•  Alain Krizanot, fervent mycologue, nous régale encore aujourd'hui avec de surprenantes  histoires de champignons, merci à lui de nous éclairer sur leurs vertus insoupçonnées !

    D'autres histoires de champignons par Alain Krizanot....

    Le polypore du bouleau (Piptoporus betulinus) :

    Inféodé aux bouleaux, vous le rencontrerez sur un tronc abattu de cette essence ou sur une branche morte, tombée à terre, tout près du tronc. Champignon lignicole il est rarement parasite. S’il le devient c’est que l’individu touché est déjà malade. Vous remarquerez sa couleur allant du gris cendré au roux pâle. Mais surtout, au toucher, l’agréable sensation d’avoir sous les doigts un objet à la fois souple et coriace, qui ferait penser à un plaque de cuir.

         C’est justement cette consistance qui fit sa notoriété jusque dans les faubourgs populaires des bourgs et des villes. Le vacher gardant son troupeau dans les vaines pâtures le cueillait, le pelait, le tendait sur une planchette et le ‟confiaitʺau barbier qui n’avait pas les moyens de se payer un véritable cuir. Ce dernier aiguisait dessus le fil de son rasoir coupe chou. Dans les pays slaves, il a longtemps servi de produit antiparasitaire et vermifuge. Ötzi, la momie des Alpes, le portait autour du cou quand on l’a découvert. Connaissait-il déjà les vertus de ce champignon ?

    D'autres histoires de champignons par Alain Krizanot....

    Les multiples usages de l’amadouvier  (Fomes fomentarius) :

         Si vous êtes adeptes de balades en forêt, vous l’avez sûrement déjà remarqué. Il ressemble le plus souvent à un énorme sabot de cheval, poussant à même le tronc de bon nombre de feuillus : hêtre, chêne et même bouleau et peuplier. Champignon parasite, il s’attaque aux arbres présentant une blessure ou une cassure.

    Connu dès la préhistoire comme substance inflammatoire, son nom vous fait sans doute penser à l’expression : « Avoir un cœur d’amadou », (qui s’enflamme facilement à la vue d’un joli minois). C’est que ce champignon a longtemps servi à fabriquer les briquets à mèche. Ces briquets ont notamment été très utilisés dans les tranchées par les poilus de 14-18.

         On raconte aussi que sur les champs de batailles napoléoniens, où l’on n’était pas regardant au nombre de soldats blessés, il était utilisé comme hémostatique pour enrayer (ou tenté d’enrayer) les hémorragies !

    En remontant encore plus loin dans l’histoire de l’humanité, on a retrouvé ce champignon dans le sac d’Ötzi, la momie du Tyrol. À quelles fins l’avait-il avec lui ?

         Si vous êtes pêcheur à la mouche artificielle, vous pourrez vous en servir pour sécher ces dernières grâce à son pouvoir hydrophyle.

     


    1 commentaire
  • Alain Krizanot, excellent mycologue, fut longtemps Président de la Société Mycologique Châtillonnaise.

    Il m'envoie quelques histoires qui nous font considérer les champignons sous un autre jour...merci à lui !

    Petites histoires de champignons.

      bolets de bouviers et tricholome des chevaliers : (Suillus bovinus et Tricholoma equestre) ou juste retournement de l’Histoire.

         Voici deux champignons bien connus dans le Sud-Ouest de la France. Le premier est présent de juillet à novembre dans les pinèdes au sol acides. Le second s’il n’apparaît qu’en automne aime également ces mêmes pinèdes. Mais d’où tirent-ils leur nom ?

    Histoires de champignons, racontées par Alain Krizanot...

    Histoires de champignons, racontées par Alain Krizanot...

         Au moyen âge, dès la belle saison revenue, les manants s’en allaient faire paître leurs bêtes dans les vaines pâtures. Ils en profitaient pour rechercher un bolet de médiocre valeur gastronomique qui pouvait faire le complément d’une maigre pitance. À côté de ce bolet, poussait en automne, un superbe tricholome jaune très recherché à cause de sa comestibilité appréciée par les fins gourmets. Évidemment, noblesse oblige, ce champignon était réservé ‟aux becs des gens du châteauʺ. On donna au premier le nom de bouvier et au second le nom de chevalier. Aujourd’hui, retournement de l’histoire, le tricholome équestre est classé dans les champignons toxiques, suite à une série d’accidents mortels survenus après sa consommation.

      Vous avez dit lactaire délicieux ? Il existe plusieurs champignons de la famille des lactaires dont le lait est coloré de l’orange à rouge, citons :

    °Le lactaire de l’épicéa (Lactarius deterrimus)

    Quelques histoires de champignons, racontées par Alain Krizanot...

    °Le lactaire du sapin pectiné (Lactarius salmonicolor)

    Quelques histoires de champignons, racontées par Alain Krizanot...

    °Le lactaire des pins en sol sableux (Lactarius deliciosus)

    Quelques histoires de champignons, racontées par Alain Krizanot...

    °Le lactaire sanguin dans les pinèdes à sol calcaire surtout du sud de la France (Lactarius sanguifluus).

    Quelques histoires de champignons, racontées par Alain Krizanot...

    Le plus fréquent, chez nous, en Châtillonnais est le lactaire de l’épicéa. Souvent les cueilleurs l’appellent, à tort « délicieux ». Pourquoi cette confusion et la faute à qui ?

    Il semblerait que cette erreur remonterait au XVIIIème siècle. M. Linné, (1707-1778), célèbre botaniste suédois, revenant d’un voyage dans le midi de la France où il avait cueilli et consommé des délicieux, cru reconnaître dans les lactaires des pessières ce champignon et y apposa ce nom. Depuis, la science ayant fait des progrès, les mycologues sont revenus sur cette nomenclature. Mais qui a eu l’occasion de consommer ces deux espèces, a pu aisément constater une grande différence de qualité gastronomique. D’ailleurs, on peut traduire le qualificatif déterrimus par détestable. C’est sans doute un peu exagéré, certains en sont friands et le cueillent en automne.

     


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