• "L'assèchement de la petite Seine à Pothières", une étude de Pierre Potherat

    Pierre Pothérat me transmet une étude très intéressante sur l'état de la Seine en aval de Châtillon sur Seine, puisse ce texte faire comprendre aux instances dirigeantes, l'état catastrophique de nos rivières.

    L’assèchement de la petite Seine à Pothières

    Dans la deuxième quinzaine d’aout 2020, la petite Seine qui passe à Pothières et rejoint la Seine à l’Enfourchure de Charrey a été asséchée (fig.1).

    Je n’avais jamais vu un tel phénomène et de mémoire d’habitants rien de tel ne s’était jusqu’alors produit, ni n’avait été relaté dans les annales régionales.

    "L'assèchement de la petite Seine à Pothières", une étude de Pierre Potherat

    Les précipitations à Chatillon, bien que très faibles en juillet/août (40 mm cumulés relevés à Thoires), ont été largement excédentaires lors du premier semestre 2020 : 523 mm à Chatillon.

    Mieux encore, si nous ajoutons à ces chiffres les précipitations de l’automne 2019 (433 mm) nous obtenons 956 mm en neuf mois soit largement plus que la moyenne annuelle.

    A titre de comparaison, lors de la sécheresse de 1976, il n’était tombé que 150 mm de pluie lors des six premiers mois et pourtant les pêcheurs ont continué de fréquenter la petite Seine pendant l’été.

    En raison de l’écoulement de la Seine sur les marnes imperméables de l’Oxfordien moyen à partir d’une ligne Etrochey/Courcelles, il ne s’agit probablement pas d’un manque d’eau dû à la sécheresse qui sévit depuis deux mois car les eaux de l’aquifère karstique en charge sous les marnes fournissent des apports à la rivière.

    Une vérification de terrain et une enquête ont donc été effectuées.

    Nous avons vu précédemment que le cours de la Seine a subi des modifications importantes après la révolution.

    Modifications révélées par la comparaison des cartes de Cassini (feuille de Dijon datant de 1758) et de l’État-major, publiée vers le milieu du XIXème siècle (fig. 2, 3 et 4)

    "L'assèchement de la petite Seine à Pothières", une étude de Pierre Potherat

    La figure 3 est sans équivoque : la Seine passait à Pothières au XVIIIème siècle et le ru de Courcelles la rejoignait peu avant le moulin de Charrey.

    La figure 4 montre en revanche que le raccordement de la Seine au ru de Courcelles existait au moment de la publication de la carte de l’Etat-major.

    Les travaux, effectués entre la publication de ces deux cartes, ont consisté en la création d’un bras de raccordement de la Seine en direction du ru de Courcelles.

    Le but de ces travaux a été vraisemblablement d’augmenter le débit du ru de Courcelles juste à l’amont du moulin de Villers-Patras (le moulin Cholet) afin d’accroître la puissance de ce dernier.

    Au début du XIXème siècle, la Seine à Pothières est donc devenue la petite Seine qui emprunte l’ancien bief d’accès au moulin de Pothières, contourne ce moulin au droit du vieux pont de Pothières et rejoint la Seine une centaine de mètres plus loin (fig. 5).

    Il s’agit donc du tracé primitif et historique du fleuve qui rejoint l’autre bras de Seine quelques 3 km plus bas, à l’approche de Charrey.

    Un seuil équipé de deux vannages permettait de répartir de façon probablement équitable l’eau en direction du moulin Cholet et du moulin de Pothières.

    "L'assèchement de la petite Seine à Pothières", une étude de Pierre Potherat

    "L'assèchement de la petite Seine à Pothières", une étude de Pierre Potherat

    "L'assèchement de la petite Seine à Pothières", une étude de Pierre Potherat

    Cet état de fait a perduré pendant deux cent ans à la satisfaction générale jusqu’ à ce que, le vannage étant fortement dégradé aujourd’hui, une brèche se produise dans le seuil, laissant passer toute l’eau dans le cours principal de la Seine (fig. 6) .

    Une rapide enquête réalisée auprès de la population m’a informé que devant ce problème une tentative de colmatage de la brèche, avant travaux de réfection du seuil, a été effectuée par le propriétaire du moulin de Pothières en posant des blocs béton (fig. 7).

    Cette tentative aurait été stoppée par des agents de l’EPAGE Sequana qui a proposé des travaux de reconstruction ainsi que la création d’une passe à poissons pour une somme astronomique à la charge de la commune.

    Signalons que cet aménagement très ancien est situé à cheval sur les communes de Pothières et de Vix.

    Est-ce aux communes ou aux propriétaires actuels de financer ces travaux pour un ouvrage vieux de 200 ans ?

    L’état ne doit-il pas garantir la circulation de l’eau simultanément dans les deux bras de Seine ?

    "L'assèchement de la petite Seine à Pothières", une étude de Pierre Potherat

    "L'assèchement de la petite Seine à Pothières", une étude de Pierre Potherat

    Quoiqu’il en soit la petite Seine, haut lieu de la pêche à la truite dans la région, qui possédait de belles frayères encore fréquentées, a été asséchée, provoquant une catastrophe écologique sans précèdent dans ce secteur, sans que les services de l’état proposent une solution provisoire.

    Tous les organismes vivants, notamment de nombreuses truitelles, ont péri sur un linéaire de 3 km au nom du débit minimum réservé et de la continuité écologique, sensée, parait-il, faire revenir les poissons dans nos rivières.

    Cet épisode, qui s’ajoute à bien d’autres, notamment celui de l’Ource quasiment à sec de Brion à Voulaines et bientôt Recey rend compte que pour l’instant nous ne pouvons faire qu’un constat très négatif de la politique de gestion de l’eau dans notre région, politique qu’il faudra bien un jour reconsidérer sous peine d’avoir à très court terme, quatre à cinq mois de l’année, des oueds à la place de nos rivières et, malgré de belles passes à poissons, plus de poissons du tout.

    Les études et observations effectuées depuis une dizaine d’années montrent en effet que, en dépit d’un taux annuel de précipitations globalement excédentaire, la recharge des nappes alluviales, déjà très problématique à la fin du siècle dernier, ne se fait plus à l’heure actuelle.

    Ce phénomène impacte directement la recharge de la nappe du jurassique moyen en amont de Chatillon et Brion, dans les secteurs ou les nappes communiquent entre elles et interagissent.

    En cause les grands curages et travaux des années 1960 puis, plus récemment, l’effacement de nombre de seuils et vannages ayant induit une augmentation du débit des cours d’eau lors des périodes pluvieuses, favorisant ainsi le soutirage et l’abaissement du niveau des nappes phréatiques.

    Thoires, le 10 septembre 2020

    (Pierre Potherat Ingénieur en Chef des Travaux Publics de l'Etat, retraité)


  • Commentaires

    3
    clara
    Jeudi 1er Octobre à 10:40

    Article fort interessant qui explique en effet l'assèchement de la Seine qui passe à Châtillon..  j'espère que chaque habitant mesure la gravité de la situation, pour ma part je récupère les eaux usées pour arroser mon jardin depuis de nombreuses semaines.. un geste citoyen important.

    2
    Lundi 28 Septembre à 09:20

    Merci beaucoup de cet éclairage qui soulève d'autres questions.

    1
    DanielT
    Dimanche 27 Septembre à 12:09

    Le président du syndicat et ses fonctionnaires sont aveugles et sourds aux critiques .Ils persistent et signent !

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