• "La bataille de Reichshoffen", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Notule d’histoire :

    La bataille de Reichshoffen, le 6 août 1870

    En mai 1870, Emile Ollivier, chef du gouvernement de Napoléon III, déclara, en parlant de l’empereur: "Nous lui ferons une vieillesse heureuse".                               

    Malheureusement, l’année 1870 allait devenir, pour la France, l’année terrible.

    Le 19 juillet, suite à des tensions à propos de la succession d’Espagne et à la dépêche d’Ems, la guerre fut déclarée par la France à la Prusse.

    Bien que pacifique de nature, Napoléon III fut entrainé par l’opinion publique et le Parlement, en dépit des efforts désespérés de Thiers et Gambetta, vota l’entrée en guerre.

    Le ministre de la guerre, Edmond Le Bœuf, déclarait : "Nous sommes prêts et archi-prêts, la guerre dût-elle durer deux ans, il ne manquerait pas un bouton de guêtre à nos soldats".

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    Mais peu de personnes se rendait compte que l’armée française était mal préparée à cette guerre.

    Les troupes françaises étaient moins nombreuses,300 000 contre 500 000, car la Prusse s’était alliée avec d’autres états allemands ; d’autre part, la France n’avait pas de stratégie militaire concertée ; et enfin, la Prusse avait un matériel militaire ayant bénéficié des innovations techniques concernant le feu, permettant un tir plus rapide, face au déclin des charges de cavalerie française ; sans compter que la France n’avait aucun allié en Europe.

    Ainsi, la Prusse avec ses alliés dominait numériquement, techniquement et stratégiquement.

    Les armées allemandes franchirent la frontière française entre le Rhin et le Luxembourg et les armées françaises vont être défaites à plusieurs reprises, début août, sur le front de l’Est.

    C’est Patrice de Mac-Mahon, nommé maréchal par Napoléon III, gouverneur de l’Algérie, qui a pris, le premier juillet, le commandement du premier corps de l’armée du Rhin, mais c’était l’empereur qui en était le commandant en chef.

    Celui-ci, ne sachant rien des mouvements de l'armée prussienne, décida de tenter une reconnaissance offensive et chargea le maréchal Bazaine de l'exécuter.                                

    Le combat de Sarrebruck permit aux deux partis en présence de publier des communiqués triomphants : défense opiniâtre d'une quinzaine de jours pour les journaux allemands et offensive victorieuse pour le ministère Ollivier.

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    A Wissembourg, le 4 août, les français sont engagés par surprise par les allemands ; la cavalerie française ne remplit pas sa mission d’éclairage et de recherche de l’ennemi et tout le poids de la bataille reposa sur l’infanterie.                                                                                                            

    A l’issue de la bataille, Mac Mahon prend alors la décision de ramener les 1re et 2e divisions vers la position de Wœrth-Frœschwiller qui coupe les directions de Saverne et de Bitche, mais il ne dispose plus que de trois divisions et de 12 canons à opposer aux cinq corps d’armée (dix divisions d’infanterie) et aux 144 canons allemands du prince royal de Prusse, le Kronprinz.                                                        

    Le 6 août, à la bataille de Forbach, les français firent retraite, bien qu’il y eût environ 5000 morts, blessés ou disparus du côté allemand, contre environ 3000 du côté français.

    Mais cette bataille est assez méconnue, principalement parce que, le même jour, se déroule la bataille de Frœschwiller-Wœrth.                                                                                                              Cette bataille est plus connue sous le nom de bataille de Reichshoffen, célèbre pour une série de charges de cavalerie. 

    Après la défaite de Wissembourg, le maréchal Patrice de Mac Mahon fut mis à la tête d'un groupement rassemblant les 1er5e et 7e corps d'armée de l'armée du Rhin.

    Il décida de se battre sur la position de Frœschwiller, bien que ses forces fussent dispersées.

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     À l'aube du 6 août 1870, l'avant-garde du Ve corps prussien, la 20èmebrigade de Walter, en reconnaissance à Wœrth, tombe sur les avant-gardes françaises à l'ouest de Wœrth et engage le combat. Les bruits du combat amènent le IIe corps bavarois au nord et le XIe corps prussien au sud à lui porter assistance.                                                                                                               

    Jusqu'à midi, les combats restent indécis, mais le Kronprinz Frédéric Guillaume décida d’engager le combat et de porter l’ensemble de sa force contre celles de Mac Mahon.

    La première charge française eut lieu vers 13h30.

    Au sud, autour de Morsbronn-les-Bains, la 4e division du général de Lartigue était en danger d’être tournée par des unités d’infanterie prussiennes.

    Les 8e9e régiments de cuirassiers et deux escadrons du 6e régiment de lanciers de la brigade du général Michel furent désignés pour la dégager et se dirigèrent à vive allure vers Morsbronn.

    Le général Michel tenta une action de secours, haranguant ses troupes :

    Camarades, on a besoin de nous, nous allons charger l’ennemi ; montrons qui nous sommes et ce que nous savons faire, vive la France !  

    Le feu allemand repoussa les cuirassiers du 8e régiment de cuirassiers qui pénétraient dans Morsbronn par le nord, essuyant un feu nourri venant des maisons où les Prussiens s'étaient retranchés.

    Continuant leur charge, ils arrivèrent à la bifurcation de la rue principale du village.

    Les uns se dirigèrent à gauche vers la route de Wœrth-Haguenau, la majorité des autres, trompés par la largeur de la rue, s’y engagèrent au grand galop.

    Se rétrécissant progressivement jusqu’à l’église, cette rue devint une souricière où les cavaliers s’entassèrent pêle-mêle et devinrent la cible facile des tireurs prussiens.

    Seuls 17 cavaliers s'échappèrent en direction du sud.                                        

    Le 9e régiment de cuirassiers subit un sort analogue.

     Les cuirassiers parvinrent à pénétrer Morsbronn et à se dégager malgré une forte résistance.

    Après s'être regroupés au sud du village, la cinquantaine de cavaliers survivants dut s'enfuir et parvint à rejoindre les troupes françaises à Saverne.

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    La deuxième charge eut lieu vers 15h30.

    Dans le secteur d'Elsasshausen, la brigade de cavalerie du général de Bonnemains, constituée des quatre premiers régiments de cuirassiers, chargea des éléments de près de 11 régiments d'infanterie allemande, sur un terrain défavorable à une action de cavalerie.

    L'infanterie allemande qui resta en ligne de tirailleurs et l'artillerie allemande ouvrirent le feu sur les cavaliers.

    Les cuirassiers furent décimés et repoussés sans avoir pu atteindre les forces allemandes.

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    Le sacrifice de ces hommes ne changea pas le cours de la bataille mais permit de couvrir le retrait des troupes françaises.                                                                                                  

    Cependant, peu à peu, dans la mémoire collective française, l’ineptie de ces charges va disparaître pour céder la place à l’illustration du courage et de l’esprit de sacrifice et cet épisode sera copieusement utilisé par la propagande, notamment pour édifier les jeunes générations dans l’esprit de la Revanche et de la reprise de l'Alsace.

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    Des tableaux peints par les peintres officiels et une abondante littérature se développe dès 1875 pour rappeler les événements, parlant des "vaillants de la première heure qui, vaincus, couchèrent tant d’ennemis dans la sanglante poussière, qu’ils arrachèrent au prince Frédéric un cri d’admiration " dont la presse anglaise se fit l’écho…

    Et une chanson va commémorer la bataille dite de Reichshoffen. Ses paroles sont les suivantes :

    "La bataille de Reichshoffen", un notule d'histoire de Dominique Masson

    Les batailles suivantes furent aussi désastreuses pour la France.

    Le maréchal Bazaine fut nommé généralissime et, bien que vainqueur à Mars-la-Tour, préféra se replier avec 180 000 hommes sur Metz, où il va être encerclé par l’armée ennemie.

      Mac Mahon, chargé de reconstituer une autre armée, dite armée du camp de Châlons, sera chargé d’aller à son secours mais celle-ci, avec à sa tête Napoléon III, après plusieurs défaites, sera encerclée et battue à Sedan, le Ier septembre.

    L’empereur Napoléon III n’aura plus d’autre issue que de se rendre, le 2 septembre, au roi de Prusse, Guillaume Ier.

    Trois rescapés de ces cuirassiers de Reichshoffen habitèrent dans le Châtillonnais.

    Dominique Santereau, né à Chaumard (Nièvre) le Ier juillet 1844, était cavalier au 2e régiment de cuirassiers de la division Bonnemains, qui chargea sur Frœschwiller. 

    Il épousa Julie Marie Virey, de Bâlot, et c’est là qu’il fut cultivateur et y mourut le 13 août 1929.                                                                   

    Le deuxième cuirassier était Alfred Lançon, né le 28 décembre 1845 à Coisia (Jura).

      Il fut soldat au 8e cuirassiers et fit partie de la charge sur Morsbronn.

    Il fut ensuite gendarme et enfin concierge au tribunal de Châtillon ; il mourut dans cette ville le 25 février 1907.                                                       

    Le dernier est Emile Guerre, né à Poissons (Haute Marne) le Ier juillet 1846.

    Il fut soldat au 4e cuirassiers.

    Captif ensuite en Allemagne, à la suite de Sedan, il fut réintégré dans son ancien régiment, puis devint cordonnier à Châtillon, où il décède le 8 septembre 1929 ; il est enterré au cimetière Saint-Vorles.

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    (Dominique Masson)

     

    Sources :                                                                                                                                                                

    -images Pellerin,Epinal                                                                                                                          -internet                                                                                                                                                                  - Léger Charles-Paul : les derniers cuirassiers de Reichshoffen ; Le Châtillonnais et l’Auxois ; 1925


  • Commentaires

    1
    Pierre Magès
    Mercredi 29 Septembre à 10:00

     C'est la tombe que j'entretien au cimetière St Vorles ,le cuirassier était l'arrière grand père de Marie Françoise DODY

    Sur le bas il y a également le prêtre Edouard GUERRE qui était son parrain

     

     

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