•  Dominique Masson continue ses recherches sur la guerre de 1870 dans notre région.

    Après la "surprise de Châtillon" :

    http://www.christaldesaintmarc.com/la-surprise-de-chatillon-garibaldi-un-notule-d-histoire-de-dominique-m-a204217938

    L'exécution de Léon Vigneron" :

    http://www.christaldesaintmarc.com/l-execution-de-leon-vigneron-le-19-decembre-1870-un-notule-d-histoire--a204964668

    Voici "la bataille de Baigneux-les Juifs", où nous apprenons, avec étonnement, des pans de notre histoire régionale, complètement oubliés par la plupart d'entre nous...

    Merci mille fois à Dominique Masson de nous rappeler, si bien, le passé du Châtillonnais !

    Notule d’histoire :

     

    La bataille de Baigneux-les-Juifs, le 11 janvier 1871

     

    Le 20 décembre 1870, la quatrième brigade, commandée par Ricciotti Garibaldi, qui s’était déjà illustrée lors de la « surprise » de Châtillon, le 19 novembre 1870,  reçut l’ordre de se tenir prêt et de tout préparer pour une longue expédition.

    La météorologie était terrible, la température tombant souvent à 18° au-dessous de zéro et il y avait alternative de neige et de tempêtes ; les hommes avaient de la neige jusqu’à la ceinture et on ne voyait pas à dix mètres.

    Aussi il devenait presque impossible de prendre les mesures de sécurité les plus élémentaires et il était impossible de se servir des armes, l’huile gelant dans le mécanisme délicat des fusils à culasse et le métal, à une si basse température, devenait si fragile qu’il y avait toujours danger d’éclatement.

    Le temps ne permettait aucun mouvement tactique et contrariait sérieusement le service d’informations.

    Aussi le quartier-général de Garibaldi était préoccupé des mouvements des troupes ennemies qui se faisaient sur sa gauche, dans la direction de Tonnerre, Auxerre et Orléans.

    Il fut donc décidé de faire une pointe dans cette direction et ce fut la quatrième brigade qui fut choisie pour ce service.         

    "La bataille de Baigneux-les-Juifs, le 11 janvier 1871", un notule d'histoire de Dominique Masson

     Partie le 23 décembre, dans des conditions climatiques difficiles, la brigade arriva à Château-Chinon.

    Repartie le 26 décembre, elle est à Clamecy, puis à Courson, se replie ensuite à Coulanges, puis arrive à Vermenton, le 30 décembre.

    Ces mouvements inquiètent les prussiens qui ordonnent au général von Zastrow, commandant le VIIe corps allemand, lequel avait ses positions entre Flavigny, Semur et Montbard, de marcher sur Auxerre.  

    Ayant appris que de fortes masses prussiennes se mouvaient sur les routes conduisant à Montbard et à Châtillon, c’est-à-dire vers le sud-est, Ricciotti Garibaldi décida de retourner à Avallon, où il resta du premier au 3 janvier 1871, puis repartit vers Précy-sur-Thil.

    Selon les informations reçues, il y avait une forte concentration de troupes prussiennes entre Châtillon et Montbard, cette ville étant occupée par 5 000 prussiens avec de la cavalerie et de l’artillerie.

    Les uhlans couraient la campagne pour fourrager et prélever des vivres dans tous les villages environnants.

    Ricciotti Garibaldi fit avancer sa brigade jusqu’à Semur, dans l’idée de leur donner la chasse.

    Les commandants Michard  et Bailly, bien qu’inférieurs en nombre, les attaquèrent et les mirent en fuite.   

    Le 8 janvier, Ricciotti Garibaldi, apprenant qu’une colonne prussienne était sortie de Montbard et se dirigeait vers Semur, résolut d’attaquer Montbard, dont la garnison devait être affaiblie.

    Les bagages furent expédiés sur la route de Flavigny et la brigade prit la route de Montbard.

    Ayant passé Montfort, la brigade trouva les prussiens qui avaient pris leurs positions à travers de la route et sur la pente de droite.

    La brigade utilisa alors un petit chemin  sur la pente gauche.

    L’ennemi se retira rapidement et les garibaldiens voulurent couper ce corps de celui qui occupait Crépand.

    Après un combat, les garibaldiens se retirèrent, menacés d’être encerclés et, par la vallée de la Brenne, gagnèrent Flavigny, où ils arrivèrent à 4 heures du matin.

    Le capitaine Tarelli-Cox réussit même à sauver toutes les voitures de munitions, ce qui permit à la brigade de recharger ses armes [i].     

     [i] Dans cette affaire, Ricciotti eut trois hommes tués et une vingtaine de blessés

     

    "La bataille de Baigneux-les-Juifs, le 11 janvier 1871", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 2 : monument élevé à Crépand en mémoire des francs-tireurs tués lors du combat du 8 janvier 1871

    Ricciotti donna un jour de repos à ses troupes et il fut rejoint à Flavigny par la deuxième brigade de Lobbia.

    La situation de Ricciotti n’était pas formidable, se trouvant au milieu des avant-gardes des IIe et VIIe corps prussiens de l’armée de Manteuffel, qui occupaient Villaines, Saint-Marc, Baigneux, Aignay-le-Duc, Montmoyen et Recey

    .On crut même que la quatrième brigade était perdue, le sous-préfet de Semur ayant télégraphié, le 9 janvier :

    « Ricciotti, après s’être battu toute la journée, est entouré de forces considérables. Ses bagages et ses munitions sont déjà entre les mains de l’ennemi ».

    Giuseppe Garibaldi lui-même craignit un temps que son fils ne soit perdu ; il avait dit alors à son chef d’état-major :

    « … Nous sommes exposés, vous comme moi, à apprendre d’un moment à l’autre la mort d’un fils, mais nous avions, n’est-ce pas, en venant ici, fait le sacrifice de notre vie et de celle de nos enfants. Dites-moi la vérité, Ricciotti est-il mort ou prisonnier ? [i] » . 

    Ricciotti demanda des instructions à son père mais, celui-ci lui laissant toute liberté pour la poursuite de la guerre, ce dernier estima que le plus utile était de continuer à observer les corps prussiens de la région.

    La IIe brigade de Cristiano Lobbia et la IVe de Ricciotti allaient chercher à freiner la marche des troupes prussiennes envahissant la Bourgogne depuis le nord-ouest.                                                                                                                                                           Nous avons plusieurs récits sur la bataille de Baigneux : celui de Ricciotti Garibaldi, celui du général Bordone, chef d’état-major de l’armée des Vosges, celui d’Edmond Thiébault, officier d’ordonnance de Ricciotti et enfin, celui, récent, d’un historien, Robert Molis.                             

    Voici d’abord ce que dit Ricciotti [ii]                                                            

    « Dans ce but, je décidai l’exécution d’un mouvement vers le Nord, c’est-à-dire sur le front des avant-gardes ennemies.

    Le 11 janvier, la quatrième brigade prend la route de Darcey.

    Dans cette localité nous recevons la nouvelle qu’une colonne fourragère est en train de prélever des vivres à Baigneux-les-Juifs.

    Tout de suite, je fais accélérer la marche et, en arrivant près de Villeneuve, deux compagnies, sous les ordres de Michard, sont poussées jusqu’à Villaines, avec l’ordre de prendre la route qui, de cet endroit, conduisait à Baigneux et de tailler ainsi la retraite aux Prussiens.

    En attendant, la brigade continuait sa route vers Baigneux.

    Arrivés à moins d’un kilomètre de cette localité, nous rencontrons une patrouille de cavalerie qui, attaquée par nos guides, est aussitôt obligée de tourner bride.

    La route, passant au milieu d’une bande de terrain ouvert, avec des bois à droite et à gauche, coupait à angle droit la crête de la colline et descendait ensuite de l’autre côté sur le  village.

    Cette crête était fortement occupée par les Prussiens qui reçurent nos tirailleurs par une très vive fusillade.

    Je fis avancer deux compagnies par l’extrémité du bois à droite, de manière à tourner la position de l’ennemi et pour l’obliger à se retirer par la route de Villaines.

    La manœuvre réussit parfaitement.

    L’ennemi, chassé de l’arête de la colline, se retira sur le village.

    Mais après un bref combat, il fut obligé d’abandonner aussi celui-ci et il recula dans la direction de Villaines en grand désordre, laissant entre nos mains douze prisonniers et trois voitures de subsistances.

    Le malheur voulut que Michard, retardé dans sa marche, ne fût pas encore arrivé à ce village, sinon les Prussiens, pris entre deux feux, seraient  probablement tous restés prisonniers.

    Ayant suspendu toute poursuite, nous sommes retournés à Baigneux, où nous avons trouvé un hôtel plutôt convenable.

    A notre demande s’il y avait quelque chose à manger, l’hôte répondit en souriant que le repas était prêt.

    Tant de chance nous surprenait.

    Nous étions si peu accoutumés à trouver les repas tout prêts !

    Mais l’hôte nous avoua que celui-ci avait été commandé par les officiers prussiens que nous avions chassés de là.

    Nous nous arrêtâmes dans ce village pour le restant de la journée, mais en prenant la précaution de bien nous couvrir par des postes avancés.

    Cependant, l’arrivée de quelque gros corps ennemi était probable et, dès le lendemain matin, à une heure après minuit, nous nous mettions en marche pour Aignay-le-Duc.

    Nos prévisions étaient justes : à six heures du matin, dans le village que nous venions d’abandonner, arrivaient deux mille Prussiens avec de la cavalerie et de l’artillerie, et selon leur habitude, ils mirent le pays sens dessus-dessous »[iii].

    Voici ensuite le récit d’Edmond Thiébault, franc-tireur de la quatrième brigade [iv] :                      

    « La journée du 10 janvier est consacrée à des reconnaissances, on observe l’ennemi.

    A Châtillon-sur-Seine, les forces prussiennes augmentent chaque jour dans d’inquiétantes proportions.

    Deux colonnes, fortes de plusieurs milliers d’hommes, occupent : l’une Villaines, l’autre Saint-Marc.

    Elles s’étendent jusqu’à Baigneux, Aignay-le-Duc, Montmoyen, Recey ; partout de fortes réquisitions.

    La nuit dernière, un fort détachement a fait une démonstration vers Sainte-Reine, où nos éclaireurs l’ont rencontré.

    Dans l’après-midi, le colonel Lobbia vient se mettre en communication avec nous, il nous apporte enfin quelques renseignements ; une marche est décidée pour le lendemain.

    Le 11 dans la matinée, la brigade, abandonnant la grande route, s’engage par des chemins impossibles dans la direction de Darcey.

    Le froid est devenu excessif, nous éprouvons les plus grandes difficultés à faire avancer nos voitures, les cavaliers eux-mêmes marchent avec peine sur les voies glacées.

    Quand nous arrivons à Darcey, nous rencontrons les éclaireurs de la 2e brigade qui nous signalent la présence de l’ennemi à Baigneux-les-Juifs.

    Un peu plus loin, les francs-tireurs Basques nous confirment ces renseignements ; les Prussiens viennent prendre possession des réquisitions qu’ils ont exigées la veille par un ordre de la municipalité.

    La colonne a repris sa marche dans la direction signalée.

    Quand elle arrive près du bois, au-dessus de Villeneuve, le colonel Ricciotti détache les deux compagnies de Savoie et les lance sur la gauche.

    Elles ont l’ordre de s’avancer jusqu’à la route qui conduit à Villaines et marcher ensuite sur Baigneux.

    Pendant ce temps, le reste de la brigade continue son mouvement.

     A peine arrivés en vue du village, nous distinguons les éclaireurs prussiens qui, faisant volte-face à notre vue, s’élancent au galop donner l’alarme ; on peut voir bientôt l’infanterie ennemie rangée en bataille sur la droite de Baigneux.

    Les compagnies sont immédiatement déployées dans la plaine couverte de neige.

    Les tirailleurs s’avancent sur deux lignes ; leur vaste développement permet d’envelopper tout le village.

    La fusillade commence par la droite dont le rapide mouvement doit rejeter les Prussiens sur les deux compagnies envoyées du côté de Villaines, leur arrivée est imminente.

    Cette manœuvre tournante devait pleinement réussir sans la promptitude obligée de l’attaque de la gauche qui, venant malheureusement couper la route à l’ennemi, le force à abandonner la position.

    Il se rejette alors derrière le village, se ménageant ainsi une retraite vers le bois qu’on aperçoit au bas de la route.

    Nos francs-tireurs avancent rapidement sous une vive fusillade, ils occupent successivement les maisons et les jardins que les Allemands sont impuissants à défendre ; ils sont bientôt maîtres du coteau qui domine le pays, dernière position que l’ennemi abandonne pour se retirer dans le plus grand désordre dans la direction d’Ampilly-le-Haut [v].

     La lutte avait duré une heure à peine.

    Les Prussiens laissaient entre nos mains 12 prisonniers et 3 voitures de vivres ; leurs pertes sont restées inconnues, elles devaient être sérieuses.

    De notre côté, nous avions 1 mort et 4 blessés.

    La brigade passe à Baigneux le reste de la journée sous la protection de grand’gardes sérieuses [vi].

    Les prisonniers sont immédiatement conduits au colonel Lobbia qui doit occuper Billy-les-Chanceaux et Poiseul-la-Grande ; il devra les faire accompagner au quartier-général [vii].

    Le 12 janvier à 3 heures du matin, nous reprenons notre marche vers Aignay-le-Duc ».

    Enfin, selon Robert Molis [viii] :                                                                                       « Selon le capitaine des Francs-Tireurs de l’Aveyron, c’est vers 2 heures après-midi que la Brigade trouva 200 ou 300 Prussiens au village de Baigneux.

    On commence à investir le village ; les Francs-Tireurs de « La Croix » (de Nice) appuient, à gauche, les Compagnies réunies de l’Aveyron et de l’Allier, tandis que la « Compagnie des Vosges » s’avance par la droite.

    Malheureusement, trois Uhlans, « faisant preuve d’une audace extraordinaire », se dirigent, au petit pas, vers le Colonel, lequel, croyant qu’ils venaient dire que la troupe se rendait, donne ordre de cesser la progression et de ne pas tirer.

    Quand Ricciotti revint de son erreur, il en commit une seconde en faisant courir sus aux Prussiens en formation de tirailleurs et non pas en colonne, « ce qui aurait permis d’arriver beaucoup plus vite »[ix].

    Bilan de la prise de Baigneux-les-Juifs : « quelques pertes », une voiture de réquisition prise, ainsi que, capturés par les Francs-Tireurs de l’Aveyron, 12 prisonniers dont un chirurgien. La plupart de ces Prussiens furent capturés par le Franc-Tireur Fabre et par le caporal Labro.

    Selon les Béarnais, ils n’étaient que 40 Francs-Tireurs, partis pour intercepter 80 cavaliers, qui virent déboucher 20 cavaliers et 200 fantassins.

    Ils firent le coup de feu eux-aussi, la colonne des Francs-Tireurs les ayant « débloqués ». Selon eux, les Prussiens eurent 2 tués, 9 blessés et 11 prisonniers ». 

    Mais, toujours selon Robert Molis, il y eut un désaccord entre les Francs-Tireurs :

    « le 11 janvier, ayant appris qu’une colonne réquisitionnaire venant de Jours et de Baigneux doit passer par là, les francs-tireurs du Béarn vont se poster sur la route entre La-Villeneuve-les-Convers et Baigneux-les-Juifs.

    Le renseignement était bon : 120 ou 150 Allemands se présentent en effet… aux yeux des Francs-Tireurs en même temps que débouche Ricciotti Garibaldi avec un millier d’hommes, venant de Flavigny et Darcey.

    Qui aura l’honneur d’ouvrir le feu ?

    Les Francs-Tireurs du Béarn, dit leur capitaine, prièrent Ricciotti de suspendre sa marche pour laisser les Prussiens arriver sur leur embuscade.

    Ricciotti refuse et le capitaine Grison note qu’il « juge plus utile de marcher sur Baigneux qu’il enlève, mais l’ennemi a le temps de fuir ».

     

    [i] Bordone (général) : « Garibaldi et l’armée des Vosges ; récit officiel de la campagne » ; Paris, 1871

    [ii] Ricciotti Garibaldi : « souvenirs de la campagne de 1870-71 », traduction de Philippe Casimir ; Nice, 1899

    [iii] Selon l’instituteur Pierre Genevoix ; il écrivit, en 1888, que « le 11 janvier1871, un petit détachement prussien escortant une voiture de réquisition fut attaqué à Baigneux par les francs-tireurs garibaldiens. Ce détachement put prendre la fuite… ;  « Cahiers du Châtillonnais ; monographie de la commune de Baigneux-les-Juifs », n° 2

    [iv] Thiébault Edmond : « Ricciotti Garibaldi et la 4eme brigade, récits de la campagne de 1870-71 » ; Paris, 1872

    [v] « Les tirailleurs, sous un feu de mousqueterie très vif, continuèrent à avancer ; ils occupèrent d’abord le village, puis un petit château qui est sur la lisière du bois » ; Bordone, op. cit.

    [vi] Même signification qu’avant-poste

    [vii] Le 12, les prisonniers arrivèrent à Dijon et entrèrent dans la cour de la préfecture ; Thiébault, op. cit.

    [viii] Molis Robert : « les Francs-Tireurs et les Garibaldi » ; Editions Tirésias, 1995

    [ix] Selon Léon Rodat, capitaine des francs-tireurs de l’Aveyron, cité par Robert Molis, op. cit.

     

    "La bataille de Baigneux-les-Juifs, le 11 janvier 1871", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 3 : acte de décès de Claude Carteau état-civil de Baigneux

    Deux francs-tireurs furent blessés et soignés par les sœurs pendant plusieurs semaines ;  le caporal Lacan, franc-tireur de l’Aveyron, « eut les deux cuisses traversées par une balle », mais il put par la suite repartir chez lui [i] ; par contre, Claude Carteau, franc-tireur du Doubs, lui aussi blessé, s’éteindra le 30 janvier 1871et sera inhumé au cimetière de Baigneux.

    Le lendemain, 12 janvier, les prussiens revenaient en force à Baigneux et ce fut le pillage.

    Pendant deux heures, les soldats allemands, pénétrant dans les maisons, se faisaient ouvrir les armoires et les caves et emportaient tout ce qui était à leur convenance.

    Aucune résistance ne se produisit de la part des habitants ; les objets pillés furent surtout des denrées de consommation et du linge.

    Le maire, M. Lombard, assez malmené, fut un certain temps gardé àvue à cent mètres du village et menacé de mort.

    Des canons, braqués sur les hauteurs, lancèrent quelques boulets dans la direction de Poiseul-la-Ville, afin d’attirer les francs-tireurs qui occupaient cette localité, pendant que des masses prussiennes importantes étaient cachées dans les bois voisins ; heureusement les francs-tireurs ne donnèrent pas dans le piège et Baigneux fut sauvé [ii].

    Pendant ce temps, Les Francs-Tireurs de la IIe brigade de Lobbia se sont mis en marche pour arrêter l’ennemi ; les Francs-Tireurs Républicains de Bigorre sont envoyés se poster, avec les Éclaireurs, à Courceaux, tandis que les Chasseurs d’Orient et les Francs-Tireurs Marins vont occuper Poiseul-la-Ville, et, en arrière, à Chanceaux, sont postés le Bataillon de l’Égalité et la Compagnie du Génie.

    Quant à Ricciotti, il arrivait à Aignay :                                                            

    « La route conduisant à Aignay était tout simplement infâme ; cette marche pénible sur une route impraticable, coupée encore de fréquents arrêts occasionnés par des alarmes, firent que notre arrivée à Aignay n’eut lieu que le soir à 9 heures ».   

     C’est le maire d’Aignay, M. Misset, qui les accueillit [iii]:

    « Les Francs-Tireurs sont arrivés à Aignay le 12 janvier 1871 à 6 h du matin.

    Ils étaient au nombre de 1 200, commandés par Ricciotti ; ils avaient 104 chevaux et venaient du canton de Baigneux.

    Leurs bagages étaient conduits par quelques cultivateurs des environs de Tonnerre, absents de leur pays depuis une douzaine de jours.

    Ils furent remplacés par 6 voitures et 18 chevaux d’Aignay chargés de conduire à Dijon les munitions de la Brigade.

    Nos hommes ont été absents six jours, sans toucher de rétribution.

    Ce corps a été bien accueilli par les habitants chez lesquels les soldats se logèrent à leur fantaisie.

    La plupart des compagnies étaient composées d’hommes assez convenables, mais il y en avait parmi eux un certain nombre, 30 ou 40 , mauvais sujets, indisciplinés, insolents même pour leurs chefs, et dont le Chef d’état-major désirait vivement être débarrassé.

    Nous n’avons remarqué dans cette troupe que 50 ou 60 Italiens portant la chemise rouge ; la plupart étaient des ivrognes.

    J’avais chez moi, avec Ricciotti, ses Officiers intimes ; son secrétaire, faisant fonction de Chef d’état-major, était un M. Thiébault, connu à Dijon, homme de bonnes façons, maintenant le plus possible l’ordre et la discipline… »                     

       Ricciotti poursuit :

    « Ce village est situé au fond d‘un trou, c’est donc une très mauvaise position à tenir, et qui nécessite des lignes très étendues d’avant-postes et de nombreuses patrouilles.

    Pendant la nuit j’organisai, au moyen d’habitants qui m’avaient offert leurs services, un bon service d’informations avec les localités voisines

    (voici ce qu’en dit Edmond Thiébault :

    « Dans la nuit, nos éclaireurs se sont mis en communication avec les maires des villages qui nous entourent au loin.

    Ces fonctionnaires ont eux-mêmes envoyé d’autres éclaireurs plus en avant, et nous transmettent des notes qui nous confirment les différentes positions de l’ennemi et ses mouvements »).

    Ainsi j’appris qu’une forte colonne prussienne occupait Villaines ; une autre, Saint-Marc et une troisième, Saint-Broing-les-Roches.

    Un détachement fort de 5 000 hommes occupait Grancey ; un autre, plus fort, marchait sur Auberive.

    De sorte que notre position était des plus précaires…                                             

    Arrivés à Aignay… au soir, je voulus moi-même placer nos avant-postes, ce qui n’était point facile en pleine obscurité.

    Puis, retourné au quartier-général, je reçus les rapports ; je donnai des instructions aux commandants de compagnies ; j’organisai avec lesautorités locales le service d’informations civiles, enfin je pris un peu de nourriture ; tout cela nous mena jusqu’à minuit…

    Je m’endormis et, à 3 heures, l’officier de service me réveilla pour faire la ronde habituelle aux avant-postes-opération nécessaire, parce que c’est généralement à l’aube que se produisent les surprises, et à ce moment surtout il faut être bien sûr que tout est en ordre.

    A ma très grande surprise, je constatai que tout mon système d’avant-postes, que j’avais organisé avec tant de soins dans la soirée, était radicalement changé.

    Avec la rigide discipline qu’il fallait, surtout en service, cela me préoccupait.

    Aussi, dès le retour au quartier-général, fis-je appeler quelques commandants de compagnie pour leur demander la raison deces changements.

    Ils se montrèrent, eux, plus surpris encore que moi.

    L’un d’eux, Rostaing, me dit que, pendant la nuit, des patrouilles ennemies s’étaient approchées, ils vinrent pour me demander ce qu’il fallait faire, et que j’avais alors consulté ma carte, puis donné des ordres précis à ce propos.

    Je restai stupéfait à cette nouvelle complication, lorsque Arnaud, des savoyards, me dit, en riant :

    « Je m’en doutais déjà, commandant, mais maintenant j’en suis certain ; nous sommes venus effectivement vous faire nos rapports et vous nous avez donné les ordres nécessaires, mais, tout cela, vous l’avez fait en dormant ».

    Par cette pointe jusqu’à Aignay, nous avions traversé tout le front de l’armée de Manteuffel.

    Maintenant, il s’agissait de se retirer en maintenant toujours le contact avec cette armée.

    Dans ce but, le lendemain, nous nous repliâmes vers le Sud et, le soir, nous arrivions à Avot-le-Grand [iv].

    Une autre étape nous amenait à Is-sur-Tille ».

     

    [i] Selon Robert Molis, il fut laissé dans une maison de Baigneux

    [ii] Genevoix Pierre ; op. cit.

    [iii] Lettre de M. Misset, du 15 juin 1872, à la « Commission d’Enquête » ; cité par Robert Molis, op. cit.

    [iv] En passant par Etalante, Salives et Barjon ; Bordone, op. cit.

     

    "La bataille de Baigneux-les-Juifs, le 11 janvier 1871", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 4 :première ligne d'avancée des garibaldiens, du 10 au 16 janvier, au nord-ouest de Château-Chinon à Langres; deuxième ligne autour de Dijon, le 20 janvier (Bordone, opus cité)

    Le 16,  Ricciotti et la quatrième brigade se repliaient à Dijon, où Giuseppe Garibaldi se trouvait depuis le 7 janvier, ayant quitté Autun par chemin de fer [i].

    Pendant cette même période, à Châtillon, le 12 janvier au soir, arrivait le général Manteuffel, qui avait pris le 11, à Versailles, ses instructions auprès du grand état-major.

    Là, il opéra sa jonction avec les généraux von Zastrow et Fransecki [ii], pour se porter au secours du général von Werder, qui était autour de Dijon et essayait de couper la retraite au général Bourbaki [iii].

    Si le point de concentration choisi par von Moltke fut Châtillon, c’est parce qu’il en connaissait l’importance stratégique ; Châtillon avait en effet le double avantage de se relier par des voies ferrées à Chaumont, à Troyes, à Nuits-sous-Ravières, sur la ligne de Paris à Lyon, et d’être comme une position centrale en avant des défilés de la Côte d’Or.

    C’est là que les forces de l’armée du sud se réunirent, à l’entrée des vallées profondes de l’Aujon, de l’Aube, de l’Ource et de la Seine, dans les sinuosités desquelles s’enfoncent, à des intervalles de 10 à 15 kilomètres, quatre routes montueuses qui, par des rampes escarpées, conduisent aux hauts plateaux entre Langres et Dijon [iv]. Ces généraux repartirent le 14.                                                                                                                                                Le 21 janvier commençait la troisième bataille de Dijon.

    [i] Le général von Moltke, conscient du danger que représente l’armée de l’Est, avait fait évacuer Dijon le 27 décembre pour organiser une ligne de défense à l’ouest de Belfort

    [ii]Selon Léon Legey (« Châtillon-sur-Seine pendant la guerre de 1870-71 ; souvenirs d’un enfant de Châtillon » ; Châtillon, 1899), Manteuffel trouva à Châtillon von Zastrow et von Hosten-Iaken  ; selon P.A Dormoy, Manteuffel trouva à Châtillon le 7e corps d’armée de Zastrow et le 2e corps d’armée, de Fransecki ; celui-ci passa par Nuits, Montbard, Chanceaux et Is-sur-Tille, tandis que Zastrow partit en direction de Langres, par Recey, Auberive et Prauthoy (« Guerre de 1870-71 ; les trois batailles de Dijon, 30 octobre, 26 novembre, 21 janvier » ; Paris, 1894)

    [iii] Les Prussiens s’attendaient à être attaqués le lendemain et avaient averti le maire de Châtillon de prendre ses précautions ; dans les jours suivants, des barricades furent élevées ; le général von Moltke avait créé une armée du sud, confiée au général von Manteuffel, pour contrer l’armée du général Bourbaki

    [iv] Revue des Deux Mondes ; 1872, tome 102, p. 786

     

    "La bataille de Baigneux-les-Juifs, le 11 janvier 1871", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 5 : les mouvements des troupes françaises et prussiennes autour de Dijon; "La guerre de  70" François Roth, Paris

    (Dominique Masson)

     

     


    2 commentaires
  • Voici un notule d’histoire de Dominique Masson, historien du Châtillonnais , sur un épisode peu connu qui s'est passé à Châtillon sur Seine en décembre 1870.

    Merci à lui de nous éclairer avec tant de précision sur cette exécution de Léon Vigneron par les Prussiens, exaspérés par l'attaque contre eux, des francs-tireurs de Riciotti Garibaldi.


    L’exécution de Léon Vigneron, le 19 décembre 1870

    Le 19 juillet 1870, l’empire français, dirigé par Napoléon III, entrait en guerre contre la Prusse de Guillaume Ier et ses alliés allemands.

    Après la défaite française à Sedan et l’abdication de l’empereur français, la troisième République fut proclamée deux jours après, le 4 septembre, mais la guerre va continuer.

    Giuseppe Garibaldi, avec ses fils, vint se mettre au service de la jeune République et rejoignit Tours, siège de la délégation gouvernementale hors de Paris assiégé.

    Gambetta lui confie alors le commandement de tous les corps francs de la zone des Vosges, de Strasbourg à Paris. Ces francs-tireurs sont des corps de volontaires, plus ou moins organisés et plus ou moins importants, qui se lèvent contre les troupes prussiennes et qui combattent parallèlement à l’armée régulière.

    Le 31 juillet 1870, une circulaire ministérielle française admit le principe de compagnies de francs-tireurs, engagées pour la durée de la guerre.

    Mais, du côté prussien, on juge qu’ils font une guerre déloyale, organisant des embuscades, des surprises ou des coups de main, et ces attaques inquiètent l’état-major.

    Aussi le commandement prussien leur refusera toujours la qualité de belligérant : Tout franc-tireur sera assimilé à un malfaiteur ; il sera passible du conseil de guerre immédiat qui peut prononcer la peine de mort.

    S’il est établi que dans un village un tireur non identifié a attaqué des soldats, celui-ci sera déclaré responsable et subira des représailles

    .
    Le 19 novembre 1870, Ricciotti Garibaldi, avec les francs-tireurs de Dôle, des Vosges et du Dauphiné, ainsi que les chasseurs du Havre et de Savoie et le bataillon Nicolaï, opéraient une surprise à Châtillon, tuant neuf prussiens, et surtout récupéraient des armes, la caisse du régiment et des chevaux .

    Mais les francs-tireurs n’étaient pas assez nombreux pour occuper la ville et l’évacuèrent le soir.

    Les prussiens prirent une quarantaine d’otages et les emmenèrent sur la route de Langres, où ils passèrent la nuit, avant d’être peu à peu libérés.

    Mais six otages, dont le maire, furent emmenés à Châteauvillain.

    Le 22, les prussiens revinrent en force à Châtillon, pillèrent la ville et imposèrent une contribution financière.

    C’est dans ce contexte qu’arriva l’exécution de Léon Vigneron.

    On a beaucoup dit sur lui, mais certains points sont à corriger.


    Edme Vigneron est né le 13 avril 1834, à Marac, en Haute-Marne, fils de Pierre Vigneron, pâtre, et de  Nicole Garnier ; son acte de naissance ne porte qu’un seul prénom, celui d’Edme, et on ne sait pourquoi il fut appelé par la suite Léon.

    Il se maria le 22 février 1857 avec Eugénie Gachet, à Neuilly-sur-Suize ; il est à ce moment déclaré habiter à Neuilly et est déclaré «  domestique » et il signe : Léon Vigneron.

    Achille Maitre écrira, en 1870, qu’il « n’était marié que depuis quelques jours » .    

    Il revint habiter à Marac ensuite, mais on ne sait quand, et il ne semble pas avoir eu de descendance.

     

    "L'execution de Leon Vigneron

    Figure 1 : signature de "Léon"Vigneron sur son acte de mariage en 1857 et de sa femme

    "L'execution de Leon Vigneron

    Figure 2 :Acte de naissance d'"Edme" Vigneron, état-civil de Marac (52)

    Suivons maintenant le récit fait par Gaudelette [i] 

    Le jeudi 11 décembre 1870, des troupes de la garnison de Langres étaient sorties pour essayer de surprendre un fort détachement de Prussiens qui se trouvait à Châteauvillain, mais l’ennemi ayant été averti, la tentative échoua, et les troupes rentraient deux jours après à Langres, laissant deux compagnies à Marac et deux autres compagnies dans un village voisin.

    Le dimanche 14, on signala les Prussiens, au nombre de 3 à 4 000, à peu de distance du village.

    Aussitôt les deux compagnies, auxquelles s’étaient joints quelques gardes nationaux de la localité, se déploient en tirailleurs dans les jardins, font une vigoureuse résistance ; mais, n’étant pas en nombre, ils durent se replier sur Langres.                                                             

    Louis Vigneron ne se trouvait pas en ce moment au village ; il était dans un moulin situé à un kilomètre de là, où il s’occupait tranquillement des soins du moulin où il était simple domestique.

    Il apprend tout à coup que l’ennemi est à Marac, qu’on lui oppose de la résistance ; alors, n’écoutant que son ardent patriotisme, faisant taire ses sentiments de père et d’époux, il n’hésite pas un instant ; il prend un fusil de chasse chez son maître, court à Marac, se met en embuscade derrière un mur de jardin et, sans s’occuper de ce qui peut advenir, décharge ses deux coups de fusil sur des Prussiens qui passaient à distance.

    Aussitôt il est poursuivi par les uhlans qui, après quelques minutes, s’en emparent.

    Dans sa fureur, l’ennemi pille les premières maisons du village et s’empare des notables qui sont emmenés à Arc-en-Barrois.                                                                                         

    Quant à Louis Vigneron, il fut emmené à Châtillon avec d’autres prisonniers.

    Accusé d’avoir protégé les francs-tireurs et d’avoir agi de complot avec eux, quoique cela n’ait pas été prouvé, il fut condamné sommairement à être fusillé.

                                                                        Gaudelette l’appelle Louis, alors que son prénom est Edme, et, plus tard, il sera gravé qu’il se prénommait Léon.

    Par contre, Gaudelette dit bien qu’il n’était que domestique au moulin de Marac.

    Mais, comme il fut pris au moulin, le commandant en chef prussien le qualifia de « meunier », et c’est aussi ce qui sera gravé par la suite.        

     

    [i] Gaudelette Michel : histoire de la guerre de 1870 en Bourgogne ; Paris, 1895

    "L'execution de Leon Vigneron

    Figure 3 : condamnation de Vigneron par Von Delitz (archives Municipales Châtillon sur Seine)

    Léon Vigneron fut emmené à Châtillon et enfermé dans la même prison que les dix habitants de Thoires arrêtés le 14 décembre ; ce sont eux qui eurent la douleur de lui donner la dernière accolade[i].

     On possède deux récits concernant ses derniers moments, à la maison d’arrêt.

    Voici celui relaté par son directeur, M. Jamet :

    J’avais arboré le drapeau de la convention de Genève pour protéger et faire respecter la maison ; cela fut inutile.

    Les prussiens au nombre de 180 envahirent et prirent possession de l’établissement sans autre préoccupation…..

    Quelques jours après cette prise de possession les allemands amenèrent maire et notables des environ pris en otages et m’enjoignirent de les nourrir … j’ai répondu au chef que n’avais pas assez de provision.

    Il me répondit par un effroyable coup de poing qui me renversa et au même moment ma femme qui faisait la même réflexion fut frappée violemment d’un coup de la crosse de fusil sur la poitrine…

    Le 21 décembre[ii]à 7 heures du matin on m’intima l’ordre d’aller chercher un nommé Léon Vigneron qui avait été arrêté le 30 novembre[iii]

    Le malheureux avait été accusé d’avoir tiré sur eux.

    J’allai le chercher dans la salle des passagers ou il couchait et l’emmenai chez moi où on lui lut sa sentence de mort et un quart d’heure plus tard il n’était plus…[iv] .

    En 1872, Emile Montégut [v] recueillit le témoignage de la femme du directeur :

    Les Prussiens l’accusaient d’avoir protégé les francs-tireurs et d’avoir agi de complot avec eux, quoique cela n’ait pas été prouvé.

    C’est celui-là qu’ils choisirent pour se venger.

    J’entends encore, j’entendrai toujours, je crois, le cri que poussa ce malheureux lorsqu’on lui annonça qu’il allait être fusillé.

    Il demanda qu’on lui laissa le temps d’écrire au moins à sa femme, ce qui lui fut accordé avec beaucoup de difficulté.

    Il écrivait tout en tremblant, comme vous pouvez le croire, en sorte que cela ne marchait pas bien vite ; alors un officier s’avança et lui dit brusquement :

    « Un mot, rien qu’un mot, vous m’entendez bien, et dépêchons-nous, nous avons autre chose à faire qu’à vous expédier ».

    Puis ils l’ont amené contre le mur du cimetière et ils l’ont fusillé.

    Gaudelette ajoute :

    Puis il écouta les exhortations de l’abbé Lecœur, aumônier de l’hospice, fut aussitôt amené contre le mur du cimetière et fusillé.

    Il se trouva dans le peloton d’exécution des soldats qui ne voulurent pas prêter les mains à cet acte odieux ; leurs balles furent ramassées le lendemain au pied du mur, contre lequel elles s’étaient aplaties, dans un rayon assez éloigné. 

    Et madame Jamet poursuit :

    Il a été enterré à cette place même où il est tombé, avec les habits qu’il portait, sans qu’on ait pu le mettre dans une bière.

    En fait, selon Gaudelette :

    le corps de Vigneron fut ensuite littéralement traîné dans la neige jusqu’à l’entrée du cimetière.

    Comme aucune fosse n’avait été préparée, on le recouvrit seulement de quelques pelletées de terre, avec défense expresse de toucher au corps.

    Quelques jours après, en raison de la mauvaise odeur répandue par le cadavre, la municipalité obtint l’autorisation de le faire disparaître sous un monticule de terre

     Il dut être enterré au cimetière Saint-Vorles mais, le 23 novembre 1876, il fut exhumé et ses restes transférés au cimetière Saint-Jean pour y être enterrés avec ceux des francs-tireurs tués lors de l’attaque garibaldienne [vi].                                                                                                                       A l’endroit où Léon Vigneron fut fusillé, M. des Etangs, membre du conseil municipal et président du tribunal civil de première instance, fit ériger une croix en pierre, sur laquelle on peut lire une inscription qu’il rédigea lui-même :

                A Léon Vigneron/sa/veuve                                                                                                                                                                                                                   Garde Nata lpris à Marac le 11 /  X bre 1870 fusillé ici / le 19 par les prussiens il est /mort en chrétien et pour la /patrie                                                                                                                                                      

     Que Dieu / préserve / à jamais / la France / de frapper /le vaincu / désarmé et / de punir le / patriotisme comme un / crime[vii]

     En 1915, lors d’une manifestation patriotique organisée par le Souvenir Français et les blessés valides des hôpitaux, des palmes furent posées sur cette croix. Ce n’est que par la suite qu’une balustrade fut ajoutée, lui donnant l’apparence d’une tombe.

     [i] Lors de l’attaque de Châtillon par les Garibaldiens, plusieurs prussiens affolés s’enfuirent au hasard dans la campagne ; trois se laissèrent capturer par les habitants de Thoires ; le 14 décembre, le village fut cerné par un détachement prussien qui les récupéra et emmena en retour dix habitants de Thoires comme prisonniers, à Châtillon ; Diey Michel : 1870-1871, la guerre oubliée dans le Châtillonnais, Cahiers du Châtillonnais, n° 151

    [ii] Erreur de date ; de même pour l’horaire

    [iii] Von Delitz, dans sa pancarte, indique 6h 1/2 ; Achille Maitre écrit : « Le 19 décembre, à 6 heures ½ du matin, on entendait un feu de peloton du côté du cimetière de Saint-Vorles ».

    [iv] M le préfet, 1er Août : « M. le gardien chef de la maison d’arrêt de Châtillon sur Seine vient de m’adresser, que j’ai l’honneur de vous transmettre, son rapport au sujet des faits qui se sont passés dans son établissement sous l’occupation prussienne, des dégâts de toute nature qui y ont été commis et des exactions….dont il a été témoin personnellement ainsi que sa famille. M. l’architecte du département a visité l’établissement depuis son évacuation…. J’ai eu l’honneur de vous adresser ainsi qu’à M. le ministre de l’intérieur des propositions pour qu’il fût alloué au directeur de la maison d’arrêt une indemnité de 200 francs en raison des pertes et mauvais traitements qu’il a subis…. Je vous prie d’agréer monsieur le préfet l’assurance de mon respect » ; signé le directeur.

    [v] Montégut Emile : Impressions de voyage et d’art, souvenirs de Bourgogne ; in « Revue des deux mondes », premier mars 1872

    [vi] Diey Michel : chronique : à propos de la tombe de Léon Vigneron, Cahiers du Châtillonnais, 2004, n°189 

    [vii] «… sa veuve… » : ces mots sont souvent oubliés dans les livres rapportant cette inscription

    "L'execution de Leon Vigneron

    Figure 4 : le "monument" de Léon Vigneron, carte postale Parisot

    "L'execution de Leon Vigneron

    Figure 5 : le "monument" de Léon Vigneron, cliché Dominique Masson

    Le peintre Victor Didier, en 1882, raviva le souvenir de cette exécution en faisant une peinture représentant l’exécution de Vigneron [i].

    Sur ce tableau, les soldats prussiens attendent un peu plus loin que la sentence soit lue et on distingue au loin un mur.

     [i] Victor Didier (1837-1889), est un peintre châtillonnais ; il fut professeur de dessin au lycée de Châtillon

    "L'execution de Leon Vigneron

    Figure 6 : Reproduction du tableau de Victor Didier, photo-carte

    Mais il semble que, la même année,  ce même peintre fit un deuxième tableau, avec des variantes par rapport au premier ; il rajouta l’abbé Lecœur, à genoux, et disposa différemment le peloton d’exécution ; celui-ci est face à Vigneron et un officier se tient devant, prêt à sortir son sabre pour commander le feu [i].

    C’est cette version que reprit, en carte postale, l’éditeur châtillonnais H.Bogureau.

     [i] Ces deux tableaux semblent avoir disparu

    "L'execution de Leon Vigneron

    Figure 7 : Dessin de L.Breuil dans l'ouvrage de Gaudelette

    Ceci permit également, par l’intermédiaire des cartes postales, d’entretenir un certain patriotisme.

    "L'execution de Leon Vigneron

    Ce tableau de l’exécution de Vigneron fut repris dans le livre de Gaudelette, paru en 1895 ; L.Breuil en fit un dessin,à partir du tableau de Victor Didier, en modifiant un peu l’arbre derrière Vigneron et en ajoutant au fond un hangar.

    "L'execution de Leon Vigneron

    Figure 8 : L'exécution de Léon Vigneron, carte postale , H.Bogureau

    Si Vigneron avait été fusillé à Châtillon, son décès ne fut pas porté sur les registres de l’état-civil.

    Le maire de la commune de Marac, au nom de la veuve de Vigneron, intervint, tendant à obtenir un jugement auprès du tribunal de Châtillon, pour suppléer à l’acte de décès de son mari qui n’a pas été rédigé.

    Après audition des témoins, le tribunal, le 25 avril 1871, constata qu’il fallait réparer cette omission ; le jugement rendu indiqua qu’il tenait lieu de l’acte de décès qui n’a pu être dressé en raison des circonstances, et qu’il serait transcrit dans les registres de l’état-civil de l’année courante ; le maire s’exécuta le 4 mai 1871 ; l’acte porte le numéro 93.

    "L'execution de Leon Vigneron

    Figure 10 : jugement inséré dans les actes de l'état-civil de la Commune de Châtillon sur Seine (1871)

    Dominique Masson

    (remerciements à MM. Massé et Millot)

     


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  • Notule d’histoire :

    Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais

     

    « La sainte des tranchées », ainsi est appelée Jeanne d’Arc. Celle-ci, née vers 1412 à Domrémy, est passée par le Châtillonnais lors de sa « chevauchée sacrée », qui la conduisit de Vaucouleurs à Chinon, en 1429, afin de rencontrer le dauphin de France.                                                                           

    La situation en France était assez confuse.

    L’intervention de Jeanne intervient dans la seconde phase de la guerre de Cent ans.

    Après l’entrevue sur le pont de Montereau, le 10 septembre 1419, où le duc de Bourgogne, Jean sans Peur, est assassiné par le dauphin Charles, un traité est scellé, le premier décembre 1420, à Troyes (il y a 600 ans, autre commémoration), entre Henri V d’Angleterre et Isabeau de Bavière, reine de France et mère de Charles ; celui-ci est déshérité et, à la « paix finale », la couronne et le royaume de France reviendront à Henri V d’Angleterre.

    En 1422, le dauphin Charles, ne contrôlant qu’une petite partie du royaume de France, se proclame roi de France sous le nom de Charles VII, tandis qu’en Angleterre, Henri VI revendique la couronne.

    C’est alors qu’intervient Jeanne.    

    Ayant réussi à convaincre Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs, forteresse voisine de Domrémy, elle partira, avec six compagnons, vers Chinon.

    Son départ se fit entre le 11 et le 23 février 1429, selon les historiens. Dans le « dictionnaire encyclopédique de Jeanne d’Arc », paru en 2017, c’est le 22 février qui est retenu[i].  

    "Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais", un notule d'histoire de Dominique Masson

      (Plaque apposée à Pothières sur l'ancienne maison abbatiale, cliché D.Masson)

     

    Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais, un notule d'histoire de Dominique Masson

    (Statue de Jeanne d'Arc, sur un socle, à l'entrée de l'ancienne abbaye de Pothières, cliché D.Masson)

    On connaît avec certitude quelques étapes à partir de Vaucouleurs : l’abbaye de Saint-Urbain (Haute Marne) et la cathédrale d’Auxerre (Yonne) ; mais, entre ces étapes, c’est un itinéraire probable.

    Une plaque commémorative apposée sur le presbytère à Auxerre indique : « Jeanne, venant de Pothières, et allant à Gien, est passée par Auxerre, le 27 février 1429 … ».

    A Pothières, une autre plaque, apposée sur l’ancien logis abbatial, marque seulement: « Jeanne d’Arc est passée par Pothières , venant de Clairvaux , allant à Auxerre, février 1429 … » ; l’inscription sur le socle de la statue de Jeanne, à côté de la porte d’entrée de l’ancienne abbaye, se veut plus explicite :

    « l’an 1429, le samedi 26 février , sainte Jeanne d’Arc , venant de l’abbaye de Clairvaux et se rendant à Auxerre, fut hébergée en cette abbaye bénédictine de Pothières, avec ses compagnons… »

    Le « dictionnaire encyclopédique » a ainsi reconstitué la route de Jeanne et de ses compagnons :                                                       

    - première journée : de Vaucouleurs à Saint-Urbain ;                                                                                                                    -deuxième journée : de saint-Urbain à Clairvaux ; 

    - troisième journée : de Clairvaux à Pothières, en passant par Juvancourt, La ferté, Villars-en-Azois, Cunfin, Autricourt, Villers-Patras et Pothières ;

                                                                          - -quatrième jour : Etrochey, Laignes, Gigny, Gland, Saint-Vinnemer, Tonnerre, Fleys, Chablis et Auxerre. Elle serait arrivée le 4 mars à Chinon, et elle fera sacrer roi Charles à Reims, assurant sa légitimité, le 17 juillet 1429.   

                                                                                        

    Si Jeanne d’Arc est réhabilitée dès 1456 et chantée par François Villon (…et Jeanne la bonne Lorraine, qu’Anglais brûlèrent à Rouen…), les siècles suivants ne lui portèrent que peu d’intérêt.

    C’est au XIXe siècle qu’il y a un regain pour Jeanne d’Arc, car elle devient un symbole républicain et une figure unificatrice utile dans le cadre de la construction de la nation après la guerre franco-allemande de 1870-1871 ; elle sera aussi récupérée par différents partis politiques de tous bords.

    Elle est béatifiée en 1909.

    Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais, un notule d'histoire de Dominique Masson

    ("Histoire de France des écoles primaires, cours moyen" par C S Viator, E.Robert, Paris vers 1900)

    La première guerre mondiale va conduire à une union sacrée autour de Jeanne.

    Civils et militaires peuvent s'identifier à celle qui a connu les pillages et les combats.

    La propagande s'empare d'elle : les statues détruites montrent la « barbarie » des Allemands, celles qui échappent aux bombardements témoignent des « miracles » de Jeanne, « soldat de Dieu », qui mènera à la victoire sur une nation majoritairement protestante.

    En 1917, Jeanne d'Arc est partout : au cinéma, au théâtre et à l'opéra.

    Pour beaucoup, la victoire de 1918 est imputable à Jeanne d'Arc.

    Les japonais la considéreront même comme la digne héritière des samouraïs, appréciant son image de femme guerrière.

     

    Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais, un notule d'histoire de Dominique Masson

    (Carte postale datant de 1915, dessinée par L.Chapuis dessinateur-éditeur à Dijon, vendue au profit de "L'œuvre populaire des messes pour nos soldats morts", fondée à Dijon, autorisée et bénie par Nosseigneurs Monestès et Landrieux, évêques de Dijon)

    Après la première guerre mondiale, le Saint-Siège, souhaitant se réconcilier avec la République française, canonise Jeanne d’Arc le 16 mai 1920 (il y a donc 100 ans) puis, en 1922, le pape proclamera Jeanne d’Arc sainte patronne secondaire de la France, tout en réaffirmant la Vierge comme patronne principale.                                                                                                      Il y a aussi une récupération laïque de Jeanne, qui figure sur des monuments aux morts.

    Jeanne d'Arc (et non Sainte Jeanne d’Arc) sera donc fêtée par la République le deuxième dimanche de mai, anniversaire de la délivrance d'Orléans, ne choisissant pas par hasard cette date, car elle précède de quelques jours la date de la Sainte Jeanne d'Arc fixée par l'Église catholique au 30 mai, jour anniversaire de sa mort.

    Elle est la femme qui a, depuis 1864, le plus grand nombre de rues à son nom (rue Jeanne d’Arc à Châtillon, par exemple). 

     

    Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais, un notule d'histoire de Dominique Masson

    (Affiche américaine, éditée pendant la 1ere guerre mondiale)

    Des passionnés ont voulu créer un sentier Jeanne d’Arc, le GR 703, reliant Domrémy à Chinon.

    Il passe à Clairvaux, à Cunfin, mais écorne simplement le Châtillonnais en passant par Grancey-sur-Ource pour aboutir à Mussy ; de là il va aux Riceys et à Bagneux-la-Fosse.

    Dans son trajet, il passe par Colombey-les-Deux-Eglises.

    Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais, un notule d'histoire de Dominique Masson

    (Statue de Jeanne d'Arc, musée Métallurgique Park Donmartin-le-Franc, Haute-Marne , cliché D. Masson) 

    [i]« Dictionnaire encyclopédique de Jeanne d’Arc », par Pascal-Raphaël Ambrogi et Dominique Le Tourneau ; éditions Desclée de Brower, Paris ; 2017

     

    Car le deuxième personnage célébré en 2020, c’est le général de Gaulle.

    Charles de Gaulle est né à Lille, le 22 novembre 1890.

    Le 9 juin 1934, il achète sur la commune de Colombey-les-Deux-Eglises, en Haute-Marne, le domaine de la Boisserie, vaste maison de quatorze pièces, en viager ; il en devient propriétaire deux ans plus tard.

    Séduit par l’isolement et le calme des lieux, il l’achète aussi pour sa famille et pour être près de Metz, où le colonel de Gaulle est affecté.

    A partir de 1946, elle devient sa résidence définitive.

    Même lorsqu’il devint président de la République, en 1959, le général continuera d’y passer beaucoup de temps et un week-end sur deux en famille.

    C’est là qu’il décède, le 9 novembre 1970, il y a 50 ans.

    Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais, un notule d'histoire de Dominique Masson

    (Pièce de deux Euros, émise par la France en 2010)

    C’est probablement lors de l’un de ses week-ends à Colombey, dans les années soixante, un dimanche après-midi, que le général voulut aller voir la montagne de Vix et son église.

    Venant de la route de Chaumont, le cortège présidentiel, accompagné de motards,  dut tourner, par la D 118 C, vers Massingy.

    Dans le village, à l’embranchement de deux rues, au lieu de prendre la rue qui s’appelle Caron aujourd’hui (mais il n’y avait pas de nom à l’époque), puis la rue des Bordes, le cortège prit la rue du Four et la rue de la Margelle, allant vers la fontaine du même nom, mais, au bout de quelques dizaines de mètres, c’était un chemin de terre.

    C’est alors que les propriétaires de la ferme située au bout de cette rue, madame et monsieur Jean Dufour, eurent la surprise de voir arriver dans leur cour de ferme une DS noire, accompagnée d’une escorte, et y faire demi-tour ; la famille reconnut le général dans la voiture.

    Quelques mois plus tard, des panneaux furent installés dans le village, et notamment la signalisation de la voie sans issue menant à la ferme.

     

    (Dominique Masson)

     (Remerciements à madame et monsieur Jean-Pascal Dufour)

     

    Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais, un notule d'histoire de Dominique Masson

     

    (Rue de la Margelle à Massingy aujourd'hui, cliché D.Masson)

    Deux commémorations en 2020 : ces personnages sont passés dans le Châtillonnais, un notule d'histoire de Dominique Masson

     

    (Pièce de deux Euros, émise par la France en 2020)

     

     

     


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    NOTULE D’HISTOIRE

    La Surprise de Châtillon-sur-Seine

    (19 novembre 1870)

    Il y a 150 ans, le 19 juillet 1870, commençait la guerre franco-prussienne, opposant la France à une coalition d’états allemands, dirigés par la Prusse.

    Cette guerre entraîna la chute de l’empereur Napoléon III,  l’empire étant remplacé par la République, le 4 septembre, proclamée par Gambetta.

    L’italien Joseph (Giuseppe) Garibaldi, va se mettre au service du gouvernement français, réfugié à Tours, qui lui confie le commandement de tous les corps-francs de la zone des Vosges et une brigade de gardes mobiles.

    Il va organiser son armée en quatre brigades, sous le commandement de ses deux fils, Ricciotti et Menotti, de Delpech, et du polonais Bossak-Hauké ; son ami Philippe Toussaint Bordone sera chef d’état-major.

    Cette guerre ne se terminera que le 28 janvier 1871.  

    Ricciotti a raconté dans ses souvenirs, parus en 1899, un épisode important de cette guerre dont il a été l’instigateur, l’attaque des prussiens à Châtillon, le 19 novembre 1870, l’une des rares victoires françaises de cette guerre.

     

    "Garibaldi, la surprise de Châtillon", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 1 : Les souvenirs de Ricciotti Garibaldi (1899)

    En voici l’extrait concernant l’attaque qui s’est déroulée à Châtillon:

    « L’ennemi ayant occupé Dijon, nous fûmes obligés d’effectuer un immense détour par Lons-le-Saulnier, Bourg-Macon, Chalons, et Chagny, soit 26 heures de chemin de fer.

    On avait bien télégraphié aux diverses gares principales pour avoir des vivres, mais en aucun endroit nous n’avons trouvé une miche de pain,-mésaventure égale était d’ailleurs arrivée aux restant de l’armée-, de sorte que nous arrivâmes à Autun esquintés et affamés.

    A Autun, le petit Séminaire-un immeuble très vaste-nous fut désigné comme quartier, et malgré la tension des rapports que l’on voulut créer, très facticement, entre nos chefs et l’élément clérical de cette très cléricale cité, nos relations avec les Révérends Pères du Petit Séminaire ne manquèrent jamais d’être très cordiales.

    Des faits que je raconterai le prouveront.

    Connaissant les habitudes de mon père, je m’empressai d‘organiser tous les services nécessaires à la bonne marche d’une colonne volante, laquelle devant être nécessairement presque toujours éloignée de sa base d’opérations, et obligée de se rendre autant que possible indépendante des ressources de l’armée à laquelle elle appartient.

    De sorte que lorsque, le 14 novembre, arriva l’ordre de marche, tout était prêt.

    "Garibaldi, la surprise de Châtillon", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 2 :L'Etat-Major de Garibaldi

    Dans la nuit du 13, je fus appelé au quartier général de l’armée et, là, je trouvai mon père qui examinait une grande carte de France.  

    Tu sais, me dit-il, que les armées prussiennes marchent sur Paris, et pour cela elles doivent forcément utiliser les diverses lignes de chemin de fer qui vont du Rhin vers la capitale.

    La destruction de ces lignes peut retarder leur marche et les inquiéter.

    Tu partiras avec tes hommes pour remplir cette mission.

    Il s’agissait de traverser la moitié de la France, en passant par des départements où déjà dominaient 400 000 prussiens.                                                                                  

    Regarde un peu toi-même, me dit mon père, si sur cette carte les tunnels des voies ferrées sont indiqués.

    Je regardai. Un tunnel était indiqué près de Bar-le-Duc, précisément sur la ligne Strasbourg-Paris. J’appelai son attention sur ce point.                                                                          

    Très bien, me dit-il. Pars dans cette direction et fais le mieux que tu pourras. Avant ton départ, je te remettrai des instructions écrites.                                                                               

    Ces instructions, qu'il me remit,disaient :                                                              

    En partant d’Autun, tu dois prendre la direction de Semur et de Montbard pour troubler les communications de l’ennemi, lequel occupe d’un côté Troyes et Auxerre, et, de l’autre, Dijon.

    Si tu peux arriver, par Montbard, Châtillon, Chaumont, Neufchâteau, sur la grande ligne de communication de l’ennemi-laquelle va de Strasbourg à Paris- l’opération deviendra beaucoup plus ardue et plus importante…

    Arrivé sur ces lignes de communication, il est urgent d’y détruire les voies ferrées et les télégraphes.

    Effectuer cette destruction sur la ligne de Strasbourg à Paris serait un véritable coup de main.              

    Pendant que nous parlions des difficultés éventuelles qui pouvaient se présenter, survint Bordone, auquel le général communiqua les instructions qu’il m’avait données.

    Bordone nous mit au courant des nouvelles arrivées à l’état-major sur le mouvement des détachements prussiens qui, de l’Est, marchaient vers l’Ouest, en passant par Châtillon-sur-Seine et Montbard.

    Il ajouta même qu’un officier français, lequel me fut ensuite présenté, conseillait des tentatives de surprise dans cette direction.

    Ainsi prit naissance le mouvement qui s’acheva par la surprise de Châtillon.

    Et cette surprise ne fut pas, comme prétendent certains écrivains français, préparée à Autun, mais elle fut décidée seulement quand nous arrivâmes à Coulmier-le-Sec, à la suite de nouvelles précises recueillies sur ce dernier point.

    D’ailleurs, elle ne pouvait être préparée, ni même conçue avant, les Prussiens n’ayant occupé Châtillon que le 17 novembre, c’est-à-dire un jour avant notre coup, et trois jours après noter départ d’Autun.

    Notre première étape nous conduisit à Lucenay.

    Le lendemain, nous continuâmes jusqu’à Saulieu, accompagnés d’une pluie qui nous trempa jusqu’aux os ; mais dans cette localité nous fûmes admirablement accueillis par une population des plus hospitalières.

    A Saulieu, nous restâmes toute la journée du 16 pour avoir des nouvelles.

    Le lendemain(17 novembre), de bonne heure, nous partîmes pour Semur, où nous arrivâmes à 5 heures du soir.

    Des nouvelles recueillies là, nous décidèrent à continuer la marche jusqu’à Montbard, que nous atteignîmes à la nuit, en bon ordre, quoique très fatigués, car nous avions fait en cette journée une étape de soixante kilomètres environ.

    Bien qu’à notre arrivée tout Montbard dormit, un moment après la ville entière s’illuminait et les habitants nous accueillirent avec cordialité, nous prodiguant tout ce dont nous avions besoin.

    Repartis le matin du 18, nous arrivions vers midi à Coulmier-le-Sec.

    Nous nous trouvions alors au milieu d’un département fortement occupé par les Prussiens ; une de leurs principales lignes de communication le traversait dans toute sa longueur, passant par Châtillon.

    Pour cette raison, de sérieuses précautions durent être prises.

    La compagnie des Vosges fut poussée jusqu’à Nesle ; les Dolois furent placés au Chemin d’Aisey et la compagnie du Doubs, sur la route d’Avallon.

    Coulmier-le-Sec fut entouré d’une série de postes solides et d’une chaîne de sentinelles, qui avaient reçu l’ordre très sévère de laisser entrer tout le monde, mais de ne laisser sortir personne.

    Cet ordre donna lieu à des scènes très curieuses : tantôt c’étaient des maris séparés de leurs femmes ; puis des femmes séparées de leurs maris, qui se présentaient au siège du commandement pour réclamer un laisser-passer.

    Mais la mesure devait être générale et je refusai à tous.

    De là des plaintes et des imprécations.

    Le préposé à la poste, un gros homme obèse plein de son importance, était arrivé à ce moment et, lorsqu’il apprit que lui aussi était prisonnier, il entra dans une violente colère qui faillit le faire éclater ; il mena un tapage furieux et acheva de me menacer-par vieille habitude-des foudres du Procureur impérial.

    Dans sa colère, le pauvre homme oubliait que l’empire n’existait plus.

    La municipalité même vint en forme officielle me faire des remontrances et me demander de rapporter l’ordre draconien et,comme dit Thiébault, les habitants de Coulmier en arrivèrent à désirer que les prussiens vinssent nous chasser.

    On comprendra que le maintien strict de cet ordre était indispensable : 4000 Prussiens étaient signalés à Laignes, sur notre gauche et 1000 autres avec de la cavalerie étaient sur notre front à Châtillon.

    Il fallait que l’ennemi ne pût avoir des nouvelles sur notre compte que le plus tard possible.

    Or, par le simple mouvement journalier d’une population, les nouvelles se répandent avec une rapidité étonnante.

    Plusieurs habitants de Châtillon, qui étaient venus à Coulmier, nous donnèrent des informations précieuses sur la garnison prussienne occupant cette localité, et c’est alors qu’un coup de main de ce côté fut décidé.

    Un meunier, qui me fut désigné comme digne de la plus absolue confiance, eut l’autorisation de sortir de nos lignes et fut chargé de prévenir le maire de Châtillon de ce que nous préparions.

    Il paraît que l’idée ne fut pas trop du goût du maire de Châtillon, M. Achille Maître, et voici ce que lui-même en a écrit, et qui est rapporté par M. Henri Genevois :    

    Je considérais cette attaque comme pleine de périls pour la cité et complétement inutile pour la patrie.

    Mais comme la ville et le château étaient remplis de Prussiens, il était impossible de sortir à cette heure (il était 8 heures du soir) et de prendre des mesures en vue de conjurer le danger qui nous menaçait.

    Il ne nous restait plus qu’à nous en remettre à la volonté de Dieu-et c’est ce que nous fîmes.

    Et M. Henri Genevois, dans son livre « Les coups de main pendant la guerre », ajoute ironiquement 

    Il faut croire que, ce jour-là, la Providence était mal disposée envers les armées prussiennes, puisque les ferventes prières du maire de Châtillon ne purent détourner de nos ennemis l’orage qui les menaçait.                                         

    Entre-temps, dans la soirée, nous était parvenue la nouvelle que huit mille rations avaient été exigées pour le lendemain à Châtillon.

    Le nouveau corps que cette réquisition annonçait devait probablement arriver l’après-midi.

    Il n’y avait donc plus de temps à perdre.

    "Garibaldi, la surprise de Châtillon", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 3 : Attaque devant l'hôtel de la Côte d'Or (archives Municipales de Châtillon sur Seine)

    A minuit, nos compagnies détachées entrèrent, et après avoir laissé les sacs sous une faible garde, à une heure, notre petite colonne se mit en route.

    La nuit était obscure et il pleuvait.

    Afin d’empêcher d’éventuelles fausses alertes et pour qu’aucun homme ne put s’égarer en route, la colonne marchait en ordre serré.

    Arrivés à un certain point, notre guide, un brave jeune homme du pays, nous montrant un coin plus noir dans la campagne obscure, un peu en dessous de la route où nous étions, nous dit : Voilà Châtillon.

    Quelques minutes après nous arrivions à un hameau dont le nom nous permit de nous orienter.

    Là, nous fîmes halte, et ayant réuni les officiers, je leur expliquai brièvement mon projet.

    Nous n’allions pas engager une bataille, leur dis-je, mais tenter un coup de main.

    Il fallait chercher de combattre le moins possible, mais faire rapidement les plus grandes prises possibles de prisonniers et de matériel.

    Michard et ses chasseurs  devaient attaquer le côté de la ville où se trouvait le principal hôtel (de la Côte d’Or) et tâcher de s’emparer des officiers qui y étaient logés.

    En même temps, avec le restant de la colonne, moi, je serais entré dans le village par la rue principale.

    Après l’affaire, le lieu de réunion devait être le hameau où nous nous trouvions à ce moment.

    La surprise des francs-tireurs fut grande lorsqu’ils apprirent que, dans quelques minutes, ils se trouveraient nez à nez avec l’ennemi.

    Paul Sigrist, dans « Un épisode de la Campagne de 1870 », rapporte ces paroles de Michard : 

    Seul, Ricciotti Garibaldi, commandant la 4me brigade, savait où nous allions.

    Nous tous, croyons être partis pour faire sauter le viaduc de Saverne.

    Mais quand j’eus fini mon petit discours par ces mots : Allons, en avant, Francs-Tireurs !, tous, joyeux, se mirent en mouvement.

    Michard, avec ses hommes dut rétrograder de quelques centaines de pas, afin de prendre une petite route traversant la Seine sur un pontin (la Seine n’a ici que quelques mètres) et conduisant droit à l’Hôtel de la Côte d’Or.

    Le restant de la colonne poursuivit sa marche par la route principale qui tournait à droite et descendait dans la ville.

    Arrivés à un certain point, nous fîmes de nouveau halte, et j’envoyai en avant six hommes sous les ordres d’un officier afin de surprendre, si c’était possible, les sentinelles.

    En attendant, je formai la colonne d’attaque sur l’ordre de marche, c’est-à-dire sur deux files, une à chaque bord latéral de la route.

    Les cavaliers devaient rester en queue.

    La colonne s’avancerait dans la ville et au commandement de : halte ! tous devaient s’attaquer aux portes et y chercher les Prussiens.

    En ce moment, retourne vers nous un des six hommes envoyés en avant pour supprimer les sentinelles.

    Il nous apprend qu’on n’a trouvé ni sentinelle, ni poste de garde.

    M. Dormoy dit, à ce propos, dans les « Souvenirs d’Avant-Garde » :

    Vraiment, il nous fut dit par la suite qu’il y avait bien deux sentinelles, mais leur surprise fut telle de se voir près des francs-tireurs, qu’elles s’échappèrent sans tirer.

    Je n’en pouvais croire mes oreilles et, un moment, je craignis qu’au lieu de faire une surprise à l’ennemi, celui-ci ne nous eut tendu un piège ou, au moins, qu’il ne fût parti.

    Cependant, notre service d’informations nous avait tenu au courant de tout ce qui concernait le corps prussien gîté là, et il était impossible que son départ se fut accompli sans que nous en fussions prévenus.

    Les renseignements que j’avais, tant sur l’ennemi que sur la topographie de la localité, étaient si complets, que nos hommes étaient surpris de la précision de détail avec laquelle tous les ordres étaient donnés.

    Mais, en guerre, comme disait mon père, avant tout il faut la chance.

    Et je dois reconnaître qu’en cette circonstance la chance nous favorisa amplement.

    La colonne s’avança lentement.

    Les sabots ferrés de mon cheval frappant sur la route caillouteuse étaient le seul bruit que l’on entendit.

    Quelque rare habitant trop matinal que nous rencontrions reçut à voix basse le conseil de se cacher et, effrayé, se prenait à fuir en murmurant : Mon Dieu ! Mon Dieu !

    Ce fut un de ces moments où naissent des émotions dont le souvenir reste vivace à travers les années. 

     Lorsque la colonne eût occupé la route principale dans presque toute sa longueur, je donnai l’ordre de faire halte.

    Et aussitôt on n’entendit plus que le bruit des crosses de fusil frappant furieusement contre le bois des portes.

    La scène qui s’ensuivit est difficile à décrire.

    Toutes les fenêtres s’ouvrirent comme par enchantement, chacune d’elles garnie d’une ou de plusieurs têtes et, pendant que les portes cédaient, dans les maisons, on entendait retentir les cris des femmes et les imprécations des hommes.

    Bientôt la scène changea d’aspect.

    Aux cris de surprise succédaient les hurlements des hommes qui s’égorgeaient et la fusillade commença à crépiter de tous les côtés.

    Naturellement, dans une telle action, aucune unité tactique ne pouvait se maintenir.

    A l’intérieur de chaque maison se produisait ou une courte lutte corps à corps, ou bien les Prussiens se rendaient sans résister, et ils étaient alors aussitôt conduits à l’arrière-garde.

    En moins d’une demi-heure, toutes les maisons de la grande rue étaient fouillées et on commença la même opération dans les rues adjacentes.

    Le plus grand nombre des Prussiens qui n’étaient pas logés dans la rue principale, avaient eu le temps de fuir vers la Mairie où ils savaient trouver leur commandant Luttgau. 

    Les écrivains prussiens prétendant que les habitants de Châtillon nous aidèrent.

    Par respect pour la vérité, je dois dire que cela est inexact.

    Au contraire, dans plusieurs cas, ils se montrèrent plus disposés à aider les Prussiens, en refusant de déclarer à nos hommes s’il s’en trouvait dans leur maison.

    Tel fut le cas d’un propriétaire, chevalier de la Légion d’honneur, qui nia avoir des Prussiens chez lui, ce qui était faux.

    La croix de la Légion d’honneur lui fut arrachée en présence des soldats, pour lui témoigner notre mépris.        

      Sur certains points, il s’agissait de véritables capitulations : les habitants auraient bien voulu livrer les Prussiens cachés dans leurs maisons, mais à la condition qu’ils fussent fusillés dans un autre endroit, afin de préserver leur intérieur de taches de sang.

    Une remarquable exception, qui mérite d’être rappelée, nous fut fournie par une jeune et jolie femme qui, sans souci de la fusillade, descendit dans la rue, se joignit à un de nos détachements et l’accompagnait aux maisons qu’elle savait renfermer des ennemis.

    Je me souviens d’avoir vu à une fenêtre s’avançant en saillie sur la rue, ouverte et très exposée aux balles qui sifflaient dans toutes les directions, un jeune prêtre au visage blanc comme la cire, les bras croisés sur la poitrine et les yeux tournés en haut, qui paraissait prier.

    Je trouvai pour le moins curieux le choix d’un tel endroit.                                 

    Voulant me mettre en contact avec les chasseurs de Michard, je m’avançai par une rue latérale.

    Mon cheval étant tombé, je marchais à pied, lorsqu’il m’arriva de faire, aussi, mon prisonnier prussien.

    C’était un superbe échantillon du genre, grand, haut, bien découplé, orné d’une barbe magnifique.

    Il déboucha d’une porte qui s’ouvrit à l’improviste à côté de moi.

    Dès qu’il me vit, frappé sans doute par les dorures de mon uniforme, il se mit vivement au port d’armes.

    J’appelai des francs-tireurs et le fis désarmer.

    "Garibaldi, la surprise de Châtillon", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 4 : Le Commandant Michard

    Comme il ne restait plus rien à faire dans cette partie de la ville occupée par nous, une reconnaissance fut tentée vers la mairie, mais à peine débouchons-nous sur la place qu’une furieuse décharge nous accueillit ; la Mairie était presque isolée et entourée d’une grille ; notre troupe se trouvait fort réduite en nombre, la plupart des nôtres étant encore ou dispersés ou occupés avec les prisonniers, de sorte que nous dûmes renoncer à prendre de force cet édifice où s’étaient concentrés les ennemis.

    Ayant dès lors la certitude que Michard avait également réussi dans son opération, et que Welker avait pris tous les chevaux que l’on avait pu trouver, je donnai l’ordre au clairon de sonner la retraite.

    Celui-ci, par une sorte de lapsus, sonna au contraire la diane.

    Cette sonnerie venait vraiment un peu tard.

    Mais cette erreur du clairon nous mit tous en bonne humeur.

    Peu avant d’atteindre le point de réunion que nous avions fixé, nous fûmes rejoints par Michard et ses chasseurs, eux aussi chargés de prisonniers et de trophées.   

    Notre prise fut de 164 soldats et 13 officiers prisonniers ; 72 chevaux ; 6 voitures de matériel, notamment la voiture de la poste ; tous les instruments d’un corps de musique et deux très laides cantinières.

    Celles-ci, effrayées des plaisanteries dont elles étaient le point de mire de la part des francs-tireurs-et que, d’ailleurs, elles ne comprenaient pas- se réfugièrent près de moi et, pendant la marche, comme j’étais à cheval, elles s’attachèrent pour ainsi dire chacune à une de mes bottes.

    Pendant que nous étions occupés d’un côté, Michard, de l’autre, avait parfaitement exécuté la mission qui lui avait été confiée.

    Je lui laisse la parole. Voici le récit qu’il a fait à M. Paul Sigrist, et qui est rapporté dans « Un épisode de la campagne de 1870 » :   

     Arrivé au point qui m’avait été indiqué, je fis prendre aux chasseurs des Alpes la direction de Châtillon…

    Laissant la compagnie sous les ordres de mon lieutenant Bailly, je m’avançai vers un petit pont qui traversait la Seine et j’envoyai d’abord en avant un homme avec ordre de voir s’il y avait des sentinelles ou un corps de garde.

    L’homme, retournant, me rapporta qu’il n’avait rien aperçu.

    Alors j’allai moi-même jusqu’au milieu du pont, et je vis un factionnaire sur  la route. 

    Je retournai vers ma compagnie ; je pris six hommes et, avec eux, je traversai le fleuve à gué…

    Je ne voyais point le poste, mais seulement le factionnaire.

    Le visant avec ma carabine (le plus grand nombre de nos officiers portaient la carabine), je fis feu ; le coup ne partit pas.

    La sentinelle, entendant le bruit, se retourne, me vise, tire et me manque.

    Aussitôt je sonne la charge (avec le petit sifflet que portaient les officiers) ; la sentinelle s’enfuit vers l’auberge de la Côte d’Or.

    Avec mes hommes, je me précipite à ses trousses, et l’on m’a dit après que ce pauvre diable resta cloué à la porte par cinq coups de baïonnette ; le seul souvenir du hurlement qu’il poussa en mourant faisait pâlir l’homme qui me racontait ce détail.

    Nous enfilâmes l’escalier et, tout aussitôt, commença le siège des chambres occupées par les officiers.    

    A ce récit, j’ajouterai que Michard tentait d’ouvrir une chambre où se trouvaient plusieurs officiers, lorsque la porte s’ouvre brusquement et un des officiers fait feu sur lui avec un revolver, mais lui brûle seulement la barbe.

    Michard saisit de sa main gauche le poignet qui tient le revolver ; de sa main droite, il prend l’homme par le cou et, se servant de lui comme d’un bouclier, il s’avance dans la chambre.

    Un autre officier cherche à tourner ce bouclier vivant afin de tirer sur Michard, lorsque celui-ci, par un mouvement très rapide, lâche le cou du Prussien et avec une balle de son revolver fracasse la main de son nouvel adversaire.

    Michard raconte que lorsque les Prussiens se virent pris, ils demandèrent à se rendre et à être désarmés par un officier. 

    Je les désarmai moi-même, dit-il.

    Il mit alors l’hôtel en état de défense et ses hommes s’éparpillant à la recherche de prisonniers, des combats survinrent dans les maisons voisines et dans la rue.

    Cueillons encore ce détail dans le récit de Michard :                                                   

    Plusieurs Prussiens, quand nous les prenions cachés sous les lits, dans les soupentes, dans les caves, aux cabinets, sous la paille, etc. nous disaient : « Bon français-moi bon catholique-moi avoir beaucoup d’enfants », et comptant sur leurs doigts, ils nous indiquaient le nombre de leurs enfants, qui était toujours considérable. 

    Plusieurs Prussiens qui, au bruit de la fusillade, s’élançaient vers l’hôtel où ils savaient que leurs officiers logeaient, étaient ou blessés ou tués par les francs-tireurs qui en occupaient les fenêtres.

    En attendant, Michard, avec une forte patrouille, s’avançait vers le centre de la cité, cherchant à prendre contact avec nous, mais en passant dans la direction de la route de Chaumont.                            

    Pendant sa marche, il rencontra un officier supérieur à cheval, qui fut tout aussitôt tué, au milieu de son état-major

    .On apprit que c’était là le comte Alvensleben, frère des deux généraux de ce nom, chefs du IIIe et du IVe corps allemands, -et celui-ci commandait l’escadron de hussards qui se trouvait tout près de nous.

    Divers objets personnels trouvés sur lui, tels que bijoux et papiers privés, reconnus pour appartenir à une personnalité éminente, furent envoyés par moi au prince Frédéric-Charles, qui commandait les troupes sur notre front, et voici la lettre que je lui envoyai :

    AU PRINCE FREDERIC-CHARLES,                                                                                                 Général en chef de l’armée prussienne,

    Prince,

    J’ai l’honneur de remettre entre vos mains divers objets et papiers trouvés sur la personne de deux officiers supérieurs appartenant à votre armée et valeureusement tombés sous les coups de mes francs-tireurs, le 19 novembre, à l’attaque de Châtillon. 

    Sachant combien elles peuvent être chères à une famille, et ignorant le nom des victimes, j’ai pensé qu’il vous serait facile de trouver une destination à ces précieuses reliques.

    Le commandant de la 4e brigade, Armée des Vosges                                                   

    Ricciotti Garibaldi

    Ais-je besoin de dire que je n’ai jamais reçu de réponse à cette lettre, bien que par une autre source je sache que les objets sont arrivés à la destination que je leur indiquais.

    La politesse n’était évidemment pas le fort du prince Frédéric-Charles.

    Mais, après cette parenthèse, revenons à l’opération accomplie si bien par Michard.

    Il continua son mouvement et voici qu’il se trouve face à face avec un détachement prussien.

    Ceux-ci manifestent le désir de se rendre en levant la crosse du fusil en l’air.

    Les nôtres s’avancent pour les désarmer, mais, brusquement, les Prussiens retournèrent leur arme et font feu.

    Nos francs-tireurs leur ont fait payer cher cette ruse.

    Les comptes ayant été réglés et bien réglés avec ce détachement, Michard retourne sur ses pas, réunit ses chasseurs et vient ensuite me rejoindre avec ses prisonniers et quatre voitures de matériel.

    Il est superflu de dire combien nos hommes étaient joyeux de se voir réunis après cette expédition.

    Il en résulta une fête improvisée d’un bel élan et qui avait ses côtés comiques.

    Les casques à paratonnerre coiffaient maintenant nos francs-tireurs qui paraissaient transformés en autant de prussiens.

    Et, en effet, la seule manière de porter un peu commodément ce très incommode couvre-chef était de s’en coiffer.

    Une société musicale fut improvisée, où manquait une seule chose : la connaissance de la musique.

    On chercha à suppléer à l’absence de mélodie par l’emploi des tambours, et vous pouvez imaginer le concert qui en résulta.

    Ils semblaient tous devenus des écoliers auxquels une fête imprévue est accordée.

    Le commandement ferma un œil sur le relâchement de la discipline, et il arriva que les prisonniers eux-mêmes furent gagnés par la joyeuse humeur de nos hommes.

    Pauvres diables, ces prisonniers !...

    Le plus grand nombre étaient réellement des pères de famille incorporés dans la landwehr, et bien contents ils furent que leur situation de prisonniers les mit à l’abri du danger d’être tués.  

                                                                                                          

    Nous retournâmes ensuite sur Coulmier, et alors se produisit un de ces faits qui lient à jamais un commandant à ses soldats.

    Pendant une halte un peu prolongée, j’étais descendu de cheval et je me tenais sur une pierre.

    A quelque distance, je voyais mes officiers qui, réunis, discutaient avec animation.Enfin, Habert, des Dolois, l’orateur de la brigade, comme j’ai dit, se détache du groupe et s’avance vers moi, suivi par tous les autres.

    Commandant, fait-il, d’un ton embarrassé, j’aurais quelque chose à vous dire.                             

    Dites, répondis-je

    .                                                                                                    Ce serait comme une confession à faire, ajouta Habert.                                                                

    Eh bien ! Faites-la.                                                                                                      

    Mais, reprit-il, c’est que ce n’est pas facile.                                                                 

    Auriez-vous saccagé quelque église, malmené quelque couvent de nonnes ? Demandai-je en riant.     

    En somme, voici de quoi il s’agit, dit Habert, qui avait pris son parti.

    Commandant, vous avez sans doute remarqué que, pendant notre marche d’Autun à Châtillon, les compagnies cherchaient toujours à être détachées ou envoyées en service spécial(en effet, j’avais fait cette remarque, mais j’attribuais ce désir à un excès de zèle).                                                                                               

    Et bien, reprit Habert, que vous l’ayez déjà compris, ou que vous veniez par la suite à en connaître les raisons, nous, vos officiers, avons décidé de vous faire une confession ; c’est que ce désir de se détacher de la ligne de marche provenait du peu de confiance que nous avions en vous.

    Mais après ce fait de Châtillon, il ne me reste qu’à vous déclarer, au nom de tous, que vous pourrez nous amener partout où vous voudrez, que nous vous suivrons même les yeux bandés et jusqu’à la mort ! 

    Emu jusqu’aux larmes, je remerciai ces hommes pour cet acte, qui, je le sentais, nous solidarisait désormais.

    "Garibaldi, la surprise de Châtillon", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Figure 5 : Habert

    A notre arrivée à Coulmier, nous trouvâmes le général Bossak-Hauké, le vaillant hongrois qui commandait notre première brigade, lequel ayant eu vent de notre contact avec l’ennemi, avait poussé ses troupes en avant, pour le cas où nous aurions besoin de soutien.

    Les officiers prussiens, nos prisonniers, furent invités à notre table, et le général Bossak fit un beau et généreux discours digne d’un tel homme, -mais je crains que cette éloquence n’ait produit aucun effet sur nos Prussiens, pour lesquels les noms de justice et de liberté étaient obscurs, tout se résumant pour eux en leur empereur ; - et pour lesquels le mot humanité était absolument incompréhensible, s’il faut en juger par leur façon de traiter les francs-tireurs qui avaient le malheur de tomber entre leurs mains ou les villages soupçonnés de favoriser les troupes françaises.                           

    En effet, j’appris que les Prussiens, au lendemain de notre coup, menaçaient de commettre des barbaries à Châtillon et j’écrivis la lettre suivante :

    Au commandant des forces Prussiennes                                                                     

    A Châtillon-sur-Seine

    Monsieur,                                                                                                                            Je suis informé que vous menacez la ville de Châtillon de représailles, motivées, dites-vous, par l’attaque des francs-tireurs, le samedi 19 novembre.           

    Je ne sache pas qu’une victoire due seulement à la bravoure d’un corps régulier puisse autoriser de semblables mesures.                                                                                                                       

    Une fois pour toutes, faites la guerre en soldats qui s’élancent loyalement dans la lutte et non en vandales qui aspirent seulement à la rapine.                                                        

    Menace pour menace : si vous êtes assez infâme pour mettre à exécution votre odieux projet, je vous donne l’assurance que je n’épargnerai aucun des deux cents prisonniers qui, vous le savez, sont entre mes mains.

    Le commandant de la 4e brigade                                                                                Ricciotti Garibaldi

    Voici ce que disent les rapports existant dans les archives de la commune de Châtillon et qui sont cités par Genevois (« les coups de Main pendant la guerre, p. 78-83 ») :                                               

    Cette troupe (les Prussiens) ivre de vengeance, tire des coups de fusil aux fenêtres et aux portes, pénètre dans les maisons, brise ou vole les meubles, envoie au loin un convoi d’otages, les frappant à coup de bâton et crachant sur eux.

    Le 22, un détachement de la brigade Kratz Koschlau, par les ordres de ce général, se livre à un pillage régulier et méthodique qui dure deux heures.

    Plusieurs maisons sont brûlées ; une contribution de guerre de un million est ordonnée.

    La ville s’en tire en payant comptant 153.500 francs environ.

    La route Saint-Jean et le haut du quartier de Chaumont sont spécialement indiqués aux rigueurs des pillards, le général ennemi ayant été informé que les habitants de ces quartiers surtout avaient favorisé les garibaldiens.

    Mais un coup de théâtre se produit : le maire, qu’on se préparait à fusiller, fut gracié :

    les otages furent remis en liberté ; et dans une lettre caractéristique le général annonce une espèce de grâce spéciale.

    Cette mansuétude, assaisonnée d’insultes, était due probablement à une lettre que Ricciotti Garibaldi lui avait envoyée de Montbard.

    M. Henri Genevois fait allusion à la lettre que nous donnons plus haut.

    Nous remîmes la surveillance de nos prisonniers aux gardes nationaux de Montbard, qui s’étaient avancés jusqu’à Coulmier à notre aide, et c’est à ces troupes civiques, renforcées des gardes nationaux de Semur accourus aussi à Montbard, que fut confié le service de la place dans cette cité, où nous arrivions le 20 novembre.

    Ainsi, nos compagnies purent au moins avoir une nuit de repos.

    Notre réception à Montbard fut des plus cordiales de la part de tous, spécialement du maire, M. Hugot, depuis sénateur, une sympathique et éminente personnalité.

    Un essaim de jeunes filles vêtues de blanc nous reçut à notre arrivée, et bien que l’on fut en hiver, de toutes les fenêtres pleuvaient des fleurs qui finissaient par orner la carabine de nos francs-tireurs.

    J’ajouterai encore que, le soir, les autorités nous réunirent tous, avec le général Bossak et son état-major, en un très cordial vin d’honneur.

    Le lendemain matin (22 novembre), nous partions pour Semur.

    "Garibaldi, la surprise de Châtillon", un notule d'histoire de Dominique Masson

     Figure 6 : Ricciotti et sa femme

    Quel fut le résultat pratique de ce coup de main ?

    Les Prussiens se sentirent sérieusement atteints dans l’un de leurs services les plus importants : celui des étapes.

    Extrêmement méticuleux comme ils étaient pour le maintien dans un état d’ordre parfait de leur vaste système de communication entre les armées, en les touchant là, c’était les toucher au point le plus sensible de leur organisation militaire.

    Et c’est de ce motif que naissait leur haine profonde pour les francs-tireurs, et l’extrême rigueur avec laquelle ils supprimaient ou réprimaient le moindre concours, même supposé, apporté par la population civile à ces corps francs.  

    Outre la perte effective en hommes et en chevaux qu’ils subirent dans ce cas, un plus grand dommage résultat pour eux du réveil d’un sentiment d’émulation parmi tous les autres corps de ce genre qui battaient la campagne, occasionnant diverses attaques, surtout celles de Auxon-sur-Aube, de        Chambœuf, de Clos-Vougeot, etc.[i] .

    En voyant ainsi menacée leur plus importante ligne de communication dans le Sud, les Prussiens furent obligés d’exécuter un mouvement de troupes de presque 20.000 hommes, mouvement qui dura quinze jours.Voici ce que relate le rapport de l’état-major prussien (partie II, pages 1273et suivantes) :                                                                           

    Le 21, le général de Raatz arrivait avec sa brigade.

    Le 23, il est rejoint par quatre compagnies de la landwehr et un demi-escadron.

    Le général Bonin, gouverneur général de la Lorraine, envoie un détachement à Chaumont « pour protéger la ligne menacée.                                        

    C’est ce que dit expressément le rapport, qui ajoute :

    A la nouvelle des faits survenus autour de Châtillon, le général Werder avait aussi dirigé des troupes dans cette direction.

    Le grand quartier-général prussien fait avancer le VIIe corps d’armée ou, au moins, la partie de ce corps qui était en avant de Metz, pour couvrir la ligne d’étapes de la IIe armée et pour maintenir les communications entre la VIe armée et le XIVe corps.

    Une partie des troupes du général Zastrow se réunissent autour de Chaumont.     

    Ajoutons à ces extraits du rapport de l’état-major, que divers auteurs prussiens, cités par Dormoy, disent que la colonne envoyée par le général Werder était la brigade Goltz, qui vint nous chercher à Montbard, treize jours après notre départ.

    En raison de l’absence prolongée de cette brigade, Werder, inquiet, envoie éventuellement à son secours la brigade Degenfell.                                     

    Et tout cela pour l’attaque de 416 francs-tireurs !

    Notre brigade, pour ce fait, fut portée à l’ordre du jour de l’armée. En voici le texte :   

    Les francs-tireurs des Vosges, les chasseurs de l’Isère, les chasseurs des Alpes de Savoie, le bataillon du Doubs et les chasseurs du Havre qui, sous la direction de Ricciotti Garibaldi, ont pris part à l’affaire de Châtillon, ont bien mérité de la République.                                                  

    Au nombre de quatre cents, ils ont attaqué environ mille hommes, les ont vaincus, leur ont fait cent soixante sept prisonniers, parmi lesquels treize officiers ; leur ont pris quatre vingt deux chevaux scellés, quatre voitures d’armes et demunitions et la voiture de la poste.        

    Les nôtres ont eu six morts et douze blessés,-beaucoup plus en eurent les ennemis.

    Et le général m’adressait la lettre suivante :

    REPUBLIQUE FRANCAISE

    Liberté, Egalité, Fraternité

    Commandement Général de l’Armée des Vosges                                                        

    Arnay-le-Duc, 21 novembre 1870

    Mon cher Ricciotti,

    Je t’envoie un baiser affectueux et un applaudissement pour ta conduite de preux.                   

    Salue pour moi tous les officiers et soldats qui ont pris part à la brillante entreprise et tu leur diras qu’ils ont bien mérité de la République.                                                                   

    Retire-toi à Saulieu, ou à Autun si cela te convient.

    Tu auras les 400 hommes de plus que tu demandes.

    Je recommande mes prisonniers à la générosité française

    A toi                                                                                                                        J. Garibaldi

    Et le gouvernement de la Défense Nationale complimentait la 4e brigade par des honneurs spéciaux et faisait annoncer le fait de Châtillon aux autorités civiles et militaires de France par la dépêche-circulaire suivante :   

    Tours, 20 Novembre 1870

    A Châtillon-sur-Seine, sept ou huit cents ennemis, surpris par Ricciotti Garibaldi, ont été mis hors combat ou faits prisonniers[ii] ».

     

    [i] Six jours après l’affaire de Châtillon, à Auxon-sur-Aube, 270 francs-tireurs du Doubs, commandés par Ollivier Ordinaire, du corps garibaldien, attaquaient, à quatre heures du matin, un détachement prussien de 3 à 400 hommes, des troupes d’étapes, en tuaient ou blessaient une cinquantaine et ramenaient 9 prisonniers et plusieurs voitures. A Chamboeuf, le 22 novembre, deux compagnies de francs-tireurs, Lyonnais et Vauclusiens, en tout 325 hommes, sous les ordres du commandant Lhoste, surprirent des compagnies du régiment des grenadiers de la garde badoise ; leur firent subir la perte d’une cinquantaine d’hommes et de leur lieutenant-colonel, emporté à Dijon où il mourut de sa blessure. Près de Clos-Vougeot, des francs-tireurs avaient rencontré une forte reconnaissance de cavalerie et lui avaient tué une trentaine de cavaliers.

    [ii] Le 8 décembre 1870, Ricciotti Garibaldi fut fait chevalier de la légion d’honneur par le gouvernement français (mais son père aurait refusé la décoration au nom de son fils).

    [1] Six jours après l’affaire de Châtillon, à Auxon-sur-Aube, 270 francs-tireurs du Doubs, commandés par Ollivier Ordinaire, du corps garibaldien, attaquaient, à quatre heures du matin, un détachement prussien de 3 à 400 hommes, des troupes d’étapes, en tuaient ou blessaient une cinquantaine et ramenaient 9 prisonniers et plusieurs voitures. A Chamboeuf, le 22 novembre, deux compagnies de francs-tireurs, Lyonnais et Vauclusiens, en tout 325 hommes, sous les ordres du commandant Lhoste, surprirent des compagnies du régiment des grenadiers de la garde badoise ; leur firent subir la perte d’une cinquantaine d’hommes et de leur lieutenant-colonel, emporté à Dijon où il mourut de sa blessure. Près de Clos-Vougeot, des francs-tireurs avaient rencontré une forte reconnaissance de cavalerie et lui avaient tué une trentaine de cavaliers.

    [1] Le 8 décembre 1870, Ricciotti Garibaldi fut fait chevalier de la légion d’honneur par le gouvernement français (mais son père aurait refusé la décoration au nom de son fils).


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  • Notule d’histoire châtillonnaise

    Les principes républicains de la Seconde République, en 1848

     

    En cette période d’attentats tendant à amoindrir les idéaux de la République française, on peut relire la proclamation faite en 1848, qui affirme les principes républicains.

    Après l’interdiction de banquets où l’on pouvait échanger des idées républicaines, une émeute éclate à Paris le 23 février 1848, après que la troupe ait tiré sur la foule.

    Le roi Louis-Philippe préfère alors abdiquer le 24.

    La République sera proclamée (ce sera la seconde République) et un gouvernement provisoire se met en place, dirigé par Ledru-Rollin et Lamartine.

    Ce gouvernement provisoire prend  aussitôt des mesures essentielles :

    -rétablissement du suffrage universel masculin 

    -liberté de réunion et de la presse 

    -abolition de l’esclavage dans les colonies françaises 

    -et la peine de mort est supprimée pour les délits politiques.

    Un climat d’euphorie s’installe alors, c’est « l’esprit de 1848 ». Les Français semblent  réconciliés autour d’un idéal de fraternité et les femmes aussi s’expriment, même si elles ne peuvent pas voter.                                                                          C’est dans cet esprit qu’est rédigé l’appel aux citoyens de Châtillon, réaffirmant ces principes républicains.

    "Les principes républicains de la Seconde République en 1848", un notule d'hisoire de Dominique Masson

     Citoyens de l’arrondissement de Châtillon !

    La REPUBLIQUE FRANCAISE est proclamée !

    Un Gouvernement provisoire a reçu de l’héroïque population parisienne la mission de prendre d’urgence les mesures nécessaires pour régulariser ce grand mouvement, et il soumettra prochainement à la sanction de tous les Français, les bases de la constitution définitive de la République.

    Le glorieux drapeau tricolore est et sera toujours celui de la Nation. Citoyens, serrons nos rangs à l’abri de ses couleurs vénérées ! Rallions-nous de cœur et d’effet au Gouvernement provisoire dont tous les actes respirent le dévouement aux vrais principes de toute société libre et civilisée.

    Que les sentiments de liberté, d’égalité, de fraternité soient dans nos cœurs encore plus que sur nos lèvres !

    Restons unis pour maintenir l’ordre, les lois, le respect profond et sévère des propriétés publiques, de la propriété privée.

    Que tous les cultes soient respectés et protégés : la liberté des consciences est  au premier rang de nos libertés.

    Français, ayez toute confiance dans le Gouvernement ! Gardez la concorde entre vous : fermez l’oreille à toutes les vaines rumeurs aussi bien qu’à toutes les instigations perfides au moyen desquelles on chercherait à ébranler cette confiance et cet accord ! Formez, en un mot, une seule et grande famille de frères et d’amis ! Ainsi vous resterez les dignes chefs et les modèles honorés de ce magnifique mouvement dont vous avez donné l’exemple. Ce mouvement fait aujourd’hui le tour de l’Europe : il fera le tour du monde !

    Châtillon-sur-Seine, le 28 février 1848

    Le sous-préfet, Ad. Méliot

    (imprimerie de F.Lebeuf, à Châtillon-sur-Seine, en face de l’Hôtel-de-Ville)

    Merci à Dominique Masson d'avoir retrouvé ce texte  et de nous le faire connaître.


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  • Dominique Masson, Historien du Châtillonnais, m'envoie un nouveau très intéressant notule sur une sainte Côte d'Orienne, presque oubliée, Catherine Labouré originaire de Fain les Moutiers, mais qui vécut un certain temps à Châtillon, avant de rejoindre le couvent de la rue du Bac à Paris. C'est là qu'elle eut des apparitions de la Vierge Marie.

    Merci à Dominique Masson pour cette étude passionnante.

    Notule d’histoire

    La médaille miraculeuse et Catherine Labouré

     Au début de 1832, l’abbé Aladel, prêtre lazariste et confesseur d’une religieuse de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul, reçoit l’autorisation par l’archevêque de Paris de faire diffuser une médaille représentant la Vierge, qu’une religieuse de cet ordre dit avoir vue, suite à une vision.

    A l’avers, au centre, se trouve la Vierge,représentée en pied, les bras légèrement détachés du corps et les mains ouvertes, d’où partent des rayons de lumière symbolisant les grâces obtenues par son intercession ; Marie écrase sous ses pieds un serpent ; autour, on trouve l’inscription : « O Marie, conçue sans péché, qui avons recours à vous, priez pour nous » ; la date, en bas, de 1830,  est l’année des trois apparitions successives de la Vierge à la religieuse.

    Au revers se trouve, au centre, la lettre M, pour Marie, qui entrelace une barre horizontale qui soutient le pied de la Croix ; au-dessous se trouvent deux cœurs, l’un encerclé d’une couronne d’épines, qui est le cœur de Jésus, et l’autre est transpercé par une épée, représentant la douleur d’une mère voyant son enfant mourir ; et, autour, sont disposées douze étoiles, symbolisant les douze tribus d’Israël et les douze apôtres.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     Mais, à partir du 26 mars 1832, le choléra déferle sur Paris. Au total, il y aura plus de 20 000 morts.

    Fin mai, l’épidémie semblant reculer, l’abbé Aladel prend contact avec un bijoutier et lui passe commande de la médaille.

    Les 1500 premiers exemplaires sont livrés le 30 juin. La médaille va être d’abord distribuée par les sœurs de la Charité, dans la région parisienne, lors de la reprise du choléra.

    C’est alors que se produisent des miracles et des guérisons de personnes qui ont porté la médaille.

    Dès février 1834, la médaille est couramment qualifiée de « miraculeuse ». En fait, il ne semble pas y avoir corrélation entre la médaille et le choléra, mais, en 1839, 10 millions d’exemplaires de la médaille ont été distribués dans le monde entier (et un milliard en 1876).

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Par contre, la médaille a permis un renouveau de ferveur et de vocations ; alors qu’il n’y avait, en 1830, que 71 entrées au séminaire de la rue du Bac, à Paris, pour les jeunes sœurs de la Charité,il y en a 686 en1854.                                                                                                                        L’abbé Aladel est obligé de faire paraître une « notice historique sur l’origine et les effets de la nouvelle Médaille frappée en l’honneur de l’Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge et généralement connue sous le nom de Médaille Miraculeuse ».  

    Cette notice expliquait les origines de la médaille, mais en restant assez vague : Depuis peu, Sœur M… nous a fait part d’une circonstance que nous avions omise en racontant les trois visions.

    C’est que ces grâces, figures dans les rayons, découlaient avec plus d’abondance sur une partie du globe qui se trouvait aux pieds de Marie ; et cette partie privilégiée, c’était la France ». La notice, imprimée à 10 000 exemplaires en août 1834, fut épuisée en moins de deux mois.

    L’imagerie populaire, entre autre celle d’Epinal va s’emparer de ce fait. On frappe aussi ultérieurement des médailles, associant au revers un saint local, comme saint Vorles.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Devant la ferveur envers la médaille et le nombre croissant de miracles, l’archevêque de Paris ouvre un Procès ; médaille et miracles seront examinés selon les méthodes d’investigation de Rome.

    Mais le principal témoin, la sœur qui a eu ces visions, refuse de témoigner devant le tribunal.

    C’est aussi dans ce sens que la médaille est « miraculeuse », car on ne sait d’où elle vient.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     Cependant, comme la Vierge avait demandé à la visionnaire de rassembler une confrérie d’enfants de Marie, ce fut chose faite en 1837, avec la création des Enfants de Marie, rassemblant des adolescentes du milieu populaire pour former une élite de piété.

    La Vierge s’était aussi présentée à la visionnaire comme « conçue sans péché ». Dans l’Eglise catholique, plusieurs voix se font entendre pour demander au pape la formulation du dogme de l’Immaculée Conception.

    Après l’avis de théologiens, de cardinaux et des évêques, le pape Pie IX, le 8 décembre 1854, proclame solennellement ce dogme.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Le nom de la sœur qui avait eu ces révélations n’était toujours pas connu mais, si le secret avait été peu à peu éventé par les religieuses de l’Ordre et connu de quelques personnes importantes, comme la maréchale Mac-Mahon, rien ne transpire auprès du grand public.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Ce n’est qu’après sa mort, survenue le 31 décembre 1876, que le secret est révélé à tous et que des miracles se produisent.

    Contrairement à l’usage d’enterrer les religieuses au cimetière, le corps de la sœur est mis dans un caveau à Reuilly, là où elle avait passé l’essentiel de sa vie.La fête liturgique de la manifestation de la Médaille miraculeuse sera célébrée le 27 novembre 1894.

    La sœur voyante sera déclarée « vénérable » le 11 décembre 1907, lorsque sa cause en béatification fut introduite ; elle sera béatifiée par Pie XI le 28 mai 1933.

    Son corps, exhumé le 21 mars et retrouvé intact, dans un « parfait état de conservation », avait été transporté le 22 mai au 140, rue du Bac, à la « maison-mère ».

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Le 11 juin, le même pape approuvait le culte de Marie, reine du monde (Vierge au globe).

    Catherine Labouré fut canonisée le 27 juillet 1947 par Pie XII.

     Car cette sœur, Catherine Labouré, a été appelée la « Sainte du Silence », selon l’expression du pape Jean XXIII.

    Elle est née le 2 mai 1806, dans la ferme de ses parents, à Fain-les-Moutiers, mais perd très tôt sa mère.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    La petite Catherine, surnommée « Zoé », va assez vite se transformer en fermière et seconder son père, tandis que sa sœur ainée, Marie-Louise, part chez les Filles de la Charité, à Langres.

    Chaque fois qu’elle le peut, Catherine se rend à l’église pour prier.

    Une nuit, elle a un songe : un vieux prêtre lui apparaît, qui célèbre la messe et, se retournant, lui fait signe d’approcher, mais Catherine a peur.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Catherine approche de ses 18 ans, mais elle n’est pas allée à l’école et ne sait signer.

    Une cousine, Jeanne (ou Jeannie) Gontard, qui tient un pensionnat à Châtillon (31 pensionnaires en 1841), au 7 rue Saint-Vorles, propose alors de la prendre.

    Comme sa petite sœur, Marie-Antoinette, dite « Tonine », est assez solide pour assumer la maison, son père consent à la voir partir.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     Quand elle le peut, elle se rend à l’église proche de Saint-Nicolas, où elle rencontre le vieux curé, l’abbé Gailhac, qui lui dit que le prêtre vu en songe pourrait être Saint-Vincent.

    Elle va se rendre aussi chez les Filles de la Charité et là, elle est toute surprise de reconnaître parfaitement, dans une peinture qui y est accrochée, le portrait de ce vieux prêtre qui lui était apparu en songe : les sœurs lui apprennent que c’est effectivement le portrait de Saint-Vincent-de-Paul[i].

     [i]Selon l’abbé Laurentin, il y avait un portrait authentique de Saint-Vincent conservé par les sœurs de Moutiers, attribué à François de Tours, à 2,5 km. de Fain, mais il se trouvait à l’époque dans une salle de communauté réservée aux Sœurs et Catherine ne l’a pas vue lors de ses visites.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Saint Vincent de Paul (1626-1660) était un prêtre français qui, devant la misère spirituelle et corporelle des plus démunis, va fonder, d’abord, en 1625, la Congrégation de la Mission, qui prendra plus tard le nom de Lazaristes, vouée à l’évangélisation des pauvres des campagnes, et, en 1633, avec l’aide de sainte Jeanne de Chantal, les Filles de la Charité, aussi appelées « sœurs de Saint-Vincent-de-Paul » ou « sœurs grises », vouées au service des malades et au service corporel et spirituel des pauvres.

    A Châtillon, l’abbé Pierre Guyotte avait fondé un hôpital, en 1666, et des filles du Vénérable Bénigne Joly vinrent de Dijon s’occuper des malades, en 1704. Pour les pauvres, des dames de charité faisaient des quêtes et se chargeaient elles-mêmes d’en faire la distribution.

    L’une d’elle, veuve et sans enfant, Marie-Joseph de Sainte-Colombe, eut le projet de fonder un établissement des Sœurs de la Charité.

    Son projet fut approuvé par lettres patentes du roi en juin 1787.

    Ayant pu acheter une petite maison « à l’extrémité de la Haute-Juiverie, à l’endroit où la rue se coude brusquement pour tomber dans la rue de l’Isle », trois sœurs « grises » arrivèrent l’année suivante, ayant un traitement de 300 livres chacune.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     Malheureusement, à la Révolution, les sœurs furent chassées et leur maison vendue le 16 fructidor, an II.

    Cependant, il y avait toujours plus de demande de secours de la part des pauvres.

    Le 22 pluviôse, an XI, le conseil municipal avait sollicité la remise en activité de l’établissement des sœurs de la Charité.

    Grâce à l’insistance du bureau de Bienfaisance, au soutien à Paris du comte de Chastenay et de sa fille, Victorine, et à l’argent de madame de Gissey, veuve d’Alexandre Jouard de Gissey, qui permit de racheter l’ancienne maison des sœurs, trois nouvelles sœurs arrivèrent, le 12 octobre 1804

    [i].En 1828, la sœur Joséphine Cany devint supérieure. Elle avait en particulier, pour la seconder, la sœur Victoire Séjolle, arrivée en 1827.

     [i] Née Viesse, elle décède le 16 mai 1813

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     Si Catherine a appris à écrire chez sa cousine, elle est mal à l’aise au milieu des jeunes filles de la bourgeoisie locale.

    Elle préfère rentrer chez elle, à Fain, mais elle est résolue à devenir religieuse et s’oppose violemment à son père vieillissant.

    Après un court séjour à Paris, chez l’un de ses frères, elle retourne à Châtillon, au pensionnat, où il y a des changements ; en effet, son frère Hubert a épousé sa cousine et Jeanne est devenue sa belle-sœur.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Catherine fréquente de plus en plus les Filles de la Charité et sympathise avec la sœur Victoire Séjolle, laquelle insiste auprès de sa supérieure, sœur Cany, afin de la recevoir dans la communauté.

    Mais il y a le problème de la dot ; son frère et sa belle-sœur vont y pourvoir, le père de Catherine s’y refusant.

    Au début de janvier 1830, sœur Cany (Anne-Joséphine, qui décèdera le 31 août 1872) envoie son avis favorable à la Maison-Mère, où le conseil des Filles de la Charité l’adopte en ces termes, à la date du 14 janvier : Ma Sœur Cany propose Mademoiselle Labouré, sœur de celle qui est Supérieure à Castelsarrasin.

    Elle a 23 ans, et convient très bien pour notre état ; une bonne dévotion, un bon caractère, un fort tempérament, l’amour du travail, et fort gaie.

    Elle communie régulièrement tous les huit jours. Sa famille est intacte, pour les mœurs et la probité, mais peu fortunée : on presse beaucoup pour la recevoir. 

                                                                               Le 22 janvier, la réponse arrive, et elle est favorable.

    Sœur Séjolle se fait une joie de la former aux prières et à la vie de communauté[i].

    Elle l’initie à la « marmite des pauvres malades » ; deux fois par semaine, le dimanche et le jeudi, vers une heure de l’après-midi, les sœurs donnaient une portion de bouillon aux pauvres de Châtillon qu’ils emportaient ensuite chez eux, et qui était aussi distribuée aux malades.                                                                                                                                 A la mi-mai, l’épreuve du postulat est terminée pour Catherine. Elle empile son trousseau dans une malle : 4 paires de draps mi- usés ; 12 serviettes mi- usées ; de la toile pour chemises et 11faites ; 5 robes (4 d’indienne et 1 de soie violette) ; 4 jupes (dont 1 indienne) ; 4 schals ; 1 fond blanc de laine à passe et 3 de laine noire (dont 1 bien mauvais) ; 13 fichus de soie violette ; 1 morceau de coton ; 30 serre-tête ; 11 mouchoirs de poche ; 3 paires de poches (ce qui tenait lieu de sac à main) ; 3 paires de bas ; 1 corset ; 1 robe noire ; plus la dot offert par son frère et sa belle-sœur, soit 693 francs.

     [i] Quand la sœur Séjolle apprendra, plus tard, qu’une sœur avait été favorisée des apparitions de la Vierge, elle pensera tout de suite que c’était Catherine.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     C’est à Châtillon que Catherine va prendre la diligence pour Paris, accompagnée de sœur Hinaut, arrivée en 1811 comme supérieure, mais qui avait laissé sa place en 1828 à sœur Joséphine Cany et retournait à la Maison-Mère (elle y décèdera le 21 octobre 1838).                                                           

    Les deux sœurs arrivèrent ainsi, le 21 avril 1830, rue du Bac, car c’est là qu’en 1813, les Filles de la Charité avaient installé leur « maison-mère » et elles y avaient construit leur chapelle, consacrée en 1815.

    Catherine arrive juste avant le transfert des reliques de Saint-Vincent-de-Paul de Notre-Dame à Saint-Lazare, le 25 avril.

    C’est  alors que, revenant de prier devant ces reliques, le cœur de Saint-Vincent lui apparût, trois jours de suite ; puis, à la messe, elle voit l’hostie qui devient transparente comme un voile.

    Et la nuit du 18 juillet, un « enfant » la réveille et l’emmène à la chapelle où  la Vierge lui apparaît.

    Cette apparition se reproduira deux autres fois, en novembre et décembre 1830, la Vierge lui faisant des prédictions et lui ordonnant de faire frapper une médaille[i]. Elle aura encore la vision d’une Croix en 1848.

                                                                                                                    Le 30 janvier 1831, le séminaire s’achève et Catherine prend l’habit.

    Son confesseur, l’abbé Aladel, reçut ses confidences, mais mit du temps à croire Catherine.

    Le 5 février, Catherine est affectée à l’hospice d’Enghien. Fondé en 1819 par la duchesse de Bourbon, en souvenir du duc d’Enghien, il fut transféré à Reuilly en 1829, en y ajoutant la charge de soigner 50 vieux serviteurs de la famille d’Orléans.

     [i] La première apparition eut lieu dans la nuit du 18 au 19 juillet 1830 ; la deuxième, ce fut le 27 novembre ; et la dernière, en décembre. Toutes ont eu lieu à la chapelle de la rue du Bac.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     Là, jusqu’à sa mort, elle ne cessera de s’occuper à servir les pauvres et les vieillards et de veiller sur la basse-cour, se montrant toujours humble.

    Elle fit trois relations écrites sur les Apparitions de la Sainte Vierge, mais non datées, la première probablement en 1841 et la dernière probablement en 1876.

    Elle décède peu après, le 31 décembre 1876.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

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    Après la disparition de leur établissement lors des bombardements de Châtillon en juin 1940, les Sœurs de la Charité purent s’installer dans une propriété entre l’allée des Boulangers et la rue Ernest Humblot.

    Peu de choses purent être sauvées de l’établissement bombardé ; l’ancienne grille  fut installée devant la cour de la bibliothèque municipale.

    Egalement, une petite statuette représentant la Vierge tenant l’Enfant Jésus, que Catherine dut voir à Châtillon, fut retrouvée intacte.

    Lors de leur départ de Châtillon en 1999, les Sœurs de la Charité portèrent la statue à Fain-les-Moutiers.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson

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    En 1950, le Conseil de l’Europe se mit en tête d’avoir un symbole pour le représenter.

    Après avoir refusé plusieurs projets, la commission chargée de cette mission retint celui d’un fonctionnaire du Conseil, Arsène Heitz.

    Il avait conçu un drapeau bleu sur lequel se détachent douze étoiles, pointes hautes, formant un cercle.

    Les membres du Conseil apprécièrent le ciel sans nuage et la symbolique des douze étoiles, rappelant la perfection, la plénitude et l’unité.

    Plus tard, Arsène Heitz raconta que, ce qui l’avait inspiré, c’était la médaille miraculeuse qu’il portait autour du cou.

    Quant au Conseil de l’Europe, il signa le texte portant l’adoption du drapeau le 8 décembre 1955, le jour de la fête de l’Immaculée Conception.

    "La médaille miraculeuse et Catherine Labouré", un notule d'Histoire de Dominique Masson(Dominique Masson)

     Remerciements à M. Michel Massé et aux sœurs de la Charité de Fain-les-Moutiers

    Bibliographie :

    -Frérot (abbé) : la maison de Charité de Châtillon-sur-Seine, 1788-1888 ; Châtillon-sur-Seine, Pichat, 1888-Laurentin René (abbé) : Vie authentique de Catherine Labouré ; Paris, 1981       -La médaille miraculeuse ; Abbeville ; 1930

     

     


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  •  Un "Notule d’histoire châtillonnaise" par Dominique Masson que je remercie au nom de tous les lecteurs pour toutes ses recherches passionnantes sur l'histoire du Châtillonnais.

     Quelques chanoinesses du Châtillonnais

     Si l’on connaît ce que sont les chanoines, on connaît moins ce que sont les chanoinesses, d’autant qu’il y a deux familles distinctes, comme pour les chanoines.

    Né à la fin du Ve siècle, Benoît de Nurcie, après une vie d’ermite, devint l’abbé d’une communauté et fut le fondateur de l’ordre des bénédictins.

    Ayant constaté que sa communauté ne respectait pas la règle de saint Pacôme, qui avait organisé les premières communautés religieuses, il édicta une règle rigoureuse ; ainsi, ayant inspiré largement le monachisme occidental ultérieurement, il est souvent considéré comme le patriarche des moines d’occident.

    Ceci donnera naissance aux réguliers. Au IXe siècle, saint Benoît d’Aniane reprit cette règle.                                                                                      Mais au haut moyen-âge apparaîtront des chapitres de chanoines, religieux regroupés autour de l’évêque pour le conseiller ou désirant vivre en communauté, mais au contact des laïques : les séculiers.

    En même temps, apparaîtront des chapitres de chanoinesses car, depuis l’apparition du christianisme, des femmes vierges ou veuves se consacraient à la religion, «  servantes »de l’Eglise, aidant aux préparations des cérémonies religieuses ou assistant les prêtres pour la vie de tous les jours.

    Le concile de Ver, en 755, imposa une vie régulière à toutes les femmes consacrées et le cinquième concile d’Aix-la-Chapelle, en 817, publia deux ordonnances, l’une concernant les chanoines, l’autre les chanoinesses.

    Celles-ci étaient astreintes à la récitation des heures canoniales, devaient mener une vie communautaire (réfectoire et dortoir communs) et observer l’égalité des conditions, mais il y avait aussi quelques dispositions particulières : elles pourraient avoir des servantes, des habitations particulières « le jour », et un contact réduit et réglementé avec des hommes. Cependant l’efficacité de ces « réformes » fut médiocre.

    Il était difficile de distinguer les moniales des chanoinesses.

    Il existe des moniales bénédictines, qui auraient été instituées au VIe siècle par sainte Scolastique, sœur de saint Benoît.

    Le prieuré de Jully-les-Nonnains (Yonne ; là la sœur de saint Bernard, Hombeline, y fut prieure) fut fondé en 1115.

    D’autres vont se référer à une lettre de saint Augustin d’Hippone, donnant des normes de vie religieuse commune (lui-même avait vécu comme moine avant d’être appelé à assumer la charge d’évêque de sa ville d’Afrique du Nord) ; de là naîtront les Augustines, suivant la règle que saint Augustin donna à un monastère fondé par sa sœur à Hippone ; elles se vouaient à la garde des malades et au service des hôpitaux.

    Plus tard, existeront des cisterciennes, vouées au silence, aux prières, à la méditation et au travail manuel (la première abbaye féminine cistercienne étant celle de Tart, fondée en 1132, en Côte d’Or ; la première abbesse vint de Jully).

    Il y aura également des chanoinesses régulières.

    Par exemple, on trouve les chanoinesses du Latran dès le haut moyen-âge, les chanoinesses régulières du Saint Sépulcre, ayant pour but le chant de l’office choral pour réciter les heures canoniques, fondées en 1114, ou les chanoinesses régulières hospitalières de la miséricorde de Jésus, mentionnées pour la première fois en 1285.

     Le concile du Latran obligea, en 1215, tous les monastères à se rattacher à l’une ou à l’autre des deux règles de saint Benoît et de saint Augustin.

    Les chanoinesses séculières, soucieuses de leur origine bénédictine et ne voulant en aucun cas être assimilées aux chanoinesses régulières, se placèrent dans l’ordre de saint Benoît, mais sans appliquer la règle.

    La papauté ne put supprimer ces abbayes et ne sut où les ranger ; elle dut alors s’en accommoder.

    Egalement certaines abbayes glissèrent lentement dans le groupe des abbayes nobles séculières.

    Ces abbayes ou prieurés se trouvaient surtout dans l’est de la France actuelle (par exemple, Montfleury, près de Dijon), dans les Flandres, le duché de Lorraine et en Franche Comté, terres ayant longtemps relevé du Saint Empire germanique, ou dans le Lyonnais et l‘Auvergne.

    "Quelques  chanoinesses du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Cette trentaine de chapitres nobles avaient plusieurs particularités : d’abord, elles furent réservées aux familles nobles, et plus particulièrement aux filles de comtes.

    D’autre part, bien que dirigées en général par une abbesse, les femmes reçues là menaient une vie assez éloignée d’une règle : elles n’étaient pas tenues à prononcer de vœux (sauf exception, par exemple pour la prieure) et avaient la possibilité de quitter l’abbaye pour se marier ; elles suivaient une liturgie canoniale peu stricte ; elles étaient autorisées à de longues absences et pouvaient avoir un contact régulier avec des gens du siècle ; elles avaient une habitation particulière à l’intérieur de l’enceinte de l’abbaye ainsi que du personnel.

    Et enfin, elles avaient des revenus particuliers, sous forme de prébende, c’est-à-dire qu’elles percevaient une partie des revenus provenant des recettes de l’abbaye[i] ; aussi ces places de chanoinesses étaient-elles fort recherchées pour certaines familles nobles, quelque peu désargentées (mais elles perdaient cet avantage si elles se mariaient).

    On parvenait à en avoir une par rang d’ancienneté.

    Souvent, cette prébende se transmettait entre femmes de la même famille.

    Outre les frais de réception et l’entretien des chanoinesses, la famille devait leur construire une maison, mais cette dépense était rentabilisée, car les chanoinesses-les « tantes »- pouvaient adopter des «  nièces », qui héritaient de la maison et du mobilier de leur tante.

     L’une de ces chanoinesses fut Sophie Françoise Marie le Compasseur de Créqui-Montfort.                 

    Elle était fille de Gaspard le Compasseur et d’Elie Elisabeth de Fussey.

    Son père, marquis de Courtivron, après une carrière militaire où il fut fait chevalier de Saint Louis, se consacra aux sciences et fut élu à l’Académie royale des Sciences en 1744, comme « mécanicien » ; entre autre, il rédigera, avec Bouchu, « l’art des forges et fourneaux à fer ».

    Devenu veuf, il se remaria, en 1759, à Elie Elisabeth de Fussey.

    Celle-ci, avant son mariage, était chanoinesse au prieuré d’Alix.

    Ce prieuré bénédictin, fondé vers le IXe siècle au sud du beaujolais, entre Villefranche et Lyon, a évolué ensuite en chapitre noble de chanoinesses, confirmé par lettres patentes de Louis XIV en 1753, et dirigé par une prieure.

    En 1780, le prieuré devint une abbaye. Ce chapitre était composé de la meilleure noblesse de la province[ii].

    Les jeunes filles, après s’être justifiées de 8 degrés de noblesse paternelle, recevaient le titre de « chanoinesse-comtesse » ; elles étaient vêtues de noir et portaient une croix d’or émaillée à huit pointes pommetées, surmontée d’une couronne de comte ; au milieu, un médaillon représentait, d’un côté la Vierge et, de l’autre, saint Denis.

    A l’âge de 25 ans, elles choisissaient de retourner vivre dans la société avec laquelle elles n’avaient pas rompu les liens, ou prononçaient des vœux et, dès lors, pouvaient bénéficier d’une partie des revenus du chapitre.

    Devenues alors chanoinesses professes, propriétaires de la maison que leur famille s’était engagée à faire construire dans l’enceinte du chapitre, elles conservaient jusqu’à leur mort un mode de vie mi- religieux, mi- mondain.

     [i] A Neuville, pour les 19 chanoinesses, il y avait 20 prébendes, la prieure en ayant deux. Les prébendes leur étaient payées, « partie en denrées, partie en argent ».

    [ii]Stéphanie Félicité Ducrest de Saint-Aubin, devenue par son mariage comtesse de Genlis, n’avait que six ans quand, en 1753, elle fut reçue chanoinesse au chapitre d’Alix

    "Quelques  chanoinesses du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    La famille d’Elie Elisabeth est connue depuis le XIVe siècle. Son père, François de Fussey, est marquis de Sérigny, comte de Menessaire, seigneur de Chissey, Lamotte, l’Abergement, Verdun et autres lieux ; il est devenu aussi seigneur d’Ebaugis par son mariage avec Anne Marie Jérôme Nuguet de Baugis.

    "Quelques  chanoinesses du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Aussi, après examen de tous ses quartiers de noblesse, Elie Elisabeth entrera au prieuré le 5 avril 1746.

    Elle y sera présente jusqu’en 1758. Le 26 novembre 1759, elle épousait, à Reclesne (Saône et Loire aujourd’hui), Gaspard le Compasseur.de Créquy Montfort, dont les ancêtres avaient des attaches avec des familles châtillonnaises.

    Elle eut avec lui trois fils et une fille, Marie Sophie, née à Is-sur-Tille le 30 juin 1764.                                                                                                                    Cette dernière devint aussi chanoinesse d’Alix et, à l’âge de 10 ans et demi, le 3 novembre 1774, entrait au prieuré.

    Mais, avec la Révolution, le chapitre fut dissous en 1791.

    Il est probable que Sophie rentra chez elle, avant d’épouser, en 1794, Jean-Baptiste Tiffet, directeur des domaines et contributions, dont elle aura deux filles[i].

    Elle va décéder le 7 juillet 1833, à Châtillon, rue du Bourg-à-Mont, probablement chez l’une de ses filles, Eugénie Sophie, qui avait épousé en 1820, Etienne François Jean Campora, comte de Pezzana, qui était directeur des contributions indirectes.

    [i]Honorine Augusta et Eugénie Sophie (25/7/1795, Vienne ; 19/6/1847, Avallon) qui épousa en 1820 Etienne Campora, comte de Pezzana

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    La deuxième chanoinesse est plus connue : c’est Victorine de Chastenay.                                     

    Louise Marie Victoire est née à Paris, le 11 avril 1771.

    Son père, Erard Louis Guy, comte de Chastenay, après une carrière militaire où il a été fait chevalier de Saint Louis, s’intéressa à la diplomatie ; mais, bloqué dans son avancement par Vergennes, il se retira sur ses terres d’Essarois, où il était né.

    Il avait épousé à Paris, le 30 janvier 1770, Catherine Louise, fille du marquis d’Herbouville.

    Ils auront deux enfants, Henri Louis et Victoire, qui se fera appeler Victorine.

    "Quelques  chanoinesses du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Elle aussi deviendra chanoinesse, comme plusieurs autres femmes de sa famille avant elle.

    Sa grand-mère paternelle, Louise Anne Elisabeth Le Bascle d’Argenteuil, fut chanoinesse de Remiremont[i].

    Mais c’est à Epinal que Victorine fut reçue, car l’une de ses parentes proches, Marie Louise Victoire Le Bascle d’Argenteuil, «  nommée le 18 septembre 1771, apprebendée le 3 août 1772 », fut élue abbesse du lieu le 11 décembre 1784 (abbesse du 9 mai1785 à 1788)[ii].

     [i] Selon Jean Kastener, l’une des ancêtres de Victorine, Humberte de Chastenay, fut élue le 9 mai 1580 abbesse de Remiremont, en remplacement de Renée de Dinteville décédée, mais cette dernière avait résigné en faveur de Barbe de Salm ; le pape Grégoire XIII déclara cette élection nulle et laissa la crosse aux mains de cette dernière.

     [ii] D’autres membres de cette famille furent chanoinesses comtesses d’Epinal : Catherine Eléonore, fille de Louis Le Bascle, comte d’Epineuil, fut abbesse en 1728, et sa sœur, Louise Françoise, chanoinesse à Remiremont, puis à Epinal

    "Quelques  chanoinesses du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     Du fait de cette élection et par suite du décès d’une chanoinesse, survenue le 30 novembre 1784, deux des stalles capitulaires se trouvaient vacantes.

    C’est alors que M. et Mme de Chastenay sollicitèrent du chapitre, pour leur fille, l’une de ces prébendes.  

                                                                           Le chapitre d’Epinal aurait été fondé pour abriter les reliques de saint Maurice et saint Goëry ; le monastère était alors composé de bénédictins mais, ayant peu prospéré, il fut rapidement remplacé par un couvent de moniales.

    Vers le XIIIe siècle, celles-ci abandonnèrent la règle bénédictine pour se constituer en chapitre de dames nobles.

    Le titre abbatial fut maintenu jusqu’à la Révolution et fut l’un des quatre grands chapitres nobles de Lorraine.

    La collégiale saint Goëry était leur église et le cloître et les maisons canoniales étaient resserrées autour, dans une sorte d’enclos privé.

    La communauté, soumise directement au pape, se composait d’une abbesse, d’une doyenne et de vingt dames chanoinesses (dont une doyenne, une secrète et quatre chantres), plus quatre chanoines séculiers n’ayant pas voix au chapitre.

    Le règlement du chapitre faisait une obligation morale aux chanoinesses de respecter la morale chrétienne, en observant une certaine pudeur, leurs lectures devaient être édifiantes ou instructives et elles devaient assister aux offices, revêtues de leurs costumes de chanoinesses.

    En outre, il leur fallait administrer l’hôpital Saint Goëry et s’occuper du « bouillon des pauvres ».

    Mais l’appartenance au chapitre d’Epinal était prestigieuse et les candidates devaient justifier de leur noblesse ; jusqu’en 1761, les dames exigeaient 16 quartiers de noblesse (quatre lignes paternelles et 4 lignes maternelles), mais ensuite, il fallait apporter la preuve de noblesse d’épée sur 8 générations, en ne retenant que la filiation masculine du père et de la mère.

    Si, pour les familles aristocratiques aisées, la charge de chanoinesse apportait un certain prestige, pour d’autres, moins aisées, l’octroi d’une prébende était financièrement intéressant et permettait d’éviter un mariage avilissant, en accédant à une « bonne situation » au sein de l’Eglise.

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    Ce fut le cas pour Victorine.

    Le 4 janvier 1785, l’abbesse informait le chapitre de la candidature posée par mademoiselle de Chastenay, mais la réception n’eut lieu que le 10 octobre suivant, après les délibérations capitulaires et la présentation et l’examen des preuves de noblesse.

    Elle a raconté cette réception dans ses mémoires :                                                            

    Une de mes tantes, Mme d’Argenteuil, cousine germaine de mon père, devint abbesse d’Epinal, et maman, qui avait beaucoup contribué au succès qu’elle obtint alors, lui demanda pour moi sa place, que sa nomination rendait vacante.

    J’avais alors quatorze ans, et mes parents me menèrent au chapitre afin d’y être appréhendée.

    C’était une cérémonie qui tenait de la chevalerie et de l’institution monastique.

    Les preuves de noblesse, qui dans ce chapitre étaient une filiation paternelle de huit nobles d’épée, et autant du côté maternel, étaient discutées et admises par les généalogistes du chapitre ; elles étaient jurées et publiées à la cérémonie par trois chevaliers dont les noms avaient été prouvés dans les admissions de leurs parentes.

    L’appréhendée leur présentait en reconnaissance un nœud d’épée.

    Je me souviens qu’à l’heure de vêpres tout le chapitre (ces dames étaient vingt en tout), se rendit à la maison de ma tante pour m’y prendre ; j’avais une robe noire.

    L’un des chevaliers me donna la main ; la musique de la garnison précédait.

    Quand nous fûmes dans le chœur de l’église, on me fit mettre à genoux ; l’abbesse me dit : « Que demandez-vous, ma fille ? » Réponse : « le pain et le vin de saint Goëry (patron du chapitre), pour servir Dieu et la sainte Vierge ».

    On me fit manger un biscuit, mouiller mes lèvres dans une coupe ; on me passa le grand cordon bleu, avec la croix au bout, le long manteau bordé d’hermine, l’aumusse[i], le voile noir ; tout me fut remis en un instant.

    On chanta le Te Deum, puis le cortège revint dans le même ordre, et un bal s’ouvrit chez ma tante.

    Je m’amusai beaucoup à ce bal et à ceux qui se succédèrent dans les quatre ou cinq jours de mon séjour à Epinal.

    La cérémonie me fit pleurer, parce que maman y pleura ; mais la danse me consola bien vite.

    J’étais pour le coup l’objet principal, et de droit ; j’avais des succès au bal, pour la première fois peut-être, car je n’ai jamais ni très bien ni très mal dansé.

    Le plus beau danseur du régiment de Noailles, M. Alexis du Haute, âgé de dix-huit ou dix-neuf ans, me priait aux plus belles contredanses ; ce petit hommage me fut assez sensible…

    Ce fut une assez heureuse prévoyance de la part de mes parents, que cet établissement chapitral, qui m’a fait appeler madame et m’a figuré un état…[ii] »

     [i]aumusse : cape ou pèlerine de fourrure, à capuchon, adoptée par les chanoines et les chantres, au moyen-âge ; ensuite, ils le portaient ordinairement sur le bras.

     

    [ii] Mémoires, p. - Chastenay (madame de) : Mémoires, 1771-1815 ; 2 tomes ; publiés par Alphonse Roserot ; Paris, Plon, 1896

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    "Quelques  chanoinesses du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Cette institution, comme les autres institutions religieuses, fut condamnée à disparaître avec le décret du 2 novembre 1789, mettant les biens ecclésiastiques à la disposition de la Nation.

    Les chanoinesses tentèrent de résister, continuant de célébrer leur office, revêtues de leurs insignes.

    Finalement, le 4 janvier 1791, les administrateurs du directoire du district leur intimèrent de quitter l’église.

    A cette date, les revenus du chapitre s’élevaient à 43 000 livres, dont presque la moitié allait à l’abbesse.

    En échange, les chanoinesses reçurent de l’Etat une pension.

    Quant à Victorine, malgré de nombreux prétendants, elle ne se maria point, mais on continua à l’appeler Madame ; elle écrit dans ses Mémoires, parlant de Lebrun, le troisième consul : « Je crois que je fus pour M.Lebrun une espèce d’animal rare.

    Une demoiselle appelée Madame, paraissant plus jeune que son âge, et jeune encore cependant, connaissant tout le monde… ».

    Elle mourut à Châtillon, le 9 mai 1855, dans sa maison rue du Congrès ; ainsi disparut la dernière chanoinesse d’Epinal.

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     Une autre maison de chanoinesses avait une renommée nationale, c’était celle de Neuville-les-Dames, en Bresse (dans l’Ain aujourd’hui).                                                                   

    Au haut moyen-âge, le village fut la possession de l’abbaye de Saint-Claude et un prieuré d’hommes, dépendant de cette abbaye y fut installé, pour s’occuper du spirituel comme du temporel.

    Au milieu du XIIe siècle fut créé un monastère bénédictin de femmes, dépendant du monastère bénédictin d’hommes de Saint-Claude.

    Ces religieuses, appelées chanoinesses régulières, vivaient là sans clôture et ayant chacune une maison séparée.

    Elles furent sécularisées, en 1755, en chapitre noble de chanoinesses comtesses, en vertu d’une bulle du pape Benoît XIV.

    Louis XV leur accorda le titre de « comtesses » et elles se mirent sous la protection de l’archevêque de Lyon.

    Les titres de prieure, de chantre, de sacristaine, de cellérière et d’infirmière furent éteints et supprimés, remplacés par ceux de doyenne, de chantre, de secrète ou sacristaine, entourées de dix-neuf chanoinesses prébendées, le chapitre ayant un certain nombre de revenus, en argent ou en terres.

    Aucune demoiselle ne pouvait être reçue si elle n’avait obtenu un brevet d’expectative.

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    Cette sécularisation entraîna l’arrivée des représentantes des plus grandes familles de France, et même au-delà[i], mais les frais pour les familles étaient importants.

    Les frais de réception s’élevaient à 2 000 livres, la pension était de 800 livres par an, plus 900 livres pour la table.

    Acquérir une adoption ou un emplacement dans le chapitre coûtait de 20 000 à 30 000 livres et, si l’on était obligé de construire sur un emplacement, la dépense pouvait aller jusqu’à 40 000 livres ( au chapitre d’Alix, les frais de réception étaient de 1 000 livres, bâtir une maison coutait environ 15 000 livres, mais elles devaient justifier d’une pension de 1 200 livres par an).

    Ainsi, 25 maisons virent le jour, autour des églises et de la salle capitulaire. Parmi celles-ci se trouvait la maison de Chastenay(numéro27 sur le plan).

     

    [i] Par exemple, Sophie de Grouchy, admise au chapitre en 1784, en ressortit en avril 1786 pour épouser le philosophe-mathématicien Condorcet et tint un salon important. La maison numéro 11 était celle de Lévy de Mirepoix ; celle du numéro 10, la maison de Berbis. On trouve la maison de Saxe, au numéro 25

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    En 1771, on trouve, comme chanoinesse non prébendée, Louise Charlotte de Chastenay-Lanty et, comme expectative, reçue, Marie Charlotte de Chastenay de Bricon.

    Celle-ci fut plus tard chanoinesse d’honneur et se maria, en 1779, à Amable Gabriel Louis François de Maurés de Malartic, comte de Montricoux[i].

    Elle est décédée à Châtillon, rue au Lait.  

    Mais il y a surtout les filles de Joseph Auguste de Chastenay, comte de Lanty, seigneur d’Essarois, marié à Anne Louise Elisabeth Le Bascle d’Argenteuil, chanoinesse-comtesse de Remiremont, grands-parents de Victorine[ii].Jeanne Henriette Félicité[iii] est chanoinesse de Neuville, comme sa sœur Marie Louise Agathe, qui se maria au comte du Deffand en 1766 [iv].

    Quant à Marie Louise Charlotte, non prébendée en 1778, ce doit être une autre sœur, née en 1743 [v].

    Elle est secrète en 1789.

    En 1793, elle est toujours à Neuville, alors que la plupart des autres chanoinesses avaient regagné leur famille ou avaient émigré.

    Elle fut incarcérée le 12 avril 1793, mais libérée le 14 mai, en vertu d’un décret du département du 10 mai 1793.

    Une autre famille a aussi sa maison à Neuville, la famille de Damas (numéro 28 du plan [vi]).

    Lors de la sécularisation, en 1755, la prieure était Suzanne de Damas du Rousset, âgée de 65 ans.

    Comme les demandes d’admission affluaient au nouveau chapitre noble, on décida de construire la salle capitulaire à l’emplacement de l’antique maison de madame Damas de Ruffey (numéro 3 du plan[vii]) et on décida de construire une série de demeures dans les jardins du prieur et de l’aumônier.

    Les deux premières maisons construites, symétriques, avec deux escaliers accolés, furent celles de Damas et de Chastenay.

     

    [i] Amable de Montricourt : 1729-1805. Il fut premier président au conseil souverain du Roussillon. Marie Charlotte, née le 18 mai 1747 à Bricon (52), mourut le 15 novembre 1839 à Châtillon. Elle était la fille du marquis Pierre François Hubert, marquis de Chastenay, et de Marie Armande deHumes de Cherisy

    [ii]Le mariage est du 29 septembre 1738. On trouve aussi Marie le Bascle d’Argenteuil comme chanoinesse honoraire de Neuville, en 1789 ; Anne Gabrielle (née le 5 novembre 1759), fille de Jean Louis Le Bascle, fut aussi chanoinesse à Neuville. Dans une autre branche, la fille d’Edme Charles Le Bascle, seigneur de Courcelles et Montliot, Marie, chanoinesse à Neuville, décéda à Châtillon, le 18 novembre 1787, âgée d’environ 58 ans (Edme Charles avait eu Courcelles par son mariage avec Edmée Duret).

    [iii] Née le 9 juin 1749 à Essarois, mais il n’a pas été possible de trouver la date de son décès et si elle a été mariée

    [iv] Elle est née à Essarois, le 5 février 1742 et décédée en 1818. Elle épousa le comte du Deffand à Essarois, le 22 décembre 1766

    [v] Elle est née le 18 mai 1743, à Essarois

    [vi] La maison numéro 13 était celle de Damas-de Varennes

    [vii] Probablement Madeleine de Damas de Ruffey, chanoinesse comtesse, décédée à Paris le 22 février 1763

    "Quelques  chanoinesses du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     

    Plusieurs membres des différentes branches de la famille de Damas furent chanoinesses.

    En 1771, Marie Antoinette de Damas de Vellerot est chanoinesse d’honneur et Catherine Charlotte de Damas de Courcelles chanoinesse en expectative ; en 1789, Marie Claudine de Damas est chanoinesse honoraire.

    Dans la branche de Lugny, Claudine Jeanne de Damas est secrétaire en 1771.

    Dans la branche de Cormaillon, Charles de Damas épousa Gabrielle Marguerite de Sarsfield, chanoinesse de Neuville.

    Deux de ses sœurs, Catherine Charlotte et Agnès Esprit de Damas, furent chanoinesses et ne se marièrent pas.

    Toutes les deux sont décédées à Châtillon, rue des Avocats, la première en 1823, la seconde en 1831[i].

    [i] Catherine Charlotte et Agnès Esprit étaient les filles de Charles Jules de Damas, comte de Cormaillon, seigneur de Fain-les-Montbard et de Courcelles-sous-Grignon, époux de Jacqueline Dubois d’Aisy. Catherine Charlotte est née à Fain, le 17 février 1755 et décédée le 9 janvier 1823, à Châtillon. Agnès Esprit est née à Fain, le 30 décembre 1748 et décédée à Châtillon, le 19 septembre 1831. Le fils de Charles, leur frère, fut ministre des Affaires étrangères et ministre de la Guerre.

    "Quelques  chanoinesses du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Si les chapitres de dames nobles furent souvent un refuge pour des cadettes de famille nobles peu fortunées, ceux-ci n’en étaient pas moins des lieux de sociabilité, ayant exercé une fonction sociale, religieuse et éducative pour nombre de jeunes filles au XVIIIe siècle.

                                                                                                               Dominique Masson

    Sources :

    Imprimées :                                                                                                                 - almanach astronomique et historique de la ville de Lyon et des provinces du lyonnais, Forez et beaujolais ; 1771, etc.                                                                                                        - Chastenay (madame de) : Mémoires, 1771-1815 ; 2 tomes ; publiés par Alphonse Roserot ; Paris, Plon, 1896                                                                                                                                    - Ducas : nobiliaire universel de France, ou recueil général des généalogies historiques des maisons nobles de ce royaume ; Paris ; tome 21                                                                                                                   -Kastener Jean : la dernière chanoinesse d’Epinal, madame de Chastenay (1771-1855) ; la Révolution dans les Vosges, bulletin du comité départemental des Vosges pour la recherche et la publication des documents économiques de la Révolution française ; 19e année ; 1930-1931 ; Epinal, 1931           - Marchal Corinne : l’éducation et la culture des chanoinesses nobles dans la France du XVIIIe siècle ; mélanges offerts à Roger Marchal ; Nancy, 2007                                                -Sécularisation et statuts du noble chapitre de Neuville les Dame, en Bresse ; Lyon, 1756

    Internet :                                                                                                                                             - Bécourt d’Hénin Danielle :https://leschanoinessesdalix.jimdo.com                                                        - Bibliothèques et médiathèques intercommunales d’Epinal                                                                   - Histoire des chanoinesses-association église Saint-Maurice de Neuville : www.asso-eglise-saint-maurice.fr                    

     


    1 commentaire
  • Dominique Masson nous présente aujourd'hui l'histoire des épidémies qui ont affecté le Châtillonnais au cours des temps, un travail très documenté et passionnant !

    Merci mille fois à lui  et à ses amis Michel Massé et Jean Millot qui ont participé à cette étude.

    Notule d’histoire

    Quand passent les microbes…

     

    Notre corps est constitué de 10 fois plus de microbes que de nos propres cellules.

    Le mot « microbe » fut introduit en 1878 par le chirurgien français Charles Sébillot : il désignait alors les êtres vivants infiniment petits et pathogènes (provoquant des maladies) qu’on ne pouvait voir à l’œil nu.

    L’arrivée de ce concept marque alors, en France, une rupture avec les croyances médicales de l’époque.

    Aujourd’hui, l’immense majorité des « microbes » est inoffensive pour le corps humain, voire bénéfique pour lui.

    Mais il existe cependant des espèces pathogènes,à l’origine de nombreuses maladies infectieuses.

    Il existe trois grandes familles de microbes.

    La première est celle des levures et des champignons.

    Par exemple, c’est grâce aux levures que la pâte du pain gonfle, que se fabrique la bière ou que le lait se transforme en yoghourt.

    Cependant, de mauvais levains peuvent occasionner des dégâts.

    Du 25 décembre 1771 au 29 février 1772, une épidémie de fièvres continues vermineuses sévit à Buncey :

     C’est une fausse pleurésie engendrée par des mauvais levains, des matières vermineuses qui se rencontrent chez presque tous les malades , enfin, par des humeurs bilieuses et putrides qui se portent à l’estomac et des intestins à la poitrine et occasionnent le point de côté, l’oppression, les crachements de sang, la toux et une fièvre continue, accidents plus ou moins violents, suivant que ces humeurs sont plus ou moins abondantes, ont contracté plus ou moins d’acrimonie, enfin, que les solides chez eux, ébranlés par ces puissances destructrices, sont susceptibles d’une plus ou moins grande sensibilité et irritabilité.

    Comme traitement : saignées, bouillon en légère quantité, liquides aqueux et humectants, tant en lavements fréquents qu’en boisson ; émétique ; sur le côté douloureux, émollients, relâchants et résolutifs[i].

    Le deuxième groupe est constitué par les  bactéries. Ce sont des organismes vivants constitués par une seule cellule.

                                                                                                                           Certains staphylocoques se trouvent sur la peau, chez pratiquement tous les êtres humains, et sont normalement inoffensifs.

    C’est ainsi qu’en analysant l’évangéliaire conservé à la cathédrale Saint-Pierre d’York, au Royaume-Uni, composé autour de l’an mil, on a pu retrouver des staphylocoques sur le folio 6, là où se trouve un texte de prestation de serment de l’archidiacre et d’autres responsables monastiques.

    La main entière devait être posée sur la page, tandis que les lèvres proféraient les paroles sacrées, avant d’embrasser le parchemin, fabriqué à partir de peau de veau.

    Une autre bactérie, saccharopolyspora, est responsable de l’apparition de taches brunâtres sur le manuscrit[ii].                                                                                                                                                   La typhoïde est une maladie infectieuse causée par une bactérie.             

    La maladie aujourd’hui est quasiment absente des pays développés, à la suite de la javellisation de l’eau de boisson généralisée à partir de 1910.

     [i] Bon Henri (docteur) : « essai historique sur les épidémies en Bourgogne, depuis l’établissement des Burgondes en Gaule jusqu’à la Révolution » ; Dijon, 1912

    [ii] A l’automne 2019, a eu lieu, à Dijon, aux archives municipales, une conférence-débat, en marge de l’exposition « Qu’est-ce qu’un parchemin ? ». Il y a été fait référence à l’étude de l’évangéliaire d’York : « The York Gospels : a 1000-year biological palimpsest », article paru dans « Royal Societyopen science », 25 octobre 2017 ; http://dx.doi.org/10.1098/rsos. 170988 

    "Quand passent les microbes", un notule d'Histoire de Dominique Masson...

    Une autre bactérie est fort connue, appelée Yersinia pestis, c’est-à-dire la peste[i].

    Le mot apparaît à la fin du XVe siècle, mais elle a sévi bien plus tôt.

    Il y eut trois pandémies historiques de peste.

    La première, attestée comme telle, est la peste de Justinien, qui a sévi à partir de 541 jusqu’en 767, dans tout le bassin méditerranéen, avec des vagues successives tous les 9 à 13 ans ; mais elle n’a pas dépassé la Loire, ni la région de Dijon. 

    La seconde pandémie est celle de la peste noire.

    Elle a tué de 30 à 50 % des européens en cinq ans (de 1347 à 1352), faisant environ 25 millions de victimes[ii].

    En 1348, la Bourgogne fut atteinte.

    Guillaume Paradin, dans ses Annales de Bourgogne, rapporte : Cette année fut mémorable à cause d’une pestilence venue de Levant, jusque en Ponant, laquelle était si contagieuse que non seulement elle infectait par communication et conversation, mais aussi, se prenait par le seul regard des infects.

    "Et fut cette pestilence si générale et pernicieuse que de mille, il n’en demeurait pas dix. On pouvait dire à Nuits : En mil trois cent quarante-huit, à Nuits, de cent restèrent huit"

    Mais,à Bure les Templiers, il ne resta que trois ménages.                                                                 

    La troisième pandémie est la peste de Chine, qui commença en 1894 et atteint la France en 1920.

    Les rongeurs, dans leurs terriers, peuvent conserver ces microbes, capables de contaminer l’homme par l’intermédiaire des puces[iii].                                                                                                                         

    Cependant il y eut de nombreux épisodes de peste, sporadiques, tout au long de l’histoire, à commencer par la peste d’Athènes, épidémie entre 430 et 426 av. J.C, où la ville perdit de maladie, selon Thucydide, 1500 hoplites sur 4000 en 40 jours, ainsi que Périclès.                                           

    En Bourgogne, en 1030, après la famine vint la peste.

    A Châtillon, on ouvrit le tombeau de saint Vorles et les reliques furent exposées sous une tente, arrangée près de l’église Saint-Mammés[iv].

    On demanda souvent l’intercession de Saint Vorles pour combattre la peste.

    Sous un tableau, du XVIe siècle, accroché dans l’église Saint-Vorles,  on lit :  

    La guerre, la peste et la faim

    Faisaient la guerre au genre humain

    Et détruisaient toute la terre.

    St Vorles exauça son troupeau,

    Et feist cesser ce triple fléau

    De la faim, la peste et la guerre

                                             

                                                                                                           [i]Le pape Clément VI (1342-1352) institua une « messe pour le temps de peste », célébrée encore de nos jours en période d’épidémie.

    Par analogie, on parle de la « peste brune », surnom donné pendant la seconde Guerre mondiale au nazisme ; de même, la « peste blanche » est la désespérance, l’indifférence à la vie, entraînant le déclin démographique, selon Pierre Chaunu et Georges Suffer (« la peste blanche », Gallimard, 1977).

    [ii] En Angleterre, des fouilles à l’ancienne abbaye de Thornton, dans le Lincolnshire, ont montré que les victimes de la peste sont venues mourir à l’hôpital de l’abbaye et enterrées à la hâte dans une fosse commune (Archéologia, n° 586, avril 2020)

    [iii] Lucenet Monique : « les grandes pestes en France » ; Aubier, 1985.La peste reste dans les mémoires et on peut citer la fable de La Fontaine : « les animaux malades de la peste ».

    [iv] Joly J.M.V (abbé) : « vie de saint Vorles, curé de Marcenay, patron de Châtillon-sur-Seine » ; Châtillon, Parny, 1867

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    En France, entre 1347 et 1536, il y eut 24 poussées de peste, soit à peu près une tous les huit ans[i].

    En 1518/1519, c’est Montbard, puis l’Auxois, qui est ravagé.

    En 1531/1533, Baigneux perd plus du tiers de sa population et les habitants restants sont ruinés, à cause des guerres et mortalités qui ont régné, car le passage de soldats amène souvent la peste ; en effet, ces périodes de pestilence ont correspondu aux périodes de conflitsdévastateurs.                                                               

    De 1536 à 1670, on ne compta plus que 12 poussées de peste, soit une tous les 11,2 ans.

    En 1563, des maladies contagieuses avaient désolé Châtillon ; pendant trois semaines, les portes de la ville avaient été fermées et les pestiférés placés hors les murs, où maire et échevins leur fournissaient tous les remèdes nécessaires[ii].

    A cette époque, pour une transaction entre l’abbé de Notre-Dame et le seigneur de Chamesson, les deux parties se réunirent à Châtillon, mais en plein air, à cause de la maladie.

     [i] Delumeau Jean : «  la peur en occident, XIVe-XVIIIe siècles » ; Fayard ; 1978

    [ii] Lapérouse Gustave : « l’histoire de Châtillon » ; Châtillon, Cornillac, 1837 (p. 323)

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    A partir de 1576, la peste toucha aussi bien Paris que Lyon, Troyes, Tournus ou Dijon.

    En 1582, le Châtillonnais fut ravagé et MM ; de la Chambre de Dijon, qui avaient décidé de faire venir un homme de Châtillon,réputé fort expérimenté au nettoiement des maisons infectées, eurent le regret d’apprendre par MM. de la ville de Châtillon qu’il ne pourrait venir, vu que l’on avait besoin de lui dans plusieurs pays voisins de leur cité[i].

    Dans le courant de 1583, la peste revint.

    Les échevins retinrent, à raison de six francs de gage par mois, un certain Jean de La Noue, peigneur, cardeur de laines, pour traiter les malades.

    On eut aussi recours au patron de la ville ; on fit trois fois la descente des reliques de saint Vorles pour les porter, le 26 mars à Marcenay, le 1er juin à Pothières et le 29, de nouveau à Marcenay[ii].                                                                                                                                             En 1587, on parle à Châtillon des contagiés qui sont en grand nombre, de fait que un quart ou peu s’en faut des habitants de ladite ville ont été morts de ladite maladie, réduisant les habitants en grande partie à mendier leur pain.

    Les plus aisés se retirèrent dans les pays voisins où ils avaient des amis ou des parents, pour y trouver les secours de première nécessité.

    Cette mortalité ralentit encore le commerce, car les drapiers furent contraints se tenir clos et couverts en leur maison sans pouvoir lors vendre aucune chose de leur état pour leur subvenir.

    Défense avait été faite lors de la contagion à quiconque d’entrer ou de sortir de la ville, tellement que une grande partie en sont morts de faim.

    Tous ces malheurs  réduisirent les habitants à une telle extrémité que, pour ne pas être contraints d’abandonner ladite ville et leur domicile et maisons, le lieutenant du bailliage, Edme Rémond, demanda au roi une exemption de tailles pendant dix ans, afin de leur donner moyen deulx rétablir en quelque peu de repos, mais le trésorier général des finances à Dijon n’accorda que six années.

    La contagion régnait encore l’année suivante, à l’occasion de laquelle par le commun bruit il y est mort plus de deux mille personnes[iii].                                                                                                   

    La peste revint en 1595 ; un chirurgien, André Savery, qui avait servi les pauvres malades qui se seraient trouvés aux hôpitaux et par la ville, obtint l’exemption de toute gardes, tailles et autres subsides, plus une récompense de vingt livres. 

    Le fléau continuant l’année suivante, maire et échevins assignèrent aux malades deux emplacements hors les murs, les champs de la Pidance pour ceux de Chaumont et la combe d’Epasses pour ceux du Bourg.

    Tous les contagieux durent y aller et ne purent en sortir avant complète guérison.

    Une guette active fut faite sur les portes de Saint-Vorles et de Saint-Antoine.

    L’économe de l’abbaye, Jean Barrey, se retira avec sa femme et ses enfants dans une loge qu’il plaça à quelques distances des portes ; ni les injonctions des échevins, ni les amendes, ne purent le déterminer à se réunir aux autres pestiférés.

    On fut obligé de brûler sa loge pour la lui faire abandonner.

    Le 4 juillet 1629, une grande procession, composée de 340 personnes, alla en procession à Pontigny, visiter les reliques de Saint Edme, pour accomplir le vœu fait pour apaiser la colère de Dieu pendant la contagion. 

    En 1630, la peste sévit à Dijon et, le 16 mai, les magistrats demandèrent au roi de transférer le Parlement à Châtillon à cause de la contagion[iv].

    Le 4 mai 1631, le gouverneur de Bourgogne, le prince de Condé, accompagné des conseillers au parlement et des élus des états, fit son entrée à Châtillon, la peste sévissant partout ailleurs.

    Mais celle-ci, qui s’était déjà fit ressentir dans l’été 1632, y éclata dans le cours de 1633.

    Les chaleurs de l’été augmentèrent beaucoup le mal : plusieurs personnes de la campagne, étant venues à la ville faire les moissons, moururent subitement dans les champs.

    On construisit, dès le mois de février, trente-sept loges nouvelles, hors de la ville et surtout dans le faubourg du Temple, pour y placer les pestiférés.

    Les morts étaient enterrés par des saccards, qui traînaient avec des crochets et des cordes les cadavres.

    Les magistrats firent preuve de courage et, comme ils s’exposaient jour et nuit et délaissaient leurs affaires, le parlement les exempta de toutes tailles, comme il avait déjà été fait l’année précédente.

    On fit venir de Dijon, pour 18 jours et à raison de 3 livres par jour, un médecin spécialisé, Balthazar Milière, dit La Santé.             

    [i] Bon : op. cit.

    [ii] Joly, op. cit. ; Lapérouse : op. cit.

    [iii] Masson. Dominique : « Châtillon-sur-Seine, 1000 ans d’histoire » ; Images en Châtillonnais, 2016

    [iv] Bon ; selon Gustave Lapérouse, c’est en mai 1629 que la reine-mère transféra, de Dijon à Châtillon, la cour des aides (p. 405)

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    La peste reparut dans l’été 1636.On porta les reliques de Saint Vorles à Marcenay[i].

    Un des médecins de la ville, Philippe de Marcenay, succomba.

    Un prêtre, Pierre Jaulpy, s’était retiré dans une loge préparée auprès des vignes de Chaumont, avec son domestique.

    Entré le 9 octobre, il y resta trois mois.

    Il ne cessa de parcourir les loges des pestiférés, administrer les sacrements, veiller au bon maintien de l’ordre et présider à la distribution des vivres et des aumônes ; il composait également des médicaments, des baumes et un parfum pour purifier l’air dans les loges et les maisons infectées[ii].

    Après 1670, la maladie semble disparaître pour refaire violemment surface à Marseille et en Provence en 1720.

    Dans ces périodes difficiles, les français se tournèrent vers la religion et plusieurs saints furent invoqués                                                                                                               

     

    [i] Joly : op. cit.

    [ii][ii] Lapérouse : op. cit.

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    On se tourna vers la Vierge Marie ; à Châtillon, outre saint Vorles, saint local, on pria devant sa statue, celle devant laquelle saint Bernard eut sa révélation.

    La croyance populaire attribuait au manteau de la Vierge des pouvoirs, car ce manteau leur semblait protecteur contre les flèches de pestilence ; la Vierge avait également une fonction médiatrice auprès du Christ en faveur de l’humanité souffrante (le Christ lançant les flèches).

    On invoqua aussi saint Sébastien.

    Officier martyrisé à Rome en raison de sa foi, il fut percé de flèches ; on lui attribuait le pouvoir d’éradiquer les épidémies de peste, selon la croyance biblique assimilant la maladie à des flèches envoyées par Dieu.

    Cependant, on rencontre peu de statues de ce saint dans le Châtillonnais.

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    Par contre, s’ajoutèrent des cultes nouveaux, en particulier celui de saint Roch.

    Né au XIVe siècle dans une puissante famille montpelliéraine, il partit en pèlerinage à Rome et, à son retour, contracta la peste.

    Retiré dans une forêt, il vécut près d’une source jaillie près de lui et un chien vint lui apporter du pain et lécha sa plaie.

    Selon la tradition, il aurait sauvé de nombreux pestiférés avant et après sa mort ; c’est pourquoi le concile de Constance le canonisa en 1414[i].

    Les représentations de ce saint le montrent avec un chien à ses côtés et il a, comme attributs du pèlerin, un bourdon, une gourde, une besace, une grande cape et un large chapeau ; il découvre généralement une cuisse (celle de droite ou celle de gauche) pour laisser apparaître un bubon pesteux.

    On trouve, dans le châtillonnais, beaucoup de représentations de ce saint, soit en statue, soit comme haut de bâton de procession.

    D’autres saints purent aussi être invoqués, comme saint Nicolas, moine au couvent augustin de Tolentin, en Italie, ou saint  Charles Borromée.

    [i] Lucenet Monique : op. cit. La piété à l’égard de saint Roch se répandit dans toute l’Europe, de sorte que le pape Urbain VIII renouvela sa canonisation en 1629.

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    Une autre bactérie, le Mycobacterium leprae, proche de l’agent responsable de la tuberculose, est responsable de la lèpre.

    L’écureuil roux pourrait être l’un des réservoirs animaux du bacille (bactérie de forme allongée).

    Si la Bible parle de la lèpre, les croisades auraient été responsables de l’arrivée de la lèpre en Europe.

    Une Maladière est mentionnée à Châtillon, en 1174.

    Le quartier de la Maladière se trouvait au nord-ouest de la ville, au pied du Châtelot ; on y accueillait les lépreux chassés de la ville.

    Selon un décret du concile du Latran, de 1179, il devait y avoir un cimetière ; un chapelain desservant la chapelle, qui était un chanoine de l’abbaye Notre Dame(la chapelle Saint-Léger était toute proche) ; et un maître ou gouverneur pour la diriger (feu Nicolas de Cérilly est cité en 1474).

    Les dames converses de l’abbaye Notre Dame, qui devaient avoir à côté leur résidence (les « Dames Brulées »), étaient vouées au service des lépreux.

    La Maladière avait quelques privilèges ; "les bouchers devaient lui réserver les langues des grosses bêtes qu’iceux bouchers tueront, et le maître pouvait vendre du vin en période de banvin" (privilège normalement réservé au duc et à l’évêque).

    Au XVIe siècle, la Maladière possédait 12 sées de prés et 200 journaux de terre, mais elle disparut au cours des guerres de Religion et ses biens furent réunis, vers 1695, à l’hôpital Saint-Pierre.

    Le choléra est une épidémie contagieuse due à la bactérie Vibrio cholerae, ou bacille virgule, découverte par Pacini en 1854, strictement limitée à l’espèce humaine.

    Ce mot vient du mot grecχολέρα, qui désignait déjà chez Hippocrate cette maladie. Sept pandémies ont été recensées :

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    La France fut touchée par la deuxième pandémie de choléra, au printemps 1832 (le premier cas est attesté le 26 mars), et Casimir Périer, président du Conseil, décréta des mesures de police sanitaire, en réactivant en particulier des contrôles sanitaires aux frontières ; lui-même devait décéder du choléra le 16 mai.

    A Paris, il y eut une « fuite bourgeoise » qui se produisit alors : dans les journées des 5, 6, 7 avril, 618 chevaux de poste sont retenus et le nombre des passeports augmente de 500 par jour ; Louis Blanc estime à 700 le nombre de personnes emmenées par les Messageries[i].

    La Côte d’Or fut, lors de cette pandémie, passablement épargnée.

     [i] Delumeau ; op. cit.

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    Le choléra reparut à la fin de l’année 1848, venant d’Angleterre et arrivant en France par le port de Dunkerque ; il se répandit ensuite en France en 1849.

    Un monument curieux existe à Villers-Patras, dans le cimetière, rappelant le passage de cette épidémie.

    Il est composé d’une base hexagonale, d’une haute colonne et, à son sommet, d’une niche surmontée d’une croix, abritant une statue de la Vierge et de son enfant.

    Sur la base ont été gravés les noms des victimes du choléra, à commencer par Mathie Chatraine, décédée le 26 avril 1849 ; quatorze noms suivent, dont un couple, décédés entre le 16 juin et le 12 septembre.

    La moitié de ces victimes étaient des vignerons[i]. Au revers se trouve la dédicace d’érection du monument.

    [i] Lazzarotti Raymond: « Villers-Patras, son origine, son évolution » ; Cahiers du Châtillonnais, n° 41

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    "Quand passent les microbes", un notule d'Histoire de Dominique Masson...

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    A l’automne 1853, le choléra reparut en France, à Paris en particulier et, au printemps 1854, il affecta essentiellement l’est de la France, avec deux bases autour de la Haute-Saône et de la Haute-Marne d’une part, des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse d’autre part[i].

     [i] Bourdelais P. et Raulot J.Y : « la marche du choléra en France : 1832-1854 » ; Annales, ESC, n° 1, janvier-février 1978. Voir également : Bourdelais Patrice et Raulot Jean-Yves :« Une peur bleue, histoire du choléra en France, 1832-1854 » ; Payot, 1987.

    "Quand passent les microbes", un notule d'Histoire de Dominique Masson...

    La Côte d’Or fut durement touchée, comptant parmi les 20 départements les plus affectés.

    "Quand passent les microbes", un notule d'Histoire de Dominique Masson...

    Le choléra apparut en juin dans l’arrondissement de Châtillon, mais les villages furent inégalement touchés.

    Par exemple, à Villers-Patras, pour l’année 1854, il y eut 21 morts dans la commune, dont 20 moururent du choléra, entre le 3 juillet et le 11 septembre 1854 (en comparaison, il y eut dans la commune un mort en 1853 et 3 morts en 1855).

    Si Larrey fut épargné, il y a, à Poinçon, du 11 août au 7 septembre, 20 cas répertoriés et 13 morts.

    Villedieu fut particulièrement touché, avec 84 cas et 44 morts, pour 280 habitants.

    Le dernier groupe est constitué par les virus.

    Contrairement à la bactérie, le virus n’est pas une entité biologique autonome.

    Il a besoin de rentrer dans une cellule pour utiliser sa machinerie et se multiplier (en ce sens, on peut le considérer comme un parasite).

    Sur les 5 000 espèces environ décrites, seules 129 sont pathogènes.

    On peut citer, entre autres, la rage, la fièvre jaune, la variole, la rougeole, les oreillons, le rhume, la varicelle, le sida, ainsi que la grippe.  

    Celle-ci serait apparue chez les oiseaux il y a environ 6 000 ans et la grippe humaine vers 2500 av. J.C, en Chine, avec le développement de la domestication des oiseaux, notamment des canards, et également avec l’élevage des porcs.

    Les symptômes de la grippe humaine ont été clairement décrits par Hippocrate, puis par Tite-Live. Plusieurs pandémies affectèrent la terre. Depuis la fin  du XIXe siècle, on a compté 5 pandémies :

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     En 1918, on prit quelques mesures pour enrayer l’épidémie.

    On pouvait lire, dans le journal le Châtillonnais et l’Auxois du dimanche 27 octobre, que, en raison de l’épidémie de grippe qui sévitactuellement, les représentations, matinées et soirées du cinématographe ayant d’habitude lieu à l’Alcazar, seront, par ordre de l’autorité municipale, suspendues jusqu’à nouvel avis.

    On pouvait lire de même, le 15 décembre :

    "Quand passent les microbes", un notule d'Histoire de Dominique Masson...

    Il existe une autre famille regroupant plusieurs virus, celle des coronavirus, devant leur nom à la forme d’une couronne qu’ont les protéines qui les enrobent.

    Trois épidémies mortelles sont survenues, pour l’instant, au cours du XXIe siècle :

    "Quand passent les microbes", un notule d'Histoire de Dominique Masson...

    Dominique Masson 

                                                                          (remerciements à Michel Massé et Jean Millot)

     [1] Bon Henri (docteur) : « essai historique sur les épidémies en Bourgogne, depuis l’établissement des Burgondes en Gaule jusqu’à la Révolution » ; Dijon, 1912

    [1] A l’automne 2019, a eu lieu, à Dijon, aux archives municipales, une conférence-débat, en marge de l’exposition « Qu’est-ce qu’un parchemin ? ». Il y a été fait référence à l’étude de l’évangéliaire d’York : « The York Gospels : a 1000-year biological palimpsest », article paru dans « Royal Societyopen science », 25 octobre 2017 ; http://dx.doi.org/10.1098/rsos. 170988 

    [1]Le pape Clément VI (1342-1352) institua une « messe pour le temps de peste », célébrée encore de nos jours en période d’épidémie. Par analogie, on parle de la « peste brune », surnom donné pendant la seconde Guerre mondiale au nazisme ; de même, la « peste blanche » est la désespérance, l’indifférence à la vie, entraînant le déclin démographique, selon Pierre Chaunu et Georges Suffer (« la peste blanche », Gallimard, 1977).

    [1] En Angleterre, des fouilles à l’ancienne abbaye de Thornton, dans le Lincolnshire, ont montré que les victimes de la peste sont venues mourir à l’hôpital de l’abbaye et enterrées à la hâte dans une fosse commune (Archéologia, n° 586, avril 2020)

    [1] Lucenet Monique : « les grandes pestes en France » ; Aubier, 1985.La peste reste dans les mémoires et on peut citer la fable de La Fontaine : « les animaux malades de la peste ».

    [1] Joly J.M.V (abbé) : « vie de saint Vorles, curé de Marcenay, patron de Châtillon-sur-Seine » ; Châtillon, Parny, 1867

    [1] Delumeau Jean : «  la peur en occident, XIVe-XVIIIe siècles » ; Fayard ; 1978

    [1] Lapérouse Gustave : « l’histoire de Châtillon » ; Châtillon, Cornillac, 1837 (p. 323)

    [1] Bon : op. cit.

    [1] Joly, op. cit. ; Lapérouse : op. cit.

    [1] Masson. Dominique : « Châtillon-sur-Seine, 1000 ans d’histoire » ; Images en Châtillonnais, 2016

    [1] Bon ; selon Gustave Lapérouse, c’est en mai 1629 que la reine-mère transféra, de Dijon à Châtillon, la cour des aides (p. 405)

    [1] Joly : op. cit.

    [1][1] Lapérouse : op. cit.

    [1] Lucenet Monique : op. cit. La piété à l’égard de saint Roch se répandit dans toute l’Europe, de sorte que le pape Urbain VIII renouvela sa canonisation en 1629.

    [1] Delumeau ; op. cit.

    [1] Lazzarotti Raymond: « Villers-Patras, son origine, son évolution » ; Cahiers du Châtillonnais, n° 41

    [1] Dupuis Jean-Claude : « Poinçon et Larrey : deux villages de la Côte d’Or » ; Cahiers du Châtillonnais, n° 141

    [1] Bourdelais P. et Raulot J.Y : « la marche du choléra en France : 1832-1854 » ; Annales, ESC, n° 1, janvier-février 1978. Voir également : Bourdelais Patrice et Raulot Jean-Yves :« Une peur bleue, histoire du choléra en France, 1832-1854 » ; Payot, 1987.

     

     


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  • Dominique Masson, historien du Châtillonnais , m'envoie aujourd'hui un notule d'Histoire consacré à la Seine à Buncey.

    Merci à lui pour ses envois si documentés, si intéressants, sur l'histoire de notre Châtillonnais !

    Vous pourrez retrouver tous les autres notules qu'il a déjà confiés au blog en cliquant sur ce lien :

    http://www.christaldesaintmarc.com/notules-d-histoire-par-dominique-masson-c28667612

    Ainsi que ses autres articles historiques :

     http://www.christaldesaintmarc.com/dominique-masson-historien-c31620186 

     

    Notule d’histoire

    La Seine à Buncey

     

    Le village de Buncey s’étire depuis l’église Saint-Georges, à 270 mètres d’altitude, perchée sur une butte, jusqu’en direction de la Seine, dont l’altitude de son lit, sur la commune, passe de 232 m à 224 m.                                                                                                            Autrefois, la maison forte, possédée en 1272 par le duc Robert II, devait se trouver autour de l’église, datant, pour les parties les plus anciennes, des XVe et XVIe siècles.

    Mais des sarcophages mérovingiens découverts à proximité attestent d’une occupation plus ancienne.

    "La Seine à Buncey", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    A l’opposé, la Seine, dont la vallée a peu de pente (une dénivellation d’environ 1,5 mètre au kilomètre) et qui décrit de nombreux méandres, peut sortir de son lit lors des crues.

    C’est entre ces deux entités que s‘est développé le village actuel, le long de la route principale.

    Cependant, la force hydraulique était importante et recherchée au moyen-âge.

    Aussi la Seine fut-elle aménagée tout le long de son cours pour activer, au moyen de roues, aussi bien un moulin pour le blé, afin d’obtenir de la farine, qu’un moulin à foulon pour les textiles : la force motrice actionne des marteaux qui frappent les pièces de draps empilés dans une cuve remplie d’eau, jusqu’à ce qu’ils soient souples et propres.

    Et ce sont les personnages importants, laïcs ou religieux, qui possédaient cette force hydraulique.

    "La Seine à Buncey, un notule d'histoire de Dominique Masson

    "La Seine à Buncey, un notule d'histoire de Dominique Masson

    La première mention d’un moulin date de 1325. Le duc Eudes cède à Jean de Châtillon, pour services rendus, les moulins qu’il avait à Buncey, « assis sur la rivière dessous la maison dudit Jean …ensemble la rivière banale tout ensuite comme elle se porte après ladite maison jusqu’au moulin ».

    En 1362, puis 1366, Guye de Jussey, veuve de Jean de Châtillon, fait la reprise de fief du moulin foulon et de la rivière banale, « jusqu’en amont de l’île ».

    En 1376 et 1391, c’est Girard de Ville-sur-Arce, qui fait la reprise de fief.

    C’est le seigneur du fief de la Colombière qui fut ensuite le possesseur des moulins.           

    A la Révolution, le château, le moulin, les bois et une partie des terres qui en dépendaient furent achetés par M. Maurice Bazile. La famille Bazile en fut propriétaire jusqu’en 1860.

    Le bois et le moulin furent alors acquis par M. Camus-Lapérouse, de Châtillon.

    En 1888, il y avait un moulin de commerce monté à cylindres, exploité par MM. Savel et Godrou. Aujourd’hui, moulin et scierie sont en ruine.  

     Selon les différents plans, les cours de la Seine ont varié.

    "La Seine à Buncey, un notule d'histoire de Dominique Masson

    Sur l’atlas des routes, au milieu du XVIIIe siècle, seuls sont indiqués un ruisseau, qui descend du coteau opposé, et la Seine.

    La carte de Cassini marque le moulin et un pont un peu plus loin, mais c’est relativement imprécis.

    Sur le cadastre napoléonien, précis, on voit les deux moulins et on constate que la dérivation de la Seine pour les alimenter est  plus importante que le cours naturel du fleuve.

    De petits ruisseaux se jettent dans celle-ci.

    La carte d’état-major montre bien les moulins et le pont, reliant la route de Châtillon-Dijon, à celle de Châtillon-Montbard.

    "La Seine à Buncey, un notule d'histoire de Dominique Masson

    "La Seine à Buncey, un notule d'histoire de Dominique Masson

     Il n’en est plus de même aujourd’hui ; les moulins sont en ruine et ont même disparu de la représentation topographique.

    La Seine a repris son ancien cours.

    On ne devine les petits cours d’eau que par le parcellaire résultant de la situation ancienne.

    "La Seine à Buncey, un notule d'histoire de Dominique Masson

    "La Seine à Buncey, un notule d'histoire de Dominique Masson

    Par contre, un élément nouveau est venu s’inscrire dans le paysage : le lavoir.

    Il a été construit en 1834 par le maire de l’époque.

    C’est en effet  Edmond Botot de Saint Sauveur, propriétaire de l’ancien fief de Darbois, qui devint maire de la commune en 1832.

    Sur le linteau au-dessus de la porte, on peut lire : « 1834. M. EDD Botot de Saint Sauveur, maire. M. Coiffu-Copin Nasadj».

    "La Seine à Buncey, un notule d'histoire de Dominique Masson

    La prise d’eau se fait directement dans la Seine et, afin de pallier les sautes d’humeur de celle-ci, le lavoir est doté de trois hauteurs de pierres à laver pour s’adapter au débit irrégulier du cours d’eau.

    "La Seine à Buncey, un notule d'histoire de Dominique Masson

    "La Seine à Buncey, un notule d'histoire de Dominique Masson

    Pour joindre la route Châtillon-Dijon et Châtillon-Montbard, un pont fut établi sur la Seine, à la place d’un gué encore visible.

    Il comporte trois arches et, sur l’une des piles, une croix monumentale,   car elle fait 4,05 mètres de haut, a été édifiée au XIXe siècle. 

    "La Seine à Buncey, un notule d'histoire de Dominique Masson


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  • Notule d’histoire

    Les cabanes à moutons de Coulmier-le-Sec

    Trois cabanes, avec leurs enclos, ont été inscrites, au titre des monuments historiques, le 14 novembre 2017.

    Elles sont en liaison avec la fosse, datée du XVIIIe siècle.                                     

    La première est mitoyenne de la fosse.

    Les deux autres en sont peu éloignées. Leur petite taille les a fait oublier ( ?) dans le cadastre napoléonien de 1811.

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

    Le point d’eau autour de la fosse a, semble-t-il, été connu depuis longtemps.

    Des silex et des morceaux de poteries ont été retrouvés alentour.

    Au XVIIIe siècle, Coulmier était un village assez prospère, qui comptait environ 300 habitants.

    Sur ces plateaux secs, il fallait trouver de l’eau et l’élevage du mouton était l’une des grandes activités.

    Ces trois enclos permettaient de regrouper la nuit les troupeaux et l’eau n’était pas loin.

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

    La construction de ces enclos est soignée. On récupérait les pierres alentour pour obtenir un savant assemblage de pierres de taille variée.                                                                            

    Mais ce qui est surtout remarquable, c’est la construction des cabanes.

    Chacune est composée seulement d’une petite pièce, avec une porte et une petite ouverture.      

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

    La construction de la cheminée a été fort soignée, en particulier pour le conduit en pierre extérieur.

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

     Mais la prouesse architecturale tient dans la couverture, faite de laves en encorbellement ; une pierre plate ferme le tout.

    De ces trois cabanes, seulement une est entretenue, servant à un apiculteur.

                                                                                                                      

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

    (Dominique Masson)


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  • Notule d’histoire

     

    Les « fosses » du Châtillonnais

     

    Ce patrimoine-là représente une illustration des astuces et de l’ingéniosité des personnes qui nous ont précédées pour rechercher de l’eau. Et ces ouvrages-là sont aussi un moyen pour nous donner des idées, ou nous faire comprendre l’importance de ces sujets d’environnement 

     ainsi s’exprime Dominique Jouffroy, architecte du patrimoine.                                                                       

    C’est que, sur les plateaux calcaires du châtillonnais, l’eau est rare, comme le rappelle l’adjectif accolé au nom de certains villages : Fontaine-les-Sèches, Coulmier-le-Sec ou Ampilly-le-Sec.

    Aussi, de tout temps, l’homme, pour pouvoir vivre là, a dû chercher par tous les moyens à retenir l’eau, au moyen de citernes recueillant l’eau de ruissellement ou celle de sources intermittentes.

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    A Coulmier, au point le plus élevé du territoire, au lieu-dit le Haut des Roches, mais dans un creux du plateau, à 1400 mètres du village, les hommes ont aménagé un bassin, de 9,80 m de diamètre et de 4,50 m de profondeur.

    Il est soigneusement appareillé, la partie supérieure du mur étant couverte par des chaperons en forme de chapeau de gendarme, bien travaillés et appareillés.                                 

    On y descend par un escalier tournant de vingt marches mais, arrivé au bas, on trouve un palier et une nouvelle envolée de marches plus larges entrant directement dans l’eau de la fosse.          

    Selon les recherches faites par mademoiselle Françoise Vignier, ancienne directrice des Archives de la Côte d’Or, cette fosse a été construite vers 1730, à l’initiative des habitants du lieu ; l’adjudicataire des travaux était Antoine Febvre, marchand à Chemin d’Aisey, fils du maître de forges de Chamesson, mais possédant des terres à Coulmier.

    En 1734, Nicolas Verniquet, arpenteur royal et architecte, accompagné d’Edmé Magnien, habitant, formule dans un procès-verbal son avis sur l’exécution de la fosse et du puits. 

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    L’alimentation en eau s’effectue par une source intermittente, selon la pluviométrie.

    Si le niveau aujourd’hui est peu important, il n’en était pas de même autrefois ; en août 1734, peu de jours après la visite des experts, une femme s’y noya et les anciens du village se rappelaient avoir vu de l’eau jusqu’en haut des marches.

    Certaines pierres de couvrement des murs sont percées de trous, suggérant un système de puisage de l’eau.                                                                                                 Au cours des décennies suivantes, furent installées autour de la fosse jusqu’à une quinzaine de lavoirs individuels, en pierre, monolithes, que les habitants souhaitèrent, en 1788, voir abrités sous une halle ; ceci n’eut, semble-t-il, pas de suite.

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     Cette fosse a suscité beaucoup d’interrogations.

    C’était un lieu pour la lessive, mais aussi pour abreuver les troupeaux de moutons.

    On a pu penser aussi que c’était un rouissoir à chanvre. Mais le mystère reste encore grand.

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    A côté de cette fosse, on trouve également un puits, à sec, abrité sous un élégant édicule circulaire, coiffé d’une voûte en pierres savamment taillées.

    Il est peu profond et sa destination reste également mystérieuse.

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Fosse et puits ont été inscrits, au titre des monuments historiques, le 14 novembre 2017.

    Une autre « fosse » se trouve à Nesle.

    Celle-ci est située en dehors du village, sur le plateau, à 301 mètres d’altitude, le long d’un chemin blanc (elle est indiquée comme mare sur la carte IGN).

    De forme également ronde, elle a un diamètre équivalent à la fosse de Coulmier, mais semble moins profonde.

    Cette fosse n’a pas été restaurée. La partie supérieure des murs était couverte par des dalles plates, taillées en courbe pour épouser la forme de la fosse.

    Des marches, droites, permettaient d’accéder à l’eau. Elle serait d’origine plus récente, selon mademoiselle Vignier.

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Un autre creux, moins profond, existait non loin, à l’intersection de l’ancien chemin de Nesle à Etais et de la route de Nesle à Puits ; il reste encore un peu d’eau au fond.

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    D’autres formes de « fosses », plus réduites, existent également.

    Le château de Bon-Espoir, sur la commune d’Aisey-le-Duc,  a été construit au XVIIIe siècle.

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Devant l’allée d’arbres qui mène au château, se trouve une petite « fosse », construite de la même façon que celle de Coulmier, en plus petit, avec un fond empierré.

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Il n’y a pas de margelle et un plan incliné, en pierre, mène vers l’eau. Cette fosse devait servir pour le bétail ou les chevaux (pédiluve).

    Elle doit être alimentée par les eaux de ruissellement.

     Une autre façon de recueillir l’eau de ruissellement se voit à la mare de la ferme Darbois, sur la commune de Buncey (277 mètres).

    C’est une cuvette, concave, formée d’énormes pierres, parfaitement assemblées et jointoyées.

    Elle servait pour abreuver les ovins de la ferme de Bellevue et les bovins de la ferme Darbois.

    Elle a  été restaurée en 2006.

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    (Dominique Masson)

    Un grand merci à Dominique Masson, dont les notules intéressent les lecteurs du Châtillonnais...mais aussi de nombreux lecteurs beaucoup plus éloignés....

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     

     


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  • Notule d’histoire châtillonnaise

    De mystérieuses croix percées

     La première croix percée se rencontre à Charrey-sur-Seine.

    Elle provient de l’ancien cimetière qui entourait l’église, supprimé en 1879. La croix fut placée alors le long d’un chemin.

    Elle a été de nouveau déplacée et érigée en bordure d’un petit square, le long de la rue de la Pierre Percée. Elle daterait du XIVe siècle.                                                     

    Elle a été inscrite, au titre des monuments historiques, par arrêté du 7 décembre 1925.

    "De mystérieuses croix percées", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     A la base, se trouve un socle en pierre, rectangulaire, dans lequel le fût, en plusieurs parties, vient s’encastrer.

    Un boudin fait la transition entre le fût et le socle.

    Au sommet, on trouve quatre quarts  de cercle, accolés inversement dans un losangeou un carré, laissant en leur centre un évidement.

    Chaque arc est souligné par un trait creusé dans la pierre, ne se rejoignant pas, mais ménageant, aux extrémités, un petit triangle entre les deux arcs.   

    Cette croix était réputée guérir de diverses maladies les enfants que l’on faisait passer par l’évidement.

    Il fallait sûrement avoir une échelle, la croix mesurant environ trois mètres de haut.

    "De mystérieuses croix percées", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "De mystérieuses croix percées", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    De telles croix, bien que rares, se rencontrent ailleurs en France, à l’époque romane; celle de Pluneret, dans le Morbihan, en granit, est datée du XIIIe siècle.

    Aucune légende n’y est associée, même si certains ont voulu voir, dans la croix percée de Neaufles-Saint-Martin (Eure), une croix templière.

    Cette dernière date de la deuxième moitié du XIIe siècle.

    "De mystérieuses croix percées", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    La deuxième croix est plus énigmatique; c’est celle de Semond.  

    Elle ne semble pas avoir été déplacée et se trouve actuellement au milieu des bois.

    "De mystérieuses croix percées", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "De mystérieuses croix percées", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    On l'appelle "la croix percée" ou "la belle croix".

    Les éléments constituant cette croix sont un peu différents de ceux de la croix de Charrey.       

    L’ensemble est monolithe. Le fût de la colonne est carré, avec côtés chanfreinés; ces chanfreins s’arrêtent à la partie inférieure et supérieure du fût.

    La partie supérieure est constituée de la croix évidée.

    La partie inférieure est encastrée dans une dalle horizontale rectangulaire.                 

    L’ensemble se trouve au début de la rupture de pente du plateau, sur une petite terrasse aménagée horizontalement, à un kilomètre de Semond. Elle daterait du XIVe siècle.                            

    Elle a été inscrite, au titre des monuments historiques, le 10 novembre 1925.

    "De mystérieuses croix percées", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Pour certains, les pointes tronquées laisseraient à penser qu’il pourrait s’agir de la récupération d’un élément architectural préexistant; mais les pointes sont sculptées en arrondis, et ne semblent pas pouvoir se raccorder à d’autres éléments.

    Plusieurs légendes sont attachées à cette croix.

    Pour certains, afin de guérir les enfants malades de certaines maladies, on les faisait passer par l’évidement de la croix.

    C’est plus facile qu’à Charrey, la croix ne mesurant qu’environ deux mètres.

    Pour d’autres, ils prétendent que, les soirs de pleine lune, il fallait y passer dix fois de suite pour vaincre les maux de ventre.

    Enfin, il y a ceux qui pensent qu’elle matérialiserait la tombe d’un soldat romain ou encore d’une religieuse, ou bien que la croix sanctifie une motte qui passe pour druidique.                

    C’est dans ces parages que fut martyrisé saint Florentin, avec Hilaire et Aphrodise.   

    L’accès à cette croix est balisé.

    Sur la route D 101, de Villaines-en-Duesmois à Semond, sur sa droite (parking à gauche), on voit deux poteaux avec des indications (Bouchot des Roches, altitude 390 m.).

    Il faut suivre les indications de celui qui indique la croix percée ; le parcours est balisé en traits bleus horizontaux.

    La distance jusqu’à la croix est de 4 km, A/R (on peut continuer sur la route goudronnée et trouver un chemin plus court, - 1 km, A/R-, mais le poteau est peu visible de la route).

    On marche les trois quarts du temps sur le ballast de l’ancienne voie du « tacot », et l’on rencontre de temps en temps de petits ouvrages d’art, permettant à l’eau de s’écouler en dessous.

    Ensuite, un chemin plus mauvais, bifurquant à droite, mais sur une courte distance, vous emmène jusqu’à la croix.

    Ces formes de croix évidées sont peut-être à rapprocher à de semblables, mais sculptées sur des pierres tombales, comme en l’église de Bure-les-Templiers.

    "De mystérieuses croix percées", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "De mystérieuses croix percées", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    (Dominique Masson)

    Merci à Dominique Masson pour ses notules si intéressants sur l'Histoire du Châtillonnais.

    D'autres, tout aussi passionnants suivront, pour le plus grand plaisir des lecteurs....


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  • Un passionnant "Notule d’histoire" de Dominique Masson sur :

    La révolte du lanturlu de Dijon

    En 1630 La revue « Les Annales de Bourgogne »a consacré son tome 91 (3-4 2019) à cette révolte qui a marqué profondément les esprits au XVIIe siècle, à Dijon, car étant l’une des plus importantes révoltes populaires sous l’Ancien Régime, même s’il y eut d’autres mouvements urbains dans la première moitié du XVIIIe siècle au royaume de France.

    Comme dans la plupart des cas, le motif principal est d’ordre fiscal.

    Devenu duc de Bourgogne en 1467, Charles le téméraire avait voulu reconstituer l’ancienne Lotharingie en reliant tous ses domaines néerlandais aux domaines bourguignons et il chercha à s’entendre avec l’empereur d’Allemagne en vue d’obtenir une éventuelle couronne.

    Mais les bourguignons étaient mal perçus et s’attirèrent l’hostilité des suisses qui, avec les troupes lorraines, battirent Charles et le tuèrent au siège de Nancy, en 1477.

    La Bourgogne fut alors divisée en deux, avec une partie amenée par la fille héritière du duc, Marie de Bourgogne, mariée à Maximilien d’Autriche, qui apporte aux Habsbourg le comté de Bourgogne (la Franche-Comté) ainsi que les Pays-Bas bourguignons, et de l’autre le duché de Bourgogne, que le roi de France Louis XI rattache définitivement à la France.

    Mais, dans le duché de Bourgogne, à côté du duc, se trouvaient les Etats, institution composée de représentants des trois « ordres », apparue vers 1350.

    Ils étaient chargés d’examiner les demandes d’impositions extraordinaires émises par le duc de Bourgogne, pouvant les accorder, les refuser ou les amender.

    En 1477, après la mort de Charles le Téméraire, ils surent négocier la soumission du duché auprès de Louis XI, et obtinrent le privilège qui subordonnait la levée des impôts à leur consentement.

    Ils devinrent les garants et les défenseurs de ces privilèges.

    Au siècle suivant, ces Etats se transformeront en une commission de gouvernement provincial disposant d’un véritable budget, « consentant » à l’impôt, et capable de s’opposer, pour le bien de la province, aux exigences gouvernementales émises par les ministres ou les intendants.

    Leur rôle essentiel fut, tout au long de l’Ancien Régime, de négocier le montant de l’impôt avec les commissaires ou intendants royaux, d’en assurer la répartition par paroisses et d’en contrôler la collecte.

    La Bourgogne ne fut pas la seule à bénéficier de ce régime ; d’autres provinces, entrées tardivement dans le royaume de France, avaient aussi gardé leurs états provinciaux, et donc un peu d’indépendance.

    Ces provinces furent appelées provinces d’Etat, par opposition à celles où les états avaient été supprimés et où le roi, par l’intermédiaire de son représentant, répartissait les impôts (il existait aussi les pays d’imposition, dépendant de la seule autorité du roi).

    En Bourgogne les états sont réunis tous les trois ans pour voter le tribut au roi.

    Il se nomme le « don gratuit », pléonasme qui marque le caractère volontaire du geste.

    En fait, le marchandage était fictif et la somme était dictée par le roi à travers le contrôleur général des finances.

    Par contre, ce sont les états de Bourgogne qui ont toujours voulu assurer le recouvrement et le maniement de l’impôt.

    Les décisions des Etats étaient exécutées par les élus. Ceux-ci comprenaient sept membres : un représentant du clergé, un de la noblesse et deux du tiers état, plus l’élu du roi et deux de la Chambre des Comptes.

    Ils étaient assistés du personnel des bureaux et du trésorier des états de Bourgogne. A l’échelon inférieur, se trouvait le personnel proprement dédié au maniement de l’argent : les receveurs particuliers dans chaque bailliage.

    Il y avait 34 subdélégations, dont une à Châtillon.

    Au niveau local, la province est divisée en feux, à rapprocher des foyers fiscaux ; la répartition des sommes à payer au niveau de ces feux est faite par des habitants des communautés élus, les asséeurs, responsables sur leurs biens. Ils doivent être au moins 4 et sont défrayés pour le travail fourni.

    "La révolte du Lanturlu", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Le roi Louis XIII, aidé par son ministre, le cardinal de  Richelieu, cherche, en ce début du XVIIe siècle, à assurer l‘autorité royale, la soumission fiscale (il faut assurer les dépenses de la guerre de Trente Ans)  et le renforcement de l’absolutisme, au détriment des libertés provinciales.

    Le roi Henri II avait déjà tenté d’instaurer six élections en 1554 en Bourgogne, en vain.  

    Louis XIII veut refaire une tentative.

    En Dauphiné, les Etats provinciaux furent suspendus en 1628 et, à partir de 1630, un intendant vint représenter directement le pouvoir royal dans la province.          

    La royauté voulut faire la même chose en Bourgogne.

    Par un édit de juin 1629, Richelieu décida d’imposer à la Bourgogne, pays d’Etat, un régime administratif de pays d’élections : « Nous avons par ce présent édit perpétuel et irrévocable, créé, érigé et établi en l’étendue de notre pays et généralité de Bourgogne , dix sièges et bureaux d’élections sur le fait et justice de nos aides, tailles, taillon, subsides, impositions et autres levées généralement quelconques, dont la connaissance appartient à nos officiers des autres élections de notre royaume, et qui leur sont attribués par nos édits, ordonnances, arrêts et règlements depuis intervenus. Lesquels sièges et bureaux d’élections seront établis, à savoir en nos villes Dijon, Chalon, Beaune, Semur, Autun, Avallon, Auxonne, Châtillon, Nuits et Charolles… ».

    Pour Châtillon, il était prévu l’installation : «  d’un conseiller président élu, aux gages de quatre cents livres, cinquante livres de taxation ordinaires, cinquante livres de droits et chevauchées ; d’un conseiller lieutenant élu ; d’un conseiller lieutenant élu ; d’un conseiller premier élu assesseur civil et criminel ; de quatre autres conseillers élus et trois conseillers contrôleurs élus, aux gages de trois cents livres chacun, et mêmes droits que le président en ladite élection ; d’un conseiller avocat, aux gages de cent cinquante livres, cinquante livres de taxations ordinaires ; d’un conseiller et procureur pour nous, aux mêmes gages et droits ; de deux conseillers receveurs alternatifs et triennal des aides , tailles, taillon et autres levées,payeurs des gages et droits des officiers de ladite élection, aux gages chacun de six cents livres, tant en année d’exercice que hors icelui, et de six deniers pour livre de taxations en hérédité de tout le maniement qu’ils auront en l’année de leur exercice ; de trois greffiers héréditaires et trois maîtres clercs ancien, alternatif et triennal ; un greffier des affirmations , un garde des petits sceaux, et deux commissaires des tailles en ladite élection, aux mêmes gages et droits héréditaires et attributions que les quatre officiers de pareille nature en l’élection de Dijon ; de deux huissiers audienciers avec pouvoir d’exploiter tous actes de justice dans l’étendue de notre royaume aux droits ordinaires à gages de vingt livres chacun ; de deux sergents en ladite élection, avec le même pouvoir d’exploiter par tout le royaume, aux gages de dix livres chacun ; de quatre procureurs postulants en ladite élection, sans gages ». 

     Dès novembre 1629, les députés des trois ordres se saisissent de cet édit des élections et vont estimer que le projet était préjudiciable à Dijon et à la province ; le maire de la ville adressa une lettre en ce sens aux échevins.

    Mais la Chambre des Comptes, favorable au pouvoir royal, soutint cette réforme.

    La première décision des élus, sans attendre la réunion à venir des Etats, fut d’user de leur faculté de remontrance au roi, lui montant combien cette décision était désavantageuse à la province et contraire à ses privilèges.

    Ils députent auprès du roi des représentants de trois ordres : Claude de la Magdeleine, évêque d’Autun, avec Blondeau, abbé d’Oigny et Fleutelot, prieur ; Henry de Saulx-Tavannes, avec les seigneurs de Rabutin et de Barnay ; et le maire de Dijon, le vierg d’Autun et le trésorier de France ; mais cette délégation n’aura aucun effet.

    "La révolte du Lanturlu", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Les vignerons estimèrent être les premiers concernés par le nouvel édit, car les éventuels nouveaux impôts porteraient sur le vin ; jusqu’à présent, le vin n’était taxé que lorsqu’il était exporté hors de la Bourgogne, pas à l’intérieur.                                                                          Les événements débutent le 27 février, car le bruit court que la Chambre des Comptes va approuver la réforme.

    Une cinquantaine de personnes défile joyeusement et fait du tapage tard dans la nuit.

    Mais, le lendemain, les vignerons s’attroupent, avec à leur tête Anatoire Changenet.

    Les manifestants défilent en chantant « lanturlelu », mot composé de  « la » + « turelure », onomatopée employée dans certains refrains de chansons populaires, d’après le nom d’un instrument de musique désignant une cornemuse, un flageolet.

    C’était devenu le refrain d’une chanson qui se moquait de Richelieu, indiquant, soit un refus, soit une réponse évasive (on disait : c’est toujours la même turelure : c’est toujours la même chose).

    Ces manifestants brûlent un portrait du roi et vont saccager sept maisons de notables,  appartenant à la Chambre des Comptes ou représentant le pouvoir.

    La rébellion reprend le Ier mars, mais le commandant Mirebeau fait tirer sur les mutins ; il y aura une dizaine de morts (Anatoire Changenet sera jugé en mars 1631).

    Louis XII, alors en visite à Troyes, se rendit à Dijon le 26 avril 1630.

    Les dijonnais ayant fait leur soumission, le roi leur pardonna, mais leur imposa de lourdes sanctions, près de 150 000 livres.

    Le nouveau gouverneur, Henri II de bourbon-Condé, obtint, le 26 mars 1631, la révocation de l’édit d’élection, le rétablissement des privilèges de Dijon et l’élection des échevins dans leur forme antérieure, ainsi que la prééminence des Etats sur la Chambre des Comptes et le Parlement.         

    Cette grâce peut s’expliquer par l’indifférence des bourguignons lors de la chevauchée de Gaston d’Orléans, en mars 1631, en révolte contre son frère le roi.

    Ce dernier vit que  les dirigeants de la Bourgogne étaient en mesure de contrôler la province en sa faveur.

    Il faut aussi évoquer le réseau des relations des échevins, pouvant plaider auprès du roi.

    Enfin, la Bourgogne restait une place avancée devant la Comté, aux mains du roi d’Espagne.

    Et, en France, tout se termine par une chanson :

    Le roy nostre Sir        

    Pour bonnes raisons 

      Que l'on n'ose dire  

        Et que nous taisons

         Nous a fait deffence 

       De chanter Lanturelu   


    Lanturlu, lanturllu, lanturlu, lanturlure 
                                                                                                           (« Lettres et autres œuvres de monsieur de Voiture ; 1687)

     

                                            (Dominique Masson)


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  •  Dominique Masson, Historien, propose aux lecteurs de ce blog des "notules d'Histoire" qui nous révèlent, ou rappellent, des événements intéressants qui ont eu lieu dans le Châtillonnais.

    Aujourd'hui il nous présente quelques commémorations  qui devraient avoir lieu en 2020, merci à lui et à son érudition !

    Les commémorations en 2020

    L’Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Dijon a fait paraître les célébrations de Bourgogne pour cette année 2020. Voici quelques-unes des dates retenues pour le Châtillonnais :

    1720 : année de naissance de Bossu. 

     Jean Bernard Bossu est né le 29 septembre 1720 à Baigneux-les-Juifs, d’une famille de médecins.

    Mais il préfère être, d’abord officier d’infanterie, puis officier de marine et sera à ce titre envoyé à la garnison de la Nouvelle-Orléans.

    Il va ensuite explorer le long du fleuve Mississippi et rencontrer les populations amérindiennes qui vivent sur ses rives.

    Il se lie d’amitié avec la tribu des Arkansas, qui le reconnaît pour guerrier et pour chef.

    Au printemps  de 1757, il retourne en France. Il fait un deuxième voyage en 1759 mais, déçu de ne pas être nommé à un commandement, il manifeste son désaccord, ce qui le fait embastiller lors de son retour en France, en 1759.

    Cependant le roi Louis XV le réhabilite, lui accorde une pension de capitaine et le décore de l’ordre de la Croix de Saint-Louis. Il effectuera un troisième voyage en 1770 et sera e retour en France en août 1771 

    De son premier long séjour, il tire : Nouveaux Voyages aux Indes Occidentales ; Contenant une Relation des différents Peuples qui habitent les environs du grand Fleuve Saint-Louis, appelé vulgairement le Mississippi; leur religion ; leur gouvernement ; leurs mœurs ; leurs guerres et leur commerce.

    Edité à Paris en 1768, ce livre d’ethnologie eut un succès considérable ; rapidement, il y eut quatre éditions successives à Paris et Amsterdam, en français, puis en hollandais (1769), en anglais (1771), en allemand (1771-1774), et en russe (1783).  

     Au retour de son troisième voyage, il publia en 1777, à Amsterdam, Nouveaux Voyages dans l'Amérique septentrionale contenant une collection de lettres de l'auteur à son ami.            

      Il habitait une partie de l’année à Auxerre. C’est en se rendant de cette ville à Aisey-le-Duc qu’il mourut à Montbard, le 4 mai 1792, et où il fut enterré le lendemain.

    "Les commémorations en 2020", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    1770 : année de naissance de Rolle.  

    Pierre Nicolas Rolle est né à Châtillon le 17 juillet 1770. Descendant du mathématicien Michel Rolle, dont un théorème porte son nom, il fut reçu avocat en 1789.

    Il exerça jusqu’en 1792, mais s’enrôla ensuite dans une compagnie faisant partie des colonnes infernales.

    Elève à l’Ecole Normale et ayant abandonné la carrière militaire, il devint ensuite directeur adjoint de l’Ecole centrale des Travaux publics (future Ecole polytechnique).

    Il devient aussi collaborateur à la Revue philosophique, au Mercure de France et à la Revue encyclopédique.

    Bibliophile, il est nommé en 1810 bibliothécaire de la Ville de Paris. Il sera aussi conservateur de la bibliothèque de Châtillon.

    Il obtient le prix de l’Académie des inscriptions et belles-lettres pour un mémoire sur la mythologie et les religions antiques. Il en tirera, en 1824, un ouvrage en trois volumes, Recherches sur le culte de Bacchus.   

    Il avait fait l’acquisition, en 1796, de la forge et du fourneau de Voulaines-les-Templiers, conjointement avec François Ligeret, de Dijon. Il la revendit, avant 1807, à son beau-frère, Richard Claude Cousturier.                             

     Membre de la Société phylotechnique de Paris, président de l’Académie des antiquaires de France, il fut aussi, en l’an IV et V (1795-1797), conseiller général de Côte d’Or et maire de Chaume-les-Baigneux du 10 novembre 1831 à janvier 1852.

    C’est là qu’il décède, le 23 août 1855.

    "Les commémorations en 2020", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    1820 : année de naissance de Ronot.   

     Charles Ronot est né à Belan-sur-Ource le 28 mai 1820.

    Après des études au collège de Châtillon, il étudie le droit à Dijon et à Paris. Il passe sa thèse de droit en 1842, mais préfère ensuite faire carrière comme peintre.

    Elève d’Auguste-Barthélémy Glaize, il devient professeur de peinture, puis, directeur de l’école municipale de dessin à Châtillon ; il deviendra ensuite inspecteur de l’enseignement des beaux-arts à Dijon, en 1878, et enfin directeur de l’école des beaux-arts de Dijon en 1880. 

     Peintre essentiellement de scènes historiques, il participe aux salons parisiens à partir de 1857 (il se verra décerner une médaille en 1876 et 1878). Le 5 mars 1887, il est nommé membre correspondant de l’Académie des Beaux-Arts. Ses œuvres se trouvent dans de nombreux musées français, dont le Louvre.

    Dans le châtillonnais, on trouve deux tableaux d’autel (Saint Côme et Damien ; la Vierge à l’Enfant ; 1852) dans l’église de Brémur-et-Vaurois ; et, dans l’église de Grancey-sur-Ource, deux tableaux (le martyre de saint Quentin, 1848, et la Résurrection du Christ, 1849), ainsi qu’une partie des tableaux du chemin de croix (le Baptême du Christ, dans l’église de Villiers-le-Duc, pourrait être également de lui).  

    Une rue à Dijon et une à Châtillon portent son nom. Il meurt à Dijon, le 21 janvier 1895.

    "Les commémorations en 2020", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    1920 : année de naissance de Michel Sordel.

    Michel Sordel est né à Aubepierre-sur-Aube, en Haute-Marne, le 11 novembre 1920.

    Ingénieur agronome en 1943, il enseigne aux agriculteurs tout en participant à la Résistance.

    Après-guerre, il s’installe à la ferme de la Pidance à Châtillon ; il œuvre à la relance de l’agriculture en Côte d’Or en étant élu, en 1961, président des magasins et silos de Châtillon.

    Il sera ensuite président de la chambre départementale de la Côte d’Or, vice-président de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture et, de 1970 à 1971, membre du Conseil économique et social. 

    Elu maire de Châtillon en 1965, il devient également sénateur de la Côte d’Or en 1971 (Républicain indépendant, il rejoint en 1977 le groupe sénatorial de l’Union des Républicains et des Indépendants).

    Tout au long de son mandat, il prend une part active aux travaux de la commission des affaires économiques et du Plan.

    Il consacre l'essentiel de son activité parlementaire à des études très spécialisées sur les problèmes de la filière agricole, notamment en étant plusieurs fois rapporteur sur le projet de budget consacré à l’agriculture, sur la loi d’orientation agricole, sur les questions de réglementation foncière ou sur la loi relative à la pharmacie vétérinaire.

    Il intervient aussi dans des commissions chargées de préparer des projets de loi concernant l’agriculture.    

     A côté de ses fonctions politiques, il est président de l'Union nationale des coopératives de céréales de 1974 à 1990, vice-président la confédération française de la coopération agricole, et il siège entre 1977 et 1989 au Conseil supérieur de la coopération, regroupant les représentants de coopératives, d'administrations et du Parlement.

    Nommé membre de l'Académie d'Agriculture en octobre 1972 (il en sera président en 1992), il sera fait chevalier de la Légion d'honneur, officier du Mérite agricole, maire honoraire de Châtillon-sur-Seine et sénateur honoraire de Côte-d'Or.     

    Il décède le 23 février 1994, à Châtillon-sur-Seine. L’hôpital de la ville porte son nom.

    "Les commémorations en 2020", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    On peut également évoquer le décès, en 1770, de Jean-Antoine Caristie.                                        

    Il est né à Borgogesia, dans le Piémont italien, en 1719. Ayant émigré, il s’installe à Dijon et se fait naturaliser.

    Architecte de talent, ses constructions sont de style classique, présentant un caractère simple et élégant. On trouve de ses constructions aussi bien en Bourgogne (casernes d’Auxonne, châteaux, etc.) qu’à Langres (façade de la cathédrale). 

      Il construisit également plusieurs églises, dont celle de Beneuvre, en 1765-1766. Elle est en croix latine à un seul vaisseau, et d’architecture traditionnelle de « style italien ».

    "Les commémorations en 2020", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Des événements sont aussi à célébrer.

     1870-1871 : la guerre franco-prussienne

    Le 2 septembre 1870, Napoléon III, empereur des Français, capitule à Sedan, face aux troupes du roi de Prusse, Guillaume Ier. En France, la République est proclamée le 4 septembre. Dès lors, l’avancée des troupes ennemies en direction de Paris est inexorable. Des volontaires, mobiles et francs-tireurs, ne peuvent empêcher que l’Yonne et la Côte d’Or soient envahies dès le début de novembre 1870.                   

    Le ministre de l’Intérieur et de la Guerre, Léon Gambetta, confie à Giuseppe Garibaldi, qui a offert ses services à la France, le commandement de tous les corps francs de la zone des Vosges.

    Le 11 novembre, il organise l’armée des Vosges, sous le commandement de ses deux fils, Menotti et Ricciotti.

    C’est ce dernier qui attaquera les troupes prussiennes à Châtillon (« la surprise de Châtillon »), le 19 novembre.

    Le 21 janvier 1871, Garibaldi pourra entrer provisoirement à Dijon.

    Malgré un armistice signé le 28 janvier 1871 entre Jules Favre et Otto von Bismarck, la Côte d’Or n’est pas concernée et restera soumise à l’occupant.

    Le traité de paix sera signé à Francfort-sur-le-Main, le 10 mai 1871, la France étant soumise à de très lourdes indemnités.

    Une exposition sur la guerre de 1870 et la « surprise de Châtillon » se tiendra du 7 au 15 novembre 2020, à la mairie de Châtillon.

    "Les commémorations en 2020", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    On peut rajouter à cette liste les inondations de 1910

    Pendant 15 mois, presque continuellement, les pluies n’avaient cessé de tomber sur la région châtillonnaise.

    La Seine déborda les 11 et 12 septembre, à une époque où, normalement, le lit était presque à sec.

    Des pluies diluviennes s’abattirent du 16 au 18 janvier 1910, gonflant aussi bien la Seine que ses affluents.

    La conséquence, ce furent les inondations des 19, 20 et 21 janvier dans le Châtillonnais. Paris et sa région furent inondés du 20 au 23 janvier. Le 28 janvier, la Seine à Paris atteignit son maximum historique (8, 68 m). On circula en barque.    

     Dans le Châtillonnais, une seconde crue intervint les 7 et 8 février.

    Si les dégâts humains le long de la Seine ont été faibles, ceux matériels seront considérables. Il faudra plus d’un mois pour que le fleuve retrouve son débit normal.

    "Les commémorations en 2020", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "Les commémorations en 2020", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    (Dominique Masson)

                                                                                                    


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  •  Notule d’histoire châtillonnaise

    La famille Eiffel et le châtillonnais

     Gustave Eiffel a été à l’honneur en 2019, avec des manifestations et un film en cours de tournage sur sa vie.

    Le nom d’origine de la famille n’est pas Eiffel, mais Bonickhausen et, pendant longtemps, il sera écrit : « dit Eiffel » ; ce n’est que le premier avril 1879, par décret, que Gustave obtiendra officiellement le droit de ne plus faire état de Bonickhausen dans les textes officiels.

    La famille Eiffel et le Châtillonnais

    Aux origines, il y a un bourgeois né près de Cologne, dans le Saint Empire Germanique, en 1680, mais qui va fuir les guerres et s’établir en France, vers 1700. Dans son désir de s’assimiler, il va adopter un prénom français (Jean René, au lieu de Guillaume Henri) et fonder un foyer à Paris.

    L’un de ses descendants, François-Alexandre, va s’engager, à 16 ans, pendant la période révolutionnaire, comme volontaire dans le Régiment des Hussards de Bercheny, et participe aux campagnes d’Eugène de Beauharnais en Italie.

    Après la chute de l’Empire, il se réengage, faute de mieux, comme simple soldat et mène une vie végétative, de garnison en garnison. C’est ainsi qu’il se retrouve cantonné à Dijon, où il rencontre la fille d’un marchand de bois, Catherine-Mélanie Moneuse, qu’il épouse le 23 novembre 1824.

    Celle-ci va pousser son mari à prendre un poste à la sous-intendance militaire de Dijon puis à la préfecture ; le jeune ménage s’installe quai Nicolas-Rolin, chez les parents Moneuse. 

    Mais, à la mort du père de Mélanie, en 1831, Alexandre rejoint sa femme pour la seconder dans son négoce et celle-ci se lance dans le commerce d’un combustible très demandé, le charbon, auquel elle ajoute le coke, le bois et le gaz.

    En 1833, elle devient entrepositaire des mines de Blanzy, en Saône et Loire, et travaille aussi avec celle de Rive-de-Gier, dans le département de la Loire, grâce à l’ouverture complète du canal de Bourgogne, en 1832.

    En 1836, comme l’ouverture de la voie ferrée d’Epinac au canal permet à la Compagnie d’Epinac de baisser fortement ses prix, Mélanie Moneuse-Bonickhausen passe une convention avec elle, pour fournir les industries de Bourgogne en charbon et coke de meilleure qualité, à des prix plus intéressants, et dans des délais de transport désormais plus courts que ceux de Blanzy[i].

    Elle fournit, entre autre, les forges de Montbard et de Châtillon-Sainte Colombe, qui sont des clients importants ; plus de six mille cinq cent mesures, soit quatre bateaux de charbon, leurs sont destinés, par mois (le charbon est vendu 1,95 F l’hectolitre à Montbard).

    Elle fournit également la forge de Chenecières ; en 1834, les frères Lapérouse acquirent les lieux et y installèrent des laminoirs, en renforçant le bief et en substituant au bois la houille d’Epinac, vendu par Mélanie Eiffel.Pour gérer les 30 000 tonnes de charbon qui arrivent au port de Dijon, l’entreprise Eiffel doit, dès 1839, déployer une logistique importante; pour cela, elle possède deux péniches pour faciliter le transport et organise le déchargement, le stockage et la vente du charbon.

    C’est sûrement lors de l’un de ses voyages d’affaire que Mélanie a repéré le jeune régisseur du fourneau de Châtillon. Car, en 1845, Joseph Maître a construit un fourneau à la place de la papeterie, avec une machine à vapeur. Au recensement de 1846, le régisseur est J.B Mailfert (26 ans) mais, au recensement de 1851, le régisseur est Joseph Collin (26 ans).

     [i] Gustave Eiffel pourra écrire, dans sa Généalogie : « La Haute Marne avec ses hauts-fourneaux de création récente, venaient s’alimenter en houille d’Epinac au port du canal de Dijon dont des chargements importants partaient chaque jour. Ma mère se tourna délibérément de ce côté et obtint d’être entrepositaire unique de ces mines pour Dijon et pour les régions voisines telles que la Haute-Marne ». Les houillères d’Epinac sont à l’époque considérées comme les plus remarquables du bassin d’Autun.

    La famille Eiffel et le Châtillonnais

    Le 15 décembre 1832, naît Gustave Eiffel ; il sera baptisé en la cathédrale Saint Bénigne, mais mis rapidement en nourrice.

    Marie naîtra en 1834 et Laure le 23 mars 1836.

    En 1843, ayant amassé un capital appréciable, le couple Eiffel-Bonickhausen se retira des affaires et vendit son fond de commerce. Pour Gustave, il est en pension chez sa grand-mère. Mais, l’inactivité semblant peser au couple, Alexandre devint comptable pour un marchand de bière, Edouard Regneau, lequel leur consentit la location du Castel, rue des Moulins, au milieu d’un vaste parc.

     Quant à Gustave, après des études dijonnaises, ayant son baccalauréat ès Lettres et ès Sciences en poche, il part à Paris en 1850 s’inscrire au collège Sainte Barbe, qui prépare à l’Ecole polytechnique. Mais, en 1852, il ne sera pas sur la liste des admis ; par contre, il peut entrer à l’Ecole centrale des arts et manufactures. C’est là que Gustave va se former à l’art de l’ingénieur. Son diplôme en poche, en 1855, il est en quête d’une situation. Sa mère fait alors pression sur son gendre, Joseph Collin.

    Car Mélanie a fait épouser sa seconde fille, Laure, avec l’une de ses relations d’affaire, Joseph Collin, directeur du haut fourneau de Châtillon. Né le 7 avril 1825, celui-ci est le fils d’Antoine Honoré Charles Collin, horloger à Châtillon, et d’Anne Thierry[i]. Le 23 octobre 1854, il a épousé à Dijon Laure Bonickhausen.

     [i] Antoine Honoré Charles Collin est né à Laignes, le 12 juillet 1802 ; il se marie à Châtillon le 5 juillet 1824 et décède à Châtillon le 5 juillet 1866. Anne est née à Châtillon le 21 avril 1806 (Collin s’était remarié à Claudine Sebille)

    La famille Eiffel et le Châtillonnais

    C’est là que sa mère envoie Gustave, espérant que son fils trouve sa voie. Il semble y être resté de septembre 1855 à janvier 1856.

    Mais Gustave écrira : « Il est constant que je n’entends pas grand-chose à la métallurgie». Surtout, il s’accorde du bon temps chez sa sœur, profitant des confitures de coing : « Je suis toujours dans une période d’engraissement. Je ne sais où cela s’arrêtera ». Ce ne sont pas les filles de Châtillon qui l’attirent, car elles ont des airs de « jardinières endimanchées » et une « dindonnerie sans pareille ».

    Ce qui l’amuse, ce sont les parties de chasse avec son beau-frère, dans les bois de Villers-Patras, où ils s’amusent à débusquer le lièvre et à tirer les alouettes ; « toutes les courses en plein soleil et cette activité m’ont donné plus de couleurs que je n’en ai jamais eu, je suis bruni comme un soldat d’Afrique »[i]. Ainsi, « je passe agréablement mes journées ici à ne rien faire »[ii].

    Mais tout a une fin pour Gustave, sa sœur accouche d’une petite fille, Josèphe Mélanie Jeanne, le 26 janvier 1856, et sa mère l’envoie à Paris, chez l’ingénieur Charles Nepveu, « constructeur de machines à vapeur, outils, forges, chaudronnerie, tôlerie, matériel fixe et roulant pour chemins de fer »,  puis il sera embauché comme ingénieur à la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest et ensuite chez un industriel belge, François Pauwels.

    Souhaitant avoir un ménage, Gustave Eiffel va épouser, le 8 juillet 1862, à Dijon, Marie Gaudelet, petite fille du brasseur qui employait son père. Nommé à la tête des ateliers de Clichy, propriété de la Compagnie Pauwels, le couple va s’installer dans cette ville. Alors qu’il vient d’être père d’une petite Claire, le 19 août 1863, il accueille chez lui sa plus jeune sœur, Laure, atteinte d’une tumeur à la gorge qui la mine, afin qu’elle soit mieux soignée.

    Sa fille, Jeanne, est recueillie par ses grands-parents, au Castel, tandis que son mari est trop occupé au fourneau de Châtillon. C’est chez Gustave que Laure s’éteindra, entourée de son frère et de son mari, le 11 août 1864.

    Elle sera enterrée à Dijon.Au foyer Eiffel naîtra, le 16 octobre de la même année, une deuxième fille, prénommée Laure en souvenir de la sœur disparue.

     [i] Lettres de septembre et octobre 1855

    [ii] Lettre du 8 janvier 1856

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    Gustave va se conduire, envers sa famille, comme un patriarche, tour à tour bienveillant et autoritaire.

    Vis-à-vis de sa nièce, Jeanne, orpheline, c’est lui qui prendra en charge son éducation, mais celle-ci, d’un caractère assez difficile, est ballotée entre ses grands-parents à Dijon et Levallois, où habite désormais Gustave. Finalement, c’est lui qui lui choisira un mari, Lucien Dupain, un polytechnicien, qu’elle épousera en 1875 à Levallois[i]

    En ce qui concerne ses beaux-frères, Gustave n’est pas tendre. Marie a épousé Armand Hussonmorel, employé à la comptabilité à la Compagnie Pauwels. Mais, comme il va faire des malversations bancaires et dépenser les 45 000 francs de la dot de sa femme ; après un conseil de famille, Armand sera poussé à prendre un bateau pour New-York et à se faire oublier[ii].                                                

    En ce qui concerne son autre beau-frère, Joseph Collin, lui aussi connaîtra des problèmes après la mort de sa femme. Incapable de s’occuper de sa fille, lui aussi va dilapider les 45 000 francs de la dot de sa femme et sera contraint de quitter le fourneau de Châtillon.

    Après un essai pour être négociant à Châtillon, Gustave va le faire travailler pour lui à partir de 1873. Il l’accompagnera dans ses voyages et l’enverra diriger les chantiers à Chinon puis, plus tard, au Portugal, pour la construction du pont Maria Pia, à Porto.

    Mais le contremaître n’en veut plus. C’est probablement à cette date qu’il va s’occuper d’une briqueterie. Cependant, Gustave fait de temps en temps appel à lui : entre avril et décembre 1884, Joseph est dépêché au Portugal, dans l’espoir de faire avancer les réclamations lors de la liquidation de la société Eiffel-Seyrig ; en juillet 1888, il intervient pour la maison Eiffel de Levallois-Perret, lors de l’attribution de construction de passerelles démontables dans Paris pour l’exposition universelle ; et, en janvier 1889, il aide Gustave à rassembler de la documentation pour le discours que ce dernier doit faire, lors de son élection à la présidence de la Société des ingénieurs civils[iii].

    Rentier et retiré à Laignes, rue des moulins, il décède le 19 mai 1890.

     [i] Elle aura un fils, Raoul ; dans le testament de Gustave Eiffel, il doit recevoir 50 000 francs

    [ii] Né à Dôle le 2 janvier 1827, il décède à New-York le 4 avril 1871. Marie se remariera à Albert Hénocque en 1872

    [iii] Selon la brochure : « travaux scientifiques exécutés à la tour de 300 mètres, de 1889 à 1900 ; Eiffel ; Paris, 1900 », Joseph et les responsables du bureau de dessin auraient reçu, en1889,  une médaille commémorative attribuée à tous ceux ayant pris part à la construction de la tour

    La famille Eiffel et le Châtillonnais

    Gustave Eiffel a aussi travaillé avec un autre châtillonnais, Louis Cailletet, la Tour permettant, après l’exposition universelle de 1889, des études scientifiques et justifiant, aux yeux du public parisien, l’utilité de la tour.

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    En 1892, Cailletet et Colardeau étudièrent la chute des corps à partir d’une plate-forme de la tour :

    « Il n’y a jamais eu jusqu’ici qu’un très petit nombre d’expériences exécutées sur la chute libre des corps dans l’air, en tenant compte de la résistance que l’air oppose à leur mouvement. Un de nos savants les plus éminents, M L. Cailletet … a entrepris, avec la collaboration d’un physicien des plus distingués, M.E. Colardeau, une série d’expériences à ce sujet… La résistance de l’air intéresse les ingénieurs de chemins de fer en ce qui concerne la marche des trains, les marins pour la marche des navires ; son étude est la base du problème de la direction des ballons et de celui de l’aviation… M.M Cailletet et Colardeau ont pensé que la Tour Eiffel offrait les conditions les plus avantageuses pour entreprendre les expériences les plus complètes sur la chute des corps et la résistance de l’air, en permettant les mouvements rectilignes. Un laboratoire a été installé à la seconde plate-forme de la Tour. Il renferme les appareils d’expérience et de mesures, et offre une colonne d’air de 120 mètres de hauteur, pour la chute des corps. L’installation de ce laboratoire est due à M. Eiffel, notre grand ingénieur, que l’on trouve toujours prêt à patronner les entreprises de l’intelligence, et à contribuer aux progrès de la science » ( La Nature, 9 juillet  1892).        

    La brochure, « travaux scientifiques exécutés à la tour de 300 mètres de 1889 à 1900 », transcrit le discours prononcé par Gustave Eiffel à la conférence Scienta, le 13 avril 1889.

    Il remerciait tous ceux qui l’avaient encouragé à construire sa tour :« il y a quelques jours, j’en recevais de précieux témoignages dans une ascension à la plate-forme de 300 mètres que je faisais avec MM. Mascart, Cornu et Cailletet[i]. Sur cette étroite hune, qui semble isolée dans l’espace, nous étions ensemble pris d’admiration devant ce vaste horizon, d’une régularité de ligne presque semblable à celle de la mer, et surtout devant l’énorme coupole céleste qui semble s’y appuyer et dont la dimension inusitée donne une sensation inoubliable d’un espace libre immense, tout baigné de lumière, sans premiers plans et comme en plein ciel…Sans parler d’autres nombreuses expériences que beaucoup entrevoient, M. Cailletet me permettra de vous dire qu’il étudie en ce moment un grand manomètre à mercure avec lequel on pourra réaliser avec précision des pressions allant jusqu’à 400 atmosphères ».

    Ce manomètre fut inauguré le 2 avril 1891 et son installation, servant de mesure étalon pour la fabrication de tous les manomètres industriels, eut un retentissement international.

     

    [i] Eleuthère Mascart, physicien (1837-1908), membre de l’académie des Sciences ; Alfred Cornu, physicien (1841-1902), membre de l’académie des Sciences

    La famille Eiffel et le Châtillonnais

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    (DominiqueMasson)

    Bibliographie :                                                                                                                                         Bermond Daniel : Gustave Eiffel ; Perrin ; 2002                                                                                   Brunet Véronique : Mélanie Eiffel, mère et femme d’entreprise moderne en Bourgogne ; Editions du Revermont ; 2019                                                                                                                              Carmona Michel : Eiffel ; Fayard ; 2002

    [1] Gustave Eiffel pourra écrire, dans sa Généalogie : « La Haute Marne avec ses hauts-fourneaux de création récente, venaient s’alimenter en houille d’Epinac au port du canal de Dijon dont des chargements importants partaient chaque jour. Ma mère se tourna délibérément de ce côté et obtint d’être entrepositaire unique de ces mines pour Dijon et pour les régions voisines telles que la Haute-Marne ». Les houillères d’Epinac sont à l’époque considérées comme les plus remarquables du bassin d’Autun.

    [1] Antoine Honoré Charles Collin est né à Laignes, le 12 juillet 1802 ; il se marie à Châtillon le 5 juillet 1824 et décède à Châtillon le 5 juillet 1866. Anne est née à Châtillon le 21 avril 1806 (Collin s’était remarié à Claudine Sebille)

    [1] Lettres de septembre et octobre 1855

    [1] Lettre du 8 janvier 1856

    [1] Elle aura un fils, Raoul ; dans le testament de Gustave Eiffel, il doit recevoir 50 000 francs

    [1] Né à Dôle le 2 janvier 1827, il décède à New-York le 4 avril 1871. Marie se remariera à Albert Hénocque en 1872

    [1] Selon la brochure : « travaux scientifiques exécutés à la tour de 300 mètres, de 1889 à 1900 ; Eiffel ; Paris, 1900 », Joseph et les responsables du bureau de dessin auraient reçu, en1889,  une médaille commémorative attribuée à tous ceux ayant pris part à la construction de la tour

    [1] Eleuthère Mascart, physicien (1837-1908), membre de l’académie des Sciences ; Alfred Cornu, physicien (1841-1902), membre de l’académie des Sciences

     

     

     

     


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