• "Quand passent les microbes", un notule d'Histoire de Dominique Masson...

    Dominique Masson nous présente aujourd'hui l'histoire des épidémies qui ont affecté le Châtillonnais au cours des temps, un travail très documenté et passionnant !

    Merci mille fois à lui  et à ses amis Michel Massé et Jean Millot qui ont participé à cette étude.

    Notule d’histoire

    Quand passent les microbes…

     

    Notre corps est constitué de 10 fois plus de microbes que de nos propres cellules.

    Le mot « microbe » fut introduit en 1878 par le chirurgien français Charles Sébillot : il désignait alors les êtres vivants infiniment petits et pathogènes (provoquant des maladies) qu’on ne pouvait voir à l’œil nu.

    L’arrivée de ce concept marque alors, en France, une rupture avec les croyances médicales de l’époque.

    Aujourd’hui, l’immense majorité des « microbes » est inoffensive pour le corps humain, voire bénéfique pour lui.

    Mais il existe cependant des espèces pathogènes,à l’origine de nombreuses maladies infectieuses.

    Il existe trois grandes familles de microbes.

    La première est celle des levures et des champignons.

    Par exemple, c’est grâce aux levures que la pâte du pain gonfle, que se fabrique la bière ou que le lait se transforme en yoghourt.

    Cependant, de mauvais levains peuvent occasionner des dégâts.

    Du 25 décembre 1771 au 29 février 1772, une épidémie de fièvres continues vermineuses sévit à Buncey :

     C’est une fausse pleurésie engendrée par des mauvais levains, des matières vermineuses qui se rencontrent chez presque tous les malades , enfin, par des humeurs bilieuses et putrides qui se portent à l’estomac et des intestins à la poitrine et occasionnent le point de côté, l’oppression, les crachements de sang, la toux et une fièvre continue, accidents plus ou moins violents, suivant que ces humeurs sont plus ou moins abondantes, ont contracté plus ou moins d’acrimonie, enfin, que les solides chez eux, ébranlés par ces puissances destructrices, sont susceptibles d’une plus ou moins grande sensibilité et irritabilité.

    Comme traitement : saignées, bouillon en légère quantité, liquides aqueux et humectants, tant en lavements fréquents qu’en boisson ; émétique ; sur le côté douloureux, émollients, relâchants et résolutifs[i].

    Le deuxième groupe est constitué par les  bactéries. Ce sont des organismes vivants constitués par une seule cellule.

                                                                                                                           Certains staphylocoques se trouvent sur la peau, chez pratiquement tous les êtres humains, et sont normalement inoffensifs.

    C’est ainsi qu’en analysant l’évangéliaire conservé à la cathédrale Saint-Pierre d’York, au Royaume-Uni, composé autour de l’an mil, on a pu retrouver des staphylocoques sur le folio 6, là où se trouve un texte de prestation de serment de l’archidiacre et d’autres responsables monastiques.

    La main entière devait être posée sur la page, tandis que les lèvres proféraient les paroles sacrées, avant d’embrasser le parchemin, fabriqué à partir de peau de veau.

    Une autre bactérie, saccharopolyspora, est responsable de l’apparition de taches brunâtres sur le manuscrit[ii].                                                                                                                                                   La typhoïde est une maladie infectieuse causée par une bactérie.             

    La maladie aujourd’hui est quasiment absente des pays développés, à la suite de la javellisation de l’eau de boisson généralisée à partir de 1910.

     [i] Bon Henri (docteur) : « essai historique sur les épidémies en Bourgogne, depuis l’établissement des Burgondes en Gaule jusqu’à la Révolution » ; Dijon, 1912

    [ii] A l’automne 2019, a eu lieu, à Dijon, aux archives municipales, une conférence-débat, en marge de l’exposition « Qu’est-ce qu’un parchemin ? ». Il y a été fait référence à l’étude de l’évangéliaire d’York : « The York Gospels : a 1000-year biological palimpsest », article paru dans « Royal Societyopen science », 25 octobre 2017 ; http://dx.doi.org/10.1098/rsos. 170988 

    "Quand passent les microbes", un notule d'Histoire de Dominique Masson...

    Une autre bactérie est fort connue, appelée Yersinia pestis, c’est-à-dire la peste[i].

    Le mot apparaît à la fin du XVe siècle, mais elle a sévi bien plus tôt.

    Il y eut trois pandémies historiques de peste.

    La première, attestée comme telle, est la peste de Justinien, qui a sévi à partir de 541 jusqu’en 767, dans tout le bassin méditerranéen, avec des vagues successives tous les 9 à 13 ans ; mais elle n’a pas dépassé la Loire, ni la région de Dijon. 

    La seconde pandémie est celle de la peste noire.

    Elle a tué de 30 à 50 % des européens en cinq ans (de 1347 à 1352), faisant environ 25 millions de victimes[ii].

    En 1348, la Bourgogne fut atteinte.

    Guillaume Paradin, dans ses Annales de Bourgogne, rapporte : Cette année fut mémorable à cause d’une pestilence venue de Levant, jusque en Ponant, laquelle était si contagieuse que non seulement elle infectait par communication et conversation, mais aussi, se prenait par le seul regard des infects.

    "Et fut cette pestilence si générale et pernicieuse que de mille, il n’en demeurait pas dix. On pouvait dire à Nuits : En mil trois cent quarante-huit, à Nuits, de cent restèrent huit"

    Mais,à Bure les Templiers, il ne resta que trois ménages.                                                                 

    La troisième pandémie est la peste de Chine, qui commença en 1894 et atteint la France en 1920.

    Les rongeurs, dans leurs terriers, peuvent conserver ces microbes, capables de contaminer l’homme par l’intermédiaire des puces[iii].                                                                                                                         

    Cependant il y eut de nombreux épisodes de peste, sporadiques, tout au long de l’histoire, à commencer par la peste d’Athènes, épidémie entre 430 et 426 av. J.C, où la ville perdit de maladie, selon Thucydide, 1500 hoplites sur 4000 en 40 jours, ainsi que Périclès.                                           

    En Bourgogne, en 1030, après la famine vint la peste.

    A Châtillon, on ouvrit le tombeau de saint Vorles et les reliques furent exposées sous une tente, arrangée près de l’église Saint-Mammés[iv].

    On demanda souvent l’intercession de Saint Vorles pour combattre la peste.

    Sous un tableau, du XVIe siècle, accroché dans l’église Saint-Vorles,  on lit :  

    La guerre, la peste et la faim

    Faisaient la guerre au genre humain

    Et détruisaient toute la terre.

    St Vorles exauça son troupeau,

    Et feist cesser ce triple fléau

    De la faim, la peste et la guerre

                                             

                                                                                                           [i]Le pape Clément VI (1342-1352) institua une « messe pour le temps de peste », célébrée encore de nos jours en période d’épidémie.

    Par analogie, on parle de la « peste brune », surnom donné pendant la seconde Guerre mondiale au nazisme ; de même, la « peste blanche » est la désespérance, l’indifférence à la vie, entraînant le déclin démographique, selon Pierre Chaunu et Georges Suffer (« la peste blanche », Gallimard, 1977).

    [ii] En Angleterre, des fouilles à l’ancienne abbaye de Thornton, dans le Lincolnshire, ont montré que les victimes de la peste sont venues mourir à l’hôpital de l’abbaye et enterrées à la hâte dans une fosse commune (Archéologia, n° 586, avril 2020)

    [iii] Lucenet Monique : « les grandes pestes en France » ; Aubier, 1985.La peste reste dans les mémoires et on peut citer la fable de La Fontaine : « les animaux malades de la peste ».

    [iv] Joly J.M.V (abbé) : « vie de saint Vorles, curé de Marcenay, patron de Châtillon-sur-Seine » ; Châtillon, Parny, 1867

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    En France, entre 1347 et 1536, il y eut 24 poussées de peste, soit à peu près une tous les huit ans[i].

    En 1518/1519, c’est Montbard, puis l’Auxois, qui est ravagé.

    En 1531/1533, Baigneux perd plus du tiers de sa population et les habitants restants sont ruinés, à cause des guerres et mortalités qui ont régné, car le passage de soldats amène souvent la peste ; en effet, ces périodes de pestilence ont correspondu aux périodes de conflitsdévastateurs.                                                               

    De 1536 à 1670, on ne compta plus que 12 poussées de peste, soit une tous les 11,2 ans.

    En 1563, des maladies contagieuses avaient désolé Châtillon ; pendant trois semaines, les portes de la ville avaient été fermées et les pestiférés placés hors les murs, où maire et échevins leur fournissaient tous les remèdes nécessaires[ii].

    A cette époque, pour une transaction entre l’abbé de Notre-Dame et le seigneur de Chamesson, les deux parties se réunirent à Châtillon, mais en plein air, à cause de la maladie.

     [i] Delumeau Jean : «  la peur en occident, XIVe-XVIIIe siècles » ; Fayard ; 1978

    [ii] Lapérouse Gustave : « l’histoire de Châtillon » ; Châtillon, Cornillac, 1837 (p. 323)

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    A partir de 1576, la peste toucha aussi bien Paris que Lyon, Troyes, Tournus ou Dijon.

    En 1582, le Châtillonnais fut ravagé et MM ; de la Chambre de Dijon, qui avaient décidé de faire venir un homme de Châtillon,réputé fort expérimenté au nettoiement des maisons infectées, eurent le regret d’apprendre par MM. de la ville de Châtillon qu’il ne pourrait venir, vu que l’on avait besoin de lui dans plusieurs pays voisins de leur cité[i].

    Dans le courant de 1583, la peste revint.

    Les échevins retinrent, à raison de six francs de gage par mois, un certain Jean de La Noue, peigneur, cardeur de laines, pour traiter les malades.

    On eut aussi recours au patron de la ville ; on fit trois fois la descente des reliques de saint Vorles pour les porter, le 26 mars à Marcenay, le 1er juin à Pothières et le 29, de nouveau à Marcenay[ii].                                                                                                                                             En 1587, on parle à Châtillon des contagiés qui sont en grand nombre, de fait que un quart ou peu s’en faut des habitants de ladite ville ont été morts de ladite maladie, réduisant les habitants en grande partie à mendier leur pain.

    Les plus aisés se retirèrent dans les pays voisins où ils avaient des amis ou des parents, pour y trouver les secours de première nécessité.

    Cette mortalité ralentit encore le commerce, car les drapiers furent contraints se tenir clos et couverts en leur maison sans pouvoir lors vendre aucune chose de leur état pour leur subvenir.

    Défense avait été faite lors de la contagion à quiconque d’entrer ou de sortir de la ville, tellement que une grande partie en sont morts de faim.

    Tous ces malheurs  réduisirent les habitants à une telle extrémité que, pour ne pas être contraints d’abandonner ladite ville et leur domicile et maisons, le lieutenant du bailliage, Edme Rémond, demanda au roi une exemption de tailles pendant dix ans, afin de leur donner moyen deulx rétablir en quelque peu de repos, mais le trésorier général des finances à Dijon n’accorda que six années.

    La contagion régnait encore l’année suivante, à l’occasion de laquelle par le commun bruit il y est mort plus de deux mille personnes[iii].                                                                                                   

    La peste revint en 1595 ; un chirurgien, André Savery, qui avait servi les pauvres malades qui se seraient trouvés aux hôpitaux et par la ville, obtint l’exemption de toute gardes, tailles et autres subsides, plus une récompense de vingt livres. 

    Le fléau continuant l’année suivante, maire et échevins assignèrent aux malades deux emplacements hors les murs, les champs de la Pidance pour ceux de Chaumont et la combe d’Epasses pour ceux du Bourg.

    Tous les contagieux durent y aller et ne purent en sortir avant complète guérison.

    Une guette active fut faite sur les portes de Saint-Vorles et de Saint-Antoine.

    L’économe de l’abbaye, Jean Barrey, se retira avec sa femme et ses enfants dans une loge qu’il plaça à quelques distances des portes ; ni les injonctions des échevins, ni les amendes, ne purent le déterminer à se réunir aux autres pestiférés.

    On fut obligé de brûler sa loge pour la lui faire abandonner.

    Le 4 juillet 1629, une grande procession, composée de 340 personnes, alla en procession à Pontigny, visiter les reliques de Saint Edme, pour accomplir le vœu fait pour apaiser la colère de Dieu pendant la contagion. 

    En 1630, la peste sévit à Dijon et, le 16 mai, les magistrats demandèrent au roi de transférer le Parlement à Châtillon à cause de la contagion[iv].

    Le 4 mai 1631, le gouverneur de Bourgogne, le prince de Condé, accompagné des conseillers au parlement et des élus des états, fit son entrée à Châtillon, la peste sévissant partout ailleurs.

    Mais celle-ci, qui s’était déjà fit ressentir dans l’été 1632, y éclata dans le cours de 1633.

    Les chaleurs de l’été augmentèrent beaucoup le mal : plusieurs personnes de la campagne, étant venues à la ville faire les moissons, moururent subitement dans les champs.

    On construisit, dès le mois de février, trente-sept loges nouvelles, hors de la ville et surtout dans le faubourg du Temple, pour y placer les pestiférés.

    Les morts étaient enterrés par des saccards, qui traînaient avec des crochets et des cordes les cadavres.

    Les magistrats firent preuve de courage et, comme ils s’exposaient jour et nuit et délaissaient leurs affaires, le parlement les exempta de toutes tailles, comme il avait déjà été fait l’année précédente.

    On fit venir de Dijon, pour 18 jours et à raison de 3 livres par jour, un médecin spécialisé, Balthazar Milière, dit La Santé.             

    [i] Bon : op. cit.

    [ii] Joly, op. cit. ; Lapérouse : op. cit.

    [iii] Masson. Dominique : « Châtillon-sur-Seine, 1000 ans d’histoire » ; Images en Châtillonnais, 2016

    [iv] Bon ; selon Gustave Lapérouse, c’est en mai 1629 que la reine-mère transféra, de Dijon à Châtillon, la cour des aides (p. 405)

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    La peste reparut dans l’été 1636.On porta les reliques de Saint Vorles à Marcenay[i].

    Un des médecins de la ville, Philippe de Marcenay, succomba.

    Un prêtre, Pierre Jaulpy, s’était retiré dans une loge préparée auprès des vignes de Chaumont, avec son domestique.

    Entré le 9 octobre, il y resta trois mois.

    Il ne cessa de parcourir les loges des pestiférés, administrer les sacrements, veiller au bon maintien de l’ordre et présider à la distribution des vivres et des aumônes ; il composait également des médicaments, des baumes et un parfum pour purifier l’air dans les loges et les maisons infectées[ii].

    Après 1670, la maladie semble disparaître pour refaire violemment surface à Marseille et en Provence en 1720.

    Dans ces périodes difficiles, les français se tournèrent vers la religion et plusieurs saints furent invoqués                                                                                                               

     

    [i] Joly : op. cit.

    [ii][ii] Lapérouse : op. cit.

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    On se tourna vers la Vierge Marie ; à Châtillon, outre saint Vorles, saint local, on pria devant sa statue, celle devant laquelle saint Bernard eut sa révélation.

    La croyance populaire attribuait au manteau de la Vierge des pouvoirs, car ce manteau leur semblait protecteur contre les flèches de pestilence ; la Vierge avait également une fonction médiatrice auprès du Christ en faveur de l’humanité souffrante (le Christ lançant les flèches).

    On invoqua aussi saint Sébastien.

    Officier martyrisé à Rome en raison de sa foi, il fut percé de flèches ; on lui attribuait le pouvoir d’éradiquer les épidémies de peste, selon la croyance biblique assimilant la maladie à des flèches envoyées par Dieu.

    Cependant, on rencontre peu de statues de ce saint dans le Châtillonnais.

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    Par contre, s’ajoutèrent des cultes nouveaux, en particulier celui de saint Roch.

    Né au XIVe siècle dans une puissante famille montpelliéraine, il partit en pèlerinage à Rome et, à son retour, contracta la peste.

    Retiré dans une forêt, il vécut près d’une source jaillie près de lui et un chien vint lui apporter du pain et lécha sa plaie.

    Selon la tradition, il aurait sauvé de nombreux pestiférés avant et après sa mort ; c’est pourquoi le concile de Constance le canonisa en 1414[i].

    Les représentations de ce saint le montrent avec un chien à ses côtés et il a, comme attributs du pèlerin, un bourdon, une gourde, une besace, une grande cape et un large chapeau ; il découvre généralement une cuisse (celle de droite ou celle de gauche) pour laisser apparaître un bubon pesteux.

    On trouve, dans le châtillonnais, beaucoup de représentations de ce saint, soit en statue, soit comme haut de bâton de procession.

    D’autres saints purent aussi être invoqués, comme saint Nicolas, moine au couvent augustin de Tolentin, en Italie, ou saint  Charles Borromée.

    [i] Lucenet Monique : op. cit. La piété à l’égard de saint Roch se répandit dans toute l’Europe, de sorte que le pape Urbain VIII renouvela sa canonisation en 1629.

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    Une autre bactérie, le Mycobacterium leprae, proche de l’agent responsable de la tuberculose, est responsable de la lèpre.

    L’écureuil roux pourrait être l’un des réservoirs animaux du bacille (bactérie de forme allongée).

    Si la Bible parle de la lèpre, les croisades auraient été responsables de l’arrivée de la lèpre en Europe.

    Une Maladière est mentionnée à Châtillon, en 1174.

    Le quartier de la Maladière se trouvait au nord-ouest de la ville, au pied du Châtelot ; on y accueillait les lépreux chassés de la ville.

    Selon un décret du concile du Latran, de 1179, il devait y avoir un cimetière ; un chapelain desservant la chapelle, qui était un chanoine de l’abbaye Notre Dame(la chapelle Saint-Léger était toute proche) ; et un maître ou gouverneur pour la diriger (feu Nicolas de Cérilly est cité en 1474).

    Les dames converses de l’abbaye Notre Dame, qui devaient avoir à côté leur résidence (les « Dames Brulées »), étaient vouées au service des lépreux.

    La Maladière avait quelques privilèges ; "les bouchers devaient lui réserver les langues des grosses bêtes qu’iceux bouchers tueront, et le maître pouvait vendre du vin en période de banvin" (privilège normalement réservé au duc et à l’évêque).

    Au XVIe siècle, la Maladière possédait 12 sées de prés et 200 journaux de terre, mais elle disparut au cours des guerres de Religion et ses biens furent réunis, vers 1695, à l’hôpital Saint-Pierre.

    Le choléra est une épidémie contagieuse due à la bactérie Vibrio cholerae, ou bacille virgule, découverte par Pacini en 1854, strictement limitée à l’espèce humaine.

    Ce mot vient du mot grecχολέρα, qui désignait déjà chez Hippocrate cette maladie. Sept pandémies ont été recensées :

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    La France fut touchée par la deuxième pandémie de choléra, au printemps 1832 (le premier cas est attesté le 26 mars), et Casimir Périer, président du Conseil, décréta des mesures de police sanitaire, en réactivant en particulier des contrôles sanitaires aux frontières ; lui-même devait décéder du choléra le 16 mai.

    A Paris, il y eut une « fuite bourgeoise » qui se produisit alors : dans les journées des 5, 6, 7 avril, 618 chevaux de poste sont retenus et le nombre des passeports augmente de 500 par jour ; Louis Blanc estime à 700 le nombre de personnes emmenées par les Messageries[i].

    La Côte d’Or fut, lors de cette pandémie, passablement épargnée.

     [i] Delumeau ; op. cit.

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    Le choléra reparut à la fin de l’année 1848, venant d’Angleterre et arrivant en France par le port de Dunkerque ; il se répandit ensuite en France en 1849.

    Un monument curieux existe à Villers-Patras, dans le cimetière, rappelant le passage de cette épidémie.

    Il est composé d’une base hexagonale, d’une haute colonne et, à son sommet, d’une niche surmontée d’une croix, abritant une statue de la Vierge et de son enfant.

    Sur la base ont été gravés les noms des victimes du choléra, à commencer par Mathie Chatraine, décédée le 26 avril 1849 ; quatorze noms suivent, dont un couple, décédés entre le 16 juin et le 12 septembre.

    La moitié de ces victimes étaient des vignerons[i]. Au revers se trouve la dédicace d’érection du monument.

    [i] Lazzarotti Raymond: « Villers-Patras, son origine, son évolution » ; Cahiers du Châtillonnais, n° 41

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    A l’automne 1853, le choléra reparut en France, à Paris en particulier et, au printemps 1854, il affecta essentiellement l’est de la France, avec deux bases autour de la Haute-Saône et de la Haute-Marne d’une part, des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse d’autre part[i].

     [i] Bourdelais P. et Raulot J.Y : « la marche du choléra en France : 1832-1854 » ; Annales, ESC, n° 1, janvier-février 1978. Voir également : Bourdelais Patrice et Raulot Jean-Yves :« Une peur bleue, histoire du choléra en France, 1832-1854 » ; Payot, 1987.

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    La Côte d’Or fut durement touchée, comptant parmi les 20 départements les plus affectés.

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    Le choléra apparut en juin dans l’arrondissement de Châtillon, mais les villages furent inégalement touchés.

    Par exemple, à Villers-Patras, pour l’année 1854, il y eut 21 morts dans la commune, dont 20 moururent du choléra, entre le 3 juillet et le 11 septembre 1854 (en comparaison, il y eut dans la commune un mort en 1853 et 3 morts en 1855).

    Si Larrey fut épargné, il y a, à Poinçon, du 11 août au 7 septembre, 20 cas répertoriés et 13 morts.

    Villedieu fut particulièrement touché, avec 84 cas et 44 morts, pour 280 habitants.

    Le dernier groupe est constitué par les virus.

    Contrairement à la bactérie, le virus n’est pas une entité biologique autonome.

    Il a besoin de rentrer dans une cellule pour utiliser sa machinerie et se multiplier (en ce sens, on peut le considérer comme un parasite).

    Sur les 5 000 espèces environ décrites, seules 129 sont pathogènes.

    On peut citer, entre autres, la rage, la fièvre jaune, la variole, la rougeole, les oreillons, le rhume, la varicelle, le sida, ainsi que la grippe.  

    Celle-ci serait apparue chez les oiseaux il y a environ 6 000 ans et la grippe humaine vers 2500 av. J.C, en Chine, avec le développement de la domestication des oiseaux, notamment des canards, et également avec l’élevage des porcs.

    Les symptômes de la grippe humaine ont été clairement décrits par Hippocrate, puis par Tite-Live. Plusieurs pandémies affectèrent la terre. Depuis la fin  du XIXe siècle, on a compté 5 pandémies :

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     En 1918, on prit quelques mesures pour enrayer l’épidémie.

    On pouvait lire, dans le journal le Châtillonnais et l’Auxois du dimanche 27 octobre, que, en raison de l’épidémie de grippe qui sévitactuellement, les représentations, matinées et soirées du cinématographe ayant d’habitude lieu à l’Alcazar, seront, par ordre de l’autorité municipale, suspendues jusqu’à nouvel avis.

    On pouvait lire de même, le 15 décembre :

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    Il existe une autre famille regroupant plusieurs virus, celle des coronavirus, devant leur nom à la forme d’une couronne qu’ont les protéines qui les enrobent.

    Trois épidémies mortelles sont survenues, pour l’instant, au cours du XXIe siècle :

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    Dominique Masson 

                                                                          (remerciements à Michel Massé et Jean Millot)

     [1] Bon Henri (docteur) : « essai historique sur les épidémies en Bourgogne, depuis l’établissement des Burgondes en Gaule jusqu’à la Révolution » ; Dijon, 1912

    [1] A l’automne 2019, a eu lieu, à Dijon, aux archives municipales, une conférence-débat, en marge de l’exposition « Qu’est-ce qu’un parchemin ? ». Il y a été fait référence à l’étude de l’évangéliaire d’York : « The York Gospels : a 1000-year biological palimpsest », article paru dans « Royal Societyopen science », 25 octobre 2017 ; http://dx.doi.org/10.1098/rsos. 170988 

    [1]Le pape Clément VI (1342-1352) institua une « messe pour le temps de peste », célébrée encore de nos jours en période d’épidémie. Par analogie, on parle de la « peste brune », surnom donné pendant la seconde Guerre mondiale au nazisme ; de même, la « peste blanche » est la désespérance, l’indifférence à la vie, entraînant le déclin démographique, selon Pierre Chaunu et Georges Suffer (« la peste blanche », Gallimard, 1977).

    [1] En Angleterre, des fouilles à l’ancienne abbaye de Thornton, dans le Lincolnshire, ont montré que les victimes de la peste sont venues mourir à l’hôpital de l’abbaye et enterrées à la hâte dans une fosse commune (Archéologia, n° 586, avril 2020)

    [1] Lucenet Monique : « les grandes pestes en France » ; Aubier, 1985.La peste reste dans les mémoires et on peut citer la fable de La Fontaine : « les animaux malades de la peste ».

    [1] Joly J.M.V (abbé) : « vie de saint Vorles, curé de Marcenay, patron de Châtillon-sur-Seine » ; Châtillon, Parny, 1867

    [1] Delumeau Jean : «  la peur en occident, XIVe-XVIIIe siècles » ; Fayard ; 1978

    [1] Lapérouse Gustave : « l’histoire de Châtillon » ; Châtillon, Cornillac, 1837 (p. 323)

    [1] Bon : op. cit.

    [1] Joly, op. cit. ; Lapérouse : op. cit.

    [1] Masson. Dominique : « Châtillon-sur-Seine, 1000 ans d’histoire » ; Images en Châtillonnais, 2016

    [1] Bon ; selon Gustave Lapérouse, c’est en mai 1629 que la reine-mère transféra, de Dijon à Châtillon, la cour des aides (p. 405)

    [1] Joly : op. cit.

    [1][1] Lapérouse : op. cit.

    [1] Lucenet Monique : op. cit. La piété à l’égard de saint Roch se répandit dans toute l’Europe, de sorte que le pape Urbain VIII renouvela sa canonisation en 1629.

    [1] Delumeau ; op. cit.

    [1] Lazzarotti Raymond: « Villers-Patras, son origine, son évolution » ; Cahiers du Châtillonnais, n° 41

    [1] Dupuis Jean-Claude : « Poinçon et Larrey : deux villages de la Côte d’Or » ; Cahiers du Châtillonnais, n° 141

    [1] Bourdelais P. et Raulot J.Y : « la marche du choléra en France : 1832-1854 » ; Annales, ESC, n° 1, janvier-février 1978. Voir également : Bourdelais Patrice et Raulot Jean-Yves :« Une peur bleue, histoire du choléra en France, 1832-1854 » ; Payot, 1987.

     

     


  • Commentaires

    3
    Béatice REGLEY-VION
    Lundi 4 Mai à 15:57

    Que de tristesse et de douleur dans l'humanité. Dieu donne la vie et la reprend dans des circonstances atroces pour beaucoup d'enfants de femmes d'hommes qui ne demandent qu'à vivre sereinement et ça dans le monde entier.......Tout ça à cause du pouvoir le l'argent, de la politique et de la religion alors que même avec une santé normale la vie d'un humain sur terre est courte éphémère......Je demande à Dieu tout puissant qu'il arrête ses agissements ignobles et que la paix soit su terre pour le monde entier....De nos jours tout le monde devait pouvoir vivre son quotidien correctement, se soigner sans se poser de question et manger à sa fin. De la richesse il y en a mais tellement mal répartie; Dieu faites en sortes que la vie soit belle pour tout à chacun dans le monde entier.......MERCI;;;;;;

    2
    michel
    Lundi 4 Mai à 11:20

    Document tr§s intéressant ou l'antidote etait principalement la religion, il fallait bien se raccrocher à quelque chose....

    1
    mages
    Lundi 4 Mai à 10:06

    Bonjour

     

    Un article qui me remonte le moral, c’était donc bien plus grave autrefois ...... le confinement était déjà pratiqué

     

    Donc prenons notre mal en patience et à la grâce de Dieu 

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