• Souvenirs de Pierre Roy : Fêtes civiles et religieuses à Aisey sur Seine au XIXème siècle ( deuxième partie))

    La Pentecôte

    La messe était célébrée avec moins de faste que Pâques, le prêtre revêtait une belle chasuble, les enfants de chœur avec leurs robes rouges, surplis jaunes.

    La Fête Dieu

    Elle était dignement célébrée ; En Baon, madame Zélie Millerot, dame bienfaitrice de l’église et du pays, mettait à la disposition de la fête, sa vaste cour, où, sous un immense marronnier d’Inde, était dressé un reposoir fleuri, garni de cierges  allumés.

    Les fidèles se réunissaient, priaient avec le prêtre et les enfants de chœur, robes et calottes rouges, surplis jaunes, portant croix et bénitier, encensoir, puis le Dai porté par quatre hommes, avec draperies et étoles dorées, sous lequel était le prêtre, habits sacerdotaux d’apparat, portant l’ostensoir sur les côtés. Les petites filles, habillées en anges avec des ailes en carton, portaient de petits paniers plats, recouverts de tissus blanc ou rose, tenu par un ruban passé autour du cou, remplis de pétales de roses, de fleurs, jetées en pluie le long du parcours.

    Suivaient les garçons en culottes courtes, tenue soigné, puis le chœur de chant, tout ceci empreint de sincérité, de magnificence, au chant de l’Ave Maria.

    La cérémonie se continuait dans l’église débordante de chants de gloire, et le Venis Creator avec mesdemoiselles Mullier, Millerot, Guilleminot etc… , Camille Berthon se débattant comme un diable dans un bénitier à l’harmonium, son père, chantre, l'accompagnait.

    La distribution du pain béni était remplacée par de la brioche offerte par la bourgeoisie, un morceau un peu plus gros, le « Chantiot » était donné à la famille qui faisait «  don de la couronne de pain » le dimanche suivant .

    Pour moi qui en ai vécu plusieurs ce sont des scènes inoubliables. La célébration de cette fête extérieure se perdit.

    Souvenirs de Pierre Roy : Fêtes civiles et religieuses à Aisey sur Seine au XIXème siècle ( deuxième partie))

     Le 14 juillet, fête de la République :

    Un grand bal avait lieu la veille, les cafés avaient la permission de nuit (droits de fait). Les hommes tiraient des coups de fusil de chasse, introduisaient du papier dans les canons, ça donnait un effet de neige, les enfants lançaient des fusées maintenues verticalement  dans une bouteille, les pétards étaient placés sous le pied, afin de ne pas provoquer d’accidents, d’autres tout petits et reliés étaient allumés et jetés, appelés « crapauds », probablement à cause de leur trajectoire en tous sens. Feux  de bengale de plusieurs couleurs, la Marseillaise, bruits d’ambiance, rappelait 1789.

    Le 14, sur la promenade des tilleuls, l’après-midi :

    jeux de quilles avec lots, course en sac, poèle à frire bien noircie suspendue à une ficelle à hauteur de tête, une pièce de 1 franc collée avec du miel devait être retirée avec la langue, mains derrière le dos, la figure barbouillée, on l’avait bien gagnée.

    Colin-maillard, les yeux bandés, choisir un lot : assiette, verre, pots etc…le tout distribué gratuitement.

    On rencontrait des hommes avec une bonne biture, « d’avoir traîné les cafés ». Jeu de quilles (forme classée : Châtillonnais)

    Le 15 août, l’Assomption :

    Fête de la Vierge Marie, grande messe. J’ai entendu dire par ma grand-mère qu’il y avait un pèlerinage à Notre Dame de Bon Espoir, il doit exister une statue. Il est peu d’exemple d’un culte particulier à la Vierge Marie en Côte d’Or.

    La Fête Patronale :

    Le dernier dimanche du mois, du vocable saint Genès ou Genest, seul représentant de ce nom au diocèse de Langres et sur la limite extrême, il provient  de l’abbaye de Flavigny où il est vénéré.

    Ce culte du célèbre martyr d’Arles ne s’est vraiment répandu que dans la vallée du Rhône jusqu’en Bugey. Cette pénétration a emprunté le chemin de l’étain des Grecs (500 ans avant J.C., vase de Vix) pour franchir les monts de Bourgogne ; Genès est le nom du pays d’Arles, Genest s’est « bourgognisé » avec le T terminal .

    A l’église était célébrée une grande messe, beaucoup de fidèles de tous les environs, l'après midi, vêpres à 15 h.

    Au village, sur la promenade des tilleuls, était monté le bal sur plancher, sous tente, d’un entrepreneur de Villaines, Gilbert Véry à côté des  chevaux de bois du père Spéder, mus à l’aide d’une grosse manivelle.

    Les enfants qui n’avaient pas d’argent actionnaient le manège, ils  avaient droit à un tour gratuit toutes les cinq tournées.

    La musique provenait d’un limonaire, genre de piano mécanique : un mouvement d’horlogerie, un gros ressort que l’on remontait, des bandes de carton perforées introduites dont s’égrenait la musique. Les bandes sortaient, se pliaient .

    Tir à la carabine 6mm sur des cartons, pipes, fleurs, confiseries, confettis.

    Buvette : limonade pour les enfants, canettes de bière , vin rouge et blanc pour les hommes et grands garçons.

    Les jeux de quilles retenaient les messieurs qui agrémentaient la partie de quelques francs.

    Le bal payant ouvrait ses portes de 15h jusqu’à 19h30, au son du violon et d’un piston de musiciens locaux.

    A 21h la porte s’ouvrait de nouveau, le bal battait son plein jusqu’au petit matin, trois lampes à pétrole suspendues diffusaient une lumière blafarde, bien complice aux amoureux.

    Assises sur un banc, les mamans surveillaient jalousement leurs filles.

    Une anecdote : ma sœur Madeleine avait 16 ans, des clientes l’avaient amenée au bal, et elle devait rentrer à minuit-minuit 20, mon père, furieux vint la chercher : dispute,  gifle... une bien pénible scène gratuite et inutile qui traumatisa Madeleine pendant longtemps

    Le lundi après-midi c’était fini.


  • Commentaires

    2
    NG 2152
    Lundi 3 Avril à 20:13

    J'attends la suite avec impatience.

    Très beau récit d'une autre époque, le descriptif me fait imaginer les scènes.

    Cordialement

    1
    dodoche
    Lundi 3 Avril à 15:32
    beaucoup d emotion j aime aisey a la folie c est le village de toute mon enfance et je garde dans mon coeur le souvenir de personnages haut en couleur qui me sont tres chers a jamais
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