• "Visages d'en face" et "Visages de femmes" présentés lors du Festival "Cultures sans Frontières"

    Cette soirée s'est déroulée en deux interventions, la première a été assurée par Christine Boulanger et Jimmy Tawaba, pour la présentation de "Villages d'en faces".

    "Visages d'en face" et "Visages de femmes"  présentés lors du Festival "Cultures sans Frontières"

    Jean Ponsignon a présenté Christine Boulanger et son magnifique travail .

    "Visages d'en face" et "Visages de femmes"  présentés lors du Festival "Cultures sans Frontières"

     Christine Boulanger, créatrice du projet Visages d'en Faces, dessine et écrit des portraits. Début 2016, en dessinant ses voisins pour valoriser son quartier à travers ses habitants, elle décide d'écrire également sur ces occasions d'échanges trop riches pour ne pas être partagés. Ses portraits sont un voyage au cœur de cultures et d'expériences multiples.

    Au-delà de sa dimension artistique, "Visages d'en Faces" s'est révélé  être un formidable outil au service de la relation à soi et aux autres, dont Christine Boulanger a témoigné.

    "Visages d'en face" et "Visages de femmes"  présentés lors du Festival "Cultures sans Frontières"

    Christine Boulanger a présenté la genèse de son travail.

    "Visages d'en face" et "Visages de femmes"  présentés lors du Festival "Cultures sans Frontières"

    Faire le portrait de quelqu’un est une fabuleuse occasion de rencontre. 

    Suite aux attentats de 2015 et contre la tentation du repli sur soi, je propose à mes voisins de les dessiner. D’autres personnes que je ne connais pas m’accueillent chez elles et leur confiance me touche. Le dessin devient une porte sur des échanges trop riches pour ne pas être racontés : je croque et j’écris, puis je partage nos rencontres.

    Visages d’en Faces est une invitation à se découvrir et à découvrir l’autre, autrement.

    Christine a demandé à Jimmy Tawaba, originaire du Congo Kinshasa, de lire certains témoignages en alternance avec elle.

    "Visages d'en face" et "Visages de femmes"  présentés lors du Festival "Cultures sans Frontières"

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    Roger :

    "Visages d'en face" et "Visages de femmes"  présentés lors du Festival "Cultures sans Frontières"

    Je demande à Roger ce qui l’a amené vers le métier de la reliure. « La guerre. On a été évacués en Seine-et-Marne, dans un village où l’instituteur n’avait pas les compétences pour enseigner au-delà du certificat d’études. Et puis après il y a eu l’exode, les matelas sur le toit de la C6 – plus tard, j’ai passé mon permis dans le même type de voiture, une C4 ; on a fait le tour de la place d’Italie, et il m’a donné le papier. Il n’y avait pas de code à l’époque.

    A Limoges, on nous a installés dans une arrière-boutique. Le propriétaire ramassait la merde dans les WC pour engraisser le jardin. Nous, on avait les rats et une cage pour les attraper.

    Ensuite, j’ai fait l’école Estienne. » Roger me montre un livre qu’il a relié : la couverture décorée de dorure représente une femme dessinée par un ami : « On avait des livres, il fallait les débrocher, les mettre sous presse, les coudre, préparer les dos, les arrondir… La colle forte était chaude et on attendait jusqu’au lendemain pour qu’elle sèche. Il fallait deux à trois semaines pour relier un livre. »

    Il prend un livre neuf, le feuillète et me dit : « Avant, les livres s’ouvraient. »

    A propos du hasard et des rencontres, Roger fréquentait une femme avant de se marier : « Il y avait quelque chose qui n’allait pas, je ne sais pas expliquer pourquoi. Et puis j’ai rencontré ma femme et là, c’est passé tout de suite. Il y a le hasard mais je pense que le hasard, il faut lui donner un coup d’épaule.

    J’ai rencontré ma femme aux Jeunesses Musicales de France. C’est drôle, on a vu Fantasia. On était assis l’un à côté de l’autre, on a bavardé puis on s’est revu. On est allé à l’Opéra, on est allé au concert, et puis on a fini par se marier… On devait se rencontrer, c’est tout. »

    Roger me montre une photographie du jeune couple entrain de faire la vaisselle : « Au début, nous habitions dans une mansarde près de la place Pigalle. Vous voyez le bol ? Je l’ai toujours, j’ai mangé dedans ce matin. Ça vient de chez mes beaux-parents. Nous vivions dans une pièce avec un lit et un lavabo. Pour nous laver, nous allions chez mes parents dans le 19ème arrondissement, du côté de la place du Danube  – à l’époque, il y avait des vaches…

    Nous prenions le bain ensemble.

    Quand je rentrais chez nous le soir, je marchais sur le trottoir de droite où étaient les chasseurs, et quand nous étions tous les deux, nous rentrions sur le trottoir de gauche où étaient les femmes.

    On a vécu cinquante-cinq ans ensemble

    , c’est pas rien vous savez. Notre relation était faite d’amour, d’amitié et de tolérance : ‘Tu as raison, j’ai raison. Bon, on met de côté et on verra.’ Avant de se marier, on a beaucoup de points communs, d’affinités. Quand on est marié, il faut se découvrir.

    J’ai des photos partout et si je fixe trop les photos, je les vois remuer, cligner des yeux, sourire.

    Moi, je crois qu’il y a une entité. Je n’appelle pas ça Dieu, parce que les religions, bon… A l’inquisition, on utilisait la torture pour faire avouer une femme… La Fontaine a écrit des œuvres érotiques, il a dû toutes les renier. Il est mort purifié ! Bon… Alors la religion d’amour… Pas toujours…

    Pourquoi on est là ? On ne choisit pas de naître, mais je crois que nous sommes nés pour faire quelque chose. Quoi ? Je ne sais pas. »

    Roger a « quatre-vingt douze ans et deux douzièmes », comme il aime le dire, avec un sourire en coin. Avec Denise, rencontrée en janvier 1951 et avec qui il s’est marié le 3 septembre de la même année, ils ont eu deux fils, Gérard et Francis. Leurs trois petits-enfants, un garçon et deux filles, habitent près de Provins, dans le Colorado et en Australie.

     Fatou :

    "Visages d'en face" et "Visages de femmes"  présentés lors du Festival "Cultures sans Frontières"

    Fatou a huit enfants âgés de seize à quarante ans. Les deux derniers sont nés à Paris.

    « Les autres sont restés au Sénégal. Je pouvais pas les amener ici. Ma maman les a élevés. C’est une trèèèèèèès grande famille, voilà. Vous savez l’Afrique, c’est ça ! » me dit Fatou en riant.

    « Mais beaucoup de mamans ne retournent pas là-bas pendant dix ans ou quinze ans et leurs enfants ne connaissent pas l’Afrique. Parce que non seulement le billet est cher, mais en plus arrivée là-bas, vous pouvez pas compter sur les gens : ce sont les gens qui comptent sur vous. Là-bas, la viande coûte cher. Les fruits et légumes, n’en parlons pas. Et s’il y a un frigo, c’est pour revendre les produits, pas pour se servir quelque chose de frais à gogo, non-non-non. Et c’est pas facile de trouver du travail là-bas en Afrique.

     Siele :

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    Siele a 22 ans. Les accents sur Siélé ont été oubliés à la déclaration de sa naissance au Burkina Faso en 1994. Siélé signifie « Le garçon tant attendu » : sa mère avait 32 ans, son père plus de 40 ans, et le mariage n’allait pas de soi pour ce couple mixte, lui musulman, elle chrétienne. « Ça passait encore si tu étais musulman animiste ou chrétien animiste, mais avec les religions modernes, c’est plus difficile. Quand on est animiste, on croit beaucoup à la nature. »

    Le père de Siele décède quand il a 7 ans. Sa mère travaille pour une entreprise française ; quand elle tombe malade, l’évacuation médicale lui permet d’être soignée à Paris pour un cancer du sein, « autrement elle n’aurait pas vécu si longtemps. »

    Siele reste au Burkina Faso, d’abord chez son oncle. Le garçon a 13 ans et fait le ménage avec le boy ; n’étant pas autorisé à participer aux activités de ses cousins, il se sent de plus en plus tenu à l’écart. Un jour, seul à la maison et au téléphone avec sa mère, il craque : « Je me demandais si j’avais été adopté. Je lui ai demandé si elle était vraiment ma mère. »

     Emmanuella :

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    Emmanuella a 6 ans et l’expérience du portrait ne l’intéresse pas du tout. Elle jouait avec d’autres enfants et la voilà obligée de nous suivre dans un café, sa mère et moi.

    Mes explications semblent l’avoir satisfaite, elle passe à autre chose : « Est-ce que c’est vrai que si je bois les pépins, je vais devenir un haricot vert ? A la cantine, je voulais faire du jus de fruit et y avait des pépins. Ils disaient ‘’Nan nan ! Attention ! Si tu bois du jus, si t’avales les graines, tu vas devenir une plante !’’ Après, ils croyaient que j’avais bu mais j’avais pas bu. » Elle sourit. « Ils disent n’importe quoi. »

    Pendant qu’elle patiente en jouant avec la paille de son jus d’orange, Mariam, sa maman, me raconte : « On est partis en vacances en Mauritanie l’année dernière pour découvrir comment ça se passe en Afrique. Elle a vu plein de choses. Par exemple, y a pas le robinet dans la maison, ils vont au puits chercher de l’eau. Après elle a essayé de prendre l’eau sur la tête. »

    Juliette :

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    Juliette est en CE2. Sa maîtresse est « un peu sévère mais ça va. » C’est à dire ? « Elle crie déjà dans les escaliers, quand on fait trop de bruit avec les pieds. » Juliette fait trop de bruit ? « C’est plus les garçons, ils font exprès de faire des gros bruits. Mpfou-mpfou-mpfou ! Il y en a deux, ils ont déjà un feu orange. »

    Aïe. La rentrée était il y a quelques jours seulement … Les garçons commencent fort.

    Juliette m’explique : « Quand on a trois avertissements, on a un feu rouge. » Et avant le CP, « y avait le soleil, c’est quand on est sage ; le nuage, c’est quand on est un peu moins sage ; l’éclair, c’est pour pas trop sage ; et la neige, quand on est pas sage. »

    Le temps étant trop court (beaucoup de personnes du public devaient se rendre au TGB pour le lancement de la saison théâtrale 2017-2018), nous n'avons pas pu voir d'autres dessins de Christine Boulanger, ni écouter d'autres témoignages, ce qui a occasionné, pour moi, une certaine...frustration !

    Mais, oh joie !, Christine Boulanger nous a donné l'adresse de son site internet où nous pouvons voir ses dessins et lire ses textes ...

    Donc, pour en savoir plus, lire l'intégralité des interviews, découvrir les autres personnes  dessinées par Christine et leurs confidences, cliquer sur ce lien :

    http://www.visagesdenfaces.com/fr/a-propos/

    La seconde partie a été assurée par Jean et Sophie Ponsignon qui ont présenté un audiovisuel intitulé "Portraits de femmes".

    Il s’agit d’un audiovisuel sans parole (images et musiques seulement) destiné à évoquer les femmes dans leurs diversités, ethniques et culturelles, réalisé à partir de photos prises, par une dizaine de photographes partenaires, dans une soixantaine de pays issus de tous les continents, il a évoqué tour à tour les divers âges de la vie : de la fillette à la personne âgée, quelques portraits issus de chaque continent, des « mères courage » d’Haïti, du Cambodge, du Pérou, et de bien d’autres régions, la place de la femme dans divers métiers : agriculture, commerce, artisanat, industrie, santé, enseignement, divers, les loisirs : lecture, photographie, baignades, promenades,  les arts, la musique surtout, des femmes en prière. des femmes qui « portent le chapeau », partie humoristique consacrée à la variété des couvre-chefs en usage sous toutes les latitudes, des mariées (en blanc ou en rouge).

    Cet audiovisuel était un ode pudique, musical, et sans discours puisque la parole est laissée à l’image sur diverses attitudes que la femme offre à notre regard à travers diverses coutumes et diverses civilisations.

     Voici quelques unes de ces si belles photos :

    Bali :

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    Bombay :

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    Cambodge : une rescapée du génocide :

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    Haïti :

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    Laos :

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    Namibie, chez les Himbas :

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    Panama tribu des Emberas :

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    Sultanat d'Oman :

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    Tunisie :

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    Vanuatu :

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 20 Septembre à 10:56

    Grâce à vous et à votre blog que je fréquente assidûment, j’ai (presque) l’impression de ne pas avoir quitté Châtillon.

    Merci !

    MO

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