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Par Christaldesaintmarc le 27 Mars 2013 à 06:00
Une très intéressante conférence , "Molesme-sur-les-Creux", a été présentée en mars 2013, sous l'égide de l'Association Culturelle Châtillonnaise-l'Université pour Tous, par Patrice Wahlen, professeur d'histoire à Auxerre.
Patrice Walhlen a participé aux fouilles de Molesme-sur-les-Creux en compagnie de Christophe Petit, Christian Camerlynck, Eline Deweirdt, Christophe Durlet, Jean-Pierre Garcia, Émilie Gauthier, Vincent Ollive, Hervé Richard.
Ces fouilles archéologiques ont été faites sur un terrain délimité par un méandre de la Laigne. J'ai colorié cet espace en bleu :
Voici le terrain vu d'avion:
René Goguey, dont la spécialité est la prise de vue aérienne par infrarouge , avait découvert en 1976, lors de la grande sécheresse, des traces de constructions très anciennes sur ce terrain.
Voici une vue encore plus précise :
Les fouilles ont débuté en 1996 et se sont poursuivies jusqu'en 2004.
Lors des fouilles sur le site, on a pu distinguer quatre phases d'occupation humaine .
Tout d'abord la plus ancienne, celle du Paléolithique. On a découvert sur le site cent pièces de silex dont neuf outils comme celui-ci :
La seconde phase d'occupation humaine a été celle de l'âge du bronze. Un seul objet de cette époque a été découvert : cette très belle épingle votive courbe de 16 cm de long. Cet objet est précieux et relativement rare.
L'épingle possède une belle tête et un décor raffiné.
Une hypothèse soulevée par Patrice Wahlen : ce serait une épingle votive, c'est à dire déposée en hommage aux dieux. On en trouve d'un peu semblables près des lacs suisses.
La troisième phase d'occupation du site est celle de l'âge du fer, Hallstat final. On y a trouvé des céramiques très abîmées, et de belles fibules :
des bracelets :
Et une calotte humaine.. Serait-on en présence d'une tombe ? Rien ne peut l'affirmer, car le site, à cause sans doute des crues de la Laigne, a vu ses éléments dispersés.
La troisième phase d'occupation du site se situe à l'époque gauloise.
On a découvert que le site était entouré de fossés. Au centre existait un très grand bâtiment en forme de cercle, soutenu par des poteaux de bois, d'autres de même forme mais plus petits sur les côtés, et un grand bâtiment rectangulaire vers le fossé nord.
Un archéologue s'étant assis sur un bloc de pierre, vit avec stupéfaction que ce bloc était en réalité une statue, une "statue-bloc" ! On la voit ici, en cours de nettoyage.
Cette statue-bloc a une hauteur de 71cm, sa base fait 33x33cm.
Sa tête a été fracassée (volontairement) à coup de masse. Le personnage représenté, tient de la main droite le pommeau d'un poignard, il est assis en "tailleur".
Ce genre de statue est assez rare, elle est par conséquent exceptionnelle. On peut la voir au musée du Pays Châtillonnais-Trésor de Vix.
La voilà, la statue bloc, qui se trouve au Musée du Pays Châtillonnais-trésor de Vix:
L'interprétation de cette statue-bloc est difficile. Ce n'est pas une divinité puisque le personnage porte une arme, ce pourrait-être un "héros" représentant le culte d'un ancêtre, fondateur d'une lignée aristocratique. Pourquoi a-t-elle été décapitée ? peut-être y a-t-il eu des troubles (fréquents à l'époque gauloise), l'autorité d'une famille noble a-t-elle été contestée ?
Il existe 60 statues de ce type en France, mais elles ont, soit le haut avec l'arme, soit le bas en tailleur, mais pas les deux en même temps. Seule la statue-bloc de Molesme combine les deux, ce qui la rend, de ce fait unique et donc exceptionnelle.
Voici quelques exemples de statues-blocs françaises ::
Sur ces cartes (image cliquable) on a indiqué les lieux on l'on a trouvé des statues-blocs :
On a trouvé près d'elle des bois de cerfs transformés en mors pour chevaux.
Mais le site a tellement été bouleversé par des crues, et même finalement arasé, qu'il est difficile de faire le lien avec la statue.
Le bâtiment central circulaire était soutenu par des poteaux de bois.
On voit bien ici la taille de ce bâtiment circulaire, véritablement monumental : il avait 14,50m de diamètre.
Ce bâtiment, nous dit Patrice Wahlen, ne pouvait-être une habitation, car les maisons des Gaulois n'étaient jamais rondes mais rectangulaires.
Il pouvait, peut-être , être à usage religieux ou rituel, on en a trouvé de semblables en Bavière. Mais il faut rester très prudent sur cette hypothèse.
Au nord du site, existait un bâtiment sur poteaux, mais carré celui-là, et fermé sur un côté.
Au bord de ce bâtiment on a découvert les traces d' un bassin
Près du fossé nord on a mis à jour des amphores cassées, des mandibules de porc....
Certaines amphores portent la marque DIOP, ce qui nous indique qu'elles venaient d'Italie. Or, on sait que l'aristocratie gauloise aimait le bon vin...
Tous ces objets et ustensiles évoquent une activité culinaire..des banquets peut-être ?
On a trouvé une monnaie gauloise, ce potin. Curieusement nous dit Patrice Walhen, les objets trouvés sont uniques, mais même à un seul exemplaire ils donnent des indications intéressantes.
On a découvert des lances, certaines brisées (volontairement) sans doute y a-t-il eu des "sacrifices" d'armes...
une rouelle votive..
Une clochette à usage sans doute religieux.
Des clous de chars
des jetons...peut-être de présence ?
Tous ces éléments peuvent faire penser que sur ce lieu on observait des rituels religieux, accompagnés sans doute de banquets aristocratiques....
La dernière, et quatrième phase d'occupation humaine du site, se situe durant la période gallo-romaine.
On a retouvé les traces de bâtiments maçonnés, et un bassin avec une arrivée d'eau, donc un captage.
Lors d'une crue de la Laigne, le grand bassin s'est rempli d'eau, comme il devait l'être au temps des gallo-romains ! une très belle surprise pour les archéologues !
Ce bassin mesurait 63,80m de long, 3,20m de large et avait une profondeur de 0,80m.
Aux bords du bassin, les murs possèdent des trous...
Dans des textes romains, sont quelquefois décrits des viviers , avec des protections pour éviter que des oiseaux ne pêchent les poissons. Une hypothèse que nous montre ce dessin : des poteaux placés dans les niches servaient peut-être de support à une protection de toile ou de "canisses"...
On a tout de même trouvé près du bassin des objets permettant de penser qu'il y avait là une pisciculture..qui alimentait peut-être la ville gallo-romaine de Vertillum, un élevage de truites ?
Près du bassin on a exhumé les restes d'une maison simple, la demeure du pisciculteur ??
Les archéologues ont découvert également un autre bâtiment plus petit, dont les murs avaient des joints tirés au fer, aux décors d'applique en bronze très raffinés. Un bâtiment peut-être à usage religieux, puisqu'on a trouvé près de lui un dépôt monétaire, sans doute une offrande aux dieux..
Près de ce bâtiment raffiné, on note la présence d'un puits dont l'usage est inconnu, la rivière coulant tout près..pourquoi un puits a-t-il été foré ?c'est encore un mystère...
Vous avez dû remarquer que pour faire le compte-rendu de la conférence de Patrice Wahlen, j'ai employé très souvent les mots "peut-être", "sans doute", hypothèse", et que j'ai utilisé des points d'interrogation...
En effet rien n'est simple sur ce site de Molesme-sur-les-Creux, tout n'est que suppositions, hypothèses, il faut se garder de toute interprétation hasardeuse.
Rien n'est sûr, car de plus, le site a été volontairement arasé à la fin de l'époque gallo-romaine, pourquoi ? cela reste encore un mystère de plus...
Mais le titre de la conférence donné par le conférencier, mystérieux au départ : "des dieux, des hommes et des poissons" a tout de même trouvé son explication...
Patrice Wahlen a été très applaudi par les spectateurs et a répondu ensuite à leurs nombreuses questions.
Une photo projetée en 2014, lors d'une conférence de Jean Ponsignon sur les traces de l'Humanité vue du ciel, a toute sa place ici :
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