• "Les lacunes de la guerre 14-18", une conférence proposée par la Ligue des Droits de l'Homme

    "Les lacunes de la guerre 14-18", une conférence proposée par la Ligue des Droits de l'Homme

    La ligue des Droits de l'Homme de Châtillon sur Seine a présenté une conférence passionnante sur des faits mal connus du conflit 1914-1918, en particulier sur les "fusillés pour l'exemple" et sur le sort des troupes coloniales recrutées pour cette guerre mondiale.

    "Les lacunes de la guerre 14-18", une conférence proposée par la Ligue des Droits de l'Homme

    Bernard Marmorat, Président de la LDH de Châtillon sur Seine a présenté le conférencier Gilles Manceron.

    "Les lacunes de la guerre 14-18", une conférence proposée par la Ligue des Droits de l'Homme

    Gilles Manceron est historien et membre du Comité Central de la LDH. Il a publié de nombreux livres sur le colonialisme français.

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    Durant les récits sur la  guerre de 1914-1918, nous dit Gilles Manceron, il y a eu une focalisation sur certains événements, comme par exemple la bataille de la Marne. L'histoire des taxis de la Marne est très connue, mais qui sait que cette bataille eut des suites désastreuses, puisqu'elle  déclencha la guerre meurtrière des tranchées.

    L'armée française, au début du conflit, était désuète, on utilisait encore la cavalerie, des uniformes étaient visibles de très loin... Les morts furent très nombreux, et pour beaucoup de soldats ce fut la débandade...

    Face à cette situation, les chefs mirent sur pied des cours martiales : des soldats, mais aussi des civils furent passés par les armes après un jugement expéditif, sans présence d'avocat, sans appel, ni recours, sans recours en grâce.

    A ce sujet, nous dit le conférencier, il faut voir le film de Stanley Kubrick "Les sentiers de la gloire", inspiré, en partie, de l'affaire des caporaux de Souain.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_des_caporaux_de_Souain

    Pour ma part, j'ai visionné ce film dernièrement au cinéma de Châtillon sur Seine, j'ai été bouleversée tant ce film est  extraordinairement proche de la réalité. Ce long métrage fut d'ailleurs interdit en France de 1957 à 1975, sous la pression d'anciens combattants.

    (dommage qu'il n'était pas doublé, entendre des poilus français s'exprimer en anglais, ça fait drôle..., remarque personnelle...)

    Il y eut environ 650 cas de fusillés pour insubordination, 55 exécutions sommaires probables, Plus de 1000 cas de fusillés pour espionnite et droit commun.

    En Côte d'Or on en a compté six, dont le nom n'est évidemment pas inscrit sur des Monuments aux Morts.

    (A consulter : http://www.francegenweb.org/~wiki/index.php/Soldats_fusill%C3%A9s_pour_l%27exemple_en_1914-1918  )

    Le conférencier nous projeta des extraits d'un film réalisé pour FR3 Lorraine "Adieu la vie, adieu l'amour", titre tiré de la fameuse "Chanson de Craonne"(ou de Lorette).

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    Deux copies d'écran  sur une exécution :

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    Les fusillés "pour l'exemple" ont été souvent confondus avec les mutins de 1917. La LDH entre les deux guerres mondiales a lancé une étude sur ce sujet, de façon à avoir une connaissance historique meilleure.

    D'autres faits ont existé : l'emprisonnement d'étrangers vivant en France depuis longtemps, comme des Autrichiens, des personnes d'Europe Centrale.

    En 1916, les cours martiales furent supprimées, mais des cas d'exécutions sommaires existèrent encore : un poilu qui se couchait dans un trou et faisait semblant d'être mort pour ne pas aller à l'assaut, était  tué par son supérieur d'une balle dans la tête. Il n'a pas été fusillé, donc n'a pas été  répertorié.

    D'autres personnes furent déportées dans des bagnes militaires : forteresses, prisons, bagne de Cayenne, on se débarrassait ainsi des "mauvais sujets"

    La réhabilitation des "Fusillés pour l'exemple" est complexe, sans beaucoup de traces écrites, il est difficile de faire la différence entre insubordination, espionnite etc...

    Les sénateurs dans une session ordinaire le 19/12/2008 ont proposé une loi de réhabilitation :

    Aujourd'hui... il ne s'agit pas de rouvrir les procès individuellement, pas plus de pardonner, de gracier ou d'amnistier, mais de réhabiliter pleinement, publiquement, collectivement, c'est-à-dire accorder réparation d'un déni de justice majeur dont ont été victimes des innocents, victimes d'un système qui les a broyés.

     Les Anglais, nous dit Gilles Manceron,  ont accordé une grâce générale à tous ces fusillés (car il y en a eu dans leurs rangs, comme dans celui des italiens, allemands etc...)

    Seuls les Australiens, qui combattaient avec le Commonwealth, n'ont jamais fusillé un seul de leurs hommes.

    Il serait temps tout de même de réhabiliter ces pauvres poilus français morts pour l'exemple...mais hélas des réticences existent.

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    Gilles Manceron aborda ensuite le sort des troupes coloniales, les soldats oubliés, "qui ont payé le prix du sang sans en être remerciés"  (Rama Yade).

    C'est le général Mangin qui voyant l'hécatombe des soldats français, eut l'idée d'incorporer dans l'armée, des troupes venues de notre empire colonial, qu'il appelait "La force noire".

    Le recrutement fut difficile dans le nord de la Côte d'Ivoire, il y eut des révoltes dans l'Aurès.

    Les tirailleurs arrivés en France étaient très encadrés par des zouaves. Le général Nivelle, au "Chemin des Dames" n'a pas lésiné sur la mise au combat des troupes coloniales, il y eut des exécutions sommaires car les coloniaux ne parlaient pas vraiment le français et ne pouvaient s'exprimer.

    Ces coloniaux venaient du Maroc, de Tunisie, d'Algérie, du Soudan, du Sénégal, de Côte d'Ivoire, de Madagascar, de Nouvelle Calédonie, des Antilles, d'Indochine. Les asiatiques ne combattaient pas, mais étaient dévolus aux travaux de terrassement (voir le film "La vie et rien d'autre" qui nous en montre)

    Il faut absolument lire ce que Gilles Manceron écrit sur son blog, c'est passionnant, tellement documenté :

    http://blogs.mediapart.fr/blog/gilles-manceron/101114/les-soldats-coloniaux-de-14-18-eternels-oublies

     

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    Bernard Marmorat donna ensuite la parole aux auditeurs qui posèrent à Gilles Manceron, des questions sur la réhabilitation, sur la façon dont les autres armées étrangères, qui ont participé au conflit ont agi, et sur le sort des civils soupçonnés d'espionnage, sur les monuments érigés en mémoire de "l'Armée Noire"( l'un à Reims, l'autre à Bamako, capitale de l'ancien Soudan français, actuellement au Mali)

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    J'ajoute une vidéo du film "Ces poilus venus d'ailleurs", (cité dans le blog de Gilles Manceron), à vraiment regarder en hommage à tous ces coloniaux qui ont donné leur sang pour la France, sans en être remerciés.

    Merci à Gilles Manceron et à la LDH de Châtillon sur Seine qui nous ont fait découvrir des événements que nous ne connaissions finalement qu'assez peu et qui méritent d'être mis au jour.


  • Commentaires

    1
    jenry
    Dimanche 28 Décembre 2014 à 10:06

    Les sentiers de la gloire de Stanley Kubrick est un très beau film, mais à cette vision à l'américaine du drame des fusillés, je préfère deux beaux films français sur le même thème:

    Blanche Maupas de Patrick Jamain avec Romane Bohringer 

    Le pantalon d'Yves Boisset avec W. Stanjack

    Il faut voir aussi le documentaire de Patrick Cabouat: Fusillés pour l'exemple

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