’orge et d’avoine pour les animaux), l’autre écrase du blé suivant le principe ancestral de la « mouture à façon », encore très pratiqué pour la fabrication du pain familial.

    Le cultivateur apporte son grain au moulin et repart avec sa farine. Il s’agit d’une mouture grossière tamisée par passage au « bluteau ». Le meunier se rémunère en nature en prélevant 5 à 10% du grain à moudre.

    Le cultivateur a le choix de faire son pain lui-même s’il dispose d’un four, ou de  porter sa farine chez le boulanger qui se rémunère au passage en nature lui aussi.

    Il y a aussi la possibilité d’un circuit direct blé-farine-pain ;

    C’est pratique : pas de papiers, pas de taxes, pas de sous, avec du pain « bio » et complet en prime.

    L'histoire du moulin de Gomméville...

    (transmission au premier étage)

     La scierie fonctionne sur le même principe. Les gens apportent des arbres qu’ils  ont parfois abattus eux-mêmes.

    Ce sont souvent de mauvais sapins, noueux, qui serrent la lame en se tordant, c’était très dangereux.

    Dans les années cinquante, mon père faisait cela pour rendre service occasionnellement. Le bruit strident de la lame qui entrait dans le bois à pleine puissance me faisait peur.

    L'histoire du moulin de Gomméville...

    (banc de sciage en 2008)

    La suite, lundi prochain !


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  • Le Moulin Gautherot

     En 1909, la famille Maître décide de vendre le moulin. Arsène Verniquet, régisseur, n’a aucune difficulté pour trouver un acquéreur. Son filleul, Georges Gautherot (1883-1939) habite en face du moulin.Ce dernier se sent à l’étroit dans la petite polyculture de ses parents. Entreprenant et dynamique, il reprend l’affaire à l’âge de 26 ans, puis il épouse Louise Gillon (1885-1980) ;

    Deux filles vont naître de cette union : Lucie (1912-1993) et Rose (1915-2010)

    L'histoire du moulin de Gomméville par Jean Verniquet (2)

    (Georges Gautherot et ses deux filles sur le bief en 1933)

    Georges ne se doute pas que 27 ans plus tard, en 1937, il accueillerait dans son moulin, pendant trois jours les 120 joyeux convives d’un double mariage, celui de ses deux filles : Lucie avec Marius Verniquet, le petit-fils d’Arsène, et Rose avec Georges Ducharme, fils d’un boucher de Châtillon.

    Quant à moi, comment aurais-je pu imaginer que Lucie et Marius allaient me mettre au monde ?

    Mon arrière-grand-père Arsène doit bien rire dans sa tombe, je me demande s’il n’a pas manigancé tout cela pour que le moulin retrouve son paronyme ancestral.

    Georges Gautherot a tout juste le temps de prendre en main son moulin et c’est la guerre.Il est mobilisé dans l’artillerie.

    Pendant plus de quatre ans, avec deux jeunes enfants à charge, ma grand-mère Louise fait tourner le moulin, aidée par les habitants du village. Il en était ainsi dans la plupart des familles de mobilisés.

    Quel courage et quelles forces il a fallu à ces femmes qui tenaient à l’arrière pendant que les hommes étaient au front. Et quelle chance que Georges ait pu rentrer en pleine forme au début de 1919 !

    La paix est revenue. Il a deux employés au moulin-scierie et deux à la ferme. Il y a tant à faire : le moulin, les champs,la vigne, les vaches, les chevaux qui servent aussi aux livraisons de farine en les attelant à des voitures bâchées semblables à celles des immigrants du Far-West.

    Louise, la « patronne » est levée la première et couchée la dernière.

    Elle assure l’intendance de toute la maisonnée : fabriquer les fromages, tuer les poules et les lapins, s’occuper des jardins, de la basse-cour, préparer les repas pour des tablées de 8 ou 10 personnes chaque jour, la couture (elle fabrique même des chaussons et des pèlerines dans des pièces de drap bleu-horizon, récupérées sur les vêtements rapportés par les soldats).

    On fait appel à elle pour faire les piqures aux malades ou poser des ventouses…

    Les activités sont multiples, les allées et venues continuelles, et ceci d’autant plus que Georges Gautherot vient d’être élu maire du village.
    En1932, il entreprend une modernisation du moulin en faisant installer une chambre-mélangeuse de 80 quintaux pour stocker et brasser la farine, afin de prévenir toute fermentation.

     Il achète une boulangerie à Mussy , pour s’assurer un débouché stable à l’abri de la concurrence  qui commence déjà à se manifester.

    Sur la rive gauche du bief, la roue à aubes de l‘ancienne huilerie est octogénaire. Elle actionne encore de vieilles machines à pointes, d’où le nom de « pointerie » que porte cette annexe.
    Un ouvrier vient de Mussy pour fabriquer des pointes de qualité spéciale (fines et rigides, piquantes, elles ne fendaient pas le bois, j’en utilise encore. Il en faisait aussi en laiton et même dans un alliage d’argent pour la tapisserie)

    En 1935, un camion Berliet tout neuf de 3,5 t vient remplacer les voitures à chevaux. Georges Gautherot a besoin d’un chauffeur : il embauche son futur gendre Marius Verniquet.

    Pendant la guerre et l’après-guerre

    Mon grand-père Gautherot décède subitement d’une crise cardiaque en août 1939, tout juste deux semaines avant la déclaration de guerre entre la France et l’Allemagne.

    Marius Verniquet est mobilisé avec le camion du moulin, réquisitionné par l’Intendance Militaire pour transporter le ravitaillement des artilleurs du 104ème R.A. de Dijon.

    L'histoire du moulin de Gomméville par Jean Verniquet (2)

    (Marius part à la guerre avec son camion en 1939)

    En mai 1940 il se trouve piégé comme tant d’autres dans le désastre de Dunkerque où il reçoit l’ordre de détruire son Berliet avant d’être embarqué de justesse sur un navire anglais.

    Pendant ces quelques jours, Châtillon est bombardé. La grand-mère Louise, Lucie, Rose évacuent en Corrèze avec leurs jeunes enfants (mon frère Luc et moi, mon cousin Paul, ma cousine Marie-Rose est aussi du voyage, bien au chaud en attendant de naître quelques mois plus tard). A leur retour, en septembre 1940, elles retrouvent le moulin saccagé et pillé.

    L'histoire du moulin de Gomméville par Jean Verniquet (2)

     (Sur le pont du bief (1975) reconstitution d’un poste allemand pour le tournage du film « le bon et les méchants » de Claude Lelouch, avec J Dutronc, J.Villeret, M. Jobert)

    On entre alors dans la sombre période de l’occupation allemande et de la Résistance.
    J’étais trop jeune pour être conscient du danger, je me souviens es soldats allemands qui entraient en réclamant de la farine, ils ouvraient les placards, cherchant des armes>.Mon père allait secacher dans la chambre d’eau de la turbine. J’ai su plus tard que des maquisards venaient parfois la nuit pour se ravitailler.
    En septembre1944, une escarmouche au carrefour devant la maison fait un mort parmi eux (un jeune de vingt ans). Puis c’est la Libération, les convois américains se succèdent pendant des jours… C’est une aubaine pour nous, les gosses :il suffisait d’agiter la main en formant le V des deux doigts et les chocolats, les chewing gums pleuvaient. C’est ainsi que j’ai reçu ma première orange.
    En novembre 1945, un camion plateau-cabine Citroën P 45 destiné à l’armée, eint en kaki, est attribué au titre des dommages de guerre en remplacement du Berliet. Marius va le chercher à Paris, quai de Javel, à la sortie de la chaîne de montage. Raymond Loiselet, charron-forgeron à Gomméville, fabrique des arceaux pour le couvrir avec les bâches des anciennes voitures à chevaux que  l’on avait précieusement conservées depuis 10 &ans, en cas de besoin.

    Mon père était bien sûr très sollicité avec son camion par les uns ou les autres pour des transports occasionnels qui n’avaient rien à voir avec sa profession, par exemple transporter les habitants du village à Châtillon pour aller au cirque Pinder, ou la fanfare de Mussy et ses flons-flons à la fête de Gomméville.

    Mes actuels réflexes me font frémir quand je songe à sa propre responsabilité en cas d’accident. Mais on sortait d’une guerre de quatre ans, cette notion n’effleurait personne, et personne n’aurait songé à exercer le moindre recours à son encontre. L’entraide était de rigueur.


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  • Reprise de l’activité

    La vieille turbine Fontaine a plus de 80 ans. Elle tourne encore mais avec du jeu dans les paliers et dans les engrenages, une chambre d’eau qui fuit, le rendement a diminué, il faut la seconder.

    Marius récupère une machine désaffectée à l’usine de Plaines où elle était installée sous une chute d’eau de 3,60 m. A Gomméville la chute n’étant que d’un mètre, la puissance est beaucoup plus faible mais c’est néanmoins un complément intéressant.
    Marius demande aux Ponts et Chaussées l’autorisation de l’installer sur la rive gauche du bief, en remplacement de la vieille roue à aubes de la pointerie, ce qui lui est accordé sans problème.
    La machine est envoyée aux Fonderies et Ateliers de Construction de l’Est à Dijon qui se chargent de son adaptation. Les maçons Robert Chevance de Mussy et Hector Bernardis de Châtillon construisent un barrage de planches et d’argile pour couler le béton de la dalle et de la chambre d’eau.

    Le chantier dure tout l’été 1946.

    L'histoire du moulin de Gomméville par Jean Verniquet (3)

    (La turbine dite « américaine »)

    L'histoire du moulin de Gomméville par Jean Verniquet (3)

    (Régulateur centrifuge 2008)

     Cette machine faisait partie du paysage. Construite en 1913 par les Etablissements Rose-Teisset à Poissy, elle avait d’abord été installée à la forge de Plaines. Après l’arrêt de l’activité de meunerie, couplée à une dynamo, elle a permis de chauffer la maison jusqu’en 2005.

    La dynamo, de seconde main, elle aussi, avait été construite en 1935 à Nancy. Elle avait été récupérée à l’usine des Emballages de Mussy. C’est Maurice Denis, électricien mécanicien, grand bricoleur et ancien Maire qui l’avait installée dans les années 50 pour remplacer une machine plus petite et encore plus vieille.

     La meunerie est alors une activité prioritaire : la capacité globale d’écrasement des moulins français est excédentaire, mais la production de blé est insuffisante pour nourrir la  population nationale qui rêve de retrouver le bon pain blanc d’avant-guerre.

    Les moulins doivent même écraser du maïs que les américains envoient dans le cadre du plan Marshall.On essaie de faire du pain avec cette farine jaune. Dans les familles d’origine italienne de Gomméville, les grands-mères savent encore faire la « polenta », la bouillie de farine de maïs.

    Les « tickets de pain » (de rationnement) restent en vigueur jusqu’en 1948. La commercialisation de la farine est règlementée et contrôlée à la fois en prix, qualité et quantité. Les quantités à produire sont fixées par l’organisme de la Répartition des Farines qui dépend de la Préfecture. Il ne saurait être question de gaspiller le blé en faisant une farine trop blanche : le taux d’extraction est imposé.
    Les meuniers « tirent » à plus de80%, à ce taux c’est de la farine grise. Or à l’époque, après des années de restrictions, le marketing ne permet pas encore de faire croire à chacun que le pain noir est meilleur et qu’il faut le payer de plus en plus cher.

    Marius Verniquet écoule une partie de sa production auprès des boulangers locaux et d’autres plus éloignés à Montigny, Courban, Lamargelle, Salives, Montbard, Précy etc ;

    Le reste est expédié par wagon en gare de Pothières ou de Mussy, vers les départements français déficitaires (la Loire, la Drôme etc…, selon les « bons de répartition » qui lui sont attribués.

    Une savante bureaucratie est en place pour les contrôles de tous les transports de blé ou de farine qui doivent faire l’objet « d’acquis » (pièces de Régie qui génèrent ensuite le paiement des taxes)

    La farine boulangère est conditionnée dans des sacs de jute de 100kg étiquetés et scellés.
    Il part avec le camion chargé de farine et revient avec du blé en passant par les silos de Châtillon ou chez Guinot, marchand de grains à Laignes. Le déchargement des sacs de farine nécessite force et adresse, car il faut les porter en équilibre sur l’épaule et parfois grimper un escalier en colimaçon pour les vider dans la trémie du boulanger. Si un sac tombe (ne parlons pas du porteur), il éclate et son contenu sera destiné au repas des cochons.

    Rien ne paraît plus simple aujourd’hui que de démarrer son véhicule le matin pour aller travailler, mais à l’époque, il n’en est pas de même, surtout en hiver. Le camion ne circule pas tous les jours, la batterie doit être rechargée. Maurice Denis, l’électricien du village, a fabriqué un chargeur qui fonctionne sur la turbine, mais ça ne marche pas au pied levé. Démarrer à la manivelle un gros moteur par temps froid est problématique, alors Marius se lève encore plus tôt, allume le feu de la cuisinière et fait chauffer 20 litres d’eau pour remplir le radiateur qu’il avait préalablement vidangé par précaution contre le gel, le moteur part alors au quart de tour.

    Toujours positif, il se dit que c’est quand même plus facile que de démarrer avec des chevaux

    L'histoire du moulin de Gomméville par Jean Verniquet (3)

    (La mélangeuse en 2008)

     Le moulin tourne parfois nuit et jour. Marius  dort ou plutôt essaie de dormir sur ses sacs, dans le bruit et le tremblement des machines, le grondement des cylindres, le sifflement des courroies de cuir enduites de résine. Le meunier doit avoir l’oreille musicale, il faut réagir au moindre bruit anormal au milieu de cet orchestre étrangement harmonieux d’engrenages, de coussinets en bronze, de poulies à gorge.

    Une courroie qui casse, c’est un élévateur qui se bloque, il faut alors courir dans l’escalier en avalant les marches  quatre par quatre pour dégager les tuyaux bourrés de recoupes ou de remoulages et soulager une bluterie dont les paliers risquent la surchauffe.

    L'histoire du moulin de Gomméville par Jean Verniquet (3)

    (L’escalier de 80 marches en 2008)

    Il faut ensuite réparer et remonter la courroie sur la poulie tandis qu’elle tourne, ce qui peut être très dangereux lorsque l’accès est un peu acrobatique.

    Lucie est toujours très inquiète quand son mari se livre à ce genre d’exercice.

    Au milieu de ces vieilles mécaniques qui s’agitent dans la poussière, sans aucune sécurité, le risque d’incendie est permanent. C’est d’ailleurs ainsi que finissent la plupart des moulins dont l’intérieur est tout en bois, archi  sec et de plus verni.

    Depuis des années, Marius souffre d’asthme, les quintes de toux l’épuisent. Il essaie d’en atténuer les effets sans grand résultat en respirant la fumée d’une poudre qu’il fait brûler dans une soucoupe, sur le coin du poële. Ensuite il aura un système plus efficace en pulvérisant un liquide dans sa gorge avec sa « poire » qu’il a toujours avec lui.


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  • Le temps des soucis et des peines

    A l’époque on ne savait pas traiter les allergies. En mars 1948, le petit Claude, âgé de 20 mois tombe malade, il a des plaques d’eczéma de plus en plus grandes, le médecin vient presque tous les jours. Des difficultés respiratoires surviennent, bronchite, pneumonie peut-être ? Il est hospitalisé à Troyes et décède quelques mois plus tard au moulin, en plein été, à la veille de ses deux ans.

    Dans la famille on croit à une malédiction, car 4 ans plus tôt Daniel déjà, âgé de 4 mois était décédé à la suite de symptômes similaires. Ma mère ne s’en est jamais vraiment remise.

    Souci professionnel, le système de la répartition des farines qui, dans une certaine mesure, protégeait les petits moulins au temps de la pénurie est supprimé.  La concurrence des grands moulins se fait d’autant plus sévère que la situation du marché s’aggrave.
    pour s’en convaincre, voici ce que l’on peut lire dans le bulletin de la Meunerie Française de décembre 1951 sous la triple signature de son président et des Présidents de l’Association Générale des Producteurs de Blé et de la Confédération Nationale de la Boulangerie Française :

    « (Ils) apprennent avec stupéfaction que le gouvernement projette une importation de 4 millions de quintaux de blé tendre pour la métropole et qu’il a décidé de relever le taux d’extraction des farines.

    Ils protestent contre ces décisions prises sans aucune consultation des organisations professionnelles… Ils déclarent en plein accord… que l’augmentation du taux d’extraction à PS +6 (81% pour un blé de poids spécifique moyen de 75KG/hl ) est une erreur grave qui aura pour conséquence au lieu d’une augmentation théorique

    -De rendre encore plus difficile l’utilisation des blés humides et de faible poids spécifique, de pousser ainsi à la consommation de ces blés par les animaux, d’autant plus que l’élévation du taux d’extraction va priver le marché des aliments du bétail d’une quantité équivalente de farines basses et issues

     -De pousser à la fraude par non respect du taux réglementaire, particulièrement à la campagne.

    -D’abaisser la qualité du pain au détriment de l’intérêt des consommateurs etc….

    Dans ce contexte les farines boulangères doivent répondre à des tests de panification de plus en plus rigoureux.
    le diagramme de mouture du moulin de Gomméville ne permet pas de les respecter. Il faut augmenter le nombre de passages de broyage et de convertissage comme c’est déjà fait depuis longtemps dans les moulins plus importants.

    L'histoire du moulin de Gomméville par Jean Verniquet (4)

    Marius et Lucie rassemblent leurs économies. Un ingénieur-conseil ajoute un convertisseur Bühler et remplace les bluteries par un plansichter.

    Les monteurs-menuisiers entrelacent une forêt de tuyaux posent de nouvelles transmissions, percent les planchers pour de nouvelles courroies.

    On ne s’y reconnait plus. Mais en octobre 1952 ça marche !

    Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, Françoise, ma petite sœur tombe du ciel en janvier 1953.

    Marius est élu Maire. Lucie est secrétaire de Mairie (elle l’était déjà en 1935, et le restera jusqu’en 1980)

    Comme au temps de Georges Gautherot, les responsabilités municipales s’ajoutent aux complications bureaucratiques. A ce sujet, le titre des paragraphes de l’Instruction du 15-10-51 des Contributions Indirectes est révélateur :

    Titre1- Redevances et indemnités compensatrices sur les stocks de céréales et de farines consécutives au changement de campagne

    Titre2-Régularisation des réceptions et des rétrocessions de céréales effectuées avant le 1 septembre 1951 et incidence du poids spécifique sur le prix de rétrocession des céréales.

    Il en résulte pour Lucie de longues soirées de calculs au centime près (à la main bien sûr, car les calculettes n’existent pas). Ensuite il faut recevoir les contrôleurs qui viennent s’installer pendant plusieurs jours dans la salle à manger-bureau pour vérifier sur place si la réalité est concordante.

    Survient en plus un litige qualitatif dont les conséquences auraient pu être terribles.
    Un wagon de farine expédié dans la Loire a fait l’objet d’un contrôle de la part du Service de la Répression des Fraudes. C’est un contrôle de routine, mais recevoir du courrier avec cet en-tête est inquiétant : Lucie et Marius ont à l’esprit la situation de ce meunier poitevin, injustement emprisonné quelques mois plus tôt dans le cadre de l’affaire du « pain maudit » dont on parle tant à la radio *

    Ils prennent un avocat, l’affaire est classée sans suite, mais que de nuits sans dormir !

    *Dans toute la France, les services de la Répression des Fraudes sont sur les dents. En août 1951, à Pont Saint-Esprit, cinquante personnes avaient été hospitalisées, prises de maux de têtes, vomissements, convulsions, cinq «étaient mortes. Elles avaient toutes mangé du pain provenant de la même boulangerie. Certaines analyses avaient détecté la présence d’ergot de seigle, connu pour provoquer des symptômes de ce type, mais pas à une telle échelle.

    La cause n’avait jamais été élucidée formellement. Le meunier avait été libéré après plusieurs mois d’incarcération à Nîmes.

    En 2009, cette affaire est ressortie aux Etats-Unis. Selon un journaliste américain qui a écrit un livre à ce sujet, leurs services secrets se seraient livrés dans le sud de la France à une expérimentation d’aérosols au LSD qui aurait mal tourné.


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  • Le temps du repos

    A partir de 1958, Marius arrête la mouture de blé et se consacre uniquement à l’alimentation animale. Il fait des tournées régulières dans les villages de la vallée de la Seine et aux alentours.

    Il n’y a plus de blé au moulin, sa santé s’améliore (les allergènes auraient-ils disparu ?)

    Les occupations ne manquent pas : élevage de moutons, basse-cour, verger, potager et l’admirable jardin fleuri dans la presqu’ile au milieu de la Seine. Les années vont s’écouler paisiblement.

    Le moulin est le point de rencontre de la famille et des amis.

    Il fait la joie des petits enfants en vacances. Ils peuvent se livrer aux mêmes jeux que leurs parents 30 ans plus tôt, la pêche, les balades en barque et en kayak, les parties de cache-cache dans les étages de la grande bâtisse, derrière les vieilles machines, dans les toiles d’araignées et les crottes de souris.

    L'histoire du moulin de Gomméville par Jean Verniquet (5)

    (Jeux d’été en 1952 : radeaux de joncs sur le bief. De gauche à droite et d’arrière en avant : Jean et Luc Verniquet, Paul Ducharme, JC Bonomi)

    Ces radeaux étaient constitués de trois bottes de joncs, assemblées avec deux piquets à tomates. Ces joncs poussaient à foison sur les hauts-fonds sablonneux de la rivière, ils ont totalement disparu au début des années soixante.

    La Seine coule… coule….

    L'histoire du moulin de Gomméville par Jean Verniquet (5)

      (la crue de janvier 1955)

    En janvier 1955, la Seine se fâche. Le vieux pont tremble sur ses piles, le déversoir et les îlots sont submergés. Le village est inondé. Les Autorités de Dijon viennent voir.

    Le pont fait barrage, comme si ses arches n’étaient plus assez hautes. Faut-il le démolir pour en construire un autre ?

    L'histoire du moulin de Gomméville par Jean Verniquet (5)

    Sagement une autre décision est prise : on va curer la rivière. Hélas la raison a ses limites et dans l’été 1959, les pelleteuses attaquent.

    Les berges sont rectifiées, les méandres sont comblés, les îlots sont arasés .Même le grand îlot boisé (dit de Saint-Antoine) au-dessus du premier déversoir est éliminé.

    Des quantités considérables de matériaux sont enlevées par dizaines de camions en amont du pont.

    L'histoire du moulin de Gomméville par Jean Verniquet (5)

    (Les travaux de curage en 1959)

    Aujourd’hui, avec la L.E.M.A. (Loi sur l’Eau et les Milieux Aquatiques) un tel saccage ne serait plus possible. Cependant, en affirmant la nécessité de restaurer la « continuité écologique », les vannages, les biefs, les déversoirs des moulins sont en quelque sorte « mis à l’index ».

    Ils sont considérés comme des entraves :

    -à la libre circulation des organismes aquatiques et leur accès aux zones indispensables à leur reproduction, leur croissance, leur alimentation, leur abri.

    -au transfert naturel des sédiments de l’amont vers l’aval.

    Un recensement de tous les ouvrages est effectué sur la Seine en 2004.

    Des propositions d’intervention chiffrées sont établies pour leur mise en conformité.

    Le moulin de Gomméville est inscrit en priorité n°2. Des coûts très importants seront mis à la charge du propriétaire, s’il souhaite maintenir son droit d’usage.

    Quel avenir ?

    Le site, les vieux murs chargés de souvenirs constituent un patrimoine familial et régional que l’on se doit de préserver, mais l’entretien d’un tel ensemble représente de lourdes charges. Il faut faire en sorte qu’il redevienne productif pour en assurer le financement.

    Son potentiel hydro-électrique n’est pas négligeable. Il représente une quantité d’énergie « verte » équivalente à la production annuelle de plus de 3000 mètres carrés de panneaux solaires, dont l’installation est largement soutenue par les pouvoirs publics.

    Le prix de l’énergie ne fera qu’augmenter dans l’avenir, un équipement moderne et respectueux des règles de la protection environnementale devrait permettre de dégager des ressources suffisantes.

    Toutefois, beaucoup d’eau a coulé sous le pont… Notre famille se disperse en prenant de l’âge, la raison commande de rechercher un successeur capable de prendre la suite.

    En décembre 2006, je propose à monsieur le Maire de Gomméville, Jean-Paul Rommel, d’acquérir l’ensemble pour produire de l’électricité, sous la condition que cela s’intègre dans un projet communal qui permettrait d’assurer la pérennité de ce patrimoine. Il accueille très favorablement ma proposition.

    Une étude préalable conclut à la faisabilité du projet. L’acte de vente est signé en octobre 2008.

    En 2013, 5 années plus tard, la commune de Gomméville n’a pas encore vendu le moindre kilowatt-heure, pourtant son Maire n’a pas ménagé es efforts, de volumineux dossiers ont été préparés, les anciennes turbines ont été démantelées, mais le financement des équipements productifs s’est fait attendre.

    Il a fallu d’abord satisfaire aux exigences de la « continuité écologique » sous la conduite du S.I.C.E.C., couler du béton et assembler des cornières métalliques pour construire des passes à poissons et une passerelle d’accès qui me semble loin d’être un chef d’œuvre d’intégration dans le paysage.

    L'histoire du moulin de Gomméville par Jean Verniquet (5)

    (La passerelle devant le vannage amont en  2012)

    L'histoire du moulin de Gomméville par Jean Verniquet (5)

    (Ma mère au même endroit en 1935)

     En août 2013, les travaux d’installation de la micro-centrale viennent enfin de débuter.

    Si tout va bien la production d’électricité pourra démarrer à la fin de l’année.

     (Jean Verniquet, en 2013 )

    L'histoire du moulin de Gomméville par Jean Verniquet (5)

    ET MAINTENANT ?

     2004 :

    Le S.I.C.E.C fait procéder à une analyse globale des 35 sites hydrauliques sur la Haute Seine (entre Saint Marc et Gomméville) par rapport à leur situation au regard de la « continuité écologique ».

    Concernant Gomméville il en résulte l’alternative : 280 000 euros de travaux ou arasement.

    2006 :

    Jean  et Luc Verniquet (les propriétaires) font à la Commune la proposition d’acquérir l’ensemble, sous réserve d’y maintenir une activité d’intérêt général sur  le site (production d’énergie électrique renouvelable)

    2007 :

    Une étude préalable de faisabilité est commandée par la Commune auprès des services compétents (A.D.E.M.E.)

    2008 :

    Signature de l’acte de vente

    2009 :

    Démantèlement des anciennes installations du moulin

    2010 :

    Orientation technologique pour le choix des nouveaux équipements. Préconisation pour une roue à aubes, Système FONFREDE. Son inventeur aurait reçu la médaille Grand Or au Mondial de l’Invention et de l’Innovation en 2004. Le produit a été breveté dans une trentaine de pays dans le monde. Ses performances le rendent compatible avec les exigences de la « continuité écologique »

    2011-2012 :

    Travaux de mise en conformité écologique du site : réfection du déversoir et de vannage amont. Passerelle d’accès et « passe à poissons » (Financement pris en charge par le S.I.C.E.C.)

    2014 :

    -Travaux de Génie Civil pour l’installation de l’équipement hydraulique sur le site du moulin.

    -Installation du Générateur électrique et raccordement au réseau

    -Nouvel Arrêté Préfectoral portant règlement d’eau du moulin dit « Verniquet » en remplacement de l’ancien (qui datait de 1832)

    -Financement : 1/3 Région, 1/3 Europe, 1/3 Commune, pour un total de 300 000 euros (non compris les travaux de mise en conformité écologique pris en charge par le S.I.C.E.C.)

    L'histoire du moulin de Gomméville par Jean Verniquet (5)

    2015 :

    Des problèmes techniques apparaissent dès les premiers jours  qui nécessitent l’ arrêt de l’installation

    Aucune intervention du constructeur, donc pas de solution .

    Janvier 2019

    Les travaux sont terminés depuis 6 ans, la Seine coule, coule...  

    A ce jour, pour des raisons qui me sont inconnues, l'installation n'a pas encore produit le moindre kWh, elle est à l'arrêt.

    L'histoire du moulin de Gomméville par Jean Verniquet (5)

    Le site semble à l'abandon dans l'indifférence générale. 

    (Jean Verniquet) 


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