• Carnaval, Mi-Carême :

    C’était une fête populaire qui était courue à travers le village par les « gacheutes » et les « gachenots » costumés de vieilles drilles, la figure grimée ou un masque de carton à dix sous.

    Il fallait former une bande, aller chez  les habitants , faire les « singes », laissant à ceux-ci le soin de vous reconnaître,  quémander avec un panier n’importe  quoi, une boîte tirelire que l’on « gringuait » pour recevoir un peu d’argent. La joyeuse troupe se répandait de maisons en maisons, à la grande joie des enfants et des habitants. Il arrivait parfois qu’un esprit malin, d’un grenier, nous renverse un seau d’eau dessus et étions un peu penauds, mais le rire reprenait et l’on continuait cette folle équipée.

     Les "garguesses"

    Souvenirs de Pierre Roy, Fêtes civiles et religieuses à Aisey sur Seine au XIXème siècle

     Enormes beignets soufflés dont voici la recette :

    8 œufs, 150g de beurre, 100 g d’Astra, 15g de sel, 50g de sucre, 2 paquets de levure, 1kg de farine, 10cl d’eau de fleur d’oranger . Mélanger la farine, œufs, sel, sucre, dissoudre la levure avec l’eau de fleur d’oranger, incorporer le beurre et l’Astra.

    Bien mélanger, laisser reposer 4 h, recouvert d’un linge.

    Couper en morceaux, étendre au rouleau en fines feuilles sur un linge fariné, à l’aide d’une roulette cannelée découper des rectangles de 5x10, les refendre, faire des nœuds et autres motifs, mettre à la friture chaude, retirer, égoutter, saupoudrer de sucre semoule.

    Les « Mais »

    Ils sont encore de nos jours une coutume. Les garçons allaient dans les bois, coupaient de grandes perches de charme feuillues, les fixaient devant la demeure des jeunes filles, signifiait qu’elles étaient à l’honneur. Un « Mai » enrubanné de blanc indiquait que la jeune fille pouvait être demandée en mariage.

     Lorsque les « Mais » étaient solidement posés, sans bruit, pour faire remarquer qu’ils étaient déjà des hommes en puissance, durant le reste de la nuit, traînaient sur la place publique tout genre de matériel qu’ils trouvaient à leur portée, déployant beaucoup d’efforts : herses, charrues, tombereaux, tonne à purin, échelles, brouettes, volets…

    A chacun de venir le lendemain récupérer son bien. Personne ne se fâchait, et de dire "Oh ! les charognes ! ", c’était la tradition, encore de nos jours.

    Pendant un mois les « Mais » restaient devant les maisons, les récipiendaires en étaient fières .

    Souvenirs de Pierre Roy, Fêtes civiles et religieuses à Aisey sur Seine au XIXème siècle

    (Cliché Jean-René)

    Lorsque j'ai été nommée à Beaulieu, je ne connaissais pas du tout les coutumes villageoises (j'étais un pur produit de la ville de Dijon), quelle ne fut pas mon étonnement lorsqu'un matin , je n'ai pu ouvrir les volets de mon appartement de fonction, au dessus de la salle de classe....

    En descendant dans la rue, devant l'école, j'ai vu un arbre mis en travers de la façade...

    J'ai été voir les voisins pour leur demander ce qui se passait...

    Ils m'ont alors mis au courant de cette charmante coutume ! Eh oui c'était le 1er mai et j'étais à marier !

    Contrairement à ce que dit Pierre Roy ci-dessus, je n'ai pas gardé le " mai" devant mes fenêtres, mais le dimanche suivant avec les autres jeunes filles de Beaulieu, nous avons invité les jeunes gens à un goûter fort sympathique ! c'était aussi la coutume...


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  • La Cagne :

    En principe le temps précisait la fête des moissons appelée « la Cagne », mettant un terme aux récoltes. Repas de fête, réunissant le personnel et les gens ayant contribué aux travaux (blé, orge, avoine, navette). Il restait les pommes de terre, betteraves et autres légumineuses, houblon.

    Le 1er octobre :C’était la rentrée scolaire

    Souvenirs de Pierre Roy : fêtes civiles et religieuses à Aisey sur Seine au XIXème siècle

    (l'école est aujourd'hui fermée...)

    L'école d'Aisey sur Seine était mixte et comportait 30-35 élèves en tabliers noirs. Les cours commençaient à partir de cinq ans (petits), suivaient le cours moyen et le cours du certificat d’études.

    Deux élèves du cours moyen s’occupaient des petits, une heure le matin, une heure l’après-midi, se renouvelant chaque jour.

    On passait le certificat d’études à partir de onze ans avec de bons résultats.

    Les heures de classe : 8h à 11h et de 13h à 16h. Devoirs à exécuter à la maison. Pas de classe le jeudi, dimanche, férié le 14 juillet. Vacances à Noël, Jour de l’An, Pâques. Grandes vacances du 31 juillet au 1er octobre.

     La Toussaint :

    Dans l’église, un grand catafalque était dressé dans le chœur. Messe d’enterrement 1ère classe. Enfants de chœur en robe et calottes noires, surplis blancs. Chants et musiques mortuaires à l’harmonium.

    La Fête des Morts :

    Le lendemain se déroulait un service semblable à un enterrement. Au centre du cimetière, prières, bénédictions à la mémoire des morts des familles. Chaque famille apportait un bouquet de fleurs ou une couronne en lierre. On ne voyait que très peu de chrysanthèmes qui n’étaient pas commercialisés comme maintenant. Les anciens voyaient presque chaque Toussaint sous la neige.

    Fête de la Victoire Armistice de la guerre 1914-1918, le 11 novembre

    Souvenirs de Pierre Roy : fêtes civiles et religieuses à Aisey sur Seine au XIXème siècle

     Les élèves qui le désiraient allaient à la messe, puis à la bénédiction du monument aux Morts. Les écoliers se retrouvaient à l’école, conduits en rang par l’instituteur, précédant la population.

    Discours fort simple de monsieur le Maire, rappel au souvenir de ceux qui ont bien servi la Patrie, les enfants reprenant « ont droit qu’à leur souvenir la foule vienne et prie », suivi d’un petit poème dit par un élève.

    Pendant quelques années après la cérémonie, les anciens combattants disparaissant peu à peu les mœurs s’éteignirent. Traité de Paix entre la France et l’Allemagne signé à Versailles le 28 juin 1919. Les gens n’en savaient rien.

    Le 25 novembre, la sainte Catherine :

    Sainte Catherine, fête des jeunes filles, jusqu’à 25 ans (et plus) . Elles préparaient un goûter chez une fille puis bal le soir dans un café, les mamans occupaient les bancs tandis que les jeunes filles dansaient. Les jeunes gens des alentours participaient à la fête. Le retour s’effectuait en compagnie des parents.

    La saint Nicolas :

    Fête des garçons, ceux-ci couraient le pays l’après-midi afin de récolter des dons qui serviraient à préparer un goûter dans les mêmes conditions que les Catherinettes. La musique était celle d'un violoneux du pays, à saint Germain, c’était Emile Raillard.


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  • Noël

    Souvenirs de Pierre Roy : les fêtes civiles et religieuses à Aisey sur Seine au XIXème siècle (cinquième partie)

     La cérémonie de Noël était célébrée à l’église dans une ambiance de calme et de recueillement en attendant minuit, la venue du Messie .

    La crèche était constituée de quatre sapins de bonne taille, de papier gris, de mousse, de paille, la grotte reproduite avec l’enfant Jésus, tous les rois mages et animaux 30/35cm ce qui donnait une idée plus appropriée que les sujets et autres santons de 6cm.

    On venait y allumer une petite bougie.

    Minuit moins le quart, la vieille cloche tintait, les fidèles se rendaient à cette messe à pied, avec la lanterne à bougie ou tempête à pétrole.

    Dans l’obscurité du village, on voyait ces petites « luzottes » (lumières) converger vers le pôle de la sagesse.

    Les rues étaient obscures, la lumière électrique n’existait pas (1928).

    Dans l’église tous les beaux lustres étaient garnis de bougies allumées, tandis  qu’un gros cubilot américain tentait de réchauffer l’air.

    A minuit, les cloches sonnaient à toute volée, puis l’office se déroulait avec communion pour les fidèles préparés à ce repas .

    La messe terminée, chacun regagnait ses pénates, quelques groupes de jeunes gens et jeunes filles se réunissaient dans une famille, 10 à 12 personnes. Devant l’âtre de la cheminée où les flammes pétillaient, dans une grande poële à trous, à long manche, les marrons crépitaient, ceux-ci fendus au centre afin qu’ils soient  plus faciles à éplucher pour les déguster. On grignotait des noisettes, des noix arrosées d’un bol de vin chaud sucré, c’était modeste en comparaison des réveillons d’aujourd’hui.

    Souvenirs de Pierre Roy : les fêtes civiles et religieuses à Aisey sur Seine au XIXème siècle (cinquième partie)

    Avant ou après la messe de Minuit, selon certains, les enfants ciraient chaussures et sabots, les rangeaient près de la cheminée, qui était le mode de chauffage assez classique.

    Au matin, dans ceux-ci il y avait deux oranges, quelques bon bons et papillottes . On remerciait le Père Noël en parlant dans la cheminée.

    Les portes étaient ouvertes afin d’adoucir la température des pièces avant d’aller se coucher dans des lits froids. Chacun avait soit un cruchon d’eau bouillante, brique chauffée dans la braise, enveloppée dans un linge. Dans la journée, les personnes rhumatisantes, assises, avaient une chaufferette à braises pour se réchauffer les pieds.

    Je ne me souviens pas que dans les familles il y ait eu des sapins de Noël, il est vrai que l’on ne se fourrait pas chez les gens. Par contre certains accrochaient une boule de gui au plafond, porte-bonheur pour la famille « Au gui l’an neuf ».

    1er janvier

    Le Jour de l’An, des étrennes, des cadeaux, crayons de couleur, poupées en tissus avec têtes en porcelaine bien jolies ma foi,livres d’enfants .

    Les enfants se rendaient chez leurs grands-parents, souhaiter la bonne année, bonne santé, puis dans le village à tous les habitants, ce qui rapportait quelques petits sous, gaufres et parfois rien de quelques vieillards de condition modeste .

    Ce n’était pas l’intérêt, mais le plaisir de prodiguer ces souhaits sincères, ils nous embrassaient sur le front.

    Les Rois

    Quelques familles, avec une pâte à pain améliorée, faisaient une galette.

    A la Chandeleur, ma grand-mère faisait des crêpes, et des crèpiats plus épais,  qui remplaçaient le dîner « carême » suivi par les personnes pratiquantes à faire maigre, c'est-à-dire repas sans viande le jeudi et le vendredi.


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  • La naissance...

    Le nouveau-né venait au monde, provoquant de grandes et longues douleurs, il était réceptionné par une sage-femme qui bien souvent n’en avait que le nom : l’hygiène, les connaissances étaient élémentaires voire douteuses. Nombreux étaient les accidents entraînant la mort de l’un et parfois des deux (selon les archives un sur trois) ; Ceci s’est produit dans notre famille Bornot, une hémorragie laissée à son libre cours, sans aucune forme d’intervention, la sage-femme rassurant l’entourage que ça allait s’arranger tout seul, si bien que le lendemain la mère était décédée, suivie de la mort de l’enfant deux jours après. Je dois signaler que c’était en 1916, point de médecins, la France en guerre, les docteurs mobilisés aux Armées.

    Le bébé était superficiellement débarbouillé, une goutte de citron ou vinaigre dans les yeux, pour faire larmoyer et entraîner les impuretés. Le bain était inconnu et surtout déconseillé !

    L’enfant était langé, emmailloté dans une petite chemise, un molleton, ficelé, épinglé parfois avec la peau (ma sœur Madeleine), prisonnier des langes et couches jusqu’à l’âge de six mois. Il ressemblait à une momie, ceci pour que l’enfant ait les jambes droites et non arquées.

    Il avait ensuite la liberté des bras et mains puis des jambes. A l’âge de 11 ou 12 mois il commençait à jeter ses premiers pas. C’est impensable les conditions que ces petits subissaient…

    La naissance de l’enfant était déclarée en mairie, en présence du Maire, de l’Adjoint et d’un témoin : Date, nom, prénom, issu de, signatures. Les prénoms étaient choisis dans les deux familles, d’un celui  parent très proche, souvent parrain et marraine portaient le même prénom que l’enfant. Trois semaines à un mois après, la famille choisissait un dimanche pour baptiser l’enfant .

    L’enfant était porté par sa marraine, un peu avant de la fin de la messe afin qu’il ne perturbe pas l’Office religieux, accompagné du parrain et quelques membres de la famille. L’apposition des Cendres et de l’Eau sur l’enfant au-dessus des fonts baptismaux, provoquait une violente réaction de cris intempestifs que l’on tentait d’apaiser en le secouant et en le berçant.

    Les parrains et marraine avaient, devant Dieu, la charge, le devoir d’aide et assistance en cas de malheur aux parents. Des liens affectifs unissaient les protecteurs à l’enfant.

    Après la cérémonie, prêtre, enfants de chœur ainsi que parrains et marraines allaient à la sacristie où, sur un grand registre, étaient apposées les signatures d’acte de baptême, le curé recevait une enveloppe, les enfants de chœur une pièce de monnaie, cornets ou dragées, puis, sur le parvis de l’église, on jetait dragées, monnaie aux enfants du village qui attendaient cette manne avec impatience.

    De retour à la maison, c’était l’occasion de réjouissances, d’un bon repas, exécuté avec recherche par les parents. Certaines familles réunissaient 15 à 20 personnes, les souvenirs du repas et de la cérémonie étaient commentés plus tard.


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  • L’enfance

    A cinq ans, l’enfant sera inscrit à l’école communale où il suivra tous les cours.

    A onze ans, il sera capable d’obtenir son certificat d’études.

    Parallèlement, il aura suivi pendant trois ans l’enseignement religieux, le catéchisme qui lui permettra de faire sa communion solennelle :

    Garçons en culottes courtes, longues plus tard, au bras le brassard blanc avec franges, médaille sur la poitrine, filles en robe blanche avec dentelles, voiles, aumônière, médaille.

    L’année suivante ce sera la Confirmation, mêmes rites et habillement.

    Dans les deux cas, c’était l’occasion d’un repas mémorable dont on se souviendra toute sa vie, même si l’on change de voie.

    On grandit, c’est de part et d’autre l’émancipation, certains restaient dans le milieu familial (cultures) d’autres partaient, entraient en apprentissage dans un métier.

    Il fallait se mettre au travail, il en était de même pour la jeune fille, il lui fallait savoir tout faire.

    La vie s’accélère, on a 18 ans ou plus, les fréquentations, les sorties… etc… préparent une nouvelle société.

    Une anecdote d'enfance racontée par Pierre Roy :

    Pierre et le bonnet d'âne

    En 1917, une jeune institutrice stagiaire prenait pension chez ma grand-mère Tine. Elle parlait avec maman  et lui disait que les enfants étaient insupportables et qu’il lui était difficile de se faire obéir. Un jour elle suggéra à maman de lui confectionner un bonnet d’âne : un morceau de toile rouge, deux oreilles rembourrées, une tresse passée sous le menton le maintenant sur la tête. Les élèves étaient souvent menacés de le coiffer, la punition au coin était le lieu à dissiper les élèves.

    Un jour, je l’importunais, pensant que jamais je ne le porterais, puisque c’était maman qui l’avait fait…mon jugement était faux.

     Je fus appelé à son bureau, elle me coiffa de ce couvre-chef à ma grande honte.

    C’était onze heures, nous sortions et devions nous rendre au « caté » chez madame Mariotte.

    Je devais aller avec ce bonnet. Je rasais les murs de peur d’être vu et nargué.

    J’arrivai au pont de la Seine, la honte me rendant furieux, j’arrachai les oreilles, le bonnet, je jetai le tout dans la rivière, on n’en reparla plus.

    La leçon avait porté, l’institutrice retrouva une classe plus sérieuse à l’avenir.


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  • Les fiançailles

    Elles avaient lieu un à deux mois avant le mariage, les présentations faites aux parents au cours d’un déjeuner.

    Les intérêts, dans certains cas, étaient discutés secrètement. Parfois le curé était du repas.

    Le mariage promis, la date en était fixée. Chez les gros propriétaires, les arrangements familiaux étaient rédigés chez un notaire, même dans des cas plus modestes.

    La fille apportait un trousseau constitué de chemises de lin, camisoles, caracos, robes, tabliers, draps, serviettes, nappes brodées par la jeune fille etc…

    Tout ceci avait été conçu pendant les veillées, ou les tristes dimanches d’hiver, au coin du feu de cheminée, à la lumière de la lampe à pétrole.

    Il y avait aussi apports de diverses choses : vaisselle familiale etc….(nous possédons encore de cette vaisselle, draps, torchons, chemises qui ont un siècle).

    On retrouve encore les vestiges de ces trousseaux dans bien de vieilles familles du Châtillonnais, la mode n’était pas entrée dans les mœurs, la qualité des tissus était de très longue durée, jamais démodés.

    La noce

    La veille du mariage, les garçons se réunissaient pour enterrer la vie de garçon du futur marié. Cela se passait soit chez lui, soit au café. On y buvait quelques pots de bon vin ou de champagne avec des petits gâteaux, parfois on exagérait, certains se retrouvaient pompette.

    Le matin du mariage, la future mariée était préparée, habillée chez ses parents.

    Tout de blanc vêtue, plus richement suivant l’aisance de la famille, robe en satin, broderies etc…Recouverte d’un long voile avec traîne, la tête ornée d’un diadème représentant des fleurs d’oranger. Les petits enfants portaient cette traîne, suivaient les jeunes couples, puis le cortège.

    La mariée était conduite au bras de son père à la Mairie puis à l’église. En fin de cortège se trouvait le marié au bras de sa mère. Les jeunes étaient classés par affinité (ça faisait un peu agence matrimoniale !) .

    Garçon et fille d’honneur, choisis par les mariés, présidaient en maintes circonstances, formaient le cortège, épinglant au revers du veston ou d’une robe des invités, un petit ruban blanc.

    Souvent précédé du violoneux  (qui jouait plus ou moins juste) jusqu’à la Mairie.

    Le Maire, ceint de son écharpe unissait les jeunes époux,aux « oui » réciproques, une salve de coups de fusil se faisait entendre à l’extérieur (durant l’acte de mariage, la porte doit être ouverte).
    A la sortie, le cortège se reformait, se rendait à l’église où devait être célébré l’office.

    Souvenirs de Pierre Roy : Fiançailles et noces à Aisey sur Seine au XIXème siècle

    (Sortie de la messe de mariage : Yvonne Roy-Piétri au bras de son mari Alphonse Piétri)

    La photographie


    A la sortie, une nouvelle décharge de coups de fusil, en l’honneur du bienvenu de l’extérieur. Si les mariés étaient de la localité, il n’y en avait pas.

    Puis on se dirigeait vers un endroit prévu par le photographe qui devait fixer sur une plaque, pour la postérité, le souvenir mémorable des parents et amis. C’était tout un travail de placer et remuer ces gens dans le costume 1900, tous plus ou moins gauches et empotés.

    Souvenirs de Pierre Roy : Fiançailles et noces à Aisey sur Seine au XIXème siècle

    (Photo du mariage d'Yvonne Roy et d'Alphonse Piétri)

    Monsieur Mariglier dit Papiche, son appareil sur pieds, sous son voile noir, cadrait une dernière fois, armant sa boîte à images, la poire à la main. Attention ! le temps à chacun de trouver un sourire qui n’était pas toujours réussi, ni la position la plus avantageuse. Prêt !! Clic, c’était la première plaque, ne bougeons pas, une deuxième plaque…clic… cette deuxième prise était pour pallier en cas de défaillance, suivant l’éclairage naturel. Ensuite étaient pris le couples de mariés puis d’autres…Toute cette séance photo durait près d’une heure…

    Monsieur Mariglier, habile photographe, qui habitait à Fontaine en Duesmois, se déplaçait par tous les temps en bicyclette et avec son matériel. Après s’être bien diverti, parfois avec son « pompon », il regagnait son domicile

    Tout le monde se retrouvait au café pour prendre l’apéritif. C’était nécessaire afin de se tenir honorablement à table, vu la débauche du nombre de plats de bonne qualité qui allaient vous être offerts et faisaient déjà dilater les papilles gustatives, arrosés de vins de bon goût, de champagne, liqueurs et « gouttes » (marc, prunes, kirsch maison)…Plaisirs de la table...

     


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  • Le repas de noce après la cérémonie...

    J’ai eu à exécuter des repas de noce comptant de 40 à 100 et même 150 invités. Tout ce monde passait à table vers 13heures .

    La salle ? elle était souvent dans une grange, agencée avec des draps aux murs, décorée de fleurs, de branches, de guirlandes.

    La lumière était soit des lampes à pétrole à bec suspendues, plus tard l’électricité suivant les possibilités.

    Tables: des plateaux sur tréteaux, entourées de bancs de bois comme sièges, seule la table d’honneur avait des chaises.

    Cette « salle » était chauffée par des braséros à charbon de bois, il n’y faisait pas très chaud, aussi les invités d’un certain âge gardaient manteaux et pardessus.

    Les tables étaient garnies d’un chemin de table, les serviettes pliées en bonnet d’évêque méticuleusement posées sur les assiettes, couverts, trois verres pour les vins plus la flûte à champagne, bouteilles de vins rouge et blanc, carafe d’eau.

    Les bons vins étaient servis accompagnant les plats, une ou deux pièces montées moka, il ne restait plus guère de place sur les tables, les vases de fleurs n’y trouvaient pas toujours place.

    La présentation créait l’ambiance du bonheur nuptial, vaisselle, verres, couverts etc… étaient empruntés à des parents ou loués au magasin Michel Regnault à Châtillon.

    Chaque menu portait le nom du convive et déterminait sa place, on s’évertuait à lire et relire ce menu, discutant avec plaisir de ce qui allait être offert aux papilles gustatives de toutes ces bouches gourmandes.

    Le service commençait, exécuté par des jeunes filles ou femmes habiles de la région qui s’étaient spécialisées dans les réunions de bouche. Ingénieuses, adroites, dévouées, service parfois périlleux, la nuit ou sous la pluie, car la cuisine était souvent préparée dans un local indépendant (chambre à four), traverser la cour la nuit, sans lumière.
    A l’instant des desserts, un garçon se faufilait sous la table des mariés, muni d’un ruban bleu pâle, chatouillait les cuisses de la mariée, surprise elle poussait un grand cri ! Le coquin sortait de dessous la table et exhibait les rubans en s’exclamant « La jarretière de la mariée ! ». Et les invités de pousser un « Vive la mariée ! » et applaudissaient.

    Les rubans étaient coupés en petits morceaux, montés sur une épingle que l’on accrochait sur la poitrine, et en même temps deux couples faisaient une quête parmi l’assistance.

    Le produit était compté, les mariés annonçaient que cette somme serait versée à une bonne œuvre sociale.
    Après le repas du soir, une quête était faite au profit du personnel ayant participé au travail et au service de la noce.

    Après les desserts, le champagne, les convives se devaient de souffler un peu.

    Commençaient alors la diction de récits, monologues pétillants et spirituels par des personnes joviales, chansons sentimentales même sur une fausse note, applaudies plus ou moins, entrecoupées de farces et attrapes, d’un air de violon de Papiche, avec ses rengaines, monologues monocordes « les pommes aux biques,les chaines d’agnons, les poères a leu grand quoms, j’ai la rate qui s’dilate… »

    Cette ambiance avait le pouvoir d’apporter une bonne humeur qui facilitait la digestion, on ne souffrait pas de ces excès gastronomiques.


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  • Le bal et le repas du soir

    Vers 17 heures, la noce s’ébranlait, on allait danser au café au son d’un violon, plus tard d’un accordéon, un phonographe et maintenant un petit orchestre. Pour les noces importantes, un parquet était monté dans une grange, éclairée par des lampes à pétrole complices d’enlacements amoureux, on y dansait la gigue, la polka, la valse, le tango, le fox-trot.

    On allait prendre des rafraîchissements dans les cafés, puis vers 21heures, à peu près tout le monde au complet regagnait les tables aux agapes alléchantes. Le déjeuner de midi était bien passé !

    Le diner, varié, était tout aussi copieux.

    Après ce festin, vers minuit, à nouveau le bal était envahi par les danseurs et leurs cavalières, s’en donnant à cœur joie. A 2 heures du matin, la fatigue se faisait sentir, c’était la danse du tapis, ronde où chacun se tenait par la main, un danseur dans le cercle, muni d’un tapis, le posait devant une fille de son choix, la ronde s’arrêtait, embrassades, le garçon sortait, la fille prenant sa place, présentant le tapis au garçon de son choix, jusqu’à élimination.Même les personnes moins jeunes y prenaient part.

    Puis c’était la danse les yeux bandés, ronde dans laquelle une personne aux yeux bandés, tâtait, palpait, faisait rentrer dans le cercle la personne choisie, on s’embrassait en enlevant les foulards, ainsi de suite.

    Puis venait la danse du balai :un danseur muni d’un balai frappait le sol, vire volte des couples, échanges de partenaires, celui qui restait seul laissait danser une minute, visait une fille, frappait du balai, le laissant tomber se jetait dans les bras de sa convoitée. Cela durait jusqu’à 4h30-5H du matin.

    Durant ce temps, les mariés s’étaient éclipsés pendant que le bal battait son plein, les serveuses s’y joignaient , le travail terminé, apportant une ambiance complémentaire en faisant danser les timides, hommes d’un certain âge, ravis d’être dans les bras de gentilles filles.

    Une dernière ronde, chaque couple s’éliminait en s’embrassant, la quittant et prenait fin .

     


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  • Le réveil des jeunes mariés

    Les jeunes s’en allaient à travers le village pour réveiller les mariés, on en profitait pour faire le charivari.

    Il y avait un indicateur qui enfin parlait du lieu où se trouvait la couche nuptiale.

    Grand tapage à la porte, le temps de passer un pantalon, la mariée en grande chemise (plus tard en robe de chambre), la porte s’ouvrait, une joyeuse rigolade, véritable sauterie, un jeune portait une ou deux bouteilles de champagne, un pot de chambre ( neuf et propre !) dans lequel un cran de chocolat avait été fondu, on versait le champagne dans ce vase, les mariés devaient boire, puis à tous d’en boire une lampée.

    Souvenirs de Pierre Roy les mariages à Aisey sur Seine au XIXème siècle...

    Certaines filles faisaient la moue, dégoutées, mais en réalité, cette cavalcade se terminait dans la bonne humeur, puis chacun allait se coucher.

    Le lendemain, la noce se retrouvait au café vers 11H-12H, puis à 13h on recommençait un festin moins important pour les manquants de la veille, selon les activités et domiciles, puis l’après-midi c’était la dislocation.

    Les restes culinaires étaient portés à certaines gens de condition modeste, c’était les « aux gnilloux », je crois reconnaître dans ce patois « aux guenilleux », les pauvres.

     


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  • Armand et Pierre Roy, fameux cuisiniers, ont tenu l'Hôtel Roy (devenu depuis l'Hôtel du Roy), à Aisey sur Seine, pendant de nombreuses années.

    Pierre nous explique ici comment se passait la préparation d'un repas de noces.

    Le nombre de convives et le faste variaient suivant l’importance des familles.

    Les préparatifs 

    A l’autel du sacrifice passaient de 5 à 6 poules, poulets, canards, dindes, pintades, lapins, souvent mouton suivant les menus.

    Le cochon avait été tué quelques jours plus tôt.

    Les volailles, tuées, ébouillantées dans des lessiveuses, plumées.

    On arrivait à boucler les dépenses au minimum puisqu’on prenait beaucoup sur l’exploitation. La fourniture des vins était souvent obtenue par un troc constitué d’un veau, mouton ou porc.

    Le cuisinier, ou la cuisinière, avait la charge de préparer les pâtés, galantines, terrines, poissons, civets, gibiers et rôts divers et d’accommodements, des dizaines de tartes, biscuits , mokas, centaines de choux pour pièces montées.

    Ils travaillaient sur la cuisinière de la maison, une autre empruntée adjointe, quelques réchauds à charbon de bois, casseroles et marmites de tous genres, même la chaudière à faire cuire les pommes de terreaux bêtes et porcs était utilisée.

    En principe, il y avait un four dans chaque ferme ou proche (il y a un siècle on faisait son pain) dans le voisinage en état de fonctionner.

    C’était tout un art de le mettre en chauffe, progressivement avec des fagots, de la charbonnette. On commençait par allumer en avant puis au fur et à mesure que la flamme grandissait, on poussait le feu à droite et à gauche, poussant les braises et charbonnettes.

    Il fallait alimenter le four environ deux heures, jusqu’à ce que la voûte du four soit bien blanche uniformément, que la sole soit bien chaude.

    Ceci 24 heures à l’avance, car l’humidité avait envahi le four, qui n’était souvent plus utilisé depuis plusieurs années.

    Pour l’emploi il était plus facile de ne le chauffer que la veille, en une heure la température requise était obtenue, ces précautions étaient importantes, sinon se serait retrouvé devant un désastre à l’utilisation, la chute brutale de la température en enfournant. Bien mené, on arrivait à cuire dans de très bonnes conditions, gâteaux, pâtisseries et rôtis etc….

    Il fallait beaucoup de méthode et d’initiative, aussi bien dans les fournitures préliminaires, ne rien oublier d’acheter, surtout à la dernière minute, les épiceries locales ou l’épicier ambulant bien souvent modestement achalandés.


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  • Aujourd'hui se clôt le chapitre que Pierre Roy avait consacré à la vie des habitants depuis leur naissance

    Il se termine, bien évidemment, par ::

    Les funérailles

    Lorsqu’un habitant décédait, une personne, madame Thivant, habituée aux usages, faisait sa toilette mortuaire, l’habillait, le déposait sur un lit dans une pièce obscure, une bougie ou veilleuse (un verre d’eau et huile sur lequel flottait un liège et une mèche allumée).

    Parents et amis venaient adresser un dernier adieu à la personne.

    Près de la veilleuse on plaçait un verre d’eau bénite, un brin de buis, dans la plus pure tradition, on aspergeait le défunt du signe de la croix.

    Les visiteurs présentaient leurs condoléances aux membres de la famille,  ils parlaient à voix basse, rappelant les bons et les mauvais souvenirs.

    Une personne ou deux, se relayaient pour assurer la garde durant deux nuits et jours.

    A la mise en bière, certains mettaient quelques pièces d’argent (il m’a été affirmé, même de l’or et des bijoux), probablement afin que le défunt retrouve ces trésors à sa résurrection dans l’au-delà.

    La levée du corps était faite par le prêtre, soutane noire revêtue de surplis blanc, ainsi que deux enfants de chœur,, bénitier, croix et ostensoir, le convoi, soit avec le corbillard ou à bras par quatre hommes, porté à l’église.

    Souvenirs de Pierre Roy : les funérailles à Aisey sur Seine au XIXème siècle

     La petite cloche tintait de la maison jusqu’à l’arrivée. Puis avait lieu la messe.

    Souvenirs de Pierre Roy : les funérailles à Aisey sur Seine au XIXème siècle

    L’office terminé, à la sortie de l’église, la famille recevait les marques de réconfort et de sympathie.

    Le convoi prenait ensuite la direction du cimetière, accompagné de la sonnerie de la « cloche nouvelle » (son plus cristallin).

    Adieux, mise en terre, puis le prêtre, les enfants de chœur et le marguiller quittaient les lieux. La cloche s’était tue.

    De nouveau la famille se retrouvait encore une fois à la sortie du cimetière, afin de recevoir et entendre les mêmes paroles.

    Il y avait quelquefois, lorsque les familles éloignées étaient présentes, un repas de mort qui avait lieu à la maison ou au café, ceci lorsque l’enterrement avait lieu dans la matinée.

    Ces personnes s’étaient déplacées à pied ou en voiture à cheval, et ne pouvaient repartir le ventre creux.

    Les hommes allaient au café, parfois ça durait toute la soirée, et  bavardaient pour ne pas dire grand-chose, mais ramenaient parfois une bonne biture à la maison.


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  • La guerre de 1870 à Aisey :

    En 1870, Aisey fut occupé par les Prussiens. La population était terrifiée.

    Souvenirs de Pierre Roy: les  guerres de 1870 et de 1914-1918, à Aisey sur Seine

    (illustration : http://www.laguerrede1870enimages.fr/page71.html)

    De même ces Bavarois craignaient les francs-tireurs. Aussi pour s’assurer leur sécurité, un de ces soldats devait coucher avec le grand-père Copin.

    Grand-père Copin s’exécuta afin d’éviter à la population du village des actes de représailles intempestifs de la part de ces soldats.
    Un jour se trouvait du fromage de tête sur la table de grand-père, ce soldat vint à passer, ne sachant s’exprimer, il demandait et disait « from…from… »et le grand-père d’ajouter… «  mâche, cochon » en lui en donnant.

    Cette troupe ne séjourna que très peu de temps au village, laissant un des leurs au cimetière.
    Un habitant, probablement un franc-tireur, vécut durant cette occupation dans les bois de Grange-Didier, dans une grotte à la Roche du Seigneur.

     Les Américains durant la guerre 1914-1918 à Aisey :

    Durant la guerre mondiale franco-allemande 14-18, les armées alliées étaient très épuisées, la suite du conflit était incertaine, des volontaires américains et canadiens, servant sous la « bannière étoilée » étaient venus se joindre à nos côtés pour activer la fin victorieuse du génocide en 1917-1918.

    Après les combats meurtriers sur les fronts de Champagne Argonne, des unités vinrent en repos en Bourgogne et dans de nombreuses localités du Châtillonnais, de l’Auxois. Soldats jeunes, bien habillés, en kaki, bonnet de police différent des nôtres à deux pointes.

    Larges chapeaux de feutre enfoncés en quatre creux sur le dessus, liseret de cuir autour et terminé par deux glands. Sur la veste, deux petits macarons en bronze indiquant l’unité. Sur les manches étaient cousus grade et fonction, pantalon de cheval, guêtres en toile rangers.

    Souvenirs de Pierre Roy: les  guerres de 1870 et de 1914-1918, à Aisey sur Seine

    Tous les habitants avaient mis les chambres et locaux disponibles à leurs besoins, ce n’était pas suffisant et nombreux étaient ceux qui couchaient dans les granges, sur le foin.

    Aussi construisirent-ils  des baraquements en bois typiquement U.S. sur la promenade des tilleuls, dans le pré de Gail, à la Pentane (derrière chez Vermant).

    Ces bâtiments, recouverts, ainsi que les côtés, d’épais papiers goudronnés, fenêtres avec des feuilles de celluloïd mat.

    Il y avait leur intendance, drugstore, Y.M.C.A.,infirmerie, douches, cuisines, réfectoires, gamelles de dix rations.

    Chaque homme avait sa gamelle individuelle en aluminium, une espèce de poële ovale avec une queue, un plat-assiette, cuiller,fourchette,couteau, quart, le tout s’emboitant, se pliant dans un minimum de place

    On avait déjà vu des camions militaires Fiat, Renault etc…passer en convois chargés de troupes montant au front de Champagne.

    Là on vit leurs premiers camions différents, tracteurs à roues, à bandages caoutchouc, avant et arrière directionnels, volant vertical, sans pare-brise etc…et de marque Nash-Quad, Wrigh, des voitures Ford T dites « araignées », élevées, quelques gros mulets et chevaux, qu’enfant nous comparions avec les chevaux du Châtillonnais, les plus beaux.

    Souvenirs de Pierre Roy: les  guerres de 1870 et de 1914-1918, à Aisey sur Seine

    (illustration : https://mvcgfrance.org/)


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  • La population profita du séjour des troupes américaines à Aisey, le rationnement était en application, relativement sans contrainte dans les villages produisant suffisamment pour vivre.

    Souvenirs de Pierre Roy : les américains à Aisey au cours de la guerre de 1914-1918

     Elle fit connaissance de leurs produits qu’ils donnaient généreusement : flocons d’avoine Quaker, Corn (maïs), boîtes de Boston’s Beans qui était un régal pour moi, du chocolat en tablettes, du cacao, sucre cristallisé, roux, en morceaux, lait condensé Nestlé, biscuits aux raisins secs, pruneaux, chewing-gum, cigarettes Camel, Lucky-Strike, tabac en boîte plate  Prince Albert tabac blond dans des petites blagues de 40 grammes dont la fumée au goût de miel était odorante et agréable.

    Nous les regardions  jouer au football, basket-ball. Une fois par semaine le cinéma en plein-air contre un mur de la ferme Sirdey. Les gens du village y assistaient sans comprendre les sous-titres.

    Chaque jour, à 17 heures, la fanfare ne manquait pas de jouer l’hymne américain pour honorer leur pays, à la grande satisfaction des enfants qui, comme eux, se mettaient au garde à vous.

    Souvenirs de Pierre Roy : les américains à Aisey au cours de la guerre de 1914-1918

    Ils ont séjourné quelques mois, puis nous ont quittés en laissant un heureux souvenir à toute la population. La fille du facteur, Blanche Seguin épousa après la guerre le G.I. Carol Day.

    Les marchandises et matériels de tous genres, furent regroupés dans certains lieux : Montigny sur Aube, Veuxhaulles, appelés « stocks américains « (aujourd’hui surplus) .

    Ils furent vendus par les Domaines. Des commerçants avisés, des industriels et autres, firent des affaires en « or », certains des fortunes.

    Ce passage accéléra  l’émancipation de la vie rurale.

    Souvenirs de Pierre Roy : les américains à Aisey au cours de la guerre de 1914-1918

    Ces camions plats trouvèrent leur usage dans les carrières Huguenin, Tridon, dans les Tuileries, chez Malgras, de Vaurois, habile mécanicien, sachant entretenir son parc auto, camions Ford.

    Ceci porta un coup dur aux transports à chevaux, puis au tramway départemental.

     (les illustrations ne sont pas des photos prises à Aisey...mais elles sont celles de différents lieux français où étaient basées les troupes américaines)


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  • Le 13 juin 1940

     La veille de prendre la fuite… pas en Egypte, Pépé avait une collection d’épées, baïonnettes de 1870, deux casques prussiens à pointes, dont un perforé d’une balle. (Je ne sais pas s’il y a un rapport avec celui enterré au cimetière.)

    Il avait aussi deux pistolets américains de la guerre des Philippines vers 1898, des épaulettes numérotées, le tout mis dans deux sacs qu’il alla, la nuit, jeter dans la Seine au pont des Troubles.

    Souvenirs de Pierre Roy, : l'exode à Aisey sur Seine en 1940

    Une crue d’hiver de la Seine, emporta ces sacs dans un trou de trois ou quatre mètres de profondeur, où ces armes sont certainement enfouies dans la vase.
    La présence des soldats allemands ne permettait pas de les récupérer, le manque de volonté de les redécouvrir….puis ce fut l’oubli…

    Le 14 juin 1940, pris de panique en voyant les troupes françaises s’enfuir en désordre, sans officiers, des civils de tous bords, dans des autos, voitures attelées, ce fut l’exode, la voie du sud.

    Souvenirs de Pierre Roy, : l'exode à Aisey sur Seine en 1940

    Grand-Père, Mémé, mon épouse Suzanne et mon fils Jean (4 ans) quittèrent l’hôtel en voiture 402 Peugeot et Simca 5 avec le minimum de linge, literie, ravitaillement etc…

    L’Hôtel était fermé, ainsi que la Chatellenie. Hélas, une heure après le départ, tout était mis à sac par des civils et militaires de toutes armes…

    Route, direction imprécise, cap au sud, les grandes routes sont inabordables.

    Il faut prendre les chemins, les petites routes, par Villaines en Duesmois, Baigneux, les Laumes, revenir sur ses pas, tenter de passer sur la droite…impossible, reprendre un autre chemin. Semur, Précy sous Thil, Pouilly en Auxois.

    Première nuit : dormir dans une grange à Vandenesse. Le lendemain,  ça n’avance plus, c’est bloqué, puis ça reprend en direction d’Arnay le Duc, pour échouer à Lucenay l’Evêque (71).

    Refoulés sur Dracy saint Loup où les troupes allemandes sont déjà là, qui refoulent sur le nord tous ces migrants.

    Il faudra deux jours, dans des conditions difficiles, pour regagner Aisey où s’installait un détachement allemand.

    Dans une chambre, la numéro 7, de l’hôtel, donnant vue sur le pont, un fusil mitrailleur avait été installé par des soldats français.

    Pépé l’ayant vu en arrivant, alla immédiatement l’enlever de cette position et s’en fut le cacher sous le hangar.

    Un sous-officier allemand avait vu cette arme pointée. Il entra à l’hôtel, interpella Pépé, lui réclamant où était cette arme.

    L’homme se faisait menaçant, Pépé tentait de le convaincre qu’il n’y avait pas de mitrailleuse, ils allèrent dans la chambre numéro 7.

    Pépé après le départ du Fritz avait eu très peur. Le lendemain, discrètement, il enveloppa ce fusil mitrailleur dans un sac, le mit dans un vieux tuyau en fer, l’enterra au jardin.

    Jeannot avait vu et savait. Lorsque je fus démobilisé, revenu à Aisey, Jeannot me dit un jour : "Je sais où il est le fusil ! ". Je pris la précaution de le cacher ailleurs, où il doit toujours être dans un piteux état.

    Ces troupes de choc ne restèrent qu’environ 15 jours, puis furent remplacées par d’autres unités, arrivées avec des voitures à chevaux, genre Western. Ceux-là restèrent un an, puis évacuèrent les lieux pour le front Russe qui s’était ouvert.

    Les villages furent libérés, mais la présence allemande était établie et constante dans les villes de Châtillon, Montbard, Dijon etc…

    La Libération a été acquise par la jonction de l’armée Leclerc et De Lattre à Nod sur Seine le 11 septembre 1944.


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  • Au XIXème siècle, Aisey sur Seine possédait de nombreuses activités économiques.

    La Brasserie

    Ses propriétaires successifs furent Huguenin, Clerc, Bornot.

    Aisey avait de la bonne eau, produisait du houblon, de l’orge, tout pour faire de la bonne bière.

    Abandonnée en 1905 elle fut utilisée pour la fécondation des œufs de truites fario, élevage des alevins qu’on déversait dans les bassins de la pisciculture de la Chouette. Sans techniques, les résultats étaient décevants.

    Tout fut de nouveau abandonné. Amédée Voisot reprit les lieux, il aménagea des chais pour le commerce des vins,entrepôt de bières puis l’activité s’arrêta.

    La Tuilerie

    Leclerc, le propriétaire fabriquait des tuiles plates, romaines. L’activité s’arrêta en 19OO.

    Il subsiste deux grands réservoirs d’eau qui alimentaient la brasserie puis la gare T.D.C.O.. une chute d’eau faisait tourner une roue à aubes et fournissait la force pour les besoins de la tuilerie.

    La Pisciculture-Anciennes forges 

    Le fer venait des fourneaux de Nod, Rochefort.

    La forge employait 20 ouvriers, 16 bûcherons et 10 manœuvres.

    On fabriquait des pelles, exportées sur Paris, des fers de charrue (pas les socles), des feuillards pour les fers à chevaux.

     La forge périclita à la suite des nouveaux procédés de production de fabrication d’origine anglaise (1840).

    En 1785 il existait plus de 50 forges en Côte d’Or.

    La propriété fut reconvertie en 1900/1910 par monsieur Longueville, tomba en désuétude, fut reprise par messieurs Gossiot, Schaller, Carrière puis Jeunet.

    Souvenirs de Pierre Roy : les activités économiques à Aisey sur Seine au XIXème siècle (1ère partie)

    La pisciculture est bien installée,car elle possède un grand étang dans lequel il y a des truites, carpes, écrevisses, alimenté par le Brevon qui  serpente le long du bois, avec de vastes bassins d’élevage depuis l’alevin jusqu’à la truite-portion demandée par les restaurateurs.

    La pisciculture ne donna satisfaction qu’avec son dernier propriétaire monsieur Jeunet (Suisse) qui connaissait la biologie de la truite, il introduisit une espèce particulièrement résistante et prolifique : l‘Arc en Ciel nommée ainsi pour les reflets sur sa robe.

    L’espèce Fario (sauvage) est néanmoins supérieure pour les gastronomes, elle existe toujours dans le Brevon et la Seine à l’état libre.

    La Scierie

    Souvenirs de Pierre Roy : les activités économiques à Aisey sur Seine au XIXème siècle (1ère partie)

    Sa vocation première fut un moulin à grains, auquel jouxtait une huilerie, graines de navette, de lin, le colza n’étant pas récolté ici.

    Elle eut ses difficultés, sombra puis fut reprise par la famille Millerot Arsène, ses enfants, petits enfants et un arrière petit fils l’exploite.

    La scierie avait des activités diverses : sciage de grumes, poutres, charpentes, solives, liteaux, menuiseries diverses : voitures bréardes, grumiers, calèches, brouettes, roues cerclées, forges, ferrures.

    Souvenirs de Pierre Roy : les activités économiques à Aisey sur Seine au XIXème siècle (1ère partie)

    Les machines-outils étaient actionnées par la force produite par une roue à aubes avec un arbre de transmission de 30 mètres traversant sous la rue.

    Cette roue est entraînée par la chute d’eau du bief, lui-même formé par un vannage contre le pont qui fait une retenue d’eau de plus de 300 mètres.

    Une autorisation royale de 1623 permettait de lever les vannes suivant le débit de la Seine, en période de crue pour éviter de provoquer des dommages aux riverains.

    Un large passage à chaque rive en amont du pont était utilisé par les éleveurs de moutons de la région, Puits, Coulmier le Sec,Chemin, pour les laver à la cendre de bois sur les bords de l’eau. Les laveurs les poussaient, ainsi shampouinés dans la rivière pour les faire traverser à la nage afin de les rincer. Ils regagnaient l’autre rive sur un pierrier au fond de l’eau (côté lavoir). Ils étaient regroupés et reprenaient le chemin de leurs métairies, où ils arrivaient tout propres et secs pour être ensuite tondus par monsieur Pasdeloup de Puits.

    Les laines du Châtillonnais étaient achetées par des marchands lombards dès 1786 et partaient pour Rome. Ces toisons d’une grande propreté donnaient une qualité supérieure de finesse, d’où leur recherche.


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  •  Le moulin Blin

    Souvenirs de Pierre Roy : Activités économiques à Aisey sur Seine, et aux alentours, au XIXème siècle (deuxième partie)

    Situé sur la Seine, à la Barque, ce moulin avait tenté d’évoluer avec son temps. Dans ses débuts il était actionné par une traditionnelle roue à aubes qui tournait par la force de surface et d’une très faible chute.

    Vers 1910, monsieur Blin l’équipa d’une turbine qui consommait beaucoup moins d’eau avec davantage de puissance qui permit l’installation d’un groupe dynamo, fournissant de l’électricité en courant continu de 32 Volts qui permettait d’éclairer tout le moulin la nuit, aux endroits principaux de surveillance.

    Le meunier devait être attentif de nuit et de jour aux bruits de ses meules et trémies, afin que les pièces en mouvement ne s’emballent pas ou surchauffe, ces pièces risquant de mettre le feu à son moulin.

    Souvent il devait repiquer ses meules de pierre à la broche, afin que le grain fut bien écrasé. Les cultivateurs lui livraient leurs production, il fournissait la farine aux boulangers des alentours (il n’y en a plus),ainsi qu’aux cultivateurs.

    Les issues (le son) nourrissaient le bétail. Les transports routiers, les silos et grands moulins de Châtillon mirent fin à son activité et à bien d’autres dans notre région. Maintenant le moulin est en ruine. Monsieur Brugère, marchand et scieur de bois, le racheta en 1938 , utilisa le bief pour faire tremper des grumes.

    L'exploitation des carrières de la Bôle, Magny, Chamesson.

    Souvenirs de Pierre Roy : Activités économiques à Aisey sur Seine, et aux alentours, au XIXème siècle (deuxième partie)

    Les hommes, constitués en équipes commençaient par dégarnir, écrêter, faisaient un large découvert des bancs à exploiter. Tous les matériaux étaient chargés sur wagonnets, puis déversés sur une pente de 30° appelée cavalier (haldes). A l’aide de barres à mine de 2m, 2,50m, 3m, pesantes, coupantes à leurs extrémités, les carriers foraient des trous d’un mètre ou plus selon les veines, de 3 ou 4 cm de diamètre, en levant (0,40m), laissant retomber des heures durant, ajoutant un peu d’eau dans le trou afin de lubrifier l’attaque de la pierre, 4 à 5 trous espacés de 30 à 40 cm suivant le bloc à extraire.  Ceux-ci étaient bourrés d’explosifs, d’un détonateur, un cordon allumeur (Bickford), maintenant électrique. Chacun s’écartait à l’abri, seul le chef mettait le feu. Deux minutes après c’était l’explosion, on venait ensuite constater le morceau séparé du banc. On s’affairait à l’aide de pics, barres, crics, rouleaux de bois, à le dégager en un lieu, d’autres hommes l’équarrissaient, puis le chargeaient , le faisant transporter par un fardier à chevaux que j’ai vu.

    Les fardiers furent remplacés par des camions plats Nashquad en provenance des stocks américains. Les pierres étaient emportées à le scie de Nod (au fourneau, Huguenin). Celles-ci étaient  mises sur des chassis à l’aide d’un pont roulant, de longues lames d’acier allaient et venaient, actionnées par la force d’une roue à aubes (moteurs électriques).

    De l’eau et du sable siliceux coulaient très doucement dans les rainures en servant de coupe et de lubrifiant. D’autres blocs, moins gros, étaient tranchés avec un câble d’acier en rotation avec contre-poids pour faire descendre le fil.

    Ces tranches polies, poncées, suivant la destination et l’utilisation. Un grand nombre de ces plaques de pierres polies ont servi  à la construction

    Et marches du Palais de Chaillot à Paris, d’autres revêtent certaines facultés de Dijon etc…, les équarris servent au rempierrement des routes.

     Chênecières entre Aisey et saint Marc sur Seine 

    Souvenirs de Pierre Roy : Activités économiques à Aisey sur Seine, et aux alentours, au XIXème siècle (deuxième partie)

     Forges de très longue date, où le physicien Louis Cailletet, industriel bourguignon, auteur de recherches sur la liquéfaction des gaz, né à Châtillon sur Seine (1832-1913) travailla.

    Je me souviens avoir visité les forges vers 1917 avec notre mère, monsieur Pallency en était le directeur-ingénieur.

    Je revois ces installations, les trois grandes cheminées, les fours où le métal était en fusion que l’on regardait avec des carris de verres fumés

     Les ouvriers étaient des prisonniers de guerre allemands qui étaient logés dans des baraquements en bois au bas de la côte de l’Homme Mort.

    Il régnait  là une grande activité, et un gros trafic pour le tacot (T.D.C.O.) avec les charbons et fers bruts et affinés vers Dijon et Châtillon.

    Depuis 1930 on y fabrique des chaînes en tous genres, l’usine se nomme « Société Forges et Chaîneries de Chenecières »

    J'ajoute personnellement deux photos, car Pierre Roy ne parle pas de l'existence d'un ancien moulin à huile à Aisey .

    Voici la roue de l'ancien moulin à huile d'Aisey sur Seine (avant la Révolution, Aisey le Duc) et la plaque commémorative de sa restauration.

    Souvenirs de Pierre Roy : Activités économiques à Aisey sur Seine, et aux alentours, au XIXème siècle (deuxième partie)

    Souvenirs de Pierre Roy : Activités économiques à Aisey sur Seine, et aux alentours, au XIXème siècle (deuxième partie)


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  • Les sœurs de saint Vincent de Paul au village

    Au centre d'Aisey sur Seine existe une immense maison, propriété de la Commune.

    Souvenirs de Pierre Roy :Les Religieuses à Aisey sur Seine au XIXème siècle

    Souvenirs de Pierre Roy :Les Religieuses à Aisey sur Seine au XIXème siècle

    La congrégation des soeurs de Saint Vincent de Paul y avait un bureau de bienfaisance.

    Grandes salles, froides et austères où la Mère Gabrielle (90 ans) et Sœur Marie, enseignaient.

    La séparation de l’Eglise et de l’Etat y mit fin en 19O6.

    L’interdit n’empêchait pas l’enseignement religieux du catéchisme et préparation à la première communion des enfants des pays voisins.

    Il y avait une salle d’apothicairerie avec des bocaux de plantes médicinales, quelques flacons de teinture d’iode, picrique, eau oxygénée, onguents, ouate, gaze en modeste quantité et gratuité des soins.
    La congrégation vivait modestement, on rencontrait sœur Marie,les cornettes amidonnées, flottant au vent, poussant une charrette en osier dans les paroisses, recevant quelques subsides, une douzaine d’œufs par ci, une livre de beurre par là, un morceau de porc dans une ferme, lait, fromages etc…

    Toujours dévouées au service des malades, handicapés et mourants. Elles avaient la sympathie des habitants à part quelques durs contre l’Eglise et leurs quolibets tels que « Tiens les grenouilles de bénitier qui quêtent », un chant monocorde : 

    « Si les curés et leurs galettes voulaient nous faire mettre à genoux,

     citoyens envoyons-les paître,

     et votons Victor Genou,

    marchons sur les pas de Victor,

     il est couronné de chez nous.

    A tout coup, vive Genou » (illustre inconnu !)

    Le missel qui s'exprime

    Autrefois, on interrogeait le missel pour connaître la réponse à des questions posées.

    Pour cela il faut un missel ouvert à la page de l’Evangile selon saint Jean.

    Mettre une clé de porte à cet endroit au centre, laisser dépasser l’anneau de 2 à 3 cms hors du livre, le fermer, l’attacher serré avec une ficelle. Être dans une chambre calme avec une seconde personne motivée, se tenir debout, les deux personnes sont face à face, prendre le missel, le soutenir par l’index sous l’anneau de la clé, la paume de la main en haut, le bras plié aux hanches, l’extrémité des index ne doivent pas toucher le corps de la clé pour ne pas gêner les pulsations, être calme, se concentrer sur le sujet, poser la question à haute voix…

    Attendre que se manifeste la réponse par oui le missel tourne à droite, par non il tourne à gauche.

    Pas d’idées préconçues. Les questions à poser doivent être réelles et sérieuses. Exemple : connaître l’évolution de la santé d’une personne.

    Il faut de la pratique.

    Les questions de n° de loto ou des chevaux ou de ce genre sont exclues, ceci fait partie de la loi des probabilités.

    C’est comme en radiesthésie, il fait une certaine pratique.

    Cette pratique s’effectua dans certains endroits du Châtillonnais.

    Enfants, ma sœur, moi et maman, y avions recours.

    Voici la fin du texte de Pierre Roy, écrit de sa main, et son dessin explicatif :

    Souvenirs de Pierre Roy :Les Religieuses à Aisey sur Seine au XIXème siècle


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  • Une histoire à faire peur aux enfants

    Afin de dissuader les enfants d’approcher, seuls, et trop près de la rivière, les parents contaient  qu’une méchante fée appelée « Mère Gaillon », sortait prestement de l’eau, emportait l’enfant imprudent dans son trou au fond de l’eau. La crainte était grande, si bien qu’adultes, les gens traumatisées, fréquentaient prudemment les bords de l’eau. On narrait l’histoire du cultivateur qui était tombé avec sa voiture chargée de foin, attelée à deux chevaux, dans ce trou de sainte Catherine et que l’on ne l’avait jamais retrouvé.

    A tel point que pas un homme ou femme , à ma connaissance, en 1923, ne savait nager, ni moi-même.

    Ma sœur Madeleine était allée se baigner près du pont, vêtue d’une grande chemise et les gens, scandalisés, de dire « On n’a pas idée, elle va se noyer » alors qu’elle n’avait fait que se tremper, assise sur le fond dans 0,60m d’eau. C’était la grande curiosité pour les enfants sortant de l’école qui disaient : »Vin donc voir la Madeleine qui s’baigne »…

    Souvenirs de Pierre Roy : baignades interdites à Aisey au XIXème siècle...

     Une baignade bien corrigée...

    Pendant les grandes vacances, un après-midi, avec d’autres gamins nous étions allés nous « baigner » sous la promenade des tilleuls. En ce temps-là, le slip de bain n’existait pas, nous étions en culottes courtes retroussées, la chemise retirée, nous barbotions sans plus.
    Passe un habitant qui s’empresse d’aller prévenir maman que je me baignais. Celle-ci, pleine de craintes, accourut, me fit sortir de l’eau. Grondé sur les risques que j’avais pris, j’aurais pu me noyer ! Je dus remettre ma chemise, mais faute d’ avoir essuyé mes pieds je ne pouvais pas remettre mes bottines, en plus il aurait fallu un crochet pour accrocher les boutons.

    Bref, je dus rentrer à la maison pieds nus, les cuisses et les jambes caressées par une branche d’orties qui me faisait pleurnicher (il n’y avait aucun danger). Voilà une façon de vous détourner de l’eau en ce temps-là !!

    Souvenirs de Pierre Roy : baignades interdites à Aisey au XIXème siècle...


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  • Pierre Roy épousa Suzanne Bornot, une fille de Saint Germain le Rocheux.

    Il nous dépeint la ferme de son beau-père.

    LA FERME DU GRAND-PERE BORNOT à SAINT GERMAIN LE ROCHEUX

     Le père de ma femme Suzanne, Joseph Bornot , né en 1876, possédait une ferme, située dans la rue du Roi, qui se composait d’un bâtiment d’habitation à un étage avec cave et  grenier.

    Cette maison avait une pièce principale servant de cuisine, de salle de repas, et de bureau.

    Sous la montée d’escalier un lit était installé, l’alcôve fermée d’une porte.

    La pièce contigüe était la chambre à four pour cuire le pain.

    Sous la cheminée où on faisait du feu sur des chenêts, une crémaillère était suspendue avec une marmite pour cuire les pommes de terre en robe des champs.

    Sur le côté gauche, un petit bâti en pierre faisait office de fourneau avec deux foyers où l’on pouvait mettre des braises ou du charbon de bois en été lorsqu’il n’y avait plus de feu dans la cheminée.

    Au premier étage de la maison il y avait trois chambres munies de cheminées, avec lits, armoires, commodes, table avec cuvette, broc, seau d’aisances.

    Le matin on vidait le seau dans le cabinet du jardin (quelques planches dressées, un toit, une porte, un bâti en bois servant de siège, un couvercle).

    Au dessus le vaste grenier tavillonné (planches sous les tuiles afin d’éviter la déperdition de la chaleur en hiver). On y étendait le linge à sécher.

    Sous le bâtiment d’habitation, s’étendait une cave taillée dans la roche : on y entreposait pommes de terre, carottes, choux raves. S’y trouvaient aussi des saloirs avec lard et porc en saumure, des pots en grès pour la conservation des œufs au lait de chaux ou silicate.

    Un chantier fait de deux pièces de bois parallèles permettait de mettre une ou deux feuillettes afin de ne pas les poser par terre, de mettre une canette (robinet) pour tirer le vin ou la piquette.

    On y voyait aussi des casiers à bons vins et à « goutte » que l’on distillait chez le blandevignier (Canaron à Nod).  Après l’avoir laissée deux mois en damejeanne non bouchée  pour qu’elle puisse perdre son « feu », on la mettait en bouteilles ou en flacons.

    Devant la maison un jardinet à fleurs, une citerne sur la rue, et le banc de pierre où l’on se reposait durant les beaux jours, engageant la conversation avec les voisins et passants.

    Derrière la maison, un champ et un jardin pour les légumes, et les W.C.


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  • Les bâtiments de la ferme comprenaient  un chaffaud (fenil), un râtelier, une écurie pour 4 à 5 chevaux, une étable à vaches, la bergerie, une soue à porcs, un poulailler, des cabanes à lapin.

    Les volailles n’avaient pas froid l’hiver, le poulailler était fermé la nuit pour ne pas tenter goupil et autres friands de cette espèce.

    Derrière : granges, hangars pour les foins et moissons, une aire de battage à fléau

    Ce battage fut remplacé par la batteuse mécanique, inventée en 1786, mais introduite dans nos campagnes cent ans après. Elle était actionnée par un cheval encadré par un tapis de bois incliné, obligeant l’animal à marcher sans arrêt. Un frein bloquait le mécanisme, le  cheval s’arrêtait, fatigué, réintégrait l’écurie et était remplacé par un autre.

    Souvenirs de Pierre Roy : la ferme du grand-père Bornot à Saint Germain le Rocheux

    Le coupe-racines, entraîné par une roue à chiens éminçait les betteraves. On y ajoutait du son, de la bouffe, c’était la « pouture » pour nourrir les vaches.

    Les moutons étaient servis dans des « charpeignes », plus foin et paille.

    Les porcs avaient des pommes de terre cuites, écrasées avec du petit lait.

    Une pâtée épaisse était destinée aux volailles, dindes, canards, parfois pintades assez sauvages. Le soir on leur donnait une poignée de petit blé en provenance du tarare manuel qui sélectionnait les meilleurs gains pour le meunier.

    L’exploitation avait une superficie d’une cinquantaine d’hectares, ce qui permettait de faire vivre 8 à 10 personnes, plus 2 commis.

    Les champs, bien travaillés ne donnaient qu’un rendement moyen de 15 à 16 quintaux de blé à l’hectare.

    Maintenant , avec les labours profonds par les tracteurs, l’apport d’engrais chimiques, on tire plus de 45 à 55 quintaux en mêmes lieux et places.

    Le bétail était composé de 10 à 12 vaches laitières, plus les taureaux et veaux, une cinquantaine de brebis et agneaux Mérinos du Châtillonnais, un bélier, 25 à 30 volailles.

    Les couvées de printemps étaient les meilleures, les nids préparés avec 12 à 15 œufs sur lesquels, pendant trois semaines une poule couvait, alimentée, mais masquée des autres afin de ne pas être dérangée.

    Une à deux couvées d’œufs de cane étaient confiés à une poule, plus attentive qu’une cane (disait-on)

    Les cabanes à lapins abritaient 15 à 2O  rongeurs, plus des nichées de 5 à 6.

    Deux chiens à vaches, un chien de berger, un chien de chasse du nom de « Fanfare », deux ou trois chats faisaient partie de la famille.

    Le lait était vendu aux habitants qui venaient chaque soir avec une timbale.

    Une partie était mise dans des pots de grès, et écrémée à la louche après deux jours de repos. Lorsqu’il y avait 6 à 8 litres de crème, on faisait le beurre dans la baratte à manivelle, le petit lait était pour les cochons.. Une autre partie du lait, mélangée à de l’écrémé, était mise en présure (fermant lactique)

    Le caillé était mis en « couloir », égoutté tel quel, d’autres passés et affinés, mis entre deux feuilles de platane, après avoir été légèrement effleurés avec un peu de marc.

    Tous les produits de la ferme étaient vendus aux particuliers, épiciers ambulants, revendant à Châtillon (mère Saulgeot) sur les halles.

    On ne faisait pas fortune, on vendait 13 œufs à la douzaine, mais on avait une vie paisible sans grande ambition, en somme une vie heureuse !

    La cour, le tas de fumier avec sa fosse à purin (qui remplaçait l’engrais), de l’autre les abreuvoirs alimentés par une citerne.

    Dans le verger, les ruches en paille, puis remplacées par le modèle Dadaut étaient d’entretien et de rendements intéressants.

    Le potager fournissait les petits pois, mis en bouteilles et stérilisés, les haricots verts en pots de grès, salés, des haricots  en grains séchés. Puis tous les fruits, lorsque le gel n’avait pas fait trop de ravages en avril ou mai.

    Les prés du Brevon accueillaient les vaches du printemps à l’automne.

    L’évolution agricole a bouleversé les coutumes et traditions, mais il ne faut pas oublier l’entraide de la population : on donnait un coup de main tout à fait à titre bénévole, en échange du travail d’un ouvrier, on lui rentrait son affouage gratuitement, l’égoïsme n’existait pas, on se serait fait remarquer.

    Chez le grand-père Bornot, on ne travaillait pas le dimanche, mais le samedi les commis avaient mis de l’ordre, fait la propreté des abords, le fumier peigné, la cour balayée, machines et outils rangés à leurs places définies.


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