• Notule d’histoire châtillonnaise

    De mystérieuses croix percées

     La première croix percée se rencontre à Charrey-sur-Seine.

    Elle provient de l’ancien cimetière qui entourait l’église, supprimé en 1879. La croix fut placée alors le long d’un chemin.

    Elle a été de nouveau déplacée et érigée en bordure d’un petit square, le long de la rue de la Pierre Percée. Elle daterait du XIVe siècle.                                                     

    Elle a été inscrite, au titre des monuments historiques, par arrêté du 7 décembre 1925.

    "De mystérieuses croix percées", un notule d'Histoire de Dominique Masson

     A la base, se trouve un socle en pierre, rectangulaire, dans lequel le fût, en plusieurs parties, vient s’encastrer.

    Un boudin fait la transition entre le fût et le socle.

    Au sommet, on trouve quatre quarts  de cercle, accolés inversement dans un losangeou un carré, laissant en leur centre un évidement.

    Chaque arc est souligné par un trait creusé dans la pierre, ne se rejoignant pas, mais ménageant, aux extrémités, un petit triangle entre les deux arcs.   

    Cette croix était réputée guérir de diverses maladies les enfants que l’on faisait passer par l’évidement.

    Il fallait sûrement avoir une échelle, la croix mesurant environ trois mètres de haut.

    "De mystérieuses croix percées", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "De mystérieuses croix percées", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    De telles croix, bien que rares, se rencontrent ailleurs en France, à l’époque romane; celle de Pluneret, dans le Morbihan, en granit, est datée du XIIIe siècle.

    Aucune légende n’y est associée, même si certains ont voulu voir, dans la croix percée de Neaufles-Saint-Martin (Eure), une croix templière.

    Cette dernière date de la deuxième moitié du XIIe siècle.

    "De mystérieuses croix percées", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    La deuxième croix est plus énigmatique; c’est celle de Semond.  

    Elle ne semble pas avoir été déplacée et se trouve actuellement au milieu des bois.

    "De mystérieuses croix percées", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "De mystérieuses croix percées", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    On l'appelle "la croix percée" ou "la belle croix".

    Les éléments constituant cette croix sont un peu différents de ceux de la croix de Charrey.       

    L’ensemble est monolithe. Le fût de la colonne est carré, avec côtés chanfreinés; ces chanfreins s’arrêtent à la partie inférieure et supérieure du fût.

    La partie supérieure est constituée de la croix évidée.

    La partie inférieure est encastrée dans une dalle horizontale rectangulaire.                 

    L’ensemble se trouve au début de la rupture de pente du plateau, sur une petite terrasse aménagée horizontalement, à un kilomètre de Semond. Elle daterait du XIVe siècle.                            

    Elle a été inscrite, au titre des monuments historiques, le 10 novembre 1925.

    "De mystérieuses croix percées", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Pour certains, les pointes tronquées laisseraient à penser qu’il pourrait s’agir de la récupération d’un élément architectural préexistant; mais les pointes sont sculptées en arrondis, et ne semblent pas pouvoir se raccorder à d’autres éléments.

    Plusieurs légendes sont attachées à cette croix.

    Pour certains, afin de guérir les enfants malades de certaines maladies, on les faisait passer par l’évidement de la croix.

    C’est plus facile qu’à Charrey, la croix ne mesurant qu’environ deux mètres.

    Pour d’autres, ils prétendent que, les soirs de pleine lune, il fallait y passer dix fois de suite pour vaincre les maux de ventre.

    Enfin, il y a ceux qui pensent qu’elle matérialiserait la tombe d’un soldat romain ou encore d’une religieuse, ou bien que la croix sanctifie une motte qui passe pour druidique.                

    C’est dans ces parages que fut martyrisé saint Florentin, avec Hilaire et Aphrodise.   

    L’accès à cette croix est balisé.

    Sur la route D 101, de Villaines-en-Duesmois à Semond, sur sa droite (parking à gauche), on voit deux poteaux avec des indications (Bouchot des Roches, altitude 390 m.).

    Il faut suivre les indications de celui qui indique la croix percée ; le parcours est balisé en traits bleus horizontaux.

    La distance jusqu’à la croix est de 4 km, A/R (on peut continuer sur la route goudronnée et trouver un chemin plus court, - 1 km, A/R-, mais le poteau est peu visible de la route).

    On marche les trois quarts du temps sur le ballast de l’ancienne voie du « tacot », et l’on rencontre de temps en temps de petits ouvrages d’art, permettant à l’eau de s’écouler en dessous.

    Ensuite, un chemin plus mauvais, bifurquant à droite, mais sur une courte distance, vous emmène jusqu’à la croix.

    Ces formes de croix évidées sont peut-être à rapprocher à de semblables, mais sculptées sur des pierres tombales, comme en l’église de Bure-les-Templiers.

    "De mystérieuses croix percées", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "De mystérieuses croix percées", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    (Dominique Masson)

    Merci à Dominique Masson pour ses notules si intéressants sur l'Histoire du Châtillonnais.

    D'autres, tout aussi passionnants suivront, pour le plus grand plaisir des lecteurs....


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  • Un passionnant "Notule d’histoire" de Dominique Masson sur :

    La révolte du lanturlu de Dijon

    En 1630 La revue « Les Annales de Bourgogne »a consacré son tome 91 (3-4 2019) à cette révolte qui a marqué profondément les esprits au XVIIe siècle, à Dijon, car étant l’une des plus importantes révoltes populaires sous l’Ancien Régime, même s’il y eut d’autres mouvements urbains dans la première moitié du XVIIIe siècle au royaume de France.

    Comme dans la plupart des cas, le motif principal est d’ordre fiscal.

    Devenu duc de Bourgogne en 1467, Charles le téméraire avait voulu reconstituer l’ancienne Lotharingie en reliant tous ses domaines néerlandais aux domaines bourguignons et il chercha à s’entendre avec l’empereur d’Allemagne en vue d’obtenir une éventuelle couronne.

    Mais les bourguignons étaient mal perçus et s’attirèrent l’hostilité des suisses qui, avec les troupes lorraines, battirent Charles et le tuèrent au siège de Nancy, en 1477.

    La Bourgogne fut alors divisée en deux, avec une partie amenée par la fille héritière du duc, Marie de Bourgogne, mariée à Maximilien d’Autriche, qui apporte aux Habsbourg le comté de Bourgogne (la Franche-Comté) ainsi que les Pays-Bas bourguignons, et de l’autre le duché de Bourgogne, que le roi de France Louis XI rattache définitivement à la France.

    Mais, dans le duché de Bourgogne, à côté du duc, se trouvaient les Etats, institution composée de représentants des trois « ordres », apparue vers 1350.

    Ils étaient chargés d’examiner les demandes d’impositions extraordinaires émises par le duc de Bourgogne, pouvant les accorder, les refuser ou les amender.

    En 1477, après la mort de Charles le Téméraire, ils surent négocier la soumission du duché auprès de Louis XI, et obtinrent le privilège qui subordonnait la levée des impôts à leur consentement.

    Ils devinrent les garants et les défenseurs de ces privilèges.

    Au siècle suivant, ces Etats se transformeront en une commission de gouvernement provincial disposant d’un véritable budget, « consentant » à l’impôt, et capable de s’opposer, pour le bien de la province, aux exigences gouvernementales émises par les ministres ou les intendants.

    Leur rôle essentiel fut, tout au long de l’Ancien Régime, de négocier le montant de l’impôt avec les commissaires ou intendants royaux, d’en assurer la répartition par paroisses et d’en contrôler la collecte.

    La Bourgogne ne fut pas la seule à bénéficier de ce régime ; d’autres provinces, entrées tardivement dans le royaume de France, avaient aussi gardé leurs états provinciaux, et donc un peu d’indépendance.

    Ces provinces furent appelées provinces d’Etat, par opposition à celles où les états avaient été supprimés et où le roi, par l’intermédiaire de son représentant, répartissait les impôts (il existait aussi les pays d’imposition, dépendant de la seule autorité du roi).

    En Bourgogne les états sont réunis tous les trois ans pour voter le tribut au roi.

    Il se nomme le « don gratuit », pléonasme qui marque le caractère volontaire du geste.

    En fait, le marchandage était fictif et la somme était dictée par le roi à travers le contrôleur général des finances.

    Par contre, ce sont les états de Bourgogne qui ont toujours voulu assurer le recouvrement et le maniement de l’impôt.

    Les décisions des Etats étaient exécutées par les élus. Ceux-ci comprenaient sept membres : un représentant du clergé, un de la noblesse et deux du tiers état, plus l’élu du roi et deux de la Chambre des Comptes.

    Ils étaient assistés du personnel des bureaux et du trésorier des états de Bourgogne. A l’échelon inférieur, se trouvait le personnel proprement dédié au maniement de l’argent : les receveurs particuliers dans chaque bailliage.

    Il y avait 34 subdélégations, dont une à Châtillon.

    Au niveau local, la province est divisée en feux, à rapprocher des foyers fiscaux ; la répartition des sommes à payer au niveau de ces feux est faite par des habitants des communautés élus, les asséeurs, responsables sur leurs biens. Ils doivent être au moins 4 et sont défrayés pour le travail fourni.

    "La révolte du Lanturlu", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Le roi Louis XIII, aidé par son ministre, le cardinal de  Richelieu, cherche, en ce début du XVIIe siècle, à assurer l‘autorité royale, la soumission fiscale (il faut assurer les dépenses de la guerre de Trente Ans)  et le renforcement de l’absolutisme, au détriment des libertés provinciales.

    Le roi Henri II avait déjà tenté d’instaurer six élections en 1554 en Bourgogne, en vain.  

    Louis XIII veut refaire une tentative.

    En Dauphiné, les Etats provinciaux furent suspendus en 1628 et, à partir de 1630, un intendant vint représenter directement le pouvoir royal dans la province.          

    La royauté voulut faire la même chose en Bourgogne.

    Par un édit de juin 1629, Richelieu décida d’imposer à la Bourgogne, pays d’Etat, un régime administratif de pays d’élections : « Nous avons par ce présent édit perpétuel et irrévocable, créé, érigé et établi en l’étendue de notre pays et généralité de Bourgogne , dix sièges et bureaux d’élections sur le fait et justice de nos aides, tailles, taillon, subsides, impositions et autres levées généralement quelconques, dont la connaissance appartient à nos officiers des autres élections de notre royaume, et qui leur sont attribués par nos édits, ordonnances, arrêts et règlements depuis intervenus. Lesquels sièges et bureaux d’élections seront établis, à savoir en nos villes Dijon, Chalon, Beaune, Semur, Autun, Avallon, Auxonne, Châtillon, Nuits et Charolles… ».

    Pour Châtillon, il était prévu l’installation : «  d’un conseiller président élu, aux gages de quatre cents livres, cinquante livres de taxation ordinaires, cinquante livres de droits et chevauchées ; d’un conseiller lieutenant élu ; d’un conseiller lieutenant élu ; d’un conseiller premier élu assesseur civil et criminel ; de quatre autres conseillers élus et trois conseillers contrôleurs élus, aux gages de trois cents livres chacun, et mêmes droits que le président en ladite élection ; d’un conseiller avocat, aux gages de cent cinquante livres, cinquante livres de taxations ordinaires ; d’un conseiller et procureur pour nous, aux mêmes gages et droits ; de deux conseillers receveurs alternatifs et triennal des aides , tailles, taillon et autres levées,payeurs des gages et droits des officiers de ladite élection, aux gages chacun de six cents livres, tant en année d’exercice que hors icelui, et de six deniers pour livre de taxations en hérédité de tout le maniement qu’ils auront en l’année de leur exercice ; de trois greffiers héréditaires et trois maîtres clercs ancien, alternatif et triennal ; un greffier des affirmations , un garde des petits sceaux, et deux commissaires des tailles en ladite élection, aux mêmes gages et droits héréditaires et attributions que les quatre officiers de pareille nature en l’élection de Dijon ; de deux huissiers audienciers avec pouvoir d’exploiter tous actes de justice dans l’étendue de notre royaume aux droits ordinaires à gages de vingt livres chacun ; de deux sergents en ladite élection, avec le même pouvoir d’exploiter par tout le royaume, aux gages de dix livres chacun ; de quatre procureurs postulants en ladite élection, sans gages ». 

     Dès novembre 1629, les députés des trois ordres se saisissent de cet édit des élections et vont estimer que le projet était préjudiciable à Dijon et à la province ; le maire de la ville adressa une lettre en ce sens aux échevins.

    Mais la Chambre des Comptes, favorable au pouvoir royal, soutint cette réforme.

    La première décision des élus, sans attendre la réunion à venir des Etats, fut d’user de leur faculté de remontrance au roi, lui montant combien cette décision était désavantageuse à la province et contraire à ses privilèges.

    Ils députent auprès du roi des représentants de trois ordres : Claude de la Magdeleine, évêque d’Autun, avec Blondeau, abbé d’Oigny et Fleutelot, prieur ; Henry de Saulx-Tavannes, avec les seigneurs de Rabutin et de Barnay ; et le maire de Dijon, le vierg d’Autun et le trésorier de France ; mais cette délégation n’aura aucun effet.

    "La révolte du Lanturlu", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Les vignerons estimèrent être les premiers concernés par le nouvel édit, car les éventuels nouveaux impôts porteraient sur le vin ; jusqu’à présent, le vin n’était taxé que lorsqu’il était exporté hors de la Bourgogne, pas à l’intérieur.                                                                          Les événements débutent le 27 février, car le bruit court que la Chambre des Comptes va approuver la réforme.

    Une cinquantaine de personnes défile joyeusement et fait du tapage tard dans la nuit.

    Mais, le lendemain, les vignerons s’attroupent, avec à leur tête Anatoire Changenet.

    Les manifestants défilent en chantant « lanturlelu », mot composé de  « la » + « turelure », onomatopée employée dans certains refrains de chansons populaires, d’après le nom d’un instrument de musique désignant une cornemuse, un flageolet.

    C’était devenu le refrain d’une chanson qui se moquait de Richelieu, indiquant, soit un refus, soit une réponse évasive (on disait : c’est toujours la même turelure : c’est toujours la même chose).

    Ces manifestants brûlent un portrait du roi et vont saccager sept maisons de notables,  appartenant à la Chambre des Comptes ou représentant le pouvoir.

    La rébellion reprend le Ier mars, mais le commandant Mirebeau fait tirer sur les mutins ; il y aura une dizaine de morts (Anatoire Changenet sera jugé en mars 1631).

    Louis XII, alors en visite à Troyes, se rendit à Dijon le 26 avril 1630.

    Les dijonnais ayant fait leur soumission, le roi leur pardonna, mais leur imposa de lourdes sanctions, près de 150 000 livres.

    Le nouveau gouverneur, Henri II de bourbon-Condé, obtint, le 26 mars 1631, la révocation de l’édit d’élection, le rétablissement des privilèges de Dijon et l’élection des échevins dans leur forme antérieure, ainsi que la prééminence des Etats sur la Chambre des Comptes et le Parlement.         

    Cette grâce peut s’expliquer par l’indifférence des bourguignons lors de la chevauchée de Gaston d’Orléans, en mars 1631, en révolte contre son frère le roi.

    Ce dernier vit que  les dirigeants de la Bourgogne étaient en mesure de contrôler la province en sa faveur.

    Il faut aussi évoquer le réseau des relations des échevins, pouvant plaider auprès du roi.

    Enfin, la Bourgogne restait une place avancée devant la Comté, aux mains du roi d’Espagne.

    Et, en France, tout se termine par une chanson :

    Le roy nostre Sir        

    Pour bonnes raisons 

      Que l'on n'ose dire  

        Et que nous taisons

         Nous a fait deffence 

       De chanter Lanturelu   


    Lanturlu, lanturllu, lanturlu, lanturlure 
                                                                                                           (« Lettres et autres œuvres de monsieur de Voiture ; 1687)

     

                                            (Dominique Masson)


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  •  Dominique Masson, Historien, propose aux lecteurs de ce blog des "notules d'Histoire" qui nous révèlent, ou rappellent, des événements intéressants qui ont eu lieu dans le Châtillonnais.

    Aujourd'hui il nous présente quelques commémorations  qui devraient avoir lieu en 2020, merci à lui et à son érudition !

    Les commémorations en 2020

    L’Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Dijon a fait paraître les célébrations de Bourgogne pour cette année 2020. Voici quelques-unes des dates retenues pour le Châtillonnais :

    1720 : année de naissance de Bossu. 

     Jean Bernard Bossu est né le 29 septembre 1720 à Baigneux-les-Juifs, d’une famille de médecins.

    Mais il préfère être, d’abord officier d’infanterie, puis officier de marine et sera à ce titre envoyé à la garnison de la Nouvelle-Orléans.

    Il va ensuite explorer le long du fleuve Mississippi et rencontrer les populations amérindiennes qui vivent sur ses rives.

    Il se lie d’amitié avec la tribu des Arkansas, qui le reconnaît pour guerrier et pour chef.

    Au printemps  de 1757, il retourne en France. Il fait un deuxième voyage en 1759 mais, déçu de ne pas être nommé à un commandement, il manifeste son désaccord, ce qui le fait embastiller lors de son retour en France, en 1759.

    Cependant le roi Louis XV le réhabilite, lui accorde une pension de capitaine et le décore de l’ordre de la Croix de Saint-Louis. Il effectuera un troisième voyage en 1770 et sera e retour en France en août 1771 

    De son premier long séjour, il tire : Nouveaux Voyages aux Indes Occidentales ; Contenant une Relation des différents Peuples qui habitent les environs du grand Fleuve Saint-Louis, appelé vulgairement le Mississippi; leur religion ; leur gouvernement ; leurs mœurs ; leurs guerres et leur commerce.

    Edité à Paris en 1768, ce livre d’ethnologie eut un succès considérable ; rapidement, il y eut quatre éditions successives à Paris et Amsterdam, en français, puis en hollandais (1769), en anglais (1771), en allemand (1771-1774), et en russe (1783).  

     Au retour de son troisième voyage, il publia en 1777, à Amsterdam, Nouveaux Voyages dans l'Amérique septentrionale contenant une collection de lettres de l'auteur à son ami.            

      Il habitait une partie de l’année à Auxerre. C’est en se rendant de cette ville à Aisey-le-Duc qu’il mourut à Montbard, le 4 mai 1792, et où il fut enterré le lendemain.

    "Les commémorations en 2020", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    1770 : année de naissance de Rolle.  

    Pierre Nicolas Rolle est né à Châtillon le 17 juillet 1770. Descendant du mathématicien Michel Rolle, dont un théorème porte son nom, il fut reçu avocat en 1789.

    Il exerça jusqu’en 1792, mais s’enrôla ensuite dans une compagnie faisant partie des colonnes infernales.

    Elève à l’Ecole Normale et ayant abandonné la carrière militaire, il devint ensuite directeur adjoint de l’Ecole centrale des Travaux publics (future Ecole polytechnique).

    Il devient aussi collaborateur à la Revue philosophique, au Mercure de France et à la Revue encyclopédique.

    Bibliophile, il est nommé en 1810 bibliothécaire de la Ville de Paris. Il sera aussi conservateur de la bibliothèque de Châtillon.

    Il obtient le prix de l’Académie des inscriptions et belles-lettres pour un mémoire sur la mythologie et les religions antiques. Il en tirera, en 1824, un ouvrage en trois volumes, Recherches sur le culte de Bacchus.   

    Il avait fait l’acquisition, en 1796, de la forge et du fourneau de Voulaines-les-Templiers, conjointement avec François Ligeret, de Dijon. Il la revendit, avant 1807, à son beau-frère, Richard Claude Cousturier.                             

     Membre de la Société phylotechnique de Paris, président de l’Académie des antiquaires de France, il fut aussi, en l’an IV et V (1795-1797), conseiller général de Côte d’Or et maire de Chaume-les-Baigneux du 10 novembre 1831 à janvier 1852.

    C’est là qu’il décède, le 23 août 1855.

    "Les commémorations en 2020", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    1820 : année de naissance de Ronot.   

     Charles Ronot est né à Belan-sur-Ource le 28 mai 1820.

    Après des études au collège de Châtillon, il étudie le droit à Dijon et à Paris. Il passe sa thèse de droit en 1842, mais préfère ensuite faire carrière comme peintre.

    Elève d’Auguste-Barthélémy Glaize, il devient professeur de peinture, puis, directeur de l’école municipale de dessin à Châtillon ; il deviendra ensuite inspecteur de l’enseignement des beaux-arts à Dijon, en 1878, et enfin directeur de l’école des beaux-arts de Dijon en 1880. 

     Peintre essentiellement de scènes historiques, il participe aux salons parisiens à partir de 1857 (il se verra décerner une médaille en 1876 et 1878). Le 5 mars 1887, il est nommé membre correspondant de l’Académie des Beaux-Arts. Ses œuvres se trouvent dans de nombreux musées français, dont le Louvre.

    Dans le châtillonnais, on trouve deux tableaux d’autel (Saint Côme et Damien ; la Vierge à l’Enfant ; 1852) dans l’église de Brémur-et-Vaurois ; et, dans l’église de Grancey-sur-Ource, deux tableaux (le martyre de saint Quentin, 1848, et la Résurrection du Christ, 1849), ainsi qu’une partie des tableaux du chemin de croix (le Baptême du Christ, dans l’église de Villiers-le-Duc, pourrait être également de lui).  

    Une rue à Dijon et une à Châtillon portent son nom. Il meurt à Dijon, le 21 janvier 1895.

    "Les commémorations en 2020", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    1920 : année de naissance de Michel Sordel.

    Michel Sordel est né à Aubepierre-sur-Aube, en Haute-Marne, le 11 novembre 1920.

    Ingénieur agronome en 1943, il enseigne aux agriculteurs tout en participant à la Résistance.

    Après-guerre, il s’installe à la ferme de la Pidance à Châtillon ; il œuvre à la relance de l’agriculture en Côte d’Or en étant élu, en 1961, président des magasins et silos de Châtillon.

    Il sera ensuite président de la chambre départementale de la Côte d’Or, vice-président de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture et, de 1970 à 1971, membre du Conseil économique et social. 

    Elu maire de Châtillon en 1965, il devient également sénateur de la Côte d’Or en 1971 (Républicain indépendant, il rejoint en 1977 le groupe sénatorial de l’Union des Républicains et des Indépendants).

    Tout au long de son mandat, il prend une part active aux travaux de la commission des affaires économiques et du Plan.

    Il consacre l'essentiel de son activité parlementaire à des études très spécialisées sur les problèmes de la filière agricole, notamment en étant plusieurs fois rapporteur sur le projet de budget consacré à l’agriculture, sur la loi d’orientation agricole, sur les questions de réglementation foncière ou sur la loi relative à la pharmacie vétérinaire.

    Il intervient aussi dans des commissions chargées de préparer des projets de loi concernant l’agriculture.    

     A côté de ses fonctions politiques, il est président de l'Union nationale des coopératives de céréales de 1974 à 1990, vice-président la confédération française de la coopération agricole, et il siège entre 1977 et 1989 au Conseil supérieur de la coopération, regroupant les représentants de coopératives, d'administrations et du Parlement.

    Nommé membre de l'Académie d'Agriculture en octobre 1972 (il en sera président en 1992), il sera fait chevalier de la Légion d'honneur, officier du Mérite agricole, maire honoraire de Châtillon-sur-Seine et sénateur honoraire de Côte-d'Or.     

    Il décède le 23 février 1994, à Châtillon-sur-Seine. L’hôpital de la ville porte son nom.

    "Les commémorations en 2020", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    On peut également évoquer le décès, en 1770, de Jean-Antoine Caristie.                                        

    Il est né à Borgogesia, dans le Piémont italien, en 1719. Ayant émigré, il s’installe à Dijon et se fait naturaliser.

    Architecte de talent, ses constructions sont de style classique, présentant un caractère simple et élégant. On trouve de ses constructions aussi bien en Bourgogne (casernes d’Auxonne, châteaux, etc.) qu’à Langres (façade de la cathédrale). 

      Il construisit également plusieurs églises, dont celle de Beneuvre, en 1765-1766. Elle est en croix latine à un seul vaisseau, et d’architecture traditionnelle de « style italien ».

    "Les commémorations en 2020", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    Des événements sont aussi à célébrer.

     1870-1871 : la guerre franco-prussienne

    Le 2 septembre 1870, Napoléon III, empereur des Français, capitule à Sedan, face aux troupes du roi de Prusse, Guillaume Ier. En France, la République est proclamée le 4 septembre. Dès lors, l’avancée des troupes ennemies en direction de Paris est inexorable. Des volontaires, mobiles et francs-tireurs, ne peuvent empêcher que l’Yonne et la Côte d’Or soient envahies dès le début de novembre 1870.                   

    Le ministre de l’Intérieur et de la Guerre, Léon Gambetta, confie à Giuseppe Garibaldi, qui a offert ses services à la France, le commandement de tous les corps francs de la zone des Vosges.

    Le 11 novembre, il organise l’armée des Vosges, sous le commandement de ses deux fils, Menotti et Ricciotti.

    C’est ce dernier qui attaquera les troupes prussiennes à Châtillon (« la surprise de Châtillon »), le 19 novembre.

    Le 21 janvier 1871, Garibaldi pourra entrer provisoirement à Dijon.

    Malgré un armistice signé le 28 janvier 1871 entre Jules Favre et Otto von Bismarck, la Côte d’Or n’est pas concernée et restera soumise à l’occupant.

    Le traité de paix sera signé à Francfort-sur-le-Main, le 10 mai 1871, la France étant soumise à de très lourdes indemnités.

    Une exposition sur la guerre de 1870 et la « surprise de Châtillon » se tiendra du 7 au 15 novembre 2020, à la mairie de Châtillon.

    "Les commémorations en 2020", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    On peut rajouter à cette liste les inondations de 1910

    Pendant 15 mois, presque continuellement, les pluies n’avaient cessé de tomber sur la région châtillonnaise.

    La Seine déborda les 11 et 12 septembre, à une époque où, normalement, le lit était presque à sec.

    Des pluies diluviennes s’abattirent du 16 au 18 janvier 1910, gonflant aussi bien la Seine que ses affluents.

    La conséquence, ce furent les inondations des 19, 20 et 21 janvier dans le Châtillonnais. Paris et sa région furent inondés du 20 au 23 janvier. Le 28 janvier, la Seine à Paris atteignit son maximum historique (8, 68 m). On circula en barque.    

     Dans le Châtillonnais, une seconde crue intervint les 7 et 8 février.

    Si les dégâts humains le long de la Seine ont été faibles, ceux matériels seront considérables. Il faudra plus d’un mois pour que le fleuve retrouve son débit normal.

    "Les commémorations en 2020", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    "Les commémorations en 2020", un notule d'Histoire de Dominique Masson

    (Dominique Masson)

                                                                                                    


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  •  Notule d’histoire châtillonnaise

    La famille Eiffel et le châtillonnais

     Gustave Eiffel a été à l’honneur en 2019, avec des manifestations et un film en cours de tournage sur sa vie.

    Le nom d’origine de la famille n’est pas Eiffel, mais Bonickhausen et, pendant longtemps, il sera écrit : « dit Eiffel » ; ce n’est que le premier avril 1879, par décret, que Gustave obtiendra officiellement le droit de ne plus faire état de Bonickhausen dans les textes officiels.

    La famille Eiffel et le Châtillonnais

    Aux origines, il y a un bourgeois né près de Cologne, dans le Saint Empire Germanique, en 1680, mais qui va fuir les guerres et s’établir en France, vers 1700. Dans son désir de s’assimiler, il va adopter un prénom français (Jean René, au lieu de Guillaume Henri) et fonder un foyer à Paris.

    L’un de ses descendants, François-Alexandre, va s’engager, à 16 ans, pendant la période révolutionnaire, comme volontaire dans le Régiment des Hussards de Bercheny, et participe aux campagnes d’Eugène de Beauharnais en Italie.

    Après la chute de l’Empire, il se réengage, faute de mieux, comme simple soldat et mène une vie végétative, de garnison en garnison. C’est ainsi qu’il se retrouve cantonné à Dijon, où il rencontre la fille d’un marchand de bois, Catherine-Mélanie Moneuse, qu’il épouse le 23 novembre 1824.

    Celle-ci va pousser son mari à prendre un poste à la sous-intendance militaire de Dijon puis à la préfecture ; le jeune ménage s’installe quai Nicolas-Rolin, chez les parents Moneuse. 

    Mais, à la mort du père de Mélanie, en 1831, Alexandre rejoint sa femme pour la seconder dans son négoce et celle-ci se lance dans le commerce d’un combustible très demandé, le charbon, auquel elle ajoute le coke, le bois et le gaz.

    En 1833, elle devient entrepositaire des mines de Blanzy, en Saône et Loire, et travaille aussi avec celle de Rive-de-Gier, dans le département de la Loire, grâce à l’ouverture complète du canal de Bourgogne, en 1832.

    En 1836, comme l’ouverture de la voie ferrée d’Epinac au canal permet à la Compagnie d’Epinac de baisser fortement ses prix, Mélanie Moneuse-Bonickhausen passe une convention avec elle, pour fournir les industries de Bourgogne en charbon et coke de meilleure qualité, à des prix plus intéressants, et dans des délais de transport désormais plus courts que ceux de Blanzy[i].

    Elle fournit, entre autre, les forges de Montbard et de Châtillon-Sainte Colombe, qui sont des clients importants ; plus de six mille cinq cent mesures, soit quatre bateaux de charbon, leurs sont destinés, par mois (le charbon est vendu 1,95 F l’hectolitre à Montbard).

    Elle fournit également la forge de Chenecières ; en 1834, les frères Lapérouse acquirent les lieux et y installèrent des laminoirs, en renforçant le bief et en substituant au bois la houille d’Epinac, vendu par Mélanie Eiffel.Pour gérer les 30 000 tonnes de charbon qui arrivent au port de Dijon, l’entreprise Eiffel doit, dès 1839, déployer une logistique importante; pour cela, elle possède deux péniches pour faciliter le transport et organise le déchargement, le stockage et la vente du charbon.

    C’est sûrement lors de l’un de ses voyages d’affaire que Mélanie a repéré le jeune régisseur du fourneau de Châtillon. Car, en 1845, Joseph Maître a construit un fourneau à la place de la papeterie, avec une machine à vapeur. Au recensement de 1846, le régisseur est J.B Mailfert (26 ans) mais, au recensement de 1851, le régisseur est Joseph Collin (26 ans).

     [i] Gustave Eiffel pourra écrire, dans sa Généalogie : « La Haute Marne avec ses hauts-fourneaux de création récente, venaient s’alimenter en houille d’Epinac au port du canal de Dijon dont des chargements importants partaient chaque jour. Ma mère se tourna délibérément de ce côté et obtint d’être entrepositaire unique de ces mines pour Dijon et pour les régions voisines telles que la Haute-Marne ». Les houillères d’Epinac sont à l’époque considérées comme les plus remarquables du bassin d’Autun.

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    Le 15 décembre 1832, naît Gustave Eiffel ; il sera baptisé en la cathédrale Saint Bénigne, mais mis rapidement en nourrice.

    Marie naîtra en 1834 et Laure le 23 mars 1836.

    En 1843, ayant amassé un capital appréciable, le couple Eiffel-Bonickhausen se retira des affaires et vendit son fond de commerce. Pour Gustave, il est en pension chez sa grand-mère. Mais, l’inactivité semblant peser au couple, Alexandre devint comptable pour un marchand de bière, Edouard Regneau, lequel leur consentit la location du Castel, rue des Moulins, au milieu d’un vaste parc.

     Quant à Gustave, après des études dijonnaises, ayant son baccalauréat ès Lettres et ès Sciences en poche, il part à Paris en 1850 s’inscrire au collège Sainte Barbe, qui prépare à l’Ecole polytechnique. Mais, en 1852, il ne sera pas sur la liste des admis ; par contre, il peut entrer à l’Ecole centrale des arts et manufactures. C’est là que Gustave va se former à l’art de l’ingénieur. Son diplôme en poche, en 1855, il est en quête d’une situation. Sa mère fait alors pression sur son gendre, Joseph Collin.

    Car Mélanie a fait épouser sa seconde fille, Laure, avec l’une de ses relations d’affaire, Joseph Collin, directeur du haut fourneau de Châtillon. Né le 7 avril 1825, celui-ci est le fils d’Antoine Honoré Charles Collin, horloger à Châtillon, et d’Anne Thierry[i]. Le 23 octobre 1854, il a épousé à Dijon Laure Bonickhausen.

     [i] Antoine Honoré Charles Collin est né à Laignes, le 12 juillet 1802 ; il se marie à Châtillon le 5 juillet 1824 et décède à Châtillon le 5 juillet 1866. Anne est née à Châtillon le 21 avril 1806 (Collin s’était remarié à Claudine Sebille)

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    C’est là que sa mère envoie Gustave, espérant que son fils trouve sa voie. Il semble y être resté de septembre 1855 à janvier 1856.

    Mais Gustave écrira : « Il est constant que je n’entends pas grand-chose à la métallurgie». Surtout, il s’accorde du bon temps chez sa sœur, profitant des confitures de coing : « Je suis toujours dans une période d’engraissement. Je ne sais où cela s’arrêtera ». Ce ne sont pas les filles de Châtillon qui l’attirent, car elles ont des airs de « jardinières endimanchées » et une « dindonnerie sans pareille ».

    Ce qui l’amuse, ce sont les parties de chasse avec son beau-frère, dans les bois de Villers-Patras, où ils s’amusent à débusquer le lièvre et à tirer les alouettes ; « toutes les courses en plein soleil et cette activité m’ont donné plus de couleurs que je n’en ai jamais eu, je suis bruni comme un soldat d’Afrique »[i]. Ainsi, « je passe agréablement mes journées ici à ne rien faire »[ii].

    Mais tout a une fin pour Gustave, sa sœur accouche d’une petite fille, Josèphe Mélanie Jeanne, le 26 janvier 1856, et sa mère l’envoie à Paris, chez l’ingénieur Charles Nepveu, « constructeur de machines à vapeur, outils, forges, chaudronnerie, tôlerie, matériel fixe et roulant pour chemins de fer »,  puis il sera embauché comme ingénieur à la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest et ensuite chez un industriel belge, François Pauwels.

    Souhaitant avoir un ménage, Gustave Eiffel va épouser, le 8 juillet 1862, à Dijon, Marie Gaudelet, petite fille du brasseur qui employait son père. Nommé à la tête des ateliers de Clichy, propriété de la Compagnie Pauwels, le couple va s’installer dans cette ville. Alors qu’il vient d’être père d’une petite Claire, le 19 août 1863, il accueille chez lui sa plus jeune sœur, Laure, atteinte d’une tumeur à la gorge qui la mine, afin qu’elle soit mieux soignée.

    Sa fille, Jeanne, est recueillie par ses grands-parents, au Castel, tandis que son mari est trop occupé au fourneau de Châtillon. C’est chez Gustave que Laure s’éteindra, entourée de son frère et de son mari, le 11 août 1864.

    Elle sera enterrée à Dijon.Au foyer Eiffel naîtra, le 16 octobre de la même année, une deuxième fille, prénommée Laure en souvenir de la sœur disparue.

     [i] Lettres de septembre et octobre 1855

    [ii] Lettre du 8 janvier 1856

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    Gustave va se conduire, envers sa famille, comme un patriarche, tour à tour bienveillant et autoritaire.

    Vis-à-vis de sa nièce, Jeanne, orpheline, c’est lui qui prendra en charge son éducation, mais celle-ci, d’un caractère assez difficile, est ballotée entre ses grands-parents à Dijon et Levallois, où habite désormais Gustave. Finalement, c’est lui qui lui choisira un mari, Lucien Dupain, un polytechnicien, qu’elle épousera en 1875 à Levallois[i]

    En ce qui concerne ses beaux-frères, Gustave n’est pas tendre. Marie a épousé Armand Hussonmorel, employé à la comptabilité à la Compagnie Pauwels. Mais, comme il va faire des malversations bancaires et dépenser les 45 000 francs de la dot de sa femme ; après un conseil de famille, Armand sera poussé à prendre un bateau pour New-York et à se faire oublier[ii].                                                

    En ce qui concerne son autre beau-frère, Joseph Collin, lui aussi connaîtra des problèmes après la mort de sa femme. Incapable de s’occuper de sa fille, lui aussi va dilapider les 45 000 francs de la dot de sa femme et sera contraint de quitter le fourneau de Châtillon.

    Après un essai pour être négociant à Châtillon, Gustave va le faire travailler pour lui à partir de 1873. Il l’accompagnera dans ses voyages et l’enverra diriger les chantiers à Chinon puis, plus tard, au Portugal, pour la construction du pont Maria Pia, à Porto.

    Mais le contremaître n’en veut plus. C’est probablement à cette date qu’il va s’occuper d’une briqueterie. Cependant, Gustave fait de temps en temps appel à lui : entre avril et décembre 1884, Joseph est dépêché au Portugal, dans l’espoir de faire avancer les réclamations lors de la liquidation de la société Eiffel-Seyrig ; en juillet 1888, il intervient pour la maison Eiffel de Levallois-Perret, lors de l’attribution de construction de passerelles démontables dans Paris pour l’exposition universelle ; et, en janvier 1889, il aide Gustave à rassembler de la documentation pour le discours que ce dernier doit faire, lors de son élection à la présidence de la Société des ingénieurs civils[iii].

    Rentier et retiré à Laignes, rue des moulins, il décède le 19 mai 1890.

     [i] Elle aura un fils, Raoul ; dans le testament de Gustave Eiffel, il doit recevoir 50 000 francs

    [ii] Né à Dôle le 2 janvier 1827, il décède à New-York le 4 avril 1871. Marie se remariera à Albert Hénocque en 1872

    [iii] Selon la brochure : « travaux scientifiques exécutés à la tour de 300 mètres, de 1889 à 1900 ; Eiffel ; Paris, 1900 », Joseph et les responsables du bureau de dessin auraient reçu, en1889,  une médaille commémorative attribuée à tous ceux ayant pris part à la construction de la tour

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    Gustave Eiffel a aussi travaillé avec un autre châtillonnais, Louis Cailletet, la Tour permettant, après l’exposition universelle de 1889, des études scientifiques et justifiant, aux yeux du public parisien, l’utilité de la tour.

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    En 1892, Cailletet et Colardeau étudièrent la chute des corps à partir d’une plate-forme de la tour :

    « Il n’y a jamais eu jusqu’ici qu’un très petit nombre d’expériences exécutées sur la chute libre des corps dans l’air, en tenant compte de la résistance que l’air oppose à leur mouvement. Un de nos savants les plus éminents, M L. Cailletet … a entrepris, avec la collaboration d’un physicien des plus distingués, M.E. Colardeau, une série d’expériences à ce sujet… La résistance de l’air intéresse les ingénieurs de chemins de fer en ce qui concerne la marche des trains, les marins pour la marche des navires ; son étude est la base du problème de la direction des ballons et de celui de l’aviation… M.M Cailletet et Colardeau ont pensé que la Tour Eiffel offrait les conditions les plus avantageuses pour entreprendre les expériences les plus complètes sur la chute des corps et la résistance de l’air, en permettant les mouvements rectilignes. Un laboratoire a été installé à la seconde plate-forme de la Tour. Il renferme les appareils d’expérience et de mesures, et offre une colonne d’air de 120 mètres de hauteur, pour la chute des corps. L’installation de ce laboratoire est due à M. Eiffel, notre grand ingénieur, que l’on trouve toujours prêt à patronner les entreprises de l’intelligence, et à contribuer aux progrès de la science » ( La Nature, 9 juillet  1892).        

    La brochure, « travaux scientifiques exécutés à la tour de 300 mètres de 1889 à 1900 », transcrit le discours prononcé par Gustave Eiffel à la conférence Scienta, le 13 avril 1889.

    Il remerciait tous ceux qui l’avaient encouragé à construire sa tour :« il y a quelques jours, j’en recevais de précieux témoignages dans une ascension à la plate-forme de 300 mètres que je faisais avec MM. Mascart, Cornu et Cailletet[i]. Sur cette étroite hune, qui semble isolée dans l’espace, nous étions ensemble pris d’admiration devant ce vaste horizon, d’une régularité de ligne presque semblable à celle de la mer, et surtout devant l’énorme coupole céleste qui semble s’y appuyer et dont la dimension inusitée donne une sensation inoubliable d’un espace libre immense, tout baigné de lumière, sans premiers plans et comme en plein ciel…Sans parler d’autres nombreuses expériences que beaucoup entrevoient, M. Cailletet me permettra de vous dire qu’il étudie en ce moment un grand manomètre à mercure avec lequel on pourra réaliser avec précision des pressions allant jusqu’à 400 atmosphères ».

    Ce manomètre fut inauguré le 2 avril 1891 et son installation, servant de mesure étalon pour la fabrication de tous les manomètres industriels, eut un retentissement international.

     

    [i] Eleuthère Mascart, physicien (1837-1908), membre de l’académie des Sciences ; Alfred Cornu, physicien (1841-1902), membre de l’académie des Sciences

    La famille Eiffel et le Châtillonnais

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    (DominiqueMasson)

    Bibliographie :                                                                                                                                         Bermond Daniel : Gustave Eiffel ; Perrin ; 2002                                                                                   Brunet Véronique : Mélanie Eiffel, mère et femme d’entreprise moderne en Bourgogne ; Editions du Revermont ; 2019                                                                                                                              Carmona Michel : Eiffel ; Fayard ; 2002

    [1] Gustave Eiffel pourra écrire, dans sa Généalogie : « La Haute Marne avec ses hauts-fourneaux de création récente, venaient s’alimenter en houille d’Epinac au port du canal de Dijon dont des chargements importants partaient chaque jour. Ma mère se tourna délibérément de ce côté et obtint d’être entrepositaire unique de ces mines pour Dijon et pour les régions voisines telles que la Haute-Marne ». Les houillères d’Epinac sont à l’époque considérées comme les plus remarquables du bassin d’Autun.

    [1] Antoine Honoré Charles Collin est né à Laignes, le 12 juillet 1802 ; il se marie à Châtillon le 5 juillet 1824 et décède à Châtillon le 5 juillet 1866. Anne est née à Châtillon le 21 avril 1806 (Collin s’était remarié à Claudine Sebille)

    [1] Lettres de septembre et octobre 1855

    [1] Lettre du 8 janvier 1856

    [1] Elle aura un fils, Raoul ; dans le testament de Gustave Eiffel, il doit recevoir 50 000 francs

    [1] Né à Dôle le 2 janvier 1827, il décède à New-York le 4 avril 1871. Marie se remariera à Albert Hénocque en 1872

    [1] Selon la brochure : « travaux scientifiques exécutés à la tour de 300 mètres, de 1889 à 1900 ; Eiffel ; Paris, 1900 », Joseph et les responsables du bureau de dessin auraient reçu, en1889,  une médaille commémorative attribuée à tous ceux ayant pris part à la construction de la tour

    [1] Eleuthère Mascart, physicien (1837-1908), membre de l’académie des Sciences ; Alfred Cornu, physicien (1841-1902), membre de l’académie des Sciences

     

     

     

     


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