•  Notule d’histoire châtillonnaise

    La famille Eiffel et le châtillonnais

     Gustave Eiffel a été à l’honneur en 2019, avec des manifestations et un film en cours de tournage sur sa vie.

    Le nom d’origine de la famille n’est pas Eiffel, mais Bonickhausen et, pendant longtemps, il sera écrit : « dit Eiffel » ; ce n’est que le premier avril 1879, par décret, que Gustave obtiendra officiellement le droit de ne plus faire état de Bonickhausen dans les textes officiels.

    La famille Eiffel et le Châtillonnais

    Aux origines, il y a un bourgeois né près de Cologne, dans le Saint Empire Germanique, en 1680, mais qui va fuir les guerres et s’établir en France, vers 1700. Dans son désir de s’assimiler, il va adopter un prénom français (Jean René, au lieu de Guillaume Henri) et fonder un foyer à Paris.

    L’un de ses descendants, François-Alexandre, va s’engager, à 16 ans, pendant la période révolutionnaire, comme volontaire dans le Régiment des Hussards de Bercheny, et participe aux campagnes d’Eugène de Beauharnais en Italie.

    Après la chute de l’Empire, il se réengage, faute de mieux, comme simple soldat et mène une vie végétative, de garnison en garnison. C’est ainsi qu’il se retrouve cantonné à Dijon, où il rencontre la fille d’un marchand de bois, Catherine-Mélanie Moneuse, qu’il épouse le 23 novembre 1824.

    Celle-ci va pousser son mari à prendre un poste à la sous-intendance militaire de Dijon puis à la préfecture ; le jeune ménage s’installe quai Nicolas-Rolin, chez les parents Moneuse. 

    Mais, à la mort du père de Mélanie, en 1831, Alexandre rejoint sa femme pour la seconder dans son négoce et celle-ci se lance dans le commerce d’un combustible très demandé, le charbon, auquel elle ajoute le coke, le bois et le gaz.

    En 1833, elle devient entrepositaire des mines de Blanzy, en Saône et Loire, et travaille aussi avec celle de Rive-de-Gier, dans le département de la Loire, grâce à l’ouverture complète du canal de Bourgogne, en 1832.

    En 1836, comme l’ouverture de la voie ferrée d’Epinac au canal permet à la Compagnie d’Epinac de baisser fortement ses prix, Mélanie Moneuse-Bonickhausen passe une convention avec elle, pour fournir les industries de Bourgogne en charbon et coke de meilleure qualité, à des prix plus intéressants, et dans des délais de transport désormais plus courts que ceux de Blanzy[i].

    Elle fournit, entre autre, les forges de Montbard et de Châtillon-Sainte Colombe, qui sont des clients importants ; plus de six mille cinq cent mesures, soit quatre bateaux de charbon, leurs sont destinés, par mois (le charbon est vendu 1,95 F l’hectolitre à Montbard).

    Elle fournit également la forge de Chenecières ; en 1834, les frères Lapérouse acquirent les lieux et y installèrent des laminoirs, en renforçant le bief et en substituant au bois la houille d’Epinac, vendu par Mélanie Eiffel.Pour gérer les 30 000 tonnes de charbon qui arrivent au port de Dijon, l’entreprise Eiffel doit, dès 1839, déployer une logistique importante; pour cela, elle possède deux péniches pour faciliter le transport et organise le déchargement, le stockage et la vente du charbon.

    C’est sûrement lors de l’un de ses voyages d’affaire que Mélanie a repéré le jeune régisseur du fourneau de Châtillon. Car, en 1845, Joseph Maître a construit un fourneau à la place de la papeterie, avec une machine à vapeur. Au recensement de 1846, le régisseur est J.B Mailfert (26 ans) mais, au recensement de 1851, le régisseur est Joseph Collin (26 ans).

     [i] Gustave Eiffel pourra écrire, dans sa Généalogie : « La Haute Marne avec ses hauts-fourneaux de création récente, venaient s’alimenter en houille d’Epinac au port du canal de Dijon dont des chargements importants partaient chaque jour. Ma mère se tourna délibérément de ce côté et obtint d’être entrepositaire unique de ces mines pour Dijon et pour les régions voisines telles que la Haute-Marne ». Les houillères d’Epinac sont à l’époque considérées comme les plus remarquables du bassin d’Autun.

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    Le 15 décembre 1832, naît Gustave Eiffel ; il sera baptisé en la cathédrale Saint Bénigne, mais mis rapidement en nourrice.

    Marie naîtra en 1834 et Laure le 23 mars 1836.

    En 1843, ayant amassé un capital appréciable, le couple Eiffel-Bonickhausen se retira des affaires et vendit son fond de commerce. Pour Gustave, il est en pension chez sa grand-mère. Mais, l’inactivité semblant peser au couple, Alexandre devint comptable pour un marchand de bière, Edouard Regneau, lequel leur consentit la location du Castel, rue des Moulins, au milieu d’un vaste parc.

     Quant à Gustave, après des études dijonnaises, ayant son baccalauréat ès Lettres et ès Sciences en poche, il part à Paris en 1850 s’inscrire au collège Sainte Barbe, qui prépare à l’Ecole polytechnique. Mais, en 1852, il ne sera pas sur la liste des admis ; par contre, il peut entrer à l’Ecole centrale des arts et manufactures. C’est là que Gustave va se former à l’art de l’ingénieur. Son diplôme en poche, en 1855, il est en quête d’une situation. Sa mère fait alors pression sur son gendre, Joseph Collin.

    Car Mélanie a fait épouser sa seconde fille, Laure, avec l’une de ses relations d’affaire, Joseph Collin, directeur du haut fourneau de Châtillon. Né le 7 avril 1825, celui-ci est le fils d’Antoine Honoré Charles Collin, horloger à Châtillon, et d’Anne Thierry[i]. Le 23 octobre 1854, il a épousé à Dijon Laure Bonickhausen.

     [i] Antoine Honoré Charles Collin est né à Laignes, le 12 juillet 1802 ; il se marie à Châtillon le 5 juillet 1824 et décède à Châtillon le 5 juillet 1866. Anne est née à Châtillon le 21 avril 1806 (Collin s’était remarié à Claudine Sebille)

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    C’est là que sa mère envoie Gustave, espérant que son fils trouve sa voie. Il semble y être resté de septembre 1855 à janvier 1856.

    Mais Gustave écrira : « Il est constant que je n’entends pas grand-chose à la métallurgie». Surtout, il s’accorde du bon temps chez sa sœur, profitant des confitures de coing : « Je suis toujours dans une période d’engraissement. Je ne sais où cela s’arrêtera ». Ce ne sont pas les filles de Châtillon qui l’attirent, car elles ont des airs de « jardinières endimanchées » et une « dindonnerie sans pareille ».

    Ce qui l’amuse, ce sont les parties de chasse avec son beau-frère, dans les bois de Villers-Patras, où ils s’amusent à débusquer le lièvre et à tirer les alouettes ; « toutes les courses en plein soleil et cette activité m’ont donné plus de couleurs que je n’en ai jamais eu, je suis bruni comme un soldat d’Afrique »[i]. Ainsi, « je passe agréablement mes journées ici à ne rien faire »[ii].

    Mais tout a une fin pour Gustave, sa sœur accouche d’une petite fille, Josèphe Mélanie Jeanne, le 26 janvier 1856, et sa mère l’envoie à Paris, chez l’ingénieur Charles Nepveu, « constructeur de machines à vapeur, outils, forges, chaudronnerie, tôlerie, matériel fixe et roulant pour chemins de fer »,  puis il sera embauché comme ingénieur à la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest et ensuite chez un industriel belge, François Pauwels.

    Souhaitant avoir un ménage, Gustave Eiffel va épouser, le 8 juillet 1862, à Dijon, Marie Gaudelet, petite fille du brasseur qui employait son père. Nommé à la tête des ateliers de Clichy, propriété de la Compagnie Pauwels, le couple va s’installer dans cette ville. Alors qu’il vient d’être père d’une petite Claire, le 19 août 1863, il accueille chez lui sa plus jeune sœur, Laure, atteinte d’une tumeur à la gorge qui la mine, afin qu’elle soit mieux soignée.

    Sa fille, Jeanne, est recueillie par ses grands-parents, au Castel, tandis que son mari est trop occupé au fourneau de Châtillon. C’est chez Gustave que Laure s’éteindra, entourée de son frère et de son mari, le 11 août 1864.

    Elle sera enterrée à Dijon.Au foyer Eiffel naîtra, le 16 octobre de la même année, une deuxième fille, prénommée Laure en souvenir de la sœur disparue.

     [i] Lettres de septembre et octobre 1855

    [ii] Lettre du 8 janvier 1856

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    Gustave va se conduire, envers sa famille, comme un patriarche, tour à tour bienveillant et autoritaire.

    Vis-à-vis de sa nièce, Jeanne, orpheline, c’est lui qui prendra en charge son éducation, mais celle-ci, d’un caractère assez difficile, est ballotée entre ses grands-parents à Dijon et Levallois, où habite désormais Gustave. Finalement, c’est lui qui lui choisira un mari, Lucien Dupain, un polytechnicien, qu’elle épousera en 1875 à Levallois[i]

    En ce qui concerne ses beaux-frères, Gustave n’est pas tendre. Marie a épousé Armand Hussonmorel, employé à la comptabilité à la Compagnie Pauwels. Mais, comme il va faire des malversations bancaires et dépenser les 45 000 francs de la dot de sa femme ; après un conseil de famille, Armand sera poussé à prendre un bateau pour New-York et à se faire oublier[ii].                                                

    En ce qui concerne son autre beau-frère, Joseph Collin, lui aussi connaîtra des problèmes après la mort de sa femme. Incapable de s’occuper de sa fille, lui aussi va dilapider les 45 000 francs de la dot de sa femme et sera contraint de quitter le fourneau de Châtillon.

    Après un essai pour être négociant à Châtillon, Gustave va le faire travailler pour lui à partir de 1873. Il l’accompagnera dans ses voyages et l’enverra diriger les chantiers à Chinon puis, plus tard, au Portugal, pour la construction du pont Maria Pia, à Porto.

    Mais le contremaître n’en veut plus. C’est probablement à cette date qu’il va s’occuper d’une briqueterie. Cependant, Gustave fait de temps en temps appel à lui : entre avril et décembre 1884, Joseph est dépêché au Portugal, dans l’espoir de faire avancer les réclamations lors de la liquidation de la société Eiffel-Seyrig ; en juillet 1888, il intervient pour la maison Eiffel de Levallois-Perret, lors de l’attribution de construction de passerelles démontables dans Paris pour l’exposition universelle ; et, en janvier 1889, il aide Gustave à rassembler de la documentation pour le discours que ce dernier doit faire, lors de son élection à la présidence de la Société des ingénieurs civils[iii].

    Rentier et retiré à Laignes, rue des moulins, il décède le 19 mai 1890.

     [i] Elle aura un fils, Raoul ; dans le testament de Gustave Eiffel, il doit recevoir 50 000 francs

    [ii] Né à Dôle le 2 janvier 1827, il décède à New-York le 4 avril 1871. Marie se remariera à Albert Hénocque en 1872

    [iii] Selon la brochure : « travaux scientifiques exécutés à la tour de 300 mètres, de 1889 à 1900 ; Eiffel ; Paris, 1900 », Joseph et les responsables du bureau de dessin auraient reçu, en1889,  une médaille commémorative attribuée à tous ceux ayant pris part à la construction de la tour

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    Gustave Eiffel a aussi travaillé avec un autre châtillonnais, Louis Cailletet, la Tour permettant, après l’exposition universelle de 1889, des études scientifiques et justifiant, aux yeux du public parisien, l’utilité de la tour.

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    En 1892, Cailletet et Colardeau étudièrent la chute des corps à partir d’une plate-forme de la tour :

    « Il n’y a jamais eu jusqu’ici qu’un très petit nombre d’expériences exécutées sur la chute libre des corps dans l’air, en tenant compte de la résistance que l’air oppose à leur mouvement. Un de nos savants les plus éminents, M L. Cailletet … a entrepris, avec la collaboration d’un physicien des plus distingués, M.E. Colardeau, une série d’expériences à ce sujet… La résistance de l’air intéresse les ingénieurs de chemins de fer en ce qui concerne la marche des trains, les marins pour la marche des navires ; son étude est la base du problème de la direction des ballons et de celui de l’aviation… M.M Cailletet et Colardeau ont pensé que la Tour Eiffel offrait les conditions les plus avantageuses pour entreprendre les expériences les plus complètes sur la chute des corps et la résistance de l’air, en permettant les mouvements rectilignes. Un laboratoire a été installé à la seconde plate-forme de la Tour. Il renferme les appareils d’expérience et de mesures, et offre une colonne d’air de 120 mètres de hauteur, pour la chute des corps. L’installation de ce laboratoire est due à M. Eiffel, notre grand ingénieur, que l’on trouve toujours prêt à patronner les entreprises de l’intelligence, et à contribuer aux progrès de la science » ( La Nature, 9 juillet  1892).        

    La brochure, « travaux scientifiques exécutés à la tour de 300 mètres de 1889 à 1900 », transcrit le discours prononcé par Gustave Eiffel à la conférence Scienta, le 13 avril 1889.

    Il remerciait tous ceux qui l’avaient encouragé à construire sa tour :« il y a quelques jours, j’en recevais de précieux témoignages dans une ascension à la plate-forme de 300 mètres que je faisais avec MM. Mascart, Cornu et Cailletet[i]. Sur cette étroite hune, qui semble isolée dans l’espace, nous étions ensemble pris d’admiration devant ce vaste horizon, d’une régularité de ligne presque semblable à celle de la mer, et surtout devant l’énorme coupole céleste qui semble s’y appuyer et dont la dimension inusitée donne une sensation inoubliable d’un espace libre immense, tout baigné de lumière, sans premiers plans et comme en plein ciel…Sans parler d’autres nombreuses expériences que beaucoup entrevoient, M. Cailletet me permettra de vous dire qu’il étudie en ce moment un grand manomètre à mercure avec lequel on pourra réaliser avec précision des pressions allant jusqu’à 400 atmosphères ».

    Ce manomètre fut inauguré le 2 avril 1891 et son installation, servant de mesure étalon pour la fabrication de tous les manomètres industriels, eut un retentissement international.

     

    [i] Eleuthère Mascart, physicien (1837-1908), membre de l’académie des Sciences ; Alfred Cornu, physicien (1841-1902), membre de l’académie des Sciences

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    (DominiqueMasson)

    Bibliographie :                                                                                                                                         Bermond Daniel : Gustave Eiffel ; Perrin ; 2002                                                                                   Brunet Véronique : Mélanie Eiffel, mère et femme d’entreprise moderne en Bourgogne ; Editions du Revermont ; 2019                                                                                                                              Carmona Michel : Eiffel ; Fayard ; 2002

    [1] Gustave Eiffel pourra écrire, dans sa Généalogie : « La Haute Marne avec ses hauts-fourneaux de création récente, venaient s’alimenter en houille d’Epinac au port du canal de Dijon dont des chargements importants partaient chaque jour. Ma mère se tourna délibérément de ce côté et obtint d’être entrepositaire unique de ces mines pour Dijon et pour les régions voisines telles que la Haute-Marne ». Les houillères d’Epinac sont à l’époque considérées comme les plus remarquables du bassin d’Autun.

    [1] Antoine Honoré Charles Collin est né à Laignes, le 12 juillet 1802 ; il se marie à Châtillon le 5 juillet 1824 et décède à Châtillon le 5 juillet 1866. Anne est née à Châtillon le 21 avril 1806 (Collin s’était remarié à Claudine Sebille)

    [1] Lettres de septembre et octobre 1855

    [1] Lettre du 8 janvier 1856

    [1] Elle aura un fils, Raoul ; dans le testament de Gustave Eiffel, il doit recevoir 50 000 francs

    [1] Né à Dôle le 2 janvier 1827, il décède à New-York le 4 avril 1871. Marie se remariera à Albert Hénocque en 1872

    [1] Selon la brochure : « travaux scientifiques exécutés à la tour de 300 mètres, de 1889 à 1900 ; Eiffel ; Paris, 1900 », Joseph et les responsables du bureau de dessin auraient reçu, en1889,  une médaille commémorative attribuée à tous ceux ayant pris part à la construction de la tour

    [1] Eleuthère Mascart, physicien (1837-1908), membre de l’académie des Sciences ; Alfred Cornu, physicien (1841-1902), membre de l’académie des Sciences

     

     

     

     


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  •  Dominique Masson, Historien, propose aux lecteurs de ce blog des "notules d'Histoire" qui nous révèlent, ou rappellent, des événements intéressants qui ont eu lieu dans le Châtillonnais.

    Aujourd'hui il nous présente quelques commémorations  qui devraient avoir lieu en 2020, merci à lui et à son érudition !

    Les commémorations en 2020

    L’Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Dijon a fait paraître les célébrations de Bourgogne pour cette année 2020. Voici quelques-unes des dates retenues pour le Châtillonnais :

    1720 : année de naissance de Bossu. 

     Jean Bernard Bossu est né le 29 septembre 1720 à Baigneux-les-Juifs, d’une famille de médecins.

    Mais il préfère être, d’abord officier d’infanterie, puis officier de marine et sera à ce titre envoyé à la garnison de la Nouvelle-Orléans.

    Il va ensuite explorer le long du fleuve Mississippi et rencontrer les populations amérindiennes qui vivent sur ses rives.

    Il se lie d’amitié avec la tribu des Arkansas, qui le reconnaît pour guerrier et pour chef.

    Au printemps  de 1757, il retourne en France. Il fait un deuxième voyage en 1759 mais, déçu de ne pas être nommé à un commandement, il manifeste son désaccord, ce qui le fait embastiller lors de son retour en France, en 1759.

    Cependant le roi Louis XV le réhabilite, lui accorde une pension de capitaine et le décore de l’ordre de la Croix de Saint-Louis. Il effectuera un troisième voyage en 1770 et sera e retour en France en août 1771 

    De son premier long séjour, il tire : Nouveaux Voyages aux Indes Occidentales ; Contenant une Relation des différents Peuples qui habitent les environs du grand Fleuve Saint-Louis, appelé vulgairement le Mississippi; leur religion ; leur gouvernement ; leurs mœurs ; leurs guerres et leur commerce.

    Edité à Paris en 1768, ce livre d’ethnologie eut un succès considérable ; rapidement, il y eut quatre éditions successives à Paris et Amsterdam, en français, puis en hollandais (1769), en anglais (1771), en allemand (1771-1774), et en russe (1783).  

     Au retour de son troisième voyage, il publia en 1777, à Amsterdam, Nouveaux Voyages dans l'Amérique septentrionale contenant une collection de lettres de l'auteur à son ami.            

      Il habitait une partie de l’année à Auxerre. C’est en se rendant de cette ville à Aisey-le-Duc qu’il mourut à Montbard, le 4 mai 1792, et où il fut enterré le lendemain.

    "Les commémorations en 2020", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    1770 : année de naissance de Rolle.  

    Pierre Nicolas Rolle est né à Châtillon le 17 juillet 1770. Descendant du mathématicien Michel Rolle, dont un théorème porte son nom, il fut reçu avocat en 1789.

    Il exerça jusqu’en 1792, mais s’enrôla ensuite dans une compagnie faisant partie des colonnes infernales.

    Elève à l’Ecole Normale et ayant abandonné la carrière militaire, il devint ensuite directeur adjoint de l’Ecole centrale des Travaux publics (future Ecole polytechnique).

    Il devient aussi collaborateur à la Revue philosophique, au Mercure de France et à la Revue encyclopédique.

    Bibliophile, il est nommé en 1810 bibliothécaire de la Ville de Paris. Il sera aussi conservateur de la bibliothèque de Châtillon.

    Il obtient le prix de l’Académie des inscriptions et belles-lettres pour un mémoire sur la mythologie et les religions antiques. Il en tirera, en 1824, un ouvrage en trois volumes, Recherches sur le culte de Bacchus.   

    Il avait fait l’acquisition, en 1796, de la forge et du fourneau de Voulaines-les-Templiers, conjointement avec François Ligeret, de Dijon. Il la revendit, avant 1807, à son beau-frère, Richard Claude Cousturier.                             

     Membre de la Société phylotechnique de Paris, président de l’Académie des antiquaires de France, il fut aussi, en l’an IV et V (1795-1797), conseiller général de Côte d’Or et maire de Chaume-les-Baigneux du 10 novembre 1831 à janvier 1852.

    C’est là qu’il décède, le 23 août 1855.

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    1820 : année de naissance de Ronot.   

     Charles Ronot est né à Belan-sur-Ource le 28 mai 1820.

    Après des études au collège de Châtillon, il étudie le droit à Dijon et à Paris. Il passe sa thèse de droit en 1842, mais préfère ensuite faire carrière comme peintre.

    Elève d’Auguste-Barthélémy Glaize, il devient professeur de peinture, puis, directeur de l’école municipale de dessin à Châtillon ; il deviendra ensuite inspecteur de l’enseignement des beaux-arts à Dijon, en 1878, et enfin directeur de l’école des beaux-arts de Dijon en 1880. 

     Peintre essentiellement de scènes historiques, il participe aux salons parisiens à partir de 1857 (il se verra décerner une médaille en 1876 et 1878). Le 5 mars 1887, il est nommé membre correspondant de l’Académie des Beaux-Arts. Ses œuvres se trouvent dans de nombreux musées français, dont le Louvre.

    Dans le châtillonnais, on trouve deux tableaux d’autel (Saint Côme et Damien ; la Vierge à l’Enfant ; 1852) dans l’église de Brémur-et-Vaurois ; et, dans l’église de Grancey-sur-Ource, deux tableaux (le martyre de saint Quentin, 1848, et la Résurrection du Christ, 1849), ainsi qu’une partie des tableaux du chemin de croix (le Baptême du Christ, dans l’église de Villiers-le-Duc, pourrait être également de lui).  

    Une rue à Dijon et une à Châtillon portent son nom. Il meurt à Dijon, le 21 janvier 1895.

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    1920 : année de naissance de Michel Sordel.

    Michel Sordel est né à Aubepierre-sur-Aube, en Haute-Marne, le 11 novembre 1920.

    Ingénieur agronome en 1943, il enseigne aux agriculteurs tout en participant à la Résistance.

    Après-guerre, il s’installe à la ferme de la Pidance à Châtillon ; il œuvre à la relance de l’agriculture en Côte d’Or en étant élu, en 1961, président des magasins et silos de Châtillon.

    Il sera ensuite président de la chambre départementale de la Côte d’Or, vice-président de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture et, de 1970 à 1971, membre du Conseil économique et social. 

    Elu maire de Châtillon en 1965, il devient également sénateur de la Côte d’Or en 1971 (Républicain indépendant, il rejoint en 1977 le groupe sénatorial de l’Union des Républicains et des Indépendants).

    Tout au long de son mandat, il prend une part active aux travaux de la commission des affaires économiques et du Plan.

    Il consacre l'essentiel de son activité parlementaire à des études très spécialisées sur les problèmes de la filière agricole, notamment en étant plusieurs fois rapporteur sur le projet de budget consacré à l’agriculture, sur la loi d’orientation agricole, sur les questions de réglementation foncière ou sur la loi relative à la pharmacie vétérinaire.

    Il intervient aussi dans des commissions chargées de préparer des projets de loi concernant l’agriculture.    

     A côté de ses fonctions politiques, il est président de l'Union nationale des coopératives de céréales de 1974 à 1990, vice-président la confédération française de la coopération agricole, et il siège entre 1977 et 1989 au Conseil supérieur de la coopération, regroupant les représentants de coopératives, d'administrations et du Parlement.

    Nommé membre de l'Académie d'Agriculture en octobre 1972 (il en sera président en 1992), il sera fait chevalier de la Légion d'honneur, officier du Mérite agricole, maire honoraire de Châtillon-sur-Seine et sénateur honoraire de Côte-d'Or.     

    Il décède le 23 février 1994, à Châtillon-sur-Seine. L’hôpital de la ville porte son nom.

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    On peut également évoquer le décès, en 1770, de Jean-Antoine Caristie.                                        

    Il est né à Borgogesia, dans le Piémont italien, en 1719. Ayant émigré, il s’installe à Dijon et se fait naturaliser.

    Architecte de talent, ses constructions sont de style classique, présentant un caractère simple et élégant. On trouve de ses constructions aussi bien en Bourgogne (casernes d’Auxonne, châteaux, etc.) qu’à Langres (façade de la cathédrale). 

      Il construisit également plusieurs églises, dont celle de Beneuvre, en 1765-1766. Elle est en croix latine à un seul vaisseau, et d’architecture traditionnelle de « style italien ».

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    Des événements sont aussi à célébrer.

     1870-1871 : la guerre franco-prussienne

    Le 2 septembre 1870, Napoléon III, empereur des Français, capitule à Sedan, face aux troupes du roi de Prusse, Guillaume Ier. En France, la République est proclamée le 4 septembre. Dès lors, l’avancée des troupes ennemies en direction de Paris est inexorable. Des volontaires, mobiles et francs-tireurs, ne peuvent empêcher que l’Yonne et la Côte d’Or soient envahies dès le début de novembre 1870.                   

    Le ministre de l’Intérieur et de la Guerre, Léon Gambetta, confie à Giuseppe Garibaldi, qui a offert ses services à la France, le commandement de tous les corps francs de la zone des Vosges.

    Le 11 novembre, il organise l’armée des Vosges, sous le commandement de ses deux fils, Menotti et Ricciotti.

    C’est ce dernier qui attaquera les troupes prussiennes à Châtillon (« la surprise de Châtillon »), le 19 novembre.

    Le 21 janvier 1871, Garibaldi pourra entrer provisoirement à Dijon.

    Malgré un armistice signé le 28 janvier 1871 entre Jules Favre et Otto von Bismarck, la Côte d’Or n’est pas concernée et restera soumise à l’occupant.

    Le traité de paix sera signé à Francfort-sur-le-Main, le 10 mai 1871, la France étant soumise à de très lourdes indemnités.

    Une exposition sur la guerre de 1870 et la « surprise de Châtillon » se tiendra du 7 au 15 novembre 2020, à la mairie de Châtillon.

    "Les commémorations en 2020", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    On peut rajouter à cette liste les inondations de 1910

    Pendant 15 mois, presque continuellement, les pluies n’avaient cessé de tomber sur la région châtillonnaise.

    La Seine déborda les 11 et 12 septembre, à une époque où, normalement, le lit était presque à sec.

    Des pluies diluviennes s’abattirent du 16 au 18 janvier 1910, gonflant aussi bien la Seine que ses affluents.

    La conséquence, ce furent les inondations des 19, 20 et 21 janvier dans le Châtillonnais. Paris et sa région furent inondés du 20 au 23 janvier. Le 28 janvier, la Seine à Paris atteignit son maximum historique (8, 68 m). On circula en barque.    

     Dans le Châtillonnais, une seconde crue intervint les 7 et 8 février.

    Si les dégâts humains le long de la Seine ont été faibles, ceux matériels seront considérables. Il faudra plus d’un mois pour que le fleuve retrouve son débit normal.

    "Les commémorations en 2020", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "Les commémorations en 2020", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    (Dominique Masson)

                                                                                                    


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  • Un passionnant "Notule d’histoire" de Dominique Masson sur :

    La révolte du lanturlu de Dijon

    En 1630 La revue « Les Annales de Bourgogne »a consacré son tome 91 (3-4 2019) à cette révolte qui a marqué profondément les esprits au XVIIe siècle, à Dijon, car étant l’une des plus importantes révoltes populaires sous l’Ancien Régime, même s’il y eut d’autres mouvements urbains dans la première moitié du XVIIIe siècle au royaume de France.

    Comme dans la plupart des cas, le motif principal est d’ordre fiscal.

    Devenu duc de Bourgogne en 1467, Charles le téméraire avait voulu reconstituer l’ancienne Lotharingie en reliant tous ses domaines néerlandais aux domaines bourguignons et il chercha à s’entendre avec l’empereur d’Allemagne en vue d’obtenir une éventuelle couronne.

    Mais les bourguignons étaient mal perçus et s’attirèrent l’hostilité des suisses qui, avec les troupes lorraines, battirent Charles et le tuèrent au siège de Nancy, en 1477.

    La Bourgogne fut alors divisée en deux, avec une partie amenée par la fille héritière du duc, Marie de Bourgogne, mariée à Maximilien d’Autriche, qui apporte aux Habsbourg le comté de Bourgogne (la Franche-Comté) ainsi que les Pays-Bas bourguignons, et de l’autre le duché de Bourgogne, que le roi de France Louis XI rattache définitivement à la France.

    Mais, dans le duché de Bourgogne, à côté du duc, se trouvaient les Etats, institution composée de représentants des trois « ordres », apparue vers 1350.

    Ils étaient chargés d’examiner les demandes d’impositions extraordinaires émises par le duc de Bourgogne, pouvant les accorder, les refuser ou les amender.

    En 1477, après la mort de Charles le Téméraire, ils surent négocier la soumission du duché auprès de Louis XI, et obtinrent le privilège qui subordonnait la levée des impôts à leur consentement.

    Ils devinrent les garants et les défenseurs de ces privilèges.

    Au siècle suivant, ces Etats se transformeront en une commission de gouvernement provincial disposant d’un véritable budget, « consentant » à l’impôt, et capable de s’opposer, pour le bien de la province, aux exigences gouvernementales émises par les ministres ou les intendants.

    Leur rôle essentiel fut, tout au long de l’Ancien Régime, de négocier le montant de l’impôt avec les commissaires ou intendants royaux, d’en assurer la répartition par paroisses et d’en contrôler la collecte.

    La Bourgogne ne fut pas la seule à bénéficier de ce régime ; d’autres provinces, entrées tardivement dans le royaume de France, avaient aussi gardé leurs états provinciaux, et donc un peu d’indépendance.

    Ces provinces furent appelées provinces d’Etat, par opposition à celles où les états avaient été supprimés et où le roi, par l’intermédiaire de son représentant, répartissait les impôts (il existait aussi les pays d’imposition, dépendant de la seule autorité du roi).

    En Bourgogne les états sont réunis tous les trois ans pour voter le tribut au roi.

    Il se nomme le « don gratuit », pléonasme qui marque le caractère volontaire du geste.

    En fait, le marchandage était fictif et la somme était dictée par le roi à travers le contrôleur général des finances.

    Par contre, ce sont les états de Bourgogne qui ont toujours voulu assurer le recouvrement et le maniement de l’impôt.

    Les décisions des Etats étaient exécutées par les élus. Ceux-ci comprenaient sept membres : un représentant du clergé, un de la noblesse et deux du tiers état, plus l’élu du roi et deux de la Chambre des Comptes.

    Ils étaient assistés du personnel des bureaux et du trésorier des états de Bourgogne. A l’échelon inférieur, se trouvait le personnel proprement dédié au maniement de l’argent : les receveurs particuliers dans chaque bailliage.

    Il y avait 34 subdélégations, dont une à Châtillon.

    Au niveau local, la province est divisée en feux, à rapprocher des foyers fiscaux ; la répartition des sommes à payer au niveau de ces feux est faite par des habitants des communautés élus, les asséeurs, responsables sur leurs biens. Ils doivent être au moins 4 et sont défrayés pour le travail fourni.

    "La révolte du Lanturlu", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Le roi Louis XIII, aidé par son ministre, le cardinal de  Richelieu, cherche, en ce début du XVIIe siècle, à assurer l‘autorité royale, la soumission fiscale (il faut assurer les dépenses de la guerre de Trente Ans)  et le renforcement de l’absolutisme, au détriment des libertés provinciales.

    Le roi Henri II avait déjà tenté d’instaurer six élections en 1554 en Bourgogne, en vain.  

    Louis XIII veut refaire une tentative.

    En Dauphiné, les Etats provinciaux furent suspendus en 1628 et, à partir de 1630, un intendant vint représenter directement le pouvoir royal dans la province.          

    La royauté voulut faire la même chose en Bourgogne.

    Par un édit de juin 1629, Richelieu décida d’imposer à la Bourgogne, pays d’Etat, un régime administratif de pays d’élections : « Nous avons par ce présent édit perpétuel et irrévocable, créé, érigé et établi en l’étendue de notre pays et généralité de Bourgogne , dix sièges et bureaux d’élections sur le fait et justice de nos aides, tailles, taillon, subsides, impositions et autres levées généralement quelconques, dont la connaissance appartient à nos officiers des autres élections de notre royaume, et qui leur sont attribués par nos édits, ordonnances, arrêts et règlements depuis intervenus. Lesquels sièges et bureaux d’élections seront établis, à savoir en nos villes Dijon, Chalon, Beaune, Semur, Autun, Avallon, Auxonne, Châtillon, Nuits et Charolles… ».

    Pour Châtillon, il était prévu l’installation : «  d’un conseiller président élu, aux gages de quatre cents livres, cinquante livres de taxation ordinaires, cinquante livres de droits et chevauchées ; d’un conseiller lieutenant élu ; d’un conseiller lieutenant élu ; d’un conseiller premier élu assesseur civil et criminel ; de quatre autres conseillers élus et trois conseillers contrôleurs élus, aux gages de trois cents livres chacun, et mêmes droits que le président en ladite élection ; d’un conseiller avocat, aux gages de cent cinquante livres, cinquante livres de taxations ordinaires ; d’un conseiller et procureur pour nous, aux mêmes gages et droits ; de deux conseillers receveurs alternatifs et triennal des aides , tailles, taillon et autres levées,payeurs des gages et droits des officiers de ladite élection, aux gages chacun de six cents livres, tant en année d’exercice que hors icelui, et de six deniers pour livre de taxations en hérédité de tout le maniement qu’ils auront en l’année de leur exercice ; de trois greffiers héréditaires et trois maîtres clercs ancien, alternatif et triennal ; un greffier des affirmations , un garde des petits sceaux, et deux commissaires des tailles en ladite élection, aux mêmes gages et droits héréditaires et attributions que les quatre officiers de pareille nature en l’élection de Dijon ; de deux huissiers audienciers avec pouvoir d’exploiter tous actes de justice dans l’étendue de notre royaume aux droits ordinaires à gages de vingt livres chacun ; de deux sergents en ladite élection, avec le même pouvoir d’exploiter par tout le royaume, aux gages de dix livres chacun ; de quatre procureurs postulants en ladite élection, sans gages ». 

     Dès novembre 1629, les députés des trois ordres se saisissent de cet édit des élections et vont estimer que le projet était préjudiciable à Dijon et à la province ; le maire de la ville adressa une lettre en ce sens aux échevins.

    Mais la Chambre des Comptes, favorable au pouvoir royal, soutint cette réforme.

    La première décision des élus, sans attendre la réunion à venir des Etats, fut d’user de leur faculté de remontrance au roi, lui montant combien cette décision était désavantageuse à la province et contraire à ses privilèges.

    Ils députent auprès du roi des représentants de trois ordres : Claude de la Magdeleine, évêque d’Autun, avec Blondeau, abbé d’Oigny et Fleutelot, prieur ; Henry de Saulx-Tavannes, avec les seigneurs de Rabutin et de Barnay ; et le maire de Dijon, le vierg d’Autun et le trésorier de France ; mais cette délégation n’aura aucun effet.

    "La révolte du Lanturlu", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Les vignerons estimèrent être les premiers concernés par le nouvel édit, car les éventuels nouveaux impôts porteraient sur le vin ; jusqu’à présent, le vin n’était taxé que lorsqu’il était exporté hors de la Bourgogne, pas à l’intérieur.                                                                          Les événements débutent le 27 février, car le bruit court que la Chambre des Comptes va approuver la réforme.

    Une cinquantaine de personnes défile joyeusement et fait du tapage tard dans la nuit.

    Mais, le lendemain, les vignerons s’attroupent, avec à leur tête Anatoire Changenet.

    Les manifestants défilent en chantant « lanturlelu », mot composé de  « la » + « turelure », onomatopée employée dans certains refrains de chansons populaires, d’après le nom d’un instrument de musique désignant une cornemuse, un flageolet.

    C’était devenu le refrain d’une chanson qui se moquait de Richelieu, indiquant, soit un refus, soit une réponse évasive (on disait : c’est toujours la même turelure : c’est toujours la même chose).

    Ces manifestants brûlent un portrait du roi et vont saccager sept maisons de notables,  appartenant à la Chambre des Comptes ou représentant le pouvoir.

    La rébellion reprend le Ier mars, mais le commandant Mirebeau fait tirer sur les mutins ; il y aura une dizaine de morts (Anatoire Changenet sera jugé en mars 1631).

    Louis XII, alors en visite à Troyes, se rendit à Dijon le 26 avril 1630.

    Les dijonnais ayant fait leur soumission, le roi leur pardonna, mais leur imposa de lourdes sanctions, près de 150 000 livres.

    Le nouveau gouverneur, Henri II de bourbon-Condé, obtint, le 26 mars 1631, la révocation de l’édit d’élection, le rétablissement des privilèges de Dijon et l’élection des échevins dans leur forme antérieure, ainsi que la prééminence des Etats sur la Chambre des Comptes et le Parlement.         

    Cette grâce peut s’expliquer par l’indifférence des bourguignons lors de la chevauchée de Gaston d’Orléans, en mars 1631, en révolte contre son frère le roi.

    Ce dernier vit que  les dirigeants de la Bourgogne étaient en mesure de contrôler la province en sa faveur.

    Il faut aussi évoquer le réseau des relations des échevins, pouvant plaider auprès du roi.

    Enfin, la Bourgogne restait une place avancée devant la Comté, aux mains du roi d’Espagne.

    Et, en France, tout se termine par une chanson :

    Le roy nostre Sir        

    Pour bonnes raisons 

      Que l'on n'ose dire  

        Et que nous taisons

         Nous a fait deffence 

       De chanter Lanturelu   


    Lanturlu, lanturllu, lanturlu, lanturlure 
                                                                                                           (« Lettres et autres œuvres de monsieur de Voiture ; 1687)

     

                                            (Dominique Masson)


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  • Notule d’histoire châtillonnaise

    De mystérieuses croix percées

     La première croix percée se rencontre à Charrey-sur-Seine.

    Elle provient de l’ancien cimetière qui entourait l’église, supprimé en 1879. La croix fut placée alors le long d’un chemin.

    Elle a été de nouveau déplacée et érigée en bordure d’un petit square, le long de la rue de la Pierre Percée. Elle daterait du XIVe siècle.                                                     

    Elle a été inscrite, au titre des monuments historiques, par arrêté du 7 décembre 1925.

    "De mystérieuses croix percées", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     A la base, se trouve un socle en pierre, rectangulaire, dans lequel le fût, en plusieurs parties, vient s’encastrer.

    Un boudin fait la transition entre le fût et le socle.

    Au sommet, on trouve quatre quarts  de cercle, accolés inversement dans un losangeou un carré, laissant en leur centre un évidement.

    Chaque arc est souligné par un trait creusé dans la pierre, ne se rejoignant pas, mais ménageant, aux extrémités, un petit triangle entre les deux arcs.   

    Cette croix était réputée guérir de diverses maladies les enfants que l’on faisait passer par l’évidement.

    Il fallait sûrement avoir une échelle, la croix mesurant environ trois mètres de haut.

    "De mystérieuses croix percées", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "De mystérieuses croix percées", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    De telles croix, bien que rares, se rencontrent ailleurs en France, à l’époque romane; celle de Pluneret, dans le Morbihan, en granit, est datée du XIIIe siècle.

    Aucune légende n’y est associée, même si certains ont voulu voir, dans la croix percée de Neaufles-Saint-Martin (Eure), une croix templière.

    Cette dernière date de la deuxième moitié du XIIe siècle.

    "De mystérieuses croix percées", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    La deuxième croix est plus énigmatique; c’est celle de Semond.  

    Elle ne semble pas avoir été déplacée et se trouve actuellement au milieu des bois.

    "De mystérieuses croix percées", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "De mystérieuses croix percées", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    On l'appelle "la croix percée" ou "la belle croix".

    Les éléments constituant cette croix sont un peu différents de ceux de la croix de Charrey.       

    L’ensemble est monolithe. Le fût de la colonne est carré, avec côtés chanfreinés; ces chanfreins s’arrêtent à la partie inférieure et supérieure du fût.

    La partie supérieure est constituée de la croix évidée.

    La partie inférieure est encastrée dans une dalle horizontale rectangulaire.                 

    L’ensemble se trouve au début de la rupture de pente du plateau, sur une petite terrasse aménagée horizontalement, à un kilomètre de Semond. Elle daterait du XIVe siècle.                            

    Elle a été inscrite, au titre des monuments historiques, le 10 novembre 1925.

    "De mystérieuses croix percées", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Pour certains, les pointes tronquées laisseraient à penser qu’il pourrait s’agir de la récupération d’un élément architectural préexistant; mais les pointes sont sculptées en arrondis, et ne semblent pas pouvoir se raccorder à d’autres éléments.

    Plusieurs légendes sont attachées à cette croix.

    Pour certains, afin de guérir les enfants malades de certaines maladies, on les faisait passer par l’évidement de la croix.

    C’est plus facile qu’à Charrey, la croix ne mesurant qu’environ deux mètres.

    Pour d’autres, ils prétendent que, les soirs de pleine lune, il fallait y passer dix fois de suite pour vaincre les maux de ventre.

    Enfin, il y a ceux qui pensent qu’elle matérialiserait la tombe d’un soldat romain ou encore d’une religieuse, ou bien que la croix sanctifie une motte qui passe pour druidique.                

    C’est dans ces parages que fut martyrisé saint Florentin, avec Hilaire et Aphrodise.   

    L’accès à cette croix est balisé.

    Sur la route D 101, de Villaines-en-Duesmois à Semond, sur sa droite (parking à gauche), on voit deux poteaux avec des indications (Bouchot des Roches, altitude 390 m.).

    Il faut suivre les indications de celui qui indique la croix percée ; le parcours est balisé en traits bleus horizontaux.

    La distance jusqu’à la croix est de 4 km, A/R (on peut continuer sur la route goudronnée et trouver un chemin plus court, - 1 km, A/R-, mais le poteau est peu visible de la route).

    On marche les trois quarts du temps sur le ballast de l’ancienne voie du « tacot », et l’on rencontre de temps en temps de petits ouvrages d’art, permettant à l’eau de s’écouler en dessous.

    Ensuite, un chemin plus mauvais, bifurquant à droite, mais sur une courte distance, vous emmène jusqu’à la croix.

    Ces formes de croix évidées sont peut-être à rapprocher à de semblables, mais sculptées sur des pierres tombales, comme en l’église de Bure-les-Templiers.

    "De mystérieuses croix percées", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "De mystérieuses croix percées", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    (Dominique Masson)

    Merci à Dominique Masson pour ses notules si intéressants sur l'Histoire du Châtillonnais.

    D'autres, tout aussi passionnants suivront, pour le plus grand plaisir des lecteurs....


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  • Notule d’histoire

     

    Les « fosses » du Châtillonnais

     

    Ce patrimoine-là représente une illustration des astuces et de l’ingéniosité des personnes qui nous ont précédées pour rechercher de l’eau. Et ces ouvrages-là sont aussi un moyen pour nous donner des idées, ou nous faire comprendre l’importance de ces sujets d’environnement 

     ainsi s’exprime Dominique Jouffroy, architecte du patrimoine.                                                                       

    C’est que, sur les plateaux calcaires du châtillonnais, l’eau est rare, comme le rappelle l’adjectif accolé au nom de certains villages : Fontaine-les-Sèches, Coulmier-le-Sec ou Ampilly-le-Sec.

    Aussi, de tout temps, l’homme, pour pouvoir vivre là, a dû chercher par tous les moyens à retenir l’eau, au moyen de citernes recueillant l’eau de ruissellement ou celle de sources intermittentes.

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    A Coulmier, au point le plus élevé du territoire, au lieu-dit le Haut des Roches, mais dans un creux du plateau, à 1400 mètres du village, les hommes ont aménagé un bassin, de 9,80 m de diamètre et de 4,50 m de profondeur.

    Il est soigneusement appareillé, la partie supérieure du mur étant couverte par des chaperons en forme de chapeau de gendarme, bien travaillés et appareillés.                                 

    On y descend par un escalier tournant de vingt marches mais, arrivé au bas, on trouve un palier et une nouvelle envolée de marches plus larges entrant directement dans l’eau de la fosse.          

    Selon les recherches faites par mademoiselle Françoise Vignier, ancienne directrice des Archives de la Côte d’Or, cette fosse a été construite vers 1730, à l’initiative des habitants du lieu ; l’adjudicataire des travaux était Antoine Febvre, marchand à Chemin d’Aisey, fils du maître de forges de Chamesson, mais possédant des terres à Coulmier.

    En 1734, Nicolas Verniquet, arpenteur royal et architecte, accompagné d’Edmé Magnien, habitant, formule dans un procès-verbal son avis sur l’exécution de la fosse et du puits. 

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    L’alimentation en eau s’effectue par une source intermittente, selon la pluviométrie.

    Si le niveau aujourd’hui est peu important, il n’en était pas de même autrefois ; en août 1734, peu de jours après la visite des experts, une femme s’y noya et les anciens du village se rappelaient avoir vu de l’eau jusqu’en haut des marches.

    Certaines pierres de couvrement des murs sont percées de trous, suggérant un système de puisage de l’eau.                                                                                                 Au cours des décennies suivantes, furent installées autour de la fosse jusqu’à une quinzaine de lavoirs individuels, en pierre, monolithes, que les habitants souhaitèrent, en 1788, voir abrités sous une halle ; ceci n’eut, semble-t-il, pas de suite.

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     Cette fosse a suscité beaucoup d’interrogations.

    C’était un lieu pour la lessive, mais aussi pour abreuver les troupeaux de moutons.

    On a pu penser aussi que c’était un rouissoir à chanvre. Mais le mystère reste encore grand.

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    A côté de cette fosse, on trouve également un puits, à sec, abrité sous un élégant édicule circulaire, coiffé d’une voûte en pierres savamment taillées.

    Il est peu profond et sa destination reste également mystérieuse.

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Fosse et puits ont été inscrits, au titre des monuments historiques, le 14 novembre 2017.

    Une autre « fosse » se trouve à Nesle.

    Celle-ci est située en dehors du village, sur le plateau, à 301 mètres d’altitude, le long d’un chemin blanc (elle est indiquée comme mare sur la carte IGN).

    De forme également ronde, elle a un diamètre équivalent à la fosse de Coulmier, mais semble moins profonde.

    Cette fosse n’a pas été restaurée. La partie supérieure des murs était couverte par des dalles plates, taillées en courbe pour épouser la forme de la fosse.

    Des marches, droites, permettaient d’accéder à l’eau. Elle serait d’origine plus récente, selon mademoiselle Vignier.

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Un autre creux, moins profond, existait non loin, à l’intersection de l’ancien chemin de Nesle à Etais et de la route de Nesle à Puits ; il reste encore un peu d’eau au fond.

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    D’autres formes de « fosses », plus réduites, existent également.

    Le château de Bon-Espoir, sur la commune d’Aisey-le-Duc,  a été construit au XVIIIe siècle.

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Devant l’allée d’arbres qui mène au château, se trouve une petite « fosse », construite de la même façon que celle de Coulmier, en plus petit, avec un fond empierré.

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Il n’y a pas de margelle et un plan incliné, en pierre, mène vers l’eau. Cette fosse devait servir pour le bétail ou les chevaux (pédiluve).

    Elle doit être alimentée par les eaux de ruissellement.

     Une autre façon de recueillir l’eau de ruissellement se voit à la mare de la ferme Darbois, sur la commune de Buncey (277 mètres).

    C’est une cuvette, concave, formée d’énormes pierres, parfaitement assemblées et jointoyées.

    Elle servait pour abreuver les ovins de la ferme de Bellevue et les bovins de la ferme Darbois.

    Elle a  été restaurée en 2006.

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    (Dominique Masson)

    Un grand merci à Dominique Masson, dont les notules intéressent les lecteurs du Châtillonnais...mais aussi de nombreux lecteurs beaucoup plus éloignés....

    "Les "fosses" du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     

     


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  • Notule d’histoire

    Les cabanes à moutons de Coulmier-le-Sec

    Trois cabanes, avec leurs enclos, ont été inscrites, au titre des monuments historiques, le 14 novembre 2017.

    Elles sont en liaison avec la fosse, datée du XVIIIe siècle.                                     

    La première est mitoyenne de la fosse.

    Les deux autres en sont peu éloignées. Leur petite taille les a fait oublier ( ?) dans le cadastre napoléonien de 1811.

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

    Le point d’eau autour de la fosse a, semble-t-il, été connu depuis longtemps.

    Des silex et des morceaux de poteries ont été retrouvés alentour.

    Au XVIIIe siècle, Coulmier était un village assez prospère, qui comptait environ 300 habitants.

    Sur ces plateaux secs, il fallait trouver de l’eau et l’élevage du mouton était l’une des grandes activités.

    Ces trois enclos permettaient de regrouper la nuit les troupeaux et l’eau n’était pas loin.

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

    La construction de ces enclos est soignée. On récupérait les pierres alentour pour obtenir un savant assemblage de pierres de taille variée.                                                                            

    Mais ce qui est surtout remarquable, c’est la construction des cabanes.

    Chacune est composée seulement d’une petite pièce, avec une porte et une petite ouverture.      

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

    La construction de la cheminée a été fort soignée, en particulier pour le conduit en pierre extérieur.

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

     Mais la prouesse architecturale tient dans la couverture, faite de laves en encorbellement ; une pierre plate ferme le tout.

    De ces trois cabanes, seulement une est entretenue, servant à un apiculteur.

                                                                                                                      

    "Les cabanes à moutons de Coulmier le Sec", un notule d'Histoire de Dominique Masson....

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    (Dominique Masson)


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  • Dominique Masson, historien du Châtillonnais , m'envoie aujourd'hui un notule d'Histoire consacré à la Seine à Buncey.

    Merci à lui pour ses envois si documentés, si intéressants, sur l'histoire de notre Châtillonnais !

    Vous pourrez retrouver tous les autres notules qu'il a déjà confiés au blog en cliquant sur ce lien :

    http://www.christaldesaintmarc.com/notules-d-histoire-par-dominique-masson-c28667612

    Ainsi que ses autres articles historiques :

     http://www.christaldesaintmarc.com/dominique-masson-historien-c31620186 

     

    Notule d’histoire

    La Seine à Buncey

     

    Le village de Buncey s’étire depuis l’église Saint-Georges, à 270 mètres d’altitude, perchée sur une butte, jusqu’en direction de la Seine, dont l’altitude de son lit, sur la commune, passe de 232 m à 224 m.                                                                                                            Autrefois, la maison forte, possédée en 1272 par le duc Robert II, devait se trouver autour de l’église, datant, pour les parties les plus anciennes, des XVe et XVIe siècles.

    Mais des sarcophages mérovingiens découverts à proximité attestent d’une occupation plus ancienne.

    "La Seine à Buncey", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    A l’opposé, la Seine, dont la vallée a peu de pente (une dénivellation d’environ 1,5 mètre au kilomètre) et qui décrit de nombreux méandres, peut sortir de son lit lors des crues.

    C’est entre ces deux entités que s‘est développé le village actuel, le long de la route principale.

    Cependant, la force hydraulique était importante et recherchée au moyen-âge.

    Aussi la Seine fut-elle aménagée tout le long de son cours pour activer, au moyen de roues, aussi bien un moulin pour le blé, afin d’obtenir de la farine, qu’un moulin à foulon pour les textiles : la force motrice actionne des marteaux qui frappent les pièces de draps empilés dans une cuve remplie d’eau, jusqu’à ce qu’ils soient souples et propres.

    Et ce sont les personnages importants, laïcs ou religieux, qui possédaient cette force hydraulique.

    "La Seine à Buncey, un notule d'histoire de Dominique Masson

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    La première mention d’un moulin date de 1325. Le duc Eudes cède à Jean de Châtillon, pour services rendus, les moulins qu’il avait à Buncey, « assis sur la rivière dessous la maison dudit Jean …ensemble la rivière banale tout ensuite comme elle se porte après ladite maison jusqu’au moulin ».

    En 1362, puis 1366, Guye de Jussey, veuve de Jean de Châtillon, fait la reprise de fief du moulin foulon et de la rivière banale, « jusqu’en amont de l’île ».

    En 1376 et 1391, c’est Girard de Ville-sur-Arce, qui fait la reprise de fief.

    C’est le seigneur du fief de la Colombière qui fut ensuite le possesseur des moulins.           

    A la Révolution, le château, le moulin, les bois et une partie des terres qui en dépendaient furent achetés par M. Maurice Bazile. La famille Bazile en fut propriétaire jusqu’en 1860.

    Le bois et le moulin furent alors acquis par M. Camus-Lapérouse, de Châtillon.

    En 1888, il y avait un moulin de commerce monté à cylindres, exploité par MM. Savel et Godrou. Aujourd’hui, moulin et scierie sont en ruine.  

     Selon les différents plans, les cours de la Seine ont varié.

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    Sur l’atlas des routes, au milieu du XVIIIe siècle, seuls sont indiqués un ruisseau, qui descend du coteau opposé, et la Seine.

    La carte de Cassini marque le moulin et un pont un peu plus loin, mais c’est relativement imprécis.

    Sur le cadastre napoléonien, précis, on voit les deux moulins et on constate que la dérivation de la Seine pour les alimenter est  plus importante que le cours naturel du fleuve.

    De petits ruisseaux se jettent dans celle-ci.

    La carte d’état-major montre bien les moulins et le pont, reliant la route de Châtillon-Dijon, à celle de Châtillon-Montbard.

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     Il n’en est plus de même aujourd’hui ; les moulins sont en ruine et ont même disparu de la représentation topographique.

    La Seine a repris son ancien cours.

    On ne devine les petits cours d’eau que par le parcellaire résultant de la situation ancienne.

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    Par contre, un élément nouveau est venu s’inscrire dans le paysage : le lavoir.

    Il a été construit en 1834 par le maire de l’époque.

    C’est en effet  Edmond Botot de Saint Sauveur, propriétaire de l’ancien fief de Darbois, qui devint maire de la commune en 1832.

    Sur le linteau au-dessus de la porte, on peut lire : « 1834. M. EDD Botot de Saint Sauveur, maire. M. Coiffu-Copin Nasadj».

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    La prise d’eau se fait directement dans la Seine et, afin de pallier les sautes d’humeur de celle-ci, le lavoir est doté de trois hauteurs de pierres à laver pour s’adapter au débit irrégulier du cours d’eau.

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    Pour joindre la route Châtillon-Dijon et Châtillon-Montbard, un pont fut établi sur la Seine, à la place d’un gué encore visible.

    Il comporte trois arches et, sur l’une des piles, une croix monumentale,   car elle fait 4,05 mètres de haut, a été édifiée au XIXe siècle. 

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    1 commentaire
  • Dominique Masson nous présente aujourd'hui l'histoire des épidémies qui ont affecté le Châtillonnais au cours des temps, un travail très documenté et passionnant !

    Merci mille fois à lui  et à ses amis Michel Massé et Jean Millot qui ont participé à cette étude.

    Notule d’histoire

    Quand passent les microbes…

     

    Notre corps est constitué de 10 fois plus de microbes que de nos propres cellules.

    Le mot « microbe » fut introduit en 1878 par le chirurgien français Charles Sébillot : il désignait alors les êtres vivants infiniment petits et pathogènes (provoquant des maladies) qu’on ne pouvait voir à l’œil nu.

    L’arrivée de ce concept marque alors, en France, une rupture avec les croyances médicales de l’époque.

    Aujourd’hui, l’immense majorité des « microbes » est inoffensive pour le corps humain, voire bénéfique pour lui.

    Mais il existe cependant des espèces pathogènes,à l’origine de nombreuses maladies infectieuses.

    Il existe trois grandes familles de microbes.

    La première est celle des levures et des champignons.

    Par exemple, c’est grâce aux levures que la pâte du pain gonfle, que se fabrique la bière ou que le lait se transforme en yoghourt.

    Cependant, de mauvais levains peuvent occasionner des dégâts.

    Du 25 décembre 1771 au 29 février 1772, une épidémie de fièvres continues vermineuses sévit à Buncey :

     C’est une fausse pleurésie engendrée par des mauvais levains, des matières vermineuses qui se rencontrent chez presque tous les malades , enfin, par des humeurs bilieuses et putrides qui se portent à l’estomac et des intestins à la poitrine et occasionnent le point de côté, l’oppression, les crachements de sang, la toux et une fièvre continue, accidents plus ou moins violents, suivant que ces humeurs sont plus ou moins abondantes, ont contracté plus ou moins d’acrimonie, enfin, que les solides chez eux, ébranlés par ces puissances destructrices, sont susceptibles d’une plus ou moins grande sensibilité et irritabilité.

    Comme traitement : saignées, bouillon en légère quantité, liquides aqueux et humectants, tant en lavements fréquents qu’en boisson ; émétique ; sur le côté douloureux, émollients, relâchants et résolutifs[i].

    Le deuxième groupe est constitué par les  bactéries. Ce sont des organismes vivants constitués par une seule cellule.

                                                                                                                           Certains staphylocoques se trouvent sur la peau, chez pratiquement tous les êtres humains, et sont normalement inoffensifs.

    C’est ainsi qu’en analysant l’évangéliaire conservé à la cathédrale Saint-Pierre d’York, au Royaume-Uni, composé autour de l’an mil, on a pu retrouver des staphylocoques sur le folio 6, là où se trouve un texte de prestation de serment de l’archidiacre et d’autres responsables monastiques.

    La main entière devait être posée sur la page, tandis que les lèvres proféraient les paroles sacrées, avant d’embrasser le parchemin, fabriqué à partir de peau de veau.

    Une autre bactérie, saccharopolyspora, est responsable de l’apparition de taches brunâtres sur le manuscrit[ii].                                                                                                                                                   La typhoïde est une maladie infectieuse causée par une bactérie.             

    La maladie aujourd’hui est quasiment absente des pays développés, à la suite de la javellisation de l’eau de boisson généralisée à partir de 1910.

     [i] Bon Henri (docteur) : « essai historique sur les épidémies en Bourgogne, depuis l’établissement des Burgondes en Gaule jusqu’à la Révolution » ; Dijon, 1912

    [ii] A l’automne 2019, a eu lieu, à Dijon, aux archives municipales, une conférence-débat, en marge de l’exposition « Qu’est-ce qu’un parchemin ? ». Il y a été fait référence à l’étude de l’évangéliaire d’York : « The York Gospels : a 1000-year biological palimpsest », article paru dans « Royal Societyopen science », 25 octobre 2017 ; http://dx.doi.org/10.1098/rsos. 170988 

    "Quand passent les microbes", un notule d'Histoire de Dominique Masson...

    Une autre bactérie est fort connue, appelée Yersinia pestis, c’est-à-dire la peste[i].

    Le mot apparaît à la fin du XVe siècle, mais elle a sévi bien plus tôt.

    Il y eut trois pandémies historiques de peste.

    La première, attestée comme telle, est la peste de Justinien, qui a sévi à partir de 541 jusqu’en 767, dans tout le bassin méditerranéen, avec des vagues successives tous les 9 à 13 ans ; mais elle n’a pas dépassé la Loire, ni la région de Dijon. 

    La seconde pandémie est celle de la peste noire.

    Elle a tué de 30 à 50 % des européens en cinq ans (de 1347 à 1352), faisant environ 25 millions de victimes[ii].

    En 1348, la Bourgogne fut atteinte.

    Guillaume Paradin, dans ses Annales de Bourgogne, rapporte : Cette année fut mémorable à cause d’une pestilence venue de Levant, jusque en Ponant, laquelle était si contagieuse que non seulement elle infectait par communication et conversation, mais aussi, se prenait par le seul regard des infects.

    "Et fut cette pestilence si générale et pernicieuse que de mille, il n’en demeurait pas dix. On pouvait dire à Nuits : En mil trois cent quarante-huit, à Nuits, de cent restèrent huit"

    Mais,à Bure les Templiers, il ne resta que trois ménages.                                                                 

    La troisième pandémie est la peste de Chine, qui commença en 1894 et atteint la France en 1920.

    Les rongeurs, dans leurs terriers, peuvent conserver ces microbes, capables de contaminer l’homme par l’intermédiaire des puces[iii].                                                                                                                         

    Cependant il y eut de nombreux épisodes de peste, sporadiques, tout au long de l’histoire, à commencer par la peste d’Athènes, épidémie entre 430 et 426 av. J.C, où la ville perdit de maladie, selon Thucydide, 1500 hoplites sur 4000 en 40 jours, ainsi que Périclès.                                           

    En Bourgogne, en 1030, après la famine vint la peste.

    A Châtillon, on ouvrit le tombeau de saint Vorles et les reliques furent exposées sous une tente, arrangée près de l’église Saint-Mammés[iv].

    On demanda souvent l’intercession de Saint Vorles pour combattre la peste.

    Sous un tableau, du XVIe siècle, accroché dans l’église Saint-Vorles,  on lit :  

    La guerre, la peste et la faim

    Faisaient la guerre au genre humain

    Et détruisaient toute la terre.

    St Vorles exauça son troupeau,

    Et feist cesser ce triple fléau

    De la faim, la peste et la guerre

                                             

                                                                                                           [i]Le pape Clément VI (1342-1352) institua une « messe pour le temps de peste », célébrée encore de nos jours en période d’épidémie.

    Par analogie, on parle de la « peste brune », surnom donné pendant la seconde Guerre mondiale au nazisme ; de même, la « peste blanche » est la désespérance, l’indifférence à la vie, entraînant le déclin démographique, selon Pierre Chaunu et Georges Suffer (« la peste blanche », Gallimard, 1977).

    [ii] En Angleterre, des fouilles à l’ancienne abbaye de Thornton, dans le Lincolnshire, ont montré que les victimes de la peste sont venues mourir à l’hôpital de l’abbaye et enterrées à la hâte dans une fosse commune (Archéologia, n° 586, avril 2020)

    [iii] Lucenet Monique : « les grandes pestes en France » ; Aubier, 1985.La peste reste dans les mémoires et on peut citer la fable de La Fontaine : « les animaux malades de la peste ».

    [iv] Joly J.M.V (abbé) : « vie de saint Vorles, curé de Marcenay, patron de Châtillon-sur-Seine » ; Châtillon, Parny, 1867

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    En France, entre 1347 et 1536, il y eut 24 poussées de peste, soit à peu près une tous les huit ans[i].

    En 1518/1519, c’est Montbard, puis l’Auxois, qui est ravagé.

    En 1531/1533, Baigneux perd plus du tiers de sa population et les habitants restants sont ruinés, à cause des guerres et mortalités qui ont régné, car le passage de soldats amène souvent la peste ; en effet, ces périodes de pestilence ont correspondu aux périodes de conflitsdévastateurs.                                                               

    De 1536 à 1670, on ne compta plus que 12 poussées de peste, soit une tous les 11,2 ans.

    En 1563, des maladies contagieuses avaient désolé Châtillon ; pendant trois semaines, les portes de la ville avaient été fermées et les pestiférés placés hors les murs, où maire et échevins leur fournissaient tous les remèdes nécessaires[ii].

    A cette époque, pour une transaction entre l’abbé de Notre-Dame et le seigneur de Chamesson, les deux parties se réunirent à Châtillon, mais en plein air, à cause de la maladie.

     [i] Delumeau Jean : «  la peur en occident, XIVe-XVIIIe siècles » ; Fayard ; 1978

    [ii] Lapérouse Gustave : « l’histoire de Châtillon » ; Châtillon, Cornillac, 1837 (p. 323)

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    A partir de 1576, la peste toucha aussi bien Paris que Lyon, Troyes, Tournus ou Dijon.

    En 1582, le Châtillonnais fut ravagé et MM ; de la Chambre de Dijon, qui avaient décidé de faire venir un homme de Châtillon,réputé fort expérimenté au nettoiement des maisons infectées, eurent le regret d’apprendre par MM. de la ville de Châtillon qu’il ne pourrait venir, vu que l’on avait besoin de lui dans plusieurs pays voisins de leur cité[i].

    Dans le courant de 1583, la peste revint.

    Les échevins retinrent, à raison de six francs de gage par mois, un certain Jean de La Noue, peigneur, cardeur de laines, pour traiter les malades.

    On eut aussi recours au patron de la ville ; on fit trois fois la descente des reliques de saint Vorles pour les porter, le 26 mars à Marcenay, le 1er juin à Pothières et le 29, de nouveau à Marcenay[ii].                                                                                                                                             En 1587, on parle à Châtillon des contagiés qui sont en grand nombre, de fait que un quart ou peu s’en faut des habitants de ladite ville ont été morts de ladite maladie, réduisant les habitants en grande partie à mendier leur pain.

    Les plus aisés se retirèrent dans les pays voisins où ils avaient des amis ou des parents, pour y trouver les secours de première nécessité.

    Cette mortalité ralentit encore le commerce, car les drapiers furent contraints se tenir clos et couverts en leur maison sans pouvoir lors vendre aucune chose de leur état pour leur subvenir.

    Défense avait été faite lors de la contagion à quiconque d’entrer ou de sortir de la ville, tellement que une grande partie en sont morts de faim.

    Tous ces malheurs  réduisirent les habitants à une telle extrémité que, pour ne pas être contraints d’abandonner ladite ville et leur domicile et maisons, le lieutenant du bailliage, Edme Rémond, demanda au roi une exemption de tailles pendant dix ans, afin de leur donner moyen deulx rétablir en quelque peu de repos, mais le trésorier général des finances à Dijon n’accorda que six années.

    La contagion régnait encore l’année suivante, à l’occasion de laquelle par le commun bruit il y est mort plus de deux mille personnes[iii].                                                                                                   

    La peste revint en 1595 ; un chirurgien, André Savery, qui avait servi les pauvres malades qui se seraient trouvés aux hôpitaux et par la ville, obtint l’exemption de toute gardes, tailles et autres subsides, plus une récompense de vingt livres. 

    Le fléau continuant l’année suivante, maire et échevins assignèrent aux malades deux emplacements hors les murs, les champs de la Pidance pour ceux de Chaumont et la combe d’Epasses pour ceux du Bourg.

    Tous les contagieux durent y aller et ne purent en sortir avant complète guérison.

    Une guette active fut faite sur les portes de Saint-Vorles et de Saint-Antoine.

    L’économe de l’abbaye, Jean Barrey, se retira avec sa femme et ses enfants dans une loge qu’il plaça à quelques distances des portes ; ni les injonctions des échevins, ni les amendes, ne purent le déterminer à se réunir aux autres pestiférés.

    On fut obligé de brûler sa loge pour la lui faire abandonner.

    Le 4 juillet 1629, une grande procession, composée de 340 personnes, alla en procession à Pontigny, visiter les reliques de Saint Edme, pour accomplir le vœu fait pour apaiser la colère de Dieu pendant la contagion. 

    En 1630, la peste sévit à Dijon et, le 16 mai, les magistrats demandèrent au roi de transférer le Parlement à Châtillon à cause de la contagion[iv].

    Le 4 mai 1631, le gouverneur de Bourgogne, le prince de Condé, accompagné des conseillers au parlement et des élus des états, fit son entrée à Châtillon, la peste sévissant partout ailleurs.

    Mais celle-ci, qui s’était déjà fit ressentir dans l’été 1632, y éclata dans le cours de 1633.

    Les chaleurs de l’été augmentèrent beaucoup le mal : plusieurs personnes de la campagne, étant venues à la ville faire les moissons, moururent subitement dans les champs.

    On construisit, dès le mois de février, trente-sept loges nouvelles, hors de la ville et surtout dans le faubourg du Temple, pour y placer les pestiférés.

    Les morts étaient enterrés par des saccards, qui traînaient avec des crochets et des cordes les cadavres.

    Les magistrats firent preuve de courage et, comme ils s’exposaient jour et nuit et délaissaient leurs affaires, le parlement les exempta de toutes tailles, comme il avait déjà été fait l’année précédente.

    On fit venir de Dijon, pour 18 jours et à raison de 3 livres par jour, un médecin spécialisé, Balthazar Milière, dit La Santé.             

    [i] Bon : op. cit.

    [ii] Joly, op. cit. ; Lapérouse : op. cit.

    [iii] Masson. Dominique : « Châtillon-sur-Seine, 1000 ans d’histoire » ; Images en Châtillonnais, 2016

    [iv] Bon ; selon Gustave Lapérouse, c’est en mai 1629 que la reine-mère transféra, de Dijon à Châtillon, la cour des aides (p. 405)

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    La peste reparut dans l’été 1636.On porta les reliques de Saint Vorles à Marcenay[i].

    Un des médecins de la ville, Philippe de Marcenay, succomba.

    Un prêtre, Pierre Jaulpy, s’était retiré dans une loge préparée auprès des vignes de Chaumont, avec son domestique.

    Entré le 9 octobre, il y resta trois mois.

    Il ne cessa de parcourir les loges des pestiférés, administrer les sacrements, veiller au bon maintien de l’ordre et présider à la distribution des vivres et des aumônes ; il composait également des médicaments, des baumes et un parfum pour purifier l’air dans les loges et les maisons infectées[ii].

    Après 1670, la maladie semble disparaître pour refaire violemment surface à Marseille et en Provence en 1720.

    Dans ces périodes difficiles, les français se tournèrent vers la religion et plusieurs saints furent invoqués                                                                                                               

     

    [i] Joly : op. cit.

    [ii][ii] Lapérouse : op. cit.

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    On se tourna vers la Vierge Marie ; à Châtillon, outre saint Vorles, saint local, on pria devant sa statue, celle devant laquelle saint Bernard eut sa révélation.

    La croyance populaire attribuait au manteau de la Vierge des pouvoirs, car ce manteau leur semblait protecteur contre les flèches de pestilence ; la Vierge avait également une fonction médiatrice auprès du Christ en faveur de l’humanité souffrante (le Christ lançant les flèches).

    On invoqua aussi saint Sébastien.

    Officier martyrisé à Rome en raison de sa foi, il fut percé de flèches ; on lui attribuait le pouvoir d’éradiquer les épidémies de peste, selon la croyance biblique assimilant la maladie à des flèches envoyées par Dieu.

    Cependant, on rencontre peu de statues de ce saint dans le Châtillonnais.

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    Par contre, s’ajoutèrent des cultes nouveaux, en particulier celui de saint Roch.

    Né au XIVe siècle dans une puissante famille montpelliéraine, il partit en pèlerinage à Rome et, à son retour, contracta la peste.

    Retiré dans une forêt, il vécut près d’une source jaillie près de lui et un chien vint lui apporter du pain et lécha sa plaie.

    Selon la tradition, il aurait sauvé de nombreux pestiférés avant et après sa mort ; c’est pourquoi le concile de Constance le canonisa en 1414[i].

    Les représentations de ce saint le montrent avec un chien à ses côtés et il a, comme attributs du pèlerin, un bourdon, une gourde, une besace, une grande cape et un large chapeau ; il découvre généralement une cuisse (celle de droite ou celle de gauche) pour laisser apparaître un bubon pesteux.

    On trouve, dans le châtillonnais, beaucoup de représentations de ce saint, soit en statue, soit comme haut de bâton de procession.

    D’autres saints purent aussi être invoqués, comme saint Nicolas, moine au couvent augustin de Tolentin, en Italie, ou saint  Charles Borromée.

    [i] Lucenet Monique : op. cit. La piété à l’égard de saint Roch se répandit dans toute l’Europe, de sorte que le pape Urbain VIII renouvela sa canonisation en 1629.

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    Une autre bactérie, le Mycobacterium leprae, proche de l’agent responsable de la tuberculose, est responsable de la lèpre.

    L’écureuil roux pourrait être l’un des réservoirs animaux du bacille (bactérie de forme allongée).

    Si la Bible parle de la lèpre, les croisades auraient été responsables de l’arrivée de la lèpre en Europe.

    Une Maladière est mentionnée à Châtillon, en 1174.

    Le quartier de la Maladière se trouvait au nord-ouest de la ville, au pied du Châtelot ; on y accueillait les lépreux chassés de la ville.

    Selon un décret du concile du Latran, de 1179, il devait y avoir un cimetière ; un chapelain desservant la chapelle, qui était un chanoine de l’abbaye Notre Dame(la chapelle Saint-Léger était toute proche) ; et un maître ou gouverneur pour la diriger (feu Nicolas de Cérilly est cité en 1474).

    Les dames converses de l’abbaye Notre Dame, qui devaient avoir à côté leur résidence (les « Dames Brulées »), étaient vouées au service des lépreux.

    La Maladière avait quelques privilèges ; "les bouchers devaient lui réserver les langues des grosses bêtes qu’iceux bouchers tueront, et le maître pouvait vendre du vin en période de banvin" (privilège normalement réservé au duc et à l’évêque).

    Au XVIe siècle, la Maladière possédait 12 sées de prés et 200 journaux de terre, mais elle disparut au cours des guerres de Religion et ses biens furent réunis, vers 1695, à l’hôpital Saint-Pierre.

    Le choléra est une épidémie contagieuse due à la bactérie Vibrio cholerae, ou bacille virgule, découverte par Pacini en 1854, strictement limitée à l’espèce humaine.

    Ce mot vient du mot grecχολέρα, qui désignait déjà chez Hippocrate cette maladie. Sept pandémies ont été recensées :

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    La France fut touchée par la deuxième pandémie de choléra, au printemps 1832 (le premier cas est attesté le 26 mars), et Casimir Périer, président du Conseil, décréta des mesures de police sanitaire, en réactivant en particulier des contrôles sanitaires aux frontières ; lui-même devait décéder du choléra le 16 mai.

    A Paris, il y eut une « fuite bourgeoise » qui se produisit alors : dans les journées des 5, 6, 7 avril, 618 chevaux de poste sont retenus et le nombre des passeports augmente de 500 par jour ; Louis Blanc estime à 700 le nombre de personnes emmenées par les Messageries[i].

    La Côte d’Or fut, lors de cette pandémie, passablement épargnée.

     [i] Delumeau ; op. cit.

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    Le choléra reparut à la fin de l’année 1848, venant d’Angleterre et arrivant en France par le port de Dunkerque ; il se répandit ensuite en France en 1849.

    Un monument curieux existe à Villers-Patras, dans le cimetière, rappelant le passage de cette épidémie.

    Il est composé d’une base hexagonale, d’une haute colonne et, à son sommet, d’une niche surmontée d’une croix, abritant une statue de la Vierge et de son enfant.

    Sur la base ont été gravés les noms des victimes du choléra, à commencer par Mathie Chatraine, décédée le 26 avril 1849 ; quatorze noms suivent, dont un couple, décédés entre le 16 juin et le 12 septembre.

    La moitié de ces victimes étaient des vignerons[i]. Au revers se trouve la dédicace d’érection du monument.

    [i] Lazzarotti Raymond: « Villers-Patras, son origine, son évolution » ; Cahiers du Châtillonnais, n° 41

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    A l’automne 1853, le choléra reparut en France, à Paris en particulier et, au printemps 1854, il affecta essentiellement l’est de la France, avec deux bases autour de la Haute-Saône et de la Haute-Marne d’une part, des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse d’autre part[i].

     [i] Bourdelais P. et Raulot J.Y : « la marche du choléra en France : 1832-1854 » ; Annales, ESC, n° 1, janvier-février 1978. Voir également : Bourdelais Patrice et Raulot Jean-Yves :« Une peur bleue, histoire du choléra en France, 1832-1854 » ; Payot, 1987.

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    La Côte d’Or fut durement touchée, comptant parmi les 20 départements les plus affectés.

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    Le choléra apparut en juin dans l’arrondissement de Châtillon, mais les villages furent inégalement touchés.

    Par exemple, à Villers-Patras, pour l’année 1854, il y eut 21 morts dans la commune, dont 20 moururent du choléra, entre le 3 juillet et le 11 septembre 1854 (en comparaison, il y eut dans la commune un mort en 1853 et 3 morts en 1855).

    Si Larrey fut épargné, il y a, à Poinçon, du 11 août au 7 septembre, 20 cas répertoriés et 13 morts.

    Villedieu fut particulièrement touché, avec 84 cas et 44 morts, pour 280 habitants.

    Le dernier groupe est constitué par les virus.

    Contrairement à la bactérie, le virus n’est pas une entité biologique autonome.

    Il a besoin de rentrer dans une cellule pour utiliser sa machinerie et se multiplier (en ce sens, on peut le considérer comme un parasite).

    Sur les 5 000 espèces environ décrites, seules 129 sont pathogènes.

    On peut citer, entre autres, la rage, la fièvre jaune, la variole, la rougeole, les oreillons, le rhume, la varicelle, le sida, ainsi que la grippe.  

    Celle-ci serait apparue chez les oiseaux il y a environ 6 000 ans et la grippe humaine vers 2500 av. J.C, en Chine, avec le développement de la domestication des oiseaux, notamment des canards, et également avec l’élevage des porcs.

    Les symptômes de la grippe humaine ont été clairement décrits par Hippocrate, puis par Tite-Live. Plusieurs pandémies affectèrent la terre. Depuis la fin  du XIXe siècle, on a compté 5 pandémies :

    "Quand passent les microbes", un notule d'Histoire de Dominique Masson...

     En 1918, on prit quelques mesures pour enrayer l’épidémie.

    On pouvait lire, dans le journal le Châtillonnais et l’Auxois du dimanche 27 octobre, que, en raison de l’épidémie de grippe qui sévitactuellement, les représentations, matinées et soirées du cinématographe ayant d’habitude lieu à l’Alcazar, seront, par ordre de l’autorité municipale, suspendues jusqu’à nouvel avis.

    On pouvait lire de même, le 15 décembre :

    "Quand passent les microbes", un notule d'Histoire de Dominique Masson...

    Il existe une autre famille regroupant plusieurs virus, celle des coronavirus, devant leur nom à la forme d’une couronne qu’ont les protéines qui les enrobent.

    Trois épidémies mortelles sont survenues, pour l’instant, au cours du XXIe siècle :

    "Quand passent les microbes", un notule d'Histoire de Dominique Masson...

    Dominique Masson 

                                                                          (remerciements à Michel Massé et Jean Millot)

     [1] Bon Henri (docteur) : « essai historique sur les épidémies en Bourgogne, depuis l’établissement des Burgondes en Gaule jusqu’à la Révolution » ; Dijon, 1912

    [1] A l’automne 2019, a eu lieu, à Dijon, aux archives municipales, une conférence-débat, en marge de l’exposition « Qu’est-ce qu’un parchemin ? ». Il y a été fait référence à l’étude de l’évangéliaire d’York : « The York Gospels : a 1000-year biological palimpsest », article paru dans « Royal Societyopen science », 25 octobre 2017 ; http://dx.doi.org/10.1098/rsos. 170988 

    [1]Le pape Clément VI (1342-1352) institua une « messe pour le temps de peste », célébrée encore de nos jours en période d’épidémie. Par analogie, on parle de la « peste brune », surnom donné pendant la seconde Guerre mondiale au nazisme ; de même, la « peste blanche » est la désespérance, l’indifférence à la vie, entraînant le déclin démographique, selon Pierre Chaunu et Georges Suffer (« la peste blanche », Gallimard, 1977).

    [1] En Angleterre, des fouilles à l’ancienne abbaye de Thornton, dans le Lincolnshire, ont montré que les victimes de la peste sont venues mourir à l’hôpital de l’abbaye et enterrées à la hâte dans une fosse commune (Archéologia, n° 586, avril 2020)

    [1] Lucenet Monique : « les grandes pestes en France » ; Aubier, 1985.La peste reste dans les mémoires et on peut citer la fable de La Fontaine : « les animaux malades de la peste ».

    [1] Joly J.M.V (abbé) : « vie de saint Vorles, curé de Marcenay, patron de Châtillon-sur-Seine » ; Châtillon, Parny, 1867

    [1] Delumeau Jean : «  la peur en occident, XIVe-XVIIIe siècles » ; Fayard ; 1978

    [1] Lapérouse Gustave : « l’histoire de Châtillon » ; Châtillon, Cornillac, 1837 (p. 323)

    [1] Bon : op. cit.

    [1] Joly, op. cit. ; Lapérouse : op. cit.

    [1] Masson. Dominique : « Châtillon-sur-Seine, 1000 ans d’histoire » ; Images en Châtillonnais, 2016

    [1] Bon ; selon Gustave Lapérouse, c’est en mai 1629 que la reine-mère transféra, de Dijon à Châtillon, la cour des aides (p. 405)

    [1] Joly : op. cit.

    [1][1] Lapérouse : op. cit.

    [1] Lucenet Monique : op. cit. La piété à l’égard de saint Roch se répandit dans toute l’Europe, de sorte que le pape Urbain VIII renouvela sa canonisation en 1629.

    [1] Delumeau ; op. cit.

    [1] Lazzarotti Raymond: « Villers-Patras, son origine, son évolution » ; Cahiers du Châtillonnais, n° 41

    [1] Dupuis Jean-Claude : « Poinçon et Larrey : deux villages de la Côte d’Or » ; Cahiers du Châtillonnais, n° 141

    [1] Bourdelais P. et Raulot J.Y : « la marche du choléra en France : 1832-1854 » ; Annales, ESC, n° 1, janvier-février 1978. Voir également : Bourdelais Patrice et Raulot Jean-Yves :« Une peur bleue, histoire du choléra en France, 1832-1854 » ; Payot, 1987.

     

     


    3 commentaires
  •  Un "Notule d’histoire châtillonnaise" par Dominique Masson que je remercie au nom de tous les lecteurs pour toutes ses recherches passionnantes sur l'histoire du Châtillonnais.

     Quelques chanoinesses du Châtillonnais

     Si l’on connaît ce que sont les chanoines, on connaît moins ce que sont les chanoinesses, d’autant qu’il y a deux familles distinctes, comme pour les chanoines.

    Né à la fin du Ve siècle, Benoît de Nurcie, après une vie d’ermite, devint l’abbé d’une communauté et fut le fondateur de l’ordre des bénédictins.

    Ayant constaté que sa communauté ne respectait pas la règle de saint Pacôme, qui avait organisé les premières communautés religieuses, il édicta une règle rigoureuse ; ainsi, ayant inspiré largement le monachisme occidental ultérieurement, il est souvent considéré comme le patriarche des moines d’occident.

    Ceci donnera naissance aux réguliers. Au IXe siècle, saint Benoît d’Aniane reprit cette règle.                                                                                      Mais au haut moyen-âge apparaîtront des chapitres de chanoines, religieux regroupés autour de l’évêque pour le conseiller ou désirant vivre en communauté, mais au contact des laïques : les séculiers.

    En même temps, apparaîtront des chapitres de chanoinesses car, depuis l’apparition du christianisme, des femmes vierges ou veuves se consacraient à la religion, «  servantes »de l’Eglise, aidant aux préparations des cérémonies religieuses ou assistant les prêtres pour la vie de tous les jours.

    Le concile de Ver, en 755, imposa une vie régulière à toutes les femmes consacrées et le cinquième concile d’Aix-la-Chapelle, en 817, publia deux ordonnances, l’une concernant les chanoines, l’autre les chanoinesses.

    Celles-ci étaient astreintes à la récitation des heures canoniales, devaient mener une vie communautaire (réfectoire et dortoir communs) et observer l’égalité des conditions, mais il y avait aussi quelques dispositions particulières : elles pourraient avoir des servantes, des habitations particulières « le jour », et un contact réduit et réglementé avec des hommes. Cependant l’efficacité de ces « réformes » fut médiocre.

    Il était difficile de distinguer les moniales des chanoinesses.

    Il existe des moniales bénédictines, qui auraient été instituées au VIe siècle par sainte Scolastique, sœur de saint Benoît.

    Le prieuré de Jully-les-Nonnains (Yonne ; là la sœur de saint Bernard, Hombeline, y fut prieure) fut fondé en 1115.

    D’autres vont se référer à une lettre de saint Augustin d’Hippone, donnant des normes de vie religieuse commune (lui-même avait vécu comme moine avant d’être appelé à assumer la charge d’évêque de sa ville d’Afrique du Nord) ; de là naîtront les Augustines, suivant la règle que saint Augustin donna à un monastère fondé par sa sœur à Hippone ; elles se vouaient à la garde des malades et au service des hôpitaux.

    Plus tard, existeront des cisterciennes, vouées au silence, aux prières, à la méditation et au travail manuel (la première abbaye féminine cistercienne étant celle de Tart, fondée en 1132, en Côte d’Or ; la première abbesse vint de Jully).

    Il y aura également des chanoinesses régulières.

    Par exemple, on trouve les chanoinesses du Latran dès le haut moyen-âge, les chanoinesses régulières du Saint Sépulcre, ayant pour but le chant de l’office choral pour réciter les heures canoniques, fondées en 1114, ou les chanoinesses régulières hospitalières de la miséricorde de Jésus, mentionnées pour la première fois en 1285.

     Le concile du Latran obligea, en 1215, tous les monastères à se rattacher à l’une ou à l’autre des deux règles de saint Benoît et de saint Augustin.

    Les chanoinesses séculières, soucieuses de leur origine bénédictine et ne voulant en aucun cas être assimilées aux chanoinesses régulières, se placèrent dans l’ordre de saint Benoît, mais sans appliquer la règle.

    La papauté ne put supprimer ces abbayes et ne sut où les ranger ; elle dut alors s’en accommoder.

    Egalement certaines abbayes glissèrent lentement dans le groupe des abbayes nobles séculières.

    Ces abbayes ou prieurés se trouvaient surtout dans l’est de la France actuelle (par exemple, Montfleury, près de Dijon), dans les Flandres, le duché de Lorraine et en Franche Comté, terres ayant longtemps relevé du Saint Empire germanique, ou dans le Lyonnais et l‘Auvergne.

    "Quelques  chanoinesses du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Cette trentaine de chapitres nobles avaient plusieurs particularités : d’abord, elles furent réservées aux familles nobles, et plus particulièrement aux filles de comtes.

    D’autre part, bien que dirigées en général par une abbesse, les femmes reçues là menaient une vie assez éloignée d’une règle : elles n’étaient pas tenues à prononcer de vœux (sauf exception, par exemple pour la prieure) et avaient la possibilité de quitter l’abbaye pour se marier ; elles suivaient une liturgie canoniale peu stricte ; elles étaient autorisées à de longues absences et pouvaient avoir un contact régulier avec des gens du siècle ; elles avaient une habitation particulière à l’intérieur de l’enceinte de l’abbaye ainsi que du personnel.

    Et enfin, elles avaient des revenus particuliers, sous forme de prébende, c’est-à-dire qu’elles percevaient une partie des revenus provenant des recettes de l’abbaye[i] ; aussi ces places de chanoinesses étaient-elles fort recherchées pour certaines familles nobles, quelque peu désargentées (mais elles perdaient cet avantage si elles se mariaient).

    On parvenait à en avoir une par rang d’ancienneté.

    Souvent, cette prébende se transmettait entre femmes de la même famille.

    Outre les frais de réception et l’entretien des chanoinesses, la famille devait leur construire une maison, mais cette dépense était rentabilisée, car les chanoinesses-les « tantes »- pouvaient adopter des «  nièces », qui héritaient de la maison et du mobilier de leur tante.

     L’une de ces chanoinesses fut Sophie Françoise Marie le Compasseur de Créqui-Montfort.                 

    Elle était fille de Gaspard le Compasseur et d’Elie Elisabeth de Fussey.

    Son père, marquis de Courtivron, après une carrière militaire où il fut fait chevalier de Saint Louis, se consacra aux sciences et fut élu à l’Académie royale des Sciences en 1744, comme « mécanicien » ; entre autre, il rédigera, avec Bouchu, « l’art des forges et fourneaux à fer ».

    Devenu veuf, il se remaria, en 1759, à Elie Elisabeth de Fussey.

    Celle-ci, avant son mariage, était chanoinesse au prieuré d’Alix.

    Ce prieuré bénédictin, fondé vers le IXe siècle au sud du beaujolais, entre Villefranche et Lyon, a évolué ensuite en chapitre noble de chanoinesses, confirmé par lettres patentes de Louis XIV en 1753, et dirigé par une prieure.

    En 1780, le prieuré devint une abbaye. Ce chapitre était composé de la meilleure noblesse de la province[ii].

    Les jeunes filles, après s’être justifiées de 8 degrés de noblesse paternelle, recevaient le titre de « chanoinesse-comtesse » ; elles étaient vêtues de noir et portaient une croix d’or émaillée à huit pointes pommetées, surmontée d’une couronne de comte ; au milieu, un médaillon représentait, d’un côté la Vierge et, de l’autre, saint Denis.

    A l’âge de 25 ans, elles choisissaient de retourner vivre dans la société avec laquelle elles n’avaient pas rompu les liens, ou prononçaient des vœux et, dès lors, pouvaient bénéficier d’une partie des revenus du chapitre.

    Devenues alors chanoinesses professes, propriétaires de la maison que leur famille s’était engagée à faire construire dans l’enceinte du chapitre, elles conservaient jusqu’à leur mort un mode de vie mi- religieux, mi- mondain.

     [i] A Neuville, pour les 19 chanoinesses, il y avait 20 prébendes, la prieure en ayant deux. Les prébendes leur étaient payées, « partie en denrées, partie en argent ».

    [ii]Stéphanie Félicité Ducrest de Saint-Aubin, devenue par son mariage comtesse de Genlis, n’avait que six ans quand, en 1753, elle fut reçue chanoinesse au chapitre d’Alix

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    La famille d’Elie Elisabeth est connue depuis le XIVe siècle. Son père, François de Fussey, est marquis de Sérigny, comte de Menessaire, seigneur de Chissey, Lamotte, l’Abergement, Verdun et autres lieux ; il est devenu aussi seigneur d’Ebaugis par son mariage avec Anne Marie Jérôme Nuguet de Baugis.

    "Quelques  chanoinesses du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Aussi, après examen de tous ses quartiers de noblesse, Elie Elisabeth entrera au prieuré le 5 avril 1746.

    Elle y sera présente jusqu’en 1758. Le 26 novembre 1759, elle épousait, à Reclesne (Saône et Loire aujourd’hui), Gaspard le Compasseur.de Créquy Montfort, dont les ancêtres avaient des attaches avec des familles châtillonnaises.

    Elle eut avec lui trois fils et une fille, Marie Sophie, née à Is-sur-Tille le 30 juin 1764.                                                                                                                    Cette dernière devint aussi chanoinesse d’Alix et, à l’âge de 10 ans et demi, le 3 novembre 1774, entrait au prieuré.

    Mais, avec la Révolution, le chapitre fut dissous en 1791.

    Il est probable que Sophie rentra chez elle, avant d’épouser, en 1794, Jean-Baptiste Tiffet, directeur des domaines et contributions, dont elle aura deux filles[i].

    Elle va décéder le 7 juillet 1833, à Châtillon, rue du Bourg-à-Mont, probablement chez l’une de ses filles, Eugénie Sophie, qui avait épousé en 1820, Etienne François Jean Campora, comte de Pezzana, qui était directeur des contributions indirectes.

    [i]Honorine Augusta et Eugénie Sophie (25/7/1795, Vienne ; 19/6/1847, Avallon) qui épousa en 1820 Etienne Campora, comte de Pezzana

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    La deuxième chanoinesse est plus connue : c’est Victorine de Chastenay.                                     

    Louise Marie Victoire est née à Paris, le 11 avril 1771.

    Son père, Erard Louis Guy, comte de Chastenay, après une carrière militaire où il a été fait chevalier de Saint Louis, s’intéressa à la diplomatie ; mais, bloqué dans son avancement par Vergennes, il se retira sur ses terres d’Essarois, où il était né.

    Il avait épousé à Paris, le 30 janvier 1770, Catherine Louise, fille du marquis d’Herbouville.

    Ils auront deux enfants, Henri Louis et Victoire, qui se fera appeler Victorine.

    "Quelques  chanoinesses du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Elle aussi deviendra chanoinesse, comme plusieurs autres femmes de sa famille avant elle.

    Sa grand-mère paternelle, Louise Anne Elisabeth Le Bascle d’Argenteuil, fut chanoinesse de Remiremont[i].

    Mais c’est à Epinal que Victorine fut reçue, car l’une de ses parentes proches, Marie Louise Victoire Le Bascle d’Argenteuil, «  nommée le 18 septembre 1771, apprebendée le 3 août 1772 », fut élue abbesse du lieu le 11 décembre 1784 (abbesse du 9 mai1785 à 1788)[ii].

     [i] Selon Jean Kastener, l’une des ancêtres de Victorine, Humberte de Chastenay, fut élue le 9 mai 1580 abbesse de Remiremont, en remplacement de Renée de Dinteville décédée, mais cette dernière avait résigné en faveur de Barbe de Salm ; le pape Grégoire XIII déclara cette élection nulle et laissa la crosse aux mains de cette dernière.

     [ii] D’autres membres de cette famille furent chanoinesses comtesses d’Epinal : Catherine Eléonore, fille de Louis Le Bascle, comte d’Epineuil, fut abbesse en 1728, et sa sœur, Louise Françoise, chanoinesse à Remiremont, puis à Epinal

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     Du fait de cette élection et par suite du décès d’une chanoinesse, survenue le 30 novembre 1784, deux des stalles capitulaires se trouvaient vacantes.

    C’est alors que M. et Mme de Chastenay sollicitèrent du chapitre, pour leur fille, l’une de ces prébendes.  

                                                                           Le chapitre d’Epinal aurait été fondé pour abriter les reliques de saint Maurice et saint Goëry ; le monastère était alors composé de bénédictins mais, ayant peu prospéré, il fut rapidement remplacé par un couvent de moniales.

    Vers le XIIIe siècle, celles-ci abandonnèrent la règle bénédictine pour se constituer en chapitre de dames nobles.

    Le titre abbatial fut maintenu jusqu’à la Révolution et fut l’un des quatre grands chapitres nobles de Lorraine.

    La collégiale saint Goëry était leur église et le cloître et les maisons canoniales étaient resserrées autour, dans une sorte d’enclos privé.

    La communauté, soumise directement au pape, se composait d’une abbesse, d’une doyenne et de vingt dames chanoinesses (dont une doyenne, une secrète et quatre chantres), plus quatre chanoines séculiers n’ayant pas voix au chapitre.

    Le règlement du chapitre faisait une obligation morale aux chanoinesses de respecter la morale chrétienne, en observant une certaine pudeur, leurs lectures devaient être édifiantes ou instructives et elles devaient assister aux offices, revêtues de leurs costumes de chanoinesses.

    En outre, il leur fallait administrer l’hôpital Saint Goëry et s’occuper du « bouillon des pauvres ».

    Mais l’appartenance au chapitre d’Epinal était prestigieuse et les candidates devaient justifier de leur noblesse ; jusqu’en 1761, les dames exigeaient 16 quartiers de noblesse (quatre lignes paternelles et 4 lignes maternelles), mais ensuite, il fallait apporter la preuve de noblesse d’épée sur 8 générations, en ne retenant que la filiation masculine du père et de la mère.

    Si, pour les familles aristocratiques aisées, la charge de chanoinesse apportait un certain prestige, pour d’autres, moins aisées, l’octroi d’une prébende était financièrement intéressant et permettait d’éviter un mariage avilissant, en accédant à une « bonne situation » au sein de l’Eglise.

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    Ce fut le cas pour Victorine.

    Le 4 janvier 1785, l’abbesse informait le chapitre de la candidature posée par mademoiselle de Chastenay, mais la réception n’eut lieu que le 10 octobre suivant, après les délibérations capitulaires et la présentation et l’examen des preuves de noblesse.

    Elle a raconté cette réception dans ses mémoires :                                                            

    Une de mes tantes, Mme d’Argenteuil, cousine germaine de mon père, devint abbesse d’Epinal, et maman, qui avait beaucoup contribué au succès qu’elle obtint alors, lui demanda pour moi sa place, que sa nomination rendait vacante.

    J’avais alors quatorze ans, et mes parents me menèrent au chapitre afin d’y être appréhendée.

    C’était une cérémonie qui tenait de la chevalerie et de l’institution monastique.

    Les preuves de noblesse, qui dans ce chapitre étaient une filiation paternelle de huit nobles d’épée, et autant du côté maternel, étaient discutées et admises par les généalogistes du chapitre ; elles étaient jurées et publiées à la cérémonie par trois chevaliers dont les noms avaient été prouvés dans les admissions de leurs parentes.

    L’appréhendée leur présentait en reconnaissance un nœud d’épée.

    Je me souviens qu’à l’heure de vêpres tout le chapitre (ces dames étaient vingt en tout), se rendit à la maison de ma tante pour m’y prendre ; j’avais une robe noire.

    L’un des chevaliers me donna la main ; la musique de la garnison précédait.

    Quand nous fûmes dans le chœur de l’église, on me fit mettre à genoux ; l’abbesse me dit : « Que demandez-vous, ma fille ? » Réponse : « le pain et le vin de saint Goëry (patron du chapitre), pour servir Dieu et la sainte Vierge ».

    On me fit manger un biscuit, mouiller mes lèvres dans une coupe ; on me passa le grand cordon bleu, avec la croix au bout, le long manteau bordé d’hermine, l’aumusse[i], le voile noir ; tout me fut remis en un instant.

    On chanta le Te Deum, puis le cortège revint dans le même ordre, et un bal s’ouvrit chez ma tante.

    Je m’amusai beaucoup à ce bal et à ceux qui se succédèrent dans les quatre ou cinq jours de mon séjour à Epinal.

    La cérémonie me fit pleurer, parce que maman y pleura ; mais la danse me consola bien vite.

    J’étais pour le coup l’objet principal, et de droit ; j’avais des succès au bal, pour la première fois peut-être, car je n’ai jamais ni très bien ni très mal dansé.

    Le plus beau danseur du régiment de Noailles, M. Alexis du Haute, âgé de dix-huit ou dix-neuf ans, me priait aux plus belles contredanses ; ce petit hommage me fut assez sensible…

    Ce fut une assez heureuse prévoyance de la part de mes parents, que cet établissement chapitral, qui m’a fait appeler madame et m’a figuré un état…[ii] »

     [i]aumusse : cape ou pèlerine de fourrure, à capuchon, adoptée par les chanoines et les chantres, au moyen-âge ; ensuite, ils le portaient ordinairement sur le bras.

     

    [ii] Mémoires, p. - Chastenay (madame de) : Mémoires, 1771-1815 ; 2 tomes ; publiés par Alphonse Roserot ; Paris, Plon, 1896

                                                        "Quelques  chanoinesses du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "Quelques  chanoinesses du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Cette institution, comme les autres institutions religieuses, fut condamnée à disparaître avec le décret du 2 novembre 1789, mettant les biens ecclésiastiques à la disposition de la Nation.

    Les chanoinesses tentèrent de résister, continuant de célébrer leur office, revêtues de leurs insignes.

    Finalement, le 4 janvier 1791, les administrateurs du directoire du district leur intimèrent de quitter l’église.

    A cette date, les revenus du chapitre s’élevaient à 43 000 livres, dont presque la moitié allait à l’abbesse.

    En échange, les chanoinesses reçurent de l’Etat une pension.

    Quant à Victorine, malgré de nombreux prétendants, elle ne se maria point, mais on continua à l’appeler Madame ; elle écrit dans ses Mémoires, parlant de Lebrun, le troisième consul : « Je crois que je fus pour M.Lebrun une espèce d’animal rare.

    Une demoiselle appelée Madame, paraissant plus jeune que son âge, et jeune encore cependant, connaissant tout le monde… ».

    Elle mourut à Châtillon, le 9 mai 1855, dans sa maison rue du Congrès ; ainsi disparut la dernière chanoinesse d’Epinal.

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     Une autre maison de chanoinesses avait une renommée nationale, c’était celle de Neuville-les-Dames, en Bresse (dans l’Ain aujourd’hui).                                                                   

    Au haut moyen-âge, le village fut la possession de l’abbaye de Saint-Claude et un prieuré d’hommes, dépendant de cette abbaye y fut installé, pour s’occuper du spirituel comme du temporel.

    Au milieu du XIIe siècle fut créé un monastère bénédictin de femmes, dépendant du monastère bénédictin d’hommes de Saint-Claude.

    Ces religieuses, appelées chanoinesses régulières, vivaient là sans clôture et ayant chacune une maison séparée.

    Elles furent sécularisées, en 1755, en chapitre noble de chanoinesses comtesses, en vertu d’une bulle du pape Benoît XIV.

    Louis XV leur accorda le titre de « comtesses » et elles se mirent sous la protection de l’archevêque de Lyon.

    Les titres de prieure, de chantre, de sacristaine, de cellérière et d’infirmière furent éteints et supprimés, remplacés par ceux de doyenne, de chantre, de secrète ou sacristaine, entourées de dix-neuf chanoinesses prébendées, le chapitre ayant un certain nombre de revenus, en argent ou en terres.

    Aucune demoiselle ne pouvait être reçue si elle n’avait obtenu un brevet d’expectative.

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    Cette sécularisation entraîna l’arrivée des représentantes des plus grandes familles de France, et même au-delà[i], mais les frais pour les familles étaient importants.

    Les frais de réception s’élevaient à 2 000 livres, la pension était de 800 livres par an, plus 900 livres pour la table.

    Acquérir une adoption ou un emplacement dans le chapitre coûtait de 20 000 à 30 000 livres et, si l’on était obligé de construire sur un emplacement, la dépense pouvait aller jusqu’à 40 000 livres ( au chapitre d’Alix, les frais de réception étaient de 1 000 livres, bâtir une maison coutait environ 15 000 livres, mais elles devaient justifier d’une pension de 1 200 livres par an).

    Ainsi, 25 maisons virent le jour, autour des églises et de la salle capitulaire. Parmi celles-ci se trouvait la maison de Chastenay(numéro27 sur le plan).

     

    [i] Par exemple, Sophie de Grouchy, admise au chapitre en 1784, en ressortit en avril 1786 pour épouser le philosophe-mathématicien Condorcet et tint un salon important. La maison numéro 11 était celle de Lévy de Mirepoix ; celle du numéro 10, la maison de Berbis. On trouve la maison de Saxe, au numéro 25

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    En 1771, on trouve, comme chanoinesse non prébendée, Louise Charlotte de Chastenay-Lanty et, comme expectative, reçue, Marie Charlotte de Chastenay de Bricon.

    Celle-ci fut plus tard chanoinesse d’honneur et se maria, en 1779, à Amable Gabriel Louis François de Maurés de Malartic, comte de Montricoux[i].

    Elle est décédée à Châtillon, rue au Lait.  

    Mais il y a surtout les filles de Joseph Auguste de Chastenay, comte de Lanty, seigneur d’Essarois, marié à Anne Louise Elisabeth Le Bascle d’Argenteuil, chanoinesse-comtesse de Remiremont, grands-parents de Victorine[ii].Jeanne Henriette Félicité[iii] est chanoinesse de Neuville, comme sa sœur Marie Louise Agathe, qui se maria au comte du Deffand en 1766 [iv].

    Quant à Marie Louise Charlotte, non prébendée en 1778, ce doit être une autre sœur, née en 1743 [v].

    Elle est secrète en 1789.

    En 1793, elle est toujours à Neuville, alors que la plupart des autres chanoinesses avaient regagné leur famille ou avaient émigré.

    Elle fut incarcérée le 12 avril 1793, mais libérée le 14 mai, en vertu d’un décret du département du 10 mai 1793.

    Une autre famille a aussi sa maison à Neuville, la famille de Damas (numéro 28 du plan [vi]).

    Lors de la sécularisation, en 1755, la prieure était Suzanne de Damas du Rousset, âgée de 65 ans.

    Comme les demandes d’admission affluaient au nouveau chapitre noble, on décida de construire la salle capitulaire à l’emplacement de l’antique maison de madame Damas de Ruffey (numéro 3 du plan[vii]) et on décida de construire une série de demeures dans les jardins du prieur et de l’aumônier.

    Les deux premières maisons construites, symétriques, avec deux escaliers accolés, furent celles de Damas et de Chastenay.

     

    [i] Amable de Montricourt : 1729-1805. Il fut premier président au conseil souverain du Roussillon. Marie Charlotte, née le 18 mai 1747 à Bricon (52), mourut le 15 novembre 1839 à Châtillon. Elle était la fille du marquis Pierre François Hubert, marquis de Chastenay, et de Marie Armande deHumes de Cherisy

    [ii]Le mariage est du 29 septembre 1738. On trouve aussi Marie le Bascle d’Argenteuil comme chanoinesse honoraire de Neuville, en 1789 ; Anne Gabrielle (née le 5 novembre 1759), fille de Jean Louis Le Bascle, fut aussi chanoinesse à Neuville. Dans une autre branche, la fille d’Edme Charles Le Bascle, seigneur de Courcelles et Montliot, Marie, chanoinesse à Neuville, décéda à Châtillon, le 18 novembre 1787, âgée d’environ 58 ans (Edme Charles avait eu Courcelles par son mariage avec Edmée Duret).

    [iii] Née le 9 juin 1749 à Essarois, mais il n’a pas été possible de trouver la date de son décès et si elle a été mariée

    [iv] Elle est née à Essarois, le 5 février 1742 et décédée en 1818. Elle épousa le comte du Deffand à Essarois, le 22 décembre 1766

    [v] Elle est née le 18 mai 1743, à Essarois

    [vi] La maison numéro 13 était celle de Damas-de Varennes

    [vii] Probablement Madeleine de Damas de Ruffey, chanoinesse comtesse, décédée à Paris le 22 février 1763

    "Quelques  chanoinesses du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     

    Plusieurs membres des différentes branches de la famille de Damas furent chanoinesses.

    En 1771, Marie Antoinette de Damas de Vellerot est chanoinesse d’honneur et Catherine Charlotte de Damas de Courcelles chanoinesse en expectative ; en 1789, Marie Claudine de Damas est chanoinesse honoraire.

    Dans la branche de Lugny, Claudine Jeanne de Damas est secrétaire en 1771.

    Dans la branche de Cormaillon, Charles de Damas épousa Gabrielle Marguerite de Sarsfield, chanoinesse de Neuville.

    Deux de ses sœurs, Catherine Charlotte et Agnès Esprit de Damas, furent chanoinesses et ne se marièrent pas.

    Toutes les deux sont décédées à Châtillon, rue des Avocats, la première en 1823, la seconde en 1831[i].

    [i] Catherine Charlotte et Agnès Esprit étaient les filles de Charles Jules de Damas, comte de Cormaillon, seigneur de Fain-les-Montbard et de Courcelles-sous-Grignon, époux de Jacqueline Dubois d’Aisy. Catherine Charlotte est née à Fain, le 17 février 1755 et décédée le 9 janvier 1823, à Châtillon. Agnès Esprit est née à Fain, le 30 décembre 1748 et décédée à Châtillon, le 19 septembre 1831. Le fils de Charles, leur frère, fut ministre des Affaires étrangères et ministre de la Guerre.

    "Quelques  chanoinesses du Châtillonnais", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Si les chapitres de dames nobles furent souvent un refuge pour des cadettes de famille nobles peu fortunées, ceux-ci n’en étaient pas moins des lieux de sociabilité, ayant exercé une fonction sociale, religieuse et éducative pour nombre de jeunes filles au XVIIIe siècle.

                                                                                                               Dominique Masson

    Sources :

    Imprimées :                                                                                                                 - almanach astronomique et historique de la ville de Lyon et des provinces du lyonnais, Forez et beaujolais ; 1771, etc.                                                                                                        - Chastenay (madame de) : Mémoires, 1771-1815 ; 2 tomes ; publiés par Alphonse Roserot ; Paris, Plon, 1896                                                                                                                                    - Ducas : nobiliaire universel de France, ou recueil général des généalogies historiques des maisons nobles de ce royaume ; Paris ; tome 21                                                                                                                   -Kastener Jean : la dernière chanoinesse d’Epinal, madame de Chastenay (1771-1855) ; la Révolution dans les Vosges, bulletin du comité départemental des Vosges pour la recherche et la publication des documents économiques de la Révolution française ; 19e année ; 1930-1931 ; Epinal, 1931           - Marchal Corinne : l’éducation et la culture des chanoinesses nobles dans la France du XVIIIe siècle ; mélanges offerts à Roger Marchal ; Nancy, 2007                                                -Sécularisation et statuts du noble chapitre de Neuville les Dame, en Bresse ; Lyon, 1756

    Internet :                                                                                                                                             - Bécourt d’Hénin Danielle :https://leschanoinessesdalix.jimdo.com                                                        - Bibliothèques et médiathèques intercommunales d’Epinal                                                                   - Histoire des chanoinesses-association église Saint-Maurice de Neuville : www.asso-eglise-saint-maurice.fr                    

     


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