• Une étude historique du "Petit Versailles" à Châtillon sur Seine, par Dominique Masson (seconde partie)

    Chronique d’histoire châtillonnaise

    LE PETIT VERSAILLES (II)

    Joseph-Bernard Soyrot voulut également un jardin correspondant à ses goûts. Il fit aménager des terrasses étagées, des canaux de pierres sculptées arrosés par la Seine, des parterres réguliers plantés d’ifs taillés et des cabinets de charmilles ornés de statues dues au ciseau de Jean-Baptiste Bouchardon. Ce somptueux jardin fut célébré par Voltaire, dans une satire de jeunesse intitulée Le bourbier, écrite en 1714 (vers 13 à 19) :

    Au haut du mont sont fontaines d’eau pure,

    Riants jardins, non tels qu’à Châtillon

    En a planté l’ami de Crébillon,

    Et dont l’art seul a fourni la parure :

    Ce sont jardins ornés par la nature.

    Là sont lauriers, orangers toujours verts ;

    Séjournent là gentils feseurs de vers…

    L’ami de Joseph-Bernard dont parle Voltaire est Joseph Jolyot de Crébillon, né à Dijon, auteur dramatique et membre de l’Académie française.

    Sur le plan de 1759, on distingue des plantations d’arbustes bien alignés et des parterres à la française non loin, qui devaient peut-être faire partie de la propriété.

    Selon la description faite par Emile Pic,

    « Le jardin comprend huit grands carrés, au milieu desquels se développe un bassin d’eau vive, et ces carrés ont leurs angles ornés de statues de pierre, que Bouchardon a sculptées en partie, et qui représentent les saisons ou d’autres sujets. Partout aussi, et toujours comme au Versailles royal, des ronds de buis, des lits de gazon, des tables de pierre, des espèces de cabinets, mystérieux et discrets, établis dans l’épaisseur des charmilles, des allées larges ou dérobées, des labyrinthes aux issues faciles. Ajoutons un verger de grande étendue, une « melonnière » bien entretenue, une serre voûtée pour les orangers, etc. Cette propriété n’était-elle pas, dans un coin retiré des provinces, comme on disait alors n’était-elle pas une véritable réduction du Palais royal de Louis XIV ? Et notre compatriote du XVIIe siècle n’avait-il pas eu raison de donner le nom de Petit Versailles à cette demeure, aménagée à tous égards suivant le goût aristocratique et royal de l’époque ? Si le dijonnais Pierre-Claude Soyrot a fait construire en 1647 la maison de la Charme de Braux, c’est véritablement son fils, le châtillonnais Joseph Bernard Soyrot, qui lui a donné le nom de Petit Versailles. C’est lui qui l’a embellie, ainsi que le jardin, dans les conditions qu’on a vues, et qui a réuni, en cette élégante demeure, le mobilier artistique et les richesses du musée dont nous avons rappelé rapidement l’inventaire.

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     Et Emile Pic poursuit :

    « Joseph-Bernard Soyrot mourut en 1730, non sans exprimer sans doute, comme fit Mazarin à ses derniers moments, à l’égard des statues et des tableaux « qui lui avaient tant coûté » le regret de quitter pour toujours ses objets d’une collection si originale ».

    « Son héritier fut M. du Tillot, qui vendit plus tard le Petit Versailles à un M. Lantin ou Cantin. Après la mort de ce dernier, les collections de Soyrot furent dispersées, probablement en des ventes publiques, comme celles où disparaissent d’ordinaire, pour tomber en des mains isolées, les curiosités recueillies, pendant une longue suite d’années, par des amateurs intelligents et ingénieux. Le jardin fut divisé en plusieurs parties, où les nouveaux propriétaires, gens pratiques à la façon des révolutionnaires de 1793 qui voulaient planter des carottes et des navets aux Tuileries, remplacèrent les plates-bandes garnies de gazon ou de fleurs par des carrés de légumes. Malgré cette substitution d’un simple potager au parc dessiné à la Le Nôtre, le Petit Versailles n’en garda pas moins son nom aristocratique et princier.

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    Selon C.P Léger, au commencement du XIXe siècle, le Petit Versailles appartint à la veuve de Jacques Anne Darentière Guiod, puis à Etienne Ligerot, avocat et marchand de fers.

    Vers le milieu du siècle, M. Jourdheuille, alors conservateur des hypothèques à Châtillon, acheta à M. Grotton le Petit Versailles, c’est-à-dire la maison construite par Soyrot et le jardin, d’ailleurs très réduit par suite des morcellements rappelés plus haut. Il s’appliqua ensuite à rétablir l’ancienne propriété dans son développement primitif, et l’accrut peu à peu par des acquisitions successives auxquelles consentirent ses voisins ; en 1862, il y ajouta même le clos Thibaut, qui s’étendait de la Seine, limite naturelle du Petit Versailles, jusqu’à la route de Montbard et au chemin de la Feuillée, et dans lequel se trouvait une chapelle dite des Templiers.

     Après la mort de M. Jourdheuille, ce fut M. Couvreux, décédé récemment en notre ville, qui devint propriétaire et du Petit Versailles et du Clos Thibaut. Il embellit à son tour le Petit Versailles et ordonna pour la maison de Soyrot des réparations et des annexes d’un goût architectural à la fois simple et élégant, car il voulait en faire sa demeure préférée, pendant les mois où son service ne le retenait pas à la Cour des comptes ».

    En fait de réparations annexes, M. Couvreux fit ajouter à la construction de Soyrot, laquelle n’était qu’un rectangle, un autre rectangle symétrique en démolissant la petite construction existante, et ceux-ci furent réunis par un corps de logis central avec un escalier descendant vers le jardin. L’ensemble est pratiquement symétrique, mais la porte cintrée du sous-sol est plus large dans la partie ancienne et, à l’intérieur, il y a une petite différence de niveau entre les deux parties. Ces travaux furent effectués en 1889, comme il apparaît sur le plan d’alignement de la ville de Châtillon.

    Une étude historique du "Petit Versailles" à Châtillon sur Seine, par Dominique Masson (seconde partie)

    Une étude historique du "Petit Versailles" à Châtillon sur Seine, par Dominique Masson (seconde partie)

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     La toiture, en ardoise, montre un certain goût ostentatoire, avec en particulier les faîtages et les épis de faîtage en zinc.

    Une étude historique du "Petit Versailles" à Châtillon sur Seine, par Dominique Masson (seconde partie)

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    Une étude historique du "Petit Versailles" à Châtillon sur Seine, par Dominique Masson (seconde partie)

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    Dans le Châtillonnais et l’Auxois du 9 novembre 1905, Emile Pic fit un compte-rendu de l’enterrement de M.Couvreux :

    « Lundi matin, à dix heures, ont eu lieu les funérailles de M. Félix-Lucien Couvreux, conseiller référendaire à la Cour des Comptes, décédé au Petit Versailles, à l’âge de cinquante-neuf ans. Un cortège nombreux, qui s’est formé dans la partie de la propriété où a été restaurée, par les soins du défunt, la chapelle Saint-Thibaut, a suivi les restes de M. Couvreux, qui ont été, après la cérémonie religieuse, au cimetière Saint-Vorles.

    Une étude historique du "Petit Versailles" à Châtillon sur Seine, par Dominique Masson (seconde partie)

    Bien que M. Couvreux ne fût pas originaire de Châtillon, il aimait passionnément notre cité, qui fut pour lui sa patrie d’élection.

    Né à Langres en 1846, il eut pour père M. Alfred Couvreux, qui fut maire et député de cette ville pendant de nombreuses années. Il était le neveu de M. Charles Couvreux, chef de notre municipalité pendant les dernières années de l’empire, de 1867 à 1870, et il comptait, par ses ancêtres et leurs alliances, plusieurs parents appartenant aux familles les plus anciennes et les plus distinguées de notre pays châtillonnais.

    1. Couvreux, gendre de M. Carpentier, conseiller à la cour d’appel de Paris, avait acheté, il y a une douzaine d’années, le Petit Versailles, dont il a fait une propriété charmante et délicieuse.

    Le Petit Versailles fut créé, vers la fin du dix-septième siècle, par Joseph-Bernard Soyrot, un de nos compatriotes, qui était contrôleur général des finances en Bourgogne et Bresse. M. Couvreux, lui aussi, fut contrôleur des finances publiques, en tant que membre de la Cour des Comptes. Il y est entré par la voie du concours, si dur, si difficile, eu égard d’abord à l’étendue du programme, puis au nombre si restreint de places confiées aux magistrats de ce tribunal le plus élevé avec le Conseil d’État, et chargé, comme on le sait, de surveiller l’emploi des deniers publics mis aux services des divers ministères. Le châtillonnais Soyrot, d’après l’épitaphe que lui a consacrée La Monnoye, était « généreux et doux », ainsi que nous le montrerons dans une prochaine étude que nous lui consacrerons. Cet éloge, M.Couvreux le méritait aussi, comme les pauvres de la ville l’ont éprouvé, même quand les occupations de sa charge ne lui, permettaient pas de venir passer quelques mois à Châtillon. Ils se souviendront bien longtemps de la générosité et de la bienveillance de M. Couvreux, dont la noble veuve saura d’ailleurs, par ses sentiments personnels, conserver les pieuses habitudes ».

    Dans le Châtillonnais et l’Auxois du 25 janvier 1906, Emile Pic rajouta :

    « Aux termes de son testament mystique en date du 7 juin 1905, déposé en l’étude de Maître E. Maurye, M. E. L Couvreux a notamment légué :

    1°) une somme de 10.000 francs à l’église Saint-Nicolas pour une fondation de messe

    2°) une somme de 4.000 francs à la ville de Châtillon, à charge d’entretenir à perpétuité une chapelle de sépulture au cimetière Saint-Vorles et de secourir des vieillards nécessiteux ».

     Dominique Masson   

    Tous nos remerciements à Michel Cailin, Frédéric Dupland, Michel Massé et Jean Millot

    Sources :

                                                                                                                  - -ADCO ; 32 F 388; mag J tr 19, ta1 ; plans d’alignement                                                              

    - Albrier Albert : les maires d’Arnay-le-Duc ; Dijon, 1867          

    -Hette Marc ; journal « Le Bien Public » ; 13 et 14 décembre 1954

      - Lapérouse Gustave : L’histoire de Châtillon ; Cornillac, Châtillon, 1837                                  

     - Courtépée (abbé) : description historique et topographique du duché de Bourgogne; tome 4 ; 1848                                                                                                                                              

    -Pic Emile ; journal « Le Châtillonnais et l’Auxois » ;1905 et 1906

     


  • Commentaires

    1
    CC
    Dimanche 23 Juillet à 08:24

    Document très intéressant sur Châtillon.

    Savez-vous que les toitures viennent d'être magnifiquement rénovées ? 

     

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