-
Par Christaldesaintmarc dans - L'Association Culturelle Châtillonnaise, saison 2010-2011 le 26 Septembre 2010 à 06:30
Jean Ponsignon (petit fils du Général Riu dont j'ai conté l'histoire) est un conteur-né..
Pour la première conférence 2010-2011 de l'Association Culturelle Châtillonnaise, il nous a fait connaître la vie extraordinaire de deux aventuriers Bourguignons.
Avant le début de la conférence de Jean Ponsignon, Madame Simon, présidente de l'Association, nous dit son plaisir d'entamer une saison culturelle particulièrement riche: Pas moins de 18 conférences plus passionnantes les unes que les autres nous seront présentées pour l'année 2010-2011, salle Louis Pascal du Lycée Désiré Nisard.
Les deux aventuriers Bourguignons dont nous entretint Jean Ponsignon, étaient en réalité une femme et un homme..
L'Aventurière, dont l'histoire nous fut présentée en premier , fut Jeanne Barret.
Jeanne Barret , née en 1740, était native de la région qui est maintenant la Saône et Loire .
Elle devint, à 14 ans, domestique d'un médecin , Philippe Commerson..

Philippe Commerson ,outre son activité de médecin, adorait la nature, les plantes, les animaux.Apprenant que Bougainville allait conduire une expédition autour du monde pour y découvrir des espèces botaniques inconnues ,il lui proposa ses services se disant accompagné d'un aide qui n'était autre que Jeanne..
Jeanne en effet aidait son maître dans ses recherches botaniques.

(Bougainville)
Mais Jeanne étant femme, ne pouvait monter sur un bateau à l'équipage exclusivement masculin !
Elle se déguisa donc en homme , dit être castrat et s'appeler Jean Baré..

Pendant plusieurs mois, elle ne fut pas découverte, mais ce sont des Tahitiens qui lors d'une de ses descentes à terre, "sentirent" ( littéralement, car leur odorat leur permet de percevoir les hormones féminines !)qu'elle était une femme et lui sautèrent dessus en la déshabillant ! sauvée par deux marins qui accompagnaient Commerson,il lui fallut bien avouer la vérité à Bougainville.
Commerson et elle furent débarqués à l'île de France (actuellement île Maurice)
Commerson continua à herboriser mais mourut au bout de quelques années.
Savez-vous que c'est lui qui découvrit...l'hortensia ?

Il donna aussi le nom de Jeanne à une plante : la baretia (qui a changé de nom depuis, hélas)
Jeanne se maria plus tard avec un officier français, resta encore dans l'île quelques années puis revint en France.Elle remit plusieurs caisses de plantes, non connues, au Musée d'Histoire Naturelle de Paris,le "jardin du Roi", elle reçut une rente et vécut jusqu'à sa mort dans une certaine aisance, en 1807.
Jeanne inspira les écrivains,Diaguilev voulut faire de sa vie un ballet, et les marins chantèrent cette chanson composée en pensant à son aventure :
Chantons pour passer le temps
Les amours jolies d'une belle fille
Chantons pour passer le temps
Les amours jolies d'une fill' de quinze ans
Aussitôt qu'elle fut promise
Aussitôt elle changea de mise
Et prit l'habit de matelot
Pour s'embarquer à bord du navire
Et prit l'habit de matelot
Pour s'embarquer à bord du vaisseau. Le capitain' du bâtiment
Etait enchanté d'un si beau jeune homme
Le capitain' du bâtiment
Le fit appeler sur l'gaillard d'avant
"Beau mat'lot ton joli visage
Tes cheveux et ton joli corsage
Me font toujours me souvenant
D'une jeun' beauté que j'ai tant aimée
Me font toujours me souvenant
D'une jeun' beauté du port de Lorient".Le second aventurier Bourguignon s'appelait Jean de Léry.
Originaire de Lamargelle,donc en Côte d'Or actuelle, il naquit en 1536.Devenu protestant il rejoignit les calvinistes à Genève , et partit en expédition avec des catholiques, à la conquête du Brésil.
La concorde régna d'abord entre les membres des deux religions qui construisirent un fort " Fort Coligny" .Mais les catholiques prirent le dessus et chassèrent les protestants hors du fort.
Jean de Léry dut partager la vie des Indiens Tupinambas, et il en profita pour observer leurs coutumes.Il écrivit à son retour un livre qui suscita la vocation , des siècles plus tard, de Claude Lévi-Strauss !
Ce dernier en a d'ailleurs fait l'éloge dans Tristes Tropiques

Les Tupinambas étaient anthropophages. Ils capturaient leurs ennemis, les "engraissaient" pendant un certain temps et leur fournissaient une épouse..
Puis lorsqu'ils étaient "à point", ils les tuaient , les cuisaient et les mangeaint .C'est la femme du prisonnier qui obtenait le meilleur morceau !!!
Tous les membres de la tribu se nourrissaient ensuite des chairs du prisonnier de guerre.
Jen de Léry était un observateur intelligent: bien sûr il fut horrifié par ce cannibalisme, mais il trouva d'autres qualités intéressantes à ces "sauvages" comme on les appelait à l'époque..
En effet ces indigènes lui apparaissent raisonnables et même plus humains que les paysans en France. En accueillant les étrangers, ils étaient, disait-il, plus hospitaliers que les Français !
Après 9 mois de présence au Brésil, tous les explorateurs , catholiques et protestants revinrent en France, leurs bateaux chargés du fameux "rouge-Brésil" un bois magnifique.
(Jean-Christophe Ruffin a d'ailleurs raconté l'histoire de ces explorateurs dans son roman, pour lequel il obtint le prix Goncourt, "Rouge-Brésil")
Jean de Léry rentra en 1558.Après le massacre des Protestants à la Saint Bartélemy, il se réfugia à Sancerre.
Il mourut à l'âge de 79 ans, dans l'île de Suisse
Et Jean Ponsignon, en conclusion de ces deux biographies singulières, nous demanda de conter les histoires fabuleuses de ces deux aventuriers, qui n'eurent pas froid aux yeux, à nos enfants et petits-enfants.
L'aventure même à notre époque est toujours possible, n'est ce pas ?
Et le soir dans votre lit douillet,nous dit le malicieux Jean Ponsignon, si vous ne dormez pas, imaginez Jeanne et Jean se balançant dans leurs hamacs:celui d'un bateau pour Jeanne, celui d'une feuille de bananier pour Jean !!
(Des commentaires sur le thème de l'article seront les bienvenus, ils me montreront que ce blog vous intéresse et ils me donneront envie de continuer à l'alimenter .
Merci.)
3 commentaires
-
Par Christaldesaintmarc dans - L'Association Culturelle Châtillonnaise, saison 2010-2011 le 9 Décembre 2010 à 06:30
Jean-François Gallice est une personnalité Châtillonnaise très connue et très estimée dans notre ville.
Il fut très longtemps un docteur-vétérinaire, apprécié de ses patients et..de leurs maîtres !
Mais ce que je ne savais pas c'est que Monsieur Gallice était un fervent adepte de l'homéopathie, science qu'il étudia en étant le disciple de médecins homéopathes renommés comme Nebel et Vannier.
Il a donc été invité par l'Association Culturelle Châtillonnaise, que préside madame Simon, à nous parler de cette science un peu méconnue de nos concitoyens : l'homéopathie.
Et comme Monsieur Gallice est une personne très organisée, il a pris soin de distribuer à tous ses auditeurs (venus très nombreux) le texte de sa conférence..
Une aubaine pour moi, car je vais publier son texte in-extenso, entrecoupé de photos...de l'orateur !
Merci à vous Monsieur Gallice, et merci aussi à Michel Diey qui a participé activement au tirage de tous les exemplaires.
Voici donc le texte de la conférence sur l'homéopathie..
L’HOMÉOPATHIE
Définition :
Homéo=semblable, c’est le similia similibus curantur=les semblables (maladies).Seront guéries par les semblables (médicaments)
Par opposition à l’Allopathie qui devrait s’appeler : ENANTHIOPATHIE, qui veut dire guérir par les contraires : devant une diarrhée on emploie un anti-diarrhéique, devant une toux un antitussif, devant une fièvre un fébrifuge etc…
Un peu d’historique :
Hippocrate qui vécut à l’époque de Platon a été le premier à dissocier la maladie de la magie et de la religion.Père des tempéraments, inspiré des présocratiques qui déjà comptaient sur les éléments : l’Eau, l’Air, le Feu, la Terre, avec un élément venu d’Asie : l’Ether qui fut appelé la quintessence.Il attachait de l’importance à l’environnement : les vents.Ce thème repris par les Juifs, chez qui on disait : « tu ne jugeras pas le jour où souffle tel vent ».
Citons :
-Celse sous Auguste, le « Cicéron » de la médecine, transmet les œuvres d’Hippocrate, plus chirurgien que médecin.
-Galien vers 200 avant JC le père du médicament (pharmacie galénique)
-Paracelse vers 1500 Suisse, contre Galien et Avicenne.
-Avicenne 980 Boukhara
-1037 Hamadan :importe Aristote, Physique et philo
-Averroes 1126 Cordoue
-1198 Marrakech :philo, médecine
C’est ensuite toute l’obscurité du Moyen-Age qui va jusqu’au 18ème siècle
HAHNEMANN (Meissen 1755-Paris 1843) contrôla sur lui-même en 1789 à Leipzig , l’action des médicaments, mais son similia similibus curantur souleva un tollé général, il quitta la Saxe, puis ce fut une française qu’il guérit qui le ramena à Paris en 1835, où il eut un grand succès.
Le plus important fut l’idée géniale de dissocier le pouvoir immunisant du pouvoir toxique par la dilution.
Sur un tube homéopathique quand vous voyez : Aconitum 15 H, cela veut dire : 15° dilution centésimale Hahnemanienne.La vaccination jennerienne de la vaccine l’avait inspiré.
Beaucoup d’autres suivirent : Nebel en suisse le père des constitutions qui fut le maître de Léon Vannier, toute l’école de Paris Iliovici, Zissu, Jousse etc…

Comment aborder l’homéopathie pour se soigner :
-1) avec des médicaments tout préparés : le plus connu étant Oscillococcinum pour les états grippaux, ou encore des complexes en gouttes ou en comprimés pour des cas précis : là encore début de grippe : Aconitum composé, Infludon, Ostéocynésine, Gastrocynésine etc..
-2) en partant de matières médicales pour aller à la recherche du similium, certains homéopathes disent : untel crie son remède, untel est nux vomica, celle-là est lachesis ou sepia etc..
3)le bon médecin homéopathe vous posera un tas de questions pour déceler le remède qui se superpose le plus avec votre pathologie.Car pour de nombreux homéopathes donner un seul principe actif est la meilleure solution, ce sont des unicistes.Le plus célèbre étant l’américain Kent qui, entr’autres, était le médecin des Rockfeller.
Grâce à Nebel et Léon Vannier, les médecins homéopathes peuvent avoir recours au principe des CONSTITUTIONS qui est une étude morpho-bio-typologique.
Nebel identifia trois constitutions majeures de base :Carbonique, Phosphorique et Fluorique.
D’autres auteurs en inventèrent d’autres.
LE TYPE CARBONIQUE
Le type Carbonique est bréviligne et large, lourd, voire gros, il manque de souplesse mais est robuste et résistant.L’étage abdominal domine nettement, c’est un digestif.
Personnages historiques : Cromwell,Joffre, Clémenceau, Eisenhower, Churchill,les papes Jean XXIII et Jean-Paul II, les peintres Rubens , Botéro et Fernand Léger.
Nourrisson : « beau bébé » transpire, croissance lente, dents espacées de bonne qualité.A toujours faim : tétées, biberons, mais supporte mal le lait.Oral type, lent pour marcher
Adolescent : lent, tranquille, logique, méthodique, course de fond.Points faibles :digestif, rhinopharyngite, obésité, puberté tardive
Adulte : bréviligne et gras, des articulations font un angle.Ce n’est ni un poète, ni un bohème.Il souffre d’HTA, de cholestérol, de diabète, de goutte, de lithiase, de prostatite, d’arthrose.
Senior : beau vieillard souvent chauve, organisé, maniaque, jeux de société.Le sujet passe de Calcarea carbonica à Magnesia C, Kali C, Natrum C, Ammonium Carb (créatinine, urée, acide urique) puis Baryta carb.Complémentairees : Aurum et Sulfur.
LE TYPE PHOSPHORIQUE
Le type phosphorique est mince, élancé, longiligne, grand, à l’esprit vif et romantique.
Personnages historiques : Louis XIII, Molière, Mozart, l’Aiglon, Chopin, Musset, la Dame aux Camélias, les victimes de la tuberculose.
Nourrisson : mince, thorax allongé, vorace mais vomit, retard de dentition.
Adolescent :scoliose, cyphose, vite fatigué, élève doué, anémie, nerveux, sombre dans la dépression.
Adulte : appareil respiratoire et squelette, anémie, polyarthrite rhumatoïde, dépression.Comme chez le carbonique passe de Calcarea phos à Magbnesia, Kali, Natrum Ammonium, et Acide Phos.Complémentaires :Phosphorus (hémorragie, hépatite) Ferrum phos, Arsenicum.
LE TYPE FLUORIQUE
Le type fluorique est : dissymétrie, hyperlaxité, instabilité.
Personnages historiques : Louis XIV, Descartes,Kant, Freud, Sartre.
Propension à l’alcoolisme, au tabagisme et à la drogue.
Nourrisson : déformations osseuses, voûte palatine ogivale, dents déformées, mal plantées, agitation nocturne, peu affectueux, affreux jojo.
Adolescent : construit de travers, thorax étroit, cyphose, scoliose, dyslexie mais content de lui, rhinopharyngites, angines.bec de lièvre, fente palatine, pied bot.
Adulte : visage écrasé, tordu (voir portraits du peintre Bacon), hyperlaxité, angle obtus avec le bras étendu.Mauvaise dentition, névrose phobique, mauvaises veines,maladie de Crohn.
Senior :mauvaise humeur, perte de mémoire, peur de la mort,des dopants.
Pathologie de la dégénérescence,varices, ulcères variqueux, rôle de Fluoric acidum.
LES TEMPÉRAMENTS
Comme nous l’avons dit, la constitution est fixe, le tempérament évolue selon la constitution , la pathologie et le vieillissement.
Les présocratiques avaient découvert les quatre éléments , mais c’est surtout Empédocle (Vème siècle Avant JC) qui précisa le rôle de chacun.Il se jeta dans l’Etna qui ne rejeta que sa sandale.
Par l’influence du Taoïsme fut ajouté par Galien, un autre élément cosmique : l’Ether, notamment la lune qui fut le cinquième élément , d’où la quintessence.
LE LYMPHATIQUE
Elément :l’eau
C’est l’anabolisme de l’enfance.La mer est l’origine de la vie, puis le liquide amniotique pour le fœtus et le tube digestif de l’enfant qui est un fleuve nourricier de la bouche à l’anus, transformant les aliments en nutriments d’où la fragilité et les diarrhées, les toxicoses, deshydratations, ainsi que l’atteinte du système lymphatique :amygdales, appendice, ganglions .
Ce stade est long chez le carbonique, plus court chez le phosphorique (développement et puberté plus précoce).
Le lymphatique carbonique est lent en gestes et en paroles, se répète, mais a de la mémoire et son travail est méticuleux.
Remèdes : Calcarea carbonica, Graphites, Thuya.
LE SANGUIN
Elément : l’air.
C’est le catabolisme aérobie, l’adolescent et le début de l’âge adulte.
Important développement musculaire, rôle de l’oxygène qui transforme les glucides.
Le type phosphorique domine, d’où le rôle de la saignée jadis à la cour et chez les chevaux.
Remèdes importants : Sulfur,Calcarea Ophosphorica, Pulsatilla,Arnica.
LE BILIEUX
Elément : le feu.
Catabolisme anaérobie.
Age adulte avancé : atteinte des émonctoires : foie,rein, lithiase,HTA,Arthrose,cataracte, surdité
Remèdes importants :Lycopodium,Arnica,Aurum, Nux vomica, Igniatia.
LE NERVEUX OU ATRABILAIRE
Elément : la terre
Dans la vieillesse :déficit musculaire, les ligaments apparaissent sous la peau,ongles cassants et rainures longitudinales.Peu d’activités physiques.
Au début activité intellectuelle, mais ensuite torpeur, anxiété, toutes les atteintes du système nerveux :Parkinson,maladies dégénératives.
Remèdes importants : Arsenicum album (anxiété, peur de la mort) Argentum Nitricum (instabilité, inquiétude, tremblements, ulcérations), Silicea.
Tous ces éléments se superposent, il faut trier pour en conserver l’essentiel.
Et voici Michel Diey distribuant le texte de la conférence de Jean-François Gallice.
Ce dernier répondit aux nombreuses questions de son auditoire et fut très applaudi pour son érudition et aussi..pour son humour ce qui ne gâte rien !
Merci à l'Association Culturelle Châtillonnaise de nous offrir des conférences de cette qualité !
(Des commentaires sur le thème de l'article seraient les bienvenus, ils me montreraient que ce blog vous intéresse et ils me donneraient envie de continuer à l'alimenter .
Merci.)
1 commentaire
-
Par Christaldesaintmarc dans - L'Association Culturelle Châtillonnaise, saison 2010-2011 le 27 Janvier 2011 à 06:30
Une passionnante conférence sur "la Marquise de Sévigné, témoin de son temps " par l'historien Robert Fries, nous a été proposée par l'Association Culturelle Châtillonnaise lundi 24 Janvier.
Monsieur Robert Fries a eu l'extrême gentillesse de m'envoyer le texte intégral de sa conférence, je le mettrai en lien cliquable à la fin de l'article.
J'ai extrait de son texte quelques passages significatifs (en bleu), que j'illustrerai de quelques gravures, comme il l'a fait lui même pour son auditoire.
Le texte entier de la conférence est bien plus riche et fourmille de détails sur la divine Marquise de Sévigné, ne manquez pas de le lire..
Marie de Rabutin Chantal est née le 5 février 1626, place Royale à Paris. Par son père, Celse de Rabutin Chantal, elle appartient à une famille ancienne et réputée de Bourgogne.
(La place Royale, actuellement Place des Vosges)
Ses ancêtres se sont distingués par leur hardiesse au combat et leur esprit en société.
Sa grand-mère paternelle Jeanne Frémyot, baronne de Chantal, sera canonisée au XVIIIème siècle, comme fondatrice des Visitandines.

Son grand-père était Celse Bénigne de Rabutin, un bretteur ..

C’est sa correspondance qui a immortalisé la Marquise de Sévigné.
Celle-ci, telle que nous la connaissons aujourd’hui, comporte 1120 lettres écrites entre 1648 et 1796, année de sa mort. Donc presque un demi-siècle couvrant les quelque 64 années du règne personnel de Louis XIV.
De ces 1120 lettres 764 sont adressées à sa fille Mme de Grignan pour qui elle avait une passion, 126 à son cousin Bussy-Rabutin avec lequel elle entretenait une relation d’amitié amoureuse et 220 destinées à 29 autres destinataires appartenant tous à la société lettrée de Paris.

Durant la conférence de Monsieur Fries, Madame Fries, son épouse nous lut plusieurs lettres de la Marquise de Sévigné
La lettre que je vais reproduire est celle qui annonce le futur mariage du Duc de Lauzun et de la Grande Mademoiselle (qui n'eut finalement pas lieu, Louis XIV ayant eu peur que la fortune immense de sa cousine aille au Duc de Lauzin).
Monsieur Fries, malicieusement, nous montre une Madame de Sévigné en avance sur son temps..cette lettre ne déparerait pas nos journaux "people" d'aujourd'hui !!
Je m'en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus secrète jusqu'aujourd'hui, la plus brillante, la plus digne d'envie : enfin une chose dont on ne trouve qu'un exemple dans nos siècles passés, encore cet exemple n'est - il pas juste ; une chose que l'on ne peut pas croire à Paris (comment la pourrait-on croire à Lyon ?) ; une chose qui fait crier miséricorde à tout le monde ; une chose qui comble de joie Madame de Rohan et Madame d'Hauterive ; une chose enfin qui se fera dimanche, où ceux qui la verront croiront avoir la berlue ; une chose qui se fera dimanche, et qui ne sera peut-être pas faite lundi. Je ne puis me résoudre à la dire ; devinez-la :je vous le donne en trois. Jetez-vous votre langue aux chiens ? Eh bien ! il faut donc vous la dire : M. de Lauzun épouse dimanche au Louvre, devinez qui, je vous le donne en quatre, je vous le donne en dix, je vous le donne en cent. Mme de Coulanges dit : " Voilà qui est bien difficile à deviner ; c'est Mme de la Vallière. - Point du tout, Madame. - C'est donc Mlle de Retz ? - Point du tout, vous êtes bien provinciale.- Vraiment, nous sommes bien bêtes, dites-vous, c'est Mlle Colbert. - Encore moins. - C'est assurément Mlle de Créquy. - Vous n'y êtes pas. Il faut donc à la fin vous le dire : il épouse, dimanche, au Louvre, avec la permission du Roi, Mademoiselle de…, Mademoiselle…, devinez le nom : il épouse Mademoiselle, ma foi ! par ma foi ! ma foi jurée ! Mademoiselle , la grande mademoiselle ; Mademoiselle, fille de feu Monsieur ; petite-fille d'Henri IV ; Mlle Eu, Mlle de Dombes, Mlle de Montpensier, Mlle d'Orléans, mademoiselle, cousine germaine du Roi ; Mademoiselle, destinée au trône ; Mademoiselle, le seul parti de France qui fût digne de Monsieur ."
Voilà un beau sujet de discourir. Si vous criez, si vous êtes hors de vous-même, si vous dites que nous avons menti, que cela est faux, qu'on se moque de vous, que voilà une belle raillerie, que cela est bien fade à imaginer ; si enfin vous nous dites des injures : nous trouverons que vous avez raison ; nous en avons fait autant que vous.
Adieu : les lettres qui sont portées par cet ordinaire vous feront voir si nous disons vrai ou non.

(La Grande Mademoiselle)

(Le Duc de Lauzun)
L'Enfance et la vie de famille
La jeune Marie de Rabutin-Chantal a reçu une éducation soignée. Elle sait l’Espagnol, l’Italien – très bien semble-t-il – et un peu le latin qui sert de sésame pour entrer dans la monde des lettrés . Cette éducation s’est faite à la maison. La conversation, à table ou au salon, a dû jouer un grand rôle, les Coulanges étant gens cultivés, accueillant les meilleurs esprits de Paris.
Bien qu’orpheline à 7 ans, Marie de Rabutin-Chantal eût une enfance heureuse, entourée de l’affection de ses grands-parents puis de son oncle et de sa tante. Mère puis grand-mère, elle entoura ses enfants – surtout sa fille – et ses petits enfants, notamment sa petite fille Pauline, future comtesse de Simiane, d’un amour envahissant.
En 1644, Marie a 18 ans ; un jeune homme de bonne famille, un peu plus âgé se présente. Le baron Henri de Sévigné. Il ne manque pas de charme ; du reste le cousin Roger Bussy Rabutin est un de ses amis. Il dispose d’une belle propriété près de Vitré : le château des Rochers. Mais c’est un noceur – il connait bien Ninon de Lenclos
(le château des Rochers)
Madame de Sévigné , en sept ans de mariage (son mari mourut lorqu'elle avait 25 ans..) eut deux enfants :
Françoise de Sévigné , comtesse de Grignan à qui elle voua une véritable passion..

Et Charles de Sévigné qui n'eut pas de postérité et qui finit en dévot janséniste..

La Viduité ou état de veuve
Pour les dames de milieux aisés, la perte du conjoint est un événement public. Il leur faut verser beaucoup de larmes parfois de crocodile. Pour l’Eglise, le remariage est un pis-aller, valable surtout pour les femmes jeunes. Le mieux est de se retirer dans un couvent et de consacrer sa vie au Seigneur. Elles doivent faire la guerre à leur corps, « le réduire en servitude ». Mais les réalités sont là : 14% seulement des veuves ne se remarient pas. Pour certaines, c’est une aubaine ; tel est le cas de la fille de Bussy, Mme de Coligny. Enfin, elles ne sont plus sous la tutelle de quiconque. La veuve, après une année de « viduité » est légalement libre, sous réserve d’être majeure, c'est-à-dire d’avoir 25 ans. . Tel est le cas de notre marquise qui se garde bien de ne pas retomber dans les fers du mariage, d’autant que l’abstinence ne semble pas lui poser de problèmes particuliers.
La Marquise de Sévigné vécut à l'Hôtel Carnavalet, Aux Rochers et à Grignan..
(Hôtel Carnavalet)
(le château de Grignan)
Une passion pour sa fille
Nombre de femmes du XVIIème siècle qui ont laissé un nom ont eu une vie agitée et des amours tumultueuses. Après des années de passion, elles se sont tournées vers le Créateur. (Mlle de La Vallière (1644-1710, Françoise Athénaïs de Rochechouart, marquise de Montespan (1641-1707), Anne Geneviève de Longueville, (1619-1679))
Madame de Sévigné n’échappe pas à la règle. Mais chez elle c’est la passion qu’elle éprouve pour sa fille qui risque toujours de surpasser l’amour total que, selon ses confesseurs jansénistes, elle doit à Dieu. Cette passion revêt des formes qui évoluent:
- D'abord sans doute une certaine indifférence: les jeunes époux sont pris par la vie mondaine. La mère n'a pas pour sa fille les tendres émerveillements qu'elle éprouvera plus tard pour sa petite fille
- Ensuite, pour Françoise de Sévigné, ce sont les années de couvent ; la marquise les regrettera. Quand la jeune Françoise devient une personne qui lit et avec qui l'échange peut se faire; l'attachement prend forme.
- D'autant que Françoise est la plus jolie fille de France. Mais est-elle aussi séduisante que sa mère? Sans doute non et la fille sent son infériorité vis à vis de la brillante marquise.
- Puis vient le mariage de Françoise. La jeune épouse s'entend bien avec son mari. La marquise est jalouse et se montre plus exigeante en matière de signes d'affection. Après quelque vingt ans de relations souvent difficiles, la marquise se rend compte que son comportement inhibe sa fille et qu'en demandant moins, elle recevra plus. « Je me suis corrigée de cette sotte vivacité ». Mme de Grignan a besoin d'être rassurée. La conversion au jansénisme joue son rôle. « Je demande pardon à Dieu de tant de faiblesses. C'est pour lui qu'il faudrait être ainsi. « La profonde conviction que tout est entre les mains de la Providence, à défaut d'aboutir à un détachement total, introduit du moins entre Mme de Sévigné et les mouvements de son cœur une sorte de distance critique qui, par souci de perfection en freine les élans et en modère les excès ». Mme de Grignan apparaît comme la femme forte des Ecritures; elle applique la troisième maxime de Descartes: « Vous tâcherez de ne pas mettre votre félicité à ce qui ne dépend pas de vous ».
Le Temps de Madame de Sévigné
Le siècle des Saints ou la contre-réforme victorieuse.
Des personnalités exceptionnelles se consacrent à la vie religieuse : c’est le siècle des Saints (Vincent de Paul, François de Sales, François Xavier, Jeanne de Chantal, Charles Borromée, Louise de Marillac Jean-Eudes. La religion imprègne la vie de tous les jours ; elle n’est que l’antichambre de la vie éternelle.

(Saint François de Sales)
Le siècle de fer:les hommes sont à la guerre
Au XVIIème siècle, la guerre est pratiquement constante en Europe. Seules les années 1669 et 1670 font exception à la règle ; durant ces deux années, il n’y a aucun conflit armé entre deux Etats européens. En moyenne, les Etats européens connaissent la guerre deux années sur trois. Durant les 70 années de son existence, la marquise a connu son pays en guerre pendant 43 ans.
Trois conséquences:
- Les maris partis servir le roi, leurs épouses doivent gérer les affaires et notamment les propriétés. Les femmes accèdent ainsi à une compétence et acquièrent un pouvoir économique important.
- La guerre est un jeu dangereux; beaucoup y meurent. On estime que 25% des hommes en âge de porter les armes meurent à la guerre. Autant de veuves qui accèdent à l'indépendance ou qui se remarient dans des conditions où leur choix peut mieux se manifester.
- Les guerres coûtent cher. Il faut lever des impôts ; les contribuables – en fait les classes les plus pauvres – renâclent et se révoltent.

Le progrès scientifique
Le XVIIème siècle a vu naître la science moderne.
- Galilée (1564-1662) ouvre la voie en donnant la première expression mathématique de la loi de la chute des corps et des oscillations du pendule. Les mathématiques deviennent indissociables de la physique
- Au plan de la méthode, Descartes (1596-1650), sur les pas de Francis Bacon (1561-1626), fait table rase des théories du passé. Je ne recevrai « jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle ». Je diviserai « chacune des difficultés que j’examine en autant de parcelles qu’il se pourrait et qu’il serait requis pour les mieux résoudre »
- On commence à multiplier les expériences et à observer la réalité. C’est la science expérimentale. On découvre l’anatomie. Pensons au tableau de Rembrandt. Harvey découvre la circulation du sang. Des instruments permettent d’avoir accès au très petit : le microscope fait son apparition dans le cabinet du biologiste à la suite d’Antoni van Leeuwenhoek (1632-1723). Cela permet deux découvertes capitales pour la compréhension de la reproduction : les ovules et les spermatozoïdes. Il faut attendre les années 1880 pour que l’on comprenne qu’ovules et spermatozoïdes doivent se rencontrer.
L'image des femmes
Les femmes sont la victime d'une mauvaise image qui résulte des affirmations et prescriptions de la Bible, de connaissances scientifiques encore balbutiantes et d'une tradition patriarcale. Mais la situation évolue.
- Dans la Bible, on trouve deux visions des femmes : une vision égalitaire où la femme ne se distingue pas de l’homme et parfois joue un rôle particulier, mais aussi une vision négative fondée sur le péché originel et une infériorité répétée. C’est cette image qui prévaut chez nombre de clercs au XVIIème siècle qui souhaitent maintenir les femmes dans une situation de soumission et d’ignorance. Dans la famille, il appartient au père de diffuser la bonne parole ; mais les hommes ont la fâcheuse tendance à démissionner de leur mission pédagogique. Alors, il faut se retourner vers les femmes pour qu’elles assurent dans leur famille le relais du prêtre. Elles sont portées à la religion et facilement respectueuse des règles. Saint Augustin l’avait observé en parlant du « sexe dévot ». Encore faut-il qu’elles soient formées. François de Sales l’a bien compris en encourageant Jeanne de Chantal à créer l’ordre des Visitandines. On s’aperçoit alors que l’Eglise, en voulant étendre son magistère sur la famille, donne aux femmes accès aux Ecritures et ainsi à une réflexion individuelle. La porte était ouverte pour une émancipation de la pensée.
- L’anatomie et encore plus la physiologie féminines sont encore entourées de mystères. Mais l’obstétrique devient un sujet scientifique : les matrones, leurs habitudes ancestrales et leurs « superstitieuses maximes » cèdent lentement le pas à des accoucheurs, certes encore très ignorants, mais qui observent, qui écrivent des traités, qui échangent des expériences. L’obstétrique est en marche.
- Le droit, en fait le droit romain, qui inspire les juristes du sud du royaume, et les coutumes du nord, un peu plus libérales font de la femme un sujet sous tutelle. Jeune fille, elle se trouve sous l’autorité parentale, épouse, sous celle de son mari ; seule la veuve dispose d’une certaine liberté, en matière de gestion de ses biens notamment.
Mais, les femmes ont en France et à Paris particulièrement des espaces de liberté, notamment des lieux où elles peuvent rencontrer des hommes « honnêtement » : les ruelles et les salons. La science traditionnelle de lettrés, fondée sur des écrits latins voire grecs, s’y trouve dévaluée au profit d'une culture plus accessible à ceux qui n'ont pas reçu cette formation classique donnée dans les collèges, les femmes et les « cavaliers » en particulier. Pour le maître à penser, c’est un public nouveau, souvent proche du pouvoir, qu’il faut séduire sans offusquer – être galant – qu’il faut instruire sans ennuyer – en honnête homme - .

(Madame de Rambouillet, dans le salon de laquelle se rendait la Marquise de Sévigné)
L'Education des filles
Mme de Sévigné plaça sa fille chez les visitandines en 1656. C’était alors une nouveauté pour une congrégation d’accepter des pensionnaires qui ne se destinaient pas à la vie religieuse. A la différence des collèges de garçons, l’enseignement n’était pas organisé en classes de même niveau. On se bornait à enseigner à lire, écrire, compter, manier l’aiguille, devenir une bonne chrétienne et une bonne mère de famille. Port Royal et plus tard Saint-Cyr ne faisaient pas exception ; l’objectif était de préparer des jeunes filles à leur vie de chrétiennes – ce qui impliquait la capacité à diffuser un message chrétien - , parfaitement maîtresses d’elles-mêmes et prêtes à s’adapter aux rapports sociaux – d’où l’enseignement des arts d’agrément, dans chant musique - et à la vie conjugale.
Les conseils d'une grand-mère
Vingt ans plus tard, le même problème se pose pour l’ainée des petites filles de la marquise que sa mère, avant un long séjour à Paris, décide de confier aux visitandines d’Aix. Mme de Sévigné trouve alors barbare de se séparer d’une enfant de 5 ans. En 1688, Mme de Grignan est déçue par le niveau de sa plus jeune fille Pauline qui a 13 ans, après un séjour de plusieurs années aux bernardines d’Aubenas. Elle se propose de la mettre aux visitandines. Mme de Sévigné l’en dissuade : « Ne croyez pas que qu’un couvent puisse redresser une éducation ni sur le sujet de la religion, que nos sœurs ne savent guère, ni sur les autres choses ». C’est une critique de l’enseignement donné dans les couvents : comment des religieuses retirées du monde pourraient-elles préparer des jeunes filles à une vie qu’elles ne connaissent pas et enseigner des matières qu’elles n’ont jamais apprises ? Et la marquise de proposer la solution : « Vous ferez bien mieux à Grignan, quand vous aurez le temps de vous appliquer. … Vous causerez avec elle. … Je suis persuadé que cela vaut mieux qu’un couvent». La grand-mère revient souvent sur ce point : « Entreprenez donc de lui parler raison et sans colère, sans la gronder, sans l’humilier, car cela révolte » ; « L’envie de vous plaire fera plus que toutes les gronderies ». En plus de la conversation, la lecture est indispensable, « Vous lui ferez lire de bons livres, l’Abbadie même puisqu’elle a de l’esprit ».
Une fin édifiante
La marquise meurt à Grignan, dans la spiritualité de Port Royal. 5 jours avant de rendre l'âme elle demande les derniers sacrements. Elle s'est totalement « convertie », c'est à dire tournée vers Dieu à l'exclusion de tous les attachements humains. Parlant d'un ami de Port Royal, mort en 1688: « c'est une chose délicieuse que de voir une mort où il n'est uniquement question que de Dieu, où les affaires temporelles et même les remèdes et l'espérance de guérir n'ont point de part ».
Et voici la conclusion de Robert Fries au sujet de cette femme en avance sur son temps: la Marquise de Sévigné:
La chance d’être femme
Si l’on s’en tient aux commentaires des Précieuses dont les valeurs ne sont pas si éloignées des nôtres et pour lesquelles Molière n’a pas été tendre, l’asservissement social et sexuel des femmes au XVIIème siècle est incompatible avec le bonheur. Pour Mlle de Scudéry, « On se marie pour haïr. C’est pour cela qu’il ne faut jamais qu’un véritable amant parle de mariage, parce qu’être amant c’est vouloir être aimé, et vouloir être mari, c’est vouloir être haï ». L’abbé de Pure met dans la bouche d’un de ses personnages : « Je fus une innocente victime sacrifiée à des motifs inconnus et à des obscurs intérêts de maison, mais sacrifiée comme l’esclave, liée, garrotée, … On m’enterre, ou plutôt on m’ensevelit toute vive dans le lit du fils d’Evandre ». Quant à la maternité, cette « hydropisie amoureuse », les Précieuses pour l’éviter, ont proposé que le mariage fût rompu d’office à la naissance du premier enfant, celui-ci étant laissé à la garde du père qui donnerait à la mère une prime en espèce.
Peut-on alors parler de « la chance d’être femme » ? Mme de Sévigné a eu la chance d’être riche, instruite, séduisante, d’appartenir à l’élite sociale et intellectuelle et de se trouver veuve, donc libre à vingt-cinq ans.
Madame de Sévigné a eu bien de la chance.

Voici maintenant le texte intégral de la conférence de Robert Fries , à ne pas manquer, cliquez sur le lien.
Madame de Sévigné, témoin de son temps.Une conférence de Robert Fries.
(Des commentaires sur le thème de l'article seraient les bienvenus, ils me montreraient que ce blog vous intéresse et ils me donneraient envie de continuer à l'alimenter .
Merci.)
2 commentaires
-
Par Christaldesaintmarc dans - L'Association Culturelle Châtillonnaise, saison 2010-2011 le 4 Février 2011 à 06:30
(statue de Saint Bernard, située au dessus des Cloîtres des Feuillants à Châtillon sur Seine.
Le couvent des " Feuillants" a été construit sur les ruines de la maison de Saint Bernard qui avait brûlé.)
François Poillotte a présenté une passionnante conférence lundi 31 janvier 2011, dans le cadre de l'Association Culturelle Châtillonnaise, intitulée
"Saint Bernard et ses compagnons de destinée"
Je vais rendre compte, succinctement, de cette conférence qui a passionné un très grand public...
Monsieur Poillotte a eu l'extrême gentillesse de m'adresser le texte entier de sa conférence, vous pourrez le lire en cliquant sur le lien que je mettrai en fin d'article.
Merci à lui !
Le jour de sa conférence, Monsieur Poillotte a été obligé de résumer son texte pour que sa lecture ne dure que deux heures..le texte plus approfondi que vous pourrez lire aurait duré..très , très longtemps ..C'est dire si les recherches du conférencier ont été extrêmement poussées !
Voici ce qu'il nous dit dans la présentation de son exposé:
Combien étaient-ils en ce printemps 1113 à quitter Châtillon pour rejoindre Citeaux ? Plus de 30 nous disent les sources. Si nous ignorons encore aujourd’hui l’identité de la majorité d’entre eux, celle d’un petit nombre nous a été révélée.
Le chef de file de ces jeunes aristocrates, en route pour leur entrée en religion, n’était pour l’heure que Bernard de Fontaine.
Par son seul charisme, il allait contribuer au développement extraordinaire du nouvel ordre monastique né quinze ans plus tôt.
Si sa vie a été mise en lumière par ses biographes qui furent ses contemporains, celle de ses compagnons d’origine est plus obscure.
Un petit rappel de la Biographie de Saint Bernard:
Né en 1090 ou 1091 à Fontaine près de Dijon, dans une famille noble de Bourgogne, Bernard est le troisième des sept enfants de Tescelin le Roux (le Saur) et d'Alette ou Aleth de Montbard, une femme de haute vertu. Son père, Tescelin, est un membre de la famille des seigneurs de Châtillon-sur-Seine. Modeste chevalier, il est au service du duc de Bourgogne et a cherché à faire un riche mariage. Il gère des terres autour de Montbard, d'Alise-Sainte-Reine, dans la vallée de la Laignes ou au confluent de l'Aube et de l'Aujon en plus de sa seigneurerie de Fontaine.
(Maison natale de Bernard de Fontaine)
Aleth et Tescelin ont eu 7 enfants :Guy, Gérard, Bernard, Hombeline, André , Barthélémy et Nivard.
À l'âge de neuf ans, Bernard est envoyé à l'école canoniale des Chanoines de Saint Vorles à Châtillon-sur-Seine.
(l'église Saint Vorles à Châtillon sur Seine)À l'âge de seize ou dix-sept ans, il perd sa mère et en est très vivement affecté. Il semble ensuite très vite vouloir entrer dans les ordres.
En 1112, il entre à l'abbaye de Cîteaux .

(Abbaye de Citeaux , photo netbourgogne.com)
L'abbaye de Citeaux a été fondée en 1098 par Robert de Molesme, et Étienne Harding en est l'abbé depuis janvier 1108. Les fondateurs se sont détachés de l'ordre de Cluny, alors en pleine gloire, pour vivre intégralement la règle de saint Benoît. Ils souhaitent répondre à un idéal plus rigoureux : retour à la simplicité dans la vie quotidienne, dans le culte et dans l'art ; rupture avec le monde, pauvreté, silence, travail manuel, tels seront les éléments principaux de la création cistercienne. Cela correspond aux souhaits de Bernard qui veut retourner à l'ascèse monastique la plus rude.
Mais Bernard, et c'est là que commence la conférence de François Poillotte, n'est pas arrivé seul !
En effet il a persuadé ses frères de devenir également moines, et sa soeur deviendra supérieure d'un couvent dans l'Yonne actuelle
Les frères de Saint Bernard :
-Guy, d'abord réticent, puisque marié, se fit moine après que son épouse lui en donna la permission.Il mourut à l'Abbaye fille de Clairvaux :Pontigny
(Abbaye de Pontigny)
-Gérard , percé au flanc à la bataille de Grancey, se fait également moine à Citeaux
-André qui voulait être chevalier, fera son noviciat à Citeaux avant de devenir portier à Fontenay. ( le portier d'une Abbaye joue un très grand rôle)
-Barthelemy qui au début était damoiseau, entrera à Citeaux puis plus tard deviendra Abbé de la Ferté
-Nivard entrera à Citeaux, puis se rendra à Clairvaux.Il fondera l' Abbaye de Vaucelles, au sud de Cambrai
Quant à sa soeur Hombeline , elle deviendra Supérieure au Prieuré de Jully-les Nonnains, pas très loin de Laignes..

(Hombeline, image tirée du site du Diocèse de Sens)
La fondation de Clairvaux:
En 1115, Étienne Harding envoie le jeune Bernard de Fontaine à la tête d'un groupe de moines pour fonder une nouvelle maison cistercienne dans une clairière isolée à une quinzaine de kilomètres de Bar-sur-Aube, le Val d'Absinthe, sur une terre donnée par le comte Hugues de Champagne. La fondation est appelée « claire vallée » (clara vallis), qui devient ensuite « Clairvaux ». Bernard est élu abbé de cette nouvelle abbaye, et confirmé à Châlons-en-Champagne par Guillaume de Champeaux, évêque de Châlons-en-Champagne et célèbre théologien. Il demeure abbé de Clairvaux jusqu'à sa mort en 1153.
(Abbaye de Clairvaux, devenue prison)
Mais Bernard n'a pas entraîné que ses frères et soeur dans le Noviciat !
Il a également persuadé son père, ses oncles, cousins et amis de se faire moines !
Ses oncles :
-Gaudry entrera à l'Abbaye de Molesme
(Abbaye de Molesme)
-Milon de Montbard sera frère Convers à Citeaux
Ses cousins :
-Robert de Châtillon entrera à Citeaux, puis fondera l'Abbaye de Noirlac, dans le Berry.
(cloître de l'Abbaye de Noirlac)
-Geoffroy de la Roche-Vanneau fut le créateur de l'Abbaye de Fontenay.Sa soeur Agnès fut la première Abbesse de l'Abbaye du Puits d'Orbe en Châtillonnais (Verdonnet).geoffroy deviendra évêque de Langres en 1138, puis reviendra à clairvaux où il mourut dans la cellule de Saint Bernard.
(Abbaye de Fontenay)
Ses amis :
-Hugues de Macon sera le premier Abbé de l'Abbaye de Pontigny.
-Arnold de Cologne fonda l'Abbaye de Morimond en Haute Marne
(Abbaye de Morimond)
-Geoffroy d'Aignay entrera à Citeaux , sera ensuite chantre à Clairvaux.C'est un des concepteurs de l'Abbaye de Fontenay.
-Artaud fondera l'Abbaye de Preuilly
(ce qui reste de l'Abbaye de Preuilly)
-Gaudry de Touillon
-Hugues, dit le pauvre
(nous ne connaissons pas grand chose de la vie de ces deux derniers compagnons de Bernard de Clairvaux)
Clairvaux donnera naissance à soixante huit abbayes nouvelles. En 1119, Bernard fait partie du chapitre général des cisterciens convoqué par Étienne Harding, qui donne sa forme définitive à l'ordre. La « Charte de charité » qui y est rédigée est confirmée peu après par Calixte II. En 1132, il fait accepter par le pape l'indépendance de Clairvaux vis-à-vis de Cluny.
Bernard participera au Concile de Troyes qui officialisera le rôle des moines-soldats et donc permettra l'essor de l'ordre du Temple...et la naissance de l'idée même des croisades.
(Reconnaissance de l'ordre du Temple par le pape Honorius II au concile de Troyes - Peinture de Marius Granet XIXè - l'artiste ne s'est pas embarrassé avec la vérité historique puisque le pape n'assistait pas à ce concile où il était représenté par son légat, le cardinal Mathieu d'Albano).
Bernard prêchera la Croisade à Vezelay, s'impliquera beaucoup dans la vie de l'Eglise de son temps, mais ceci est une autre histoire..(voir le chapitre que je lui ai consacré)

(Bernard de Clairvaux prêchant la deuxième croisade à Vezelay)
Plusieurs livres ont été rédigés après la mort de de Bernard de Clairvaux, en vue de sa canonisation.
Le premier le fut par Geoffroy d'Auxerre et Guillaume de Saint Thierry, mais ne fut pas accepté par le Pape.Une deuxième biographie sera écrite par Arnaud de Bonneval , une autre par Alain de Flandres.
Le Pape canonisera Bernard de Clairvaux en 1174, il deviendra alors Saint Bernard.

Pour terminer , une très belle miniature transmise par François Poillotte, avec son commentaire :
L'entrée de saint Bernard et de ses compagnons à Citeaux. Miniature extraite du Miroir Historial de Vincent de Beauvais (XVème siècle) Chantilly - Musée Condé.
Cette miniature représente saint Bernard auréolé. Il semblerait que les quatre autres moines soit ses frères, Guy, Gérard, André et Barthelemy. L'autre personnage en cours de vêture serait Nivard. La scène se déroule sous le regard de Tescelin, leur père.
A droite, il pourrait s'agir d'Hombeline entrant en religion en présence d'Aleth, sa mère.
L'artiste a pris une certaine liberté avec la chronologie historique puisqu'Aleth était décédée depuis près de 20 ans au moment de l'entrée de sa fille à Jully-les-Nonnains.Voici donc le lien sur lequel vous cliquerez pour lire l'intégralité de la magnifique conférence de Monsieur Poillotte:
Saint Bernard et ses compagnons de destinée.Une conférence de François Poillotte
(Une précision de François Poillotte: si elle vous intéresse , ce dont je ne doute pas, vous pouvez télécharger cette conférence pour votre usage personnel)
(Des commentaires sur le thème de l'article seraient les bienvenus, ils me montreraient que ce blog vous intéresse et ils me donneraient envie de continuer à l'alimenter .
Merci.)
1 commentaire
-
Par Christaldesaintmarc dans - L'Association Culturelle Châtillonnaise, saison 2010-2011 le 11 Février 2011 à 06:30
Madame Marie-Geneviève Poillotte nous a présenté , le 7 Février 2011, une très belle conférence sur "les orchidées sauvages du futur parc National entre Champagne et Bourgogne" , dans le cadre des conférences proposées par l'Association Culturelle Châtillonnaise.

Cette conférence fut superbement illustrée par les photos de son époux François Poillotte.
Madame Poillotte nous présenta tout d'abord l'espèce "orchidée" , orchidée que nous connaissons tous , que nous pouvons acheter chez les fleuristes.
Ces orchidées sont originaires des pays chauds, ce sont souvent des lianes.
Mais celles qui nous intéressent, ce sont les nôtres, celles, plus modestes, mais tellement belles, qui peuplent nos massifs forestiers châtillonnais.

Voici les différentes parties d'une fleur d'orchidée:
Morphologie d'une fleur d'épipactis de Müller, marais du Cônois
Les orchidées de notre Châtillonnais sont des orchidées dressées. Leurs organes souterrains sont
- soit des tubercules (en fait des racines tubérisées gorgées d'éléments nutritifs) souvent au nombre de deux de forme ovoïde;
- soit des rhizomes ou tiges souterraines charnues (présence de réserves);
- soit des pseudobulbes fréquents chez les espèces tropicales."
La reproduction des orchidées demande souvent un agent extérieur (mais certaines sont autogames).Cet agent de pollinisation peut être:-le vent
-les insectes que l'orchidée attire par ses couleurs,son parfum, son nectar sucré.Parfois la fleur d'orchidée est un "leurre" pour l'insecte qui croit retrouver son partenaire !
les graines sont très fines, elles sortent des capsules et le vent les disperse. Elles sont sans nourriture, composées d'un embryon enfermé dans une sorte de grillage. Comme elles manquent de nourriture elles se feront aider par un champignon microscopique qui leur apportera les éléments nécessaires à leur germination.
Certaines orchidées sont sans chlorophylle... l'orchidée sera dite mycorhizée

L'épipactis des marais est inféodé aux marais humides.Dans le Châtillonnais , on la trouve surtout dans les marais en pente.Ici la pollinisation par une mouche.
Les pigments qui composent les couleurs des orchidées dépendent du sol et de la lumière: leurs tons sont violets, roses, pourpres.Les feuilles sont vertes ou tachetées.
Voici la plus belle de nos orchidées châtillonnaises: le sabot de Vénus :
Le sabot de Vénus est sans conteste l'orchidée emblématique de la Montagne Châtillonnaise qui en compte plus d'une trentaine de stations.
L'ophrys litigieux affectionne particulièrement les marnes calcaires de la cuesta Châtillonnaise.C'est l'une de nos orchidées les plus précoces.La floraison intervient dès la mi-mars.
Les formes des fleurs sont belles et souvent très originales, une espèce est appelée "l'homme pendu", une autre "militaire", celle-ci ne ressemble-t-elle pas à un petit bonhomme ?
L'ophrys mouche: si la plante peut atteindre 40cm de hauteur, ses fleurs sont de très petite taille, de 1 à 5 cm.
Certaines orchidées fleurissent par le bas, d'autres par le haut.
Une trentaine d'espèces d'orchidées poussent dans notre Châtillonnais, elles étaient déjà connues des moines qui les cultivaient.
Grâce aux très belles photos que m'a envoyées madame et monsieur Poillotte, annotées par eux (en bleu), et aux notes que j'ai pu prendre, j'espère avoir rendu un peu compte de cette conférence passionnante.
Des dizaines de photographies d'orchidées ont été projetées, toutes plus belles les unes que les autres, vous les retrouverez dans un livre des époux Poillotte, qui va être édité bientôt.
Un ouvrage dont je vous signalerai la parution.
Un ouvrage que tout amoureux des beautés du Châtillonnais devra posséder dans sa bibliothèque !
Un représentant de la Direction du futur parc National "entre Champagne et Bourgogne" s'est montré extrêmement intéressé par cette conférence, comme d'ailleurs tous les auditeurs présents.
Je signale que la Maison de la Forêt de Leuglay va proposer, au printemps, une "sortie-orchidées", je vous redirai les dates.
C'est à une de ces sorties que j'ai participé l'an dernier (voir l'article dans le chapitre "faune et flore dans le Châtillonnais"), avec Sylvain Boulangeot qui connaît parfaitement la forêt de Châtillon et ses merveilles.
Je vous encourage à participer à ces sorties, si vous avez aimé la conférence de Madame et Monsieur Poillotte.
Il vaut mieux aller voir les orchidées avec un guide, car ces espèces sont souvent protégées, il ne faut pas piétiner les jeunes pousses.
Soyons donc très prudents et attentifs durant nos promenades !
(Des commentaires sur le thème de l'article seraient les bienvenus, ils me montreraient que ce blog vous intéresse et ils me donneraient envie de continuer à l'alimenter .
Merci.)
1 commentaire
Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique



















































