• Souvenirs de la vie du Père Achille Caillet lors de ses missions à Ceylan (8)

    Épisode VIII

     Pays étrange en vérité. Pays de lutte.

    Les gens portent cela sur leurs traits et dans leurs mœurs  plutôt rudes.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (8)

    Au début plutôt renfermés et soupçonneux, ils finirent par se livrer et devinrent plus communicatifs.

    C’est d’autant plus difficile de les changer qu’ils sont en grande majorité illettrés.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (8)

    Aussi mon principal souci fut de les convaincre d’envoyer leurs enfants à l’école.

    Ce ne fut pas facile, car dès qu’un garçon a 11 ans, on l’enrôle pour la pêche.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (8)

    Dès qu’une petite fille peut aider la maman à préparer le riz, on la retire de l’école.

    Je prêchai, je discutai, j’encourageai, je me mis à aller appeler les enfants dans leurs cabanes, je les attirai en leur donnant des images, en leur montrant des revues que certains d’entre vous m’envoyaient de France.

    Bref, je passai une grande partie de mon temps à changer cette mentalité.

    A la fin de l’année, il y avait un progrès et j’apprends que cela continue.

    Une autre difficulté était la division dans le village.

    Autrefois une partie du village devint schismatique, au temps su schisme de Goa.

    Maintenant tous sont revenus à l’unité, mais les deux factions subsistent  et il faudra beaucoup de temps encore pour faire disparaître les vestiges de ces divisions qui ont été un crève cœur pour tous les Pères qui sont passés par là.

    Mais je n’avais pas seulement à m’occuper de ce village, j’en avais encore trois autres ayant chacun leur église.

    La vie du Père Caillet, missionnaire à Ceylan (8)

     

    Dans l’un de ces villages peu éloignés, je ne pouvais me rendre qu’à pied dans le sable où l’on n’avance pas et je maudis un jour ce sable qui vous empêche d’avancer, quand en dépit de mes efforts, j’arrivai trop tard pour une extrême-onction.

    Une autre église (c’était plutôt une école-chapelle si pauvre, si abandonnée) ne pouvait être abordée qu’en pirogue.

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    J’y suis allé bien des fois dire la messe, faire le catéchisme, voir les gens etc…

    Les enfants étaient si heureux de me lorgner du rivage et de me regarder ramer, car il m’arrivait souvent de manœuvrer la pirogue moi-même.

    Puis quand j’abordais, les plus grands sautaient dans l’eau et entraînaient la barque pour l’attacher.

    La quatrième de mes églises était beaucoup plus distante.

    Je m’y rendais sur mon vieux clou de vélo qu’il fallait d’ailleurs  que je porte à certains endroits, par des chemins de terre couverts d’eau à la saison des pluies.

    A Pâques, il avait plu pendant des jours entiers, et comme il sait pleuvoir à Ceylan.

    Après une Semaine-Sainte épuisante, j’étais parti le Samedi-Saint à trois heures de l’après-midi pour entendre les confessions de ces pauvres gens si abandonnés.

    Je quittai le confessionnal à 7h15 et il faisait nuit noire déjà.

    J’avais promis aux trois Sœurs de l’école qui résident là-bas sans messe, sans consolation, d’aller bénir leur petite habitation.

    J’allai donc la bénir, puis je repartis vers huit heures du soir sans lampe (que j’avais oubliée), sans une étoile au ciel.

    Rien que des ornières, de la boue et d’immenses flaques d’eau jaunâtres, grandes comme des mares.

    Je roulais lentement, cherchant le chemin et me guidant d’après les troncs de cocotiers. L’eau giclait de tous les côtés et m’inondait jusqu’aux genoux. La pluie recommença et soudain, me voilà à terre, ou plutôt pataugeant dans l’eau.

    Que s’était-t-il passé ? Je pense que j’avais dû heurter une souche de cocotier invisible sous l’eau. J’étais frais, je vous assure. Ma pauvre soutane blanche ! mon pauvre vieux vélo !

    Mais à quoi bon se lamenter ? Et puis il n’y avait vraiment pas de quoi. Il fallait bien payer tant de joies pascales et missionnaires, tant de confessions, de communions….

    Je repartis donc, mais n’eus pas à aller loin. Une grande lumière, celle de deux phares puissants balaya l’étendue d’eau qui couvrait le chemin.

    C’était une camionnette militaire qui faisait le service des voyageurs dans cette région. Mais je n’en avais jamais su l’horaire, car il n’y en a pas. On  la prend quand elle passe.

    N’empêche que le conducteur était un brave homme et, quand il me vit en si piteux état, il m’embarqua avec mon vélo et un quart d’heure après j’étais au terminus, c'est-à-dire pas très loin de Duwa.

    J’ai toujours  cru que c’étaient vos bonnes prières qui m’avaient envoyé à point cette aide inattendue.


  • Commentaires

    1
    Mercredi 17 Février à 17:57

    Pas facile la vie de missionnaire , vouloir mettre des gens d'une autre confession dans celle réputée meilleure pour avoir la vie éternelle , il en est beaucoup qui ont perdus la vie  faute d'avoir su communiquer avec ces peuples lointains , amenant violences , meurtres ,assassinats au nom d'un être supérieur  tout le contraire de ce qui est enseigné .

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