• une intellectuelle Châtillonnaise sous la Révolution...

     

    Une mémorialiste oubliée :Victorine de Chastenay


    «Blanche et assez bien faite, les cheveux bruns, les dents belles, les yeux bleus, le
    regard assez doux, l’expression de la physionomie a fait — plus que les traits — le
    mérite de ma figure. Je crois qu’elle annonce plus de bonté que d’esprit et j’avoue
    que je m’en applaudis.»

    Celle qui se décrit en ces termes, à l’âge de dix-huit ans, se nommait Louise-
    Marie-Victoire de Chastenay, que l’on appela toujours Victorine, née à Essarois

    . Elle était de petite noblesse, mais fort ancienne : on trouve mention
    d’un chevalier Jean de Chastenay et un Chastenay était compagnon de
    saint Louis à Tunis. Famille ancienne, mais assez peu fortunée, quoique
    propriétaire du château et domaine d’Essarois, en Côte d’Or, à une vingtaine de
    kilomètres de Châtillon-sur-Seine, qui comprenait, outre le château et le parc, la
    forge, le moulin, les fermes du village, huit cents hectares de bois et les droits
    seigneuriaux. Le père de Victorine, Érard-Louis-Guy, comte de Chastenay-
    Lanty, inscrit dès sa naissance dans l’ordre de Malte, avait été
    mousquetaire, puis sous-lieutenant au régiment de Bauffremont, et il épousa
    la fille du marquis d’Herbouville, Catherine-Louise, originaire de
    Normandie, qui lui donna deux enfants : Victorine et Henri-Louis, qui
    entra très jeune dans les gardes du corps et fut sous-lieutenant dans la garde
    constitutionnelle de Louis XVI. Officier des chevau-légers de la garde sous Louis
    XVIII, puis maréchal de camp, il prendra part à l’expédition d’Espagne et,
    pair de France sous Louis-Philippe, siégea jusqu’à sa mort, à la Chambre
    haute.

    Comme Mme de Condorcet, Lucile de Chateaubriand ou Mme de Genlis,
    Victorine fut destinée à recueillir la succession d’une abbesse et à bénéficier d’une
    prébende.Preuve faite de huit quartiers de noblesse d’épée, tant
    du côté maternel que paternel, elle fut reçue au chapitre noble d’Épinal, situation
    qui ne lui interdisait pas de se marier et l’autorisait, à quatorze ans, à se faire
    appeler Madame.

    La jeune fille fut moins impressionnée par la réception officielle,
    pourtant solennelle, que par le bal qui suivit :

    « La cérémonie, dit-elle, me fit pleurer parce que maman y pleura ; mais la danse me consola bien vite. J’étais pourle coup l’objet principal et de droit ; j’avais des succès au bal, pour la première foispeut-être, car je n’ai jamais ni très bien, ni très mal dansé. »

    Du reste, sa carrière d’abbesse devait tourner court : l’Assemblée nationale décréta la mise à la disposition de la nation de tous les biens ecclésiastiques et le chapitred’Épinal cessa d’exister.

    Demeurée dans sa famille, Victorine y reçut une instruction très supérieure à
    celle des jeunes filles de son époque : rien ne fut épargné pour faire d’elle une
    jeune femme accomplie et rompue aux usages du monde, mais aussi une
    intellectuelle, et l’on prit soin de la frotter de grammaire, de mathématiques, de
    géométrie, d’algèbre, de sciences physiques et naturelles, de mythologie, de
    géographie, de latin, d’allemand, d’anglais, d’espagnol, d’italien, de musique, sans
    négliger le dessin ni la danse. À dix ans, elle lisait les Hommes illustres de
    Plutarque, l’Histoire d’Angleterre du P. d’Orléans et les Révolutions romaines de
    Vertot et, à dix-huit, se passionnait pour Jean-Jacques et Bernardin de Saint-
    Pierre :

    « Un désert et un mari bien épris me semblaient le comble de la félicité. Je
    lus alors La Chaumière indienne, et je versai bien des larmes. »


    Elle a tôt pris dans les Rêveries du promeneur solitaire la passion de la botanique qui lui inspirera les trois volumes d’un Calendrier de Flore, qu’apprécièrent Mme de Genlis,
    Grétry, l’abbé Delille et l’illustre auteur des Études de la nature, « beau vieillard
    dont les cheveux blancs tombaient en flocons soyeux sur ses larges épaules » et qui
    lui prédit une belle carrière. Bonne musicienne — elle eut pour maître Séjan,
    organiste de Notre-Dame de Paris — Victorine eut aussi la chance d’être l’élève,
    avec son frère, de Mme de Genlis, gouvernante des enfants d’Orléans, dont elle
    suivit les leçons à Bellechasse aux côtés du duc de Chartres, le futur Louis-
    Philippe, et de sa soeur, Mme Adélaïde, du duc de Montpensier et du comte de
    Beaujolais.

    Ce sont des jours heureux dans une famille unie, charitable et très aimée dans
    le pays. On y vit avec une simplicité qui rapproche les aristocrates des bourgeois et
    surtout des paysans et rappelle certains tableaux idylliques de La Nouvelle Héloïse
    et les bergeries de Florian :

    « Mes parents toujours bienfaisants, se livrèrent à leur penchant avec une charité
    tendre, une grâce que rien n’avait encore attristée, avec une prodigalité qui semble la
    fleur du bienfait. Rien n’était plus joli que les bals du dimanche. On dansait depuis
    vêpres, dans une cour sans muraille, bordée de peupliers et de pommiers à cidre. Un
    ménétrier et son fils que l’on appelait Rabâche, s’établissaient sur des tonneaux. On
    venait de tous les villages voisins et les costumes picards, pour les femmes surtout,
    ont réellement de l’élégance. Tous les gens de la maison dansaient et parmi eux se
    trouvaient de beaux danseurs. Mon père, ma mère, nous deux mon frère, tous les
    habitants de la maison, nous dansions tous du meilleur coeur et je parierais que la
    coquetterie trouva moyen de se glisser entre les jolies paysannes et les beaux
    messieurs du château . »

    Ces temps heureux n’avaient plus longtemps à durer. La Révolution était
    proche. M. de Chastenay était noble, mais libéral, lecteur de Rousseau, de
    Voltaire et de Montesquieu, épris de réformes raisonnables. Élu député de son
    bailliage aux États généraux, il est partisan du vote par tête et se rend en mai ,
    accompagné des siens, à la séance d’ouverture à Versailles. « Nous partîmes pour
    Paris, dit Victorine, avec ce sentiment de confiante gaieté qui attend d’heureuses
    nouveautés, mais qui les attend comme le résultat du bien et du mieux connus, et
    ne prévoit que des discussions sereines, comme celles qui précèdent quelquefois
    une transaction de famille. […] Moi, je l’avoue, j’étais dans le délire » .
    Ce n’était pas l’opinion de tout le monde et la mère de Victorine, loin de partager
    celles de son mari, faisait fréquenter à sa fille les milieux les plus réactionnaires où
    elle s’ennuie ferme :

    « Je n’ai rien trouvé de si ennuyeux que ces soirées qu’on me faisait passer au milieu debégueules respectables chez qui je ne trouvais rien pour l’esprit, pour la raison, ou
    pour le coeur. Dans ces maisons, dans quelques autres du même genre, j’étais, à
    cause de mes principes surtout, un objet de pitié haineuse. Je me souviens que
    M. Dubut, créole, et renommé pour son esprit, me dit un jour qu’une femme fille,
    avec des notions d’indépendance, ne pouvait se comparer qu’à un âne sauvage. Voilà
    la galanterie la plus remarquable que j’aie reçue dans ce monde, où maman se croyait
    obligée de me faire paraître à peu près tous les jours "
    .
    Elle ne tarde donc pas à déchanter. La belle unanimité du début dégénère, le
    clergé s’oppose au tiers état, la noblesse se divise, la royauté chancelle. En
    octobre, la marche des Parisiens sur Versailles contraint la famille royale à venir
    résider aux Tuileries et la Révolution prend une tournure inquiétante.
    Comme tant d’autres, les Chastenay sont déçus et terrifiés par les événements. On crutdonc prudent de quitter Paris pour se réfugier près de Rouen, chez la
    soeur de la comtesse de Chastenay, mais en août –septembre, les » massacres de septembre » forcent bientôt la famille à se cacher dans une ancienne abbaye où l’on mène unevie de reclus. La mère, fragile et toujours souffrante, garde le lit, le père, vêtu d’unecarmagnole, va aux nouvelles, le frère et la soeur lisent, dessinent,jouissent du calme de la campagne, non sans redouter à chaque instant l’irruption de la violencerévolutionnaire :

    « Il faut avoir passé par cette inconcevable époque pour soupçonner encore ce qu’on
    pouvait sentir. On ne se faisait point illusion ; nous nous disions, mon frère et moi,
    en parcourant un soir ces délicieux vallons, qu’avant six mois nous aurions tous passé
    sous le fer de la Révolution. Cependant ces fleurs nous charmaient ; nous
    dessinions, nous faisions de la musique, nous lisions des romans ; nous avions des
    moments de plaisir et à de violentes émotions subites succédaient, tous les jours, à
    ces mouvements de joie qui sont presque de l’espérance « .

    En avril 1790, les nobles se trouvant interdits de séjour à Paris et dans les
    villes maritimes, les Chastenay se réfugient à Châtillon, en Bourgogne, pour y
    apprendre que, faute d’un certificat de résidence parvenu dans les délais, le comte
    est inscrit sur la liste des émigrés et qu’il a été dénoncé comme ennemi de la
    Révolution. Avec son fils, il tente de gagner la Suisse par les bois. En représailles,
    Mme de Chastenay, quasi mourante, est internée à l’hôpital, sa fille menée en
    prison. Chastenay, arrêté à son tour, est transféré à la sinistre
    Conciergerie.
    C’est de cette prison que sortiront, pour monter à l’échafaud,Mme de Noailles, sa fille et sa petite-fille, suivies par André Chénier.

    Son père en danger, c’est Victorine, la personnalité forte de la famille, qui se
    démène pour le sauver. Courageusement, elle écrit lettre sur lettre, rencontre tous
    ceux qu’elle croit susceptibles de lui venir en aide, court les bureaux et multiplie les
    suppliques. Ses efforts seraient sans doute demeurés vains si Thermidor
    n’avait désarmé l’impitoyable Fouquier-Tinville.

    Le citoyen Chastenay passa en jugement devant le tribunal révolutionnaire, où son avocat fit valoir le dévouement de sa fille et les témoignages des villageois sur son inépuisable bienfaisance. En septembre, il fut acquitté.

    L’avocat qui avait plaidé sa cause était un ancien conventionnel, Pierre-
    François Réal, procureur au Châtelet à la veille de la Révolution, ancien jacobin
    qui conservera jusque sous l’Empire une réputation excessive de terroriste. Par la
    suite homme de Barras, chargé de l’instruction du complot royaliste de Pichegru,
    soutien de Bonaparte le 18 Brumaire mais toujours éclipsé par Fouché à la
    direction de la police, il n’a pas laissé de trop bons souvenirs. Chargé de
    l’enquête sur la conspiration de Cadoudal, Pichegru et Moreau, on le soupçonna
    d’avoir fait étrangler Pichegru dans sa cellule et, la même année, d’avoir feint un
    profond sommeil pour ne pas obéir à l’ordre qui lui enjoignait de présider à
    l’interrogatoire du duc d’Enghien fusillé à la sauvette dans les fossés de Vincennes.

    Fait comte et doté par l’Empereur, à nouveau préfet de police pendant les Cent-
    Jours, proscrit par Fouché, il s’exilera aux États-Unis, ne revint en France que plus tard
    et y mourut sept ans plus tard.

    Tel était l’homme auprès duquel Victorine avait trouvé appui et dont elle laisse un portrait bien différent, inspiré certes par lareconnaissance, mais sans doute aussi par un sentiment plus vif.

    « je me voyais l’objet d’une passion brûlante ; celui qui l’éprouvait avait auprès
    de moi tous les droits. Réal avait été le défenseur de mon père au tribunal
    révolutionnaire, sauveur de la fortune de mon frère et de celle de toute ma
    nouvelle famille [celle de sa belle-soeur], je lui devais tout, et ma tendre et
    profonde amitié lui rendait tout ce qu’il était permis à mon coeur d’éprouver. » À
    l’en croire — elle demeure très discrète sur ce chapitre — « l’or pur de l’amitié est
    seul resté intact »

    mais elle fut probablement sa maîtresse.

    Hélas, Réal était marié,avait des enfants — Victorine deviendra du reste l’amie de sa fille — et rien n’était possible entre eux. Ils échangèrent une abondante correspondance, détruite, mais quelque chose en subsiste dans Le Calendrier de Flore. Dans cet ouvrage, Victorine écrit à une amie, Fanny, qui dissimule Réal et fait passer sous ce déguisement de tendres propos.

    Au fait, n’avait-elle pas des prétendants ? Si fait, et même plusieurs, mais la
    demoiselle était difficile à placer :

    « J’étais une simple enfant, mais enfant à grands
    principes, je croyais qu’il y allait de la gloire d’une femme accomplie de subjuguer
    toujours et de ne céder jamais. L’un me semblait naturel et l’autre fort aisé »
    .
    Une possibilité s’était offerte avec un voisin des Chastenay, Auguste de Marmont,
    futur maréchal de France et duc de Raguse, mais M. de Chastenay jugea de trop
    petite extraction ce traîneur de sabre ami d’un Bonaparte encore obscur.
    Un autre
    candidat s’était présenté en la personne de M. de Sérent, fils du précepteur desenfants du comte d’Artois, union qui aurait pu valoir à Victorine un poste auprès
    de Mme Élisabeth, soeur de Louis XVI, mais deux obstacles s’élevèrent.
    Le premier,dit-elle, est « une exaltation presque républicaine qui soutint ma raison » et laretint de se lier par une charge ; le second est plus terre à terre, mais sans doute
    plus déterminant : le fiancé exigeait qu’elle apportât quinze mille livres de rentes.

    Puis se présenta M. de Croix, député de la noblesse d’Artois, mais les événements
    révolutionnaires firent bientôt avorter le projet. Vinrent ensuite Fortuné de
    Chabrillan, dont la famille maquignonna, et M. de Souza, ambassadeur de
    Portugal, âgé de soixante-six ans, dont le décès subit la préserva. Un moment,
    Victorine se sentit un penchant pour un tout jeune homme, Auguste de Damas,
    qui, au sortir d’un théâtre où l’on jouait L’Amoureux de quinze ans, lui baisa
    furtivement la main. Hélas, ce charmant garçon, blond et candide, acheva à vingt deuxans sa brève carrière sur l’échafaud. Comme on lui savait des relations dans des milieux influents, on proposa encore à Victorine le vicomte Dauvet, riche
    parti, à condition qu’elle obtînt son retour d’émigration, condition peu romanesque qu’elle déclina. Les deux derniers aspirants sont plus originaux. L’un
    était le fils du trop célèbre marquis de Sade, qui lui demanda sa main au cours
    d’une promenade aux Tuileries.
    Outre qu’elle n’éprouvait rien pour lui, elle ne put s’empêcher aussi

    « de réfléchir sur le risque effrayant de donner jamais le jour au petit-fils de l’homme phénomène qu’il fallut peu après enfermer à Charenton »

    Le dernier de la série fut le maréchal Kellermann, le héros de Valmy, qui l’accabla « de toutes les galanteries allemandes que son âge devait autoriser ». Le héros avait soixante-dix-sept ans. Cela ne retint pas la famille de Victorine de pousser à la roue. Kellermann était riche, bien vu par lerégime. M. de Chastenay souhaitait entrer au Sénat, Mme de Chastenay souhaitait davantage d’aisance, Henri de Chastenay souhaitait obtenir un emploi.

    Victorine fut sur le point d’accepter, pour rendre service aux siens. On disputa beaucoup sur le contrat, les enfants du maréchal se montrant très hostiles à cette union et faisant courir des « calomnies » — sa liaison avec Réal ? — qui dégoûtèrent définitivement leur future belle-mère et l’on en resta là.

    Le regretta-t-elle ? « Ma passion ardente pour mes parents et le besoin de leur tout sacrifier étaient le mobile de toutes mes vues à venir ; l’étude d’ailleurs, dont le goût était en moi sivif, me permettait peu d’égarer ma pensée. »

    Mme de Chastenay mourut vieille fille.

    Il est vrai que l’intellectuelle semble l’avoir emporté chez elle sur la femme
    soucieuse de séduire.

    Elle s’était mise à traduire Pétrarque et les poètes anglais. Cette année-là, elle publia une traduction duVillage abandonné de Goldsmith, que Réal fit imprimer, et surtout une traductiondes Mystères d’Udolphe d’Anne Radcliffe, qui furent réédités six fois
    et Marie-Joseph Chénier la félicita de n’avoir « pas affaibli les sombres beautés »
    du roman. Belle réussite en effet, puisque, révisée, elle servit encore de base à la
    réédition du roman en par Amédée de Bast, reprise Maurice Lévy.

    Puis c’est l’érudite qui se révèle dans les quatre volumes plus ambitieux Du génie des peuples anciens, ou tableau historique et littéraire du développement de l’esprit humain chez les peuples anciens, depuis les premiers temps connus jusqu’au commencement de l’ère chrétienne, vaste compilation dans la ligne de la célèbre Esquisse d’un tableau des progrès de l’esprit humain de Condorcet, au sujet de laquelle Dussault et Suard se montrèrent réservés, jugeant un tel travail au-dessus des forces d’une jeune femme. Suivront encore, une étude sur Les Chevaliers normands en Sicile, puis, De l’Asie, ou considérations religieuses,philosophiques et littéraires sur l’Asie, ouvrage dédié au grand orientaliste Silvestre de Sacy.

    Bas-bleu ? Sans doute un peu, mais qui sut gagner l’estime de savants
    comme Arago, qui lui fit un cours d’astronomie, ou de Cuvier et de Humboldt,
    dont elle suivit les leçons.

    Passé la Révolution et le Directoire, Paris semblait renaître, les fêtes et les
    bals se multipliaient, la vie mondaine reprenait comme si chacun s’empressait
    d’oublier les années sombres. Victorine, bien introduite par Réal, prit sa part de ce
    renouveau et, sous le Consulat et l’Empire, on la vit un peu partout : « Les jeunes
    gens faisaient couper leurs cheveux à la Titus ; les femmes les bouclaient d’après
    les bustes antiques. Une mousseline légère avec un noeud de ruban composait une
    parure exquise, et il n’y avait que de vieilles femmes très maussades qui
    regrettassent la poudre, les poches et les soulier à grands talons » .

    Un homme surtout, qu’elle avait connu en des temps où sa fortune était moins
    brillante, voyait alors monter son étoile.


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :