• Il y a peu, j'ai reçu  de la part d'une lectrice belge, un mail extraordinaire...

    Extraordinaire, c'est bien le mot, car, en effet, madame Nicole Bléret    me proposait  de me remettre une lettre dactylographiée de 10 pages, provenant du Père Achille Caillet, écrite par lui en 1950, depuis sa première mission à Ceylan.

    Cette lettre se trouvait dans les papiers de la grand-mère de madame Bléret.

    Madame Bléret est la petite fille d'Albert et Marie Mayerus-Mangin d'Hussigny (Meurthe et Moselle) très impliqués dans la vie paroissiale de leur commune.

    J'ai accepté ce don avec une grande joie, et  à sa réception, j'ai été frappée par le récit du début de la vie de missionnaire du Père Caillet, alors qu'il avait 28 ans, texte nous la relatant avec un style vivant et passionnant.

    Bien entendu, j'ai recopié cette lettre et je la ferai paraître "en feuilleton", en 9 épisodes.(comme je l'ai fait pour le récit de la famille Roy d'Aisey sur Seine).

    J'illustrerai ce texte foisonnant, de photos ou cartes postales anciennes pour que le récit, très dense, du Père Achille Caillet, soit plus aéré.

    En voici la première partie.

    Septembre 1950

    Bien chers amis,

    Le 4 janvier 1947, j’arrivais à Colombo et je terminais ma petite relation de voyage en disant que « le plus beau moment c’est quand le rideau bouge et qu’on entend du bruit derrière le rideau ». C’est vrai, mais le plus beau moment, c’est peut-être celui de l’espérance.

    Mais depuis ce moment-là, il y a en a eu d’autres aussi qui étaient beaux tout de même.

    Et comme je n’ai pas eu le temps d’écrire à chacun de vous en particulier mes impressions de bientôt 4 années de Ceylan, je vais, à la demande de, plusieurs d’entre vous,  résumer quelques-unes des impressions de cette période qui m’a parue courte   parce qu’elle a été pleine, occupée et heureuse.

     Après les adieux sur le bateau à tous les charmants compagnons de traversée, à ceux qui vont vers d’autres cieux, l’Afghanistan et l’Inde, aux soldats et parachutistes  en particulier dont plusieurs seront morts ou mutilés quelques semaines plus tard, c’est la rencontre avec Monseigneur Cooray, l’évêque coadjuteur de Colombo et les Pères, les anciens missionnaires et les « vieilles barbes », venus à bord accueillir Monseigneur Masson.

    On descend la passerelle pour la dernière fois, on saute dans la vedette qui traverse la rade à toute vitesse.

    Un dernier regard à notre cher « Champollion » qui disparait bientôt derrière des dizaines d’autres bateaux et des centaines de mâts et voici la jetée.

    Le Père Achille Caillet, missionnaire à Ceylan (actuel Sri Lanka)

    (le Champollion en 1946)

    Cette fois on y est ! La terre de Ceylan…. Cet instant qu’on a attendu depuis des années, pour lequel on a prié, lutté, il est arrivé !

    La douane nous retient quelques instants, mais n’insiste pas.

    Ils savent bien que nous ne sommes pas venus faire du trafic.

    D’ailleurs nous marchons sous la protection de Monseigneur Masson qui est l’autorité morale la plus respectée de l’Ile et qui en impose, je vous assure.

    Les reporters sont là, lui demandent ses impressions et prennent des photos qui paraitront dans quelques heures en première page dans les journaux.

    Nous quittons le bâtiment de la jetée des passagers.

    Le Père Achille Caillet fut missionnaire à Ceylan (actuel Sri Lanka)...

    Il est peut-être 10 heures du matin, mais le soleil est déjà haut dans le ciel et c’est exactement là, sur cette place goudronnée et déjà surchauffée que nous recevons le « baptême du feu ».

    Le sol embrasé nous renvoie au visage une bouffée de chaleur qu’on reçoit avec le sourire en se disant que  c‘est  loin d’être la dernière.

    On saute dans une auto avec d’autres Pères français qui comptent 8,15 ou 30 ans de Ceylan.

    On est tout yeux : Ah ! cette première impression, comme elle est étrange et inoubliable ! ce premier contact avec l’Orient mystérieux, bariolé, insaisissable.

    De belles avenues très larges, de grands édifices, des magasins somptueux : c’est le Colombo européanisé : les grandes banques,, les Consulats et Ambassades, les agences maritimes, les bureaux du gouvernement etc…

    Des tramways plutôt démodés, de luxueuses voitures américaines

    Le Père Achille Caillet fut missionnaire à Ceylan (actuel Sri Lanka)...

    et, soudain une charrette à bœufs, des bœufs qui ont des bosses et qui portent sur leurs cornes leur ration de foin pour la journée.

    Le Père Achille Caillet fut missionnaire à Ceylan (actuel Sri Lanka)...

    Le Père Achille Caillet, missionnaire à Ceylan (actuel Sri Lanka)

    Dans cette apparition cocasse d’une charrette à bœufs dans les quartiers chics de Colombo, barrant le passage aux trams, aux autos, à tout sans souci ni idée du code de la route, il m’a semblé voir tout le vieil Orient tenace qui ne veut pas capituler et vient soutenir le défi au milieu de la « civilisation ».

    Des trottoirs encombrés de monde, de vendeurs, de camelots, de marchands, de mendiants, de belles dames aux saris de couleurs flamboyantes, d’estropiés, que sais-je encore ?

    Tout ce monde qui crie, gesticule, s’agite, passe, repasse, fait l’article, rit discute ou flâne, ces sons incompréhensibles qui vous arrivent pendant que l’auto s’arrête dans un embouteillage invraisemblable, tout cela c’est encore l’Orient et l’un de ses multiples visages.

    Des cocotiers, des massifs de fleurs , des bougainvilliers passent à toute vitesse devant nos yeux.

    Mon Dieu que de choses en dix minutes ! on est muet, ébahi, stupéfait et ravi devant cette richesse et cette exubérance de Colombo.

    Mais nous arrivons à l’Archevêché le quartier général du Catholicisme à Ceylan.

    Les Pères, tous en soutane blanche, sont venus nombreux saluer Mgr. Masson. Ils nous assaillent de questions :

    « D’où êtes-vous, de quelle région de France ? Que fait-on en France maintenant ? Où étiez-vous pendant la guerre, à l’occupation ? Qu’avez-vous fait ? Connaissez-vous un tel, etc… etc… »

    Tout en parlant on se dirige vers la Chapelle. Première visite à Notre-Seigneur sur la terre de Ceylan, visite combien émouvante.

    On a tellement de choses à Lui dire, on a la tête si pleine de visions étranges et nouvelles que tout vient à la fois sans ordre et en vrac.

    On Lui dit  merci de nous avoir conduit comme par la main jusqu’ici, on Lui offre toutes ses forces et toute sa vie jusqu’au dernier souffle, on Lui parle de la France, de la Maman, de tous ceux qu’on aime, de toutes ces âmes, de toute cette masse encore païenne et on Lui demande sa force pour que notre vie serve à sa gloire.

    On voudrait continuer longtemps, s’arrêter indéfiniment à parler avec Lui, de tous et de chacun, s’arrêter un peu, penser, essayer de s’analyser, de s’y reconnaître dans une pareille farandole de pensées et de visions…

    Mais on vous emmène. Au passage, un sourire à la Sainte Vierge, Notre-Dame de Sanka : c’est aujourd’hui  le premier samedi de l’année.

    Un merci à Sainte-Thérèse de l’Enfant-Jésus, la patronne des missions.

    Je pense à sa statue dans le hall de Pontmain, cette statue devant laquelle j’ai passé des milliers de fois pendant mes cinq années là-bas et je lui ai dit chaque fois que je passais : « Sainte-Thérèse, patronne des missions, faites qu’un jour j’aille en missions ».

    Elle ne m’a pas déçu et c‘est toute ma reconnaissance que je fais passer dans mon regard en quittant la chapelle.

     


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  •   Épisode II

    Aussitôt les questions  recommencent.

    Pauvres chers anciens missionnaires ! Si les cinq années de guerre et d’occupation nous ont paru longues comme une éternité, elles ont dû l’être aussi pour ceux qui ont peiné, tenu sur le front des âmes et sont tombés au champ d’honneur des missions, sans nouvelles, sans renforts.

    Et comme on est content d’être le premier renfort !

    Depuis l’entrée en guerre jusqu’à notre arrivée, 21 Pères sont morts et nous ne sommes que 2 à arriver ! Mais ça suit et d’autres viendront.

    On parle, on parle…On leur demande aux anciens, si la langue du pays est difficile à apprendre, s’il y a  beaucoup de serpents etc… et nos questions les font rire.

    Mais voici l’heure du déjeuner, et là, ils vont rire encore davantage à nos dépens.

     Des plats de toutes les couleurs de l’arc en ciel circulent avec le riz.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan

    On nous dit : « ceci est fort, ceci est très fort, ceci ne brûle pas la langue… » une foule de bons conseils. Mais on veut être braves et…se lancer à l’eau ou plutôt essayer de tous les caris, car c’est le nom de tous ces plats bizarres qui vous étonnent par leur variété.

    Naturellement on se brûle la langue, tant les épices sont fortes (imaginez que vous avalez le contenu du poivrier) et les larmes viennent aux yeux. Tout le monde rit, et nous aussi, mais on rit jaune.

    On avale de grands verres d’eau pour essayer de faire passer cette sensation de charbon brûlant que vous avez dans la bouche, (comme l’eau est bonne à Ceylan !) mais c’est peine perdue.

    Ce sont les bananes et les ananas qui nous sauvent et, après le dessert, tout rentre dans l’ordre.

    L’après-midi, on visite l’immense propriété appelée « Borella ». Je vous disais que Borella était le quartier général de l’église catholique à Ceylan.

    En effet on y trouve, rassemblés autour de l’archevêché, le petit séminaire avec 150 élèves

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan

    de l’autre côté le grand séminaire avec 20 élèves...

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan

    la centrale administrative de toutes les écoles catholiques du diocèse et enfin la presse catholique qui imprime deux hebdomadaires en Anglais et en Cingalais et toutes sortes d’autres publications.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan

    Un aspect des constructions et bâtiments à Ceylan auquel on met un certain temps à s’habituer est d’avoir immédiatement sur  vos têtes le toit nu avec ses tuiles et ses poutres sans plafond intermédiaire. Ordinairement les bâtiments sont tout en surface, pas d’étage, c’est beaucoup plus sain et moins chaud.

    Ceux qui construisent un étage sont obligés souvent de recourir aux ventilateurs, ce qui représente une assez grosse dépense.

    Le soir arrive. Vers 6 heures, une énorme averse tombe pendant 20 minutes et aussitôt le soleil recommence à luire de son plus bel éclat sur les feuilles des bananiers, comme si de rien n’était avant de se coucher très vite.

     La nuit ici arrive en un quart d’heure. Les lucioles, mouches phosphorescentes commencent à danser et à tracer des sillons lumineux dans la nuit.

     Les étoiles brillent, bien plus nombreuses que chez nous. On sent la nuit plus solennelle et plus mystérieuse.

    Elle doit l’être bien davantage encore, là-bas au fond de la jungle.

    Après les exercices de piété de la soirée, le dîner et la récréation, on a hâte d’aller se reposer. Cette chaleur nous assomme et l’on se sent moins alerte, moins énergique.

    C’est comme si l’on avait à traîner un poids et c’en est un en effet.

    La question du couchage est d’une simplicité évangélique à Ceylan, non pas par vertu, mais par nécessité.

    On n’aurait que faire de couvertures, édredons etc…

    Le lit consiste en un cadre de bois tendu de cordelettes tressées .

    Vous étendez une natte là-dessus, vous vous enroulez  dans un drap et en route pour le pays des rêves derrière la moustiquaire que vous avez bien eu le soin de vérifier.

    Car s’il y a le moindre petit passage, les moustiques porteurs de malaria finiront par le trouver, tant ils sont avides de sang frais de jeunes Européens tout nouveau débarqués.


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  • Épisode III

    Le lendemain, dimanche, je lis ma messe en toute tranquillité au petit séminaire vers 6h30, c'est-à-dire alors qu’il n’est encore qu’une heure du matin en France. Là, j’ai pu prier à mon aise…

    Dans la matinée, un Père Belge nous fait visiter l’hôpital général tout proche.

    2 000 lits environ, mais il y a encore un autre millier de malades couchés sur le sol, tellement le nombre est élevé et l’équipement sanitaire déficient.

     Le miracle dans cet hôpital, ce sont les 90 sœurs franciscaines de Marie qui se dévouent jour et nuit auprès de ces malades sans distinction de races ni de religions.

     Bien qu’elles appartiennent à une quinzaine de nationalités différentes, elles connaissent toutes, en plus de leur langue maternelle, l’anglais, le français et le cingalais.

    Leur tact, leur dévouement et leur savoir faire, font marcher cet hôpital en dépit de toutes les difficultés, du grand nombre de malades et du manque d’équipement.

    L’après-midi, à 5 heures, Monseigneur Cooray * nous emmène à la cathédrale où il nous fait l’honneur de nous prendre comme diacre et sous-diacre au TeDeum solennel qu’on chante pour fêter son retour.

    Il parle en anglais de sa visite en Europe, du Saint-Père dont il va donner la bénédiction.

    la vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (3)

    Ce soir-là j’ai senti et réalisé combien l’Eglise était catholique. Dans cette foule qui écoutait Monseigneur Cooray, il y avait des Cingalais, des Tamouls, des Européens appartenant à presque toutes les nations de l’Europe occidentale, tous vibrant de la même foi.

    Dans cette immense nef, il n’y avait plus de différences de races, il n’y avait plus que des enfants de Dieu.

    Le lendemain, nous partions à Maggona en auto.

    Maggona est une mission au sud à une cinquantaine de kms de Colombo, où se trouvent groupés sous la direction des Frères Oblats, un orphelinat de 150 garçons, une Ecole Normale pour instituteurs Cingalais et ce qu’on appelle ici un « réformatoire » et qu’on appellerait en France une école de correction.

    la vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan

    C’est aux Frères Oblats que les tribunaux et le gouvernement confient les jeunes délinquants qu’on ne peut pas envoyer en prison. Ils sont environ 300, en majorité païens.

    Pour occuper tout ce monde et les aider à commencer une nouvelle vie, une école industrielle est attachée au réformatoire.

    On enseigne à ces jeunes gens la menuiserie, l’imprimerie, la reliure, la couture, la culture du riz etc…

    Un Frère est même spécialisé dans la dorure des calices.

    Nous passons là trois belles journées pendant qu’à l’atelier de couture on nous prépare notre trousseau, tout de blanc, qui nous permettra de porter plus allègrement le poids du jour et de la chaleur.

    Nous visitons ces immenses bâtiments, regardons les enfants au travail, en classe ou à la gymnastique, parcourons les plantations d’arbres à caoutchouc, les rizières.

    A l’occasion, nous apprenons quelques mots de cingalais, que nous aurons d’ailleurs vite fait d’oublier , tellement cela nous paraît bizarre.

    On nous montre un cobra tué la veille ; les serpents abondent par ici, mais le Père Supérieur à la barbe blanche nous rassure en nous disant qu’il y a un ange gardien spécial pour les missionnaires et nous recommande d’avoir confiance en lui.

    De gentils petits écureuils zébrés sont si familiers qu’ils courent sous les vérandas et viennent manger à vos pieds les mies de pain qu’on laisse tomber à leur intention. Des amours de petits lézards courent sur les murs.

    Nous nous acclimatons, c'est-à-dire que nous transpirons énormément. Cela durera 3 ou 4 mois, tant que nous n’aurons pas perdu avec nos belles couleurs quelques centaines de milliers de globules  rouges… Le cari ne nous apparaît plus aussi fort qu’au premier jour et d’ailleurs nous faisons attention.

    Puis nous remontons à Colombo. Visite à la police qui me fait sentir que, malgré tout mon attachement à ce pays et à son peuple, je reste un étranger.

    On nous pose un tas de questions, notamment celle-ci : « Combien de temps comptez-vous rester à Ceylan ? Réponse : « indéfiniment »

     *Thomas Benjamin Cooray né à Negombo (Sri Lanka) le 28 décembre 1901 et décédé à Colombo, le 29 octobre 1988, est un ecclésiastique srilankais,membre de la congrégation cléricale des Oblats de Marie-Immaculée, qui fut archevêque de Colombo. Il a été fait cardinal en 1965 par le Pape Paul VI.

    Le voici en cardinal :

    la vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (3)

     


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  • Épisode IV

     Le 11 janvier au matin, Mgr. Masson m’envoie au collège saint-Joseph situé au beau milieu de la ville avec consigne d’apprendre le plus d’anglais possible.

    Saint-Joseph est un immense collège catholique fondé par Monseigneur Bonjean, mais qui doit tout son rayonnement au Père Le Goc, un Breton qui le dirigea pendant un quart de siècle.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan

    Le Père Le Goc, qui était un savant, a fait une impression profonde  sur tous les milieux à Ceylan et même aux Indes.

    Et quand il mourut, tué net dans un accident d’auto le 16 mars 1945, ce fut un deuil national.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan

    (Le Père Maurice Le Goc)

    Les funérailles furent un triomphe et, comme il était officier de la Légion d’Honneur, c’est sur les épaules des marins français du « Richelieu », alors en rade à Colombo, qu’il traversa la foule énorme de toutes races et de toutes religions, venue le pleurer.

    Quand j’arrivai au collège, je fus impressionné par la belle ordonnance des bâtiments disposés autour d’un grand terrain de sports et d’une seconde cour de récréation.

    La chapelle aux lignes modernes, d’une conception très originale occupe le centre…

    Le Père qui avait étudié à Rome et dans les universités anglaises pendant de longues années, m’accueillit en me parlant français.

    Tous les 11 Pères, les 70 ou 80 professeurs et les 1 600 élèves étaient Ceylanais. J’étais donc le seul blanc.

    Comme les Pères étaient beaucoup trop peu nombreux, on me confia la surveillance des internes, section des petits, ce qui me prenait 6 heures par jour et réduisait d’autant le nombre d’heures que je pouvais consacrer à l’étude de l’anglais.

    De plus, la prononciation de l’anglais par les Ceylanais est loin d’être la prononciation correcte, mais je réussis à les comprendre assez vite et 5 semaines après mon arrivée , je pus entendre les premières confessions en anglais.

    Ce fut en une occasion mémorable, à l’occasion de la proclamation de la Sainte Vierge comme Reine de l’île, sous le titre de Notre-Dame de Sanka, titre reconnu et approuvé par le Saint-Père.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan

    50 000 personnes étaient présentes pour rendre grâce à Notre-Dame d’avoir sauvé l’île de l’invasion japonaise.

    Les messes se succédèrent à la grotte de Tewatte à partir de 4 heures du matin et je distribuai la Sainte Communion pendant plus de 2 heures.

    Monseigneur Masson m’avait promis, à Lourdes, que j’assisterais à cette cérémonie et, quelques jours avant le 15 février 1947, il envoya une lettre spéciale au Père Supérieur pour lui dire de m’envoyer à Tewatte.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan

    (La basilique de Notre-Dame de Sonka à Tewatte)

    Ce bon Monseigneur Masson fut constamment plein d’attentions pour moi et je lui serai toujours reconnaissant des encouragements et des conseils qu’il me prodigua.

    Quand arrivèrent les vacances de Pâques, il insista pour que j’aille passer 3 semaines dans les montagnes du centre de l’île avec les autres Frères.

    Aussi sa mort soudaine, au matin du 28 juillet 1947 fut une peine personnelle pour moi et me surprit douloureusement.

    Et maintenant encore, quand je passe à la cathédrale où il repose, je prie pour lui qui était si imposant, si majestueux et en même temps si bon.

    La vie de collège continua.

    Je sentais que je devenais « anglais » un peu plus chaque jour, que je m’intéressais au cricket, ce jeu qui n’aurait guère de succès en France et qui est, à mon avis, avec le commerce, le seul lien entre les pays si divers du Commonwealth britannique.

    Le Père Supérieur qui aimait beaucoup le basket-ball m’encourageait à l’enseigner aux élèves et nous avions ensemble beaucoup de plaisir.

    Mais c’est un sport qui n’est pas fait pour les tropiques. Le volley-ball connaît à juste titre, beaucoup plus de succès.

    Le sport occupe une place importante en Angleterre et dans les dominions et Saint-Joseph’s Collège en a une plus qu’honorable parmi les collèges de l’île.

    Au point de vue religieux, environ 800 élèves sur 1 600 étaient catholiques.

    Je ne voudrais pas comparer la piété des Orientaux avec celle des Occidentaux.

    Extérieurement, pour ce qui est des démonstrations de piété, ils nous en remontrent, mais je me demande si leur religion ne s’arrête pas là…

    Dans le domaine intellectuel, je crois que dans l’ensemble les Ceylanais sont plus portés vers les sciences mathématiques, physiques etc… que vers les Lettres.

    Le collège prend les enfants à partir de l’école maternelle aux mains d’une dizaine d’institutrices et les conduit à l’examen d’entrée à l’Université.

    On y enseigne, avec l’enseignement religieux (après trois mois on me confia 2 classes) toutes les sciences, la dactylo, les langues orientales : tamoul, cingalais, pali, sanscrit.

    Un grand collège Saint-Bridget’s Convent, tenu par les Sœurs du Bon-Pasteur d’Angers, remplit pour les jeunes filles  le même rôle que Saint-Joseph pour les garçons. Elles sont environ 850 élèves.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan

     


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  • Épisode V

    Le 17 décembre 1947, un coup de téléphone  m’appelait chez Monseigneur Cooray, notre nouvel archevêque, le premier archevêque cingalais à occuper le siège de Colombo.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (5)

    Il a été élève à Saint-Joseph’s College pendant quelques années, puis a été envoyé à Rome pour ses études.

    Il est très gentil pour nous et nous parle souvent français .

    Il connaît, en outre l’italien en plus de l’anglais, du cingalais et du tamoul.

    Ce soir-là, il m’appelait pour m’envoyer dans une mission cingalaise à Bolawalana, environ 32 kms au nord de Colombo tout près de la côte.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (5)

    ( une église de Bolawalana)

    Le Père Merret, un breton en charge de la mission m’accueillit à bras ouverts. Bolawalana comptait 3 églises et 6 000 catholiques.

    De plus, s’y trouve la maison-mère des Sœurs de Saint-François Xavier, Sœurs indigènes dirigées par trois sœurs belges du Bon-Pasteur d’Angers.

    Ce couvent est immense et comprend le noviciat et le postulat, une école de tissage, un orphelinat de 185 petites filles et une école normale pour 1OO institutrices  cingalaises.

    Enfin, les Sœurs ont la charge des écoles de filles de la mission.

    Ce couvent possède une très belle chapelle à trois nefs disposées en éventail. La nef centrale est réservée à l’école normale, une autre aux Sœurs novices et la troisième aux orphelines.

    C’est là que j’allai dire la messe chaque matin pendant les treize mois que j’ai passés à Bolawalana, de plus, j’assistais le Père Merret dans tout ce que je pouvais faire : confessions en anglais, baptêmes, funérailles, etc…

    Mais comme l’immense majorité des gens parlaient cingalais, mon premier souci était évidemment d’apprendre la langue.

    La Mère Supérieure du Couvent me donna toute liberté d’aller parler avec les orphelines qui étaient fières d’avoir un Père comme élève.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (5)

    Je crois qu’elles se souviennent encore de ces leçons : elles ont ri bien des fois de mes fautes et elles se sont donné bien de la peine pour m’apprendre la prononciation correcte et si aujourd’hui je sais  un peu de cingalais  c’est à elles que je le dois en grande partie.

    Tout le monde est d’accord pour reconnaître que c’est des indigènes , et tout spécialement des enfants que l’on apprend la bonne prononciation .

    Il y avait, parmi ces orphelines de toutes petites, et notamment  une petite Patricia qui atteignait ses deux ans quand j’arrivai pour la première fois.

    Cette pauvre petite avait perdu son père le 24 décembre 1945, deux jours avant sa naissance (26 décembre) et sa mère était morte le 30 du même mois.

    Elle aimait beaucoup venir près de moi, et quand elle me voyait arriver, elle criait, m’appelait et essayait de venir me rejoindre sous l’arbre  nous étudiions, mais comme elle ne pouvait pas descendre les escaliers, j’envoyais les plus grandes la chercher et elle gazouillait près de nous.

    Elle aura bientôt 5 ans et va à l’école attachée à l’orphelinat.

    Elle m’a envoyé récemment une « lettre », c'est-à-dire une feuille de papier couverte de lettres cingalaises.


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  • Épisode VI

    Après quelques mois d’étude je pus me lancer à entendre les confessions des enfants en cingalais et aider le Père Merret un peu plus.

    J’attendis plus longtemps pour commencer à prêcher . D’ordinaire on commence par dire ou par lire quelques phrases soigneusement préparées et qu’on a répétées des dizaines de fois. Cela je l’avais fait à partir du mois d’avril quand je m’en allai résider tout seul dans une église voisine dont le Père missionnaire était mort  subitement.

    Mais pour mon premier sermon, j’avais à cœur de préparer quelque chose de bien et de l’adresser aux orphelines pour leur exprimer ma reconnaissance ainsi qu’aux Sœurs.

    J’attendis  jusqu’au 8 décembre. Ce jour-là, grand-messe au couvent.J’étais très ému, je vous assure, quand je me retournai après l’Evangile et vis les trois nefs pleines de Sœurs, novices, postulantes, institutrices de l’école normale et mes orphelines. Les Sœurs de l’orphelinat  m’avouèrent ensuite qu’elles aussi étaient très émues et avaient prié pour moi.

    De fait, la Sainte Vierge m’aida et je débitai mon long sermon sans hésitation. Après la messe je posai quelques questions aux orphelines et je vis d’après leurs réponses qu’elles avaient compris.

    J’aurais bien voulu rester encore un an à Bolawalana pour approfondir mes connaissances qui, malgré tout restaient sommaires. Quoiqu’on dise, une langue orientale ne s’apprend pas tout seul.Car cela ne suffit pas d’apprendre à écrire 52 lettres bizarres et des mots encore plus drôles, mais il faut arriver à penser en cingalais, si j’ose dire, et bâtir des phrases comme les indigènes  les bâtissent , c'est-à-dire pratiquement commençant par la fin. Et croyez-moi, ce tour de force n’est pas l’œuvre d’un jour.

    L’ennui c’est que nous n’avons pas le temps d’étudier méthodiquement et pendant longtemps. A cause du manque terrible de prêtres, Monseigneur se voit obligé de nous jeter dans la bataille dès que  nous savons quelques bribes de la langue.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (6)

    C’est ce qui m’arriva et, le 14 janvier 1948, le Père Merret rentrait de Colombo avec deux feuilles de route. Lui s’en allait au sud de Colombo et moi pas très loin de Bolawalana, mais dans un secteur si différent à tous points de vue qu’on croit entrer dans un autre monde.

    Le Père Merret qui comptait 16 ans de Ceylan sans vacances, ne tint pas  longtemps dans sa nouvelle mission. Au bout de deux mois, à la suite d’un refroidissement, il attrapait une paralysie  faciale, passait deux mois et demi à l’hôpital et finalement était  envoyé en France par avion.

    C’était un admirable compagnon et nous nous entendions comme deux frères. Je lui suis reconnaissant de m’avoir fait profiter de sa longue expérience. Après 18 mois de séjour en France, il va rentrer à Ceylan en décembre, mais je doute fort qu’il soit complètement rétabli….


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  • Épisode VII

     Un beau matin de janvier 1948, j’arrivai donc, avec armes et bagages, au bord d’une lagune qui me séparait de ma nouvelle mission, Duwa.

    A ma droite l’océan indien grondait. En face, une ligne de cocotiers, de l’autre côté de la lagune. C’était là-bas…  

    Je fis une ardente prière, car on m’avait averti que ces gens-là n’étaient pas faciles à mener, puis montai courageusement dans la pirogue à balancier.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (7)

     

    Le vent soufflait terriblement, je dus attacher la jugulaire de mon casque pour ne pas le voir s’envoler. Le batelier, tout en manœuvrant  la pirogue et en mâchant sa  chique de bétel ,me lorgnait du coin de l’œil.

    Quelques femmes qui étaient allées vendre le poisson avaient pris place également dans la pirogue et, elles aussi, m’étudiaient silencieuses.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (7)

    Avec ces gens à la vie rude, toujours en lutte contre l’océan, plutôt défiants, c’était à moi de faire le premier pas. Je leur adressai quelques mots , leur demandai comment allait la pêche etc…

    Et je compris qu’il me faudrait beaucoup de patience pour les gagner et les conquérir.

    En débarquant et en traversant le pauvre hameau où vivent entassés 2 000 pêcheurs, dans la saleté, dans la misère, l’isolement du reste du monde, je pensai avec joie qu’en fait de vie missionnaire on ne pouvait pas souhaiter mieux et… j’entrai à l’église, ma foi, dédiée à Notre-Dame du Bon Voyage, tout au bord de la mer et veillant sur la flotte de voiles qui croise là-bas.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (7)

    La maison du Père est encore plus proche de la mer et aux jours de tempête, les vagues qui s’écrasent sur les rochers envoient des paquets  jusque dans les vitres.

    Jadis, la moitié du village a été engloutie dans un assaut furieux des flots et la conquête lente continue aujourd’hui.

    La place est mesurée dans la presqu’île étroite. De temps en temps, un cocotier tombe à la mer et je connais telle maison qui en fera bientôt autant en dépit des sacs de sable et des pierres qu’on accumule pour la protéger.

    Le gouvernement a essayé d’arrêter cette érosion et a fait placer par des éléphants de gros blocs de granit sur lesquels viennent se briser les assauts des flots, mais ces blocs disparaissent lentement dans le sable et, à certains points, on ne les voit déjà plus.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (7)

    A certaines époques de l’année, et à certaines heures du jour (je n’ose pas dire la marée, car elle est insignifiante ici) une ligne de rochers sous-marins émerge : c’est l’ancienne limite des terres.

    A d’autres époques, au mois d’août exactement, le mouvement des eaux dans l’immense baie apporte de notre côté des centaines et peut-être des milliers de mètres cubes d’un beau sable blanc.

    C’est ainsi qu’en rentrant de faire ma retraite à Colombo, je me trouvai propriétaire d’une magnifique plage d’une centaine de mètres de long sur 20 à 50 de large. Elle resta là trois semaines, puis disparut en 48 heures.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (7)

     


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  • Épisode VIII

     Pays étrange en vérité. Pays de lutte.

    Les gens portent cela sur leurs traits et dans leurs mœurs  plutôt rudes.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (8)

    Au début plutôt renfermés et soupçonneux, ils finirent par se livrer et devinrent plus communicatifs.

    C’est d’autant plus difficile de les changer qu’ils sont en grande majorité illettrés.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (8)

    Aussi mon principal souci fut de les convaincre d’envoyer leurs enfants à l’école.

    Ce ne fut pas facile, car dès qu’un garçon a 11 ans, on l’enrôle pour la pêche.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (8)

    Dès qu’une petite fille peut aider la maman à préparer le riz, on la retire de l’école.

    Je prêchai, je discutai, j’encourageai, je me mis à aller appeler les enfants dans leurs cabanes, je les attirai en leur donnant des images, en leur montrant des revues que certains d’entre vous m’envoyaient de France.

    Bref, je passai une grande partie de mon temps à changer cette mentalité.

    A la fin de l’année, il y avait un progrès et j’apprends que cela continue.

    Une autre difficulté était la division dans le village.

    Autrefois une partie du village devint schismatique, au temps su schisme de Goa.

    Maintenant tous sont revenus à l’unité, mais les deux factions subsistent  et il faudra beaucoup de temps encore pour faire disparaître les vestiges de ces divisions qui ont été un crève cœur pour tous les Pères qui sont passés par là.

    Mais je n’avais pas seulement à m’occuper de ce village, j’en avais encore trois autres ayant chacun leur église.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (8)

     

    Dans l’un de ces villages peu éloignés, je ne pouvais me rendre qu’à pied dans le sable où l’on n’avance pas et je maudis un jour ce sable qui vous empêche d’avancer, quand en dépit de mes efforts, j’arrivai trop tard pour une extrême-onction.

    Une autre église (c’était plutôt une école-chapelle si pauvre, si abandonnée) ne pouvait être abordée qu’en pirogue.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (8)

    J’y suis allé bien des fois dire la messe, faire le catéchisme, voir les gens etc…

    Les enfants étaient si heureux de me lorgner du rivage et de me regarder ramer, car il m’arrivait souvent de manœuvrer la pirogue moi-même.

    Puis quand j’abordais, les plus grands sautaient dans l’eau et entraînaient la barque pour l’attacher.

    La quatrième de mes églises était beaucoup plus distante.

    Je m’y rendais sur mon vieux clou de vélo qu’il fallait d’ailleurs  que je porte à certains endroits, par des chemins de terre couverts d’eau à la saison des pluies.

    A Pâques, il avait plu pendant des jours entiers, et comme il sait pleuvoir à Ceylan.

    Après une Semaine-Sainte épuisante, j’étais parti le Samedi-Saint à trois heures de l’après-midi pour entendre les confessions de ces pauvres gens si abandonnés.

    Je quittai le confessionnal à 7h15 et il faisait nuit noire déjà.

    J’avais promis aux trois Sœurs de l’école qui résident là-bas sans messe, sans consolation, d’aller bénir leur petite habitation.

    J’allai donc la bénir, puis je repartis vers huit heures du soir sans lampe (que j’avais oubliée), sans une étoile au ciel.

    Rien que des ornières, de la boue et d’immenses flaques d’eau jaunâtres, grandes comme des mares.

    Je roulais lentement, cherchant le chemin et me guidant d’après les troncs de cocotiers. L’eau giclait de tous les côtés et m’inondait jusqu’aux genoux. La pluie recommença et soudain, me voilà à terre, ou plutôt pataugeant dans l’eau.

    Que s’était-t-il passé ? Je pense que j’avais dû heurter une souche de cocotier invisible sous l’eau. J’étais frais, je vous assure. Ma pauvre soutane blanche ! mon pauvre vieux vélo !

    Mais à quoi bon se lamenter ? Et puis il n’y avait vraiment pas de quoi. Il fallait bien payer tant de joies pascales et missionnaires, tant de confessions, de communions….

    Je repartis donc, mais n’eus pas à aller loin. Une grande lumière, celle de deux phares puissants balaya l’étendue d’eau qui couvrait le chemin.

    C’était une camionnette militaire qui faisait le service des voyageurs dans cette région. Mais je n’en avais jamais su l’horaire, car il n’y en a pas. On  la prend quand elle passe.

    N’empêche que le conducteur était un brave homme et, quand il me vit en si piteux état, il m’embarqua avec mon vélo et un quart d’heure après j’étais au terminus, c'est-à-dire pas très loin de Duwa.

    J’ai toujours  cru que c’étaient vos bonnes prières qui m’avaient envoyé à point cette aide inattendue.


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  • Épisode IX, le dernier...

     Je passai donc l’année à circuler dans mes quatre stations, deux mois ici, trois semaines là, quinze jours ailleurs pour les fêtes patronales, les Premières Communions etc….une vraie vie de romanichel…

    Je m’étais habitué à cette vie errante et à tous les moyens de locomotion.

    Je connaissais les gens et nous commencions à nous estimer mutuellement quand, le 14 décembre (décidemment c’est toujours en décembre !) Monseigneur m’envoyait une nouvelle  feuille de route.

    C’est ça, la vie en missions.

    On n’a pas commencé à s’habituer qu’il faut filer.

    Cette fois, c’était pour la banlieue nord de Colombo.

    Mais cette partie de la ville n’a rien de commun avec les beaux quartiers que j’essayais de vous décrire au début de ma lettre.

    C’est la banlieue orientale dans toute sa misère : rues sales où grouillent des centaines d’enfants nus et sous-alimentés.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (9)

    Toutes les épaves de la grande ville viennent échouer là, tous ceux qui sont venus de tous les coins de l’île attirés par la civilisation, la vie qu’ils croient facile, par les cinémas, par tant d’attractions de la vie moderne…

    Pauvres gens qui ne savent pas ce qu’ils mangeront, ni où ils dormiront ce soir.

    Ma nouvelle mission est tout près du port et en comprend même une partie : les ateliers de réparation, les cales sèches etc…

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (9)

    Nous en recevons copieusement toutes les fumées.

    Autrefois, l’église de la mission Saint-André dominait le port.

    Malheureusement elle était trop proche des batteries qui devaient défendre le port et dont les détonations la faisait vibrer.

    En 1941, avant l’attaque japonaise, les autorités militaires la firent détruire ainsi que la maison des missionnaires et les deux écoles pour une compensation de 60 000 roupies.

    Et Monseigneur m’envoyait à Saint-André pour rebâtir une église qui coûtera quelques 200 000 roupies maintenant.

    J’ai 600 enfants dans les écoles et 3 000 catholiques, je ne sais pas combien de païens.

    Nous célébrons les offices dans une chapelle provisoire où l’on s’entasse et où l’on étouffe.

    Dois-je ajouter qu’après la protection de Notre-Dame de Sanka, c’est un peu grâce au sacrifice de la mission de Saint-André que Ceylan a été épargné.

    Les aviateurs japonais qui vinrent bombarder Colombo le jour de Pâques 1942, avaient comme point de repère notre église.

    Ils devaient larguer là leurs bombes, faire taire ainsi les batteries côtières et préparer le terrain au débarquement des  troupes qui attendaient au large.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (9)

    Les avions tournèrent longtemps en rond et ne découvrirent jamais l’église en question, et pour cause.

    Ils lâchèrent leurs bombes au hasard et s’en allèrent même tuer des fous dans un asile sur lequel on avait oublié de peindre la Croix-Rouge.

    Les gens sont pauvres, mais ont beaucoup de bonne volonté.

    Priez pour que nous ayons bientôt notre église. Les travaux auraient dû commencer déjà depuis deux mois.

    Malheureusement je suis tombé malade au début de juillet et ai dû entrer à l’hôpital général où j’ai retrouvé les Sœurs Franciscaines et si apprécié leur dévouement.

    En trois ans et demi, j’ai attrapé deux ou trois maladies tropicales dont je suis guéri maintenant.

    Mais le traitement qui a duré jusqu’au 15 août m’a laissé très faible et le docteur  m’a prescrit un mois de repos dans les montagnes.

    J’arrive à la fin de ce séjour et me sens plus fort.

    Dans quelques jours je vais rejoindre ma mission et la chaleur de Colombo.

    Bien chers amis, je vous demande de prier pour ma pauvre mission.

    J’aurais bien évidemment bien d’autres choses à vous décrire, par exemple ma visite à la grande léproserie située à 5 kms environ de chez moi

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (9)

    ...comment aussi j’ai tué mon premier serpent venimeux au pied de mon lit… et tant d’autres choses.

    J’ai voulu simplement en écrivant à la hâte ces quelques pages, vous demander l’aumône de vos prières, spécialement à l’occasion de la journée des missions.

    Si vous saviez comme la prière peut beaucoup !

    Parfois quelqu’un vient vous voir et vous manifester son désir de devenir catholique, de recevoir le baptême, on ne sait pas vraiment pourquoi.

    Il  n’y a pas d’explication humaine à chercher.

    La seule explication, elle est dans la grâce de Dieu qui s’obtient par la prière.

    Je vous promets en retour que les catholiques et les enfants de Saint-André, avec leur missionnaire,  prieront pour vous, pour tous ceux qui vous sont chers et à toutes vos intentions.

    Je reste bien cordialement vôtre en Notre-Seigneur et Marie Immaculée ;

    Achille Caillet

    Adresse : Reverend Father Achille Caillet

    St Andrew’s Church Mutual

    Colombo 15

    Ceylan

     

    Post-Scriptum

    Plusieurs d’entre vous m’ont demandé de leur faire connaître la façon de venir en aide à ma mission.

    Plusieurs m’ont envoyé des revues, images, médailles, chapelets qui m’ont permis de faire beaucoup d’heureux et je les en remercie bien sincèrement.

    Depuis quelque temps, j’ai un appareil de projections fines qui me rendrait de grands services ….

    Si j’avais des films en nombre suffisant, car vous ne sauriez imaginer combien les enfants raffolent d’images.

    Cela m’aiderait à en attirer davantage et à leur enseigner le catéchisme d’une façon plus vivante.

    Je pourrais même aller montrer ces films aux lépreux ou aux orphelins ou à tant d’autres auditoires qui attendent la Lumière.

    Ceux donc qui voudraient  m’aider à l’occasion de la journée des missions peuvent envoyer leur obole à l’adresse suivante, en mentionnant sur le mandat « pour la mission du Révérent Père Caillet »

    Révérent  Père Leteur, Procureur

    75, rue de l’Assomption

    Paris (16ème)

    Le Révérent Père Leteur se chargera de l’achat et de l’expédition des films. D’avance et du fond du cœur, à tous merci

    R .P. Achille Caillet

    Voici comment se présente le document de 13 pages que madame Nicole Bléret m'a si généreusement envoyé  (cliquer pour mieux lire et utiliser la touche Ctrl))

    Première page :

    Souvenirs de la vie du Père Achille Caillet lors de ses missions à Ceylan (9)

    Dernière page :

    Souvenirs de la vie du Père Achille Caillet lors de ses missions à Ceylan (9)

    Cette magnifique lettre vous pourrez la relire, dans l'ordre des parutions, en cliquant sur le chapitre "Le Père Caillet, missionnaire à Ceylan" dans la colonne de gauche à la rubrique "Personnalités".

    J'ai remis le document original au Père Houdart qui a photocopié toutes ses pages pour lui permettre de laisser une trace dans les archives de la paroisse.

    Le Père Houdart l'a ensuite emporté et remis aux archives diocésaines à Dijon.

    Merci encore à Nicole Bléret de me l'avoir offert !


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