• Souvenirs de la vie du Père Achille Caillet lors de ses missions à Ceylan (9)

    Épisode IX, le dernier...

     Je passai donc l’année à circuler dans mes quatre stations, deux mois ici, trois semaines là, quinze jours ailleurs pour les fêtes patronales, les Premières Communions etc….une vraie vie de romanichel…

    Je m’étais habitué à cette vie errante et à tous les moyens de locomotion.

    Je connaissais les gens et nous commencions à nous estimer mutuellement quand, le 14 décembre (décidemment c’est toujours en décembre !) Monseigneur m’envoyait une nouvelle  feuille de route.

    C’est ça, la vie en missions.

    On n’a pas commencé à s’habituer qu’il faut filer.

    Cette fois, c’était pour la banlieue nord de Colombo.

    Mais cette partie de la ville n’a rien de commun avec les beaux quartiers que j’essayais de vous décrire au début de ma lettre.

    C’est la banlieue orientale dans toute sa misère : rues sales où grouillent des centaines d’enfants nus et sous-alimentés.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (9)

    Toutes les épaves de la grande ville viennent échouer là, tous ceux qui sont venus de tous les coins de l’île attirés par la civilisation, la vie qu’ils croient facile, par les cinémas, par tant d’attractions de la vie moderne…

    Pauvres gens qui ne savent pas ce qu’ils mangeront, ni où ils dormiront ce soir.

    Ma nouvelle mission est tout près du port et en comprend même une partie : les ateliers de réparation, les cales sèches etc…

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (9)

    Nous en recevons copieusement toutes les fumées.

    Autrefois, l’église de la mission Saint-André dominait le port.

    Malheureusement elle était trop proche des batteries qui devaient défendre le port et dont les détonations la faisait vibrer.

    En 1941, avant l’attaque japonaise, les autorités militaires la firent détruire ainsi que la maison des missionnaires et les deux écoles pour une compensation de 60 000 roupies.

    Et Monseigneur m’envoyait à Saint-André pour rebâtir une église qui coûtera quelques 200 000 roupies maintenant.

    J’ai 600 enfants dans les écoles et 3 000 catholiques, je ne sais pas combien de païens.

    Nous célébrons les offices dans une chapelle provisoire où l’on s’entasse et où l’on étouffe.

    Dois-je ajouter qu’après la protection de Notre-Dame de Sanka, c’est un peu grâce au sacrifice de la mission de Saint-André que Ceylan a été épargné.

    Les aviateurs japonais qui vinrent bombarder Colombo le jour de Pâques 1942, avaient comme point de repère notre église.

    Ils devaient larguer là leurs bombes, faire taire ainsi les batteries côtières et préparer le terrain au débarquement des  troupes qui attendaient au large.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (9)

    Les avions tournèrent longtemps en rond et ne découvrirent jamais l’église en question, et pour cause.

    Ils lâchèrent leurs bombes au hasard et s’en allèrent même tuer des fous dans un asile sur lequel on avait oublié de peindre la Croix-Rouge.

    Les gens sont pauvres, mais ont beaucoup de bonne volonté.

    Priez pour que nous ayons bientôt notre église. Les travaux auraient dû commencer déjà depuis deux mois.

    Malheureusement je suis tombé malade au début de juillet et ai dû entrer à l’hôpital général où j’ai retrouvé les Sœurs Franciscaines et si apprécié leur dévouement.

    En trois ans et demi, j’ai attrapé deux ou trois maladies tropicales dont je suis guéri maintenant.

    Mais le traitement qui a duré jusqu’au 15 août m’a laissé très faible et le docteur  m’a prescrit un mois de repos dans les montagnes.

    J’arrive à la fin de ce séjour et me sens plus fort.

    Dans quelques jours je vais rejoindre ma mission et la chaleur de Colombo.

    Bien chers amis, je vous demande de prier pour ma pauvre mission.

    J’aurais bien évidemment bien d’autres choses à vous décrire, par exemple ma visite à la grande léproserie située à 5 kms environ de chez moi

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (9)

    ...comment aussi j’ai tué mon premier serpent venimeux au pied de mon lit… et tant d’autres choses.

    J’ai voulu simplement en écrivant à la hâte ces quelques pages, vous demander l’aumône de vos prières, spécialement à l’occasion de la journée des missions.

    Si vous saviez comme la prière peut beaucoup !

    Parfois quelqu’un vient vous voir et vous manifester son désir de devenir catholique, de recevoir le baptême, on ne sait pas vraiment pourquoi.

    Il  n’y a pas d’explication humaine à chercher.

    La seule explication, elle est dans la grâce de Dieu qui s’obtient par la prière.

    Je vous promets en retour que les catholiques et les enfants de Saint-André, avec leur missionnaire,  prieront pour vous, pour tous ceux qui vous sont chers et à toutes vos intentions.

    Je reste bien cordialement vôtre en Notre-Seigneur et Marie Immaculée ;

    Achille Caillet

    Adresse : Reverend Father Achille Caillet

    St Andrew’s Church Mutual

    Colombo 15

    Ceylan

     

    Post-Scriptum

    Plusieurs d’entre vous m’ont demandé de leur faire connaître la façon de venir en aide à ma mission.

    Plusieurs m’ont envoyé des revues, images, médailles, chapelets qui m’ont permis de faire beaucoup d’heureux et je les en remercie bien sincèrement.

    Depuis quelque temps, j’ai un appareil de projections fines qui me rendrait de grands services ….

    Si j’avais des films en nombre suffisant, car vous ne sauriez imaginer combien les enfants raffolent d’images.

    Cela m’aiderait à en attirer davantage et à leur enseigner le catéchisme d’une façon plus vivante.

    Je pourrais même aller montrer ces films aux lépreux ou aux orphelins ou à tant d’autres auditoires qui attendent la Lumière.

    Ceux donc qui voudraient  m’aider à l’occasion de la journée des missions peuvent envoyer leur obole à l’adresse suivante, en mentionnant sur le mandat « pour la mission du Révérent Père Caillet »

    Révérent  Père Leteur, Procureur

    75, rue de l’Assomption

    Paris (16ème)

    Le Révérent Père Leteur se chargera de l’achat et de l’expédition des films. D’avance et du fond du cœur, à tous merci

    R .P. Achille Caillet

    Voici comment se présente le document de 13 pages que madame Nicole Bléret m'a si généreusement envoyé  (cliquer pour mieux lire et utiliser la touche Ctrl))

    Première page :

    Souvenirs de la vie du Père Achille Caillet lors de ses missions à Ceylan (9)

    Dernière page :

    Souvenirs de la vie du Père Achille Caillet lors de ses missions à Ceylan (9)

    Cette magnifique lettre vous pourrez la relire, dans l'ordre des parutions, en cliquant sur le chapitre "Le Père Caillet, missionnaire à Ceylan" dans la colonne de gauche à la rubrique "Personnalités".

    J'ai remis le document original au Père Houdart qui a photocopié toutes ses pages pour lui permettre de laisser une trace dans les archives de la paroisse.

    Le Père Houdart l'a ensuite emporté et remis aux archives diocésaines à Dijon.

    Merci encore à Nicole Bléret de me l'avoir offert !


  • Commentaires

    1
    Henri de FONTENAY
    Jeudi 1er Avril à 16:45

    Un grand MERCI pour cet hommage au Père CAILLET que nous avons beaucoup apprécié lors de nos premières années d'arrivée à Châtillon.

    Ses homélies fleuves au cours de ses messes étaient si passionnantes que personne ne dormait ou avait l'esprit qui divaguait en pensant à d'autres choses.

    Encore MERCI

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