• Dominique Masson nous offre aujourd'hui un superbe conte écrit par un écrivain, un peu oublié aujourd'hui, écrivain qui ravit ma jeunesse, André Theuriet.

    Ce conte qui se passe à Recey sur Ource, s'inscrit admirablement dans la série de notules que Dominique Masson a consacré à la guerre de 1870 dans notre région. Merci à lui pour cette découverte .

    Notule d’histoire :

    « Sœur Odile », un conte d’André Theuriet sur la guerre de 1870-1871

     André Theuriet, poète, romancier et auteur dramatique, académicien français, est né d’un père bourguignon et d’une mère lorraine.

    Bien que né à Marly-le-Roi(Yvelines) en 1833, il fera ses études à Bar-le-Duc et, bachelier en droit, il sera employé quelques temps comme receveur de canton, à Auberive (Haute-Marne), de 1856 à 1858.

    Maire de Bourg-la-Reine en 1894, c’est là qu’il décédera en 1907.

    Dans ses romans, André Theuriet est un maître écrivain chanteur des bois, des fleurs et des doux sentiments (selon Nestor Urechia, auteur roumain), mais en laissant une grande part à l’autobiographie.          

    Dans son livre Contes forestiers-Tentation, paru en 1894, André Theuriet narre, dans la nouvelle intitulée « Sœur Odile », une aventure survenue à Recey-sur-Ource, qui paraît avoir un grand fond de vérité.

    "Sœur Odile", un conte d'André Theuriet sur la guerre de 1870-1871, un notule de Dominique Masson

    « Un soir, à la mi-octobre, nous nous en revenions, le garde-général Martelot et moi, par la forêt de Charbonnière.

    Martelot, grand, et svelte comme un baliveau, moustaches et barbiche rousses, le nez au vent, le képi sur l’oreille, fumait taciturnement sa pipe en suivant une sente étroite en plein taillis.

    Je lui emboîtais le pas en prêtant l’oreille aux confuses rumeurs qui égaient les bois, à cette saison où la population des villages voisins vient ramasser la faîne.

    Tantôt c’étaient de longs appels de voix féminines, tantôt un fracas de branches gaulées, puis le crépitement des faînes pleuvant dru comme grêle sur les draps étendus au pied des hêtres.

    Ce bruit léger, ailé, incessant, s’harmonisait doucement avec la tombée du jour, avec la brume d’automne qui voilait d’une fumée bleuâtre la fuite des tranchées à demi effeuillées.

    Au moment où nous débouchions au carrefour de la Belle-Etoile, nous eûmes en rencontre deux sœurs de la Doctrine qui, elles aussi, avaient été récolter la faîne et qui s’en revenaient portant alternativement un bissac gonflé de ces brunes graines triangulaires dont on fait une huile excellente.

    À ma grande surprise, Martelot, qui est peu communicatif, s’arrêta pour saluer les deux religieuses et pour échanger quelques mots avec elles.

    Quand il me rejoignit, les deux cornettes blanches et noires se noyaient déjà dans la brumeuse obscurité d’une allée.

    Martelot ralluma sa pipe éteinte, puis me dit avec des pauses entre chaque bouffée :

    Je ne suis pas un mangeur de messes, mais j’ai une sérieuse estime pour ces bonnes sœurs et je ne manque jamais de les saluer, en souvenir d’une de leurs compagnes qui m’a donné le plus bel exemple de dévouement et de force de caractère ! …

    Une singulière aventure… quand j’y repense, j’en ai encore comme une chair de poule intérieure.

    C’est arrivé non loin d’ici, pendant la guerre avec la Prusse.

    Je demeurais alors à Fontaine-Française, chez mes parents, et je faisais partie des mobilisés de la Côte-d’Or.

    Le 21 janvier 1871, Manteuffel, préparant sa jonction avec de Werder, avait lancé sur Dijon les troupes du général Kessler.

    Pendant le combat qui eut lieu à un kilomètre de l’octroi, je fus enveloppé dans un coup de filet et fait prisonnier avec une cinquantaine de mobiles de l’Yonne.

    On nous dirigea d’abord sur Messigny où l’un des régiments de Kessler était cantonné et où nous passâmes la nuit à grelotter dans une prairie piétinée par les chevaux.

    Ceux qui avaient conservé peu ou prou de leur boule de son cassaient une croûte pour tuer le temps ; les autres se serraient le ventre.

    Au petit jour, vint l’ordre de filer sur Châtillon, sous l’escorte d’une trentaine de soldats de la landwehr et de deux sous-officiers.

    Ces Westphaliens à barbe blonde, fusils chargés, baïonnette au canon, marchaient en serre-file de chaque côté de la route boueuse, au milieu de laquelle nous pataugions, ahuris, transis, lamentables, pareils à un troupeau qu’on mène à l’abattoir.

    Quand un traînard faisait mine de rester en arrière, un coup de crosse dans les reins le forçait de rentrer dans le rang.

    Les Westphaliens s’amusaient de nos figures épeurées et, de temps en temps, avec un rire épais, nous criaient : « capout, Franzosen, capout ! ... » ce qui ne contribuait pas à nous remettre d’aplomb.

    Quelques-uns affectaient une hypocrite compassion, et quand on apercevait dans les champs une ferme incendiée, ils secouaient patelinement la tête en murmurant : « La guerre…ah ! malheur ! ».

    Parfois, la route s’encaissait dans les lisières de bois où les chênes avaient encore conservé leurs feuilles séchées.

    Alors les deux files de l’escorte nous serraient de plus près ; les hommes, craignant quelque embuscade de francs-tireurs, jetaient à droite et à gauche des regards farouchement inquiets et, avec des jurons allemands, nous ordonnaient de presser le pas.

    Un vent du nord-ouest poussait au-dessus de nous des échevèlements de nuages gris et, de temps à autre, des flocons de neige nous frôlaient la joue.

    Du milieu des champs nus, des corbeaux s’envolaient avec un bref croassement, tournoyaient lentement dans l’air, puis allaient s’abattre cent mètres plus loin.

    Ces lugubres vols d’oiseaux, ce ciel plein de neige contribuaient à accroître notre anxieux malaise.

    Les villages que nous traversions semblaient déserts ; à peine, derrière un rideau timidement soulevé, entrevoyions-nous, çà et là, un visage qui se collait aux vitres, puis disparaissait à la vue des uniformes allemands.

    Après trois heures de marche, on fit halte à Recey et on nous parqua sur la place du bourg, en face de la mairie et de la maison d’école.

    Quelques paysans, des femmes surtout, s’attroupaient derrière le cordon des sentinelles et nous envoyaient silencieusement des regards mouillés de pitié ; les plus hardies essayaient de nous parler, mais les Westphaliens les repoussaient rudement.

    Toute communication avec les gens du pays était sévèrement défendue ; bien que nous fussions quasi morts de faim, on interdisait à l’habitant de nous offrir un verre de vin ou un morceau de pain.

    Une exception, cependant, était faite en faveur des religieuses.

    Celles-ci pouvaient seules transmettre aux prisonniers de guerre les secours envoyés par quelques âmes charitables.

    Les sœurs de l’école de Recey ne manquèrent pas de profiter de la permission ; sitôt qu’elles furent averties de notre passage, elles arrivèrent sur la place, pliant sous le poids de lourds paniers de provisions.

    Elles étaient deux et portaient le costume des sœurs de la Doctrine chrétienne : la cornette pointue, blanche sous la coiffe noire ; la large guimpe empesée couvrant carrément la poitrine ; la robe noire aux manches et à la jupe très ample.

    La plus jeune, qui paraissait la supérieure et que sa compagne appelait respectueusement « ma sœur Odile », avait le teint blanc comme sa cornette, les traits fins, les yeux bruns voilés de longs cils et modestement baissés.

    Sa figure énergique et douce, intelligente avec je ne sais quoi de chastement ingénu, donnait l’impression d’une délicate fleur sauvage. 

    Une fois au milieu de nous, les deux religieuses menèrent lestement leur distribution, ménageant leurs paroles, mais nullement leur bon vouloir.

    Bientôt notre misérable troupe eut de quoi apaiser sa faim : pain frais et viande froide, et les quarts se tendirent à la ronde vers les bouteilles de vin clairet que débouchait la plus âgée des sœurs.

    A l’exception des sentinelles préposées à notre garde, le reste de la troupe s’était égaillé sur la place et la surveillance se relâchait.

    Les sous-officiers étaient entrés à l’auberge ; quelques soldats baguenaudaient devant la vitrine de l’horloger et guignaient avec convoitise les montres de l’étalage ; d’autres, se bousculant autour d’un barillet d’eau-de-vie de marc, s’administraient de copieuses lampées de schnapps.

    De notre côté, nous mastiquions ferme et nous jouions tous des mâchoires.

    Un seul semblait manquer d’appétit : un petit moblot[i] maigre et pâle qui flottait dans sa capote grise.

    Il n’avait pas touché à son pain et paraissait vanné de fatigue ; les traits tirés, l’œil fiévreux et comme égaré, il regardait alternativement les sentinelles aux baïonnettes luisantes et sœur Odile vidant son panier de provisions.

    Tout à coup, tandis que les sentinelles tournaient le dos, invinciblement hypnotisés par le robinet du barillet d’eau-de-vie, je vis le petit moblot, preste comme un verderet (un lézard), ramper vers la sœur Odile, soulever l’ample jupe noire et y disparaître.

    Ça ne dura pas le temps de dire : « Ouf ! » et personne ne s’en aperçut, sauf quelques camarades que l’ébahissement tint cois et bouche bée.

    J’étais moi-même abasourdi. Je pensais avec un violent battement de cœur : « Le malheureux !... La sœur va crier et les Prussiens le fusilleront…

    Ils ne plaisantent pas sur la discipline et la décence et ils ne pardonneront pas à ce gamin d’avoir cherché à leur échapper en prenant pour cachette les jupes d’une religieuse… ».

    Je m’attendais à quelque terrible esclandre et involontairement je fermai les yeux.

    N’entendant rien, je les ouvris presque aussitôt et je regardai sœur Odile.

    Elle n’avait pas bougé, seulement une légère rougeur rosait ses joues pâles.

    Ses yeux baissés ne laissaient rien transparaître de ce qui se passait dans son âme.

    Mais l’immobilité de son visage contrastait avec la nerveuse précipitation avec laquelle elle fouillait le fond de son panier vide et je vis que sa guimpe était agitée par un tremblement intérieur.

    Avec un mélange de stupeur et d’admiration, je contemplai la pauvre fille.

    Je songeais, à part moi, que si maigre que fût le petit moblot, et si ample que fut la jupe de la religieuse, il n’y avait pas beaucoup de place sous cette robe à plis droits, et que, pour se maintenir dans sa cachette, le jeune homme avait dû entourer de ses bras les jambes de sœur Odile.

    Je me représentais le cruel trouble que cet étroit contact masculin devait jeter dans le cœur de cette vierge ; les affres et les pieuses révoltes de la femme et de la nonne pendant cette violation de ce qu’il y avait en elle d’intime pudeur.

    Une femme du monde aurait poussé les hauts cris ou aurait cru devoir se trouver mal.

    La sœur restait impassible, se disant sans doute qu’il s’agissait de sauver une vie humaine et imposant héroïquement silence aux effrois de son sexe, aux scrupules de sa foi religieuse.

    Il me semble la voir encore au milieu de la place boueuse-pâle, les paupières voilées, profilant sa chaste silhouette noire sur la devanture verte de la boutique d’horlogerie.

    Ma parole ! les camarades et moi, nous étions confondus de saisissement et de respect devant cette merveilleuse force d’âme.

    « Vorwaerts ! »(en avant) cria le Feldwebel qui sortait de l’auberge.

    Il y eut un cliquetis d’armes, les files se reformèrent et vivement on se remit en marche, car on était en retard.

    Au bout de la rue, je me retournai du côté de la place.

    La sœur Odile n’avait pas osé bouger, abritant encore sous sa robe le petit moblot qui lui dut la liberté et la vie.

    Quand le dernier prussien eut disparu au tournant de la rue, elle conduisit en rougissant son protégé chez un paysan qui lui prêta des vêtements civils, et il put regagner Dijon par les bois…

    Depuis ce temps-là, j’ai ces braves cornettes blanches en vénération, et je suis d’avis qu’au point de vue du dévouement et de l’énergie morale, ces béguines-là nous sont fichtrement supérieures… »

    [i] Le moblot, mot dérivé de mobile, était le surnom que la population française, en 1870, donna spontanément aux gardes mobiles, incorporés dans la Garde nationale

    "Sœur Odile", un conte d'André Theuriet sur la guerre de 1870-1871, un notule de Dominique Masson

    Lors d'une visite dans le village d'Auberive, pour visiter sa superbe abbaye, j'ai remarqué cette stèle et quelle ne fut pas ma surprise de voir qu'elle honorait un écrivain que j'avais beaucoup lu autrefois, André Theuriet.

    André Theuriet , que je préfère de loin à George Sand et sa "petite fadette", est un écrivain qui chante les terroirs, les forêts, les petites villes bourgeoises  avec énormément de sensibilité.

    Comme le rappelle Dominique Masson, en préface du conte "Sœur Odile", André Theuriet fut Receveur du Canton à Auberive.

    J'avais photographié cette stèle sans penser qu'elle me servirait un jour, eh bien ce temps est arrivé  et je suis bien heureuse que cet écrivain,  au style admirable, sorte d'un oubli qu'il ne méritait pas....

    "Sœur Odile", un conte d'André Theuriet sur la guerre de 1870-1871, un notule de Dominique Masson


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  • Dominique Masson nous éclaire aujourd'hui sur une guerre d'Algérie...qui eut lieu en 1870.

    Déjà à cette époque, alors que le second Empire venait de s'effondrer, des mutineries d'indigènes eurent lieu...un prélude à n'en pas douter à ce qui allait se passer au XXème siècle...

    Merci à Dominique Masson pour ce passionnant notule d'histoire.

     Notule d’histoire :

    une autre guerre en 1871 : la guerre d’Algérie

     

    Le 4 août 1870, devant Wissembourg, le général Douay, sous les ordres de Mac Mahon, surpris par l’armée du prince impérial de Prusse, dut livrer combat.

    Les régiments algériens montèrent à l’assaut et les Turcos firent des prodiges, couvrant la ville pendant la défaite et sauvant du désastre le gros de l’armée française.

    Le 6, pour couvrir la retraite de Mac Mahon, 1700 tirailleurs algériens attaquèrent à la baïonnette et reprirent des zones perdues.

    Quand ils se retirèrent sous la mitraille ennemie, ils laissèrent sur le terrain 800 hommes.

    Leur résistance acharnée permit la retraite sur Reichshoffen.

    Mais, lorsque fin décembre, Gambetta, ministre de la Guerre, donne l’ordre de mobiliser les spahis d’Algérie et de les embarquer aussitôt à destination de Marseille, ceux d’Aïn Guétar, près de la frontière tunisienne, se mutinèrent.

    Ils refusaient d’aller combattre en Europe, où nombre d’entre eux avait laissé leur vie.

    Ces mutineries sont le prélude à la révolte qui éclata en janvier 1871 en Algérie.

    La conquête de l’Algérie par la France a commencé à partir du 14 juin 1830, date à laquelle les Français débarquent en Algérie, suite à un incident diplomatique, le coup d’éventail.

    En 1848, après la reddition d’Abd El Kader, l’Algérie est officiellement proclamée territoire français.

    Du Ier septembre 1864 au 4 septembre 1870, le maréchal Mac Mahon y est gouverneur général.

    La guerre d'Algérie

    (figure 1 : Voyage de Napoléon III à Mostaganem le 20 mai 1865)

     Napoléon III, assez idéaliste, voulait préparer l’égalité pour les indigènes et endiguer les ambitions des colons ; il permettra aux indigènes d’acquérir des terres et le sénatus-consulte du 14 juillet 1865 fixe les conditions d’accession des musulmans et des juifs à la citoyenneté française.

    L’empereur lui-même fait deux séjours en Algérie, en septembre 1860 et du 3 mai au 7 juin 1865.

    En 1866, on dénombre 22 600 immigrés contre 265 070 indigènes.     

     Dès 1830, des unités d’infanterie de zouaves sont créées au sein de l’armée d’Afrique.

    En 1841, se crée en Algérie des bataillons de tirailleurs indigènes, surnommés Turcos après la guerre de Crimée, et qui intégreront la Garde impériale en 1863.

    Dans le même temps, un corps de cavaliers indigènes est créé sous la dénomination de spahis.

    Au début de la guerre contre la Prusse, trois régiments de tirailleurs algériens sont envoyés en France où ils combattent vaillamment, tandis que d’autres bataillons, présents au sein de la Garde impériale, rejoignent directement le front.

    La guerre d'Algérie

     (Figure 2 : Exemple de dépêche envoyée aux Préfets et au Gouverneur d'Algérie AMC 4H11)

    Avec la proclamation de la République en France, la situation va être confuse en Algérie.

    L’annonce de la chute de l’Empire, le 4 septembre, va provoquer des manifestations révolutionnaires contre le second Empire, à Oran, Orléansville ou Alger, et les colons vont chercher à en profiter.

    Ceux-ci sont, en partie, des déportés en Algérie après la répression de la Révolution de 1848, ou à la suite du coup d’Etat napoléonien du 2 décembre 1851 ou de l’attentat d’Orsini de 1858.

    Une association républicaine fut créée à Alger, comprenant, entre autres, des proudhoniens, des fouriéristes et des néojacobins ; une section de la Première Internationale y fonctionnait également.

    Mais le rôle dirigeant parmi les colons est assuré par des démocrates petit-bourgeois.

    Des comités révolutionnaires, des clubs démocratiques firent leur apparition dans plusieurs villes d’Algérie.

    Mais ces colons communards réclamaient une administration civile, dont ils seraient les seuls maîtres, rejetant le gouverneur militaire et risquant de faire peser sur les Algériens une domination encore plus dure que celle de l’armée coloniale.

    Pour cette gauche blanche, la République sociale et démocratique devait se faire par les Européens et pour les Européens, en renforçant la domination coloniale qui déshumanisait les colonisés algériens, invisibles à leurs yeux.

    Pour diriger l’Algérie, le Gouvernement de la Défense nationale nomme Jean-Louis Marie Ladislas Esterhazy, à la place de François Louis Alfred Durrieu, gouverneur intérimaire d’Algérie du 27 juillet au 24 octobre 1870.

    Arrivé à Alger le 23 octobre, il subit une insurrection populaire, appuyé par le conseil municipal d’Alger, qui l’empêcha de prendre ses fonctions en envahissant le palais du gouverneur ; il fut obligé de démissionner le 28 octobre.

    Le comité républicain d’Alger avait, en octobre, organisé des élections municipales et c’est Romuald Vuillermoz qui s’était autoproclamé maire ; c’était un avocat, déporté à la suite du coup d’état de 1851.

    Il s’appuie sur une Garde nationale, en fait une milice, composée essentiellement d’Européens.

    Gambetta, depuis Bordeaux, l’accuse de faire le « dictateur » et refuse de reconnaître Vuillermoz comme commissaire civil extraordinaire par intérim.

    La République préfère nommer elle-même des commissaires extraordinaires (Charles du Bouzet d’abord, du 16 novembre 1870 au 8 février 1871, puis Alexis Lambert, du 8 février au 10 avril 1871).

    Alger proclame la Commune le 8 février mais, bien qu’ayant plus tard un représentant à la Commune de Paris, celle-ci n’a pas les mêmes aspirations que les communards de la métropole, et le pouvoir des colons ne dépassait pas le littoral.

    C’est aussi le 8 février que l’Algérie va élire le général Garibaldi comme député (il fut aussi élu à Paris, dans les Alpes Maritimes et en Côte d’Or).

    Victor Hugo intervint à l’Assemblée, Nationale, débattant de la décision d’invalider l’élection de Garibaldi à l’Assemblée d’Alger, le 8 mars 1871, sous prétexte qu’il n’était pas français, bien que né à Nice ; chahuté, il donna sa démission.

    Face à ces européens qui ne regardent que leurs intérêts, existent les invisibles algériens, mais qui recevaient les journaux de la métropole évoquant les défaites françaises et, en outre, des soldats rentraient en Algérie et décrivaient ce qui se passait en France.

    Les musulmans ont connu une sévère crise alimentaire entre 1866 et 1868, qui a laissé des traces, et les insurrections dans les Aurès et en Kabylie ont été réprimées dans le sang.

    La guerre franco-prussienne de 1870 fit souffler un nouveau vent de révolte dans toute l’Algérie et on acheta des armes, des munitions, des chevaux, agissant comme si l’autorité française avait cessé d’exister en Algérie, à une époque où la France avait dégarni de troupes le territoire algérien pour faire face à l’invasion prussienne.   

    Déjà, en 1869, le maréchal Mac Mahon avait alerté le gouvernement : Les Kabyles resteront tranquilles aussi longtemps qu’ils ne verront pas la possibilité de nous chasser de leur pays.

    Dès le 15 septembre 1870, le général Durrieu signalait quun mouvement insurrectionnel, impossible à prévenir et susceptible de devenir général, me paraît imminent et, avec le peu de troupes dont je dispose, je ne saurais prévoir la gravité de ses conséquences.

    Après des mouvements d’abord à Moudjebeur, le 20 janvier 1871, puis la mutinerie d’Aïn Guettar, le 23, la révolte des Spahis s’amplifia à partir du 16 mars, quand le Bachaga Mohammed El Mokrani sonna l’heure de la révolte dans la région des Bibans, le 14 mars 1871 : la guerre du Français va commencer.

    Mokrani a été déçu par la France et a subi, de 1853 à 1870, un certain nombre de vexations et d’humiliations.

    Le 15 avril, il écrit : Si j’ai continué à servir la France, c’est parce qu’elle était en guerre avec la Prusse et que je n’ai pas voulu augmenter les difficultés de la situation.

    Aujourd’hui, la paix est faite, et j’entends jouir de ma liberté… Mes serviteurs sont arrêtés… et partout on affirme que je suis insurgé… Je m’apprête à combattre.

    Aussitôt, plus de 250 tribus se soulèvent, soit 1/3 de la population de l’Algérie.

    Afin de donner une assise populaire et religieuse à sa révolte, il envoya une délégation auprès du cheikh El Haddad, qui était à la tête de la grande confrérie soufie de la Rahmaniyya.

    Le 8 avril 1871, ce dernier au marché de Seddouk, proclame le jihad.

    Le 14 avril, les révoltés sont à 60 km d’Alger.

    Une autre guerre en 1870, la guerre d'Algérie

     Figure 3 :Attaque de Bordj Bou Arreridj par les hommes du Cheikh El Mokrani  (L'Illustration 1871)

    La République réagit en envoyant, le 29 mars, un gouverneur militaire, l’amiral Louis Henri de Gueydon, premier gouverneur militaire en Algérie de la IIIe République et la commune d’Alger va s’effacer face au danger.

    Une autre guerre en 1870, la guerre d'Algérie

     Figure 4 :Territoires touchés par la révolte de Mokrani

    (Djilali Sari : l'insurrection de 1871 SNED Alger 1972)

     Le ministère de la Guerre décide, suite au désengagement sur le front en Europe, de l’envoi de 17 500 hommes pour réprimer l’insurrection, suivi de 4 000 hommes début avril, portant ainsi le total des soldats français en Algérie à 86 000.

    Le 25 avril, le gouverneur déclare l’état de siège.

    L’insurrection ne prendra fin qu’avec la mort de Mokrani, le 5 mai 1871 et la capture de Bou-Mezrag, frère de Mokrani, le 20 janvier 1872. 

    La répression fut sévère.

    Il y aura des condamnations à mort, des déportations en Nouvelle-Calédonie, le versement d’une contribution de guerre et450 000 ha de terres sont confisquées.

    Au regard de l’histoire, la révolte de Mokrani est la première grande insurrection contre la colonisation française.

    Une autre guerre en 1870, la guerre d'Algérie

     Figure 5 : extrait du journal "Le petit moniteur universel" 25 juillet 1871 AMC 4H40

    La France, en Algérie, a porté ses effectifs à 86 000 hommes et a livré 340 combats.

    Si les pertes du côté algérien sont inconnues, elles s’élèvent du côté des soldats français à 2686 morts, dont la moitié de maladie.

    Nous avons relevé deux Châtillonnais décédés lors de cette guerre.

    Une autre guerre en 1870, la guerre d'Algérie

    Figure 6 : Inscription sur le monument de Sainte Colombe sur Seine (Cliché Dominique Masson)

    Le premier est Pierre Victor Misset, né à Sainte Colombe le 12 février 1850, mort à 21 ans à l’hôpital militaire de Nemours (Ghazouet aujourd’hui).

    Il était soldat au quatrième régiment d’infanterie de marine et mourut le 10 avril 1871 ;la transcription à l’état-civil de Sainte Colombe fut faite le 12 juin 1873 (son nom est orthographié « Missey »).

    Son nom est inscrit, à gauche, sur le monument érigé au cimetière de Sainte Colombe, en 1902, par souscription publique, sous l’initiative de la 1023e section des Vétérans et de la Société de tir de l’Espérance de Sainte Colombe.

    Une autre guerre en 1870, la guerre d'Algérie

    Figure 7 : Transcription de l'acte de décès de "Missey" à l'état-civil de Sainte-Colombe sur Seine

    Une autre guerre en 1870, la guerre d'Algérie

     

    Figure 8 : Monument élevé en l'honneur des soldats morts au cimetière de Sainte-Colombe sur Seine (cliché Dominique Masson)

    Le second est Alexandre Chrétien, né à Verpillières (Aube), soldat de deuxième classe au 27e bataillon de chasseurs à pied, âgé de 21 ans, mais habitant à Riel-les-Eaux.

    Entré à l’hôpital de militaire de Fort-National (aujourd’hui Larbaâ Nath Irathen), il y décéda le 29 juin, par suite de plaie par arme à feu du foie et de l’abdomen.

    Son décès sera retranscrit sur l’état-civil de Riel le 29 juillet 1873.

    Une autre guerre en 1870, la guerre d'Algérie

    Figure 9 : Transcription du décès d'Alexandre Chrétien à l'état-civil de Riel les Eaux

    Une autre guerre en 1870, la guerre d'Algérie

     Figure 10 : Réponse du Maire de Riel les Eaux à la demande du maire de Châtillon sur Seine pour établir une plaque à l'église Saint-Nicolas AMC 4H42

    (Dominique Masson)

    Remerciements à Michel Massé


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  •  

    Notule d’histoire :

    A propos du livre de Léon Légey :

     « Châtillon-sur-Seine pendant la guerre de 1870-71 ; souvenirs d’un enfant de Châtillon » (Leclerc, 1899)

    A propos du livre de Léon Légey

    Dans le journal Le Figaro, du 30 août 1918, n° 242, on pouvait lire un article de Louis Latzarus :

    Deux historiens 

    Le 23 juillet 1870, un petit garçon de Châtillon-sur-Seine, dans la Côte d’Or, revenant du collège et passant devant la mairie, vit affichée sur la porte une proclamation de l’Empereur.

    Il la lut, la trouva belle et la copia sur son cahier de brouillons.

    Rentré à la maison, il la reporta, d’une écriture appliquée, sur un cahier neuf.

    « Français, il y a dans la vie des peuples des moments solennels… Je vais me mettre à la tête de cette vaillante armée qu’anime l’amour de la patrie… J’emmène mon fils avec moi, malgré son âge… Dieu bénisse nos efforts ! Un grand peuple qui défend une cause juste est invincible. »

    Quel élève de quatrième n’eût pas frémi à de tels mots. !

    En ce temps-là, les élèves de quatrième n’avaient pas de bicyclette, ne jouaient pas au foot-ball, n’allaient pas au cinéma, et quelques-uns d’entre eux seulement avaient une collection de timbres.

    Si c’était mieux ainsi, je n’en déciderai pas.

    Le fait est que celui-là, qui s’appelait Léon Légey, se mit en tête de copier désormais, aussi longtemps du moins que durerait la guerre, tout ce qu’il trouverait affiché sur la porte de la mairie.

    Les enfants, aujourd’hui encore, ont des idées singulières.

    Tout d’abord, Léon Légey ne trouva pas grand-chose.

    Et même rien du tout.

    Au bout de dix jours, son cahier ne s’était enrichi que d’une toute petite dépêche de Sarrebrück.

    Le 7 août, enfin, une autre dépêche, datée de Metz, celle-là :«...L’épreuve qui nous est imposée est dure… ».

    Mais ensuite, il ne se passa guère de jour où l’élève Légey n’eût un grand travail.

    Le ministre de l’Intérieur s’était mis à télégraphier sans relâche au sous-préfet des appels, des encouragements, des conseils et des ordres.

    Et le collégien copiait tout, sans rien mépriser, ni l’adresse, ni le « pour copie conforme ».

    C’est ainsi qu’il ne trouva pas indigne d’être conservée intégralement la dépêche suivante :

    Paris, le 9 août 1870, 3h15 du soir

    Le Ministre de l’Intérieur à MM les Préfets, Sous-Préfets et et à M le Gouverneur Général de l’Algérie

    Je reçois du Quartier Général la dépêche suivante :

    « Metz, 9 août 1h45 soir
    Rien de nouveau à signaler »

    Pour copie conforme :

    CHEVALIER de VALDRÔME

    Pour copie conforme :

    Le Sous-Préfet
    A GÉRARD

    Je ne vous cite cette vaine nouvelle que pour vous montrer par un exemple la méthode dont usait le jeune garçon.

    Rien de ce qui était affiché ne lui semblait négligeable.

    Il eût copié le Coran, si M. Chevalier de Valdrôme avait jugé opportun d’en télégraphier les versets.

    Mais déjà M. Chevalier de Valdrôme s’évanouissait.

    Avec indifférence, l’écolier copia la signature de son successeur.

    Et bientôt les odes de Gambetta remplacèrent la prose de M. Henri Chevreau.

    Vers le 13 novembre, le style changea plus encore.

    Trente dragons badois venaient d’entrer dans la petite ville, au grand galop et pistolet au poing.

    Léon Légey, qui les vit passer, écrivit aussitôt cette nouvelle sur son cahier, et puis courut à la mairie copier les barbarismes de la Commandantur :    

     « Renouvelé à la mairie de laisser réguler toute en suite tous les horloges de la ville sur celui de la gare… L’employé qui sera chargé avec cette commission est responsable à nous et sera puni qui ne fait pas son devoir.

    Ils sont déjà arrivé très souvent inconvénients ».

    Les évènements qui se bousculent viennent tous s’inscrire au jour le jour sur le mur de la mairie.

    Petits ou grands, qu’ils ne puisent émouvoir personne hors des limites de la petite ville, ou bien qu’ils fassent frémir la France entière, ils viennent s’aligner dans le cahier de l’élève Légey.

    Bazaine s’est rendu et on a arrêté la père Maupin, un septuagénaire infirme.

    Blois et Dieppe sont pris, et le major allemand a coupé d’un coup de sabre la main d’un habitant qui tendait une bouteille de vin à un prisonnier.

    Garibaldi se retire sur Autun et la commune de Châtillon doit fournir cent cinquante paires de bottes.

    Le collégien inscrit tout jusqu’au 26 février, où il copie des fautes de français qui ne donnent à rire à personne :

    "A l’impératrice-Reine, à Berlin,

    D’un cœur très mouvé, avec reconnaissance pour la grâce de Dieu, je t’annonce que sont signés au moment les préliminaires de la paix.

    A présent est encore d’attendre le consentement de l’Assemblée nationale de Bordeaux.  

    GUILLAUME"

    Le cahier était à peu près rempli. Léon Légey le ferma et retourna au collège.

                                                                 +++

    A quelque trente ans de là, comme il était devenu un honorable bonnetier, pourvu de fortes moustaches déjà grisonnantes et d’un petit ventre, on ne sait quelle idée le prit.

    Il tira de l’armoire son vieux cahier d’écolier et le porta chez l’imprimeur.

    Je crois bien qu’à cette occasion ses compatriotes firent grande dépense de cette malice narquoise qui est la marque de leur terroir, établi entre deux vignobles glorieux, et alliant la finesse champenoise à la saveur forte et drue de la Bourgogne maternelle.

    Ils ne pouvaient imaginer que des affiches mises bout à bout par un enfant puissent former un livre.

    Et c’était un livre pourtant, un vrai livre, que M. Taine eût manié avec respect.

    Il y eût sans effort, derrière l’histoire précise de la petite ville, enregistrée avec un soin vétilleux, aperçu l’histoire entière de la France, dessinée en traits espacés, mais larges et nets.

    Dieu nous donne, pour faire le récit de la guerre présente, Dieu nous donne, en quelque coin, un collégien sans présomption, copiant les affiches d’un crayon ingénu.

    Car il faut des Dangeau pour que les Saint-Simon n’oublient rien.

    Je suis d’ailleurs persuadé que beaucoup de gens dépourvus de littérature et d’esprit critique, c’est-à-dire qualifiés pour rédiger une histoire documentaire, se sont mis à l’ouvrage au premier jour de la guerre.

    Mais j’ai grand ’peur aussi que leur travail ne demeure éternellement caché et ne s’en aille finalement aux vieux papiers.

    Aucun éditeur ne l’accueillerait aujourd’hui, les événements étant trop neufs encore et trop présents à l’esprit de chacun pour que leur récit pût allécher des lecteurs.

    C’est dans quelques lustres seulement que leurs mémoires pourront briller parmi les cendres de l’oubli.

    Ainsi, on m’a conté que dans l’avenue d’Orléans vit un vieil employé retraité qui, chaque jour, après son déjeuner, prend sa canne et s’en va baguenauder par les rues.

    Il s’appelle M. L’Esprit, ce qui est un fort beau nom.

    Il s’arrête ici et là, parlant avec les petites gens, recueillant les bruits de la ville et récoltant cent petits faits qu’il épingle, le soir, sur un cahier.

    J’ai pu lire quelques pages de ce curieux ouvrage.

    Vous ne sauriez croire ce que M. L’Esprit a pu noter, à propos seulement de la crise du tabac.

    Il a copié les avis narquois ou mécontents, ou autoritaires, que les marchands placardent sur leur porte.

    Il  aregardé les fumeurs attroupés devant la boutique et entendu l’agent leur dire : « Préparez d’avance vos sous ! ».

    Enfin, il a tâché de tout voir et de tout noter, pensant que tout serait intéressant plus tard, comme Léon Légey, copiant sans ennui : « Il n’y a rien de nouveau à signaler ».

    Hélas ! que deviendront toutes les notes que nos petits-neveux consulteraient avec tant de joie ?

    Un bon conseil aux mémorialistes obscurs : qu’ils aient soin de léguer leur manuscrit, par un bon testament, aux Archives ou à la Bibliothèque Nationale.

    Plus tard viendront des historiens patentés, qui tireront de ces documents leur moelle, dessineront des portraits, brosseront des tableaux ingénieux, construiront des thèses, commenteront et philosopheront.

    Jusque-là, ce qui importe, c’est de tout garder, le plus petit fait, la plus mince réflexion, le moindre débris d’affiche.

    Le temps fera son choix, non sans récompenser d’une couronne l’observateur modeste, garçon de bureau de l’Histoire.

    Marie Louis Joseph, dit Louis Latzarus, né à Vitry-le-François le 7 août 1878, a fréquenté le collège de Châtillon et s’y est marié en 1904.

    Journaliste et romancier, il est décédé à Paris le Ier janvier 1942.Il était commandeur de la Légion d’honneur.

    Eugène Charles Léon Légey est né à Châtillon le 4 mars 1854, et décédé dans cette même ville le 8 décembre 1932.

    Il était officier de l’instruction publique.


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  •  L'église Saint-Jean Baptiste, située rue Docteur Robert à Châtillon sur Seine est en pleine restauration extérieure.

    Dominique Masson nous montre quelques photos du début du chantier et nous raconte l'histoire de cette belle église.

    Merci à lui.

    Notule d’histoire :

    la réfection des extérieurs de l’église Saint Jean de Châtillon

     La population du quartier de Chaumont augmentait sensiblement au XVIe siècle et les habitants n’avaient dans la rue que la chapelle Saint Michel des Antonins.

    Sinon, ils devaient aller à l’église Saint Nicolas ou à l’église de l’abbaye Notre Dame, mais en devant franchir les murailles de Châtillon.

    Aussi, grâce aux libéralités d’un riche marchand de la rue, Jean Dupuis, obtinrent-ils de l’abbé de Notre Dame et de l’évêque de Langres la permission de construire une chapelle, entre la Grande Rue de Chaumont et la Petite, sous la coupe de l’abbé.

    Cette chapelle fut consacrée, le 10 janvier 1551, par Philibert de Beaujeu, évêque de Bethléem, au nom du cardinal de Givry, évêque diocésain.

    L’évêque fit en même temps don d’un ossement de Saint-Jean-Baptiste, pour le mettre dans une chasse et le conserver dans la chapelle.                                                                                                                   

    En 1610-1617, les habitants, probablement nombreux et trouvant la chapelle trop exiguë, l’agrandirent de plusieurs travées.

    Mais il semble que la construction ait été faite rapidement, mais avec peu de soins, de sorte qu’il fallut assez vite faire des réparations.

    La voûte menaçant ruine, des piliers arcs-boutants furent construits en 1740, les « épiliers ».    

    En 1774, les réparations devinrent urgentes, car les murs de l’église s’écartaient et le clocher menaçait de s’écrouler.

    La voûte sous le clocher fut abattue et d’énormes arcs-doubleaux construits pour le soutenir.

    Extérieurement, les arcs-boutants furent exhaussés pour mieux contrebalancer la poussée des murs ; la toiture fut réparée avec de la lave et des tuiles.

    L’année 2021 voit une nouvelle campagne de réparations, concernant les extérieurs de l’église.

    Après plus d’un mois pour monter les échafaudages, la restauration proprement dite va commencer et ne se terminera qu’en 2022.

    Rénovation dextérieure de l'église Saint-Jean Baptiste de Châtillon sur Seine

    figure 1 :Les travaux à effectuer à l'église Saint-Jean

    Rénovation dextérieure de l'église Saint-Jean Baptiste de Châtillon sur Seine

    Figure 2 : La construction des échafaudages

    Rénovation dextérieure de l'église Saint-Jean Baptiste de Châtillon sur Seine

    Figure 3 :La mise en place des éléments supportant la toiture, côté rue Docteur Robert

    Rénovation dextérieure de l'église Saint-Jean Baptiste de Châtillon sur Seine

    Figure 4 :La mise en place des éléments supportant la toiture côté rue Saint-Jean

    Rénovation dextérieure de l'église Saint-Jean Baptiste de Châtillon sur Seine

    Fifure 5 : Les éléments de toiture en place

    Rénovation dextérieure de l'église Saint-Jean Baptiste de Châtillon sur Seine

    Figure 6 :La pose des plastiques formant la couverture le temps des travaux

    Rénovation dextérieure de l'église Saint-Jean Baptiste de Châtillon sur Seine

    Figure 7 : Un exercice d'équilibriste

    Rénovation dextérieure de l'église Saint-Jean Baptiste de Châtillon sur Seine

    Figure 8 : L'église Saint-Jean "enveloppée" le temps des travaux

    Dominique  Masson et Jean Millot ont fait découvrir les richesses intérieures de  l'église Saint-Jean Baptiste il y a quelques années, voici l'article qui relate cette visite :

    http://www.christaldesaintmarc.com/visite-de-l-eglise-saint-jean-baptiste-a701708


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  • Dans ce nouveau notule d'histoire, Dominique Masson nous fait connaître la vie d'un châtillonnais peu connu de nos concitoyens, Gustave Tridon , qui joua un rôle important dans la "Commune de Paris", dont on commémore cette année le 150ème anniversaire, puisqu'elle a eu lieu  du 18 mars au 28 mai 1871.

    Merci à l'historien pour ses recherches toujours si intéressantes.


    Gustave Tridon, les châtillonnais et la Commune de Paris

    Le 21 octobre 1830, se mariaient Jean Baptiste Tridon et Vorlette Elisabeth Morel.

    Le couple attendit le premier janvier 1841 pour avoir un fils, qui sera baptisé Edme Marie Gustave.

    Gustave Tridon

    (Figure 1 :acte de naissance de Gustave Tridon.Etat Civil de Châtillon sur Seine)

    Son grand-père paternel était Edme Tridon, marchand cirier, habitant rue de Chaumont (rue Docteur Robert) et son grand-père maternel Robert Morel, marchand tanneur, rue du Recept.

    La famille est aisée, Jean Baptiste Tridon s’était, paraît-il, enrichi en spéculant sur d’anciens biens nationaux achetés en bloc et revendus en détail [i].

    Gustave eut une enfance heureuse, choyé par une mère dévote.

    Peu avantageux physiquement, il était très intelligent et fut envoyé étudier à Dijon, puis Paris où il prépara une licence en droit [ii].

    Encore étudiant, en 1862, Auguste Tridon est accusé de complicité d’outrage public à la morale, mais il sera acquitté par la commission disciplinaire de l’enseignement supérieur, le 29 mars 1862 [iii]                                                                                 

    Devenu avocat, il ne plaidera jamais, étant indépendant financièrement, mais deviendra publiciste et se lancera dans la rédaction d’articles dans les journaux.

    En 1865, il est condamné pour outrage à la morale publique et religieuse, à cause d’un article paru dans le journal le Travail[iv].

    Il se retrouve alors à la prison Sainte Pélagie, prison pour les droits communs et les politiques, où il y fait connaissance de Louis Auguste Blanqui, socialiste non marxiste, opposant à l’Empire, condamné le 14 juin 1861 à quatre ans de prison [v].

    Tridon, d’abord orléaniste, puis converti aux thèses proudhoniennes,va être attiré par ces idées et deviendra le secondde Blanqui, au sein d’un parti blanquiste qui naît et s’organise dans ces années-là.

     

    [i] Dupaquier Jean ; article du Bien Public, du 23 mai 1971 ; cité dans Diey Michel : « 1870-1871, la guerre oubliée dans le châtillonnais » ; Cahiers du Châtillonnais, n° 151

    [ii] Un auteur a écrit qu’il fut élève au lycée Bonaparte (Condorcet) à Paris. Certains ont parlé aussi d’un doctorat en droit.

    [iii] Tridon Gustave, dit Karl-Morel ; « Archives nationales : affaires disciplinaires de l’enseignement supérieur (1838-1885) », inventaire des articles F 17 4391 à 4430

    [iv] Louis Auguste Martin, un habitué de la prison de Sainte Pélagie, raconte : « J’habitais l’immense chambre du premier étage du pavillon de l’est et j’avais pour codétenus MM. Blanqui et Jules Miot, que nous avions surnommé Vatel à cause des succulents ragoûts et des merveilleux rôtis qu’il nous préparait, Taule, Case et Tridon, trois jeunes et courageux esprits qui venaient glorieusement d’enterrer le journal Le Travail ».

    Cité par Dominique Bartet, dans le blog de christaldesaintmarc, du 20 janvier 2015

    [v] Blanqui ; le « Vieux » auréolé par une vie de sacrifices à la cause des travailleurs, produisait sur les jeunes gens une impression magnétique.

    « C’est lui, dira plus tard Paul Lafargue, qui nous a transformés. Il nous a tous corrompus ».

    Gustave Tridon fut conquis par le vétéran qui en fit l’un des chefs de son parti.

    L’autre surnom de Blanqui était « l’Enfermé ».

    Socialiste non marxiste, Blanqui est considéré comme le fondateur de l’extrême gauche française.

    En 1880, il publie : « Ni Dieu, ni maître ».

    Gustave Tridon

    (figure 2: Journal Candide N°8)

    A sa sortie de prison, le 3 mai 1865, il fonde le journal Candide, qui sert de plate-forme pour Blanqui et ses associés (Blanqui lui-même a contribué à des articles, sous un pseudonyme).

    Ce journal est consacré à la critique religieuse et à l’exposé scientifique et philosophique, dont il est le rédacteur en chef.

    Paraissant le mercredi et le samedi de chaque semaine, ce fut un succès ; le premier numéro fut tiré à 4 000 exemplaires, le deuxième à 6 000, le troisième à 10 000.

    Dans leurs articles, les auteurs guerroient contre le surnaturel, montrent l’origine humaine de la morale, dénoncent les méfaits du monothéisme sémitique.

    Mais, au bout de huit numéros, le journal est interdit et un procès aura lieu les 11 et 18 août ; Tridon est condamné à 6 mois de prison et 100 francs d’amende.

    Ceci n’empêchera pas l’étudiant en droit Tridon, fin octobre 1865, de se rendre à Liège, au Congrès international d’étudiants (29 octobre-Ier novembre) en compagnie de nombreux français, où ils affirmèrent leurs idées antireligieuses et où Tridon dénonce les études arides et l’absence des libertés universitaires .

    Dans un compte-rendu du 5 novembre, paru dans la Rive Gauche, Léon Fontaine écrivit : … dans l’ordre moral, nous voulons, par l’anéantissement de tous les préjugés et de l’Eglise, arriver à la négation de Dieu et au libre examen…, ce qui provoqua un énorme scandale.

    Puis Tridon accomplit sa peine de prison et fut libéré le 12 juillet 1866.

    Il représente alors Blanqui, en septembre 1866, au premier Congrès de l’Association internationale des Travailleurs (nom officiel de la Première Internationale) à Genève, qui débute le 3 septembre 1866, apportant l’ordre de Blanqui de s’abstenir de prendre part au Congrès .

    Mais l’un des camarades, Protot, ayant protesté, fut jugé et comparut devant ses pairs le 7 novembre 1866, au café de la Renaissance, dans le VIe arrondissement.

    La police, prévenue, arrêta tous les assistants, au total 41 personnes et, sous prétexte de conspiration,après quatre mois de prévention, l’avocat Tridon fut condamné, en mars 1867, à quinze mois de prison et 100 francs d’amende.

    Entre-temps, il avait probablement fondé une éphémère revue, la Critique .

     
    En 1869, Gustave Tridon fit publier « la Gironde en 1869 et en 1793 », où il fustigeait les Girondins :

    Cette race ergoteuse et bavarde a reparu avec son long cortège de périodes.

    Elle oppose encore l’obstacle du fédéralisme ; elle calomnie, disserte, ment, pleurniche.

    Tout est détrempé de ses larmes ou corrodé de ses impostures…

    Notre but à nous, c’est la liberté armée, la liberté avec sa pique, non la triste prostituée des livres et des discours…

    C’est l’égalité qui protège le faible contre le fort et jette, s’il le faut, son épée dans la balance.

    C’est la Commune, non les oligarchies provinciales d’avocats, d’industriels et de grands propriétaires.

    Nous croyons en Paris, cœur et cerveau de la France.

    De lui part le coup de tonnerre qui fait craquer les empires et tressaillir les nations.

    Paris vaincu, la liberté râle. Paris triomphant, le juste et l’opprimé relèvent la tête…

    Gustave Tridon

    (figure 3 :"Plainte contre une calomnie de l'histoire" 1864 (réédition en 1871 à Bruxelles)

    Karl Marx, dans une lettre du 3 mars 1869, écrit qu'

    une évolution très intéressante se dessine en France.

    Les Parisiens se remettent sérieusement à étudier leur passé révolutionnaire récent.

    Ils se préparent ainsi à la nouvelle entreprise révolutionnaire qui se rapproche.

    Ce fut d’abord l’Origine de l’Empire…

    Enfin, ce furent les blanquistes, avec G.Tridon : Gironde et Girondins. C’est ainsi que l’histoire fait bouillir son chaudron de sorcière…[i].

    Aux Girondins, Tridon avait opposé, dans le Journal des Ecoles, en 1864 une étude sur:

    les Hébertistes ; plainte contre une calomnie de l’histoire.

    Pour lui,

    l’avènement des Hébertistes fut l’avènement de la science et de la raison sous la forme la plus énergique, la plus populaire, mais aussi sous la forme qui pouvait seule en assurer le triomphe définitif.

    La science que les Girondins, les doctrinaires d’alors, avaient voulu cloîtrer dans une oligarchie lettrée, fut tirée du boudoir et jetée sur la place publique.

    Les Hébertistes s’adressèrent au peuple et lui dirent : « la science est la conquête, la science appartient à tous, viens et prends ! »…

    Ce qu’on veut flétrir du nom d’hébertisme est la face la plus brillante de la Révolution.

    Obscurcie aujourd’hui par des insulteurs jurés, elle est destinée à resplendir toujours davantage [ii].

    Ce pamphlet lui permettait de faire un parallèle entre les Girondins de 1793 et les Girondins de son époque.

     En décembre, il participe, avec son ami Albert Regnard, à l’anti-concile de Naples, en décembre 1869.

    La convocation d’un concile œcuménique, à Rome, en 1870, provoqua, en réaction, dans les milieux libres penseurs du temps, un rejet catégorique. Tridon était anticatholique ; dans l’avertissement de la première édition des Hébertistes, en 1870, il écrit

    un article sur les Hébertistes, inséré dans le Journal des Ecoles, et combattu avec talent et convenance par un écrivain distingué, M. Maréchal, m’avait ramené à publier en réplique un nouveau travail, qui eut le malheur, cette fois, de provoquer un violent accès d’épilepsie catholique.                      

    La même année, le 13 mai 1869, mourait à Châtillon son père, lui laissant près de 60 000 francs de rente.

    Le gouvernement impérial imagina d’arrêter les membres d’une société secrète, dont certains auraient voulu attenter à la vie de l’empereur.

    Il y eut 72 accusés, dont 55 étaient présents.

    Mais Tridon, ainsi que Blanqui, put fuir et c’est par contumace qu’il fut condamné, le 9 avril 1870, à la déportation simple ; il rentra à Paris après le 4 septembre, proclamation de la République.

    Le 6 septembre, Tridon, avec Blanqui et d’autres de ses disciples, se réunissent et décident la publication du journal la Patrie en danger, financée par Tridon, portant en tête de son premier numéro (daté du 20 fructidor an 78) :

    En présence de l’ennemi, plus de partis ni de nuances.

    Avec un pouvoir qui trahissait la Nation, ce concours était impossible.

    Le gouvernement sorti du grand mouvement populaire du 4 Septembre représente la pensée populaire et la défense nationale.

    Cela suffit.

    Toute opposition, toute contradiction doit disparaître devant le salut commun.

    Il n’existe plus qu’un ennemi, le Prussien, et son complice, le partisan de la dynastie déchue…et on refusait de signer le déshonneur et le démembrement de la France [iii].                                 

    Et Tridon, le 8 septembre, écrira :

    A nous tout ce qui souffre et pense, tout ce qui travaille et gémit, et dont la poitrine se soulève au nom de la liberté.

    Il fut arrêté le 4 novembre, à la suite du soulèvement du 31 octobre, émeute contre la politique du Gouvernement de la Défense nationale, qui avait envoyé Thiers négocier l’armistice avec Bismarck ; un mois plus tard, il attendait encore le jugement, qui le libéra [iv].

     

    [i] Karl Marx et Friedrich Engels : la Commune de 1871 ; lettres et déclarations, pour la plupart inédites (traduction et présentation de Roger Dangeville). Marx évoque aussi, dans deux lettres (vers le 26 avril et le 13 mai 1871), un différend entre Félix Pyat et Gustave Tridon, ce dernier ayant répliqué dans un article du journal « la Cigale ».

    [ii] Dans la première édition, l’introduction, non signée, est de Blanqui ; Le texte sera publié de nouveau, à Bruxelles, en 1871, sous le titre : « la Commune de Paris en 1793 ; les Hébertistes », J.H Briard

    [iii] Le rédacteur en chef était Blanqui ; il y eut 267 numéros, du 07/09 au 08/12/1870. Cette proclamation avait été tirée sous forme d’affiche, le 6 septembre, pour être placardée sur les murs de Paris

    [iv] Jules Vallès a raconté le procès du 31 octobre dans son roman : l’Insurgé. Selon le dictionnaire des parlementaires français (tome V), il n’assista pas à l’affaire de l’Hôtel de Ville au 31 octobre, en raison du mauvais état de sa santé

    Gustave Tridon

    (figure 4: journal "La patrie en danger", financé par Tridon)

    Peu de temps après la proclamation de la République, le 13 septembre, se créa à Paris un Comité central républicain des Vingt arrondissements afin d’obtenir du Gouvernement de la Défense nationale des mesures politiques et sociales favorables aux classes populaires et demandant des élections afin de remplacer les maires nommés sous le Second Empire.

    Voyant que ce dernier n’en annonçait pas, pendant le mois de décembre, on va élire dans les clubs politiques parisiens des délégués pour la Commune ; Tridon devient l’un des membres du Comité central républicain des Vingt arrondissements, qui, le 30 décembre, se réunit sur l’ordre du jour : De la Commune révolutionnaire et des moyens pratiques pour l’installer révolutionnairement.                                          

    Il est aussi l’un des quatre rédacteurs de l’Affiche Rouge placardée dans la nuit du5 au 6 janvier 1871, qui prônait une réquisition générale, un rationnement gratuit et la lutte à outrance pour en finir avec le siège de la ville de Paris, encerclée par les Prussiens depuis le 17 septembre 1870, et l’appel à la formation d’une commune.

    Gustave Tridon, les châtillonnais et la Commune de Paris

    (figure 5 :"L"affiche rouge" Musée Carnavalet)

    Bismarck ne voulait faire un traité de paix qu’avec un gouvernement légitime.

    Dans des délais très brefs, des élections furent organisées pour le 8 février 1871.

    Dans les régions occupées, comme la Côte d’Or, les réunions publiques sont interdites et c’est l’occupant qui va se charger de l’organisation des élections.

    Tridon est au nombre des 43 socialistes révolutionnaires présentés à ces élections.

    Il lui manqua 3 000 voix à Paris (il eut 65 707 voix).

    En Côte d’Or, huit candidats orléanistes sont opposés à huit candidats républicains.

    Le 8 février 1871, c’est la liste républicaine qui l’emporta et Tridon devint député de la Côte d’Or pour l’assemblée nationale, avec 32 721 voix (à Châtillon, il n’avait eu que 755 voix), à côté de François Auguste Dubois, maire de Dijon, Pierre Magnin, ministre du commerce, Marie François Sadi-Carnot, Pierre Joigneaux, le général Garibaldi, Henri Moreau, maire de Saulieu et Jules Carion.                   

    Cependant, radicaux et extrême gauche ne réunirent que 72 sièges, soit 5,96 % des votes, contre 65,20 % pour la droite et 28,84 % pour les républicains.

    La nouvelle assemblée se réunit le 13 février à Bordeaux.  

      Le 17 février, Adolphe Thiers est nommé chef du pouvoir exécutif de la République française et, le 21, Thiers et Favre entament les négociations de paix avec Bismarck ; celles-ci aboutiront à la signature d’un armistice le 28 janvier.

    Gustave Tridon

    (figure 6 : dépêche télégraphique annonçant la signature de l'Armistice. Archives Municipales de Châtillon sur Sine  4H11 (Fluteau)

    Le Ier mars, Tridon, après avoir voté contre la ratification des préliminaires de paix signés entre le gouvernement d’Adolphe Thiers et l’Allemagne, démissionne et part aussitôt pour Paris [i].   

    Dans une lettre aux électeurs de la Côte d’Or, il explique son geste :    

     Honoré de vos suffrages, sans les avoir brigués, je vous dois des explications sur la manière dont j’ai compris mon mandat et sur les motifs qui m’ont forcé à le résilier.

    Une démission est chose grave, je ne m’y suis pas résigné sans de sérieuses réflexions que je viens aujourd’hui vous soumettre.

    Placé dans une situation exceptionnelle, j’ai été, un des premiers, témoin et victime de la trame infâme qui avait pour but de livrer la France aux Prussiens, en haine de la République, et qui a obtenu, dans ces derniers temps, un si glorieux succès…

    Lors de mon arrivée à Bordeaux, la Chambre se prorogeait pour laisser le temps de bâcler le pacte odieux.

    On l’amusait avec des commissions qui ne commissionnaient rien du tout et des réunions creuses dans des bureaux déserts, tandis que Thiers et ses complices brocantaient notre chair et notre sang, l’honneur et l’intégrité de la France.

    Tous ils acceptèrent avec des larmes de crocodiles… Quant au paiement d’une somme de cinq milliards,permettez-moi de mettre encore plus vivement sous vos yeux cette formule de notre damnation nationale.

    Les pièces de cinq francs composant les cinq milliards, juxtaposées à plat les unes à la suite des autres, occuperaient une longueur de 6,250 lieues, soit les trois quarts du tour du globe terrestre.

    Empilées les unes sur les autres, elles formeraient une colonne de 2,700 kilomètres…     

    Et il terminait par :

    J’avoue, citoyens, qu’en voyant une Assemblée, prétendue française, sanctionner de pareils crimes et voter le démembrement et la ruine du pays ; qu’en entendant ces hommes vendre à Bismarck nos frères d’Alsace et de Lorraine, et par leurs cinq milliards engager, pour un temps indéfini, la vie et le travail de vos enfants, j’ai voulu, à tout prix, sortir de cette enceinte maudite [ii].

    A Paris, bon nombre de parisiens, ayant déjà connu une grave famine au cours de l’hiver 1870-1871, refusent que des canons de la Garde nationale, à Montmartre, soient enlevés, sur ordre de Thiers, lequel souhaite désarmer les parisiens.

    Un peu partout, la troupe, envoyée récupérer les canons, va fraterniser avec les parisiens qui élèvent des barricades, et deux généraux sont massacrés.

    C’est le début de l’insurrection, le 18 mars 1871, tandis que Thiers gagne Versailles et que nombre de bourgeois fuient la capitale.

    Ce mouvement communard va puiser largement dans le vocabulaire de la Révolution française.

    C’est dans cette ville qu’arrive Tridon, épuisé. Le 24 mars, il s’adresse aux électeurs parisiens :

     A peine arrivé, je tombe dans un lit de maladie, et suis réduit à contempler la lutte où se décide le sort de la République et de la France.

    Permettez à mon anxieuse impuissance de vous communiquer ses craintes…[iii].

    Aux élections municipales de la Commune, du 26 mars 1871, il n’obtiendra que 1304 voix dans le XXe arrondissement et 2253 voix dans le XVIIe, mais sera élu dans le Ve arrondissement (Panthéon), avec 6469 voix, sur 12422 votants [iv].

    Il va alors siéger à la commission exécutive, le 29 mars 1871, composée de 7 membres, chargée d’appliquer les décrets du Conseil de la Commune, puis à la commission de la guerre, du 21 avril au 15 mai [v].

     

    [i] Victor Hugo démissionne le 7 mars

    [ii] « Aux électeurs de la Côte d’Or » ; Œuvres diverses de G. Tridon ; Paris, 1891

    [iii] Maillard Firmin : Affiches, professions de foi-documents officiels-clubs et comités pendant la Commune ; Paris, Dentu

    [iv) On le trouve inscrit sur la Grande liste du Père Duchêne, dans le XXe arrondissement, et aussi sur la liste du Comité. Blanqui, bien qu’élu, avait été arrêté le 17 mars et était retenu prisonnier en Bretagne par le gouvernement de Thiers

    [v] Il assiste, le … à la destruction de la colonne Vendôme : « Gustave Tridon, 30 ans, fils de parents riches, élève du lycée Bonaparte ‘Condorcet), devenu socialiste à sainte-Pélagie sous l’influence de Blanqui, son voisin de cellule, avocat, élu du Ve, le visage pâle ».

    Gustave Tridon

    Gustave Tridon

    (figures 7 et 8 : affiches de la Commission exécutive de la Commune. Musée Carnavalet)

    Gustave Tridon

    figure 9 :Affiche de la Commission exécutive. Courbet fut membre de la Commune. Musée Carnavalet)

    Gustave Tridon

    (figure 10 : Commission de la Guerre. Musée Carnavalet)

    Il vote contre la création du Comité de salut public et signe le manifeste de la minorité :

    la Commune de Paris a abdiqué son pouvoir entre les mains d’une dictature à laquelle elle a donné le nom de Salut public.

    Il s’abstint de paraître aux dernières séances des comités, même s’il fut accusé de lâcheté, après avoir traité ce Comité de défroque inutile et ridicule.

    En même temps, il poursuivait son activité de journaliste, en continuant à faire de nombreuses références à la Révolution de 1789.

    Dans le journal la Patrie en danger, il écrit :

    La Commune révolutionnaire qui a sauvé la France, et, par le 10 août et septembre, fondé la République, ne fut pas un produit d’élection régulière, une émanation bourgeoise d’un troupeau qui se rend aux urnes. Elle sortit d’une convulsion suprême, comme la lave sort du volcan.

     Dans le journal la Montagne, dont il est membre du comité de rédaction, en avril, il exalte les Hébertistes :

    Ils n’ont qu’une seule passion, l’idée.

    Ils s’abandonnent aux masses sans réserve comme sans mesure ; ils ne travaillent point dans un but personnel, mais pour le triomphe d’un principe. La foi les guide, non le calcul [i].

     

    [i] Le 6 janvier 1871, avec Jules Vallès, Emile Leverdays et Edouard Vaillant, comme les bourgeois de Paris et le gouvernement en place dans la capitale souhaitent que la ville se rende, il rédige une proclamation, réclamant une attaque en masse contre les allemands, la réquisition générale, le rationnement gratuit, la punition des traîtres, l’éducation pour tous, la terre aux paysans et le gouvernement du Peuple.

    Gustave Tridon

    (figure 11 : Journal "La Montagne" dans lequel écrivit Tridon)

    Mais toutes ces activités minent sa santé fragile :

    de son talent, de sa grande fortune, de sa personne, (il) a payé au service de la cause, quand elle semblait sans avenir… (mais) il n’a pour la servir aujourd’hui, qu’une âme usée, dans un corps débile [i]                                                                        

    Léon Massenet donne aussi le même portrait :

    Cet homme de vingt-neuf ans est déjà usé.

    Il est voûté au point qu’on le croit bossu, sa figure est criblée de boutons, ses joues pendent.

    Sa constitution débile, sa santé délicate ne lui ont point permis de surmonter la vie militante fiévreuse et les séjours prolongés en prison.

    Il est d’autant plus sérieusement atteint qu’il ne trouve, en dehors de ses camarades de son parti, aucune affection solide, pas même celle de sa mère, triste créature qui osa le chasser alors que, traqué par la meute des argousins, il lui demandait un refuge [ii].

    A Châtillon, les nouvelles qui parvenaient étaient uniquement celles provenant du gouvernement de Thiers.

    [i] Revue des Deux Mondes, 1904, tome 24

    [ii] Léon Massenet de Marancour : « Hommes et choses de la Commune : récits et portraits pour servir à l’histoire de la première révolution sociale ; cité dans Maitron.

    Après la mort de son mari, en 1869, la mère de Gustave Tridon était peut-être allée habiter à Paris.

    C’est là qu’elle mourut, en 1893

    Gustave Tridon

    (figure 12 : Affiche envoyée par Thiers aux communes françaises AMC 4H11)

    Gustave Tridon

    (figure 13 : Dépêche télégraphique adressée au Sous-Préfet de Châtillon, Leroy AMC 4H11)

    Gustave Tridon

    (figure 14 :Dépêche télégraphique arrivée à Châtillon AMC 4H11. Gustave Flourens , professeur au Collège de France fut élu Général par la Commune et chargé de la défense de Paris, mais il fut fusillé par les Versaillais)

    Tridon était gravement malade lors de l’entrée de l’armée de Versailles à Paris, qui mit fin à la Commune, après la semaine sanglante, le 28 mai 1871.

    Il put échapper aux représailles en étant hospitalisé à la clinique Dubois, sous un faux nom, Morel,qui était celui de sa mère.  

     Il gagna la Belgique et c’est là que

    l’homme riche qui a volontiers été emprisonné ou exilé, luttant pour les droits des autres, mourut [i], d’une phtisie galopante, huit jours après son arrivée, le 30 août 1871.

    C’est Julienne Sébert, une « communarde », qui le soignera et préparera son catafalque.[ii]

    Avant son décès, il avait veillé à venir en aide à son ami Blanqui en léguant sa fortune à Sophie Barrelier, la sœur de Blanqui.

    Particulièrement recherché en France comme membre de la Commune, le troisième Conseil de Guerre, chargé d’en condamner les membres les plus éminents, abandonna les poursuites, après l’annonce de sa mort.

    Son décès est transcris dans les registres de l’état-civil de Châtillon, le 24 septembre 1872 (n° 185).

    En 1884, parut un ouvrage posthume, rédigé lorsqu’il était en prison à Sainte Pélagie :

    Du molochisme juif : études critiques et philosophiques. A la suite en particulier de Voltaire et de Proudhon, les blanquistes vont élaborer un antisémitisme antichrétien et anticlérical.

    L’ouvrage de Tridon est un ouvrage délirant de glorification des Aryens et de rabaissement des Sémites, Juifs, Arabes, Phéniciens réunis.

    En amont, Tridon voit dans le Judaïsme une survivance du culte sanguinaire au Moloch, cette statue chauffée au rouge dans la gueule de laquelle les phéniciens jetaient des enfants vivants.

    En aval, il voit dans le christianisme une pauvreté de pensée et un asservissement typiquement sémite, contraire à la tradition aryenne.

    Il écrira même que, par leurs cruautés, par cet épouvantable cortège d’horreurs (les sacrifices humains), les Mexicains méritent d’être sémites.[iii]

    En 1891, à l’occasion du vingtième anniversaire de sa mort, fut publié, à Paris, un recueil, œuvres diverses de G.Tridon.

    [i] Joseph Martin McCabe, 1867-1955

    [ii] Selon certains, il se serait suicidé. Sur Julienne Sébert : Florence Loriaux : « Femmes et exil durant la Première Internationale » -Carhop, 2008-1. Selon Maitron, il aurait laissé une veuve, Delphine Eyraud ou Heyraud( https : // maitron.fr/spip.php?article72028, notice TRIDON Gustave)

    [iii] Certains antisémites de la fin du XIXe siècle, tels qu’Edouard Drumont, se revendiqueront de son influence.

    Gustave Tridon

    (figure 15 :"œuvres diverses de Tridon" 1891)

    Parmi ces textes, se trouve la Force, où il écrit :

    Nous sommes forts, nous sommes jeunes et nous avons faim non seulement de pain mais aussi d’idées, de justice sociale et de connaissances scientifiques…

    Pourquoi devons-nous continuer à attendre?

     A la fin du XIXe siècle, existait à Paris une bibliothèque populaire Gustave Tridon, dans le XVIIIearrondissement.

    Elle fut créée en 1890, en même temps que le groupe scolaire de l’impasse d’Oran, dont elle faisait partie. Par délibération du 21 octobre 1895, le Conseil municipal de Paris accepta et lui affecta un legs de 90 000 francs fait par madame veuve Tridon et produisant, déduction faite des droits de mutation, un revenu annuel de 2331 francs, assurant les achats de livres et l’entretien mobilier.

    En 1904, la bibliothèque possédait 3800 ouvrages, formant plus de 5800 volumes [i].                                     

    A Châtillon, une rue porte son nom dans le quartier reconstruit après-guerre [ii].

     Un autre Châtillonnais participa également à la Commune, Nicolas Georges Léger Alexis Monin, né le 17 juillet 1818.

    Il fut condamné à la déportation à l’île d’Aix après les audiences devant le troisième Conseil de Guerre.

     Dominique Masson

    (remerciements à M. Millot)

    [i) « Conseil municipal de Paris, rapport de la 4e commission, sur les bibliothèques municipales, présenté par M. Léopold Bellan ; 1904 ». Cette veuve ne serait pas sa femme, mais plutôt la mère de Gustave Tridon, décédée à Paris le 13 février 1893 (VIIIe arrondissement)

    [ii] Ce serait M. Georges Pitoiset, habitant cette rue, qui aurait demandé à la mairie de donner le nom de Tridon (blog de christaldesaintmarc, 27 juin 2008) 


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  • Dominique Masson nous offre aujourd'hui un superbe notule  recensant  les monuments élevés dans notre ville, en souvenir de la bataille entre Garibaldiens et Allemands en 1870, bataille devenue célèbre sous l'appellation de "Surprise de Châtillon.

     http://www.christaldesaintmarc.com/la-surprise-de-chatillon-garibaldi-un-notule-d-histoire-de-dominique-m-a204217938

    Notule d’histoire :

    Les monuments élevés aux morts de la « surprise » de Châtillon

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 1 : le monument élevé pour les garibaldiens et le monument élevé pour les allemands, cimetière Saint-Jean)

    Le 18 novembre 1889, M. Steenackers, un parisien, envoyait une lettre à la mairie de Châtillon :    

     Mon excellent ami,

    M. Fernand Xau, me demande de jeter sur le papier, pour les lecteurs de l’Echo de Paris, mes souvenirs sur le rapide et sanglant épisode de Châtillon.

    J’ai le plus grand désir de le faire ; il me semble que je m’acquitterais d’’un devoir sacré et je serais heureux de rendre hommage à votre cité si patriotique et si éprouvée en ces temps funestes.

    Mais, si le souvenir est vif de ces choses vécues, je revois tout cela un peu confusément, comme à travers la lueur crépusculaire d’un mauvais rêve.

    Surtout, ce qui s’est passé après la marche de nuit, après que nous nous fûmes séparés, près d’Ampilly, des francs-tireurs de Nice et Savoie, qui devaient attaquer d’un autre côté.

     Dès mon entrée en ville, tout se mêle un peu et je ne sais ni le nom d’une route, d’une rue, d’une place.

    Ainsi, au moment où nous pénétrions dans la ville, je me retrouvais à la dernière escouade des chasseurs du Havre (chemises rouges), et je touchais la tête de colonne des éclaireurs du Doubs en capotes grises de lignards.

    C’est en ce moment qu’une trombe de feu et de plomb passa devant nous, ricochant contre les murailles et jetant le désordre dans nos rangs surpris.

    La fusillade partit du sommet d’un haut mur à gauche et je me trouvais à cette minute précise devant une maison-à droite- qu’on me dit être celle du receveur d’octroi.

    Tandis que les éclaireurs du Doubs essayaient d’enfoncer la porte de la propriété d’où étaient partie la fusillade (je vois encore le capitaine de Gladyez, un blond à lunettes, frappant la porte à coups furieux de la hampe de son drapeau), nous entrions au pas de course, échangeant des coups de fusil avec les allemands surpris, qui se sauvaient pour rallier le quartier général à l’Hôtel de ville ou à la sous-préfecture.

    Les balles pleuvaient dru ; mon pauvre Charles était tombé et son sang m’avait éclaboussé la figure.

    Sur le trottoir, gisait, mort, un éclaireur, tombé les jambes un peu repliées, la tunique légèrement retroussée.

    On allait de l’avant.

    Dans une rue, à notre droite, on se battait dans les maisons !

    C’est là que mon ami le caporal Parnin, eût le poignet fracassé par une balle.

    Mon colonel, M. le comte de Houdetot, m’appela près de lui et nous rejoignîmes le général Ricciotti, très pâle, très calme, la moustache nerveusement tortillée, criant de toutes ses forces : Avanti !

    A un moment, sur une place ou à un carrefour, où il y avait, autant que je puis me le rappeler, une pompe ou une fontaine, une décharge nous arriva, le cheval de Ricciotti se cabra et faillit manquer des quatre pieds ; mais le général le ramassa et partit au galop avec mon commandant M. de Amone, plusieurs officiers italiens et M. de Houdetot.

    J’avais reçu dans mon képi et dans ma couverture deux projectiles-mais, plus heureux que mon malheureux jeune frère, je n’avais aucune blessure.      

    Le bruit de la fusillade avait cessé, on sonnait la retraite et de partout débouchaient des soldats amenant des prisonniers et des chevaux.

    Nous reprenions vivement la route de Coulmiers le Sec.

    On disait qu’une forte colonne du corps du général Werder, allant de Langres à Chaumont, allait arriver : nous nous attendions à être rattrapés.

    A partir de ce moment, mes souvenirs sont très précis.

    J’ai même gardé mémoire du texte de la lettre adressée au nom de Ricciotti par M. de Houdetot au chef de la colonne allemande, qui menaçait Châtillon de représailles.

    Les choses vues, vécues, m’ont beaucoup frappé au milieu du tohu bohu effrayant de cette surprise rapide comme un coup de foudre…[i]

    Après cette « surprise », le commandant allemand Lettgau s’était retiré sur Châteauvillain, tandis que les garibaldiens se dépêchaient de partir vers Dijon.

    Lorsqu’il revint, il fallut relever et enterrer les morts.

    Le 20 novembre, le colonel Lettgau, commandant de place, donnait comme ordre :

    1°, enlèvement des corps des francs-tireurs en présence d’une commission composée partie d’officiers allemands, partie de membres du conseil municipal, à l’effet de reconnaître l’identité des morts…9°, les habitants qui ont des francs-tireurs blessés chez eux devront les porter à l’hospice[ii].

     Le commissaire de police, Adolphe Edme Fauchon, et le receveur de l’hospice, Jean-Baptiste Joseph Mariotte, parcoururent les rues pour recueillir les corps et établir la fiche d’état-civil.

    [i] Archives Municipales de Châtillon sur Seine (AMC), 4 H 16

    [ii] AMC, 4 H 16

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 2 : Garibaldiens tués lors de la "surprise" de Châtillon)

    Il est difficile de connaître les noms des garibaldiens tués lors de cette bataille et on ne peut qu’avoir quelques indices.

    Le premier concerne Barral, des francs-tireurs de l’Isère, né à Chirens, en Isère [i].

     [i]Pour M. Molis, il est originaire de Saint-Geoire en Valdaine, mais peut-être que c’était son lieu de résidence.

    Il cite également parmi les morts, Raphaël, de Tullins (38210), mais le franc-tireur Barnoud indique qu’il n’a été que blessé.

    Outre les Dauphinois, il indique deux francs-tireurs des Vosges, un du Havre et un de Dôle parmi les tués.

    M. Blanchard parle de trois francs-tireurs du Havre tués, selon des sources des archives militaires françaises.

    Dormoy avait indiqué : 2 Dauphinois, 2 Vosgiens, 1 Dolois, 1 Havrais (« Souvenirs d’avant-garde », Paris, 1887)

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 3 : le journal "l'Impartial" dauphinois décembre 1870)

    La lettre de M. Steenackers donne aussi des renseignements :

     il y a juste aujourd’hui dix neuf ans que mon pauvre jeune frère Charles Pierre Steenackers tombait à côté de moi, frappé par une balle allemande, en même temps que mon brave camarade François Favré et un de nos compagnons d’armes de la compagnie des éclaireurs du Doubs, commandés par Nicolaï.

    Le médecin major Ellendorf, dans une lettre datée du 21 novembre et publiée dans le Westfälicher Anzeiger le 29, déclarait qu’il y avait eu 4 francs-tireurs tués et 12 blessés, la plupart se trouvent dans les maisons.

    En fait, il y eut en tout 8 garibaldiens tués le 19 novembre.

    Pour les prussiens, c’est ce médecin major qui s’occupa de les faire enterrer dans les jours suivants.

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (figure 4 :billet du médecin-major Ellendorf   AMC 4H42)

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 5 :tableau des morts allemands lors de l'attaque du 19 novembre 1870 , établi par Günter Wiesendahl)

    Le lieu choisi pour enterrer garibaldiens et allemands fut le cimetière Saint-Jean de Châtillon.

    Il avait été agrandi, au nord, par la vente, en 1866, d’un terrain de 133 ares 70 centiares appartenant à M. Achille Maître ; aussi, y avait-il de l’espace pour de nouvelles tombes.

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 6 :Le cimetière Saint-Jean en 1810, cadastre napoléonien)

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 7 :Le cimetière Saint-Jean aujourd'hui, cadastre de Châtillon sur Seine)

     Le 22 novembre 1870, il fut dû, par la commune, à MM. Coquet et Laurain, la somme de 10,50f.  pour avoir enlevé 7 cadavres, et à Coquet pour deux journées au cimetière.

    Il fallut aussi enlever les chevaux morts : il y en eut un devant la grille de M. Maître ; à l’hôtel de la Couronne ; devant chez madame Faillot ; à la Charme ; chez Lebois, marchand de faïence ; chez Malgras ; à Courcelotte ; route de Massingy ; à Massingy ; au château de M. Maître (soit 10 chevaux, à raison de trois francs par cheval, sans s’occuper de la fosse) [i].

    On trouve également dans les comptes la somme de 107, 25 f. à M. Maillé, sabotier, pour le creusement de 51 fosses pour enterrer les prussiens, les francs-tireurs et quelques pauvres, ainsi que 6 journées pour mettre de la chaux sur les tombes, ainsi que 60,75 f. à M. Barrachin, pour le creusement de 27 fosses au cimetière Saint-Jean [ii].

    [i] AMC, 4 H 18

    [ii] Etat des quittances empruntées pendant l’invasion ; AMC, 4 H 18

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 8 : plan du cimetière Saint-Jean, établi le 20 octobre 1873, indiquant en bleu les tombes françaises et en rouge les tombes allemandes ; AMC 2M11)

    Pendant cette guerre, d’autres soldats allemands décédèrent à Châtillon et furent enterrés au cimetière Saint Jean.

    A la fin de la guerre, il y avait les tombes de 84 militaires allemands disséminées dans le cimetière : 6 tombes se trouvaient dans la partie sud, mais, au nord, à côté de 3 tombes individuelles (B, D, E), un espace d’environ 15 m sur 13, 75 m (soit une surface de 198, 59 m2) était occupé par des sépultures allemandes (A).

    L’armistice entre la France et l’Allemagne avait été signé le 15 février 1871, un traité de paix préliminaire le 26 février, confirmé au traité de Francfort le 10 mai 1871 ; la Côte d’Or est alors libérée de l’occupation allemande.

    L’article 16 du traité de Francfort stipulait que

    les deux Gouvernements, Français et allemand, s’engagent réciproquement à faire respecter et entretenir les tombeaux des soldats ensevelis sur leurs territoires respectifs.

    Une concession de 25 ans fut donnée pour les tombes des soldats prussiens, le 22 juin 1871 (emplacements n° 99-100, Nord).                                                                     

    Deux tombes cependant se démarquent.

    La première est celle du major Richard von Alvensleben, tué lors de la « surprise » de Châtillon.

    Ayant reçu une blessure mortelle alors qu’il cherchait à s’enfuir, l’empereur refusa son transfert en Allemagne.

    Le 14 avril 1871, fut prise une concession de 50 ans ; sa tombe était en pierre, couverte en lierre(emplacement n° 352, dans la partie sud).

    La deuxième est celle du lieutenant Erick Griepenkert, décédé le 6 mars 1871 ; une concession pour 25 ans fut prise le 21 mars 1871 (tombe droite à entourage de pierre, emplacement n°351, partie sud) [i], sur la demande de son père, par l’intermédiaire du major de place et adjudant de la commandantur de Châtillon.

    Pour deux tombes, marquées F et G sur le plan de 1873, il est indiqué qu’elles portent des inscriptions en allemand ; ce sont peut-être les tombes d’Alvensleben et de Griepenkert [ii].

    [i] AMC, 1 M 36

    [ii] Il y aurait eu écrit sur la tombe du major Alvensleben : « Hier richt Richard von Alvensleben major in Regiment garde du corbsgeb. 10 novembre 1828, gefallen für Koënig und Vaterland am 19 novembre 1870 bei Châtillon », selon Ponsignon Jean, « le général Riu ou la vie étonnante d’un militaire hors normes » ; Cahiers du Châtillonnais, n° 225

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (figure 9 :Billet du major de la commandantur de Châtillon  AMC 2M11)

    Le plan de 1873 indique également, à la lettre C, une colonne en pierre, en forme d’obélisque, surmontée d’un aigle.

    Ce monument est installé sur deux gradins en pierre (l’ensemble a 2,10 mètres de côté).  

    Dès le 23 mai 1871, la commandantur d’étape de Châtillon, selon le journal allemand Westfälicher Anzeiger, avait eu l’intention d’ériger un mémorial aux soldats prussiens reposant au cimetière

    constitué d’un socle carré avec les noms des disparus, sur lequel est posé un obélisque, avec des inscriptions correspondantes. Le coût serait d’environ 250 thalers, pour lesquels la 19e division d’infanterie a déjà réuni 108 thalers...

    Le commandement du district demande aux officiers, sous-officiers et soldats du bataillon d’occupation Unna de lui envoyer le plus vite possible la somme manquante pour compléter la somme requise.

    Mais, à Unna, des voix discordantes se firent entendre, certaines étant contre l’érection d’un monument en territoire ennemi, d’autres au contraire souhaitant un monument à Châtillon et un autre à Unna.

    Le 19 juillet 1871, le journal Helleweger Anzeiger und Bote déplorait que l’érection du monument ne pourrait sans doute pas se faire, à cause du départ de la commandantur.

    Une loterie fut aussi organisée à Unna, mais, à la fin de l’année, rien, semble-t-il, n’avait vu le jour [i].

    Cependant, le monument fut réalisé avant 1873, date du plan confectionné par la mairie de Châtillon.

    Pour les francs-tireurs garibaldiens, il y avait une tombe dans la partie sud, et deux autres dans la partie nord, aux emplacements 139 et 140, avec une tombe droite et un entourage de pierre et de fer (l’ensemble occupant 17, 17 m2).

    Parmi celles-ci, il doit y avoir la tombe de Victor Melnotte, franc-tireur décédé le 9 décembre 1870, dont une concession fut accordée le 25 mai 1875, pour 15 ans (croix de fer dessus ; n° 157, nord).

     Le Ier novembre 1871, une commission de citoyens s’adressa au Conseil municipal :« se croyant, avec juste titre, les interprètes de la majorité de leurs concitoyens, considérant que le Conseil municipal, par une omission involontaire sans doute, n’a rien proposé qui ait pour but de rappeler aux habitants le souvenir du fait de guerre du 19 novembre 1870 », se proposaient d’élever, par souscription publique, un monument funéraire à la mémoire de ces patriotes.

    Ils demandaient à la mairie de leur accorder une concession gratuite et définitive de 3 mètres de côté au cimetière Saint Jean, ce qui leur fut accordé.

    Mais le Conseil demanda que les pétitionnaires leur soumettent le projet du plan du monument qu’ils se proposaient d’ériger sur le terrain concédé [ii].

    Dans la séance du 13 janvier 1872, le Conseil examina le plan du monument et rappela qu’il avait concédé un terrain de 3 mètres de côté, mais il pensa qu’il serait plus convenable de modifier l’inscription et les emblèmes du projet.

    Il voulait soumettre le projet au préfet et lui soumettre l’autorisation de la concession.  Le projet dut alors traîner un peu.

    [i] Extraits des journaux communiqués par M. Wiesendahl

    [ii] AMC, 1 M 36 ; délibération du 16/11 /1871 et 12/01/1872

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 10 :Premier projet du monument aux garibaldiens  AMC 1M36)

    Mais, le 4 avril 1873, fut votée la loi sur les tombes militaires et c’est l’Etat qui prit les choses en main.

    En exécution de cette loi, un plan fut dressé par la mairie de Châtillon, le 20 octobre 1873, afin de connaître exactement l’emplacement de toutes les tombes militaires du cimetière Saint Jean et la superficie occupée, et envoyé à Paris.

    Les gouvernements des deux pays avaient aussi convenu que l’exhumation des soldats morts dans toute la France ne pouvait avoir lieu qu’après une période de décomposition d’au moins six ans [i].              

    C’est pourquoi le ministre de l’Intérieur, par une lettre du 18 mars 1876, adressée au préfet de Côte d’Or et transmise au maire de Châtillon, décida que « les restes mortels des français seraient réunis dans une tombe de 4 mètres et ceux des allemands dans une autre de 15 mètres », et on demandait au maire d’indiquer sur le plan « les emplacements qui vous paraissent devoir être choisis, ainsi que le nombre de militaires de chaque nation et le prix du m2 des concessions perpétuelles ».

    Le préfet autorisa, le 16 août 1876, de traiter à forfait la réinhumation des restes de 8 français et de 84 allemands pour la somme de 1332 francs, y compris les entourages et la mise en place des monuments commémoratifs.

    [i] Renseignement fourni par M. Wiesendahl

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 11 : emplacement des monuments allemand et français à la place des tombes militaires françaises et allemandes , Archives Nationales)

    Le même jour, l’Etat décide d’acquérir 19 mètres de terrain pour les sépultures perpétuelles des français et allemands, soit, pour les allemands, un rectangle de 5,55 m X 2,70 m ; et un carré de 4 m X 4 m, pour les français.

    Ces espaces sont en partie pris sur des tombes françaises et allemandes déjà existantes.

    Le 18 novembre 1876, le commissaire de police, Alexandre Laville, qui avait été chargé, sur instruction du maire, de procéder à l’exhumation et à la réinhumation des militaires prussiens au cimetière Saint Jean, près du monument élevé par les soins de l’armée allemande, fit son rapport.

    Du 3 au 11 novembre, les fossoyeurs exhumèrent, des trois carrés dans la zone sud [i], 9 corps et, des fosses communes, 45 autres corps ; l’ensemble fut porté dans une fosse, du côté nord du monument prussien, où fut trouvé un militaire de cette nation … dans une bière que nous avons laissée intacte (qui correspond à la tombe C du plan) [ii].

    Du 13 au 17 novembre, dans une fosse creusée cette fois au sud du monument, furent réinhumés 21corps qui se trouvaient dans des fosses communes [iii].

     [i] Il y a 6 tombes indiquées sur le plan ; si l’on enlève les tombes d’Alvensleben et de Grienpenkert, il reste encore une tombe.

    [ii] Selon Emile Dehayes de Marcère, « les tombes de 84 militaires allemands disséminées dans le cimetière ont été réunies dans une concession de 15 mètres, sur laquelle l’Etat a fait transporter les pierres tombales et une colonne surmontée d’un aigle, élevée par l’armée d’occupation » (« Tombes des militaires morts pendant la guerre de 70 », ministère de l’Intérieur, Paris, 1878).

    Au total, pendant toute la guerre, ce sont environ 120 allemands qui décédèrent à Châtillon, pour diverses causes, à l’hôpital de campagne installé à Châtillon ; selon M. Blanchard, une quarantaine de corps (souvent des officiers supérieurs) furent exhumés à la fin de la guerre et rapatriés en Allemagne.

    [iii] Archives nationales ; document communiqué par M. Blanchard.

    Si l’on fait le calcul total, le commissaire affirme que « quatre vingt quatre corps ayant appartenu à l’armée allemande et décédés à Châtillon pendant la guerre 1870-1871 ont été exhumés des fosses communes et réinhumés près du monument ».

    Mais le total ne donne que 76 corps. Est-ce que le commissaire ne comprend-t-il pas les 8 garibaldiens tués ?

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 12 : face ouest de l'obélisque dédié aux morts allemands)

    Sur les faces nord et sud, sont inscrits 54 noms ; sur la face est, se trouve une phrase de l’Apocalypse :

    Soit fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de la vie éternelle, et, sur la face ouest, une dédicace :aux guerriers prussiens qui reposent ici, de la part de leurs camarades [i]                        

    Aujourd’hui, l’entourage de plots et de chaînes a disparu (il n’en reste qu’un) et l’ensemble n’occupe plus qu’un espace de 2 m2(les extensions au nord et au sud ont disparu).

    Sur deux marches en pierre, est érigé un obélisque, de 0,88 mètres de côté (n° 85 du plan actuel du cimetière, section B ; l’aigle a disparu).

     Les tombes du major Richard von Alvensleben et d’Erick Griepenkert ont été réunies en un seul espace, entouré par un rebord en pierre, rempli de gravier à l’intérieur ; elles furent restaurées en 1991, les croix en bois ayant été remplacées par des croix en grès rose, à l’initiative du Souvenir Français (2,10 m X 2,90 m ; n° 57 et 58 du plan, section E)

    [i] Si 54 noms sont inscrits sur l’obélisque, ce sont 84 corps qui ont été déplacés en 1876.

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 13 :le monument élevé aux morts allemands lors de la guerre de 1870-1871)

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 14 :Le remplacement des croix en bois sur les tombes de Griepenkert et Von Alvensleben par des croix en grès rose (journal les Dépêches 16-03-1991)

    En ce qui concerne le monument à élever pour les garibaldiens, le monument était déjà fait, mais la mairie n’avait pas approuvé les sculptures et les inscriptions.

    La Commission châtillonnaise de souscription, dans sa séance du 26 août 1876, approuva les modifications à effectuer et lui présenta un nouveau croquis.

    Il fut alors convenu, avec M. Hubert Copin, entrepreneur, que le bonnet phrygien surmontant le faisceau serait supprimé et remplacé par une lance, que le niveau au-dessous serait effacé et que l’inscription actuelle serait effacée et une autre refaite ; enfin que le monument serait entièrement regréé.

    M. Copin s’engageait à ce que le monument soit entièrement terminé et mis en place, moyennant 120 francs.

     Il n’existe aucun rapport sur l’exhumation et la réinhumation des restes des francs-tireurs.

    La seule mention est celle de Léon Vigneron, faite en même temps que celle des allemands :

    en novembre 1876, le commissaire de police ordonna

    d’avoir, sans retard aucun, à se rendre au cimetière St Vorles, avec un cercueil propre à recevoir les restes mortels du garde national Vigneron, que les Allemands fusillèrent durant la guerre 1870-1871 près du cimetière de ce nom, et qu’ils déposèrent dans l’intérieur au pied d’un pin à gauche de la porte d’entrée, que nous exhumerions ce corps et que nous l’apporterions au cimetière St Jean pour être déposé avec les francs-tireurs au pied du monument qui est destiné à perpétuer leur mémoire [i].

    Aujourd’hui, le monument se présente sous forme d’un parallélépipède de 0,72 X 1,50 m, et de 2,20 m de hauteur, lequel se trouve à l’intérieur d’une bordure en pierre d’environ 2 m2, avec des plots en pierre surmontés de boules en fer, le tout relié par des chaînes.

    [i] Archives nationales ; communiqué par M. Blanchard.

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 15 :croquis du deuxième projet du monument aux garibaldiens  AMC 1M36)

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 16 :Le monument aux garibaldiens aujourd'hui)

    Les monuments élevés aux morts de  la "surprise" de Châtillon

    (Figure 17 :Plan actuel du cimetière Saint-Jean (mairie de Châtillon)

    Lors de sa séance du 25 janvier 1877, la Commission, estimant que son rôle était achevé, se déclare dissoute ; avant de se séparer, une collecte est faite parmi les membres pour l’achat de couronnes funéraires qui seront placées sur le monument par les soins de M. Pelletier.

    (Dominique Masson)

    Remerciements à M. Günter Wiesendahl, historien allemand de Hamm, et à M. Jean-Paul Blanchard, historien icaunais, pour la communication de leurs recherches.

     


    1 commentaire
  • Après  "La surprise de Châtillon", voici "l'escarmouche d'Autricourt", un passionnant notule de Dominique Masson, sur une guerre totalement oubliée, celle de 1870...

    Notule d’histoire :

    L’ « escarmouche » d’Autricourt, le 29 novembre 1870, et ses conséquences

    L’ « escarmouche », c’est le terme qui fut employé par les allemands [i].

    Après l’attaque de Ricciotti Garibaldi sur Châtillon, le 19 novembre 1870, le colonel Lettgau, pensant que les garibaldiens allaient revenir en nombre, se retira le lendemain sur Châteauvillain.

    Dans sa marche sur la Loire, le général von Kraatz arriva dans cette localité le 21 novembre et ramena le détachement à Châtillon.

    Le 18 novembre, quatre compagnies de Landwehr de Soest (1er, 5e et 6e) et  un demi-escadron du 5e hussard de réserve se trouvaient sur les routes de Bologne-Saint Dizier et Bologne-Colombey.

    Le 23, ces troupes vinrent rejoindre le général von Kraatz.

    La première de ces troupes avait eu une légère rencontre avec une bande de francs-tireurs, près de Plaines (Aube) ; en fait, il semble qu’il y eut deux hommes tués.

    "L'escarmouche d'Autricourt" le 29 novembre 1870 et ses conséquences, un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 1 : Décès du 23 novembre 1870 "la guerre franco-allemande de 1870-1871" rédigée par la section historique du Grand Etat-Major prussien en 1882

     Mais la troisième compagnie de Soest eut plus de problèmes.

                Voici ce qu’écrivit l’instituteur Onésime Gallimard, en 1888 [ii] :             

    Pendant la guerre de 1870, une compagnie de francs-tireurs du Var, commandée par Verdanet eut connaissance qu'une colonne d'Allemands avait quitté Bar sur Seine et remontait le cours de l'Ource [iii].

    Dans la matinée du 29 novembre de ladite année le chef de la troupe fit placer ses hommes dans les vignes des Frasses, près du bois de ce nom dominant la route départementale n° 16 et à 400 mètres du village d'Autricourt.

    Lorsque la tête de la colonne ennemie arriva au pont établi sur l'Ource proche des habitations, une vive fusillade s'ouvrit sur eux (au lieu-dit « la folie », petit bois surplombant le petit bois le virage et l’ancien pont sur l’Ource, selon madame Pluyaut [iv]).

    Les Allemands ripostèrent et le combat dura une demi-heure.

    Pendant l'action les balles sifflaient dru sur le village.

    La compagnie franche se retira dans les bois emportant un blessé.

    Les Prussiens ramassèrent leurs morts et leurs blessés qui étaient relativement nombreux, 50 à 60 ; ils les placèrent dans des fourgons et rétrogradèrent.                                                                          

    Côté garibaldien, c’étaient les  tirailleurs garibaldiens du Var sous les ordres du commandant Danilo, faisant partie de la première brigade, sous le commandement du général Jozef  Bossak-Hauké.

    Côté allemand, ils faisaient partie des troupes d’étapes de la IIe armée ; c’était la troisième compagnie du bataillon de Soest du troisième régiment de Lanwher de Westphalie.

    En fait, il n’y eut que deux soldats morts et trois blessés.                                                

    On ne sait si les deux soldats morts, Anton Schürmann, de Waltringen, et Johann Kleine, d’Essen ont été tués le 23 novembre ou le 29.

    "L'escarmouche d'Autricourt" le 29 novembre 1870 et ses conséquences, un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 2 : décès du 29 novembre 1870 "la guerre franco-allemande" opus cité

    Puis les ennemis continuèrent leur chemin, mais l’un d’eux devait être trop sérieusement atteint.

    En passant à Grancey-sur-Ource, le régiment le laissa  au château et le commandant déclara que, s’il mourait, le village serait brûlé en représailles. Puis le régiment continua sa route et fut de nouveau attaqué à la Grosse Borne.

    A la suite de ce combat, le général prussien von Werder qui commandait à Troyes, fit amener à Bar sur Seine M. Simon, maire d'Autricourt, et voulut lui imposer pour la commune une contribution de 50.000 frs.

    M. Simon, par sa fermeté parvint à faite abaisser ce chiffre à 10.000 frs, qui furent payés peu de temps après pour éviter une occupation militaire et soustraire les habitants à la brutalité des soldats ennemis.

    Quant à Grancey, le soldat blessé, François Hölter, fut accueilli humainement et reçut les soins de la sage-femme du pays, Marie Elisabeth Eicher, mariée dans le village à Nicolas Garnier.

    Cette personne était d’origine suisse et parlait allemand, ce qui lui permit de converser avec le blessé.

    Tout en s’occupant de son état, elle lui parla de la grande angoisse des habitants qui s’attendaient à l’incendie annoncé, bien qu’ils ne soient pour rien dans les embuscades des Garibaldiens qui se déplaçaient continuellement dans la région.

    Le jeune soldat, qui avait trente ans, se sentait faiblir et parla de son épouse et de ses jeunes  enfants restés dans son village de Prusse.

    Il était originaire de Uelde, près de Lippstadt ; c’est une ville de l’arrondissement de Soest, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie [v].

    Sa fin approchait, mais madame Eicher fut assez éloquente ; il s’émut et décida de faire grâce au village de Grancey.

    Il mourut le 2 décembre 1870. 

    "L'escarmouche d'Autricourt" le 29 novembre 1870 et ses conséquences, un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 3 : Décès de François Hölter. Etat-Civil de Grancey sur Ource

    "L'escarmouche d'Autricourt" le 29 novembre 1870 et ses conséquences, un notule d'histoire de Dominique Masson

                                                                                                  Selon la loi du 4 avril 1873 relative aux tombes des militaires morts pendant cette guerre, aussi bien français qu’allemands, sur la demande du préfet, les terrains où se trouvaient des tombes militaires devaient être cédés à l’Etat au prix du tarif en vigueur pour les concessions perpétuelles ; les terrains et les tombes  concédés à l’Etat  devaient être conservés par la commune en bon état d’entretien.

    A Grancey, selon le rapport d’Emile de Marcère, en 1878, une concession de 2 mètres fut accordée, le, 30 juillet 1876 [vi].

    D’abord enterrés derrière l’église, les restes de François Hölter furent déplacés dans un carré militaire au cimetière (même si un doute peut persister sur cette tombe) [vii].

    "L'escarmouche d'Autricourt" le 29 novembre 1870 et ses conséquences, un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 4 : tombe de François Hölter, cimetière de Grancey sur Ource, Cliché Dominique Masson

    "L'escarmouche d'Autricourt" le 29 novembre 1870 et ses conséquences, un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 5 : tombe de François Hölter au cimetière de Grancey sur Ource, cliché Dominique Masson

    Les Grancéens virent là une intervention du ciel et de la sainte Vierge, à qui ils avaient dédié leur nouvelle église en 1833.

    Ils décidèrent d’élever sur le coteau de Beauregard, au cœur du vignoble, une chapelle d’action de grâce au moyen d’une souscription  et de placer le village à jamais sous la protection de la Vierge. 

    "L'escarmouche d'Autricourt" le 29 novembre 1870 et ses conséquences, un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 6 : La chapelle de Beauregard et l'église Notre Dame de l'Assomption de Grancey sur Ource, cliché Dominique Masson

    La chapelle fut rehaussée d’une statue de la Vierge, œuvre du sculpteur châtillonnais Lefort.

    Elle tient le blé et le raisin, emblèmes des paysans vignerons grancéens.

    "L'escarmouche d'Autricourt" le 29 novembre 1870 et ses conséquences, un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 7 : la Vierge dominant la chapelle de Beauregard, cliché Dominique Masson

    Elle surmonte une inscription : « A la Vierge Immaculée-Ils m’ont établie gardienne-les habitants de Grancey-1870 ».

    "L'escarmouche d'Autricourt" le 29 novembre 1870 et ses conséquences, un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 8 : inscription de remerciement , chapelle de Beauregard, cliché Dominique Masson

    Chaque année, le 15 août, date de l’Assomption de la Vierge, une procession se rendait de l’église à la chapelle en chantant les cantiques de Lourdes.

    Puis le prêtre faisait un court office et l’on redescendait à l’église où était encore célébré un salut, suivi de la bénédiction des enfants du village.

    Cette procession cessa vers les années 1955 environ.

    Le curé Roch Delamaison, décédé en 1874, se fit enterrer au chevet de la chapelle.

    "L'escarmouche d'Autricourt" le 29 novembre 1870 et ses conséquences, un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 9 : la chapelle de Beauregard à Grancey sur Ource, cliché Dominique Masson

    Bâtie sur un terrain privé, la chapelle devint la propriété de madame et monsieur Le Charpentier, qui eurent à cœur de l’entretenir et de la protéger.

    Finalement, en 1978, madame Le Charpentier en fit don à la commune.

     (Dominique Masson)

     Remerciements à monsieur Günter Wiesendahl, historien à Hamm, en Allemagne, et à monsieur Michel Massé.

     [i] « La guerre franco-allemande de 1870-71, rédigée par la section historique du grand état-major prussien », traduction par E.Costa de Serda ; tome V, 1882

    [ii]Gallimard Onésime : « Monographie de la commune d’Autricourt », Cahiers du Châtillonnais, n° 64

    [iii] Selon l’ouvrage « la guerre franco-allemande » (op. cit.)…, « une bande se composant de plusieurs centaines d’hommes, réussit à barrer le chemin, près d’Autricourt, à la 3e compagnie de Soest, qui se dirigeait de Bar-sur-Aube vers Châtillon ».

    [iv] Goyard-Pluyaut Christiane : « C’est un village de France ; il a nom : Grancey-sur-Ource » ; Cahiers du Châtillonnais, n° 40

    [v] Uelde fait aujourd’hui partie de la ville d’Anröchte ; dans le « Westfälischer Anzeiger » du 6 décembre 1870, il est indiqué que le bataillon de Soest avait perdu deux hommes dans une bataille près de Plaines, le 28 novembre. Le militaire Anton Schürmann était porté disparu et le militaire Johann Kleine d’Essen  avait été tué. Renseignements fournis par monsieur Günter Wiesendahl

    [vi] « Exécution de la loi du 4 avril 1873, rapport d’Emile de Marcère », 1878. Il est écrit (p. 68 et p. 351) : «  concession de 2 mètres pour un Français », mais aucun français n’a été signalé mort à Grancey.

    [vii]« Dossier : 150e anniversaire de la guerre de 1870 », Ministère des Armées ; 2020

     


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  •  Dominique Masson continue de nous conter ce qui se passa dans le Châtillonnais  durant la guerre de 1870.

    Après la fameuse "surprise de Châtillon", les villages voisins ne furent pas épargnés...

    Merci à lui pour ses passionnantes recherches historiques.

    Notule d’histoire

    Prussiens et francs-tireurs à Ampilly-le-Sec en 1870-1871

     

    Le 14 octobre 1870, Giuseppe Garibaldi installait son état-major à Dôle et organisait l’armée des Vosges en quatre brigades.

    Du 4 au 7 novembre, s’organisait la quatrième brigade, sous le commandement de Ricciotti Garibaldi.

    Mais, selon l’instituteurd’Ampilly, L. Goutey,[1]le 5 novembre, une trentaine de « garibaldiens » passa à Ampilly, se dirigeant vers Semur ; peut-être était-ce un groupe qui voulait se joindre à Garibaldi (Ricciotti sera à Semur le 17).

     Le 19 novembre, de 6 heures à 10 heures du matin, la quatrième brigade de l’armée des Vosges, commandée par Ricciotti Garibaldi effectuait une « surprise » sur Châtillon.

                                                                              Le général prussien Eugène Antoine Théophile von Podbielski, quartier-maître à l’état-major prussien, dans la 96e dépêche (Berlin, 22 novembre) datée du 21 novembre, de Versailles, relatait le fait :

    Les gardes mobiles battus à Dreux et Châteauneuf ont pris la fuite vers l’ouest et le nord-ouest.                                                                        

    Le 19, le bataillon de la Landwehr Unna et deux escadrons  du 5e régiment des hussards de réserve ont été attaqués à Châtillon ; ils se sont retirés avec une perte de 120 hommes et de 70 chevaux, sur Châteauvillain.                            

    Des autres armées, il n’y a pas de communications marquantes.

    A Châtillon, stationnaient les 1re, 2e et 4e compagnies d’Unna (soit 460 hommes) .

    Unna est une ville dans le land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie), et la 2e compagnie du 5e hussard de réserve (avec 94 chevaux), sous le commandement du colonel Lettgau.

    C’étaient des troupes reléguées en deuxième ligne.  

     Les pertes subies par l’armée prussienne furent largement surestimées.

    Encore après-guerre, dans le rapport de la section historique du grand état-major prussien, celui-ci comptabilise, pour le bataillon Unna, 2 officiers ou sous-officiers blessés et 5 disparus et, pour les hommes, 12 tués et 8 blessés.

    Pour le régiment de hussards, il y avait un officier tué, ainsi qu’un homme et un autre blessé, mais 44 disparus (plus 74 chevaux disparus).

    Il faut y ajouter un payeur, Schmidt (Ricciotti s’était emparé de la caisse du régiment), et un médecin aide-major, le docteur Hensgen[2].

     "Prussiens et Francs-Tireurs à Ampilly-le-Sec en 1870-1871", un notule d'hisoire de Dominique Masson

     

    figure 1 :Grenest "l'armée de l'Est-Relation anecdotique de la campagne de 1870-1871. paris 1895

     

    "Prussiens et Francs-Tireurs à Ampilly-le-Sec en 1870-1871", un notule d'hisoire de Dominique Masson

    Figure 2 : 96ème dépêche allemande annonçant la "surprise de Châtillon"

    "Prussiens et Francs-Tireurs à Ampilly-le-Sec en 1870-1871", un notule d'hisoire de Dominique Masson

    figure 3 :tableau des pertes subies selon l'armée prussienne "à la guerre franco-allemande" op cité

    Selon Garibaldi, il y eut 164 soldats et 13 officiers prisonniers, 72 chevaux et 6 voitures de matériel, notamment celle de la poste (plus deux cantinières « très laides »).

    A Tours, on annonça que :

    l’ennemi a été surpris à Châtillon (département de la Côte d’Or) par les troupes garibaldiennes sous le commandement de Ricciotti. Tout a été tué ou fait prisonnier : 7 à 800 hommes environ[3].                                                                                             

    En fait, il semble qu’il n’y ait eu que 14 soldats tués du côté prussien et 6 pour les garibaldiens.

    Après son attaque, Garibaldi et ses hommes repartirent vers Coulmier:        

    il est superflu de dire combien nos hommes étaient joyeux de se voir réunis après une telle expédition.

    Il en résulta une fête improvisée d’un bel élan et qui avait ses côtés comiques.

    Les casques à paratonnerre coiffaient maintenant nos francs-tireurs qui paraissaient transformés en autant de prussiens.

    Et, en effet, la seule manière de porter un peu commodément ce très incommode couvre-chef était de s’en coiffer.

    Une société musicale fut improvisée, où manquait une seule chose : la connaissance de la musique.

    On chercha à suppléer à l’absence de mélodie par l’emploi de tambours, et vous pouvez imaginer le concert qui en résulta.

    Ils semblaient tous devenus des écoliers auxquels une fête imprévue est accordée.

    Le commandement ferma un œil sur le relâchement de la discipline et il arriva que les prisonniers eux-mêmes furent gagnés par la joyeuse humeur de nos hommes[4].

    "Prussiens et Francs-Tireurs à Ampilly-le-Sec en 1870-1871", un notule d'hisoire de Dominique Masson

    Figure 4 : Grenest "l'armée de l'Est-relation anecdotique de la campagne de 1870-1871. Paris 1895

    Edmond Thiébaut raconte aussi [5]:

    Les prisonniers marchaient au centre de la colonne entre les deux files des compagnies.

    La garde des officiers était confiée aux chasseurs des alpes ; l’attitude de ces Allemands était fière et résignée.

    Ils semblaient considérer avec étonnement la franche gaîté de nos francs-tireurs.

    Parmi les soldats, on remarquait un mélange singulier de toutes les armes.

    On y trouvait les costumes de la landwehr, des chasseurs, à pied, de divers régiments d’infanterie de ligne, des hussards, des chasseurs à cheval, des soldats de l’intendance, de l’ambulance, des postes ; des musiciens, des tambours, des fifres et un splendide canne-major.

    La plupart d’entre eux étaient tremblants et désolés, protestant dans une langue impossible de leur amitié pour les francs-tireurs, et proférant contre Guillaume et Bismarck les plus dures imprécations …

    Sur toute notre route, nous recevions les ovations des habitants des villages que nous traversions…

    La cavalerie fermait la marche ; ce n’était pas le côté le moins curieux du cortège.

    On avait hissé sur les chevaux les hommes blessés ou fatigués qui ne pouvaient suivre la colonne.

    Ces cavaliers de circonstance étaient comme leurs camarades coiffés du paratonnerre ou du colback des hussards ; cet ensemble formait un escadron de l’effet le plus grotesque.

    Sur leur route, ils passèrent par Ampilly.

    Pendant leur arrêt, un coup de feu frappa dans la région du cœur un franc-tireur suisse, né à Neuchâtel, nommé Louis Perrey.

    "Prussiens et Francs-Tireurs à Ampilly-le-Sec en 1870-1871", un notule d'hisoire de Dominique Masson

    Figur 5 : Décès de Louis Perrey, état-civil d'Ampilly-le-Sec

    Ce n’est que deux mois plus tard qu’il succombait à ses blessures, le 12 janvier 1871, âgé de 43 ans,au domicile de Marie Collin, sœur institutrice.(depuis 1854, un don avait été fait pour la venue des sœurs congréganistes, mais il n’y eut qu’une institutrice en poste, madame Collin, en religion sœur Juliette).

    Selon l’instituteur L. Goutey, le soir du même jour (19 novembre), un autre passage de francs-tireurs eut lieu ; un soldat a été, dit-on, tué par vengeance, par un de ses camarades florentins,  Egiste Cortepassé[6].

    "Prussiens et Francs-Tireurs à Ampilly-le-Sec en 1870-1871", un notule d'hisoire de Dominique Masson

    Figure 6 : décès d'Egiste Cortepassé, état-civil d'Ampilly-le-Sec

    Agé de 22 ans,né à Florence, il décéda à l’auberge de Basile Cazet.

     Ces tombes n’existent plus au cimetière d’Ampilly, alors qu’elles auraient dû bénéficier de la loi du 4 avril 1873, relative aux tombes de militaires morts pendant cette guerre, et garantissant leur protection.

                                                                                                  Les garibaldiens partirent vers Coulmier

      Là, on savait déjà notre succès et notre retour était attendu avec impatience…

    Aussitôt notre arrivée au centre du village, les prisonniers furent conduits dans la mairie qui avait été disposée pour les recevoir.

    On s’occupa de les ravitailler et on les laissa sous la garde d’un poste solide.

    Les officiers, libres sur parole, purent entrer à l’auberge où un repas leur avait été préparé.

    Dans la même journée, ils partaient pour Autun, accompagnés seulement de deux officiers choisis pour ce service…

    Dès le jour, les prisonniers confiés à la garde nationale de Montbard se mettaient en route.

    La garde nationale de Semur devait les venir chercher et les remettre entre les mains du détachement envoyé à cet effet à Saulieu[7].                           

     Selon le Progrès de Lyon, du 26 novembre :                                                    

    Avant-hier, 200 ( ?) Prussiens faits prisonniers à Châtillon par les Garibaldiens sont arrivés sous l’escorte de francs-tireurs.

    Parmi eux se trouvent neuf officiers qui sont descendus à l’hôtel d’Angleterre et à l’hôtel des Deux-Mondes.

    Les soldats ont été internés au fort des Charpennes[8]

    (parmi les manquants, la Gazette de Westphalie avait recensé, le premier décembre, les premiers lieutenants de Werthern et Kemper ; le lieutenant Brinkmann ; les vice-feldwebels Mellin et Thiene ; le payeur Schmidt et le docteur Hensgen).                                      

    Quelques francs-tireurs avaient été blessés lors de l’attaque sur Châtillon et faits prisonniers.

    Le 13 janvier 1871, trois francs-tireurs soignés à l’hôpital à la suite de leurs blessures sont conduits en Allemagne (avec Boucquart, meunier à Vix, accusé d’avoir tiré sur une patrouille allemande, le 30 novembre)[9].

    Les prussiens avaient déjà paru à Ampilly le 11 novembre, au nombre de 25.

    Après l’attaque sur Châtillon, ils revinrent le 5 décembre ; les Allées furent occupées par des soldats tandis que d’autres faisaient des perquisitions à la recherche d’armes.

    Jusqu’au 14, il y eut passage d’éclaireurs ennemis.

    Mais il y eut deux grands séjours de l’armée prussienne à Ampilly.

    Le premier fut du 14 au 17 décembre 1870.

    Parmi les officiers, se trouvait  un jeune homme de 18 ans, le prince Hermann de Schambourg-Lippe.

    Le père de ce jeune prince, Adolphe Ier, qui était chef de cohorte et accompagnait le général von Zastrow, stationna à Châtillon, du 14 au 18 décembre.

    Profitant de son séjour à Châtillon, il vint dans la soirée du 16 décembre, visiter Ampilly et voir son fils.

    Le second eut lieu du 11 au 14 janvier 1871.

    Déjà, le 8, arrivèrent pour la nuit, 500 soldats prussiens.

    Le 11, ce fut 1200 chasseurs puis, les trois autres jours, 1500 chasseurs et artilleurs.

    Car c’est à Châtillon que le général de cavalerie, baron von Manteuffel, réunit la nouvelle armée, dite armée du sud, composée des IIeet VIIe corps d’armée (plus le XIVe corps d’armée, totalisant ensemble 118 bataillons, 54 escadrons et 51 batteries), pour attaquer Dijon défendu par Garibaldi et repousser l’armée de Bourbaki. 

    Selon l’instituteur Goutey

    Les habitants eurent à se plaindre des chefs et des soldats ; l’on n’avait pas encore vu chefs plus orgueilleux et plus exigeants, domestiques plus impérieux et grossiers, soldats plus dédaigneux.

    Le pays a eu à souffrir des exigences, des rapines et des excès de vin de cette armée indisciplinée.  

     Et il ajoute une aventure arrivée au maire d’Ampilly :    

     Le 14 janvier, l’heure du départ sonnée, le commandant s’informe si tous les hommes et les ch evaux requis sont partis pour Châtillon. Les notes prises par la poste, n’en constatant que la moitié, le commandant fait emmener aussitôt, comme prisonnier de guerre, M. Montenot, maire, qui, en sabots, est obligé de suivre l’armée par une neige toute verglacée. Ce n’est qu’à Darbois, commune de Buncey, que M. Montenot a pu se procurer des souliers, l’armée ennemie ayant quitté la route 71, pour prendre une voie rurale passant par Darbois, la Grange-Emery, et gagner la route n° 13. Bientôt M. Montenot voit arriver ses voituriers réquisitionnés, ceux-ci ayant passé par des voies détournées pour se rendre à Châtillon ; il en avertit aussitôt le commandant qui, pour toute réponse, lui présenta un cigare.                                                                              Le lendemain, M. Montenot, arrivé à Maisey, pouvait regagner son domicile, fort heureux d’être débarrassé de ses impérieux compagnons de voyage. Quant aux voituriers, la majeure partie n’a été qu’à Leuglay, deux seulement, MM. Mongin et Gillot, sont allés jusqu’à Champlitte

    (le quartier général allemand, parti de Châtillon le 14, s’était établi le soir à Voulaines)

     Dominique Masson  (remerciements à M. Massé)

     

    [1]Goutey L. : monographie de la commune d’Ampilly-le-Sec ; cahiers du Châtillonnais, n° 85

     

    [2] « La guerre franco-allemande de 1870-71, rédigée par la section historique du grand état-major prussien » ; traduction par E. Costa de Serda ; 1882

    [3] La Bourgogne pendant la guerre et l’occupation allemande (1870-1871), d’après la gazette de Carlsruhe ; traduction du Dr Louis Marchant ; Dijon, 1875

    [4] Garibaldi Ricciotti :« Souvenirs de la campagne de France 1870-71, commandant la 4me brigade de l’Armée des Vosges » ; traduction de Philippe Casimir ; Nice, 1899

    [5] Thiébault Edmond : « Ricciotti Garibaldi et la 4me brigade ; récits de la campagne de 1870-71 » ; Paris, 1872

    [6]Goutey L: op. cit.

    [7] Thiebault ; op. cit.

    [8] Gazette de Carlsruhe, op. cit.

    [9] Légey Léon : Châtillon-sur-Seine pendant la guerre de 1870-71 ; souvenirs d’un enfant de Châtillon ; Châtillon-sur-Seine, Leclerc, 1899


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  • Dominique Masson nous raconte aujourd'hui la vie d'une femme extraordinaire, qui séjourna dans le Châtillonnais durant le fameux épisode de "La surprise de Châtillon". On la vit en action à Châtillon, mais aussi à Aignay le Duc et à Baigneux.

    Une vie passionnante que Dominique Masson nous restitue si bien, merci à lui  de nous la faire connaître !

    Notule  d’histoire :

    Jessie White Mario

    Cette femme fut surnommée « Miss Ouragan », et, pour Mazzini, ce fut la Jeanned’Arc du Risorgimento. 

                                                                          Jessie White est en effet une femme hors du commun, moderne et rebelle. Le poète Giosué Carducci, qui sera prix Nobel de littérature, dira d’elle : C'est une femme formidable, à qui nous, Italiens, devons beaucoup.

     

    "Jessie White Mario", la "Jeanne d'Arc du Risorgimento", un notule d'histoire de Dominique Masson

    (Figure 1 :Jessie White Mario)

    Elle est née le 9 mai 1832,dans un petit village près de Portsmouth, en Angleterre, d’une famille de riches armateurs.

    Après avoir étudié la théologie en Angleterre, elle vint prendre des cours de philosophie à la Sorbonne, de 1852 à 1854.

    C’est là qu’elle fit la connaissance d’Emma Roberts, très proche de Giuseppe Garibaldi et, l’ayant rencontré et frappée par son charme, décida de consacrer le reste de sa vie à la cause de la liberté de l’Italie.                        

    Car, à cette époque, l’Italie est morcelée entre de nombreux territoires, certains sous domination étrangère.

    En 1855, elle retourne en Angleterre, fréquente la faculté de médecine, mais on lui interdit de devenir la première femme médecin d’Angleterre.

    Elle écrira alors:

    "Je suis convaincue que la meilleure façon de faire travailler d’autres femmes est de commencer à décrocher un travail pratique nous-mêmes…

    Mais pour diverses raisons, je suis contente d’avoir vécu cette expérience."

    Elle va également rencontrer Giuseppe Mazzini, révolutionnaire et patriote italien, alors en exil à Londres ; c’est l’un des leaders du Risorgimento (« Résurgence », « Renaissance »),qui prône l'unification italienne.

                                                                                                Jessie va s’engager dans une intense campagne de conférences, rédige des articles de journaux, collecte de fonds, visant à soutenir les patriotes italiens.

    En 1857, elle suit Mazzini en Italie qui veut préparer une expédition dans le sud de l’Italie.

    Arrêtée, elle passera quatre mois en prison ; c’est là qu’elle fera la connaissance d’Alberto Mario, qu’elle épousera cinq mois plus tard, en Angleterre.

    Ils feront un voyage à New-York, défendant la cause del’unité italienne, où ils écriront pour le New-York Times,le Herald et le Post.  

    Revenus en Italie en 1860, ils suivront Garibaldi dans son expédition des mille, en 1861, qui verra l’unification presque complète de l’Italie  [i].

    Elle sera infirmière du corps de santé militaire dans quatre campagnes de Garibaldi, se dévouant à lui ; par exemple, lors de la bataille du Volturno, en 1860, elle sortira sous le feu pour sauver Garibaldi et, à la bataille de l’Aspromonte, en 1862, elle assiste le médecin qui soigne sa blessure. 

    Son activité d’infirmière n’a pas interrompu son activité journalistique ; elle est correspondante, en Italie, pour le Morning Star, le Scotsman et aussi le Nacion de Buenos Aires.

    Ainsi, elle va attirer l’attention du public britannique sur les chemises rouges ; elle fut alors la première femme journaliste britannique, envoyée sur le front de la guerre en Italie.

    A l’occasion, elle est aussi espionne pour le compte de Garibaldi. Elle recevra, à la fin de la guerre en Italie, deux médailles d’or des Napolitains, en signe de gratitude.

    L’unité italienne étant réalisée en 1870, Jessie White Mario suivra Garibaldi, qui a offert ses services à la République française,proclamée le 4 septembre 1870,en lutte contre l’envahisseur prussien  [ii].

    Il débarque à Marseille le 7 octobre 1870 et place son état-major à Dole le14 octobre. Le 11 novembre, il organise l’armée des Vosges en quatre brigades sous le commandement, entre autre, de ses deux fils, Ricciotti et Menotti.                      

    Jessie White Mario sera affectée à la quatrième brigade, commandée par Ricciotti Garibaldi, en tant que responsable des ambulances : Hardie comme un soldat et dévouée à nos malades, elle dépensait à leur service beaucoup de son temps et aussi de son argent, dira d’elle Grenest  [iii].

    Un lieutenant de l’état-major de la quatrième brigade rajoute : Mme Mario était douée d’un courage rare. Là où sifflaient les balles, on la voyait toujours paraître pour soigner les blessés.

    Dans cette campagne, elle suppléa à l’insuffisance des ambulances.

    C’est grâce à elle que des jeunes soldats sont encore de ce monde. Grâce à elle aussi, les Anglais envoyèrent pour plus de 25 000 fr. d’instruments de chirurgie et de médicaments.

    Agée d’une quarantaine d’années, elle en paraissait à peine trente. Vivant toujours au milieu des soldats et respectée de tous [iv].

    Lors de la « surprise » de Ricciotti Garibaldi à Châtillon, le 19 novembre 1870, ce dernier avait restitué le personnel d’une ambulance et l’expédia par le plus court chemin ; seulement, lorsque Ricciotti chargea Jessie Mario de réclamer nos médecins, quelques semaines après, les allemands ne les renvoyèrent que par la Suisse, et ce long détour nous en priva pour tout le reste de la campagne.

    C’est à Châtillon que Madame Mario avait conduit cette petite négociation.

    Dame d’origine anglaise, et femme d’un député Italien, madame Mario écrivait des correspondances aux journaux anglais et commandait l’ambulance de la quatrième brigade…

    A Châtillon, elle fit une découverte grave.

    Les Allemands, maîtres de l’hôpital, avaient relégué les francs-tireurs blessés dans une salle basse et humide.

    Jessie Mario ne cachait pas ses sympathies pour les Allemands.

    Mais, ce jour-là, elle leur cingla la figure de quelques bonnes vérités.

    « Vous soignerez nos francs-tireurs comme vos soldats, leur dit-elle, et nous en aurons la preuve. Sinon vos blessés paieront pour les nôtres, tête pour tête ».

    Ce ne fut pas l’incident le moins surprenant de cette surprise que cette rencontre de l’Anglaise, qui montrait les dents, et de l’Allemand qui, rouge de colère, bégayait je ne sais quelle explication banale [v] 

    Cette « visite » avait été suivie par des habitants de Châtillon qui furent fort intrigués par cette dame.

    Nous retrouvons ensuite Jessie Mario à Aignay-le-Duc.

    Après la bataille de Baigneux, le 11 janvier, Ricciotti s’était installé dans ce village.

    Le maire, M. Misset, a fourni une description du passage de Ricciotti :

    "Sur les deux heures du matin arriva tout à coup dans ma cour une voiture de deux chevaux amenant une dame anglaise, Mme White-Marion.

    Elle venait de Châtillon traiter, disait-elle, de l’échange de médecins pris par les allemands, mais plutôt pour savoir ce qui se passait à Châtillon et le rapporter à Ricciotti.

    Cette dame faisait partie de la Brigade en qualité de Directrice des ambulances.

    Elle raconta aux chefs les mouvements des troupes prussiennes qui se dessinaient du côté de l’est, annonçant qu’il y avait à Châtillon et dans les environs une véritable armée de 50 ou 60 000 hommes ; elle donna d’autres renseignements que je n’ai pas entendus  [vi].                                               

    Voici enfin le témoignage de Ricciotti :

    "Vers minuit, je m’étais jeté sur un lit, si fatigué que je n’avais même pas débouclé le ceinturon de mon sabre, et aussitôt je m’étais endormi, lorsque l’officier de service vint m’éveiller en me disant que Madame Mario venait d’arriver et qu’elle voulait me voir tout de suite.

    J’allai à elle. La bonne dame s’était rendue à Langres  [vii] pour l’échange de quelques ambulances et, pendant sa route, les ennemis l’avaient faite prisonnière.

    Maintenant, elle retournait à Dijon avec un sauf-conduit prussien.

    Elle doutait que nous puissions sortir de notre situation dont elle connaissait bien le danger, car elle venait de traverser les lignes prussiennes jusqu’à Aignay.

    Elle m’informa à quel point était occupée la campagne autour de nous, et elle me donna des renseignements :

    « Chaque hameau et chaque village, dit-elle, regorgeaient de troupes. On voyait des lumières dans toutes les maisons et on rencontrait des sentinelles à chaque deux milles  [viii]".

    Repliée sur Dijon, Jessie Mario va participer à la troisième bataille autour de cette ville, du 21 au 23 janvier 1871.

    Là, elle assistera à une scène horrible ;au château de Pouilly, que les Prussiens occupaient, ils prirent un prisonnier légèrement blessé, l’attachèrent et y mirent le feu.

    Lorsque les garibaldiens reprirent le château, ils découvrirent l’horreur.

    L’Anglaise Mario elle-même, qui, jusqu’alors avait tenu pour les Prussiens, et qui l’avoue, écrivit ce soir-là que

    « désormais son âme entière se révoltait contre eux  [ix] ».

    Au combat de Lantenay, Jessie assiste le médecin de la quatrième brigade dans ses soins aux blessés.

    Le 10 mars 1871, le corps des volontaires garibaldiens est dissous et Garibaldi rentre en Italie.

    C’est aussi ce que fera Jessie Mario et elle prendra la nationalité italienne.

    Abandonnant le combat politique elle se tournera vers d’autres formes de combats.

    Elle va se consacrer aux œuvres sociales, en particulier la misère à  Naples ou la condition de travail des mineurs de Sicile.

    En 1879, le président du conseil des ministres italien écrit :

    "La démocratie n’a qu’un seul écrivain social et c’est un Anglais et une femme, madame Jessie Mario, qui ne manque jamais, où il y a de souffrir, d’oser pour une noble cause."        

    Elle écrit aussi sur la condition des femmes en Italie, ce qui ne contribua pas à le rendre populaire dans les milieux conservateurs.

    Un historien réactionnaire s’acharna sur elle en l’accusant de faire tourner la tête de Garibaldi et de ses camarades et en la décrivant comme ayant une conduite sexuelle redoutable pendant qu’elle s’occupait des blessés ; il l’accusait aussi de fréquenter les hôpitaux plutôt pour chercher de beaux jeunes hommes que pour soigner les malades dont ses caresses retardaient la guérison  [x].                               

    Elle se consacrera aussi, à la fin de sa vie, à écrire l’histoire du mouvement national, publiant les écrits de son mari, décédé en 1883, et rédigeant des biographies, en particulier celles de Garibaldi et de Mazzini.   

    Décédée à Florence en 1906, où elle avait obtenu une chaire de littérature anglaise à l’université de cette ville, elle sera enterrée à Lendirana, près de Rovigo, auprès de son mari.Plusieurs rues en Italie portent son nom et celui de son mari.

    "Jessie White Mario", la "Jeanne d'Arc du Risorgimento", un notule d'histoire de Dominique Masson

    (Figure 2 : Alberto Mario, député italien de 1861 à 1865)

     (Dominique Masson)

    "Jessie White Mario", la "Jeanne d'Arc du Risorgimento", un notule d'histoire de Dominique Masson

    (Figure 3 : médecins prussiens à Châtillon en 1870, collection Dominique Masson)

     

     [i]l'unification du royaume d'Italie qui est proclamé le 17 mars 1861

    [ii] La guerre elle-même avait commencé le 19 juillet 1870, entre Napoléon III et le roi Guillaume de Prusse

    [iii] Grenest : «  l’armée de l’Est-relations anecdotiques de la campagne de 1870-1871 » ; Paris, 1895

    [iv] Garibaldi Ricciotti : « souvenirs de la campagne de 1870 », Nice, 1899 ; déjà, lors de «  l’expédition des mille », elle avait réussi à faire organiser une souscription en Angleterre et Victor Hugo fut sollicitépar les habitants de Jersey pour aussi recueillir des fonds

    [v] Dormoy P.A : « souvenirs d’avant-garde » ; Paris, 1887 ; p. 92, 186, 198

    [vi] Molis Robert : «  les Francs-Tireurs et les Garibaldi » ; Editions Tyrésias, 1995

    [vii] Il semble que ce soit Châtillon, comme le dit le maire, M. Misset

    [viii] Garibaldi Ricciotti : op. cit.

    [ix] Article paru dans le Daily-News : « Notes from Dijon », Tuesday, February 7, 1871 ; in “Dormoy”,

    [x] Porciani Ilaria : « les historiennes et le Risorgimento » ; Mélanges de l’école française de Rome, tome 112-1, 2000

     


    2 commentaires
  •  Dominique Masson continue ses recherches sur la guerre de 1870 dans notre région.

    Après la "surprise de Châtillon" :

    http://www.christaldesaintmarc.com/la-surprise-de-chatillon-garibaldi-un-notule-d-histoire-de-dominique-m-a204217938

    L'exécution de Léon Vigneron" :

    http://www.christaldesaintmarc.com/l-execution-de-leon-vigneron-le-19-decembre-1870-un-notule-d-histoire--a204964668

    Voici "la bataille de Baigneux-les Juifs", où nous apprenons, avec étonnement, des pans de notre histoire régionale, complètement oubliés par la plupart d'entre nous...

    Merci mille fois à Dominique Masson de nous rappeler, si bien, le passé du Châtillonnais !

    Notule d’histoire :

     

    La bataille de Baigneux-les-Juifs, le 11 janvier 1871

     

    Le 20 décembre 1870, la quatrième brigade, commandée par Ricciotti Garibaldi, qui s’était déjà illustrée lors de la « surprise » de Châtillon, le 19 novembre 1870,  reçut l’ordre de se tenir prêt et de tout préparer pour une longue expédition.

    La météorologie était terrible, la température tombant souvent à 18° au-dessous de zéro et il y avait alternative de neige et de tempêtes ; les hommes avaient de la neige jusqu’à la ceinture et on ne voyait pas à dix mètres.

    Aussi il devenait presque impossible de prendre les mesures de sécurité les plus élémentaires et il était impossible de se servir des armes, l’huile gelant dans le mécanisme délicat des fusils à culasse et le métal, à une si basse température, devenait si fragile qu’il y avait toujours danger d’éclatement.

    Le temps ne permettait aucun mouvement tactique et contrariait sérieusement le service d’informations.

    Aussi le quartier-général de Garibaldi était préoccupé des mouvements des troupes ennemies qui se faisaient sur sa gauche, dans la direction de Tonnerre, Auxerre et Orléans.

    Il fut donc décidé de faire une pointe dans cette direction et ce fut la quatrième brigade qui fut choisie pour ce service.         

    "La bataille de Baigneux-les-Juifs, le 11 janvier 1871", un notule d'histoire de Dominique Masson

     Partie le 23 décembre, dans des conditions climatiques difficiles, la brigade arriva à Château-Chinon.

    Repartie le 26 décembre, elle est à Clamecy, puis à Courson, se replie ensuite à Coulanges, puis arrive à Vermenton, le 30 décembre.

    Ces mouvements inquiètent les prussiens qui ordonnent au général von Zastrow, commandant le VIIe corps allemand, lequel avait ses positions entre Flavigny, Semur et Montbard, de marcher sur Auxerre.  

    Ayant appris que de fortes masses prussiennes se mouvaient sur les routes conduisant à Montbard et à Châtillon, c’est-à-dire vers le sud-est, Ricciotti Garibaldi décida de retourner à Avallon, où il resta du premier au 3 janvier 1871, puis repartit vers Précy-sur-Thil.

    Selon les informations reçues, il y avait une forte concentration de troupes prussiennes entre Châtillon et Montbard, cette ville étant occupée par 5 000 prussiens avec de la cavalerie et de l’artillerie.

    Les uhlans couraient la campagne pour fourrager et prélever des vivres dans tous les villages environnants.

    Ricciotti Garibaldi fit avancer sa brigade jusqu’à Semur, dans l’idée de leur donner la chasse.

    Les commandants Michard  et Bailly, bien qu’inférieurs en nombre, les attaquèrent et les mirent en fuite.   

    Le 8 janvier, Ricciotti Garibaldi, apprenant qu’une colonne prussienne était sortie de Montbard et se dirigeait vers Semur, résolut d’attaquer Montbard, dont la garnison devait être affaiblie.

    Les bagages furent expédiés sur la route de Flavigny et la brigade prit la route de Montbard.

    Ayant passé Montfort, la brigade trouva les prussiens qui avaient pris leurs positions à travers de la route et sur la pente de droite.

    La brigade utilisa alors un petit chemin  sur la pente gauche.

    L’ennemi se retira rapidement et les garibaldiens voulurent couper ce corps de celui qui occupait Crépand.

    Après un combat, les garibaldiens se retirèrent, menacés d’être encerclés et, par la vallée de la Brenne, gagnèrent Flavigny, où ils arrivèrent à 4 heures du matin.

    Le capitaine Tarelli-Cox réussit même à sauver toutes les voitures de munitions, ce qui permit à la brigade de recharger ses armes [i].     

     [i] Dans cette affaire, Ricciotti eut trois hommes tués et une vingtaine de blessés

     

    "La bataille de Baigneux-les-Juifs, le 11 janvier 1871", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 2 : monument élevé à Crépand en mémoire des francs-tireurs tués lors du combat du 8 janvier 1871

    Ricciotti donna un jour de repos à ses troupes et il fut rejoint à Flavigny par la deuxième brigade de Lobbia.

    La situation de Ricciotti n’était pas formidable, se trouvant au milieu des avant-gardes des IIe et VIIe corps prussiens de l’armée de Manteuffel, qui occupaient Villaines, Saint-Marc, Baigneux, Aignay-le-Duc, Montmoyen et Recey

    .On crut même que la quatrième brigade était perdue, le sous-préfet de Semur ayant télégraphié, le 9 janvier :

    « Ricciotti, après s’être battu toute la journée, est entouré de forces considérables. Ses bagages et ses munitions sont déjà entre les mains de l’ennemi ».

    Giuseppe Garibaldi lui-même craignit un temps que son fils ne soit perdu ; il avait dit alors à son chef d’état-major :

    « … Nous sommes exposés, vous comme moi, à apprendre d’un moment à l’autre la mort d’un fils, mais nous avions, n’est-ce pas, en venant ici, fait le sacrifice de notre vie et de celle de nos enfants. Dites-moi la vérité, Ricciotti est-il mort ou prisonnier ? [i] » . 

    Ricciotti demanda des instructions à son père mais, celui-ci lui laissant toute liberté pour la poursuite de la guerre, ce dernier estima que le plus utile était de continuer à observer les corps prussiens de la région.

    La IIe brigade de Cristiano Lobbia et la IVe de Ricciotti allaient chercher à freiner la marche des troupes prussiennes envahissant la Bourgogne depuis le nord-ouest.                                                                                                                                                           Nous avons plusieurs récits sur la bataille de Baigneux : celui de Ricciotti Garibaldi, celui du général Bordone, chef d’état-major de l’armée des Vosges, celui d’Edmond Thiébault, officier d’ordonnance de Ricciotti et enfin, celui, récent, d’un historien, Robert Molis.                             

    Voici d’abord ce que dit Ricciotti [ii]                                                            

    « Dans ce but, je décidai l’exécution d’un mouvement vers le Nord, c’est-à-dire sur le front des avant-gardes ennemies.

    Le 11 janvier, la quatrième brigade prend la route de Darcey.

    Dans cette localité nous recevons la nouvelle qu’une colonne fourragère est en train de prélever des vivres à Baigneux-les-Juifs.

    Tout de suite, je fais accélérer la marche et, en arrivant près de Villeneuve, deux compagnies, sous les ordres de Michard, sont poussées jusqu’à Villaines, avec l’ordre de prendre la route qui, de cet endroit, conduisait à Baigneux et de tailler ainsi la retraite aux Prussiens.

    En attendant, la brigade continuait sa route vers Baigneux.

    Arrivés à moins d’un kilomètre de cette localité, nous rencontrons une patrouille de cavalerie qui, attaquée par nos guides, est aussitôt obligée de tourner bride.

    La route, passant au milieu d’une bande de terrain ouvert, avec des bois à droite et à gauche, coupait à angle droit la crête de la colline et descendait ensuite de l’autre côté sur le  village.

    Cette crête était fortement occupée par les Prussiens qui reçurent nos tirailleurs par une très vive fusillade.

    Je fis avancer deux compagnies par l’extrémité du bois à droite, de manière à tourner la position de l’ennemi et pour l’obliger à se retirer par la route de Villaines.

    La manœuvre réussit parfaitement.

    L’ennemi, chassé de l’arête de la colline, se retira sur le village.

    Mais après un bref combat, il fut obligé d’abandonner aussi celui-ci et il recula dans la direction de Villaines en grand désordre, laissant entre nos mains douze prisonniers et trois voitures de subsistances.

    Le malheur voulut que Michard, retardé dans sa marche, ne fût pas encore arrivé à ce village, sinon les Prussiens, pris entre deux feux, seraient  probablement tous restés prisonniers.

    Ayant suspendu toute poursuite, nous sommes retournés à Baigneux, où nous avons trouvé un hôtel plutôt convenable.

    A notre demande s’il y avait quelque chose à manger, l’hôte répondit en souriant que le repas était prêt.

    Tant de chance nous surprenait.

    Nous étions si peu accoutumés à trouver les repas tout prêts !

    Mais l’hôte nous avoua que celui-ci avait été commandé par les officiers prussiens que nous avions chassés de là.

    Nous nous arrêtâmes dans ce village pour le restant de la journée, mais en prenant la précaution de bien nous couvrir par des postes avancés.

    Cependant, l’arrivée de quelque gros corps ennemi était probable et, dès le lendemain matin, à une heure après minuit, nous nous mettions en marche pour Aignay-le-Duc.

    Nos prévisions étaient justes : à six heures du matin, dans le village que nous venions d’abandonner, arrivaient deux mille Prussiens avec de la cavalerie et de l’artillerie, et selon leur habitude, ils mirent le pays sens dessus-dessous »[iii].

    Voici ensuite le récit d’Edmond Thiébault, franc-tireur de la quatrième brigade [iv] :                      

    « La journée du 10 janvier est consacrée à des reconnaissances, on observe l’ennemi.

    A Châtillon-sur-Seine, les forces prussiennes augmentent chaque jour dans d’inquiétantes proportions.

    Deux colonnes, fortes de plusieurs milliers d’hommes, occupent : l’une Villaines, l’autre Saint-Marc.

    Elles s’étendent jusqu’à Baigneux, Aignay-le-Duc, Montmoyen, Recey ; partout de fortes réquisitions.

    La nuit dernière, un fort détachement a fait une démonstration vers Sainte-Reine, où nos éclaireurs l’ont rencontré.

    Dans l’après-midi, le colonel Lobbia vient se mettre en communication avec nous, il nous apporte enfin quelques renseignements ; une marche est décidée pour le lendemain.

    Le 11 dans la matinée, la brigade, abandonnant la grande route, s’engage par des chemins impossibles dans la direction de Darcey.

    Le froid est devenu excessif, nous éprouvons les plus grandes difficultés à faire avancer nos voitures, les cavaliers eux-mêmes marchent avec peine sur les voies glacées.

    Quand nous arrivons à Darcey, nous rencontrons les éclaireurs de la 2e brigade qui nous signalent la présence de l’ennemi à Baigneux-les-Juifs.

    Un peu plus loin, les francs-tireurs Basques nous confirment ces renseignements ; les Prussiens viennent prendre possession des réquisitions qu’ils ont exigées la veille par un ordre de la municipalité.

    La colonne a repris sa marche dans la direction signalée.

    Quand elle arrive près du bois, au-dessus de Villeneuve, le colonel Ricciotti détache les deux compagnies de Savoie et les lance sur la gauche.

    Elles ont l’ordre de s’avancer jusqu’à la route qui conduit à Villaines et marcher ensuite sur Baigneux.

    Pendant ce temps, le reste de la brigade continue son mouvement.

     A peine arrivés en vue du village, nous distinguons les éclaireurs prussiens qui, faisant volte-face à notre vue, s’élancent au galop donner l’alarme ; on peut voir bientôt l’infanterie ennemie rangée en bataille sur la droite de Baigneux.

    Les compagnies sont immédiatement déployées dans la plaine couverte de neige.

    Les tirailleurs s’avancent sur deux lignes ; leur vaste développement permet d’envelopper tout le village.

    La fusillade commence par la droite dont le rapide mouvement doit rejeter les Prussiens sur les deux compagnies envoyées du côté de Villaines, leur arrivée est imminente.

    Cette manœuvre tournante devait pleinement réussir sans la promptitude obligée de l’attaque de la gauche qui, venant malheureusement couper la route à l’ennemi, le force à abandonner la position.

    Il se rejette alors derrière le village, se ménageant ainsi une retraite vers le bois qu’on aperçoit au bas de la route.

    Nos francs-tireurs avancent rapidement sous une vive fusillade, ils occupent successivement les maisons et les jardins que les Allemands sont impuissants à défendre ; ils sont bientôt maîtres du coteau qui domine le pays, dernière position que l’ennemi abandonne pour se retirer dans le plus grand désordre dans la direction d’Ampilly-le-Haut [v].

     La lutte avait duré une heure à peine.

    Les Prussiens laissaient entre nos mains 12 prisonniers et 3 voitures de vivres ; leurs pertes sont restées inconnues, elles devaient être sérieuses.

    De notre côté, nous avions 1 mort et 4 blessés.

    La brigade passe à Baigneux le reste de la journée sous la protection de grand’gardes sérieuses [vi].

    Les prisonniers sont immédiatement conduits au colonel Lobbia qui doit occuper Billy-les-Chanceaux et Poiseul-la-Grande ; il devra les faire accompagner au quartier-général [vii].

    Le 12 janvier à 3 heures du matin, nous reprenons notre marche vers Aignay-le-Duc ».

    Enfin, selon Robert Molis [viii] :                                                                                       « Selon le capitaine des Francs-Tireurs de l’Aveyron, c’est vers 2 heures après-midi que la Brigade trouva 200 ou 300 Prussiens au village de Baigneux.

    On commence à investir le village ; les Francs-Tireurs de « La Croix » (de Nice) appuient, à gauche, les Compagnies réunies de l’Aveyron et de l’Allier, tandis que la « Compagnie des Vosges » s’avance par la droite.

    Malheureusement, trois Uhlans, « faisant preuve d’une audace extraordinaire », se dirigent, au petit pas, vers le Colonel, lequel, croyant qu’ils venaient dire que la troupe se rendait, donne ordre de cesser la progression et de ne pas tirer.

    Quand Ricciotti revint de son erreur, il en commit une seconde en faisant courir sus aux Prussiens en formation de tirailleurs et non pas en colonne, « ce qui aurait permis d’arriver beaucoup plus vite »[ix].

    Bilan de la prise de Baigneux-les-Juifs : « quelques pertes », une voiture de réquisition prise, ainsi que, capturés par les Francs-Tireurs de l’Aveyron, 12 prisonniers dont un chirurgien. La plupart de ces Prussiens furent capturés par le Franc-Tireur Fabre et par le caporal Labro.

    Selon les Béarnais, ils n’étaient que 40 Francs-Tireurs, partis pour intercepter 80 cavaliers, qui virent déboucher 20 cavaliers et 200 fantassins.

    Ils firent le coup de feu eux-aussi, la colonne des Francs-Tireurs les ayant « débloqués ». Selon eux, les Prussiens eurent 2 tués, 9 blessés et 11 prisonniers ». 

    Mais, toujours selon Robert Molis, il y eut un désaccord entre les Francs-Tireurs :

    « le 11 janvier, ayant appris qu’une colonne réquisitionnaire venant de Jours et de Baigneux doit passer par là, les francs-tireurs du Béarn vont se poster sur la route entre La-Villeneuve-les-Convers et Baigneux-les-Juifs.

    Le renseignement était bon : 120 ou 150 Allemands se présentent en effet… aux yeux des Francs-Tireurs en même temps que débouche Ricciotti Garibaldi avec un millier d’hommes, venant de Flavigny et Darcey.

    Qui aura l’honneur d’ouvrir le feu ?

    Les Francs-Tireurs du Béarn, dit leur capitaine, prièrent Ricciotti de suspendre sa marche pour laisser les Prussiens arriver sur leur embuscade.

    Ricciotti refuse et le capitaine Grison note qu’il « juge plus utile de marcher sur Baigneux qu’il enlève, mais l’ennemi a le temps de fuir ».

     

    [i] Bordone (général) : « Garibaldi et l’armée des Vosges ; récit officiel de la campagne » ; Paris, 1871

    [ii] Ricciotti Garibaldi : « souvenirs de la campagne de 1870-71 », traduction de Philippe Casimir ; Nice, 1899

    [iii] Selon l’instituteur Pierre Genevoix ; il écrivit, en 1888, que « le 11 janvier1871, un petit détachement prussien escortant une voiture de réquisition fut attaqué à Baigneux par les francs-tireurs garibaldiens. Ce détachement put prendre la fuite… ;  « Cahiers du Châtillonnais ; monographie de la commune de Baigneux-les-Juifs », n° 2

    [iv] Thiébault Edmond : « Ricciotti Garibaldi et la 4eme brigade, récits de la campagne de 1870-71 » ; Paris, 1872

    [v] « Les tirailleurs, sous un feu de mousqueterie très vif, continuèrent à avancer ; ils occupèrent d’abord le village, puis un petit château qui est sur la lisière du bois » ; Bordone, op. cit.

    [vi] Même signification qu’avant-poste

    [vii] Le 12, les prisonniers arrivèrent à Dijon et entrèrent dans la cour de la préfecture ; Thiébault, op. cit.

    [viii] Molis Robert : « les Francs-Tireurs et les Garibaldi » ; Editions Tirésias, 1995

    [ix] Selon Léon Rodat, capitaine des francs-tireurs de l’Aveyron, cité par Robert Molis, op. cit.

     

    "La bataille de Baigneux-les-Juifs, le 11 janvier 1871", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 3 : acte de décès de Claude Carteau état-civil de Baigneux

    Deux francs-tireurs furent blessés et soignés par les sœurs pendant plusieurs semaines ;  le caporal Lacan, franc-tireur de l’Aveyron, « eut les deux cuisses traversées par une balle », mais il put par la suite repartir chez lui [i] ; par contre, Claude Carteau, franc-tireur du Doubs, lui aussi blessé, s’éteindra le 30 janvier 1871et sera inhumé au cimetière de Baigneux.

    Le lendemain, 12 janvier, les prussiens revenaient en force à Baigneux et ce fut le pillage.

    Pendant deux heures, les soldats allemands, pénétrant dans les maisons, se faisaient ouvrir les armoires et les caves et emportaient tout ce qui était à leur convenance.

    Aucune résistance ne se produisit de la part des habitants ; les objets pillés furent surtout des denrées de consommation et du linge.

    Le maire, M. Lombard, assez malmené, fut un certain temps gardé àvue à cent mètres du village et menacé de mort.

    Des canons, braqués sur les hauteurs, lancèrent quelques boulets dans la direction de Poiseul-la-Ville, afin d’attirer les francs-tireurs qui occupaient cette localité, pendant que des masses prussiennes importantes étaient cachées dans les bois voisins ; heureusement les francs-tireurs ne donnèrent pas dans le piège et Baigneux fut sauvé [ii].

    Pendant ce temps, Les Francs-Tireurs de la IIe brigade de Lobbia se sont mis en marche pour arrêter l’ennemi ; les Francs-Tireurs Républicains de Bigorre sont envoyés se poster, avec les Éclaireurs, à Courceaux, tandis que les Chasseurs d’Orient et les Francs-Tireurs Marins vont occuper Poiseul-la-Ville, et, en arrière, à Chanceaux, sont postés le Bataillon de l’Égalité et la Compagnie du Génie.

    Quant à Ricciotti, il arrivait à Aignay :                                                            

    « La route conduisant à Aignay était tout simplement infâme ; cette marche pénible sur une route impraticable, coupée encore de fréquents arrêts occasionnés par des alarmes, firent que notre arrivée à Aignay n’eut lieu que le soir à 9 heures ».   

     C’est le maire d’Aignay, M. Misset, qui les accueillit [iii]:

    « Les Francs-Tireurs sont arrivés à Aignay le 12 janvier 1871 à 6 h du matin.

    Ils étaient au nombre de 1 200, commandés par Ricciotti ; ils avaient 104 chevaux et venaient du canton de Baigneux.

    Leurs bagages étaient conduits par quelques cultivateurs des environs de Tonnerre, absents de leur pays depuis une douzaine de jours.

    Ils furent remplacés par 6 voitures et 18 chevaux d’Aignay chargés de conduire à Dijon les munitions de la Brigade.

    Nos hommes ont été absents six jours, sans toucher de rétribution.

    Ce corps a été bien accueilli par les habitants chez lesquels les soldats se logèrent à leur fantaisie.

    La plupart des compagnies étaient composées d’hommes assez convenables, mais il y en avait parmi eux un certain nombre, 30 ou 40 , mauvais sujets, indisciplinés, insolents même pour leurs chefs, et dont le Chef d’état-major désirait vivement être débarrassé.

    Nous n’avons remarqué dans cette troupe que 50 ou 60 Italiens portant la chemise rouge ; la plupart étaient des ivrognes.

    J’avais chez moi, avec Ricciotti, ses Officiers intimes ; son secrétaire, faisant fonction de Chef d’état-major, était un M. Thiébault, connu à Dijon, homme de bonnes façons, maintenant le plus possible l’ordre et la discipline… »                     

       Ricciotti poursuit :

    « Ce village est situé au fond d‘un trou, c’est donc une très mauvaise position à tenir, et qui nécessite des lignes très étendues d’avant-postes et de nombreuses patrouilles.

    Pendant la nuit j’organisai, au moyen d’habitants qui m’avaient offert leurs services, un bon service d’informations avec les localités voisines

    (voici ce qu’en dit Edmond Thiébault :

    « Dans la nuit, nos éclaireurs se sont mis en communication avec les maires des villages qui nous entourent au loin.

    Ces fonctionnaires ont eux-mêmes envoyé d’autres éclaireurs plus en avant, et nous transmettent des notes qui nous confirment les différentes positions de l’ennemi et ses mouvements »).

    Ainsi j’appris qu’une forte colonne prussienne occupait Villaines ; une autre, Saint-Marc et une troisième, Saint-Broing-les-Roches.

    Un détachement fort de 5 000 hommes occupait Grancey ; un autre, plus fort, marchait sur Auberive.

    De sorte que notre position était des plus précaires…                                             

    Arrivés à Aignay… au soir, je voulus moi-même placer nos avant-postes, ce qui n’était point facile en pleine obscurité.

    Puis, retourné au quartier-général, je reçus les rapports ; je donnai des instructions aux commandants de compagnies ; j’organisai avec lesautorités locales le service d’informations civiles, enfin je pris un peu de nourriture ; tout cela nous mena jusqu’à minuit…

    Je m’endormis et, à 3 heures, l’officier de service me réveilla pour faire la ronde habituelle aux avant-postes-opération nécessaire, parce que c’est généralement à l’aube que se produisent les surprises, et à ce moment surtout il faut être bien sûr que tout est en ordre.

    A ma très grande surprise, je constatai que tout mon système d’avant-postes, que j’avais organisé avec tant de soins dans la soirée, était radicalement changé.

    Avec la rigide discipline qu’il fallait, surtout en service, cela me préoccupait.

    Aussi, dès le retour au quartier-général, fis-je appeler quelques commandants de compagnie pour leur demander la raison deces changements.

    Ils se montrèrent, eux, plus surpris encore que moi.

    L’un d’eux, Rostaing, me dit que, pendant la nuit, des patrouilles ennemies s’étaient approchées, ils vinrent pour me demander ce qu’il fallait faire, et que j’avais alors consulté ma carte, puis donné des ordres précis à ce propos.

    Je restai stupéfait à cette nouvelle complication, lorsque Arnaud, des savoyards, me dit, en riant :

    « Je m’en doutais déjà, commandant, mais maintenant j’en suis certain ; nous sommes venus effectivement vous faire nos rapports et vous nous avez donné les ordres nécessaires, mais, tout cela, vous l’avez fait en dormant ».

    Par cette pointe jusqu’à Aignay, nous avions traversé tout le front de l’armée de Manteuffel.

    Maintenant, il s’agissait de se retirer en maintenant toujours le contact avec cette armée.

    Dans ce but, le lendemain, nous nous repliâmes vers le Sud et, le soir, nous arrivions à Avot-le-Grand [iv].

    Une autre étape nous amenait à Is-sur-Tille ».

     

    [i] Selon Robert Molis, il fut laissé dans une maison de Baigneux

    [ii] Genevoix Pierre ; op. cit.

    [iii] Lettre de M. Misset, du 15 juin 1872, à la « Commission d’Enquête » ; cité par Robert Molis, op. cit.

    [iv] En passant par Etalante, Salives et Barjon ; Bordone, op. cit.

     

    "La bataille de Baigneux-les-Juifs, le 11 janvier 1871", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 4 :première ligne d'avancée des garibaldiens, du 10 au 16 janvier, au nord-ouest de Château-Chinon à Langres; deuxième ligne autour de Dijon, le 20 janvier (Bordone, opus cité)

    Le 16,  Ricciotti et la quatrième brigade se repliaient à Dijon, où Giuseppe Garibaldi se trouvait depuis le 7 janvier, ayant quitté Autun par chemin de fer [i].

    Pendant cette même période, à Châtillon, le 12 janvier au soir, arrivait le général Manteuffel, qui avait pris le 11, à Versailles, ses instructions auprès du grand état-major.

    Là, il opéra sa jonction avec les généraux von Zastrow et Fransecki [ii], pour se porter au secours du général von Werder, qui était autour de Dijon et essayait de couper la retraite au général Bourbaki [iii].

    Si le point de concentration choisi par von Moltke fut Châtillon, c’est parce qu’il en connaissait l’importance stratégique ; Châtillon avait en effet le double avantage de se relier par des voies ferrées à Chaumont, à Troyes, à Nuits-sous-Ravières, sur la ligne de Paris à Lyon, et d’être comme une position centrale en avant des défilés de la Côte d’Or.

    C’est là que les forces de l’armée du sud se réunirent, à l’entrée des vallées profondes de l’Aujon, de l’Aube, de l’Ource et de la Seine, dans les sinuosités desquelles s’enfoncent, à des intervalles de 10 à 15 kilomètres, quatre routes montueuses qui, par des rampes escarpées, conduisent aux hauts plateaux entre Langres et Dijon [iv]. Ces généraux repartirent le 14.                                                                                                                                                Le 21 janvier commençait la troisième bataille de Dijon.

    [i] Le général von Moltke, conscient du danger que représente l’armée de l’Est, avait fait évacuer Dijon le 27 décembre pour organiser une ligne de défense à l’ouest de Belfort

    [ii]Selon Léon Legey (« Châtillon-sur-Seine pendant la guerre de 1870-71 ; souvenirs d’un enfant de Châtillon » ; Châtillon, 1899), Manteuffel trouva à Châtillon von Zastrow et von Hosten-Iaken  ; selon P.A Dormoy, Manteuffel trouva à Châtillon le 7e corps d’armée de Zastrow et le 2e corps d’armée, de Fransecki ; celui-ci passa par Nuits, Montbard, Chanceaux et Is-sur-Tille, tandis que Zastrow partit en direction de Langres, par Recey, Auberive et Prauthoy (« Guerre de 1870-71 ; les trois batailles de Dijon, 30 octobre, 26 novembre, 21 janvier » ; Paris, 1894)

    [iii] Les Prussiens s’attendaient à être attaqués le lendemain et avaient averti le maire de Châtillon de prendre ses précautions ; dans les jours suivants, des barricades furent élevées ; le général von Moltke avait créé une armée du sud, confiée au général von Manteuffel, pour contrer l’armée du général Bourbaki

    [iv] Revue des Deux Mondes ; 1872, tome 102, p. 786

     

    "La bataille de Baigneux-les-Juifs, le 11 janvier 1871", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 5 : les mouvements des troupes françaises et prussiennes autour de Dijon; "La guerre de  70" François Roth, Paris

    (Dominique Masson)

     

     


    2 commentaires
  • Voici un notule d’histoire de Dominique Masson, historien du Châtillonnais , sur un épisode peu connu qui s'est passé à Châtillon sur Seine en décembre 1870.

    Merci à lui de nous éclairer avec tant de précision sur cette exécution de Léon Vigneron par les Prussiens, exaspérés par l'attaque contre eux, des francs-tireurs de Riciotti Garibaldi.


    L’exécution de Léon Vigneron, le 19 décembre 1870

    Le 19 juillet 1870, l’empire français, dirigé par Napoléon III, entrait en guerre contre la Prusse de Guillaume Ier et ses alliés allemands.

    Après la défaite française à Sedan et l’abdication de l’empereur français, la troisième République fut proclamée deux jours après, le 4 septembre, mais la guerre va continuer.

    Giuseppe Garibaldi, avec ses fils, vint se mettre au service de la jeune République et rejoignit Tours, siège de la délégation gouvernementale hors de Paris assiégé.

    Gambetta lui confie alors le commandement de tous les corps francs de la zone des Vosges, de Strasbourg à Paris. Ces francs-tireurs sont des corps de volontaires, plus ou moins organisés et plus ou moins importants, qui se lèvent contre les troupes prussiennes et qui combattent parallèlement à l’armée régulière.

    Le 31 juillet 1870, une circulaire ministérielle française admit le principe de compagnies de francs-tireurs, engagées pour la durée de la guerre.

    Mais, du côté prussien, on juge qu’ils font une guerre déloyale, organisant des embuscades, des surprises ou des coups de main, et ces attaques inquiètent l’état-major.

    Aussi le commandement prussien leur refusera toujours la qualité de belligérant : Tout franc-tireur sera assimilé à un malfaiteur ; il sera passible du conseil de guerre immédiat qui peut prononcer la peine de mort.

    S’il est établi que dans un village un tireur non identifié a attaqué des soldats, celui-ci sera déclaré responsable et subira des représailles

    .
    Le 19 novembre 1870, Ricciotti Garibaldi, avec les francs-tireurs de Dôle, des Vosges et du Dauphiné, ainsi que les chasseurs du Havre et de Savoie et le bataillon Nicolaï, opéraient une surprise à Châtillon, tuant neuf prussiens, et surtout récupéraient des armes, la caisse du régiment et des chevaux .

    Mais les francs-tireurs n’étaient pas assez nombreux pour occuper la ville et l’évacuèrent le soir.

    Les prussiens prirent une quarantaine d’otages et les emmenèrent sur la route de Langres, où ils passèrent la nuit, avant d’être peu à peu libérés.

    Mais six otages, dont le maire, furent emmenés à Châteauvillain.

    Le 22, les prussiens revinrent en force à Châtillon, pillèrent la ville et imposèrent une contribution financière.

    C’est dans ce contexte qu’arriva l’exécution de Léon Vigneron.

    On a beaucoup dit sur lui, mais certains points sont à corriger.


    Edme Vigneron est né le 13 avril 1834, à Marac, en Haute-Marne, fils de Pierre Vigneron, pâtre, et de  Nicole Garnier ; son acte de naissance ne porte qu’un seul prénom, celui d’Edme, et on ne sait pourquoi il fut appelé par la suite Léon.

    Il se maria le 22 février 1857 avec Eugénie Gachet, à Neuilly-sur-Suize ; il est à ce moment déclaré habiter à Neuilly et est déclaré «  domestique » et il signe : Léon Vigneron.

    Achille Maitre écrira, en 1870, qu’il « n’était marié que depuis quelques jours » .    

    Il revint habiter à Marac ensuite, mais on ne sait quand, et il ne semble pas avoir eu de descendance.

     

    "L'execution de Leon Vigneron

    Figure 1 : signature de "Léon"Vigneron sur son acte de mariage en 1857 et de sa femme

    "L'execution de Leon Vigneron

    Figure 2 :Acte de naissance d'"Edme" Vigneron, état-civil de Marac (52)

    Suivons maintenant le récit fait par Gaudelette [i] 

    Le jeudi 11 décembre 1870, des troupes de la garnison de Langres étaient sorties pour essayer de surprendre un fort détachement de Prussiens qui se trouvait à Châteauvillain, mais l’ennemi ayant été averti, la tentative échoua, et les troupes rentraient deux jours après à Langres, laissant deux compagnies à Marac et deux autres compagnies dans un village voisin.

    Le dimanche 14, on signala les Prussiens, au nombre de 3 à 4 000, à peu de distance du village.

    Aussitôt les deux compagnies, auxquelles s’étaient joints quelques gardes nationaux de la localité, se déploient en tirailleurs dans les jardins, font une vigoureuse résistance ; mais, n’étant pas en nombre, ils durent se replier sur Langres.                                                             

    Louis Vigneron ne se trouvait pas en ce moment au village ; il était dans un moulin situé à un kilomètre de là, où il s’occupait tranquillement des soins du moulin où il était simple domestique.

    Il apprend tout à coup que l’ennemi est à Marac, qu’on lui oppose de la résistance ; alors, n’écoutant que son ardent patriotisme, faisant taire ses sentiments de père et d’époux, il n’hésite pas un instant ; il prend un fusil de chasse chez son maître, court à Marac, se met en embuscade derrière un mur de jardin et, sans s’occuper de ce qui peut advenir, décharge ses deux coups de fusil sur des Prussiens qui passaient à distance.

    Aussitôt il est poursuivi par les uhlans qui, après quelques minutes, s’en emparent.

    Dans sa fureur, l’ennemi pille les premières maisons du village et s’empare des notables qui sont emmenés à Arc-en-Barrois.                                                                                         

    Quant à Louis Vigneron, il fut emmené à Châtillon avec d’autres prisonniers.

    Accusé d’avoir protégé les francs-tireurs et d’avoir agi de complot avec eux, quoique cela n’ait pas été prouvé, il fut condamné sommairement à être fusillé.

                                                                        Gaudelette l’appelle Louis, alors que son prénom est Edme, et, plus tard, il sera gravé qu’il se prénommait Léon.

    Par contre, Gaudelette dit bien qu’il n’était que domestique au moulin de Marac.

    Mais, comme il fut pris au moulin, le commandant en chef prussien le qualifia de « meunier », et c’est aussi ce qui sera gravé par la suite.        

     

    [i] Gaudelette Michel : histoire de la guerre de 1870 en Bourgogne ; Paris, 1895

    "L'execution de Leon Vigneron

    Figure 3 : condamnation de Vigneron par Von Delitz (archives Municipales Châtillon sur Seine)

    Léon Vigneron fut emmené à Châtillon et enfermé dans la même prison que les dix habitants de Thoires arrêtés le 14 décembre ; ce sont eux qui eurent la douleur de lui donner la dernière accolade[i].

     On possède deux récits concernant ses derniers moments, à la maison d’arrêt.

    Voici celui relaté par son directeur, M. Jamet :

    J’avais arboré le drapeau de la convention de Genève pour protéger et faire respecter la maison ; cela fut inutile.

    Les prussiens au nombre de 180 envahirent et prirent possession de l’établissement sans autre préoccupation…..

    Quelques jours après cette prise de possession les allemands amenèrent maire et notables des environ pris en otages et m’enjoignirent de les nourrir … j’ai répondu au chef que n’avais pas assez de provision.

    Il me répondit par un effroyable coup de poing qui me renversa et au même moment ma femme qui faisait la même réflexion fut frappée violemment d’un coup de la crosse de fusil sur la poitrine…

    Le 21 décembre[ii]à 7 heures du matin on m’intima l’ordre d’aller chercher un nommé Léon Vigneron qui avait été arrêté le 30 novembre[iii]

    Le malheureux avait été accusé d’avoir tiré sur eux.

    J’allai le chercher dans la salle des passagers ou il couchait et l’emmenai chez moi où on lui lut sa sentence de mort et un quart d’heure plus tard il n’était plus…[iv] .

    En 1872, Emile Montégut [v] recueillit le témoignage de la femme du directeur :

    Les Prussiens l’accusaient d’avoir protégé les francs-tireurs et d’avoir agi de complot avec eux, quoique cela n’ait pas été prouvé.

    C’est celui-là qu’ils choisirent pour se venger.

    J’entends encore, j’entendrai toujours, je crois, le cri que poussa ce malheureux lorsqu’on lui annonça qu’il allait être fusillé.

    Il demanda qu’on lui laissa le temps d’écrire au moins à sa femme, ce qui lui fut accordé avec beaucoup de difficulté.

    Il écrivait tout en tremblant, comme vous pouvez le croire, en sorte que cela ne marchait pas bien vite ; alors un officier s’avança et lui dit brusquement :

    « Un mot, rien qu’un mot, vous m’entendez bien, et dépêchons-nous, nous avons autre chose à faire qu’à vous expédier ».

    Puis ils l’ont amené contre le mur du cimetière et ils l’ont fusillé.

    Gaudelette ajoute :

    Puis il écouta les exhortations de l’abbé Lecœur, aumônier de l’hospice, fut aussitôt amené contre le mur du cimetière et fusillé.

    Il se trouva dans le peloton d’exécution des soldats qui ne voulurent pas prêter les mains à cet acte odieux ; leurs balles furent ramassées le lendemain au pied du mur, contre lequel elles s’étaient aplaties, dans un rayon assez éloigné. 

    Et madame Jamet poursuit :

    Il a été enterré à cette place même où il est tombé, avec les habits qu’il portait, sans qu’on ait pu le mettre dans une bière.

    En fait, selon Gaudelette :

    le corps de Vigneron fut ensuite littéralement traîné dans la neige jusqu’à l’entrée du cimetière.

    Comme aucune fosse n’avait été préparée, on le recouvrit seulement de quelques pelletées de terre, avec défense expresse de toucher au corps.

    Quelques jours après, en raison de la mauvaise odeur répandue par le cadavre, la municipalité obtint l’autorisation de le faire disparaître sous un monticule de terre

     Il dut être enterré au cimetière Saint-Vorles mais, le 23 novembre 1876, il fut exhumé et ses restes transférés au cimetière Saint-Jean pour y être enterrés avec ceux des francs-tireurs tués lors de l’attaque garibaldienne [vi].                                                                                                                       A l’endroit où Léon Vigneron fut fusillé, M. des Etangs, membre du conseil municipal et président du tribunal civil de première instance, fit ériger une croix en pierre, sur laquelle on peut lire une inscription qu’il rédigea lui-même :

                A Léon Vigneron/sa/veuve                                                                                                                                                                                                                   Garde Nata lpris à Marac le 11 /  X bre 1870 fusillé ici / le 19 par les prussiens il est /mort en chrétien et pour la /patrie                                                                                                                                                      

     Que Dieu / préserve / à jamais / la France / de frapper /le vaincu / désarmé et / de punir le / patriotisme comme un / crime[vii]

     En 1915, lors d’une manifestation patriotique organisée par le Souvenir Français et les blessés valides des hôpitaux, des palmes furent posées sur cette croix. Ce n’est que par la suite qu’une balustrade fut ajoutée, lui donnant l’apparence d’une tombe.

     [i] Lors de l’attaque de Châtillon par les Garibaldiens, plusieurs prussiens affolés s’enfuirent au hasard dans la campagne ; trois se laissèrent capturer par les habitants de Thoires ; le 14 décembre, le village fut cerné par un détachement prussien qui les récupéra et emmena en retour dix habitants de Thoires comme prisonniers, à Châtillon ; Diey Michel : 1870-1871, la guerre oubliée dans le Châtillonnais, Cahiers du Châtillonnais, n° 151

    [ii] Erreur de date ; de même pour l’horaire

    [iii] Von Delitz, dans sa pancarte, indique 6h 1/2 ; Achille Maitre écrit : « Le 19 décembre, à 6 heures ½ du matin, on entendait un feu de peloton du côté du cimetière de Saint-Vorles ».

    [iv] M le préfet, 1er Août : « M. le gardien chef de la maison d’arrêt de Châtillon sur Seine vient de m’adresser, que j’ai l’honneur de vous transmettre, son rapport au sujet des faits qui se sont passés dans son établissement sous l’occupation prussienne, des dégâts de toute nature qui y ont été commis et des exactions….dont il a été témoin personnellement ainsi que sa famille. M. l’architecte du département a visité l’établissement depuis son évacuation…. J’ai eu l’honneur de vous adresser ainsi qu’à M. le ministre de l’intérieur des propositions pour qu’il fût alloué au directeur de la maison d’arrêt une indemnité de 200 francs en raison des pertes et mauvais traitements qu’il a subis…. Je vous prie d’agréer monsieur le préfet l’assurance de mon respect » ; signé le directeur.

    [v] Montégut Emile : Impressions de voyage et d’art, souvenirs de Bourgogne ; in « Revue des deux mondes », premier mars 1872

    [vi] Diey Michel : chronique : à propos de la tombe de Léon Vigneron, Cahiers du Châtillonnais, 2004, n°189 

    [vii] «… sa veuve… » : ces mots sont souvent oubliés dans les livres rapportant cette inscription

    "L'execution de Leon Vigneron

    Figure 4 : le "monument" de Léon Vigneron, carte postale Parisot

    "L'execution de Leon Vigneron

    Figure 5 : le "monument" de Léon Vigneron, cliché Dominique Masson

    Le peintre Victor Didier, en 1882, raviva le souvenir de cette exécution en faisant une peinture représentant l’exécution de Vigneron [i].

    Sur ce tableau, les soldats prussiens attendent un peu plus loin que la sentence soit lue et on distingue au loin un mur.

     [i] Victor Didier (1837-1889), est un peintre châtillonnais ; il fut professeur de dessin au lycée de Châtillon

    "L'execution de Leon Vigneron

    Figure 6 : Reproduction du tableau de Victor Didier, photo-carte

    Mais il semble que, la même année,  ce même peintre fit un deuxième tableau, avec des variantes par rapport au premier ; il rajouta l’abbé Lecœur, à genoux, et disposa différemment le peloton d’exécution ; celui-ci est face à Vigneron et un officier se tient devant, prêt à sortir son sabre pour commander le feu [i].

    C’est cette version que reprit, en carte postale, l’éditeur châtillonnais H.Bogureau.

     [i] Ces deux tableaux semblent avoir disparu

    "L'execution de Leon Vigneron

    Figure 7 : Dessin de L.Breuil dans l'ouvrage de Gaudelette

    Ceci permit également, par l’intermédiaire des cartes postales, d’entretenir un certain patriotisme.

    "L'execution de Leon Vigneron

    Ce tableau de l’exécution de Vigneron fut repris dans le livre de Gaudelette, paru en 1895 ; L.Breuil en fit un dessin,à partir du tableau de Victor Didier, en modifiant un peu l’arbre derrière Vigneron et en ajoutant au fond un hangar.

    "L'execution de Leon Vigneron

    Figure 8 : L'exécution de Léon Vigneron, carte postale , H.Bogureau

    Si Vigneron avait été fusillé à Châtillon, son décès ne fut pas porté sur les registres de l’état-civil.

    Le maire de la commune de Marac, au nom de la veuve de Vigneron, intervint, tendant à obtenir un jugement auprès du tribunal de Châtillon, pour suppléer à l’acte de décès de son mari qui n’a pas été rédigé.

    Après audition des témoins, le tribunal, le 25 avril 1871, constata qu’il fallait réparer cette omission ; le jugement rendu indiqua qu’il tenait lieu de l’acte de décès qui n’a pu être dressé en raison des circonstances, et qu’il serait transcrit dans les registres de l’état-civil de l’année courante ; le maire s’exécuta le 4 mai 1871 ; l’acte porte le numéro 93.

    "L'execution de Leon Vigneron

    Figure 10 : jugement inséré dans les actes de l'état-civil de la Commune de Châtillon sur Seine (1871)

    Dominique Masson

    (remerciements à MM. Massé et Millot)

     


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  • Notule d’histoire :

    Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais

     

    « La sainte des tranchées », ainsi est appelée Jeanne d’Arc. Celle-ci, née vers 1412 à Domrémy, est passée par le Châtillonnais lors de sa « chevauchée sacrée », qui la conduisit de Vaucouleurs à Chinon, en 1429, afin de rencontrer le dauphin de France.                                                                           

    La situation en France était assez confuse.

    L’intervention de Jeanne intervient dans la seconde phase de la guerre de Cent ans.

    Après l’entrevue sur le pont de Montereau, le 10 septembre 1419, où le duc de Bourgogne, Jean sans Peur, est assassiné par le dauphin Charles, un traité est scellé, le premier décembre 1420, à Troyes (il y a 600 ans, autre commémoration), entre Henri V d’Angleterre et Isabeau de Bavière, reine de France et mère de Charles ; celui-ci est déshérité et, à la « paix finale », la couronne et le royaume de France reviendront à Henri V d’Angleterre.

    En 1422, le dauphin Charles, ne contrôlant qu’une petite partie du royaume de France, se proclame roi de France sous le nom de Charles VII, tandis qu’en Angleterre, Henri VI revendique la couronne.

    C’est alors qu’intervient Jeanne.    

    Ayant réussi à convaincre Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs, forteresse voisine de Domrémy, elle partira, avec six compagnons, vers Chinon.

    Son départ se fit entre le 11 et le 23 février 1429, selon les historiens. Dans le « dictionnaire encyclopédique de Jeanne d’Arc », paru en 2017, c’est le 22 février qui est retenu[i].  

    "Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais", un notule d'histoire de Dominique Masson

      (Plaque apposée à Pothières sur l'ancienne maison abbatiale, cliché D.Masson)

     

    Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais, un notule d'histoire de Dominique Masson

    (Statue de Jeanne d'Arc, sur un socle, à l'entrée de l'ancienne abbaye de Pothières, cliché D.Masson)

    On connaît avec certitude quelques étapes à partir de Vaucouleurs : l’abbaye de Saint-Urbain (Haute Marne) et la cathédrale d’Auxerre (Yonne) ; mais, entre ces étapes, c’est un itinéraire probable.

    Une plaque commémorative apposée sur le presbytère à Auxerre indique : « Jeanne, venant de Pothières, et allant à Gien, est passée par Auxerre, le 27 février 1429 … ».

    A Pothières, une autre plaque, apposée sur l’ancien logis abbatial, marque seulement: « Jeanne d’Arc est passée par Pothières , venant de Clairvaux , allant à Auxerre, février 1429 … » ; l’inscription sur le socle de la statue de Jeanne, à côté de la porte d’entrée de l’ancienne abbaye, se veut plus explicite :

    « l’an 1429, le samedi 26 février , sainte Jeanne d’Arc , venant de l’abbaye de Clairvaux et se rendant à Auxerre, fut hébergée en cette abbaye bénédictine de Pothières, avec ses compagnons… »

    Le « dictionnaire encyclopédique » a ainsi reconstitué la route de Jeanne et de ses compagnons :                                                       

    - première journée : de Vaucouleurs à Saint-Urbain ;                                                                                                                    -deuxième journée : de saint-Urbain à Clairvaux ; 

    - troisième journée : de Clairvaux à Pothières, en passant par Juvancourt, La ferté, Villars-en-Azois, Cunfin, Autricourt, Villers-Patras et Pothières ;

                                                                          - -quatrième jour : Etrochey, Laignes, Gigny, Gland, Saint-Vinnemer, Tonnerre, Fleys, Chablis et Auxerre. Elle serait arrivée le 4 mars à Chinon, et elle fera sacrer roi Charles à Reims, assurant sa légitimité, le 17 juillet 1429.   

                                                                                        

    Si Jeanne d’Arc est réhabilitée dès 1456 et chantée par François Villon (…et Jeanne la bonne Lorraine, qu’Anglais brûlèrent à Rouen…), les siècles suivants ne lui portèrent que peu d’intérêt.

    C’est au XIXe siècle qu’il y a un regain pour Jeanne d’Arc, car elle devient un symbole républicain et une figure unificatrice utile dans le cadre de la construction de la nation après la guerre franco-allemande de 1870-1871 ; elle sera aussi récupérée par différents partis politiques de tous bords.

    Elle est béatifiée en 1909.

    Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais, un notule d'histoire de Dominique Masson

    ("Histoire de France des écoles primaires, cours moyen" par C S Viator, E.Robert, Paris vers 1900)

    La première guerre mondiale va conduire à une union sacrée autour de Jeanne.

    Civils et militaires peuvent s'identifier à celle qui a connu les pillages et les combats.

    La propagande s'empare d'elle : les statues détruites montrent la « barbarie » des Allemands, celles qui échappent aux bombardements témoignent des « miracles » de Jeanne, « soldat de Dieu », qui mènera à la victoire sur une nation majoritairement protestante.

    En 1917, Jeanne d'Arc est partout : au cinéma, au théâtre et à l'opéra.

    Pour beaucoup, la victoire de 1918 est imputable à Jeanne d'Arc.

    Les japonais la considéreront même comme la digne héritière des samouraïs, appréciant son image de femme guerrière.

     

    Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais, un notule d'histoire de Dominique Masson

    (Carte postale datant de 1915, dessinée par L.Chapuis dessinateur-éditeur à Dijon, vendue au profit de "L'œuvre populaire des messes pour nos soldats morts", fondée à Dijon, autorisée et bénie par Nosseigneurs Monestès et Landrieux, évêques de Dijon)

    Après la première guerre mondiale, le Saint-Siège, souhaitant se réconcilier avec la République française, canonise Jeanne d’Arc le 16 mai 1920 (il y a donc 100 ans) puis, en 1922, le pape proclamera Jeanne d’Arc sainte patronne secondaire de la France, tout en réaffirmant la Vierge comme patronne principale.                                                                                                      Il y a aussi une récupération laïque de Jeanne, qui figure sur des monuments aux morts.

    Jeanne d'Arc (et non Sainte Jeanne d’Arc) sera donc fêtée par la République le deuxième dimanche de mai, anniversaire de la délivrance d'Orléans, ne choisissant pas par hasard cette date, car elle précède de quelques jours la date de la Sainte Jeanne d'Arc fixée par l'Église catholique au 30 mai, jour anniversaire de sa mort.

    Elle est la femme qui a, depuis 1864, le plus grand nombre de rues à son nom (rue Jeanne d’Arc à Châtillon, par exemple). 

     

    Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais, un notule d'histoire de Dominique Masson

    (Affiche américaine, éditée pendant la 1ere guerre mondiale)

    Des passionnés ont voulu créer un sentier Jeanne d’Arc, le GR 703, reliant Domrémy à Chinon.

    Il passe à Clairvaux, à Cunfin, mais écorne simplement le Châtillonnais en passant par Grancey-sur-Ource pour aboutir à Mussy ; de là il va aux Riceys et à Bagneux-la-Fosse.

    Dans son trajet, il passe par Colombey-les-Deux-Eglises.

    Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais, un notule d'histoire de Dominique Masson

    (Statue de Jeanne d'Arc, musée Métallurgique Park Donmartin-le-Franc, Haute-Marne , cliché D. Masson) 

    [i]« Dictionnaire encyclopédique de Jeanne d’Arc », par Pascal-Raphaël Ambrogi et Dominique Le Tourneau ; éditions Desclée de Brower, Paris ; 2017

     

    Car le deuxième personnage célébré en 2020, c’est le général de Gaulle.

    Charles de Gaulle est né à Lille, le 22 novembre 1890.

    Le 9 juin 1934, il achète sur la commune de Colombey-les-Deux-Eglises, en Haute-Marne, le domaine de la Boisserie, vaste maison de quatorze pièces, en viager ; il en devient propriétaire deux ans plus tard.

    Séduit par l’isolement et le calme des lieux, il l’achète aussi pour sa famille et pour être près de Metz, où le colonel de Gaulle est affecté.

    A partir de 1946, elle devient sa résidence définitive.

    Même lorsqu’il devint président de la République, en 1959, le général continuera d’y passer beaucoup de temps et un week-end sur deux en famille.

    C’est là qu’il décède, le 9 novembre 1970, il y a 50 ans.

    Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais, un notule d'histoire de Dominique Masson

    (Pièce de deux Euros, émise par la France en 2010)

    C’est probablement lors de l’un de ses week-ends à Colombey, dans les années soixante, un dimanche après-midi, que le général voulut aller voir la montagne de Vix et son église.

    Venant de la route de Chaumont, le cortège présidentiel, accompagné de motards,  dut tourner, par la D 118 C, vers Massingy.

    Dans le village, à l’embranchement de deux rues, au lieu de prendre la rue qui s’appelle Caron aujourd’hui (mais il n’y avait pas de nom à l’époque), puis la rue des Bordes, le cortège prit la rue du Four et la rue de la Margelle, allant vers la fontaine du même nom, mais, au bout de quelques dizaines de mètres, c’était un chemin de terre.

    C’est alors que les propriétaires de la ferme située au bout de cette rue, madame et monsieur Jean Dufour, eurent la surprise de voir arriver dans leur cour de ferme une DS noire, accompagnée d’une escorte, et y faire demi-tour ; la famille reconnut le général dans la voiture.

    Quelques mois plus tard, des panneaux furent installés dans le village, et notamment la signalisation de la voie sans issue menant à la ferme.

     

    (Dominique Masson)

     (Remerciements à madame et monsieur Jean-Pascal Dufour)

     

    Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais, un notule d'histoire de Dominique Masson

     

    (Rue de la Margelle à Massingy aujourd'hui, cliché D.Masson)

    Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais, un notule d'histoire de Dominique Masson

     

    (Pièce de deux Euros, émise par la France en 2020)

     

     

     


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    NOTULE D’HISTOIRE

    La Surprise de Châtillon-sur-Seine

    (19 novembre 1870)

    Il y a 150 ans, le 19 juillet 1870, commençait la guerre franco-prussienne, opposant la France à une coalition d’états allemands, dirigés par la Prusse.

    Cette guerre entraîna la chute de l’empereur Napoléon III,  l’empire étant remplacé par la République, le 4 septembre, proclamée par Gambetta.

    L’italien Joseph (Giuseppe) Garibaldi, va se mettre au service du gouvernement français, réfugié à Tours, qui lui confie le commandement de tous les corps-francs de la zone des Vosges et une brigade de gardes mobiles.

    Il va organiser son armée en quatre brigades, sous le commandement de ses deux fils, Ricciotti et Menotti, de Delpech, et du polonais Bossak-Hauké ; son ami Philippe Toussaint Bordone sera chef d’état-major.

    Cette guerre ne se terminera que le 28 janvier 1871.  

    Ricciotti a raconté dans ses souvenirs, parus en 1899, un épisode important de cette guerre dont il a été l’instigateur, l’attaque des prussiens à Châtillon, le 19 novembre 1870, l’une des rares victoires françaises de cette guerre.

     

    "Garibaldi, la surprise de Châtillon", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 1 : Les souvenirs de Ricciotti Garibaldi (1899)

    En voici l’extrait concernant l’attaque qui s’est déroulée à Châtillon:

    « L’ennemi ayant occupé Dijon, nous fûmes obligés d’effectuer un immense détour par Lons-le-Saulnier, Bourg-Macon, Chalons, et Chagny, soit 26 heures de chemin de fer.

    On avait bien télégraphié aux diverses gares principales pour avoir des vivres, mais en aucun endroit nous n’avons trouvé une miche de pain,-mésaventure égale était d’ailleurs arrivée aux restant de l’armée-, de sorte que nous arrivâmes à Autun esquintés et affamés.

    A Autun, le petit Séminaire-un immeuble très vaste-nous fut désigné comme quartier, et malgré la tension des rapports que l’on voulut créer, très facticement, entre nos chefs et l’élément clérical de cette très cléricale cité, nos relations avec les Révérends Pères du Petit Séminaire ne manquèrent jamais d’être très cordiales.

    Des faits que je raconterai le prouveront.

    Connaissant les habitudes de mon père, je m’empressai d‘organiser tous les services nécessaires à la bonne marche d’une colonne volante, laquelle devant être nécessairement presque toujours éloignée de sa base d’opérations, et obligée de se rendre autant que possible indépendante des ressources de l’armée à laquelle elle appartient.

    De sorte que lorsque, le 14 novembre, arriva l’ordre de marche, tout était prêt.

    "Garibaldi, la surprise de Châtillon", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 2 :L'Etat-Major de Garibaldi

    Dans la nuit du 13, je fus appelé au quartier général de l’armée et, là, je trouvai mon père qui examinait une grande carte de France.  

    Tu sais, me dit-il, que les armées prussiennes marchent sur Paris, et pour cela elles doivent forcément utiliser les diverses lignes de chemin de fer qui vont du Rhin vers la capitale.

    La destruction de ces lignes peut retarder leur marche et les inquiéter.

    Tu partiras avec tes hommes pour remplir cette mission.

    Il s’agissait de traverser la moitié de la France, en passant par des départements où déjà dominaient 400 000 prussiens.                                                                                  

    Regarde un peu toi-même, me dit mon père, si sur cette carte les tunnels des voies ferrées sont indiqués.

    Je regardai. Un tunnel était indiqué près de Bar-le-Duc, précisément sur la ligne Strasbourg-Paris. J’appelai son attention sur ce point.                                                                          

    Très bien, me dit-il. Pars dans cette direction et fais le mieux que tu pourras. Avant ton départ, je te remettrai des instructions écrites.                                                                               

    Ces instructions, qu'il me remit,disaient :                                                              

    En partant d’Autun, tu dois prendre la direction de Semur et de Montbard pour troubler les communications de l’ennemi, lequel occupe d’un côté Troyes et Auxerre, et, de l’autre, Dijon.

    Si tu peux arriver, par Montbard, Châtillon, Chaumont, Neufchâteau, sur la grande ligne de communication de l’ennemi-laquelle va de Strasbourg à Paris- l’opération deviendra beaucoup plus ardue et plus importante…

    Arrivé sur ces lignes de communication, il est urgent d’y détruire les voies ferrées et les télégraphes.

    Effectuer cette destruction sur la ligne de Strasbourg à Paris serait un véritable coup de main.              

    Pendant que nous parlions des difficultés éventuelles qui pouvaient se présenter, survint Bordone, auquel le général communiqua les instructions qu’il m’avait données.

    Bordone nous mit au courant des nouvelles arrivées à l’état-major sur le mouvement des détachements prussiens qui, de l’Est, marchaient vers l’Ouest, en passant par Châtillon-sur-Seine et Montbard.

    Il ajouta même qu’un officier français, lequel me fut ensuite présenté, conseillait des tentatives de surprise dans cette direction.

    Ainsi prit naissance le mouvement qui s’acheva par la surprise de Châtillon.

    Et cette surprise ne fut pas, comme prétendent certains écrivains français, préparée à Autun, mais elle fut décidée seulement quand nous arrivâmes à Coulmier-le-Sec, à la suite de nouvelles précises recueillies sur ce dernier point.

    D’ailleurs, elle ne pouvait être préparée, ni même conçue avant, les Prussiens n’ayant occupé Châtillon que le 17 novembre, c’est-à-dire un jour avant notre coup, et trois jours après noter départ d’Autun.

    Notre première étape nous conduisit à Lucenay.

    Le lendemain, nous continuâmes jusqu’à Saulieu, accompagnés d’une pluie qui nous trempa jusqu’aux os ; mais dans cette localité nous fûmes admirablement accueillis par une population des plus hospitalières.

    A Saulieu, nous restâmes toute la journée du 16 pour avoir des nouvelles.

    Le lendemain(17 novembre), de bonne heure, nous partîmes pour Semur, où nous arrivâmes à 5 heures du soir.

    Des nouvelles recueillies là, nous décidèrent à continuer la marche jusqu’à Montbard, que nous atteignîmes à la nuit, en bon ordre, quoique très fatigués, car nous avions fait en cette journée une étape de soixante kilomètres environ.

    Bien qu’à notre arrivée tout Montbard dormit, un moment après la ville entière s’illuminait et les habitants nous accueillirent avec cordialité, nous prodiguant tout ce dont nous avions besoin.

    Repartis le matin du 18, nous arrivions vers midi à Coulmier-le-Sec.

    Nous nous trouvions alors au milieu d’un département fortement occupé par les Prussiens ; une de leurs principales lignes de communication le traversait dans toute sa longueur, passant par Châtillon.

    Pour cette raison, de sérieuses précautions durent être prises.

    La compagnie des Vosges fut poussée jusqu’à Nesle ; les Dolois furent placés au Chemin d’Aisey et la compagnie du Doubs, sur la route d’Avallon.

    Coulmier-le-Sec fut entouré d’une série de postes solides et d’une chaîne de sentinelles, qui avaient reçu l’ordre très sévère de laisser entrer tout le monde, mais de ne laisser sortir personne.

    Cet ordre donna lieu à des scènes très curieuses : tantôt c’étaient des maris séparés de leurs femmes ; puis des femmes séparées de leurs maris, qui se présentaient au siège du commandement pour réclamer un laisser-passer.

    Mais la mesure devait être générale et je refusai à tous.

    De là des plaintes et des imprécations.

    Le préposé à la poste, un gros homme obèse plein de son importance, était arrivé à ce moment et, lorsqu’il apprit que lui aussi était prisonnier, il entra dans une violente colère qui faillit le faire éclater ; il mena un tapage furieux et acheva de me menacer-par vieille habitude-des foudres du Procureur impérial.

    Dans sa colère, le pauvre homme oubliait que l’empire n’existait plus.

    La municipalité même vint en forme officielle me faire des remontrances et me demander de rapporter l’ordre draconien et,comme dit Thiébault, les habitants de Coulmier en arrivèrent à désirer que les prussiens vinssent nous chasser.

    On comprendra que le maintien strict de cet ordre était indispensable : 4000 Prussiens étaient signalés à Laignes, sur notre gauche et 1000 autres avec de la cavalerie étaient sur notre front à Châtillon.

    Il fallait que l’ennemi ne pût avoir des nouvelles sur notre compte que le plus tard possible.

    Or, par le simple mouvement journalier d’une population, les nouvelles se répandent avec une rapidité étonnante.

    Plusieurs habitants de Châtillon, qui étaient venus à Coulmier, nous donnèrent des informations précieuses sur la garnison prussienne occupant cette localité, et c’est alors qu’un coup de main de ce côté fut décidé.

    Un meunier, qui me fut désigné comme digne de la plus absolue confiance, eut l’autorisation de sortir de nos lignes et fut chargé de prévenir le maire de Châtillon de ce que nous préparions.

    Il paraît que l’idée ne fut pas trop du goût du maire de Châtillon, M. Achille Maître, et voici ce que lui-même en a écrit, et qui est rapporté par M. Henri Genevois :    

    Je considérais cette attaque comme pleine de périls pour la cité et complétement inutile pour la patrie.

    Mais comme la ville et le château étaient remplis de Prussiens, il était impossible de sortir à cette heure (il était 8 heures du soir) et de prendre des mesures en vue de conjurer le danger qui nous menaçait.

    Il ne nous restait plus qu’à nous en remettre à la volonté de Dieu-et c’est ce que nous fîmes.

    Et M. Henri Genevois, dans son livre « Les coups de main pendant la guerre », ajoute ironiquement 

    Il faut croire que, ce jour-là, la Providence était mal disposée envers les armées prussiennes, puisque les ferventes prières du maire de Châtillon ne purent détourner de nos ennemis l’orage qui les menaçait.                                         

    Entre-temps, dans la soirée, nous était parvenue la nouvelle que huit mille rations avaient été exigées pour le lendemain à Châtillon.

    Le nouveau corps que cette réquisition annonçait devait probablement arriver l’après-midi.

    Il n’y avait donc plus de temps à perdre.

    "Garibaldi, la surprise de Châtillon", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 3 : Attaque devant l'hôtel de la Côte d'Or (archives Municipales de Châtillon sur Seine)

    A minuit, nos compagnies détachées entrèrent, et après avoir laissé les sacs sous une faible garde, à une heure, notre petite colonne se mit en route.

    La nuit était obscure et il pleuvait.

    Afin d’empêcher d’éventuelles fausses alertes et pour qu’aucun homme ne put s’égarer en route, la colonne marchait en ordre serré.

    Arrivés à un certain point, notre guide, un brave jeune homme du pays, nous montrant un coin plus noir dans la campagne obscure, un peu en dessous de la route où nous étions, nous dit : Voilà Châtillon.

    Quelques minutes après nous arrivions à un hameau dont le nom nous permit de nous orienter.

    Là, nous fîmes halte, et ayant réuni les officiers, je leur expliquai brièvement mon projet.

    Nous n’allions pas engager une bataille, leur dis-je, mais tenter un coup de main.

    Il fallait chercher de combattre le moins possible, mais faire rapidement les plus grandes prises possibles de prisonniers et de matériel.

    Michard et ses chasseurs  devaient attaquer le côté de la ville où se trouvait le principal hôtel (de la Côte d’Or) et tâcher de s’emparer des officiers qui y étaient logés.

    En même temps, avec le restant de la colonne, moi, je serais entré dans le village par la rue principale.

    Après l’affaire, le lieu de réunion devait être le hameau où nous nous trouvions à ce moment.

    La surprise des francs-tireurs fut grande lorsqu’ils apprirent que, dans quelques minutes, ils se trouveraient nez à nez avec l’ennemi.

    Paul Sigrist, dans « Un épisode de la Campagne de 1870 », rapporte ces paroles de Michard : 

    Seul, Ricciotti Garibaldi, commandant la 4me brigade, savait où nous allions.

    Nous tous, croyons être partis pour faire sauter le viaduc de Saverne.

    Mais quand j’eus fini mon petit discours par ces mots : Allons, en avant, Francs-Tireurs !, tous, joyeux, se mirent en mouvement.

    Michard, avec ses hommes dut rétrograder de quelques centaines de pas, afin de prendre une petite route traversant la Seine sur un pontin (la Seine n’a ici que quelques mètres) et conduisant droit à l’Hôtel de la Côte d’Or.

    Le restant de la colonne poursuivit sa marche par la route principale qui tournait à droite et descendait dans la ville.

    Arrivés à un certain point, nous fîmes de nouveau halte, et j’envoyai en avant six hommes sous les ordres d’un officier afin de surprendre, si c’était possible, les sentinelles.

    En attendant, je formai la colonne d’attaque sur l’ordre de marche, c’est-à-dire sur deux files, une à chaque bord latéral de la route.

    Les cavaliers devaient rester en queue.

    La colonne s’avancerait dans la ville et au commandement de : halte ! tous devaient s’attaquer aux portes et y chercher les Prussiens.

    En ce moment, retourne vers nous un des six hommes envoyés en avant pour supprimer les sentinelles.

    Il nous apprend qu’on n’a trouvé ni sentinelle, ni poste de garde.

    M. Dormoy dit, à ce propos, dans les « Souvenirs d’Avant-Garde » :

    Vraiment, il nous fut dit par la suite qu’il y avait bien deux sentinelles, mais leur surprise fut telle de se voir près des francs-tireurs, qu’elles s’échappèrent sans tirer.

    Je n’en pouvais croire mes oreilles et, un moment, je craignis qu’au lieu de faire une surprise à l’ennemi, celui-ci ne nous eut tendu un piège ou, au moins, qu’il ne fût parti.

    Cependant, notre service d’informations nous avait tenu au courant de tout ce qui concernait le corps prussien gîté là, et il était impossible que son départ se fut accompli sans que nous en fussions prévenus.

    Les renseignements que j’avais, tant sur l’ennemi que sur la topographie de la localité, étaient si complets, que nos hommes étaient surpris de la précision de détail avec laquelle tous les ordres étaient donnés.

    Mais, en guerre, comme disait mon père, avant tout il faut la chance.

    Et je dois reconnaître qu’en cette circonstance la chance nous favorisa amplement.

    La colonne s’avança lentement.

    Les sabots ferrés de mon cheval frappant sur la route caillouteuse étaient le seul bruit que l’on entendit.

    Quelque rare habitant trop matinal que nous rencontrions reçut à voix basse le conseil de se cacher et, effrayé, se prenait à fuir en murmurant : Mon Dieu ! Mon Dieu !

    Ce fut un de ces moments où naissent des émotions dont le souvenir reste vivace à travers les années. 

     Lorsque la colonne eût occupé la route principale dans presque toute sa longueur, je donnai l’ordre de faire halte.

    Et aussitôt on n’entendit plus que le bruit des crosses de fusil frappant furieusement contre le bois des portes.

    La scène qui s’ensuivit est difficile à décrire.

    Toutes les fenêtres s’ouvrirent comme par enchantement, chacune d’elles garnie d’une ou de plusieurs têtes et, pendant que les portes cédaient, dans les maisons, on entendait retentir les cris des femmes et les imprécations des hommes.

    Bientôt la scène changea d’aspect.

    Aux cris de surprise succédaient les hurlements des hommes qui s’égorgeaient et la fusillade commença à crépiter de tous les côtés.

    Naturellement, dans une telle action, aucune unité tactique ne pouvait se maintenir.

    A l’intérieur de chaque maison se produisait ou une courte lutte corps à corps, ou bien les Prussiens se rendaient sans résister, et ils étaient alors aussitôt conduits à l’arrière-garde.

    En moins d’une demi-heure, toutes les maisons de la grande rue étaient fouillées et on commença la même opération dans les rues adjacentes.

    Le plus grand nombre des Prussiens qui n’étaient pas logés dans la rue principale, avaient eu le temps de fuir vers la Mairie où ils savaient trouver leur commandant Luttgau. 

    Les écrivains prussiens prétendant que les habitants de Châtillon nous aidèrent.

    Par respect pour la vérité, je dois dire que cela est inexact.

    Au contraire, dans plusieurs cas, ils se montrèrent plus disposés à aider les Prussiens, en refusant de déclarer à nos hommes s’il s’en trouvait dans leur maison.

    Tel fut le cas d’un propriétaire, chevalier de la Légion d’honneur, qui nia avoir des Prussiens chez lui, ce qui était faux.

    La croix de la Légion d’honneur lui fut arrachée en présence des soldats, pour lui témoigner notre mépris.        

      Sur certains points, il s’agissait de véritables capitulations : les habitants auraient bien voulu livrer les Prussiens cachés dans leurs maisons, mais à la condition qu’ils fussent fusillés dans un autre endroit, afin de préserver leur intérieur de taches de sang.

    Une remarquable exception, qui mérite d’être rappelée, nous fut fournie par une jeune et jolie femme qui, sans souci de la fusillade, descendit dans la rue, se joignit à un de nos détachements et l’accompagnait aux maisons qu’elle savait renfermer des ennemis.

    Je me souviens d’avoir vu à une fenêtre s’avançant en saillie sur la rue, ouverte et très exposée aux balles qui sifflaient dans toutes les directions, un jeune prêtre au visage blanc comme la cire, les bras croisés sur la poitrine et les yeux tournés en haut, qui paraissait prier.

    Je trouvai pour le moins curieux le choix d’un tel endroit.                                 

    Voulant me mettre en contact avec les chasseurs de Michard, je m’avançai par une rue latérale.

    Mon cheval étant tombé, je marchais à pied, lorsqu’il m’arriva de faire, aussi, mon prisonnier prussien.

    C’était un superbe échantillon du genre, grand, haut, bien découplé, orné d’une barbe magnifique.

    Il déboucha d’une porte qui s’ouvrit à l’improviste à côté de moi.

    Dès qu’il me vit, frappé sans doute par les dorures de mon uniforme, il se mit vivement au port d’armes.

    J’appelai des francs-tireurs et le fis désarmer.

    "Garibaldi, la surprise de Châtillon", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 4 : Le Commandant Michard

    Comme il ne restait plus rien à faire dans cette partie de la ville occupée par nous, une reconnaissance fut tentée vers la mairie, mais à peine débouchons-nous sur la place qu’une furieuse décharge nous accueillit ; la Mairie était presque isolée et entourée d’une grille ; notre troupe se trouvait fort réduite en nombre, la plupart des nôtres étant encore ou dispersés ou occupés avec les prisonniers, de sorte que nous dûmes renoncer à prendre de force cet édifice où s’étaient concentrés les ennemis.

    Ayant dès lors la certitude que Michard avait également réussi dans son opération, et que Welker avait pris tous les chevaux que l’on avait pu trouver, je donnai l’ordre au clairon de sonner la retraite.

    Celui-ci, par une sorte de lapsus, sonna au contraire la diane.

    Cette sonnerie venait vraiment un peu tard.

    Mais cette erreur du clairon nous mit tous en bonne humeur.

    Peu avant d’atteindre le point de réunion que nous avions fixé, nous fûmes rejoints par Michard et ses chasseurs, eux aussi chargés de prisonniers et de trophées.   

    Notre prise fut de 164 soldats et 13 officiers prisonniers ; 72 chevaux ; 6 voitures de matériel, notamment la voiture de la poste ; tous les instruments d’un corps de musique et deux très laides cantinières.

    Celles-ci, effrayées des plaisanteries dont elles étaient le point de mire de la part des francs-tireurs-et que, d’ailleurs, elles ne comprenaient pas- se réfugièrent près de moi et, pendant la marche, comme j’étais à cheval, elles s’attachèrent pour ainsi dire chacune à une de mes bottes.

    Pendant que nous étions occupés d’un côté, Michard, de l’autre, avait parfaitement exécuté la mission qui lui avait été confiée.

    Je lui laisse la parole. Voici le récit qu’il a fait à M. Paul Sigrist, et qui est rapporté dans « Un épisode de la campagne de 1870 » :   

     Arrivé au point qui m’avait été indiqué, je fis prendre aux chasseurs des Alpes la direction de Châtillon…

    Laissant la compagnie sous les ordres de mon lieutenant Bailly, je m’avançai vers un petit pont qui traversait la Seine et j’envoyai d’abord en avant un homme avec ordre de voir s’il y avait des sentinelles ou un corps de garde.

    L’homme, retournant, me rapporta qu’il n’avait rien aperçu.

    Alors j’allai moi-même jusqu’au milieu du pont, et je vis un factionnaire sur  la route. 

    Je retournai vers ma compagnie ; je pris six hommes et, avec eux, je traversai le fleuve à gué…

    Je ne voyais point le poste, mais seulement le factionnaire.

    Le visant avec ma carabine (le plus grand nombre de nos officiers portaient la carabine), je fis feu ; le coup ne partit pas.

    La sentinelle, entendant le bruit, se retourne, me vise, tire et me manque.

    Aussitôt je sonne la charge (avec le petit sifflet que portaient les officiers) ; la sentinelle s’enfuit vers l’auberge de la Côte d’Or.

    Avec mes hommes, je me précipite à ses trousses, et l’on m’a dit après que ce pauvre diable resta cloué à la porte par cinq coups de baïonnette ; le seul souvenir du hurlement qu’il poussa en mourant faisait pâlir l’homme qui me racontait ce détail.

    Nous enfilâmes l’escalier et, tout aussitôt, commença le siège des chambres occupées par les officiers.    

    A ce récit, j’ajouterai que Michard tentait d’ouvrir une chambre où se trouvaient plusieurs officiers, lorsque la porte s’ouvre brusquement et un des officiers fait feu sur lui avec un revolver, mais lui brûle seulement la barbe.

    Michard saisit de sa main gauche le poignet qui tient le revolver ; de sa main droite, il prend l’homme par le cou et, se servant de lui comme d’un bouclier, il s’avance dans la chambre.

    Un autre officier cherche à tourner ce bouclier vivant afin de tirer sur Michard, lorsque celui-ci, par un mouvement très rapide, lâche le cou du Prussien et avec une balle de son revolver fracasse la main de son nouvel adversaire.

    Michard raconte que lorsque les Prussiens se virent pris, ils demandèrent à se rendre et à être désarmés par un officier. 

    Je les désarmai moi-même, dit-il.

    Il mit alors l’hôtel en état de défense et ses hommes s’éparpillant à la recherche de prisonniers, des combats survinrent dans les maisons voisines et dans la rue.

    Cueillons encore ce détail dans le récit de Michard :                                                   

    Plusieurs Prussiens, quand nous les prenions cachés sous les lits, dans les soupentes, dans les caves, aux cabinets, sous la paille, etc. nous disaient : « Bon français-moi bon catholique-moi avoir beaucoup d’enfants », et comptant sur leurs doigts, ils nous indiquaient le nombre de leurs enfants, qui était toujours considérable. 

    Plusieurs Prussiens qui, au bruit de la fusillade, s’élançaient vers l’hôtel où ils savaient que leurs officiers logeaient, étaient ou blessés ou tués par les francs-tireurs qui en occupaient les fenêtres.

    En attendant, Michard, avec une forte patrouille, s’avançait vers le centre de la cité, cherchant à prendre contact avec nous, mais en passant dans la direction de la route de Chaumont.                            

    Pendant sa marche, il rencontra un officier supérieur à cheval, qui fut tout aussitôt tué, au milieu de son état-major

    .On apprit que c’était là le comte Alvensleben, frère des deux généraux de ce nom, chefs du IIIe et du IVe corps allemands, -et celui-ci commandait l’escadron de hussards qui se trouvait tout près de nous.

    Divers objets personnels trouvés sur lui, tels que bijoux et papiers privés, reconnus pour appartenir à une personnalité éminente, furent envoyés par moi au prince Frédéric-Charles, qui commandait les troupes sur notre front, et voici la lettre que je lui envoyai :

    AU PRINCE FREDERIC-CHARLES,                                                                                                 Général en chef de l’armée prussienne,

    Prince,

    J’ai l’honneur de remettre entre vos mains divers objets et papiers trouvés sur la personne de deux officiers supérieurs appartenant à votre armée et valeureusement tombés sous les coups de mes francs-tireurs, le 19 novembre, à l’attaque de Châtillon. 

    Sachant combien elles peuvent être chères à une famille, et ignorant le nom des victimes, j’ai pensé qu’il vous serait facile de trouver une destination à ces précieuses reliques.

    Le commandant de la 4e brigade, Armée des Vosges                                                   

    Ricciotti Garibaldi

    Ais-je besoin de dire que je n’ai jamais reçu de réponse à cette lettre, bien que par une autre source je sache que les objets sont arrivés à la destination que je leur indiquais.

    La politesse n’était évidemment pas le fort du prince Frédéric-Charles.

    Mais, après cette parenthèse, revenons à l’opération accomplie si bien par Michard.

    Il continua son mouvement et voici qu’il se trouve face à face avec un détachement prussien.

    Ceux-ci manifestent le désir de se rendre en levant la crosse du fusil en l’air.

    Les nôtres s’avancent pour les désarmer, mais, brusquement, les Prussiens retournèrent leur arme et font feu.

    Nos francs-tireurs leur ont fait payer cher cette ruse.

    Les comptes ayant été réglés et bien réglés avec ce détachement, Michard retourne sur ses pas, réunit ses chasseurs et vient ensuite me rejoindre avec ses prisonniers et quatre voitures de matériel.

    Il est superflu de dire combien nos hommes étaient joyeux de se voir réunis après cette expédition.

    Il en résulta une fête improvisée d’un bel élan et qui avait ses côtés comiques.

    Les casques à paratonnerre coiffaient maintenant nos francs-tireurs qui paraissaient transformés en autant de prussiens.

    Et, en effet, la seule manière de porter un peu commodément ce très incommode couvre-chef était de s’en coiffer.

    Une société musicale fut improvisée, où manquait une seule chose : la connaissance de la musique.

    On chercha à suppléer à l’absence de mélodie par l’emploi des tambours, et vous pouvez imaginer le concert qui en résulta.

    Ils semblaient tous devenus des écoliers auxquels une fête imprévue est accordée.

    Le commandement ferma un œil sur le relâchement de la discipline, et il arriva que les prisonniers eux-mêmes furent gagnés par la joyeuse humeur de nos hommes.

    Pauvres diables, ces prisonniers !...

    Le plus grand nombre étaient réellement des pères de famille incorporés dans la landwehr, et bien contents ils furent que leur situation de prisonniers les mit à l’abri du danger d’être tués.  

                                                                                                          

    Nous retournâmes ensuite sur Coulmier, et alors se produisit un de ces faits qui lient à jamais un commandant à ses soldats.

    Pendant une halte un peu prolongée, j’étais descendu de cheval et je me tenais sur une pierre.

    A quelque distance, je voyais mes officiers qui, réunis, discutaient avec animation.Enfin, Habert, des Dolois, l’orateur de la brigade, comme j’ai dit, se détache du groupe et s’avance vers moi, suivi par tous les autres.

    Commandant, fait-il, d’un ton embarrassé, j’aurais quelque chose à vous dire.                             

    Dites, répondis-je

    .                                                                                                    Ce serait comme une confession à faire, ajouta Habert.                                                                

    Eh bien ! Faites-la.                                                                                                      

    Mais, reprit-il, c’est que ce n’est pas facile.                                                                 

    Auriez-vous saccagé quelque église, malmené quelque couvent de nonnes ? Demandai-je en riant.     

    En somme, voici de quoi il s’agit, dit Habert, qui avait pris son parti.

    Commandant, vous avez sans doute remarqué que, pendant notre marche d’Autun à Châtillon, les compagnies cherchaient toujours à être détachées ou envoyées en service spécial(en effet, j’avais fait cette remarque, mais j’attribuais ce désir à un excès de zèle).                                                                                               

    Et bien, reprit Habert, que vous l’ayez déjà compris, ou que vous veniez par la suite à en connaître les raisons, nous, vos officiers, avons décidé de vous faire une confession ; c’est que ce désir de se détacher de la ligne de marche provenait du peu de confiance que nous avions en vous.

    Mais après ce fait de Châtillon, il ne me reste qu’à vous déclarer, au nom de tous, que vous pourrez nous amener partout où vous voudrez, que nous vous suivrons même les yeux bandés et jusqu’à la mort ! 

    Emu jusqu’aux larmes, je remerciai ces hommes pour cet acte, qui, je le sentais, nous solidarisait désormais.

    "Garibaldi, la surprise de Châtillon", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 5 : Habert

    A notre arrivée à Coulmier, nous trouvâmes le général Bossak-Hauké, le vaillant hongrois qui commandait notre première brigade, lequel ayant eu vent de notre contact avec l’ennemi, avait poussé ses troupes en avant, pour le cas où nous aurions besoin de soutien.

    Les officiers prussiens, nos prisonniers, furent invités à notre table, et le général Bossak fit un beau et généreux discours digne d’un tel homme, -mais je crains que cette éloquence n’ait produit aucun effet sur nos Prussiens, pour lesquels les noms de justice et de liberté étaient obscurs, tout se résumant pour eux en leur empereur ; - et pour lesquels le mot humanité était absolument incompréhensible, s’il faut en juger par leur façon de traiter les francs-tireurs qui avaient le malheur de tomber entre leurs mains ou les villages soupçonnés de favoriser les troupes françaises.                           

    En effet, j’appris que les Prussiens, au lendemain de notre coup, menaçaient de commettre des barbaries à Châtillon et j’écrivis la lettre suivante :

    Au commandant des forces Prussiennes                                                                     

    A Châtillon-sur-Seine

    Monsieur,                                                                                                                            Je suis informé que vous menacez la ville de Châtillon de représailles, motivées, dites-vous, par l’attaque des francs-tireurs, le samedi 19 novembre.           

    Je ne sache pas qu’une victoire due seulement à la bravoure d’un corps régulier puisse autoriser de semblables mesures.                                                                                                                       

    Une fois pour toutes, faites la guerre en soldats qui s’élancent loyalement dans la lutte et non en vandales qui aspirent seulement à la rapine.                                                        

    Menace pour menace : si vous êtes assez infâme pour mettre à exécution votre odieux projet, je vous donne l’assurance que je n’épargnerai aucun des deux cents prisonniers qui, vous le savez, sont entre mes mains.

    Le commandant de la 4e brigade                                                                                Ricciotti Garibaldi

    Voici ce que disent les rapports existant dans les archives de la commune de Châtillon et qui sont cités par Genevois (« les coups de Main pendant la guerre, p. 78-83 ») :                                               

    Cette troupe (les Prussiens) ivre de vengeance, tire des coups de fusil aux fenêtres et aux portes, pénètre dans les maisons, brise ou vole les meubles, envoie au loin un convoi d’otages, les frappant à coup de bâton et crachant sur eux.

    Le 22, un détachement de la brigade Kratz Koschlau, par les ordres de ce général, se livre à un pillage régulier et méthodique qui dure deux heures.

    Plusieurs maisons sont brûlées ; une contribution de guerre de un million est ordonnée.

    La ville s’en tire en payant comptant 153.500 francs environ.

    La route Saint-Jean et le haut du quartier de Chaumont sont spécialement indiqués aux rigueurs des pillards, le général ennemi ayant été informé que les habitants de ces quartiers surtout avaient favorisé les garibaldiens.

    Mais un coup de théâtre se produit : le maire, qu’on se préparait à fusiller, fut gracié :

    les otages furent remis en liberté ; et dans une lettre caractéristique le général annonce une espèce de grâce spéciale.

    Cette mansuétude, assaisonnée d’insultes, était due probablement à une lettre que Ricciotti Garibaldi lui avait envoyée de Montbard.

    M. Henri Genevois fait allusion à la lettre que nous donnons plus haut.

    Nous remîmes la surveillance de nos prisonniers aux gardes nationaux de Montbard, qui s’étaient avancés jusqu’à Coulmier à notre aide, et c’est à ces troupes civiques, renforcées des gardes nationaux de Semur accourus aussi à Montbard, que fut confié le service de la place dans cette cité, où nous arrivions le 20 novembre.

    Ainsi, nos compagnies purent au moins avoir une nuit de repos.

    Notre réception à Montbard fut des plus cordiales de la part de tous, spécialement du maire, M. Hugot, depuis sénateur, une sympathique et éminente personnalité.

    Un essaim de jeunes filles vêtues de blanc nous reçut à notre arrivée, et bien que l’on fut en hiver, de toutes les fenêtres pleuvaient des fleurs qui finissaient par orner la carabine de nos francs-tireurs.

    J’ajouterai encore que, le soir, les autorités nous réunirent tous, avec le général Bossak et son état-major, en un très cordial vin d’honneur.

    Le lendemain matin (22 novembre), nous partions pour Semur.

    "Garibaldi, la surprise de Châtillon", un notule d'histoire de Dominique Masson

     Figure 6 : Ricciotti et sa femme

    Quel fut le résultat pratique de ce coup de main ?

    Les Prussiens se sentirent sérieusement atteints dans l’un de leurs services les plus importants : celui des étapes.

    Extrêmement méticuleux comme ils étaient pour le maintien dans un état d’ordre parfait de leur vaste système de communication entre les armées, en les touchant là, c’était les toucher au point le plus sensible de leur organisation militaire.

    Et c’est de ce motif que naissait leur haine profonde pour les francs-tireurs, et l’extrême rigueur avec laquelle ils supprimaient ou réprimaient le moindre concours, même supposé, apporté par la population civile à ces corps francs.  

    Outre la perte effective en hommes et en chevaux qu’ils subirent dans ce cas, un plus grand dommage résultat pour eux du réveil d’un sentiment d’émulation parmi tous les autres corps de ce genre qui battaient la campagne, occasionnant diverses attaques, surtout celles de Auxon-sur-Aube, de        Chambœuf, de Clos-Vougeot, etc.[i] .

    En voyant ainsi menacée leur plus importante ligne de communication dans le Sud, les Prussiens furent obligés d’exécuter un mouvement de troupes de presque 20.000 hommes, mouvement qui dura quinze jours.Voici ce que relate le rapport de l’état-major prussien (partie II, pages 1273et suivantes) :                                                                           

    Le 21, le général de Raatz arrivait avec sa brigade.

    Le 23, il est rejoint par quatre compagnies de la landwehr et un demi-escadron.

    Le général Bonin, gouverneur général de la Lorraine, envoie un détachement à Chaumont « pour protéger la ligne menacée.                                        

    C’est ce que dit expressément le rapport, qui ajoute :

    A la nouvelle des faits survenus autour de Châtillon, le général Werder avait aussi dirigé des troupes dans cette direction.

    Le grand quartier-général prussien fait avancer le VIIe corps d’armée ou, au moins, la partie de ce corps qui était en avant de Metz, pour couvrir la ligne d’étapes de la IIe armée et pour maintenir les communications entre la VIe armée et le XIVe corps.

    Une partie des troupes du général Zastrow se réunissent autour de Chaumont.     

    Ajoutons à ces extraits du rapport de l’état-major, que divers auteurs prussiens, cités par Dormoy, disent que la colonne envoyée par le général Werder était la brigade Goltz, qui vint nous chercher à Montbard, treize jours après notre départ.

    En raison de l’absence prolongée de cette brigade, Werder, inquiet, envoie éventuellement à son secours la brigade Degenfell.                                     

    Et tout cela pour l’attaque de 416 francs-tireurs !

    Notre brigade, pour ce fait, fut portée à l’ordre du jour de l’armée. En voici le texte :   

    Les francs-tireurs des Vosges, les chasseurs de l’Isère, les chasseurs des Alpes de Savoie, le bataillon du Doubs et les chasseurs du Havre qui, sous la direction de Ricciotti Garibaldi, ont pris part à l’affaire de Châtillon, ont bien mérité de la République.                                                  

    Au nombre de quatre cents, ils ont attaqué environ mille hommes, les ont vaincus, leur ont fait cent soixante sept prisonniers, parmi lesquels treize officiers ; leur ont pris quatre vingt deux chevaux scellés, quatre voitures d’armes et demunitions et la voiture de la poste.        

    Les nôtres ont eu six morts et douze blessés,-beaucoup plus en eurent les ennemis.

    Et le général m’adressait la lettre suivante :

    REPUBLIQUE FRANCAISE

    Liberté, Egalité, Fraternité

    Commandement Général de l’Armée des Vosges                                                        

    Arnay-le-Duc, 21 novembre 1870

    Mon cher Ricciotti,

    Je t’envoie un baiser affectueux et un applaudissement pour ta conduite de preux.                   

    Salue pour moi tous les officiers et soldats qui ont pris part à la brillante entreprise et tu leur diras qu’ils ont bien mérité de la République.                                                                   

    Retire-toi à Saulieu, ou à Autun si cela te convient.

    Tu auras les 400 hommes de plus que tu demandes.

    Je recommande mes prisonniers à la générosité française

    A toi                                                                                                                        J. Garibaldi

    Et le gouvernement de la Défense Nationale complimentait la 4e brigade par des honneurs spéciaux et faisait annoncer le fait de Châtillon aux autorités civiles et militaires de France par la dépêche-circulaire suivante :   

    Tours, 20 Novembre 1870

    A Châtillon-sur-Seine, sept ou huit cents ennemis, surpris par Ricciotti Garibaldi, ont été mis hors combat ou faits prisonniers[ii] ».

     

    [i] Six jours après l’affaire de Châtillon, à Auxon-sur-Aube, 270 francs-tireurs du Doubs, commandés par Ollivier Ordinaire, du corps garibaldien, attaquaient, à quatre heures du matin, un détachement prussien de 3 à 400 hommes, des troupes d’étapes, en tuaient ou blessaient une cinquantaine et ramenaient 9 prisonniers et plusieurs voitures. A Chamboeuf, le 22 novembre, deux compagnies de francs-tireurs, Lyonnais et Vauclusiens, en tout 325 hommes, sous les ordres du commandant Lhoste, surprirent des compagnies du régiment des grenadiers de la garde badoise ; leur firent subir la perte d’une cinquantaine d’hommes et de leur lieutenant-colonel, emporté à Dijon où il mourut de sa blessure. Près de Clos-Vougeot, des francs-tireurs avaient rencontré une forte reconnaissance de cavalerie et lui avaient tué une trentaine de cavaliers.

    [ii] Le 8 décembre 1870, Ricciotti Garibaldi fut fait chevalier de la légion d’honneur par le gouvernement français (mais son père aurait refusé la décoration au nom de son fils).

    [1] Six jours après l’affaire de Châtillon, à Auxon-sur-Aube, 270 francs-tireurs du Doubs, commandés par Ollivier Ordinaire, du corps garibaldien, attaquaient, à quatre heures du matin, un détachement prussien de 3 à 400 hommes, des troupes d’étapes, en tuaient ou blessaient une cinquantaine et ramenaient 9 prisonniers et plusieurs voitures. A Chamboeuf, le 22 novembre, deux compagnies de francs-tireurs, Lyonnais et Vauclusiens, en tout 325 hommes, sous les ordres du commandant Lhoste, surprirent des compagnies du régiment des grenadiers de la garde badoise ; leur firent subir la perte d’une cinquantaine d’hommes et de leur lieutenant-colonel, emporté à Dijon où il mourut de sa blessure. Près de Clos-Vougeot, des francs-tireurs avaient rencontré une forte reconnaissance de cavalerie et lui avaient tué une trentaine de cavaliers.

    [1] Le 8 décembre 1870, Ricciotti Garibaldi fut fait chevalier de la légion d’honneur par le gouvernement français (mais son père aurait refusé la décoration au nom de son fils).


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  • Notule d’histoire châtillonnaise

    Les principes républicains de la Seconde République, en 1848

     

    En cette période d’attentats tendant à amoindrir les idéaux de la République française, on peut relire la proclamation faite en 1848, qui affirme les principes républicains.

    Après l’interdiction de banquets où l’on pouvait échanger des idées républicaines, une émeute éclate à Paris le 23 février 1848, après que la troupe ait tiré sur la foule.

    Le roi Louis-Philippe préfère alors abdiquer le 24.

    La République sera proclamée (ce sera la seconde République) et un gouvernement provisoire se met en place, dirigé par Ledru-Rollin et Lamartine.

    Ce gouvernement provisoire prend  aussitôt des mesures essentielles :

    -rétablissement du suffrage universel masculin 

    -liberté de réunion et de la presse 

    -abolition de l’esclavage dans les colonies françaises 

    -et la peine de mort est supprimée pour les délits politiques.

    Un climat d’euphorie s’installe alors, c’est « l’esprit de 1848 ». Les Français semblent  réconciliés autour d’un idéal de fraternité et les femmes aussi s’expriment, même si elles ne peuvent pas voter.                                                                          C’est dans cet esprit qu’est rédigé l’appel aux citoyens de Châtillon, réaffirmant ces principes républicains.

    "Les principes républicains de la Seconde République en 1848", un notule d'hisoire de Dominique Masson

     Citoyens de l’arrondissement de Châtillon !

    La REPUBLIQUE FRANCAISE est proclamée !

    Un Gouvernement provisoire a reçu de l’héroïque population parisienne la mission de prendre d’urgence les mesures nécessaires pour régulariser ce grand mouvement, et il soumettra prochainement à la sanction de tous les Français, les bases de la constitution définitive de la République.

    Le glorieux drapeau tricolore est et sera toujours celui de la Nation. Citoyens, serrons nos rangs à l’abri de ses couleurs vénérées ! Rallions-nous de cœur et d’effet au Gouvernement provisoire dont tous les actes respirent le dévouement aux vrais principes de toute société libre et civilisée.

    Que les sentiments de liberté, d’égalité, de fraternité soient dans nos cœurs encore plus que sur nos lèvres !

    Restons unis pour maintenir l’ordre, les lois, le respect profond et sévère des propriétés publiques, de la propriété privée.

    Que tous les cultes soient respectés et protégés : la liberté des consciences est  au premier rang de nos libertés.

    Français, ayez toute confiance dans le Gouvernement ! Gardez la concorde entre vous : fermez l’oreille à toutes les vaines rumeurs aussi bien qu’à toutes les instigations perfides au moyen desquelles on chercherait à ébranler cette confiance et cet accord ! Formez, en un mot, une seule et grande famille de frères et d’amis ! Ainsi vous resterez les dignes chefs et les modèles honorés de ce magnifique mouvement dont vous avez donné l’exemple. Ce mouvement fait aujourd’hui le tour de l’Europe : il fera le tour du monde !

    Châtillon-sur-Seine, le 28 février 1848

    Le sous-préfet, Ad. Méliot

    (imprimerie de F.Lebeuf, à Châtillon-sur-Seine, en face de l’Hôtel-de-Ville)

    Merci à Dominique Masson d'avoir retrouvé ce texte  et de nous le faire connaître.


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  • Dominique Masson, Historien du Châtillonnais, m'envoie un nouveau très intéressant notule sur une sainte Côte d'Orienne, presque oubliée, Catherine Labouré originaire de Fain les Moutiers, mais qui vécut un certain temps à Châtillon, avant de rejoindre le couvent de la rue du Bac à Paris. C'est là qu'elle eut des apparitions de la Vierge Marie.

    Merci à Dominique Masson pour cette étude passionnante.

    Notule d’histoire

    La médaille miraculeuse et Catherine Labouré

     Au début de 1832, l’abbé Aladel, prêtre lazariste et confesseur d’une religieuse de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul, reçoit l’autorisation par l’archevêque de Paris de faire diffuser une médaille représentant la Vierge, qu’une religieuse de cet ordre dit avoir vue, suite à une vision.

    A l’avers, au centre, se trouve la Vierge,représentée en pied, les bras légèrement détachés du corps et les mains ouvertes, d’où partent des rayons de lumière symbolisant les grâces obtenues par son intercession ; Marie écrase sous ses pieds un serpent ; autour, on trouve l’inscription : « O Marie, conçue sans péché, qui avons recours à vous, priez pour nous » ; la date, en bas, de 1830,  est l’année des trois apparitions successives de la Vierge à la religieuse.

    Au revers se trouve, au centre, la lettre M, pour Marie, qui entrelace une barre horizontale qui soutient le pied de la Croix ; au-dessous se trouvent deux cœurs, l’un encerclé d’une couronne d’épines, qui est le cœur de Jésus, et l’autre est transpercé par une épée, représentant la douleur d’une mère voyant son enfant mourir ; et, autour, sont disposées douze étoiles, symbolisant les douze tribus d’Israël et les douze apôtres.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     Mais, à partir du 26 mars 1832, le choléra déferle sur Paris. Au total, il y aura plus de 20 000 morts.

    Fin mai, l’épidémie semblant reculer, l’abbé Aladel prend contact avec un bijoutier et lui passe commande de la médaille.

    Les 1500 premiers exemplaires sont livrés le 30 juin. La médaille va être d’abord distribuée par les sœurs de la Charité, dans la région parisienne, lors de la reprise du choléra.

    C’est alors que se produisent des miracles et des guérisons de personnes qui ont porté la médaille.

    Dès février 1834, la médaille est couramment qualifiée de « miraculeuse ». En fait, il ne semble pas y avoir corrélation entre la médaille et le choléra, mais, en 1839, 10 millions d’exemplaires de la médaille ont été distribués dans le monde entier (et un milliard en 1876).

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Par contre, la médaille a permis un renouveau de ferveur et de vocations ; alors qu’il n’y avait, en 1830, que 71 entrées au séminaire de la rue du Bac, à Paris, pour les jeunes sœurs de la Charité,il y en a 686 en1854.                                                                                                                        L’abbé Aladel est obligé de faire paraître une « notice historique sur l’origine et les effets de la nouvelle Médaille frappée en l’honneur de l’Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge et généralement connue sous le nom de Médaille Miraculeuse ».  

    Cette notice expliquait les origines de la médaille, mais en restant assez vague : Depuis peu, Sœur M… nous a fait part d’une circonstance que nous avions omise en racontant les trois visions.

    C’est que ces grâces, figures dans les rayons, découlaient avec plus d’abondance sur une partie du globe qui se trouvait aux pieds de Marie ; et cette partie privilégiée, c’était la France ». La notice, imprimée à 10 000 exemplaires en août 1834, fut épuisée en moins de deux mois.

    L’imagerie populaire, entre autre celle d’Epinal va s’emparer de ce fait. On frappe aussi ultérieurement des médailles, associant au revers un saint local, comme saint Vorles.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Devant la ferveur envers la médaille et le nombre croissant de miracles, l’archevêque de Paris ouvre un Procès ; médaille et miracles seront examinés selon les méthodes d’investigation de Rome.

    Mais le principal témoin, la sœur qui a eu ces visions, refuse de témoigner devant le tribunal.

    C’est aussi dans ce sens que la médaille est « miraculeuse », car on ne sait d’où elle vient.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     Cependant, comme la Vierge avait demandé à la visionnaire de rassembler une confrérie d’enfants de Marie, ce fut chose faite en 1837, avec la création des Enfants de Marie, rassemblant des adolescentes du milieu populaire pour former une élite de piété.

    La Vierge s’était aussi présentée à la visionnaire comme « conçue sans péché ». Dans l’Eglise catholique, plusieurs voix se font entendre pour demander au pape la formulation du dogme de l’Immaculée Conception.

    Après l’avis de théologiens, de cardinaux et des évêques, le pape Pie IX, le 8 décembre 1854, proclame solennellement ce dogme.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Le nom de la sœur qui avait eu ces révélations n’était toujours pas connu mais, si le secret avait été peu à peu éventé par les religieuses de l’Ordre et connu de quelques personnes importantes, comme la maréchale Mac-Mahon, rien ne transpire auprès du grand public.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Ce n’est qu’après sa mort, survenue le 31 décembre 1876, que le secret est révélé à tous et que des miracles se produisent.

    Contrairement à l’usage d’enterrer les religieuses au cimetière, le corps de la sœur est mis dans un caveau à Reuilly, là où elle avait passé l’essentiel de sa vie.La fête liturgique de la manifestation de la Médaille miraculeuse sera célébrée le 27 novembre 1894.

    La sœur voyante sera déclarée « vénérable » le 11 décembre 1907, lorsque sa cause en béatification fut introduite ; elle sera béatifiée par Pie XI le 28 mai 1933.

    Son corps, exhumé le 21 mars et retrouvé intact, dans un « parfait état de conservation », avait été transporté le 22 mai au 140, rue du Bac, à la « maison-mère ».

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Le 11 juin, le même pape approuvait le culte de Marie, reine du monde (Vierge au globe).

    Catherine Labouré fut canonisée le 27 juillet 1947 par Pie XII.

     Car cette sœur, Catherine Labouré, a été appelée la « Sainte du Silence », selon l’expression du pape Jean XXIII.

    Elle est née le 2 mai 1806, dans la ferme de ses parents, à Fain-les-Moutiers, mais perd très tôt sa mère.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    La petite Catherine, surnommée « Zoé », va assez vite se transformer en fermière et seconder son père, tandis que sa sœur ainée, Marie-Louise, part chez les Filles de la Charité, à Langres.

    Chaque fois qu’elle le peut, Catherine se rend à l’église pour prier.

    Une nuit, elle a un songe : un vieux prêtre lui apparaît, qui célèbre la messe et, se retournant, lui fait signe d’approcher, mais Catherine a peur.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Catherine approche de ses 18 ans, mais elle n’est pas allée à l’école et ne sait signer.

    Une cousine, Jeanne (ou Jeannie) Gontard, qui tient un pensionnat à Châtillon (31 pensionnaires en 1841), au 7 rue Saint-Vorles, propose alors de la prendre.

    Comme sa petite sœur, Marie-Antoinette, dite « Tonine », est assez solide pour assumer la maison, son père consent à la voir partir.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     Quand elle le peut, elle se rend à l’église proche de Saint-Nicolas, où elle rencontre le vieux curé, l’abbé Gailhac, qui lui dit que le prêtre vu en songe pourrait être Saint-Vincent.

    Elle va se rendre aussi chez les Filles de la Charité et là, elle est toute surprise de reconnaître parfaitement, dans une peinture qui y est accrochée, le portrait de ce vieux prêtre qui lui était apparu en songe : les sœurs lui apprennent que c’est effectivement le portrait de Saint-Vincent-de-Paul[i].

     [i]Selon l’abbé Laurentin, il y avait un portrait authentique de Saint-Vincent conservé par les sœurs de Moutiers, attribué à François de Tours, à 2,5 km. de Fain, mais il se trouvait à l’époque dans une salle de communauté réservée aux Sœurs et Catherine ne l’a pas vue lors de ses visites.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Saint Vincent de Paul (1626-1660) était un prêtre français qui, devant la misère spirituelle et corporelle des plus démunis, va fonder, d’abord, en 1625, la Congrégation de la Mission, qui prendra plus tard le nom de Lazaristes, vouée à l’évangélisation des pauvres des campagnes, et, en 1633, avec l’aide de sainte Jeanne de Chantal, les Filles de la Charité, aussi appelées « sœurs de Saint-Vincent-de-Paul » ou « sœurs grises », vouées au service des malades et au service corporel et spirituel des pauvres.

    A Châtillon, l’abbé Pierre Guyotte avait fondé un hôpital, en 1666, et des filles du Vénérable Bénigne Joly vinrent de Dijon s’occuper des malades, en 1704. Pour les pauvres, des dames de charité faisaient des quêtes et se chargeaient elles-mêmes d’en faire la distribution.

    L’une d’elle, veuve et sans enfant, Marie-Joseph de Sainte-Colombe, eut le projet de fonder un établissement des Sœurs de la Charité.

    Son projet fut approuvé par lettres patentes du roi en juin 1787.

    Ayant pu acheter une petite maison « à l’extrémité de la Haute-Juiverie, à l’endroit où la rue se coude brusquement pour tomber dans la rue de l’Isle », trois sœurs « grises » arrivèrent l’année suivante, ayant un traitement de 300 livres chacune.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     Malheureusement, à la Révolution, les sœurs furent chassées et leur maison vendue le 16 fructidor, an II.

    Cependant, il y avait toujours plus de demande de secours de la part des pauvres.

    Le 22 pluviôse, an XI, le conseil municipal avait sollicité la remise en activité de l’établissement des sœurs de la Charité.

    Grâce à l’insistance du bureau de Bienfaisance, au soutien à Paris du comte de Chastenay et de sa fille, Victorine, et à l’argent de madame de Gissey, veuve d’Alexandre Jouard de Gissey, qui permit de racheter l’ancienne maison des sœurs, trois nouvelles sœurs arrivèrent, le 12 octobre 1804

    [i].En 1828, la sœur Joséphine Cany devint supérieure. Elle avait en particulier, pour la seconder, la sœur Victoire Séjolle, arrivée en 1827.

     [i] Née Viesse, elle décède le 16 mai 1813

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     Si Catherine a appris à écrire chez sa cousine, elle est mal à l’aise au milieu des jeunes filles de la bourgeoisie locale.

    Elle préfère rentrer chez elle, à Fain, mais elle est résolue à devenir religieuse et s’oppose violemment à son père vieillissant.

    Après un court séjour à Paris, chez l’un de ses frères, elle retourne à Châtillon, au pensionnat, où il y a des changements ; en effet, son frère Hubert a épousé sa cousine et Jeanne est devenue sa belle-sœur.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Catherine fréquente de plus en plus les Filles de la Charité et sympathise avec la sœur Victoire Séjolle, laquelle insiste auprès de sa supérieure, sœur Cany, afin de la recevoir dans la communauté.

    Mais il y a le problème de la dot ; son frère et sa belle-sœur vont y pourvoir, le père de Catherine s’y refusant.

    Au début de janvier 1830, sœur Cany (Anne-Joséphine, qui décèdera le 31 août 1872) envoie son avis favorable à la Maison-Mère, où le conseil des Filles de la Charité l’adopte en ces termes, à la date du 14 janvier : Ma Sœur Cany propose Mademoiselle Labouré, sœur de celle qui est Supérieure à Castelsarrasin.

    Elle a 23 ans, et convient très bien pour notre état ; une bonne dévotion, un bon caractère, un fort tempérament, l’amour du travail, et fort gaie.

    Elle communie régulièrement tous les huit jours. Sa famille est intacte, pour les mœurs et la probité, mais peu fortunée : on presse beaucoup pour la recevoir. 

                                                                               Le 22 janvier, la réponse arrive, et elle est favorable.

    Sœur Séjolle se fait une joie de la former aux prières et à la vie de communauté[i].

    Elle l’initie à la « marmite des pauvres malades » ; deux fois par semaine, le dimanche et le jeudi, vers une heure de l’après-midi, les sœurs donnaient une portion de bouillon aux pauvres de Châtillon qu’ils emportaient ensuite chez eux, et qui était aussi distribuée aux malades.                                                                                                                                 A la mi-mai, l’épreuve du postulat est terminée pour Catherine. Elle empile son trousseau dans une malle : 4 paires de draps mi- usés ; 12 serviettes mi- usées ; de la toile pour chemises et 11faites ; 5 robes (4 d’indienne et 1 de soie violette) ; 4 jupes (dont 1 indienne) ; 4 schals ; 1 fond blanc de laine à passe et 3 de laine noire (dont 1 bien mauvais) ; 13 fichus de soie violette ; 1 morceau de coton ; 30 serre-tête ; 11 mouchoirs de poche ; 3 paires de poches (ce qui tenait lieu de sac à main) ; 3 paires de bas ; 1 corset ; 1 robe noire ; plus la dot offert par son frère et sa belle-sœur, soit 693 francs.

     [i] Quand la sœur Séjolle apprendra, plus tard, qu’une sœur avait été favorisée des apparitions de la Vierge, elle pensera tout de suite que c’était Catherine.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     C’est à Châtillon que Catherine va prendre la diligence pour Paris, accompagnée de sœur Hinaut, arrivée en 1811 comme supérieure, mais qui avait laissé sa place en 1828 à sœur Joséphine Cany et retournait à la Maison-Mère (elle y décèdera le 21 octobre 1838).                                                           

    Les deux sœurs arrivèrent ainsi, le 21 avril 1830, rue du Bac, car c’est là qu’en 1813, les Filles de la Charité avaient installé leur « maison-mère » et elles y avaient construit leur chapelle, consacrée en 1815.

    Catherine arrive juste avant le transfert des reliques de Saint-Vincent-de-Paul de Notre-Dame à Saint-Lazare, le 25 avril.

    C’est  alors que, revenant de prier devant ces reliques, le cœur de Saint-Vincent lui apparût, trois jours de suite ; puis, à la messe, elle voit l’hostie qui devient transparente comme un voile.

    Et la nuit du 18 juillet, un « enfant » la réveille et l’emmène à la chapelle où  la Vierge lui apparaît.

    Cette apparition se reproduira deux autres fois, en novembre et décembre 1830, la Vierge lui faisant des prédictions et lui ordonnant de faire frapper une médaille[i]. Elle aura encore la vision d’une Croix en 1848.

                                                                                                                    Le 30 janvier 1831, le séminaire s’achève et Catherine prend l’habit.

    Son confesseur, l’abbé Aladel, reçut ses confidences, mais mit du temps à croire Catherine.

    Le 5 février, Catherine est affectée à l’hospice d’Enghien. Fondé en 1819 par la duchesse de Bourbon, en souvenir du duc d’Enghien, il fut transféré à Reuilly en 1829, en y ajoutant la charge de soigner 50 vieux serviteurs de la famille d’Orléans.

     [i] La première apparition eut lieu dans la nuit du 18 au 19 juillet 1830 ; la deuxième, ce fut le 27 novembre ; et la dernière, en décembre. Toutes ont eu lieu à la chapelle de la rue du Bac.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     Là, jusqu’à sa mort, elle ne cessera de s’occuper à servir les pauvres et les vieillards et de veiller sur la basse-cour, se montrant toujours humble.

    Elle fit trois relations écrites sur les Apparitions de la Sainte Vierge, mais non datées, la première probablement en 1841 et la dernière probablement en 1876.

    Elle décède peu après, le 31 décembre 1876.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Après la disparition de leur établissement lors des bombardements de Châtillon en juin 1940, les Sœurs de la Charité purent s’installer dans une propriété entre l’allée des Boulangers et la rue Ernest Humblot.

    Peu de choses purent être sauvées de l’établissement bombardé ; l’ancienne grille  fut installée devant la cour de la bibliothèque municipale.

    Egalement, une petite statuette représentant la Vierge tenant l’Enfant Jésus, que Catherine dut voir à Châtillon, fut retrouvée intacte.

    Lors de leur départ de Châtillon en 1999, les Sœurs de la Charité portèrent la statue à Fain-les-Moutiers.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    En 1950, le Conseil de l’Europe se mit en tête d’avoir un symbole pour le représenter.

    Après avoir refusé plusieurs projets, la commission chargée de cette mission retint celui d’un fonctionnaire du Conseil, Arsène Heitz.

    Il avait conçu un drapeau bleu sur lequel se détachent douze étoiles, pointes hautes, formant un cercle.

    Les membres du Conseil apprécièrent le ciel sans nuage et la symbolique des douze étoiles, rappelant la perfection, la plénitude et l’unité.

    Plus tard, Arsène Heitz raconta que, ce qui l’avait inspiré, c’était la médaille miraculeuse qu’il portait autour du cou.

    Quant au Conseil de l’Europe, il signa le texte portant l’adoption du drapeau le 8 décembre 1955, le jour de la fête de l’Immaculée Conception.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson(Dominique Masson)

     Remerciements à M. Michel Massé et aux sœurs de la Charité de Fain-les-Moutiers

    Bibliographie :

    -Frérot (abbé) : la maison de Charité de Châtillon-sur-Seine, 1788-1888 ; Châtillon-sur-Seine, Pichat, 1888-Laurentin René (abbé) : Vie authentique de Catherine Labouré ; Paris, 1981       -La médaille miraculeuse ; Abbeville ; 1930

     

     


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  •  Un "Notule d’histoire châtillonnaise" par Dominique Masson que je remercie au nom de tous les lecteurs pour toutes ses recherches passionnantes sur l'histoire du Châtillonnais.

     Quelques chanoinesses du Châtillonnais

     Si l’on connaît ce que sont les chanoines, on connaît moins ce que sont les chanoinesses, d’autant qu’il y a deux familles distinctes, comme pour les chanoines.

    Né à la fin du Ve siècle, Benoît de Nurcie, après une vie d’ermite, devint l’abbé d’une communauté et fut le fondateur de l’ordre des bénédictins.

    Ayant constaté que sa communauté ne respectait pas la règle de saint Pacôme, qui avait organisé les premières communautés religieuses, il édicta une règle rigoureuse ; ainsi, ayant inspiré largement le monachisme occidental ultérieurement, il est souvent considéré comme le patriarche des moines d’occident.

    Ceci donnera naissance aux réguliers. Au IXe siècle, saint Benoît d’Aniane reprit cette règle.                                                                                      Mais au haut moyen-âge apparaîtront des chapitres de chanoines, religieux regroupés autour de l’évêque pour le conseiller ou désirant vivre en communauté, mais au contact des laïques : les séculiers.

    En même temps, apparaîtront des chapitres de chanoinesses car, depuis l’apparition du christianisme, des femmes vierges ou veuves se consacraient à la religion, «  servantes »de l’Eglise, aidant aux préparations des cérémonies religieuses ou assistant les prêtres pour la vie de tous les jours.

    Le concile de Ver, en 755, imposa une vie régulière à toutes les femmes consacrées et le cinquième concile d’Aix-la-Chapelle, en 817, publia deux ordonnances, l’une concernant les chanoines, l’autre les chanoinesses.

    Celles-ci étaient astreintes à la récitation des heures canoniales, devaient mener une vie communautaire (réfectoire et dortoir communs) et observer l’égalité des conditions, mais il y avait aussi quelques dispositions particulières : elles pourraient avoir des servantes, des habitations particulières « le jour », et un contact réduit et réglementé avec des hommes. Cependant l’efficacité de ces « réformes » fut médiocre.

    Il était difficile de distinguer les moniales des chanoinesses.

    Il existe des moniales bénédictines, qui auraient été instituées au VIe siècle par sainte Scolastique, sœur de saint Benoît.

    Le prieuré de Jully-les-Nonnains (Yonne ; là la sœur de saint Bernard, Hombeline, y fut prieure) fut fondé en 1115.

    D’autres vont se référer à une lettre de saint Augustin d’Hippone, donnant des normes de vie religieuse commune (lui-même avait vécu comme moine avant d’être appelé à assumer la charge d’évêque de sa ville d’Afrique du Nord) ; de là naîtront les Augustines, suivant la règle que saint Augustin donna à un monastère fondé par sa sœur à Hippone ; elles se vouaient à la garde des malades et au service des hôpitaux.

    Plus tard, existeront des cisterciennes, vouées au silence, aux prières, à la méditation et au travail manuel (la première abbaye féminine cistercienne étant celle de Tart, fondée en 1132, en Côte d’Or ; la première abbesse vint de Jully).

    Il y aura également des chanoinesses régulières.

    Par exemple, on trouve les chanoinesses du Latran dès le haut moyen-âge, les chanoinesses régulières du Saint Sépulcre, ayant pour but le chant de l’office choral pour réciter les heures canoniques, fondées en 1114, ou les chanoinesses régulières hospitalières de la miséricorde de Jésus, mentionnées pour la première fois en 1285.

     Le concile du Latran obligea, en 1215, tous les monastères à se rattacher à l’une ou à l’autre des deux règles de saint Benoît et de saint Augustin.

    Les chanoinesses séculières, soucieuses de leur origine bénédictine et ne voulant en aucun cas être assimilées aux chanoinesses régulières, se placèrent dans l’ordre de saint Benoît, mais sans appliquer la règle.

    La papauté ne put supprimer ces abbayes et ne sut où les ranger ; elle dut alors s’en accommoder.

    Egalement certaines abbayes glissèrent lentement dans le groupe des abbayes nobles séculières.

    Ces abbayes ou prieurés se trouvaient surtout dans l’est de la France actuelle (par exemple, Montfleury, près de Dijon), dans les Flandres, le duché de Lorraine et en Franche Comté, terres ayant longtemps relevé du Saint Empire germanique, ou dans le Lyonnais et l‘Auvergne.

    "Quelques  chanoinesses du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Cette trentaine de chapitres nobles avaient plusieurs particularités : d’abord, elles furent réservées aux familles nobles, et plus particulièrement aux filles de comtes.

    D’autre part, bien que dirigées en général par une abbesse, les femmes reçues là menaient une vie assez éloignée d’une règle : elles n’étaient pas tenues à prononcer de vœux (sauf exception, par exemple pour la prieure) et avaient la possibilité de quitter l’abbaye pour se marier ; elles suivaient une liturgie canoniale peu stricte ; elles étaient autorisées à de longues absences et pouvaient avoir un contact régulier avec des gens du siècle ; elles avaient une habitation particulière à l’intérieur de l’enceinte de l’abbaye ainsi que du personnel.

    Et enfin, elles avaient des revenus particuliers, sous forme de prébende, c’est-à-dire qu’elles percevaient une partie des revenus provenant des recettes de l’abbaye[i] ; aussi ces places de chanoinesses étaient-elles fort recherchées pour certaines familles nobles, quelque peu désargentées (mais elles perdaient cet avantage si elles se mariaient).

    On parvenait à en avoir une par rang d’ancienneté.

    Souvent, cette prébende se transmettait entre femmes de la même famille.

    Outre les frais de réception et l’entretien des chanoinesses, la famille devait leur construire une maison, mais cette dépense était rentabilisée, car les chanoinesses-les « tantes »- pouvaient adopter des «  nièces », qui héritaient de la maison et du mobilier de leur tante.

     L’une de ces chanoinesses fut Sophie Françoise Marie le Compasseur de Créqui-Montfort.                 

    Elle était fille de Gaspard le Compasseur et d’Elie Elisabeth de Fussey.

    Son père, marquis de Courtivron, après une carrière militaire où il fut fait chevalier de Saint Louis, se consacra aux sciences et fut élu à l’Académie royale des Sciences en 1744, comme « mécanicien » ; entre autre, il rédigera, avec Bouchu, « l’art des forges et fourneaux à fer ».

    Devenu veuf, il se remaria, en 1759, à Elie Elisabeth de Fussey.

    Celle-ci, avant son mariage, était chanoinesse au prieuré d’Alix.

    Ce prieuré bénédictin, fondé vers le IXe siècle au sud du beaujolais, entre Villefranche et Lyon, a évolué ensuite en chapitre noble de chanoinesses, confirmé par lettres patentes de Louis XIV en 1753, et dirigé par une prieure.

    En 1780, le prieuré devint une abbaye. Ce chapitre était composé de la meilleure noblesse de la province[ii].

    Les jeunes filles, après s’être justifiées de 8 degrés de noblesse paternelle, recevaient le titre de « chanoinesse-comtesse » ; elles étaient vêtues de noir et portaient une croix d’or émaillée à huit pointes pommetées, surmontée d’une couronne de comte ; au milieu, un médaillon représentait, d’un côté la Vierge et, de l’autre, saint Denis.

    A l’âge de 25 ans, elles choisissaient de retourner vivre dans la société avec laquelle elles n’avaient pas rompu les liens, ou prononçaient des vœux et, dès lors, pouvaient bénéficier d’une partie des revenus du chapitre.

    Devenues alors chanoinesses professes, propriétaires de la maison que leur famille s’était engagée à faire construire dans l’enceinte du chapitre, elles conservaient jusqu’à leur mort un mode de vie mi- religieux, mi- mondain.

     [i] A Neuville, pour les 19 chanoinesses, il y avait 20 prébendes, la prieure en ayant deux. Les prébendes leur étaient payées, « partie en denrées, partie en argent ».

    [ii]Stéphanie Félicité Ducrest de Saint-Aubin, devenue par son mariage comtesse de Genlis, n’avait que six ans quand, en 1753, elle fut reçue chanoinesse au chapitre d’Alix

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    La famille d’Elie Elisabeth est connue depuis le XIVe siècle. Son père, François de Fussey, est marquis de Sérigny, comte de Menessaire, seigneur de Chissey, Lamotte, l’Abergement, Verdun et autres lieux ; il est devenu aussi seigneur d’Ebaugis par son mariage avec Anne Marie Jérôme Nuguet de Baugis.

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    Aussi, après examen de tous ses quartiers de noblesse, Elie Elisabeth entrera au prieuré le 5 avril 1746.

    Elle y sera présente jusqu’en 1758. Le 26 novembre 1759, elle épousait, à Reclesne (Saône et Loire aujourd’hui), Gaspard le Compasseur.de Créquy Montfort, dont les ancêtres avaient des attaches avec des familles châtillonnaises.

    Elle eut avec lui trois fils et une fille, Marie Sophie, née à Is-sur-Tille le 30 juin 1764.                                                                                                                    Cette dernière devint aussi chanoinesse d’Alix et, à l’âge de 10 ans et demi, le 3 novembre 1774, entrait au prieuré.

    Mais, avec la Révolution, le chapitre fut dissous en 1791.

    Il est probable que Sophie rentra chez elle, avant d’épouser, en 1794, Jean-Baptiste Tiffet, directeur des domaines et contributions, dont elle aura deux filles[i].

    Elle va décéder le 7 juillet 1833, à Châtillon, rue du Bourg-à-Mont, probablement chez l’une de ses filles, Eugénie Sophie, qui avait épousé en 1820, Etienne François Jean Campora, comte de Pezzana, qui était directeur des contributions indirectes.

    [i]Honorine Augusta et Eugénie Sophie (25/7/1795, Vienne ; 19/6/1847, Avallon) qui épousa en 1820 Etienne Campora, comte de Pezzana

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    La deuxième chanoinesse est plus connue : c’est Victorine de Chastenay.                                     

    Louise Marie Victoire est née à Paris, le 11 avril 1771.

    Son père, Erard Louis Guy, comte de Chastenay, après une carrière militaire où il a été fait chevalier de Saint Louis, s’intéressa à la diplomatie ; mais, bloqué dans son avancement par Vergennes, il se retira sur ses terres d’Essarois, où il était né.

    Il avait épousé à Paris, le 30 janvier 1770, Catherine Louise, fille du marquis d’Herbouville.

    Ils auront deux enfants, Henri Louis et Victoire, qui se fera appeler Victorine.

    "Quelques  chanoinesses du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Elle aussi deviendra chanoinesse, comme plusieurs autres femmes de sa famille avant elle.

    Sa grand-mère paternelle, Louise Anne Elisabeth Le Bascle d’Argenteuil, fut chanoinesse de Remiremont[i].

    Mais c’est à Epinal que Victorine fut reçue, car l’une de ses parentes proches, Marie Louise Victoire Le Bascle d’Argenteuil, «  nommée le 18 septembre 1771, apprebendée le 3 août 1772 », fut élue abbesse du lieu le 11 décembre 1784 (abbesse du 9 mai1785 à 1788)[ii].

     [i] Selon Jean Kastener, l’une des ancêtres de Victorine, Humberte de Chastenay, fut élue le 9 mai 1580 abbesse de Remiremont, en remplacement de Renée de Dinteville décédée, mais cette dernière avait résigné en faveur de Barbe de Salm ; le pape Grégoire XIII déclara cette élection nulle et laissa la crosse aux mains de cette dernière.

     [ii] D’autres membres de cette famille furent chanoinesses comtesses d’Epinal : Catherine Eléonore, fille de Louis Le Bascle, comte d’Epineuil, fut abbesse en 1728, et sa sœur, Louise Françoise, chanoinesse à Remiremont, puis à Epinal

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     Du fait de cette élection et par suite du décès d’une chanoinesse, survenue le 30 novembre 1784, deux des stalles capitulaires se trouvaient vacantes.

    C’est alors que M. et Mme de Chastenay sollicitèrent du chapitre, pour leur fille, l’une de ces prébendes.  

                                                                           Le chapitre d’Epinal aurait été fondé pour abriter les reliques de saint Maurice et saint Goëry ; le monastère était alors composé de bénédictins mais, ayant peu prospéré, il fut rapidement remplacé par un couvent de moniales.

    Vers le XIIIe siècle, celles-ci abandonnèrent la règle bénédictine pour se constituer en chapitre de dames nobles.

    Le titre abbatial fut maintenu jusqu’à la Révolution et fut l’un des quatre grands chapitres nobles de Lorraine.

    La collégiale saint Goëry était leur église et le cloître et les maisons canoniales étaient resserrées autour, dans une sorte d’enclos privé.

    La communauté, soumise directement au pape, se composait d’une abbesse, d’une doyenne et de vingt dames chanoinesses (dont une doyenne, une secrète et quatre chantres), plus quatre chanoines séculiers n’ayant pas voix au chapitre.

    Le règlement du chapitre faisait une obligation morale aux chanoinesses de respecter la morale chrétienne, en observant une certaine pudeur, leurs lectures devaient être édifiantes ou instructives et elles devaient assister aux offices, revêtues de leurs costumes de chanoinesses.

    En outre, il leur fallait administrer l’hôpital Saint Goëry et s’occuper du « bouillon des pauvres ».

    Mais l’appartenance au chapitre d’Epinal était prestigieuse et les candidates devaient justifier de leur noblesse ; jusqu’en 1761, les dames exigeaient 16 quartiers de noblesse (quatre lignes paternelles et 4 lignes maternelles), mais ensuite, il fallait apporter la preuve de noblesse d’épée sur 8 générations, en ne retenant que la filiation masculine du père et de la mère.

    Si, pour les familles aristocratiques aisées, la charge de chanoinesse apportait un certain prestige, pour d’autres, moins aisées, l’octroi d’une prébende était financièrement intéressant et permettait d’éviter un mariage avilissant, en accédant à une « bonne situation » au sein de l’Eglise.

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    Ce fut le cas pour Victorine.

    Le 4 janvier 1785, l’abbesse informait le chapitre de la candidature posée par mademoiselle de Chastenay, mais la réception n’eut lieu que le 10 octobre suivant, après les délibérations capitulaires et la présentation et l’examen des preuves de noblesse.

    Elle a raconté cette réception dans ses mémoires :                                                            

    Une de mes tantes, Mme d’Argenteuil, cousine germaine de mon père, devint abbesse d’Epinal, et maman, qui avait beaucoup contribué au succès qu’elle obtint alors, lui demanda pour moi sa place, que sa nomination rendait vacante.

    J’avais alors quatorze ans, et mes parents me menèrent au chapitre afin d’y être appréhendée.

    C’était une cérémonie qui tenait de la chevalerie et de l’institution monastique.

    Les preuves de noblesse, qui dans ce chapitre étaient une filiation paternelle de huit nobles d’épée, et autant du côté maternel, étaient discutées et admises par les généalogistes du chapitre ; elles étaient jurées et publiées à la cérémonie par trois chevaliers dont les noms avaient été prouvés dans les admissions de leurs parentes.

    L’appréhendée leur présentait en reconnaissance un nœud d’épée.

    Je me souviens qu’à l’heure de vêpres tout le chapitre (ces dames étaient vingt en tout), se rendit à la maison de ma tante pour m’y prendre ; j’avais une robe noire.

    L’un des chevaliers me donna la main ; la musique de la garnison précédait.

    Quand nous fûmes dans le chœur de l’église, on me fit mettre à genoux ; l’abbesse me dit : « Que demandez-vous, ma fille ? » Réponse : « le pain et le vin de saint Goëry (patron du chapitre), pour servir Dieu et la sainte Vierge ».

    On me fit manger un biscuit, mouiller mes lèvres dans une coupe ; on me passa le grand cordon bleu, avec la croix au bout, le long manteau bordé d’hermine, l’aumusse[i], le voile noir ; tout me fut remis en un instant.

    On chanta le Te Deum, puis le cortège revint dans le même ordre, et un bal s’ouvrit chez ma tante.

    Je m’amusai beaucoup à ce bal et à ceux qui se succédèrent dans les quatre ou cinq jours de mon séjour à Epinal.

    La cérémonie me fit pleurer, parce que maman y pleura ; mais la danse me consola bien vite.

    J’étais pour le coup l’objet principal, et de droit ; j’avais des succès au bal, pour la première fois peut-être, car je n’ai jamais ni très bien ni très mal dansé.

    Le plus beau danseur du régiment de Noailles, M. Alexis du Haute, âgé de dix-huit ou dix-neuf ans, me priait aux plus belles contredanses ; ce petit hommage me fut assez sensible…

    Ce fut une assez heureuse prévoyance de la part de mes parents, que cet établissement chapitral, qui m’a fait appeler madame et m’a figuré un état…[ii] »

     [i]aumusse : cape ou pèlerine de fourrure, à capuchon, adoptée par les chanoines et les chantres, au moyen-âge ; ensuite, ils le portaient ordinairement sur le bras.

     

    [ii] Mémoires, p. - Chastenay (madame de) : Mémoires, 1771-1815 ; 2 tomes ; publiés par Alphonse Roserot ; Paris, Plon, 1896

                                                        "Quelques  chanoinesses du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "Quelques  chanoinesses du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Cette institution, comme les autres institutions religieuses, fut condamnée à disparaître avec le décret du 2 novembre 1789, mettant les biens ecclésiastiques à la disposition de la Nation.

    Les chanoinesses tentèrent de résister, continuant de célébrer leur office, revêtues de leurs insignes.

    Finalement, le 4 janvier 1791, les administrateurs du directoire du district leur intimèrent de quitter l’église.

    A cette date, les revenus du chapitre s’élevaient à 43 000 livres, dont presque la moitié allait à l’abbesse.

    En échange, les chanoinesses reçurent de l’Etat une pension.

    Quant à Victorine, malgré de nombreux prétendants, elle ne se maria point, mais on continua à l’appeler Madame ; elle écrit dans ses Mémoires, parlant de Lebrun, le troisième consul : « Je crois que je fus pour M.Lebrun une espèce d’animal rare.

    Une demoiselle appelée Madame, paraissant plus jeune que son âge, et jeune encore cependant, connaissant tout le monde… ».

    Elle mourut à Châtillon, le 9 mai 1855, dans sa maison rue du Congrès ; ainsi disparut la dernière chanoinesse d’Epinal.

    "Quelques  chanoinesses du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     Une autre maison de chanoinesses avait une renommée nationale, c’était celle de Neuville-les-Dames, en Bresse (dans l’Ain aujourd’hui).                                                                   

    Au haut moyen-âge, le village fut la possession de l’abbaye de Saint-Claude et un prieuré d’hommes, dépendant de cette abbaye y fut installé, pour s’occuper du spirituel comme du temporel.

    Au milieu du XIIe siècle fut créé un monastère bénédictin de femmes, dépendant du monastère bénédictin d’hommes de Saint-Claude.

    Ces religieuses, appelées chanoinesses régulières, vivaient là sans clôture et ayant chacune une maison séparée.

    Elles furent sécularisées, en 1755, en chapitre noble de chanoinesses comtesses, en vertu d’une bulle du pape Benoît XIV.

    Louis XV leur accorda le titre de « comtesses » et elles se mirent sous la protection de l’archevêque de Lyon.

    Les titres de prieure, de chantre, de sacristaine, de cellérière et d’infirmière furent éteints et supprimés, remplacés par ceux de doyenne, de chantre, de secrète ou sacristaine, entourées de dix-neuf chanoinesses prébendées, le chapitre ayant un certain nombre de revenus, en argent ou en terres.

    Aucune demoiselle ne pouvait être reçue si elle n’avait obtenu un brevet d’expectative.

    "Quelques  chanoinesses du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Cette sécularisation entraîna l’arrivée des représentantes des plus grandes familles de France, et même au-delà[i], mais les frais pour les familles étaient importants.

    Les frais de réception s’élevaient à 2 000 livres, la pension était de 800 livres par an, plus 900 livres pour la table.

    Acquérir une adoption ou un emplacement dans le chapitre coûtait de 20 000 à 30 000 livres et, si l’on était obligé de construire sur un emplacement, la dépense pouvait aller jusqu’à 40 000 livres ( au chapitre d’Alix, les frais de réception étaient de 1 000 livres, bâtir une maison coutait environ 15 000 livres, mais elles devaient justifier d’une pension de 1 200 livres par an).

    Ainsi, 25 maisons virent le jour, autour des églises et de la salle capitulaire. Parmi celles-ci se trouvait la maison de Chastenay(numéro27 sur le plan).

     

    [i] Par exemple, Sophie de Grouchy, admise au chapitre en 1784, en ressortit en avril 1786 pour épouser le philosophe-mathématicien Condorcet et tint un salon important. La maison numéro 11 était celle de Lévy de Mirepoix ; celle du numéro 10, la maison de Berbis. On trouve la maison de Saxe, au numéro 25

    "Quelques  chanoinesses du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    En 1771, on trouve, comme chanoinesse non prébendée, Louise Charlotte de Chastenay-Lanty et, comme expectative, reçue, Marie Charlotte de Chastenay de Bricon.

    Celle-ci fut plus tard chanoinesse d’honneur et se maria, en 1779, à Amable Gabriel Louis François de Maurés de Malartic, comte de Montricoux[i].

    Elle est décédée à Châtillon, rue au Lait.  

    Mais il y a surtout les filles de Joseph Auguste de Chastenay, comte de Lanty, seigneur d’Essarois, marié à Anne Louise Elisabeth Le Bascle d’Argenteuil, chanoinesse-comtesse de Remiremont, grands-parents de Victorine[ii].Jeanne Henriette Félicité[iii] est chanoinesse de Neuville, comme sa sœur Marie Louise Agathe, qui se maria au comte du Deffand en 1766 [iv].

    Quant à Marie Louise Charlotte, non prébendée en 1778, ce doit être une autre sœur, née en 1743 [v].

    Elle est secrète en 1789.

    En 1793, elle est toujours à Neuville, alors que la plupart des autres chanoinesses avaient regagné leur famille ou avaient émigré.

    Elle fut incarcérée le 12 avril 1793, mais libérée le 14 mai, en vertu d’un décret du département du 10 mai 1793.

    Une autre famille a aussi sa maison à Neuville, la famille de Damas (numéro 28 du plan [vi]).

    Lors de la sécularisation, en 1755, la prieure était Suzanne de Damas du Rousset, âgée de 65 ans.

    Comme les demandes d’admission affluaient au nouveau chapitre noble, on décida de construire la salle capitulaire à l’emplacement de l’antique maison de madame Damas de Ruffey (numéro 3 du plan[vii]) et on décida de construire une série de demeures dans les jardins du prieur et de l’aumônier.

    Les deux premières maisons construites, symétriques, avec deux escaliers accolés, furent celles de Damas et de Chastenay.

     

    [i] Amable de Montricourt : 1729-1805. Il fut premier président au conseil souverain du Roussillon. Marie Charlotte, née le 18 mai 1747 à Bricon (52), mourut le 15 novembre 1839 à Châtillon. Elle était la fille du marquis Pierre François Hubert, marquis de Chastenay, et de Marie Armande deHumes de Cherisy

    [ii]Le mariage est du 29 septembre 1738. On trouve aussi Marie le Bascle d’Argenteuil comme chanoinesse honoraire de Neuville, en 1789 ; Anne Gabrielle (née le 5 novembre 1759), fille de Jean Louis Le Bascle, fut aussi chanoinesse à Neuville. Dans une autre branche, la fille d’Edme Charles Le Bascle, seigneur de Courcelles et Montliot, Marie, chanoinesse à Neuville, décéda à Châtillon, le 18 novembre 1787, âgée d’environ 58 ans (Edme Charles avait eu Courcelles par son mariage avec Edmée Duret).

    [iii] Née le 9 juin 1749 à Essarois, mais il n’a pas été possible de trouver la date de son décès et si elle a été mariée

    [iv] Elle est née à Essarois, le 5 février 1742 et décédée en 1818. Elle épousa le comte du Deffand à Essarois, le 22 décembre 1766

    [v] Elle est née le 18 mai 1743, à Essarois

    [vi] La maison numéro 13 était celle de Damas-de Varennes

    [vii] Probablement Madeleine de Damas de Ruffey, chanoinesse comtesse, décédée à Paris le 22 février 1763

    "Quelques  chanoinesses du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     

    Plusieurs membres des différentes branches de la famille de Damas furent chanoinesses.

    En 1771, Marie Antoinette de Damas de Vellerot est chanoinesse d’honneur et Catherine Charlotte de Damas de Courcelles chanoinesse en expectative ; en 1789, Marie Claudine de Damas est chanoinesse honoraire.

    Dans la branche de Lugny, Claudine Jeanne de Damas est secrétaire en 1771.

    Dans la branche de Cormaillon, Charles de Damas épousa Gabrielle Marguerite de Sarsfield, chanoinesse de Neuville.

    Deux de ses sœurs, Catherine Charlotte et Agnès Esprit de Damas, furent chanoinesses et ne se marièrent pas.

    Toutes les deux sont décédées à Châtillon, rue des Avocats, la première en 1823, la seconde en 1831[i].

    [i] Catherine Charlotte et Agnès Esprit étaient les filles de Charles Jules de Damas, comte de Cormaillon, seigneur de Fain-les-Montbard et de Courcelles-sous-Grignon, époux de Jacqueline Dubois d’Aisy. Catherine Charlotte est née à Fain, le 17 février 1755 et décédée le 9 janvier 1823, à Châtillon. Agnès Esprit est née à Fain, le 30 décembre 1748 et décédée à Châtillon, le 19 septembre 1831. Le fils de Charles, leur frère, fut ministre des Affaires étrangères et ministre de la Guerre.

    "Quelques  chanoinesses du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Si les chapitres de dames nobles furent souvent un refuge pour des cadettes de famille nobles peu fortunées, ceux-ci n’en étaient pas moins des lieux de sociabilité, ayant exercé une fonction sociale, religieuse et éducative pour nombre de jeunes filles au XVIIIe siècle.

                                                                                                               Dominique Masson

    Sources :

    Imprimées :                                                                                                                 - almanach astronomique et historique de la ville de Lyon et des provinces du lyonnais, Forez et beaujolais ; 1771, etc.                                                                                                        - Chastenay (madame de) : Mémoires, 1771-1815 ; 2 tomes ; publiés par Alphonse Roserot ; Paris, Plon, 1896                                                                                                                                    - Ducas : nobiliaire universel de France, ou recueil général des généalogies historiques des maisons nobles de ce royaume ; Paris ; tome 21                                                                                                                   -Kastener Jean : la dernière chanoinesse d’Epinal, madame de Chastenay (1771-1855) ; la Révolution dans les Vosges, bulletin du comité départemental des Vosges pour la recherche et la publication des documents économiques de la Révolution française ; 19e année ; 1930-1931 ; Epinal, 1931           - Marchal Corinne : l’éducation et la culture des chanoinesses nobles dans la France du XVIIIe siècle ; mélanges offerts à Roger Marchal ; Nancy, 2007                                                -Sécularisation et statuts du noble chapitre de Neuville les Dame, en Bresse ; Lyon, 1756

    Internet :                                                                                                                                             - Bécourt d’Hénin Danielle :https://leschanoinessesdalix.jimdo.com                                                        - Bibliothèques et médiathèques intercommunales d’Epinal                                                                   - Histoire des chanoinesses-association église Saint-Maurice de Neuville : www.asso-eglise-saint-maurice.fr                    

     


    1 commentaire
  • Dominique Masson nous présente aujourd'hui l'histoire des épidémies qui ont affecté le Châtillonnais au cours des temps, un travail très documenté et passionnant !

    Merci mille fois à lui  et à ses amis Michel Massé et Jean Millot qui ont participé à cette étude.

    Notule d’histoire

    Quand passent les microbes…

     

    Notre corps est constitué de 10 fois plus de microbes que de nos propres cellules.

    Le mot « microbe » fut introduit en 1878 par le chirurgien français Charles Sébillot : il désignait alors les êtres vivants infiniment petits et pathogènes (provoquant des maladies) qu’on ne pouvait voir à l’œil nu.

    L’arrivée de ce concept marque alors, en France, une rupture avec les croyances médicales de l’époque.

    Aujourd’hui, l’immense majorité des « microbes » est inoffensive pour le corps humain, voire bénéfique pour lui.

    Mais il existe cependant des espèces pathogènes,à l’origine de nombreuses maladies infectieuses.

    Il existe trois grandes familles de microbes.

    La première est celle des levures et des champignons.

    Par exemple, c’est grâce aux levures que la pâte du pain gonfle, que se fabrique la bière ou que le lait se transforme en yoghourt.

    Cependant, de mauvais levains peuvent occasionner des dégâts.

    Du 25 décembre 1771 au 29 février 1772, une épidémie de fièvres continues vermineuses sévit à Buncey :

     C’est une fausse pleurésie engendrée par des mauvais levains, des matières vermineuses qui se rencontrent chez presque tous les malades , enfin, par des humeurs bilieuses et putrides qui se portent à l’estomac et des intestins à la poitrine et occasionnent le point de côté, l’oppression, les crachements de sang, la toux et une fièvre continue, accidents plus ou moins violents, suivant que ces humeurs sont plus ou moins abondantes, ont contracté plus ou moins d’acrimonie, enfin, que les solides chez eux, ébranlés par ces puissances destructrices, sont susceptibles d’une plus ou moins grande sensibilité et irritabilité.

    Comme traitement : saignées, bouillon en légère quantité, liquides aqueux et humectants, tant en lavements fréquents qu’en boisson ; émétique ; sur le côté douloureux, émollients, relâchants et résolutifs[i].

    Le deuxième groupe est constitué par les  bactéries. Ce sont des organismes vivants constitués par une seule cellule.

                                                                                                                           Certains staphylocoques se trouvent sur la peau, chez pratiquement tous les êtres humains, et sont normalement inoffensifs.

    C’est ainsi qu’en analysant l’évangéliaire conservé à la cathédrale Saint-Pierre d’York, au Royaume-Uni, composé autour de l’an mil, on a pu retrouver des staphylocoques sur le folio 6, là où se trouve un texte de prestation de serment de l’archidiacre et d’autres responsables monastiques.

    La main entière devait être posée sur la page, tandis que les lèvres proféraient les paroles sacrées, avant d’embrasser le parchemin, fabriqué à partir de peau de veau.

    Une autre bactérie, saccharopolyspora, est responsable de l’apparition de taches brunâtres sur le manuscrit[ii].                                                                                                                                                   La typhoïde est une maladie infectieuse causée par une bactérie.             

    La maladie aujourd’hui est quasiment absente des pays développés, à la suite de la javellisation de l’eau de boisson généralisée à partir de 1910.

     [i] Bon Henri (docteur) : « essai historique sur les épidémies en Bourgogne, depuis l’établissement des Burgondes en Gaule jusqu’à la Révolution » ; Dijon, 1912

    [ii] A l’automne 2019, a eu lieu, à Dijon, aux archives municipales, une conférence-débat, en marge de l’exposition « Qu’est-ce qu’un parchemin ? ». Il y a été fait référence à l’étude de l’évangéliaire d’York : « The York Gospels : a 1000-year biological palimpsest », article paru dans « Royal Societyopen science », 25 octobre 2017 ; http://dx.doi.org/10.1098/rsos. 170988 

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    Une autre bactérie est fort connue, appelée Yersinia pestis, c’est-à-dire la peste[i].

    Le mot apparaît à la fin du XVe siècle, mais elle a sévi bien plus tôt.

    Il y eut trois pandémies historiques de peste.

    La première, attestée comme telle, est la peste de Justinien, qui a sévi à partir de 541 jusqu’en 767, dans tout le bassin méditerranéen, avec des vagues successives tous les 9 à 13 ans ; mais elle n’a pas dépassé la Loire, ni la région de Dijon. 

    La seconde pandémie est celle de la peste noire.

    Elle a tué de 30 à 50 % des européens en cinq ans (de 1347 à 1352), faisant environ 25 millions de victimes[ii].

    En 1348, la Bourgogne fut atteinte.

    Guillaume Paradin, dans ses Annales de Bourgogne, rapporte : Cette année fut mémorable à cause d’une pestilence venue de Levant, jusque en Ponant, laquelle était si contagieuse que non seulement elle infectait par communication et conversation, mais aussi, se prenait par le seul regard des infects.

    "Et fut cette pestilence si générale et pernicieuse que de mille, il n’en demeurait pas dix. On pouvait dire à Nuits : En mil trois cent quarante-huit, à Nuits, de cent restèrent huit"

    Mais,à Bure les Templiers, il ne resta que trois ménages.                                                                 

    La troisième pandémie est la peste de Chine, qui commença en 1894 et atteint la France en 1920.

    Les rongeurs, dans leurs terriers, peuvent conserver ces microbes, capables de contaminer l’homme par l’intermédiaire des puces[iii].                                                                                                                         

    Cependant il y eut de nombreux épisodes de peste, sporadiques, tout au long de l’histoire, à commencer par la peste d’Athènes, épidémie entre 430 et 426 av. J.C, où la ville perdit de maladie, selon Thucydide, 1500 hoplites sur 4000 en 40 jours, ainsi que Périclès.                                           

    En Bourgogne, en 1030, après la famine vint la peste.

    A Châtillon, on ouvrit le tombeau de saint Vorles et les reliques furent exposées sous une tente, arrangée près de l’église Saint-Mammés[iv].

    On demanda souvent l’intercession de Saint Vorles pour combattre la peste.

    Sous un tableau, du XVIe siècle, accroché dans l’église Saint-Vorles,  on lit :  

    La guerre, la peste et la faim

    Faisaient la guerre au genre humain

    Et détruisaient toute la terre.

    St Vorles exauça son troupeau,

    Et feist cesser ce triple fléau

    De la faim, la peste et la guerre

                                             

                                                                                                           [i]Le pape Clément VI (1342-1352) institua une « messe pour le temps de peste », célébrée encore de nos jours en période d’épidémie.

    Par analogie, on parle de la « peste brune », surnom donné pendant la seconde Guerre mondiale au nazisme ; de même, la « peste blanche » est la désespérance, l’indifférence à la vie, entraînant le déclin démographique, selon Pierre Chaunu et Georges Suffer (« la peste blanche », Gallimard, 1977).

    [ii] En Angleterre, des fouilles à l’ancienne abbaye de Thornton, dans le Lincolnshire, ont montré que les victimes de la peste sont venues mourir à l’hôpital de l’abbaye et enterrées à la hâte dans une fosse commune (Archéologia, n° 586, avril 2020)

    [iii] Lucenet Monique : « les grandes pestes en France » ; Aubier, 1985.La peste reste dans les mémoires et on peut citer la fable de La Fontaine : « les animaux malades de la peste ».

    [iv] Joly J.M.V (abbé) : « vie de saint Vorles, curé de Marcenay, patron de Châtillon-sur-Seine » ; Châtillon, Parny, 1867

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    En France, entre 1347 et 1536, il y eut 24 poussées de peste, soit à peu près une tous les huit ans[i].

    En 1518/1519, c’est Montbard, puis l’Auxois, qui est ravagé.

    En 1531/1533, Baigneux perd plus du tiers de sa population et les habitants restants sont ruinés, à cause des guerres et mortalités qui ont régné, car le passage de soldats amène souvent la peste ; en effet, ces périodes de pestilence ont correspondu aux périodes de conflitsdévastateurs.                                                               

    De 1536 à 1670, on ne compta plus que 12 poussées de peste, soit une tous les 11,2 ans.

    En 1563, des maladies contagieuses avaient désolé Châtillon ; pendant trois semaines, les portes de la ville avaient été fermées et les pestiférés placés hors les murs, où maire et échevins leur fournissaient tous les remèdes nécessaires[ii].

    A cette époque, pour une transaction entre l’abbé de Notre-Dame et le seigneur de Chamesson, les deux parties se réunirent à Châtillon, mais en plein air, à cause de la maladie.

     [i] Delumeau Jean : «  la peur en occident, XIVe-XVIIIe siècles » ; Fayard ; 1978

    [ii] Lapérouse Gustave : « l’histoire de Châtillon » ; Châtillon, Cornillac, 1837 (p. 323)

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    A partir de 1576, la peste toucha aussi bien Paris que Lyon, Troyes, Tournus ou Dijon.

    En 1582, le Châtillonnais fut ravagé et MM ; de la Chambre de Dijon, qui avaient décidé de faire venir un homme de Châtillon,réputé fort expérimenté au nettoiement des maisons infectées, eurent le regret d’apprendre par MM. de la ville de Châtillon qu’il ne pourrait venir, vu que l’on avait besoin de lui dans plusieurs pays voisins de leur cité[i].

    Dans le courant de 1583, la peste revint.

    Les échevins retinrent, à raison de six francs de gage par mois, un certain Jean de La Noue, peigneur, cardeur de laines, pour traiter les malades.

    On eut aussi recours au patron de la ville ; on fit trois fois la descente des reliques de saint Vorles pour les porter, le 26 mars à Marcenay, le 1er juin à Pothières et le 29, de nouveau à Marcenay[ii].                                                                                                                                             En 1587, on parle à Châtillon des contagiés qui sont en grand nombre, de fait que un quart ou peu s’en faut des habitants de ladite ville ont été morts de ladite maladie, réduisant les habitants en grande partie à mendier leur pain.

    Les plus aisés se retirèrent dans les pays voisins où ils avaient des amis ou des parents, pour y trouver les secours de première nécessité.

    Cette mortalité ralentit encore le commerce, car les drapiers furent contraints se tenir clos et couverts en leur maison sans pouvoir lors vendre aucune chose de leur état pour leur subvenir.

    Défense avait été faite lors de la contagion à quiconque d’entrer ou de sortir de la ville, tellement que une grande partie en sont morts de faim.

    Tous ces malheurs  réduisirent les habitants à une telle extrémité que, pour ne pas être contraints d’abandonner ladite ville et leur domicile et maisons, le lieutenant du bailliage, Edme Rémond, demanda au roi une exemption de tailles pendant dix ans, afin de leur donner moyen deulx rétablir en quelque peu de repos, mais le trésorier général des finances à Dijon n’accorda que six années.

    La contagion régnait encore l’année suivante, à l’occasion de laquelle par le commun bruit il y est mort plus de deux mille personnes[iii].                                                                                                   

    La peste revint en 1595 ; un chirurgien, André Savery, qui avait servi les pauvres malades qui se seraient trouvés aux hôpitaux et par la ville, obtint l’exemption de toute gardes, tailles et autres subsides, plus une récompense de vingt livres. 

    Le fléau continuant l’année suivante, maire et échevins assignèrent aux malades deux emplacements hors les murs, les champs de la Pidance pour ceux de Chaumont et la combe d’Epasses pour ceux du Bourg.

    Tous les contagieux durent y aller et ne purent en sortir avant complète guérison.

    Une guette active fut faite sur les portes de Saint-Vorles et de Saint-Antoine.

    L’économe de l’abbaye, Jean Barrey, se retira avec sa femme et ses enfants dans une loge qu’il plaça à quelques distances des portes ; ni les injonctions des échevins, ni les amendes, ne purent le déterminer à se réunir aux autres pestiférés.

    On fut obligé de brûler sa loge pour la lui faire abandonner.

    Le 4 juillet 1629, une grande procession, composée de 340 personnes, alla en procession à Pontigny, visiter les reliques de Saint Edme, pour accomplir le vœu fait pour apaiser la colère de Dieu pendant la contagion. 

    En 1630, la peste sévit à Dijon et, le 16 mai, les magistrats demandèrent au roi de transférer le Parlement à Châtillon à cause de la contagion[iv].

    Le 4 mai 1631, le gouverneur de Bourgogne, le prince de Condé, accompagné des conseillers au parlement et des élus des états, fit son entrée à Châtillon, la peste sévissant partout ailleurs.

    Mais celle-ci, qui s’était déjà fit ressentir dans l’été 1632, y éclata dans le cours de 1633.

    Les chaleurs de l’été augmentèrent beaucoup le mal : plusieurs personnes de la campagne, étant venues à la ville faire les moissons, moururent subitement dans les champs.

    On construisit, dès le mois de février, trente-sept loges nouvelles, hors de la ville et surtout dans le faubourg du Temple, pour y placer les pestiférés.

    Les morts étaient enterrés par des saccards, qui traînaient avec des crochets et des cordes les cadavres.

    Les magistrats firent preuve de courage et, comme ils s’exposaient jour et nuit et délaissaient leurs affaires, le parlement les exempta de toutes tailles, comme il avait déjà été fait l’année précédente.

    On fit venir de Dijon, pour 18 jours et à raison de 3 livres par jour, un médecin spécialisé, Balthazar Milière, dit La Santé.             

    [i] Bon : op. cit.

    [ii] Joly, op. cit. ; Lapérouse : op. cit.

    [iii] Masson. Dominique : « Châtillon-sur-Seine, 1000 ans d’histoire » ; Images en Châtillonnais, 2016

    [iv] Bon ; selon Gustave Lapérouse, c’est en mai 1629 que la reine-mère transféra, de Dijon à Châtillon, la cour des aides (p. 405)

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    La peste reparut dans l’été 1636.On porta les reliques de Saint Vorles à Marcenay[i].

    Un des médecins de la ville, Philippe de Marcenay, succomba.

    Un prêtre, Pierre Jaulpy, s’était retiré dans une loge préparée auprès des vignes de Chaumont, avec son domestique.

    Entré le 9 octobre, il y resta trois mois.

    Il ne cessa de parcourir les loges des pestiférés, administrer les sacrements, veiller au bon maintien de l’ordre et présider à la distribution des vivres et des aumônes ; il composait également des médicaments, des baumes et un parfum pour purifier l’air dans les loges et les maisons infectées[ii].

    Après 1670, la maladie semble disparaître pour refaire violemment surface à Marseille et en Provence en 1720.

    Dans ces périodes difficiles, les français se tournèrent vers la religion et plusieurs saints furent invoqués                                                                                                               

     

    [i] Joly : op. cit.

    [ii][ii] Lapérouse : op. cit.

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    On se tourna vers la Vierge Marie ; à Châtillon, outre saint Vorles, saint local, on pria devant sa statue, celle devant laquelle saint Bernard eut sa révélation.

    La croyance populaire attribuait au manteau de la Vierge des pouvoirs, car ce manteau leur semblait protecteur contre les flèches de pestilence ; la Vierge avait également une fonction médiatrice auprès du Christ en faveur de l’humanité souffrante (le Christ lançant les flèches).

    On invoqua aussi saint Sébastien.

    Officier martyrisé à Rome en raison de sa foi, il fut percé de flèches ; on lui attribuait le pouvoir d’éradiquer les épidémies de peste, selon la croyance biblique assimilant la maladie à des flèches envoyées par Dieu.

    Cependant, on rencontre peu de statues de ce saint dans le Châtillonnais.

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    Par contre, s’ajoutèrent des cultes nouveaux, en particulier celui de saint Roch.

    Né au XIVe siècle dans une puissante famille montpelliéraine, il partit en pèlerinage à Rome et, à son retour, contracta la peste.

    Retiré dans une forêt, il vécut près d’une source jaillie près de lui et un chien vint lui apporter du pain et lécha sa plaie.

    Selon la tradition, il aurait sauvé de nombreux pestiférés avant et après sa mort ; c’est pourquoi le concile de Constance le canonisa en 1414[i].

    Les représentations de ce saint le montrent avec un chien à ses côtés et il a, comme attributs du pèlerin, un bourdon, une gourde, une besace, une grande cape et un large chapeau ; il découvre généralement une cuisse (celle de droite ou celle de gauche) pour laisser apparaître un bubon pesteux.

    On trouve, dans le châtillonnais, beaucoup de représentations de ce saint, soit en statue, soit comme haut de bâton de procession.

    D’autres saints purent aussi être invoqués, comme saint Nicolas, moine au couvent augustin de Tolentin, en Italie, ou saint  Charles Borromée.

    [i] Lucenet Monique : op. cit. La piété à l’égard de saint Roch se répandit dans toute l’Europe, de sorte que le pape Urbain VIII renouvela sa canonisation en 1629.

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    Une autre bactérie, le Mycobacterium leprae, proche de l’agent responsable de la tuberculose, est responsable de la lèpre.

    L’écureuil roux pourrait être l’un des réservoirs animaux du bacille (bactérie de forme allongée).

    Si la Bible parle de la lèpre, les croisades auraient été responsables de l’arrivée de la lèpre en Europe.

    Une Maladière est mentionnée à Châtillon, en 1174.

    Le quartier de la Maladière se trouvait au nord-ouest de la ville, au pied du Châtelot ; on y accueillait les lépreux chassés de la ville.

    Selon un décret du concile du Latran, de 1179, il devait y avoir un cimetière ; un chapelain desservant la chapelle, qui était un chanoine de l’abbaye Notre Dame(la chapelle Saint-Léger était toute proche) ; et un maître ou gouverneur pour la diriger (feu Nicolas de Cérilly est cité en 1474).

    Les dames converses de l’abbaye Notre Dame, qui devaient avoir à côté leur résidence (les « Dames Brulées »), étaient vouées au service des lépreux.

    La Maladière avait quelques privilèges ; "les bouchers devaient lui réserver les langues des grosses bêtes qu’iceux bouchers tueront, et le maître pouvait vendre du vin en période de banvin" (privilège normalement réservé au duc et à l’évêque).

    Au XVIe siècle, la Maladière possédait 12 sées de prés et 200 journaux de terre, mais elle disparut au cours des guerres de Religion et ses biens furent réunis, vers 1695, à l’hôpital Saint-Pierre.

    Le choléra est une épidémie contagieuse due à la bactérie Vibrio cholerae, ou bacille virgule, découverte par Pacini en 1854, strictement limitée à l’espèce humaine.

    Ce mot vient du mot grecχολέρα, qui désignait déjà chez Hippocrate cette maladie. Sept pandémies ont été recensées :

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    La France fut touchée par la deuxième pandémie de choléra, au printemps 1832 (le premier cas est attesté le 26 mars), et Casimir Périer, président du Conseil, décréta des mesures de police sanitaire, en réactivant en particulier des contrôles sanitaires aux frontières ; lui-même devait décéder du choléra le 16 mai.

    A Paris, il y eut une « fuite bourgeoise » qui se produisit alors : dans les journées des 5, 6, 7 avril, 618 chevaux de poste sont retenus et le nombre des passeports augmente de 500 par jour ; Louis Blanc estime à 700 le nombre de personnes emmenées par les Messageries[i].

    La Côte d’Or fut, lors de cette pandémie, passablement épargnée.

     [i] Delumeau ; op. cit.

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    Le choléra reparut à la fin de l’année 1848, venant d’Angleterre et arrivant en France par le port de Dunkerque ; il se répandit ensuite en France en 1849.

    Un monument curieux existe à Villers-Patras, dans le cimetière, rappelant le passage de cette épidémie.

    Il est composé d’une base hexagonale, d’une haute colonne et, à son sommet, d’une niche surmontée d’une croix, abritant une statue de la Vierge et de son enfant.

    Sur la base ont été gravés les noms des victimes du choléra, à commencer par Mathie Chatraine, décédée le 26 avril 1849 ; quatorze noms suivent, dont un couple, décédés entre le 16 juin et le 12 septembre.

    La moitié de ces victimes étaient des vignerons[i]. Au revers se trouve la dédicace d’érection du monument.

    [i] Lazzarotti Raymond: « Villers-Patras, son origine, son évolution » ; Cahiers du Châtillonnais, n° 41

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    A l’automne 1853, le choléra reparut en France, à Paris en particulier et, au printemps 1854, il affecta essentiellement l’est de la France, avec deux bases autour de la Haute-Saône et de la Haute-Marne d’une part, des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse d’autre part[i].

     [i] Bourdelais P. et Raulot J.Y : « la marche du choléra en France : 1832-1854 » ; Annales, ESC, n° 1, janvier-février 1978. Voir également : Bourdelais Patrice et Raulot Jean-Yves :« Une peur bleue, histoire du choléra en France, 1832-1854 » ; Payot, 1987.

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    La Côte d’Or fut durement touchée, comptant parmi les 20 départements les plus affectés.

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    Le choléra apparut en juin dans l’arrondissement de Châtillon, mais les villages furent inégalement touchés.

    Par exemple, à Villers-Patras, pour l’année 1854, il y eut 21 morts dans la commune, dont 20 moururent du choléra, entre le 3 juillet et le 11 septembre 1854 (en comparaison, il y eut dans la commune un mort en 1853 et 3 morts en 1855).

    Si Larrey fut épargné, il y a, à Poinçon, du 11 août au 7 septembre, 20 cas répertoriés et 13 morts.

    Villedieu fut particulièrement touché, avec 84 cas et 44 morts, pour 280 habitants.

    Le dernier groupe est constitué par les virus.

    Contrairement à la bactérie, le virus n’est pas une entité biologique autonome.

    Il a besoin de rentrer dans une cellule pour utiliser sa machinerie et se multiplier (en ce sens, on peut le considérer comme un parasite).

    Sur les 5 000 espèces environ décrites, seules 129 sont pathogènes.

    On peut citer, entre autres, la rage, la fièvre jaune, la variole, la rougeole, les oreillons, le rhume, la varicelle, le sida, ainsi que la grippe.  

    Celle-ci serait apparue chez les oiseaux il y a environ 6 000 ans et la grippe humaine vers 2500 av. J.C, en Chine, avec le développement de la domestication des oiseaux, notamment des canards, et également avec l’élevage des porcs.

    Les symptômes de la grippe humaine ont été clairement décrits par Hippocrate, puis par Tite-Live. Plusieurs pandémies affectèrent la terre. Depuis la fin  du XIXe siècle, on a compté 5 pandémies :

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     En 1918, on prit quelques mesures pour enrayer l’épidémie.

    On pouvait lire, dans le journal le Châtillonnais et l’Auxois du dimanche 27 octobre, que, en raison de l’épidémie de grippe qui sévitactuellement, les représentations, matinées et soirées du cinématographe ayant d’habitude lieu à l’Alcazar, seront, par ordre de l’autorité municipale, suspendues jusqu’à nouvel avis.

    On pouvait lire de même, le 15 décembre :

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    Il existe une autre famille regroupant plusieurs virus, celle des coronavirus, devant leur nom à la forme d’une couronne qu’ont les protéines qui les enrobent.

    Trois épidémies mortelles sont survenues, pour l’instant, au cours du XXIe siècle :

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    Dominique Masson 

                                                                          (remerciements à Michel Massé et Jean Millot)

     [1] Bon Henri (docteur) : « essai historique sur les épidémies en Bourgogne, depuis l’établissement des Burgondes en Gaule jusqu’à la Révolution » ; Dijon, 1912

    [1] A l’automne 2019, a eu lieu, à Dijon, aux archives municipales, une conférence-débat, en marge de l’exposition « Qu’est-ce qu’un parchemin ? ». Il y a été fait référence à l’étude de l’évangéliaire d’York : « The York Gospels : a 1000-year biological palimpsest », article paru dans « Royal Societyopen science », 25 octobre 2017 ; http://dx.doi.org/10.1098/rsos. 170988 

    [1]Le pape Clément VI (1342-1352) institua une « messe pour le temps de peste », célébrée encore de nos jours en période d’épidémie. Par analogie, on parle de la « peste brune », surnom donné pendant la seconde Guerre mondiale au nazisme ; de même, la « peste blanche » est la désespérance, l’indifférence à la vie, entraînant le déclin démographique, selon Pierre Chaunu et Georges Suffer (« la peste blanche », Gallimard, 1977).

    [1] En Angleterre, des fouilles à l’ancienne abbaye de Thornton, dans le Lincolnshire, ont montré que les victimes de la peste sont venues mourir à l’hôpital de l’abbaye et enterrées à la hâte dans une fosse commune (Archéologia, n° 586, avril 2020)

    [1] Lucenet Monique : « les grandes pestes en France » ; Aubier, 1985.La peste reste dans les mémoires et on peut citer la fable de La Fontaine : « les animaux malades de la peste ».

    [1] Joly J.M.V (abbé) : « vie de saint Vorles, curé de Marcenay, patron de Châtillon-sur-Seine » ; Châtillon, Parny, 1867

    [1] Delumeau Jean : «  la peur en occident, XIVe-XVIIIe siècles » ; Fayard ; 1978

    [1] Lapérouse Gustave : « l’histoire de Châtillon » ; Châtillon, Cornillac, 1837 (p. 323)

    [1] Bon : op. cit.

    [1] Joly, op. cit. ; Lapérouse : op. cit.

    [1] Masson. Dominique : « Châtillon-sur-Seine, 1000 ans d’histoire » ; Images en Châtillonnais, 2016

    [1] Bon ; selon Gustave Lapérouse, c’est en mai 1629 que la reine-mère transféra, de Dijon à Châtillon, la cour des aides (p. 405)

    [1] Joly : op. cit.

    [1][1] Lapérouse : op. cit.

    [1] Lucenet Monique : op. cit. La piété à l’égard de saint Roch se répandit dans toute l’Europe, de sorte que le pape Urbain VIII renouvela sa canonisation en 1629.

    [1] Delumeau ; op. cit.

    [1] Lazzarotti Raymond: « Villers-Patras, son origine, son évolution » ; Cahiers du Châtillonnais, n° 41

    [1] Dupuis Jean-Claude : « Poinçon et Larrey : deux villages de la Côte d’Or » ; Cahiers du Châtillonnais, n° 141

    [1] Bourdelais P. et Raulot J.Y : « la marche du choléra en France : 1832-1854 » ; Annales, ESC, n° 1, janvier-février 1978. Voir également : Bourdelais Patrice et Raulot Jean-Yves :« Une peur bleue, histoire du choléra en France, 1832-1854 » ; Payot, 1987.

     

     


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  • Dominique Masson, historien du Châtillonnais , m'envoie aujourd'hui un notule d'Histoire consacré à la Seine à Buncey.

    Merci à lui pour ses envois si documentés, si intéressants, sur l'histoire de notre Châtillonnais !

    Vous pourrez retrouver tous les autres notules qu'il a déjà confiés au blog en cliquant sur ce lien :

    http://www.christaldesaintmarc.com/notules-d-histoire-par-dominique-masson-c28667612

    Ainsi que ses autres articles historiques :

     http://www.christaldesaintmarc.com/dominique-masson-historien-c31620186 

     

    Notule d’histoire

    La Seine à Buncey

     

    Le village de Buncey s’étire depuis l’église Saint-Georges, à 270 mètres d’altitude, perchée sur une butte, jusqu’en direction de la Seine, dont l’altitude de son lit, sur la commune, passe de 232 m à 224 m.                                                                                                            Autrefois, la maison forte, possédée en 1272 par le duc Robert II, devait se trouver autour de l’église, datant, pour les parties les plus anciennes, des XVe et XVIe siècles.

    Mais des sarcophages mérovingiens découverts à proximité attestent d’une occupation plus ancienne.

    "La Seine à Buncey", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    A l’opposé, la Seine, dont la vallée a peu de pente (une dénivellation d’environ 1,5 mètre au kilomètre) et qui décrit de nombreux méandres, peut sortir de son lit lors des crues.

    C’est entre ces deux entités que s‘est développé le village actuel, le long de la route principale.

    Cependant, la force hydraulique était importante et recherchée au moyen-âge.

    Aussi la Seine fut-elle aménagée tout le long de son cours pour activer, au moyen de roues, aussi bien un moulin pour le blé, afin d’obtenir de la farine, qu’un moulin à foulon pour les textiles : la force motrice actionne des marteaux qui frappent les pièces de draps empilés dans une cuve remplie d’eau, jusqu’à ce qu’ils soient souples et propres.

    Et ce sont les personnages importants, laïcs ou religieux, qui possédaient cette force hydraulique.

    "La Seine à Buncey, un notule d'histoire de Dominique Masson

    "La Seine à Buncey, un notule d'histoire de Dominique Masson

    La première mention d’un moulin date de 1325. Le duc Eudes cède à Jean de Châtillon, pour services rendus, les moulins qu’il avait à Buncey, « assis sur la rivière dessous la maison dudit Jean …ensemble la rivière banale tout ensuite comme elle se porte après ladite maison jusqu’au moulin ».

    En 1362, puis 1366, Guye de Jussey, veuve de Jean de Châtillon, fait la reprise de fief du moulin foulon et de la rivière banale, « jusqu’en amont de l’île ».

    En 1376 et 1391, c’est Girard de Ville-sur-Arce, qui fait la reprise de fief.

    C’est le seigneur du fief de la Colombière qui fut ensuite le possesseur des moulins.           

    A la Révolution, le château, le moulin, les bois et une partie des terres qui en dépendaient furent achetés par M. Maurice Bazile. La famille Bazile en fut propriétaire jusqu’en 1860.

    Le bois et le moulin furent alors acquis par M. Camus-Lapérouse, de Châtillon.

    En 1888, il y avait un moulin de commerce monté à cylindres, exploité par MM. Savel et Godrou. Aujourd’hui, moulin et scierie sont en ruine.  

     Selon les différents plans, les cours de la Seine ont varié.

    "La Seine à Buncey, un notule d'histoire de Dominique Masson

    Sur l’atlas des routes, au milieu du XVIIIe siècle, seuls sont indiqués un ruisseau, qui descend du coteau opposé, et la Seine.

    La carte de Cassini marque le moulin et un pont un peu plus loin, mais c’est relativement imprécis.

    Sur le cadastre napoléonien, précis, on voit les deux moulins et on constate que la dérivation de la Seine pour les alimenter est  plus importante que le cours naturel du fleuve.

    De petits ruisseaux se jettent dans celle-ci.

    La carte d’état-major montre bien les moulins et le pont, reliant la route de Châtillon-Dijon, à celle de Châtillon-Montbard.

    "La Seine à Buncey, un notule d'histoire de Dominique Masson

    "La Seine à Buncey, un notule d'histoire de Dominique Masson

     Il n’en est plus de même aujourd’hui ; les moulins sont en ruine et ont même disparu de la représentation topographique.

    La Seine a repris son ancien cours.

    On ne devine les petits cours d’eau que par le parcellaire résultant de la situation ancienne.

    "La Seine à Buncey, un notule d'histoire de Dominique Masson

    "La Seine à Buncey, un notule d'histoire de Dominique Masson

    Par contre, un élément nouveau est venu s’inscrire dans le paysage : le lavoir.

    Il a été construit en 1834 par le maire de l’époque.

    C’est en effet  Edmond Botot de Saint Sauveur, propriétaire de l’ancien fief de Darbois, qui devint maire de la commune en 1832.

    Sur le linteau au-dessus de la porte, on peut lire : « 1834. M. EDD Botot de Saint Sauveur, maire. M. Coiffu-Copin Nasadj».

    "La Seine à Buncey, un notule d'histoire de Dominique Masson

    La prise d’eau se fait directement dans la Seine et, afin de pallier les sautes d’humeur de celle-ci, le lavoir est doté de trois hauteurs de pierres à laver pour s’adapter au débit irrégulier du cours d’eau.

    "La Seine à Buncey, un notule d'histoire de Dominique Masson

    "La Seine à Buncey, un notule d'histoire de Dominique Masson

    Pour joindre la route Châtillon-Dijon et Châtillon-Montbard, un pont fut établi sur la Seine, à la place d’un gué encore visible.

    Il comporte trois arches et, sur l’une des piles, une croix monumentale,   car elle fait 4,05 mètres de haut, a été édifiée au XIXe siècle. 

    "La Seine à Buncey, un notule d'histoire de Dominique Masson


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  • Notule d’histoire

    Les cabanes à moutons de Coulmier-le-Sec

    Trois cabanes, avec leurs enclos, ont été inscrites, au titre des monuments historiques, le 14 novembre 2017.

    Elles sont en liaison avec la fosse, datée du XVIIIe siècle.                                     

    La première est mitoyenne de la fosse.

    Les deux autres en sont peu éloignées. Leur petite taille les a fait oublier ( ?) dans le cadastre napoléonien de 1811.

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

    Le point d’eau autour de la fosse a, semble-t-il, été connu depuis longtemps.

    Des silex et des morceaux de poteries ont été retrouvés alentour.

    Au XVIIIe siècle, Coulmier était un village assez prospère, qui comptait environ 300 habitants.

    Sur ces plateaux secs, il fallait trouver de l’eau et l’élevage du mouton était l’une des grandes activités.

    Ces trois enclos permettaient de regrouper la nuit les troupeaux et l’eau n’était pas loin.

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

    La construction de ces enclos est soignée. On récupérait les pierres alentour pour obtenir un savant assemblage de pierres de taille variée.                                                                            

    Mais ce qui est surtout remarquable, c’est la construction des cabanes.

    Chacune est composée seulement d’une petite pièce, avec une porte et une petite ouverture.      

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

    La construction de la cheminée a été fort soignée, en particulier pour le conduit en pierre extérieur.

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

     Mais la prouesse architecturale tient dans la couverture, faite de laves en encorbellement ; une pierre plate ferme le tout.

    De ces trois cabanes, seulement une est entretenue, servant à un apiculteur.

                                                                                                                      

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

    (Dominique Masson)


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  • Notule d’histoire

     

    Les « fosses » du Châtillonnais

     

    Ce patrimoine-là représente une illustration des astuces et de l’ingéniosité des personnes qui nous ont précédées pour rechercher de l’eau. Et ces ouvrages-là sont aussi un moyen pour nous donner des idées, ou nous faire comprendre l’importance de ces sujets d’environnement 

     ainsi s’exprime Dominique Jouffroy, architecte du patrimoine.                                                                       

    C’est que, sur les plateaux calcaires du châtillonnais, l’eau est rare, comme le rappelle l’adjectif accolé au nom de certains villages : Fontaine-les-Sèches, Coulmier-le-Sec ou Ampilly-le-Sec.

    Aussi, de tout temps, l’homme, pour pouvoir vivre là, a dû chercher par tous les moyens à retenir l’eau, au moyen de citernes recueillant l’eau de ruissellement ou celle de sources intermittentes.

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    A Coulmier, au point le plus élevé du territoire, au lieu-dit le Haut des Roches, mais dans un creux du plateau, à 1400 mètres du village, les hommes ont aménagé un bassin, de 9,80 m de diamètre et de 4,50 m de profondeur.

    Il est soigneusement appareillé, la partie supérieure du mur étant couverte par des chaperons en forme de chapeau de gendarme, bien travaillés et appareillés.                                 

    On y descend par un escalier tournant de vingt marches mais, arrivé au bas, on trouve un palier et une nouvelle envolée de marches plus larges entrant directement dans l’eau de la fosse.          

    Selon les recherches faites par mademoiselle Françoise Vignier, ancienne directrice des Archives de la Côte d’Or, cette fosse a été construite vers 1730, à l’initiative des habitants du lieu ; l’adjudicataire des travaux était Antoine Febvre, marchand à Chemin d’Aisey, fils du maître de forges de Chamesson, mais possédant des terres à Coulmier.

    En 1734, Nicolas Verniquet, arpenteur royal et architecte, accompagné d’Edmé Magnien, habitant, formule dans un procès-verbal son avis sur l’exécution de la fosse et du puits. 

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    L’alimentation en eau s’effectue par une source intermittente, selon la pluviométrie.

    Si le niveau aujourd’hui est peu important, il n’en était pas de même autrefois ; en août 1734, peu de jours après la visite des experts, une femme s’y noya et les anciens du village se rappelaient avoir vu de l’eau jusqu’en haut des marches.

    Certaines pierres de couvrement des murs sont percées de trous, suggérant un système de puisage de l’eau.                                                                                                 Au cours des décennies suivantes, furent installées autour de la fosse jusqu’à une quinzaine de lavoirs individuels, en pierre, monolithes, que les habitants souhaitèrent, en 1788, voir abrités sous une halle ; ceci n’eut, semble-t-il, pas de suite.

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     Cette fosse a suscité beaucoup d’interrogations.

    C’était un lieu pour la lessive, mais aussi pour abreuver les troupeaux de moutons.

    On a pu penser aussi que c’était un rouissoir à chanvre. Mais le mystère reste encore grand.

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    A côté de cette fosse, on trouve également un puits, à sec, abrité sous un élégant édicule circulaire, coiffé d’une voûte en pierres savamment taillées.

    Il est peu profond et sa destination reste également mystérieuse.

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Fosse et puits ont été inscrits, au titre des monuments historiques, le 14 novembre 2017.

    Une autre « fosse » se trouve à Nesle.

    Celle-ci est située en dehors du village, sur le plateau, à 301 mètres d’altitude, le long d’un chemin blanc (elle est indiquée comme mare sur la carte IGN).

    De forme également ronde, elle a un diamètre équivalent à la fosse de Coulmier, mais semble moins profonde.

    Cette fosse n’a pas été restaurée. La partie supérieure des murs était couverte par des dalles plates, taillées en courbe pour épouser la forme de la fosse.

    Des marches, droites, permettaient d’accéder à l’eau. Elle serait d’origine plus récente, selon mademoiselle Vignier.

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Un autre creux, moins profond, existait non loin, à l’intersection de l’ancien chemin de Nesle à Etais et de la route de Nesle à Puits ; il reste encore un peu d’eau au fond.

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    D’autres formes de « fosses », plus réduites, existent également.

    Le château de Bon-Espoir, sur la commune d’Aisey-le-Duc,  a été construit au XVIIIe siècle.

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Devant l’allée d’arbres qui mène au château, se trouve une petite « fosse », construite de la même façon que celle de Coulmier, en plus petit, avec un fond empierré.

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Il n’y a pas de margelle et un plan incliné, en pierre, mène vers l’eau. Cette fosse devait servir pour le bétail ou les chevaux (pédiluve).

    Elle doit être alimentée par les eaux de ruissellement.

     Une autre façon de recueillir l’eau de ruissellement se voit à la mare de la ferme Darbois, sur la commune de Buncey (277 mètres).

    C’est une cuvette, concave, formée d’énormes pierres, parfaitement assemblées et jointoyées.

    Elle servait pour abreuver les ovins de la ferme de Bellevue et les bovins de la ferme Darbois.

    Elle a  été restaurée en 2006.

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    (Dominique Masson)

    Un grand merci à Dominique Masson, dont les notules intéressent les lecteurs du Châtillonnais...mais aussi de nombreux lecteurs beaucoup plus éloignés....

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     

     


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