• Madame de Sévigné, témoin de son temps , une remarquable conférence de Robert Fries...

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    Une passionnante conférence sur "la Marquise de Sévigné, témoin de son temps " par l'historien Robert Fries, nous a été proposée par l'Association Culturelle Châtillonnaise lundi 24 Janvier.

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    Monsieur Robert Fries a eu l'extrême  gentillesse de m'envoyer le texte intégral de sa conférence, je le mettrai en lien cliquable à la fin de l'article.

    J'ai extrait de son texte quelques passages significatifs (en bleu), que j'illustrerai de quelques gravures, comme il l'a fait lui même pour son auditoire.

    Le texte entier de la conférence est bien plus riche et fourmille de détails sur la divine Marquise de Sévigné, ne manquez pas de le lire..

    Marie de Rabutin Chantal est née le 5 février 1626, place Royale à Paris.  Par son père, Celse de Rabutin Chantal, elle appartient à une famille ancienne et réputée de Bourgogne. 

     

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    (La place Royale, actuellement Place des Vosges)

     Ses ancêtres se sont distingués par leur hardiesse au combat et leur esprit en société. 

    Sa grand-mère paternelle Jeanne Frémyot, baronne de Chantal, sera canonisée au XVIIIème siècle, comme fondatrice des Visitandines.  

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    Son grand-père était Celse Bénigne de Rabutin, un bretteur ..

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     C’est sa correspondance qui a immortalisé la Marquise de Sévigné.

      Celle-ci, telle que nous la connaissons aujourd’hui, comporte 1120 lettres écrites entre 1648 et 1796, année de sa mort.  Donc presque un demi-siècle couvrant les quelque 64 années du règne personnel de Louis XIV. 

    De ces 1120 lettres 764 sont adressées à sa fille Mme de Grignan pour qui elle avait une passion, 126 à son cousin Bussy-Rabutin avec lequel elle entretenait une relation d’amitié amoureuse et 220 destinées à 29 autres destinataires appartenant tous à la société lettrée de Paris.

     

     

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    Durant la conférence de Monsieur Fries, Madame Fries, son épouse nous lut plusieurs lettres de la Marquise de Sévigné

     

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    La lettre que je vais reproduire est celle qui annonce le futur mariage du Duc de  Lauzun et de la Grande  Mademoiselle (qui n'eut finalement pas lieu, Louis XIV ayant eu peur que la fortune immense de sa cousine aille au Duc de Lauzin).

    Monsieur Fries, malicieusement, nous montre une Madame de Sévigné en avance sur son temps..cette lettre ne déparerait pas nos journaux "people" d'aujourd'hui !!

    Je m'en vais vous mander  la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus secrète jusqu'aujourd'hui, la plus brillante, la plus digne d'envie : enfin une chose dont on ne trouve qu'un exemple dans nos siècles passés, encore cet exemple n'est - il pas juste ; une chose que l'on ne peut pas croire à Paris (comment la pourrait-on croire à Lyon ?) ; une chose qui fait crier miséricorde à tout le monde ; une chose qui comble de joie Madame de Rohan et Madame d'Hauterive  ; une chose enfin qui se fera dimanche, où ceux qui la verront croiront avoir la berlue ; une chose qui se fera dimanche, et qui ne sera peut-être pas faite lundi. Je ne puis me résoudre à la dire ; devinez-la :je vous le donne en trois. Jetez-vous votre langue aux chiens ? Eh bien ! il faut donc vous la dire : M. de Lauzun épouse dimanche au Louvre, devinez qui, je vous le donne en quatre, je vous le donne en dix, je vous le donne en cent. Mme de Coulanges dit : " Voilà qui est bien difficile à deviner ; c'est Mme de la Vallière. - Point du tout, Madame. - C'est donc Mlle de Retz ? - Point du tout, vous êtes bien provinciale.- Vraiment, nous sommes bien bêtes, dites-vous, c'est Mlle Colbert. - Encore moins. - C'est assurément Mlle de Créquy. - Vous n'y êtes pas. Il faut donc à la fin vous le dire : il épouse, dimanche, au Louvre, avec la permission du Roi, Mademoiselle de…, Mademoiselle…, devinez le nom : il épouse Mademoiselle, ma foi ! par ma foi ! ma foi jurée ! Mademoiselle , la grande mademoiselle ; Mademoiselle, fille de feu Monsieur  ; petite-fille d'Henri IV ; Mlle Eu, Mlle de Dombes, Mlle de Montpensier, Mlle d'Orléans, mademoiselle, cousine germaine du Roi ; Mademoiselle, destinée au trône ; Mademoiselle, le seul parti de France qui fût digne de Monsieur ."

    Voilà un beau sujet de discourir. Si vous criez, si vous êtes hors de vous-même, si vous dites que nous avons menti, que cela est faux, qu'on se moque de vous, que voilà une belle raillerie, que cela est bien fade à imaginer  ; si enfin vous nous dites des injures : nous trouverons que vous avez raison ; nous en avons fait autant que vous.

    Adieu : les lettres qui sont portées par cet ordinaire  vous feront voir si nous disons vrai ou non.

     

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    (La Grande Mademoiselle)

     

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    (Le Duc de Lauzun)

    L'Enfance et la vie de famille

    La jeune Marie de Rabutin-Chantal a reçu une éducation soignée.  Elle sait l’Espagnol, l’Italien – très bien semble-t-il – et un peu le latin qui sert de sésame pour entrer dans la monde des lettrés .  Cette éducation s’est faite à la maison.  La conversation, à table ou au salon, a dû jouer un grand rôle, les Coulanges étant gens cultivés, accueillant les meilleurs esprits de Paris.

    Bien qu’orpheline à 7 ans, Marie de Rabutin-Chantal eût une enfance heureuse, entourée de l’affection de ses grands-parents puis de son oncle et de sa tante.  Mère puis grand-mère, elle entoura ses enfants – surtout sa fille – et ses petits enfants, notamment sa petite fille Pauline, future comtesse de Simiane, d’un amour envahissant. 

    En 1644, Marie a 18 ans ; un jeune homme de bonne famille, un peu plus âgé se présente.  Le baron Henri de Sévigné.  Il ne manque pas de charme ; du reste le cousin Roger Bussy Rabutin est un de ses amis.  Il dispose d’une belle propriété près de Vitré : le château des Rochers.  Mais c’est un noceur – il connait bien Ninon de Lenclos

     

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    (le château des Rochers)

    Madame de Sévigné , en sept ans de mariage (son mari mourut lorqu'elle avait 25 ans..) eut deux enfants :

    Françoise de Sévigné , comtesse de Grignan à qui elle voua une véritable passion..

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    Et Charles de Sévigné qui n'eut pas de postérité et qui finit en dévot janséniste..

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    La Viduité ou état de veuve

    Pour les dames de milieux aisés, la perte du conjoint est un événement public.  Il leur faut verser beaucoup de larmes parfois de crocodile.  Pour l’Eglise, le remariage est un pis-aller, valable surtout pour les femmes jeunes.  Le mieux est de se retirer dans un couvent et de consacrer sa vie au Seigneur.  Elles doivent faire la guerre à leur corps, « le réduire en servitude ».  Mais les réalités sont là : 14% seulement des veuves ne se remarient pas.  Pour certaines, c’est une aubaine ; tel est le cas de la fille de Bussy, Mme de Coligny.  Enfin, elles ne sont plus sous la tutelle de quiconque.  La veuve, après une année de « viduité » est légalement libre, sous réserve d’être majeure, c'est-à-dire d’avoir 25 ans.  .  Tel est le cas de notre marquise qui se garde bien de ne pas retomber dans les fers du mariage, d’autant que l’abstinence ne semble pas lui poser de problèmes particuliers. 

    La Marquise de Sévigné vécut à l'Hôtel Carnavalet, Aux Rochers et à Grignan..

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    (Hôtel Carnavalet)

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    (le château de Grignan)

    Une passion pour sa fille

     Nombre de femmes du XVIIème siècle qui ont laissé un nom ont eu une vie agitée et des amours tumultueuses.  Après des années de passion, elles se sont tournées vers le Créateur.  (Mlle de La Vallière (1644-1710, Françoise Athénaïs de Rochechouart, marquise de Montespan (1641-1707), Anne Geneviève de Longueville, (1619-1679))

     Madame de Sévigné n’échappe pas à la règle.  Mais chez elle c’est la passion qu’elle éprouve pour sa fille qui risque toujours de surpasser l’amour total que, selon ses confesseurs jansénistes, elle doit à Dieu.  Cette passion revêt des formes qui évoluent:

    • D'abord sans doute une certaine indifférence: les jeunes époux sont pris par la vie mondaine.  La mère n'a pas pour sa fille les tendres émerveillements qu'elle éprouvera plus tard pour sa petite fille 
    • Ensuite, pour Françoise de Sévigné, ce sont les années de couvent ; la marquise les regrettera.  Quand la jeune Françoise devient une personne qui lit et avec qui l'échange peut se faire; l'attachement prend forme.
    • D'autant que Françoise est la plus jolie fille de France.  Mais est-elle aussi séduisante que sa mère?  Sans doute non et la fille sent son infériorité vis à vis de la brillante marquise.
    • Puis vient le mariage de Françoise.  La jeune épouse s'entend bien avec son mari.  La marquise est jalouse et se montre plus exigeante en matière de signes d'affection.  Après quelque vingt ans de relations souvent difficiles, la marquise se rend compte que son comportement inhibe sa fille et qu'en demandant moins, elle recevra plus.  « Je me suis corrigée de cette sotte vivacité ».  Mme de Grignan a besoin d'être rassurée.  La conversion au jansénisme joue son rôle.  « Je demande pardon à Dieu de tant de faiblesses.  C'est pour lui qu'il faudrait être ainsi.  « La profonde conviction que tout est entre les mains de la Providence, à défaut d'aboutir à un détachement total, introduit du moins entre Mme de Sévigné et les mouvements de son cœur une sorte de distance critique qui, par souci de perfection en freine les élans et en modère les excès  ».  Mme de Grignan apparaît comme la femme forte des Ecritures; elle applique la troisième maxime de Descartes: « Vous tâcherez de ne pas mettre votre félicité à ce qui ne dépend pas de vous ».

     

     

     Le Temps de Madame de Sévigné

    Le siècle des Saints ou la contre-réforme victorieuse.

     Des personnalités exceptionnelles se consacrent à la vie religieuse : c’est le siècle des Saints (Vincent de Paul, François de Sales, François Xavier, Jeanne de Chantal, Charles Borromée, Louise de Marillac Jean-Eudes.  La religion imprègne la vie de tous les jours ; elle n’est que l’antichambre de la vie éternelle.

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    (Saint François de Sales)

    Le siècle de fer:les hommes sont à la guerre

    Au XVIIème siècle, la guerre est pratiquement constante en Europe.  Seules les années 1669 et 1670 font exception à la règle ; durant ces deux années, il n’y a aucun conflit armé entre deux Etats européens.  En moyenne, les Etats européens connaissent la guerre deux années sur trois.  Durant les 70 années de son existence, la marquise a connu son pays en guerre pendant 43 ans.

    Trois conséquences:

    • Les maris partis servir le roi, leurs épouses doivent gérer les affaires et notamment les propriétés.  Les femmes accèdent ainsi à une compétence et acquièrent un pouvoir économique important. 
    • La guerre est un jeu dangereux; beaucoup y meurent.  On estime que 25% des hommes en âge de porter les armes meurent à la guerre.  Autant de veuves qui accèdent à l'indépendance ou qui se remarient dans des conditions où leur choix peut mieux se manifester. 
    • Les guerres coûtent cher.  Il faut lever des impôts ; les contribuables – en fait les classes les plus pauvres – renâclent et se révoltent.

     

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    Le progrès scientifique

    Le XVIIème siècle a vu naître la science moderne. 

    • Galilée (1564-1662) ouvre la voie en donnant la première expression mathématique de la loi de la chute des corps et des oscillations du pendule.  Les mathématiques deviennent indissociables de la physique
    • Au plan de la méthode, Descartes (1596-1650), sur les pas de Francis Bacon (1561-1626), fait table rase des théories du passé.  Je ne recevrai « jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle ».  Je diviserai « chacune des difficultés que j’examine en autant de parcelles qu’il se pourrait et qu’il serait requis pour les mieux résoudre » 
    • On commence à multiplier les expériences et à observer la réalité.  C’est la science expérimentale.  On découvre l’anatomie.  Pensons au tableau de Rembrandt.  Harvey découvre la circulation du sang. Des instruments permettent d’avoir accès au très petit : le microscope fait son apparition dans le cabinet du biologiste à la suite d’Antoni van Leeuwenhoek (1632-1723).  Cela permet deux découvertes capitales pour la compréhension de la reproduction : les ovules et les spermatozoïdes.  Il faut attendre les années 1880 pour que l’on comprenne qu’ovules et spermatozoïdes doivent se rencontrer.

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    L'image des femmes

    Les femmes sont la victime d'une mauvaise image qui résulte des affirmations et prescriptions de la Bible, de connaissances scientifiques encore balbutiantes et d'une tradition patriarcale.  Mais la situation évolue.

    • Dans la Bible, on trouve deux visions des femmes : une vision égalitaire où la femme ne se distingue pas de l’homme et parfois joue un rôle particulier, mais aussi une vision négative fondée sur le péché originel et une infériorité répétée.  C’est cette image qui prévaut chez nombre de clercs au XVIIème siècle qui souhaitent maintenir les femmes dans une situation de soumission et d’ignorance.  Dans la famille, il appartient au père de diffuser la bonne parole ; mais les hommes ont la fâcheuse tendance à démissionner de leur mission pédagogique.  Alors, il faut se retourner vers les femmes pour qu’elles assurent dans leur famille le relais du prêtre.  Elles sont portées à la religion et facilement respectueuse des règles.  Saint Augustin l’avait observé en parlant du « sexe dévot ».  Encore faut-il qu’elles soient formées.  François de Sales l’a bien compris en encourageant Jeanne de Chantal à créer l’ordre des Visitandines.  On s’aperçoit alors que l’Eglise, en voulant étendre son magistère sur la famille, donne aux femmes accès aux Ecritures et ainsi à une réflexion individuelle.  La porte était ouverte pour une émancipation de la pensée.
    • L’anatomie et encore plus la physiologie féminines sont encore entourées de mystères.  Mais l’obstétrique devient un sujet scientifique : les matrones, leurs habitudes ancestrales et leurs « superstitieuses maximes » cèdent lentement le pas à des accoucheurs, certes encore très ignorants, mais qui observent, qui écrivent des traités, qui échangent des expériences.  L’obstétrique est en marche.
    • Le droit, en fait le droit romain, qui inspire les juristes du sud du royaume, et les coutumes du nord, un peu plus libérales font de la femme un sujet sous tutelle.  Jeune fille, elle se trouve sous l’autorité parentale, épouse, sous celle de son mari ; seule la veuve dispose d’une certaine liberté, en matière de gestion de ses biens notamment. 

    Mais, les femmes ont en France et à Paris particulièrement des espaces de liberté, notamment des lieux où elles peuvent rencontrer des hommes « honnêtement » : les ruelles et les salons.  La science traditionnelle de lettrés, fondée sur des écrits latins voire grecs, s’y trouve dévaluée au profit d'une culture plus accessible à ceux qui n'ont pas reçu cette formation classique donnée dans les collèges, les femmes et les « cavaliers » en particulier.  Pour le maître à penser, c’est un public nouveau, souvent proche du pouvoir, qu’il faut séduire sans offusquer – être galant – qu’il faut instruire sans ennuyer – en honnête homme - .

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    (Madame de Rambouillet, dans le salon de laquelle se rendait la Marquise de Sévigné)

    L'Education des filles

    Mme de Sévigné plaça sa fille chez les visitandines en 1656.  C’était alors une nouveauté pour une congrégation d’accepter des pensionnaires qui ne se destinaient pas à la vie religieuse.  A la différence des collèges de garçons, l’enseignement n’était pas organisé en classes de même niveau.  On se bornait à enseigner à lire, écrire, compter, manier l’aiguille, devenir une bonne chrétienne et une bonne mère de famille.  Port Royal et plus tard Saint-Cyr ne faisaient pas exception ; l’objectif était de préparer des jeunes filles à leur vie de chrétiennes – ce qui impliquait la capacité à diffuser un message chrétien - , parfaitement maîtresses d’elles-mêmes et prêtes à s’adapter aux rapports sociaux – d’où l’enseignement des arts d’agrément, dans chant musique - et à la vie conjugale.

    Les conseils d'une grand-mère

    Vingt ans plus tard, le même problème se pose pour l’ainée des petites filles de la marquise que sa mère, avant un long séjour à Paris, décide de confier aux visitandines d’Aix.  Mme de Sévigné trouve alors barbare de se séparer d’une enfant de 5 ans. En 1688, Mme de Grignan est déçue par le niveau de sa plus jeune fille Pauline qui a 13 ans, après un séjour de plusieurs années aux bernardines d’Aubenas.  Elle se propose de la mettre aux visitandines.  Mme de Sévigné l’en dissuade : « Ne croyez pas que qu’un couvent puisse redresser une éducation ni sur le sujet de la religion, que nos sœurs ne savent guère, ni sur les autres choses ».  C’est une critique de l’enseignement donné dans les couvents : comment des religieuses retirées du monde pourraient-elles préparer des jeunes filles à une vie qu’elles ne connaissent pas et enseigner des matières qu’elles n’ont jamais apprises ?  Et la marquise de proposer la solution : « Vous ferez bien mieux à Grignan, quand vous aurez le temps de vous appliquer. … Vous causerez avec elle. … Je suis persuadé que cela vaut mieux qu’un couvent».  La grand-mère revient souvent sur ce point : « Entreprenez donc de lui parler raison et sans colère, sans la gronder, sans l’humilier, car cela révolte » ; « L’envie de vous plaire fera plus que toutes les gronderies ».  En plus de la conversation, la lecture est indispensable, « Vous lui ferez lire de bons livres, l’Abbadie même puisqu’elle a de l’esprit ». 

    Une fin édifiante

     La marquise meurt à Grignan, dans la spiritualité de Port Royal.  5 jours avant de rendre l'âme elle demande les derniers sacrements.  Elle s'est totalement « convertie », c'est à  dire tournée vers Dieu à l'exclusion de tous les attachements humains.  Parlant d'un ami de Port Royal, mort en 1688: « c'est une chose délicieuse que de voir une mort où il n'est uniquement question que de Dieu, où les affaires temporelles et même les remèdes et l'espérance de guérir n'ont point de part ».

     Et voici la conclusion de Robert Fries au sujet de cette femme en avance sur son temps: la Marquise de Sévigné:

    La chance d’être femme

     Si l’on s’en tient aux commentaires des Précieuses dont les valeurs ne sont pas si éloignées des nôtres et pour lesquelles Molière n’a pas été tendre, l’asservissement social et sexuel des femmes au XVIIème siècle est incompatible avec le bonheur.  Pour Mlle de Scudéry, « On se marie pour haïr.  C’est pour cela qu’il ne faut jamais qu’un véritable amant parle de mariage, parce qu’être amant c’est vouloir être aimé, et vouloir être mari, c’est vouloir être haï ».  L’abbé de Pure met dans la bouche d’un de ses personnages : « Je fus une innocente victime sacrifiée à des motifs inconnus et à des obscurs intérêts de maison, mais sacrifiée comme l’esclave, liée, garrotée, … On m’enterre, ou plutôt on m’ensevelit toute vive dans le lit du fils d’Evandre ».  Quant à la maternité, cette « hydropisie amoureuse », les Précieuses pour l’éviter, ont proposé que le mariage fût rompu d’office à la naissance du premier enfant, celui-ci étant laissé à la garde du père qui donnerait à la mère une prime en espèce. 

    Peut-on alors parler de « la chance d’être femme » ?  Mme de Sévigné a eu la chance d’être riche, instruite, séduisante, d’appartenir à l’élite sociale et intellectuelle et de se trouver veuve, donc libre à vingt-cinq ans. 

    Madame de Sévigné a eu bien de la chance.

     

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    Voici maintenant le texte intégral de la conférence de Robert Fries , à ne pas manquer, cliquez sur le lien.

     

    Madame de Sévigné, témoin de son temps.Une conférence de Robert Fries.

     

     

    (Des commentaires sur le thème de l'article seraient les bienvenus, ils me montreraient que ce blog vous intéresse et ils me donneraient envie de continuer à  l'alimenter .

    Merci.)

     


     

     


  • Commentaires

    5
    BEYZA nur
    Jeudi 16 Octobre 2014 à 19:49

    On apprend beaucoup de chose ! Merci a vous!!  Sa m'aide beaucoup pour exposé ! Encore merci!^^

    4
    juju21
    Dimanche 30 Mars 2014 à 18:32

    Je vous remercie de me permettre d'avoir accès a ce texte de cette conférence très intéressante  cool^^yeswink2

    3
    BINTOU88
    Jeudi 13 Septembre 2012 à 18:28

    C'EST EXTRAORDINAIRE

    2
    Camus Jenry
    Vendredi 28 Janvier 2011 à 16:22

    Je regrette de n'avoir pu assister à cette conférence et merci, Christiane, de l'avoir si bien relater. Je connais bien les chateaux des Rochers et de Grignan y ayant fait des repérages pour un film.


    Un film intitulé "Je vous ai écrit ce matin ma fille". Le voyage d'une lettre de madame de Sévigné à sa fille, madame de Grignan. Scénario que j'avais écrit et commandité par la poste. Malheureusement ce projet n'a pas eu de suite.


     

    1
    Nininne
    Vendredi 28 Janvier 2011 à 13:09

    Je vous remercie de nous permettre d'avoir accès au texte de cette conférence très intéressante et pour l'iconographie choisie avec soin!

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