• 1919-1939 : vingt ans de trêve en Europe . L’Europe démocratique : de l’affrontement à l’apaisement 1919-1929 (seconde partie)

    Début 1919, en France, que se passe-t-il ?

      C’est la joie des retrouvailles.  C’est la célébration des héros.  Cela n’a qu’un temps. 

    C’est l’impossibilité pour les revenants de raconter l’enfer, avec un sentiment de culpabilité d’en être sorti vivants. C’est la difficulté de se réadapter à la vie d’avant ou plutôt à ce qu’est devenue la vie d’avant. 

    Le Collier rouge de Jean-Christophe Ruffin en donne une subtile évocation.

    Les négociations du traité de paix commencent avec l’arrivée de Wilson le 14 décembre 1918. 

    Elles se déroulent à quatre : Clemenceau, Lloyd George, Orlando et Wilson.

    1919-1939 : vingt ans de trêve en Europe . L’Europe démocratique : de l’affrontement à l’apaisement 1919-1929  (seconde partie)

    • Wilson c’est l’honnête courtier. Il n’a aucune revendication particulière, si ce n’est se débarrasser du régime impérial prussien et faire régner la paix en mettant en œuvre ses 14 points.
    • Il craint le développement du bolchévisme en Europe.
    • La Société des Nations apportera une solution durable aux problèmes présents et à venir.

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    • Clemenceau pense d’abord à la sécurité de la France.
    • Il se rappelle 1870.  Les frontières doivent être sûres et garanties. 
    • L’Allemagne doit être affaiblie et désarmée. 
    • Foch propose de petits Etats tampons sur la rive gauche du Rhin, avec des têtes de ponts de l’autre côté, comme au temps de Louis XIV. 
    • On aura une zone démilitarisée pour un temps limité et des réparations dont nous reparlerons.  Clemenceau ne croit pas à l’extension du bolchévisme.

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    • Lloyd George pense à la flotte britannique qui doit conserver la maîtrise des mers.
    • Il pense à l’Empire auquel il ne s’agit pas de donner des idées subversives. 
    • Il y a aussi les veuves et les invalides de guerre dont il faut financer les pensions.  
    • Il faut rembourser les dettes de guerre vis-à-vis des Etats-Unis.  Les réparations seront là pour ça.  Mais elles ne doivent pas être trop dures pour que l’Allemagne puise se redresser, continuer à commercer avec la Grande-Bretagne et servir de contrepoids à la France dont on craint les tentations hégémoniques. 
    • Il redoute le bolchévisme.

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    • Orlando pense aux promesses qui lui ont été faites en 1915 : la Dalmatie, Fiume, l’Istrie, le Trentin, le Tyrol.
    • Il a besoin des réparations. Clemenceau n’a pas de sympathie pour Orlando.  Il ne le soutiendra pas.

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    Le traité :

    • Déclare les Empires centraux responsables de la guerre
    • Dresse les grandes lignes de la réorganisation territoriale de l’Europe centrale
    • Prévoit l’occupation temporaire de la rive gauche du Rhin et des réparations à la charge des vaincus qui financeront les reconstructions, mais également le coût des pensions de guerre (veuves et invalides) et l’entretien des troupes d’occupation.

    Quant à la partie allemande, elle n’est pas partie prenante à la négociation, ce qui ne correspond pas aux usages.

      Le 7 mai 1919, Clemenceau présente à la délégation allemande le texte du traité.  Il n’y aura pas de négociation orale.  Les Allemands peuvent faire des observations par écrit.

      Le Comte   Ulrich von Brockdorff-Rantzau, ministre des Affaires étrangères de la République de Weimar, qui dirige la délégation allemande[1]prononce un discours dont l’acrimonie traduit ses sentiments...

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      « ….. Nous savons que la force des armées allemandes est brisée.  Nous connaissons l’intensité de la haine qui nous confronte et nous avons entendu l’exigence passionnée des vainqueurs, selon laquelle, comme vaincus, nous serons obligés de payer, et comme coupables, nous serons punis[2] ».

    Les traités sont signés : Versailles (28.6.19) avec l’Allemagne, Saint-Germain (10.9.19) avec l’Autriche, Trianon (14.6.20) avec la Hongrie, Sèvres (10.8.20) avec l’Empire Ottoman, Neuilly (27.11.1919) avec la Bulgarie.

    Les Etats-Unis ne ratifieront pas le traité de Versailles, la majorité républicaine[3] étant hostile à une trop grande participation aux affaires européennes. 

    En 1921, les Etats-Unis signent une paix séparée à Berlin le 25 août 1921.

     La France célèbre la victoire ; elle a récupéré l’Alsace Lorraine.

     L’Alsace Lorraine redevient française : le malaise alsacien.

    L’armée française prend possession de l’Alsace entre le 17 et le 26 novembre.  Elle est accueillie avec un enthousiasme manifeste, pour partie spontané, pour partie organisé. 

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    En fait les Français « de l’intérieur » et en particulier les militaires ne connaissent rien aux particularismes alsaciens.  Les erreurs et maladresses seront multiples.

    Après 47 ans d’administration allemande, l’imprégnation allemande est considérable. 

    De plus l’Allemagne a une organisation fédérale décentralisée et ne connait pas le jacobinisme parisien. 

    Premier signe, une partie importante de la population, surtout dans les campagnes ne parle pas français, mais Allemand et surtout Alsacien. 

    Cela n’empêche pas ces Alsaciens non francophones d’être francophiles.  Les points de frictions et d’exaspération mutuelle sont nombreux.  En voici quelques-uns :

    • La langue : le Français devient sans transition la seule langue officielle. 3,8% des Bas-Rhinois parlent français ; 6,1% des Haut-Rhinois.
    • Les églises administrées dans le cadre d’un concordat à la différence de de la France depuis 1905. Le concordat est maintenu. 
    • Herriot essaie, un temps, d’imposer la séparation de l’Eglise et de l’Etat.  Il y renonce. 
    • L’école laïque pose également un problème.  En Alsace l’école primaire est confessionnelle (catholique, réformée, luthérienne et israélite) ; l’enseignement religieux est obligatoire dans le secondaire.
    • Un « triage » des citoyens est mis en place afin de se séparer des germanophiles. 110.000 citoyens allemands, appelés Vieux Allemands, sont expulsés sans beaucoup de ménagements.
    •   Parmi les personnes expulsées de nombreux fonctionnaires qui seront remplacés par des fonctionnaires venus de « l’intérieur » peu formés à la situation locale.
    •  
    • Les Résidents d’Alsace reçoivent des cartes d’identité prévoyant quatre catégories de citoyens :
    •  
      • A : Français
      • B : Un des ascendants n’est pas français
      • C : Les deux parents sont nés dans un pays allié ou neutre
      • D : Emigré venu d’Allemagne ou de ses alliés. Les titulaires d’une carte D doivent demander un permis de circulation pour exercer leur activité professionnelle.
    • Le retour des combattants qu’il s’agisse de soldats de l’armée impériale ou de volontaires dans l’armée française.
    • Au plan économique le marché allemand est désormais d’accès plus difficile pour les entreprises alsaciennes. En fait une franchise en faveur des entreprises alsaciennes est mise en place pendant 5 ans.  Elles doivent s’adapter au marché français. Nombre d’entreprises françaises redoutent la concurrence alsacienne
    • Les régimes de retraite et d’assurance maladie étaient plus favorables sous le régime allemand.
    • Sous le régime allemand, dans la tradition d’un Etat fédéral, beaucoup de décisions étaient prises au niveau local par un parlement élu au suffrage universel et un gouvernement qui en était l’émanation.
    • C’est entre autres le cas du budget.  Paris et notamment Clemenceau veulent départementaliser l’Alsace-Lorraine. 

    En dépit des avertissements des députés alsaciens à la Chambre des Députés française, notamment ceux du pasteur Charles Scheer[4]

    1919-1939 : vingt ans de trêve en Europe . L’Europe démocratique : de l’affrontement à l’apaisement 1919-1929  (seconde partie)

     (1921) qui prône la confiance dans la francophilie sincère des Alsaciens et la patience, nombre de vexations inutiles doivent être subies par la population locale. 

    En 1924, avec l’arrivée du cartel des gauches, un parti autonomiste est créé.

    Sans doute faut-il attendre la fin de la seconde Guerre Mondiale pour qu’on ne parle plus de malaise alsacien, mais les particularismes demeurent.

    [1]Pour la signature du traité le 28 juin, il est remplacé par Herman Muller à la suite d’un changement ministériel.  Le traité est accepté à l’exception des articles 231 et 227 qui établissent la responsabilité des Empires centraux.  Sous la menace de reprise des hostilités les Allemands sont contraints d’accepter le traité de manière inconditionnelle.

    [2]Jean-Baptiste Duroselle, Clemenceau, France Loisirs, 1988, p. 759.

    [3]En novembre 1920, le républicain Warren Harding est élu président des Etats-Unis.

    [4]Charles Scheer (1971-1936), pasteur puis député de Mulhouse de 1919 à 1929 (bloc national).


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