• Je lis cet article sur ma ville ,sur l'Internaute,et je ne peux m'empêcher de le publier....

    L'avis de Jocelyne DACHELET-LAMBERT (LANEFFE - BELGIQUE) sur la ville de Châtillon-Sur-Seine:

    Belge, habitant un village de l'entité de Walcourt, ville jumelée avec Châtillon Sur Seine depuis 1958, je suis accueillie dans une famille depuis environ 20 ans.

    Cette charmante petite ville, ses petits commerces, ses vieux quartiers, son parc, sa source de la Douix, Saint-Vorles, son musée m'ont véritablement envoûtée depuis ma première visite.

    L'accueil chaleureux des commerçants vis-à-vis des touristes est à épingler. L'armurerie, le petit boucher de la place, le cafetier, l'hôtelier et tous les autres sont des plus aimables.

    A Châtillon, on y fait bonne chère, les produits du terroir sont à l'honneur. Et que dire après avoir dégusté le jambon persillé, les escargots, la bonne bouteille, lors de festivités familiales inoubliables.

    Ah le ban bourguigon... Oui, rien que du bonheur.

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    Une mémorialiste oubliée :Victorine de Chastenay


    «Blanche et assez bien faite, les cheveux bruns, les dents belles, les yeux bleus, le
    regard assez doux, l’expression de la physionomie a fait — plus que les traits — le
    mérite de ma figure. Je crois qu’elle annonce plus de bonté que d’esprit et j’avoue
    que je m’en applaudis.»

    Celle qui se décrit en ces termes, à l’âge de dix-huit ans, se nommait Louise-
    Marie-Victoire de Chastenay, que l’on appela toujours Victorine, née à Essarois

    . Elle était de petite noblesse, mais fort ancienne : on trouve mention
    d’un chevalier Jean de Chastenay et un Chastenay était compagnon de
    saint Louis à Tunis. Famille ancienne, mais assez peu fortunée, quoique
    propriétaire du château et domaine d’Essarois, en Côte d’Or, à une vingtaine de
    kilomètres de Châtillon-sur-Seine, qui comprenait, outre le château et le parc, la
    forge, le moulin, les fermes du village, huit cents hectares de bois et les droits
    seigneuriaux. Le père de Victorine, Érard-Louis-Guy, comte de Chastenay-
    Lanty, inscrit dès sa naissance dans l’ordre de Malte, avait été
    mousquetaire, puis sous-lieutenant au régiment de Bauffremont, et il épousa
    la fille du marquis d’Herbouville, Catherine-Louise, originaire de
    Normandie, qui lui donna deux enfants : Victorine et Henri-Louis, qui
    entra très jeune dans les gardes du corps et fut sous-lieutenant dans la garde
    constitutionnelle de Louis XVI. Officier des chevau-légers de la garde sous Louis
    XVIII, puis maréchal de camp, il prendra part à l’expédition d’Espagne et,
    pair de France sous Louis-Philippe, siégea jusqu’à sa mort, à la Chambre
    haute.

    Comme Mme de Condorcet, Lucile de Chateaubriand ou Mme de Genlis,
    Victorine fut destinée à recueillir la succession d’une abbesse et à bénéficier d’une
    prébende.Preuve faite de huit quartiers de noblesse d’épée, tant
    du côté maternel que paternel, elle fut reçue au chapitre noble d’Épinal, situation
    qui ne lui interdisait pas de se marier et l’autorisait, à quatorze ans, à se faire
    appeler Madame.

    La jeune fille fut moins impressionnée par la réception officielle,
    pourtant solennelle, que par le bal qui suivit :

    « La cérémonie, dit-elle, me fit pleurer parce que maman y pleura ; mais la danse me consola bien vite. J’étais pourle coup l’objet principal et de droit ; j’avais des succès au bal, pour la première foispeut-être, car je n’ai jamais ni très bien, ni très mal dansé. »

    Du reste, sa carrière d’abbesse devait tourner court : l’Assemblée nationale décréta la mise à la disposition de la nation de tous les biens ecclésiastiques et le chapitred’Épinal cessa d’exister.

    Demeurée dans sa famille, Victorine y reçut une instruction très supérieure à
    celle des jeunes filles de son époque : rien ne fut épargné pour faire d’elle une
    jeune femme accomplie et rompue aux usages du monde, mais aussi une
    intellectuelle, et l’on prit soin de la frotter de grammaire, de mathématiques, de
    géométrie, d’algèbre, de sciences physiques et naturelles, de mythologie, de
    géographie, de latin, d’allemand, d’anglais, d’espagnol, d’italien, de musique, sans
    négliger le dessin ni la danse. À dix ans, elle lisait les Hommes illustres de
    Plutarque, l’Histoire d’Angleterre du P. d’Orléans et les Révolutions romaines de
    Vertot et, à dix-huit, se passionnait pour Jean-Jacques et Bernardin de Saint-
    Pierre :

    « Un désert et un mari bien épris me semblaient le comble de la félicité. Je
    lus alors La Chaumière indienne, et je versai bien des larmes. »


    Elle a tôt pris dans les Rêveries du promeneur solitaire la passion de la botanique qui lui inspirera les trois volumes d’un Calendrier de Flore, qu’apprécièrent Mme de Genlis,
    Grétry, l’abbé Delille et l’illustre auteur des Études de la nature, « beau vieillard
    dont les cheveux blancs tombaient en flocons soyeux sur ses larges épaules » et qui
    lui prédit une belle carrière. Bonne musicienne — elle eut pour maître Séjan,
    organiste de Notre-Dame de Paris — Victorine eut aussi la chance d’être l’élève,
    avec son frère, de Mme de Genlis, gouvernante des enfants d’Orléans, dont elle
    suivit les leçons à Bellechasse aux côtés du duc de Chartres, le futur Louis-
    Philippe, et de sa soeur, Mme Adélaïde, du duc de Montpensier et du comte de
    Beaujolais.

    Ce sont des jours heureux dans une famille unie, charitable et très aimée dans
    le pays. On y vit avec une simplicité qui rapproche les aristocrates des bourgeois et
    surtout des paysans et rappelle certains tableaux idylliques de La Nouvelle Héloïse
    et les bergeries de Florian :

    « Mes parents toujours bienfaisants, se livrèrent à leur penchant avec une charité
    tendre, une grâce que rien n’avait encore attristée, avec une prodigalité qui semble la
    fleur du bienfait. Rien n’était plus joli que les bals du dimanche. On dansait depuis
    vêpres, dans une cour sans muraille, bordée de peupliers et de pommiers à cidre. Un
    ménétrier et son fils que l’on appelait Rabâche, s’établissaient sur des tonneaux. On
    venait de tous les villages voisins et les costumes picards, pour les femmes surtout,
    ont réellement de l’élégance. Tous les gens de la maison dansaient et parmi eux se
    trouvaient de beaux danseurs. Mon père, ma mère, nous deux mon frère, tous les
    habitants de la maison, nous dansions tous du meilleur coeur et je parierais que la
    coquetterie trouva moyen de se glisser entre les jolies paysannes et les beaux
    messieurs du château . »

    Ces temps heureux n’avaient plus longtemps à durer. La Révolution était
    proche. M. de Chastenay était noble, mais libéral, lecteur de Rousseau, de
    Voltaire et de Montesquieu, épris de réformes raisonnables. Élu député de son
    bailliage aux États généraux, il est partisan du vote par tête et se rend en mai ,
    accompagné des siens, à la séance d’ouverture à Versailles. « Nous partîmes pour
    Paris, dit Victorine, avec ce sentiment de confiante gaieté qui attend d’heureuses
    nouveautés, mais qui les attend comme le résultat du bien et du mieux connus, et
    ne prévoit que des discussions sereines, comme celles qui précèdent quelquefois
    une transaction de famille. […] Moi, je l’avoue, j’étais dans le délire » .
    Ce n’était pas l’opinion de tout le monde et la mère de Victorine, loin de partager
    celles de son mari, faisait fréquenter à sa fille les milieux les plus réactionnaires où
    elle s’ennuie ferme :

    « Je n’ai rien trouvé de si ennuyeux que ces soirées qu’on me faisait passer au milieu debégueules respectables chez qui je ne trouvais rien pour l’esprit, pour la raison, ou
    pour le coeur. Dans ces maisons, dans quelques autres du même genre, j’étais, à
    cause de mes principes surtout, un objet de pitié haineuse. Je me souviens que
    M. Dubut, créole, et renommé pour son esprit, me dit un jour qu’une femme fille,
    avec des notions d’indépendance, ne pouvait se comparer qu’à un âne sauvage. Voilà
    la galanterie la plus remarquable que j’aie reçue dans ce monde, où maman se croyait
    obligée de me faire paraître à peu près tous les jours "
    .
    Elle ne tarde donc pas à déchanter. La belle unanimité du début dégénère, le
    clergé s’oppose au tiers état, la noblesse se divise, la royauté chancelle. En
    octobre, la marche des Parisiens sur Versailles contraint la famille royale à venir
    résider aux Tuileries et la Révolution prend une tournure inquiétante.
    Comme tant d’autres, les Chastenay sont déçus et terrifiés par les événements. On crutdonc prudent de quitter Paris pour se réfugier près de Rouen, chez la
    soeur de la comtesse de Chastenay, mais en août –septembre, les » massacres de septembre » forcent bientôt la famille à se cacher dans une ancienne abbaye où l’on mène unevie de reclus. La mère, fragile et toujours souffrante, garde le lit, le père, vêtu d’unecarmagnole, va aux nouvelles, le frère et la soeur lisent, dessinent,jouissent du calme de la campagne, non sans redouter à chaque instant l’irruption de la violencerévolutionnaire :

    « Il faut avoir passé par cette inconcevable époque pour soupçonner encore ce qu’on
    pouvait sentir. On ne se faisait point illusion ; nous nous disions, mon frère et moi,
    en parcourant un soir ces délicieux vallons, qu’avant six mois nous aurions tous passé
    sous le fer de la Révolution. Cependant ces fleurs nous charmaient ; nous
    dessinions, nous faisions de la musique, nous lisions des romans ; nous avions des
    moments de plaisir et à de violentes émotions subites succédaient, tous les jours, à
    ces mouvements de joie qui sont presque de l’espérance « .

    En avril 1790, les nobles se trouvant interdits de séjour à Paris et dans les
    villes maritimes, les Chastenay se réfugient à Châtillon, en Bourgogne, pour y
    apprendre que, faute d’un certificat de résidence parvenu dans les délais, le comte
    est inscrit sur la liste des émigrés et qu’il a été dénoncé comme ennemi de la
    Révolution. Avec son fils, il tente de gagner la Suisse par les bois. En représailles,
    Mme de Chastenay, quasi mourante, est internée à l’hôpital, sa fille menée en
    prison. Chastenay, arrêté à son tour, est transféré à la sinistre
    Conciergerie.
    C’est de cette prison que sortiront, pour monter à l’échafaud,Mme de Noailles, sa fille et sa petite-fille, suivies par André Chénier.

    Son père en danger, c’est Victorine, la personnalité forte de la famille, qui se
    démène pour le sauver. Courageusement, elle écrit lettre sur lettre, rencontre tous
    ceux qu’elle croit susceptibles de lui venir en aide, court les bureaux et multiplie les
    suppliques. Ses efforts seraient sans doute demeurés vains si Thermidor
    n’avait désarmé l’impitoyable Fouquier-Tinville.

    Le citoyen Chastenay passa en jugement devant le tribunal révolutionnaire, où son avocat fit valoir le dévouement de sa fille et les témoignages des villageois sur son inépuisable bienfaisance. En septembre, il fut acquitté.

    L’avocat qui avait plaidé sa cause était un ancien conventionnel, Pierre-
    François Réal, procureur au Châtelet à la veille de la Révolution, ancien jacobin
    qui conservera jusque sous l’Empire une réputation excessive de terroriste. Par la
    suite homme de Barras, chargé de l’instruction du complot royaliste de Pichegru,
    soutien de Bonaparte le 18 Brumaire mais toujours éclipsé par Fouché à la
    direction de la police, il n’a pas laissé de trop bons souvenirs. Chargé de
    l’enquête sur la conspiration de Cadoudal, Pichegru et Moreau, on le soupçonna
    d’avoir fait étrangler Pichegru dans sa cellule et, la même année, d’avoir feint un
    profond sommeil pour ne pas obéir à l’ordre qui lui enjoignait de présider à
    l’interrogatoire du duc d’Enghien fusillé à la sauvette dans les fossés de Vincennes.

    Fait comte et doté par l’Empereur, à nouveau préfet de police pendant les Cent-
    Jours, proscrit par Fouché, il s’exilera aux États-Unis, ne revint en France que plus tard
    et y mourut sept ans plus tard.

    Tel était l’homme auprès duquel Victorine avait trouvé appui et dont elle laisse un portrait bien différent, inspiré certes par lareconnaissance, mais sans doute aussi par un sentiment plus vif.

    « je me voyais l’objet d’une passion brûlante ; celui qui l’éprouvait avait auprès
    de moi tous les droits. Réal avait été le défenseur de mon père au tribunal
    révolutionnaire, sauveur de la fortune de mon frère et de celle de toute ma
    nouvelle famille [celle de sa belle-soeur], je lui devais tout, et ma tendre et
    profonde amitié lui rendait tout ce qu’il était permis à mon coeur d’éprouver. » À
    l’en croire — elle demeure très discrète sur ce chapitre — « l’or pur de l’amitié est
    seul resté intact »

    mais elle fut probablement sa maîtresse.

    Hélas, Réal était marié,avait des enfants — Victorine deviendra du reste l’amie de sa fille — et rien n’était possible entre eux. Ils échangèrent une abondante correspondance, détruite, mais quelque chose en subsiste dans Le Calendrier de Flore. Dans cet ouvrage, Victorine écrit à une amie, Fanny, qui dissimule Réal et fait passer sous ce déguisement de tendres propos.

    Au fait, n’avait-elle pas des prétendants ? Si fait, et même plusieurs, mais la
    demoiselle était difficile à placer :

    « J’étais une simple enfant, mais enfant à grands
    principes, je croyais qu’il y allait de la gloire d’une femme accomplie de subjuguer
    toujours et de ne céder jamais. L’un me semblait naturel et l’autre fort aisé »
    .
    Une possibilité s’était offerte avec un voisin des Chastenay, Auguste de Marmont,
    futur maréchal de France et duc de Raguse, mais M. de Chastenay jugea de trop
    petite extraction ce traîneur de sabre ami d’un Bonaparte encore obscur.
    Un autre
    candidat s’était présenté en la personne de M. de Sérent, fils du précepteur desenfants du comte d’Artois, union qui aurait pu valoir à Victorine un poste auprès
    de Mme Élisabeth, soeur de Louis XVI, mais deux obstacles s’élevèrent.
    Le premier,dit-elle, est « une exaltation presque républicaine qui soutint ma raison » et laretint de se lier par une charge ; le second est plus terre à terre, mais sans doute
    plus déterminant : le fiancé exigeait qu’elle apportât quinze mille livres de rentes.

    Puis se présenta M. de Croix, député de la noblesse d’Artois, mais les événements
    révolutionnaires firent bientôt avorter le projet. Vinrent ensuite Fortuné de
    Chabrillan, dont la famille maquignonna, et M. de Souza, ambassadeur de
    Portugal, âgé de soixante-six ans, dont le décès subit la préserva. Un moment,
    Victorine se sentit un penchant pour un tout jeune homme, Auguste de Damas,
    qui, au sortir d’un théâtre où l’on jouait L’Amoureux de quinze ans, lui baisa
    furtivement la main. Hélas, ce charmant garçon, blond et candide, acheva à vingt deuxans sa brève carrière sur l’échafaud. Comme on lui savait des relations dans des milieux influents, on proposa encore à Victorine le vicomte Dauvet, riche
    parti, à condition qu’elle obtînt son retour d’émigration, condition peu romanesque qu’elle déclina. Les deux derniers aspirants sont plus originaux. L’un
    était le fils du trop célèbre marquis de Sade, qui lui demanda sa main au cours
    d’une promenade aux Tuileries.
    Outre qu’elle n’éprouvait rien pour lui, elle ne put s’empêcher aussi

    « de réfléchir sur le risque effrayant de donner jamais le jour au petit-fils de l’homme phénomène qu’il fallut peu après enfermer à Charenton »

    Le dernier de la série fut le maréchal Kellermann, le héros de Valmy, qui l’accabla « de toutes les galanteries allemandes que son âge devait autoriser ». Le héros avait soixante-dix-sept ans. Cela ne retint pas la famille de Victorine de pousser à la roue. Kellermann était riche, bien vu par lerégime. M. de Chastenay souhaitait entrer au Sénat, Mme de Chastenay souhaitait davantage d’aisance, Henri de Chastenay souhaitait obtenir un emploi.

    Victorine fut sur le point d’accepter, pour rendre service aux siens. On disputa beaucoup sur le contrat, les enfants du maréchal se montrant très hostiles à cette union et faisant courir des « calomnies » — sa liaison avec Réal ? — qui dégoûtèrent définitivement leur future belle-mère et l’on en resta là.

    Le regretta-t-elle ? « Ma passion ardente pour mes parents et le besoin de leur tout sacrifier étaient le mobile de toutes mes vues à venir ; l’étude d’ailleurs, dont le goût était en moi sivif, me permettait peu d’égarer ma pensée. »

    Mme de Chastenay mourut vieille fille.

    Il est vrai que l’intellectuelle semble l’avoir emporté chez elle sur la femme
    soucieuse de séduire.

    Elle s’était mise à traduire Pétrarque et les poètes anglais. Cette année-là, elle publia une traduction duVillage abandonné de Goldsmith, que Réal fit imprimer, et surtout une traductiondes Mystères d’Udolphe d’Anne Radcliffe, qui furent réédités six fois
    et Marie-Joseph Chénier la félicita de n’avoir « pas affaibli les sombres beautés »
    du roman. Belle réussite en effet, puisque, révisée, elle servit encore de base à la
    réédition du roman en par Amédée de Bast, reprise Maurice Lévy.

    Puis c’est l’érudite qui se révèle dans les quatre volumes plus ambitieux Du génie des peuples anciens, ou tableau historique et littéraire du développement de l’esprit humain chez les peuples anciens, depuis les premiers temps connus jusqu’au commencement de l’ère chrétienne, vaste compilation dans la ligne de la célèbre Esquisse d’un tableau des progrès de l’esprit humain de Condorcet, au sujet de laquelle Dussault et Suard se montrèrent réservés, jugeant un tel travail au-dessus des forces d’une jeune femme. Suivront encore, une étude sur Les Chevaliers normands en Sicile, puis, De l’Asie, ou considérations religieuses,philosophiques et littéraires sur l’Asie, ouvrage dédié au grand orientaliste Silvestre de Sacy.

    Bas-bleu ? Sans doute un peu, mais qui sut gagner l’estime de savants
    comme Arago, qui lui fit un cours d’astronomie, ou de Cuvier et de Humboldt,
    dont elle suivit les leçons.

    Passé la Révolution et le Directoire, Paris semblait renaître, les fêtes et les
    bals se multipliaient, la vie mondaine reprenait comme si chacun s’empressait
    d’oublier les années sombres. Victorine, bien introduite par Réal, prit sa part de ce
    renouveau et, sous le Consulat et l’Empire, on la vit un peu partout : « Les jeunes
    gens faisaient couper leurs cheveux à la Titus ; les femmes les bouclaient d’après
    les bustes antiques. Une mousseline légère avec un noeud de ruban composait une
    parure exquise, et il n’y avait que de vieilles femmes très maussades qui
    regrettassent la poudre, les poches et les soulier à grands talons » .

    Un homme surtout, qu’elle avait connu en des temps où sa fortune était moins
    brillante, voyait alors monter son étoile.


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  • À la fin de mai 1795, Victorine et les siens reçurent à Châtillon Auguste de
    Marmont, alors officier d’artillerie, accompagné d’un général de vingt-six ans,
    dont elle n’avait jamais entendu le nom, lui-même accompagné de son jeune frère
    Louis, qu’il menait sévèrement et accablait d’algèbre. Mme de Marmont, ne sachant
    que faire de ce Bonaparte « maigre et pâle » qui ne desserrait pas les dents et que
    certains traitaient tout bas d’imbécile, l’avait, en désespoir de cause, amené chez
    ses voisins Chastenay.

    Le premier contact fut tiède. En bonne jeune fille de la maison, Victorine se mit au piano et, pensant plaire à son hôte, chanta en italien :

    « Je lui demandai si je prononçais bien ; il me répondit non, tout simplement. »


    Le lendemain, au dîner, Bonaparte, maussade, ne répond aux convives que par
    monosyllabes.

    Piquée, Victorine l’entreprend et les voilà, entre les deux fenêtres du
    salon, appuyés sur une console de marbre, le général se dégelant peu à peu. Il ne
    lui cacha pas qu’il n’avait « aucune maxime ni aucune foi républicaines » et qu’il ne
    croyait qu’à l’appui de la haute noblesse : « Je crois que Bonaparte eût émigré, si
    l’émigration, en effet, eût offert des chances de succès. » S’il ne se disait pas
    favorable aux terroristes, il ne l’était guère davantage aux thermidoriens. Puis ils
    parlèrent d’Ossian, alors à la mode et que Bonaparte savait par coeur : « Il me
    proposa de m’en apporter le recueil ; il allait à Paris et le retrouverait aisément.

    « J’étais encore jeune et un peu prude ; l’idée de recevoir ce général et d’accepter de
    lui un livre me parut manquer de convenance : je remerciai. J’avoue que depuis, et
    plus d’une fois, j’ai regretté la visite et le livre. »

    Puis ils s’entretinrent encore de Paul et Virginie et de la tragédie. Quand ils en vinrent à parler du bonheur, il lui dit « que pour l’homme il devait consister dans le plus grand développement possible de ses facultés ». Le général désormais apprivoisé, les jours suivants furent amicaux.

    À vrai dire, Napoléon déjà perçait sous Bonaparte. Comme on se
    réjouissait du calme revenu, malgré l’opposition des factions :

    « Bonaparte ne craignit pas de dire que sa façon de voir était très opposée ; en pareil cas il convenait qu’une victoire complète fût à l’un des partis : dix mille par terre, d’un
    côté ou de l’autre, autrement il faudrait toujours recommencer. »

    Entraîné par Junot et Marmont, le général s’abandonna jusqu’à participer à de petits jeux de salon. Grand moment, du moins à la lumière des événements futurs :

    « Par suite d’un gage touché, je vis à genoux devant moi celui qui vit bientôt l’Europe aux siens. »

    On s’en tint là : un courrier rappelait Bonaparte d’urgence à Paris

    Cet homme froid, préoccupé, secret, tranchant, dominateur, avait impressionné Victorine. En décembre 1797, elle manqua l’occasion de le revoir lorsque Talleyrand lui fit parvenir une invitation pour le bal donné en l’honneur du vainqueur d’Italie.

    Hélas, prise de court, elle n’avait « ni robe sortable, ni souliers blancs, ni ajustement convenable ». Le moyen de résister à des raisons si féminines ? Elle n’alla pas au bal. Elle revit pourtant Bonaparte chez Joséphine, à un moment où elle souhaitai tune audience du Premier Consul pour arranger des affaires de famille. On était au salon lorsqu’il entra :

    « Dirai-je qu’il fut surpris, et même un peu embarrassé ? Cela est pourtant
    parfaitement vrai. Il me reconnut, vint à moi, me demanda des nouvelles de maman,
    puis tout à coup si M. de Marmont était toujours aussi amoureux de moi. Je
    répondis, avec assez de fierté, que je ne pensais pas qu’il l’eût jamais été, et que,
    d’ailleurs, il était marié depuis deux ans. Les questions ne portèrent plus que sur mes
    talents de musique, dont Bonaparte me parla avec éloge ; puis il m’engagea à venir
    passer des soirées dans leur intérieur, et me priant de l’excuser, il sortit aussitôt, suivi
    de Mme Bonaparte, qui revint un moment après. On croira ce qu’on voudra croire,
    moi-même je n’y ai rien compris : pendant tout cet entretien, dont le ton un peu
    supérieur ne m’obligeait pas entièrement, cette femme tremblait comme une feuille
    agitée. Il est très sûr qu’elle m’a toujours comblée de politesses, et toujours tenue
    éloignée non d’elle, mais de son époux. Je n’étais pas trop dans le cas de lui inspirer
    de la jalousie, cependant alors j’étais assez brillante. Je connaissais ses beaux-frères,
    qui alors n’épargnaient rien pour éloigner d’elle Bonaparte ; on publiait des écrits de
    plusieurs genres pour le décider au divorce. Que sais-je ce qu’elle pouvait penser,
    puisqu’elle me connaissait si peu ? Quoi qu’il en soit, je terminai l’entretien en la
    priant de demander pour moi une audience ; elle s’en chargea, aussi ne l’ai-je point
    obtenue «

    Elle devait le rencontrer une dernière fois sous l’Empire. Priée à un bal chez Savary, duc de Rovigo, elle le vit entrer avec Marie-Louise, enceinte du Roi de Rome. Napoléon entreprit, d’un pas pressé, de passer en revue les dames alignées sur un rang. Victorine l’ayant entendu se montrer peu amène à l’égard de la duchesse de Brancas, elle eût souhaité échapper à la présentation :

    « L’Empereur me dit aussitôt que sûrement il me connaissait, qu’il se souvenait de
    m’avoir vue. Flattée qu’il m’eût épargné la question toujours un peu rude : « Votre
    nom ? » je m’empressai de l’articuler. « Oui, sans doute, me dit-il, je vous connais, je
    vous ai connue. Je vous ai vue à Châtillon ; vous étiez chanoinesse. Comment se
    porte madame votre mère ? » À ce début obligeant, l’Empereur ajouta : « Vous
    souvenez-vous de cette longue conversation que nous eûmes ensemble à Châtillon ?
    Vous en souvenez-vous, dites-moi ? Il y a seize ans, seize ans en vérité ! Elle fut bien
    longue, cette conversation ; dites-moi, vous en souvenez-vous ? » Il répétait : « Il y a
    seize ans ! » et invoquait mes souvenirs, en paraissant lui-même en rappeler de
    profonds. Je répondais de mon mieux ; ma reconnaissance était vive. Il me dit que
    j’avais fait plusieurs ouvrages marquants ; que, sans les avoir lus, parce que le temps
    lui manquait, il en avait su le mérite, et par conséquent le succès. Il ajouta que j’étais
    une Muse, et me demanda si j’avais cultivé mes beaux talents sur le piano, qu’il
    n’avait pas pu oublier. Après deux ou trois autres phrases, toujours également polies,
    l’Empereur passa à ma voisine ; il lui dit un mot de forme, parcourut rapidement le
    reste du cercle, et ne tarda pas à se retirer «

    Victorine avait retenu l’attention du maître et se vit donc aussitôt entourée de
    courtisans flairant une possible favorite. Elle crut bon, dès le lendemain, de faire
    relier ses ouvrages et de les envoyer à l’Empereur, qui fit placer le Génie des anciens dans sa bibliothèque, Udolphe et le Calendrier de Flore dans celle de l’Impératrice :

    « Il ne me fit pas dire un seul mot, et je ne l’ai jamais revu. »

    Si Mme de Chastenay a dû être flattée du souvenir que Napoléon avait
    conservé d’elle, elle n’a pourtant pas apprécié son régime ni sa poigne impitoyable,
    et son père pas davantage. M. de Chastenay était entré au Corps législatif
    heureux de toucher des appointements, mais il écrit à un ami :

    « Je ne crois pas, mon ami, qu’à aucune époque l’espèce humaine se soit montrée aussi dégradée qu’elle paraît aujourd’hui dans la nation française ;
    imaginez que cette nation que vous pouvez vous rappeler avoir vue, il y a vingt cinq
    ans, montrer tant d’amour pour la liberté, le porter même jusqu’au fanatisme
    et au délire, est depuis neuf ans soumise au despotisme le plus absolu dont le
    pouvoir s’exerce sur lui de la manière la plus rigoureuse qui à peine trouverait son
    exemple dans le Levant. Vous serez porté à croire qu’au moins elle a, dans cet
    espace de temps, tenté quelques efforts pour secouer le joug sous lequel elle gémit,
    vous seriez dans l’erreur, et votre surprise sera sans doute bien grande, quand vous
    saurez que dans ce moment même, elle est armée et combat pour garantir la durée
    d’un régime qu’elle abhorre… »

    Sa fille aussi juge sévèrement le despote et, au fil des Mémoires, son image se dégrade. Le jeune général qui l’avait impressionnée et peut-être séduite fait place sous sa plume à un tyran sacrifiant tout à son ambition insensée et qu’elle finit par traiter de fou dangereux. C’est pourquoi, bien qu’orléaniste, elle applaudira à la Restauration des Bourbons.

    Bonaparte fut certes la rencontre la plus prestigieuse de Victorine, mais elle a
    approché nombre d’autres personnages de la Révolution, du Consulat de l’Empire.
    Barras, par exemple, qui l’invita souvent à ses réceptions où elle rencontrait Tallien
    ou Fréron, mais où elle s’ennuie ferme. :

    « Sa mine était fière, son regard vif, toutson extérieur distingué et réellement imposant. »

    Elle a bien connu Fouché ;

    « grand, maigre, pâle » et « habile à se rallier au vainqueur ». Adroit, surtout, et
    indéchiffrable : « Avec de vrais talents, il avait du charlatanisme. Sa conversation
    avait toujours de l’abandon, toujours de la franchise, en tant que conversation,
    parce qu’il ne se croyait pas obligé de se rappeler toujours ses paroles. ».

    Parmi les dames, elle distingue Mme Tallien, impressionnante par sa beauté et son aisance un peu froide, ou Mme de Staël, qui se plaît à la taquiner :

    « Elle me demandait quelquefois, en riant, et tout haut, si j’avais un amant » .

    Elle la retrouva plus tard flanquée de Schlegel et de Simonde de Sismondi comme d’une paire de sigisbées, et lui dit son admiration pour De l’Allemagne, « indignement mis au pilon ».

    Elle reconnaît que l’illustre opposante à Napoléon « n’a jamais fait une
    méchanceté et que le génie brille dans ses ouvrages », mais aussi qu’il n’était pas
    commode de converser avec elle : « On ne devait guère songer qu’à la faire parler.
    Il y aurait eu plus que de la présomption à entreprendre une discussion avec elle
    devant témoins, et dès qu’un entretien où elle avait part commençait, on eût dit
    qu’on jouait au proverbe, et chacun venait l’écouter »

    . Benjamin Constant, lui, paraissait rarement, « souvent très isolé », affectant « un ton de demi-persiflage, qui masque toutes les opinions » . L’entourage de
    Bonaparte est présent aussi : Lucien, « vif, spirituel, peu mesuré dans ses saillies »,
    Joseph, « doux et gracieux », Bernadotte, « sans beauté, sans un esprit brillant »,
    mais remarquable dans un salon par sa haute taille, ses cheveux noirs, « ses dents
    d’une éclatante blancheur ».

    Elle vit souvent Talleyrand :

    « Je ne sais comment ce politique un jour me dévoila le secret de sa vie ; il fallait toujours, disait-il, se mettre en situation de pouvoir choisir entre deux partis »

    Liée surtout, en raison de la situation de son père, avec des hommes de
    pouvoir, elle fréquente moins les gens de lettres. Elle voit cependant Marie-Joseph
    Chénier, toujours poursuivi du soupçon d’avoir trahi son frère et dont elle n’aimait
    pas le Charles IX aux accents jacobins et elle s’enhardit à lui dire qu’il écrivait mal :

    « Il me crut folle, et il me le dit » .

    Il la condamna à lire son Fénelon et luifit cadeau d’un exemplaire de Charles IX retouché. Victorine a encore retrouvé Mmede Genlis, logée à l’Arsenal, qui lui témoigna toujours beaucoup d’affection etdont elle aimait la conversation enjouée et spirituelle, ou Bernardin de Saint-Pierre, l’admiration de son adolescence, qui la charmait par sa douceur et sa bonhomie.
    Comme elle rêvait d’écrire un opéra, elle se présenta chez Grétry pour
    obtenir ses conseils et le trouva « enfoncé dans un immense fauteuil » et d’humeur
    réservée. Elle comprit qu’on n’attire pas les mouches avec du vinaigre et entreprit
    de le séduire :

    « Je fis fumer l’encens que je m’étais proposée de brûler pour lui. Je
    repris courage, en un mot, par degrés, et il est impossible d’avoir été peu à peu plus
    aimable que ne le fut aussi Grétry »

    . Le vieil abbé Delille, « le Virgile français », flatté de l’intérêt d’une jeune femme, lui récita complaisamment des vers et la pria de se mettre au piano. En revanche, Antoine-Vincent Arnault,thuriféraire de l’Empereur, lui déplut. Pour fêter le retour de Napoléon après Austerlitz, Arnault avait composé à la hâte une incroyable flagornerie
    intitulée Le Retour de Trajan, jamais représentée mais lue dans les salons, et sur
    laquelle il demanda l’avis de Mme de Chastenay :

    « Nous ne pouvions en croire nos oreilles, et je ne m’explique pas encore cette monstrueuse production. […] Je me tirai heureusement d’embarras par une prompte retraite, mais j’eus besoin de rire tout le soir ! »

    . Elle n’a du reste pas grande estime pour une littérature de commande, faite pour plaire au maître :

    « Ce fut pour Bonaparte une fantaisie impossible à satisfaire que celle de créer un siècle littéraire. Toute production devait servir de cadre à l’apothéose d’un nom, à la paraphrase d’une maxime. Il y avait, d’ailleurs, mille sujets interdits même à la pensée . Le jeune Charles Brifaut en sut quelque chose, qui vit, malgré l’avis de Talma, sa tragédie de JaneGrey rejetée sans discussion par l’Empereur, parce que, trancha-t-il, ce sujet « était de ceux qu’on ne devait pas encore produire sur la scène »

    et Raynouard subit le même sort pour ses États de Blois, interdit par Napoléon avec cette sentence :

    « On ne fait pas assassiner le duc de Guise ; on nomme une commission et on le fait pendre. »

    Elle se lia surtout avec le fragile et discret Joseph Joubert, avec qui elle entretint une amicale correspondance et dont la touchaient la bonté et délicatesse:

    « J’ai dit de M. Joubert qu’en lui tout était âme, qui semblait n’avoir rencontré un
    corps que par hasard, en ressortait de tous côtés et ne s’en arrangeait qu’à peu
    près » .

    Jolie formule que Chateaubriand retint et consigna dans ses Mémoires d’Outre-Tombe. Ses rapports avec l’Enchanteur demeurèrent cependant assez tièdes, en dépit de ses avances. Elle l’avait entrevu deux ou trois fois mais ne fit vraiment sa connaissance que chez une dame qui présentaVictorine comme un auteur :


    « Je crois que sur ce mot il me prit en grippe, et moije me promis de garder le silence. »

    Comme il fallait bien tout de même engager la conversation à table, « je hasardai de dire combien René m’avait inspiré d’intérêt.“René, reprit M. de Chateaubriand, c’est un véritable imbécile”. Tout fut fini, et à peine hors de table, l’auteur de René avait fui la maison »

    . Elle le rencontra encore après le pèlerinage de l’écrivain à Jérusalem, se promettant bien, cette fois,de ne pas s’occuper de lui, mais Chateaubriand, de meilleure humeur, consentit à raconter son voyage :

    « Il parlait avec feu, avec simplicité. On reconnaissait en lui une bonhomie charmante, une franche gaieté et, on peut bien le dire, le plusbrillant esprit » .

    Comme elle avait su écouter et se taire, Chateaubriand consentit à la juger aimable et elle le retrouva à plusieurs reprises dans la Vallée au-Loup, en compagnie de Joubert, où il lui montra une bouteille contenant l’eau du Nil et une autre celle du Jourdain et quelques pierres ramassées à Athènes.

    L’Empereur le voulant à l’Institut, Chateaubriand fit les démarches nécessaires et
    raconta à ce sujet à Mme de Chastenay une plaisante anecdote :Lorsqu’il faisait les visites d’usage aux membres de l’Institut qui devaient lui donner leurs voix, par suite d’un ordre supérieur, il était arrivé chez l’abbé Morellet. Ce vieillard tenait un livre et s’était endormi ; réveillé en sursaut quand M. de Chateaubriand se présenta, il laissa tomber son livre en criant : « Il y a des longueurs ! » et ce livre était précisément Le Génie du christianisme …

    En dépit de ses efforts, elle ne réussit jamais à l’attirer vraiment chez elle, ce
    qu’elle met sur le compte de sa propre conversation, « toujours un peu sérieuse,
    généralement raisonnable et le plus souvent sans aucun trait » qui manquait de ce
    qui pouvait « captiver une imagination ardente et avide d’idées ». Il vint pourtant
    quelquefois, mais ce fut pour l’entendre jouer au piano, accompagnée par le
    violoniste Baillot. Deux billets déclinent d’ailleurs, courtoisement mais
    résolument, d’autres invitations. Sans doute Victorine en conçut-elle quelque dépit
    et elle l’accusera plus tard d’avoir introduit dans la littérature « une coupable
    anarchie » et, girouette en politique, d’avoir été « « le mauvais génie de tous les
    gouvernements, qui a vendu son ombre par amour des gros sous ».

    Mme de Chastenay accueillit avec joie la fin d’un règne qui avait saigné la France à
    blanc pour la gloire et l’ambition d’un homme. Orléaniste depuis sa jeunesse, elle
    est pourtant heureuse du retour des Bourbons et de la monarchie. Ses Mémoires
    s’achèvent sur ces mots :

    « Ah ! si jamais fut vérifié le mot adressé par M. Bailly au roi Louis XVI, ce fut dans
    l’événement tant de fois béni de ce retour : “Henri IV avait conquis son peuple, ce
    jour-là le peuple avait reconquis son roi. »

    Les Mémoires de Mme de Chastenay furent publiés par Alphonse
    Roserot, beau-fils de Gustave Lapérouse, ancien sous-préfet de Langres, luimême
    fils d’Alexandre Lapérouse, exécuteur testamentaire de Victorine.

    Parmi lesmémorialistes de son temps, Mme de Chastenay est l’un des plus ingénus mais aussides plus sincères.

    Du XVIIIe siècle, elle a l’urbanité, la modération dans le propos,la politesse dans l’écriture. Elle est aussi un lucide observateur des événements etapporte un témoignage non négligeable sur les effets de la Révolution en province,en Normandie et en Bourgogne. Elle sait l’art du portrait, du trait qui fixe uncaractère et une personnalité, la manière légère et pittoresque de rendre l’atmosphère d’une soirée aux Tuileries ou à la Malmaison.










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  • Le pont du Perthuis-au-Loup enjambe le grand bras de la Seine : il fut construit en 1713 pour remplacer un pont de pierre vétuste, dit pont Michel, qui avait été construit en 1658 à la place d'une passerelle en bois dite du Trou-au-Loup.

    L'adjudication des travaux eut lieu le 3 juin 1713 en faveur de Claude Bourdot, maître maçon à Châtillon-sur-Seine.

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  • Le Perthuis au loup dominé par l'Eglise saint Vorles

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  • Jean Marie Napoléon Désiré Nisard, né le 20 mars 1806 à Châtillon-sur-Seine, décédé le 27 mars 1888 à Sanremo, est un homme politique, écrivain et critique littéraire français.
    Il était le fils d’un des principaux constructeurs du faubourg Saint-Martin à Paris, qui avait acheté une charge d’avoué à Châtillon-sur-Seine. Il avait deux frères puînés, Charles, spécialiste de la littérature des XVIe et XVIIe siècles, et Auguste, humaniste qui devint recteur de l’Académie de Grenoble.

    Il fit de brillantes études classiques au collège Sainte-Barbe, et entra de très bonne heure dans le journalisme, puisqu’en 1826, Bertin l’admit au Journal des Débats, qui était alors un des principaux journaux d’opposition. Il y fit ses premières armes durant les dernières années de la Restauration, se montrant d’abord favorable à la cause libérale, qu’il alla même défendre sur les barricades de juillet 1830, avec ses deux frères et un oncle qui s’y fit tuer.

    Mais, classique fervent et étroit, il prit ombrage du bon accueil fait au romantique Victor Hugo par la famille Bertin. Il quitta alors le Journal des Débats pour entrer au National, partageant davantage ses goûts littéraires avec le directeur, Armand Carrel. Il devint un collaborateur assidu et fougueux, fournissant de violentes sorties contre le ministère Casimir Perier, contre l’état de siège (juin 1832), contre la police, qui avait le don de l’agacer, contre la manifestation royaliste de Saint-Germain-l’Auxerrois, etc. En conformité d’opinions avec Carrel, il tint également la critique littéraire du journal, fustigeant les romantiques, et en particulier les drames de Victor Hugo et d’Alexandre Dumas, les qualifiant de « littérature facile » ainsi que de « débauches d’imaginations en délire, indignes d’occuper les esprits sérieux », estimant qu’il était bien supérieur d’imiter Boileau ou, si l’imagination faisait défaut, de traduire Hérodote, Virgile ou Pline l'Ancien.

    Sainte-Beuve, qui était alors le poète romantique des Consolations, constata malicieusement :

    Ainsi je vais toujours reprenant au bel art,
    Au rebours, je le crains, de notre bon Nisard.

    LA BIBLIOTHÈQUE MUNICIPALE



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  • À cette époque, Nisard n’avait encore publié qu’un petit roman le Convoi de la laitière, œuvre de jeunesse, qualifiée de grivoise par Larousse, lorsqu’il exposa, en 1834, dans un ouvrage plus important, les Poètes latins de la décadence, les théories auxquelles il resta fidèle : c’était la comparaison prolongée entre la décadence de la littérature chez Lucain, et le caractère analogue, selon lui, de la littérature française représentée par Victor Hugo. Le livre plut à Guizot, ministre de l’Instruction publique, qui nomma l’auteur maître de conférences à l’École normale supérieure en 1835.

    La situation de Nisard grandit alors rapidement :

    en 1836, chef du secrétariat au ministère de l’Instruction publique,

    toujours en 1836, maître des requêtes au conseil d’État,

    en 1837, chef de la division des sciences et des lettres au ministère de l’Instruction publique.

    Il compta dès lors parmi les plus zélés partisans du pouvoir établi, qui, de son côté, feignit d’oublier son passé de polémiste.

    Il ne lui manquait plus que d’être député ministériel : il le devint. Le 9 juillet 1842, il brigua avec succès la députation dans le 5e collège de la Côte-d'Or (Châtillon-sur-Seine), obtenant les voix de 65% des votants.

    Il siégea alors au centre, votant constamment avec la majorité conservatrice, notamment en 1845, pour l’indemnité Pritchard.
    En 1843 il remplaça Burnouf, décédé, à la chaire d’éloquence latine du Collège de France. Malgré cette spécialité enseignée, les luttes à la tribune de la Chambre ne le tentèrent pas, préférant les discussions en commission.
    Docile aux conseils de Guizot, il fréquenta rarement les fidèles du Château, où l’on n’avait sans doute pas oublié son ancienne virulence.
    Ingénument, il confia : « l’excellent roi Louis-Philippe ne me donna pas la satisfaction de croire qu’il ne me prenait pas pour un maître de forges. » Ses anciens amis du National, amers, n’avaient pas oublié non plus son revirement spectaculaire


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  • Quoi qu’il en soit, il fut réélu député le 1er août 1846 avec 57% des votants, et suivit la même ligne de conduite.
    En février 1848, il vit avec regret tomber la monarchie de Louis-Philippe, mais accueillit avec joie l’avènement du régime présidé par Louis-Napoléon Bonaparte.

    En 1850, la mort de de Féletz lui ouvrit les portes de l’Académie française, tandis que l’Empire le rappelait à de hautes fonctions dans l’Université : inspecteur général de l’enseignement supérieur (mars 1852), secrétaire du conseil de l’instruction publique, professeur d’éloquence française à la faculté des lettres.

    Ce fut dans une de ses leçons qu’il exposa sa théorie des « deux morales », qui lui resta.
    Il distingua la morale ordinaire, qui régit les actions des simples particuliers, et celle, plus large, applicable seulement aux princes, qui peuvent violer leurs serments, emprunter des millions sans les rendre, etc.
    Le chahut qui s’ensuivit trouva sa conclusion en correctionnelle, où plusieurs étudiants furent condamnés à de la prison, transformant une explosion de potaches en événement politique, et popularisant son sobriquet d'« homme à deux morales ».

    En 1856, il fut fait commandeur de la Légion d'honneur et, en 1857, directeur de l’École normale supérieure. Le 22 janvier 1867, un décret impérial l’appela au Sénat, où il retrouva son ancienne conduite de député : il approuvait de ses votes l’Empire autoritaire et évitait la tribune. La chute de l’Empire le rendit à la vie privée.

    Le lycée de Châtillon sur Seine porte son nom.


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  • Louis-Paul Cailletet, né à Châtillon-sur-Seine le 21 septembre 1832 et mort à Paris le 5 janvier 1913, est un physicien et inventeur français.
    Après des études à Châtillon-sur-Seine et à Paris, il entre à l'École des mines. Tout en poursuivant ses recherches, il travaille aux côtés de son père, maître de forges à Chênecières et à Villotte-sur-Ource. Il possède son laboratoire à Châtillon-sur-Seine où il effectue des expériences.

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  • Louis Cailletet s'intéresse à la compressibilité des gaz. En 1877, il réussit à liquéfier le dioxyde d'azote par le froid intense résultant d'une décompression, ou détente brusque, du gaz fortement comprimé et refroidi. La même année, il réussit le premier à liquéfier l’oxygène, l'hydrogène, l'air atmosphérique.
    L'air liquide était né.


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  • Ses instruments

    Il y parvient en 1877 en produisant des gouttelettes d'oxygène liquide par une méthode différente de celle utilisée par Raoul Pictet, en utilisant l'effet Joule-Thomson. Dans sa technique, l'oxygène est refroidi et comprimé simultanément. Il subit ensuite une dilatation rapide, ce qui permet de le refroidir encore plus, aboutissant à la production de gouttelettes d'oxygène liquide. Ces travaux lui valent la médaille Davy en 1878. Il est élu membre de l'Académie des sciences en 1884.
    Ses découvertes sont à l’origine de l’industrie moderne du froid, de la cryogénie et des hautes pressions. Parmi les applications de ces découvertes : la conservation des aliments, la médecine (conservation des organes, banque du sperme), l'industrie des métaux, la conquête spatiale (l’oxygène servant de comburant des fusées).
    Il étudie aussi les propriétés physiques et chimiques du fer.

    Ferdinand et Edmond Carré, dès 1864, construisirent les premiers congélateurs et machines à glace. Cailletet a ouvert la voie à la cryogénie (très basses températures) Le froid industriel existait avant lui et ne dépend en rien de la liquéfaction de l'oxygène et de l'azote.


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  • Le cryogène


    L'Université de Bourgogne conservait à Dijon la machine de Cailletet.

    M. Pauty nous a dit qu'elle avait disparu depuis quelques années; il y en a dans de nombreuses classes préparatoires (Henri IV) et écoles d'ingénieurs (musée des Arts et Métiers à Paris), des laboratoires universitaires (Strasbourg, Cracovie, Leyden en Hollande et en Angleterre)

    Une école à Châtillon sur Seine porte son nom....


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  • (photo prise en septembre 2007)
    Au pied d’une falaise se trouve la source de la Douix, résurgence Vauclusienne d'une rivière souterraine et lieu de culte dès l'époque celtique.

    D'après l'abbé Graindor qui s'en réfère à Armand Viré (Bulletin de la Société Préhistorique française, tome XXIII, p.67), le nom Douix dérive de la forme celtique ardoux qui signifie « la fontaine, la source ». La déesse gauloise associée aux eaux souteraine est Divona et le nom Douix est présent dans de nombreux endroits en France.

    La Douix est liée au réseau karstique du plateau de calcaire barthonien du Châtillonnais, entre la vallée de l' Ource et celle de la Seine. Ce réseau d'eaux souterraines est alimenté par les précipitations et probablement des pertes de l'Ource. Dans la région, la résurgence de la Laigne à Laignes et la Fontaîne des abîmes à Montliot-et-Courcelles sont reliées à ce réseau. Plus loin, la Fosse Dionne à Tonnerre en est une autre manifestation.


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  • L'endroit est un site impressionnant. La résurgence s'échappe d'un imposant porche creusé dans une petite falaise calcaire et fournit un débit important et régulier. Des recherches en plongée ont permis de remonter sur plus de 180 mètres le cours de la rivière souterraine mais ont été bloquées par des éboulements. À cet endroit du haut cours de la Seine, le débit de la source de la Douix est parfois plus important que celui de la Seine dans laquelle elle se jette après quelques centaines de mètres si bien qu'une idée fausse l'a parfois confondue avec les sources de ce fleuve.


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  • Cette source a été un lieu de culte celtique dès le premier âge du fer comme l'attestent les quelques 350 fibules de fer et de bronze datées du VIe au IVe siècle av. J.-C. trouvées en 1996 lors de l'assèchement par pompage pour explorer le site. Ces fibules étaient jetées dans les eaux suivant un rituel inconnu. La tradition s'est perpétuée jusqu'au XVIIIe siècle car l'on a retrouvé également de nombreuses épingles de cette époque. Avec la christianisation, la source a été placée sous le patronnage de la Vierge Marie, dont une statue a été placée dans une niche de la falaise. Ces fouilles ont également permis la découverte d'environ 40 ex-voto de l'époque gallo-romaine sous forme sculptures en calcaire de facture rustique.


    L'abbé Tridon décrivait en 1847 la source qui jaillit en plein coeur de Châtillon-sur-Seine dans ces termes :

    La Douix, comme la Seine dont elle est la soeur, eut vraisemblablement son génie ; et le génie, son temple et ses autels. Au point de la montagne où cette fontaine est située, s'élève à 80 pieds de hauteur une roche nue et coupée à pic ; on dirait la vieille façade d'un temple rustique couronnée de verdure ; c'est au pied de cette masse imposante, sous les arceaux d'une voûte rembrunie qui rappelle l'antre du vieux Protée que coule, fraîche et limpide, la source qui en habite les profondeurs.





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  • Il y a quelques années,l'eau de la Douix a été pompée en partie pour permettre une exploration souterraine par des plongeurs aguerris...
    Il y a malheureusement déjà eu des accidents,cette "visite" pouvant s'avérer périlleuse...

    http://www.plongeesout.com/sites/raba/cote%20dor/douix.htm

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  • On aperçoit ,en haut à droite ,la statue de la Vierge,sensée protéger le lieu...


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  • le kiosque des amoureux de...Châtillon ?

    La construction de ce kiosque à musique, de plan hexagonal, fut décidée par la municipalité le 27 juin 1898, mais les plans et devis furent établis dix ans plus tard, le 9 novembre 1908, par l'architecte voyer Gaston Hugot .

    Les sociétés musicales de la ville y donnent des concerts très appréciés !

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