• En ce jour de Toussaint, je vais évoquer un sculpteur châtillonnais qui a pratiqué toute sa vie l'art funéraire.  Il a, par exemple, orné des tombes à Châtillon sur Seine, dans les cimetières Saint Vorles et Saint-Jean, mais aussi dans celui de Gurgy le Château . En outre, il  a réalisé des statues monumentales et créé des mobiliers liturgiques . Ce sculpteur châtillonnais méconnu, c'est  Alexandre Lefort.

    La première a avoir évoqué pour moi Alexandre Lefort, fut Anne Bouhélier. Anne a en effet écrit un livre sur les pressoirs châtillonnais

     http://www.christaldesaintmarc.com/les-pressoirs-anciens-du-chatillonnais-un-patrimoine-viticole-a-redeco-a64899391

    A la fin de cet article, j'avais publié la photo de la  tombe de la famille Lemonnier et Courtois, sans savoir par qui elle avait été réalisée.

    En commentaire, Anne m'avait alors précisé que ce magnifique tombeau avait été sculpté par Alexandre Lefort.

    Alexandre Lefort, tailleur de pierre et sculpteur est né à Gurgy le Château en 1833.

    Son atelier était  situé à Chatillon dans l’ancienne rue de Chaumont (actuelle rue Dr Robert). Son père Pierre et son neveu Camille étaient également tailleurs de pierre.

    D'autres oeuvres signées Lefort : la statue de Notre Dame de Beauregard à Grancey sur Ource et l’étonnante Tombe Lefort-Baillet à Gurgy le Château.

    La deuxième personne qui a évoqué pour moi Alexandre Lefort, a été Marie-Andrée Pétot . Elle a écrit un grand article, très illustré, sur Alexandre Lefort, paru dans le bulletin de la Société Archéologique et Historique, numéro 3, de 2011.

    J'ai fait sa connaissance à une Assemblée Générale de la SAHC, elle m'a autorisée avec une grande gentillesse, à utiliser son étude sur Lefort, merci à elle.

    Voici donc quelques unes des œuvres d'Alexandre Lefort retrouvées par Marie-Andrée Pétot.

    Tout d'abord celle de la famille Lemonnier-Courtois, au Cimetière Saint Vorles :

    Alexandre Lefort sculpteur

    Alexandre Lefort sculpteur

    Cette tombe dresse sur un socle richement orné, une grande statue. Celle-ci représente une jeune fille aux longs cheveux dénoués, dont le bras gauche est appuyé sur une colonne portant l'inscription "O crux ave spes unica". Sa main gauche tient une ancre avec une couronne funéraire accrochée à une de ses extrémités. La jeune fille presse une croix sur sa poitrine; la croix et l'ancre symboles d'espérance illustrent l'inscription.

    Le socle où est inscrit le nom de la famille, est décoré de guirlandes de fleurs; sur chacun de ses angles figure une double ligne brisée et une double volute.

    Toujours au cimetière Saint Vorles :

    Une plaque de marbre orne la tombe Lemoine-Bréard. Elle porte les initiales AL.

    Alexandre Lefort, un  sculpteur châtillonnais oublié...

    Elle est dédiée à J.L. Lemoine, maire de Maisey , vice-Président du comice agricole de l'arrondissement dont les activités expliquent l'iconographie : une charrue entourée par des rameaux de chêne et des épis de blé et par les médailles dont il fut honoré. Cette charrue est surmontée de deux couronnes assemblées par un nœud de ruban.

    Alexandre Lefort, un  sculpteur châtillonnais oublié...

      Une autre tombe, sculptée par Alexandre Lefort, se trouve dans le cimetière d'Origny sur Seine :

    Alexandre Lefort, un  sculpteur châtillonnais oublié...

    Alexandre Lefort, un  sculpteur châtillonnais oublié...

    Alexandre Lefort, un  sculpteur châtillonnais oublié...

    Cette tombe monumentale est celle du jeune Georges-Arthur Mairet, âgé de vingt ans. Sur un socle portant l'inscription funéraire se dresse la statue d'un ange à la longue chevelure enroulée en anglaises ; il appuie son coude gauche sur une colonne brisée symbole de la vie trop tôt abrégée, tandis que sa main semble essuyer une larme ; il tient de l'autre main une couronne funéraire.

    Les tombes  du cimetière Saint-Jean de Châtillon sur Seine sont plus modestes, voici la tombe Poirier-Languereau :

    Alexandre Lefort sculpteur

    Alexandre Lefort sculpteur

    La tombe Poirier-Languereau se compose d'une dalle horizontale et d'une stèle encadrée de ballustres sculptés et surmontée d'une croix. Au centre de la stèle, s'inscrit la dédicace, sous laquelle figure un sablier accosté de deux ailes, symbole du temps et de la mort, tandis qu'au dessus un bouquet de fleurs est noué d'un ruban.

    Quant à la tombe Dumont-Girard :

    Alexandre Lefort, un  sculpteur châtillonnais oublié...

    Alexandre Lefort, un  sculpteur châtillonnais oublié...

    Alexandre Lefort, un  sculpteur châtillonnais oublié...

    c'est une stèle portant le nom des défunts dont l'inscription est surmontée par une couronne funéraire ; une urne voilée est posée au sommet de la stèle.

    La tombe Hézard :

    Alexandre Lefort, un  sculpteur châtillonnais oublié...

    Alexandre Lefort, un  sculpteur châtillonnais oublié...

     La tombe Hézard est formée d'une dalle horizontale et d'une stèle sommée d'une couronne funéraire et d'une croix.

    Au cimetière de Gurgy le Château on découvre une très belle tombe, dédiée à la famille du sculpteur, la famille Lefort-Baillet :

    Alexandre Lefort, un  sculpteur châtillonnais oublié...

    Alexandre Lefort, un  sculpteur châtillonnais oublié...

    Alexandre Lefort, un  sculpteur châtillonnais oublié...

    Alexandre Lefort, un  sculpteur châtillonnais oublié...

    Alexandre Lefort, un  sculpteur châtillonnais oublié...

    Alexandre Lefort, un  sculpteur châtillonnais oublié...

    Alexandre Lefort, un  sculpteur châtillonnais oublié...

    Un énorme socle en forme de tombeau porte l'inscription funéraire entourée d'une riche guirlande de fleurs. (les mêmes fleurs se retrouvent sur les trois autres faces du socle).

    Une jeune fille est agenouillée sur un coussin. elle appuie son coude gauche et sa tête sur une colonne dont la partie avant est décorée d'un ange. on peut remarquer la finesse des plis de la robe qui l'enveloppe ainsi que du décor de la base et de la corniche du socle.

    La tradition familiale, rapportée par madame Yvette Clément de Gurgy, désigne cette statue du nom de " pleureuse" et dit qu'elle aurait été sculptée dans une pièce située à l'arrière de la maison paternelle.

     Alexandre Lefort a aussi sculpté des statues de la Vierge, comme celles de Beauregard à Grancey sur Ource, et celle du Mont Aigu à Beneuvre.

    A Grancey, la statue de Notre-Dame de Beauregard...

    Alexandre Lefort, un  sculpteur châtillonnais oublié...

    Alexandre Lefort, un  sculpteur châtillonnais oublié...

    La statue de Notre-Dame de Beauregard se dresse sur le toit d'une chapelle, à l'écart du bourg. Elle a été financée par une collecte "à laquelle ont pris part tous les habitants", à la suite de la guerre de 1870. En effet,le village avait été épargné par les troupes allemandes, alors qu'il était menacé de destruction, en représailles de l'attaque des allemands par les troupes de Garibaldi.

    Sur le socle on peut lire " A la Vierge immaculée. Ils m'ont prise comme gardienne. Les habitants de Grancey 1870"

    La statue mesure environ trois mètres (neuf pieds). La Vierge est couronnée, ses mains tiennent l'une un épi de blé, l'autre une grappe de raisin, tout en écartant son manteau.

    A Beneuvre, la statue du Mont Aigu a été sculptée par Alexandre Lefort,  sur l'initiative du  curé de Beneuvre, l'Abbé Personne..

    Alexandre Lefort, un  sculpteur châtillonnais oublié...

    Alexandre Lefort, un  sculpteur châtillonnais oublié...

    Alexandre Lefort, un  sculpteur châtillonnais oublié...

    Alexandre Lefort, un  sculpteur châtillonnais oublié...

    Alexandre Lefort, un  sculpteur châtillonnais oublié...

    La statue du Mont Aigu repose sur un socle installé en haut d'une colline, en face du village de Beneuvre.

    Elle est taillée dans un seul bloc de pierre de trois mètres quatre-vingt de haut

    "La Vierge tient sur son bras gauche son divin enfant qui, s'appuyant doucement sur le sein virginal de sa mère, entoure amoureusement de ses petits bras le col de celle-ci. Marie, de son côté, penche la tête et semble vouloir la faire reposer sur celle de Jésus, tout en considérant à ses pieds la paroisse", telle est la description qu'en donne la Chronique religieuse du Diocèse de Dijon dans son compte-rendu.

    Ajoutons qu'elle est couronnée, comme à Grancey et que ses pieds reposent sur le globe terrestre.

    Alexandre Lefort a également réalisé des mobiliers liturgiques dans au moins deux églises: Montmoyen et Beneuvre.

    Je n'ai pu les voir puisque ces églises sont fermées. Si un jour je peux y entrer, je ne manquerai pas de photographier autels, retables, statues, chaire et les ajouterai à l'article.

     Marie-Andrée Pétot donne encore d'autres détails sur la vie d'Alexandre Lefort .

    Le recensement de la population de 1866 indique qu'il habite rue du Bourg. Au recensement de 1872, il est établi 36 rue de Chaumont (actuellement rue docteur Robert), et il y vit en compagnie de son père âgé de 73 ans et de son neveu Camille âgé lui-même de 16 ans qui est son apprenti.. six ans plus tard, il est toujours rue de Chaumont,mais seul avec son neveu. En 1886,le recensement n'indique plus à cette adresse que le seul Camille, sculpteur et son épouse M.A. Damotte.

    Il semble donc qu'Alexandre soit resté célibataire.

    Mais il y a peu, d'autres découvertes, faites par Anne Bouhélier, ont permis de retrouver la trace d'Alexandre Lefort : celui-ci  s'est marié à Bouix , c'est pourquoi il a laissé son logement de la rue de Chaumont à son neveu.  

    Voici ce qu'a découvert Anne :

    Le 1er mars 1880, Alexandre Lefort  épouse, à Bouix, Victorine Vezou. Il a alors 46 ans et est domicilié à Châtillon sur Seine.

    Victorine Vezou a 53 ans, elle est la fille de Edme Vezou et Magdeleine Marie, vignerons à Bouix.

    Elle est veuve de Thomas Peutot (1819-1878) qui était cordonnier-rentier à Bouix.

     Parmi les témoins du mariage d'Alexandre Lefort et de Victorine Vezou, on relève:

    -son frère: Isidore Lefort, 59 ans, tailleur de pierre demeurant à Vanvey

    -son beau-frère: Pierre Bailleux, 55 ans, menuisier demeurant à Gurgy le château

     A partir de son mariage, il s'installe au domicile de son épouse: rue de l'Eglise à Bouix.

    Sans doute arrête t-il son activité de sculpteur car dès le recensement de 1881, il est mentionné comme rentier.

    Victorine meurt le 31 mars 1888 et lui décède sept ans plus tard: le 7 septembre 1895 en son domicile. Il est alors dans sa 62e année.

    Son acte de décès le décrit: "propriétaire - sans profession particulière"!

    Il est décédé à Bouix, mais Anne n'a pu retrouver sa tombe, le cimetière ayant été déplacé.

      

     


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